VUE GENERALE DU TÀNZIMAT
avant la signature de la paix^ le sultan Âbdul-Medjid. promulgua un nouveau khatt-i-chérif (1) qui fut communiqué aux puissances signataires du traité de Paris, lesquelles en constatèrent « la haute valeur » (2).
Par cet acte^ le sultan confirmait expressément les promesses contenues dans le khatt-i-chérif de Gul- Khanèh, et prescrivait de nouvelles mesures en vue de consolider et de compléter le tanzimât.
Ces mesures pouvaient se ramener aux trois chefs suivants : la liberté des cultes, l'égalité civile de tous les sujets du sultan, une nouvelle assiette de l'impôt.
Parmi les dispositions relatives au culte, il faut citer Tabolilion d'une ancienne loi, très-rarement appliquée, il est vrai, qui condamnait à mort tout chrétien (ou juif) qui, après avoir embrassé l'islamisme de son plein gré, retournait à sa première croyance.
Deux autres lois, sanctionnées par l'usage, l'une, par laquelle tout chrétien convaincu d'avoir entretenu des relations avec une femme musulmane était puni de mort, à moins qu'il n'embrassât l'islamisme; l'autre, qui obligeait les parents, dans les localités où les mariages mixtes étaient tolérés, à élever leurs enfants
(i) Appendice, IL
(2) < Sa Majesté Impériale le Sultan, dans sa constante sollicitude pour le bien-être de ses sujets, ayant octroyé un firman qui, en améliorant leur sort, sans distinction de religion ni de race, consacre ses généreuses intentions envers les populations chrétiennes de son empire, et voulant donner un nouveau témoignage de ses sentiments à cet égard, a résolu de communiquer aux puissances contractantes ledit firman, spontanément émané de sa volonté souveraine.
< Les puissances contractantes constatent la haute valeur de cette communication. > Traité de Paris, du 30 mars iS56, art. 9«
dans lâ religion musulmane 5 furent virtuellement
abrogées par l'article VII, où il est dit « que nul ne pourra être contraint à changer de religion » .
Le principe de l'admissibilité des chrétiens à tous les emplois était très-nettement formulé dans l'article VIII. Une autre disposition énoncée à l'article VI bannissait des actes de l'état civile ainsi que du protocole administratif, « toute distinction ou qualification injurieuse ou blessante pour une classe quelconque des sujets de l'Empire ».
Cette disposition se trouvait déjà, quoiqu'on termes moins explicites, dans le khatt-i-chérif de Gul-Ehanèh; mais elle était rarement observée, surtout dans les provinces. En dépit des ordonnances qui avaient étendu à tous les habitants la dénomination de tebâ « sujets », l'ancienne distinction entre les moslimm « musulmans » et les raïas (1) subsistait toujours. Une technologie particulière était employée à l'égard de ces derniers (2). Les expressions qui pouvaient leur être communes avec les musulmans étaient, même dans les actes publics, travesties d'une façon inju-
(1) Reaiâ, plur. de raiiet. Ce mot, dans le principe, désignait purement et simplement, par rapport au chef de l'État, le peuple en général, et par opposition à la partie militaire de la nation, la classe des cultivateurs, les paysans. Belin, Etvde sur la propriété foncière en Turquie, n^ 5.— Plus tard, il prit une signification méprisante et s'appliqua exclusivement aux sujets non musulmans. Cf. Lettres sur la Turquie, II, 6.
(2) Il y a relativement peu d'années que la chancellerie ottomane a fait disparaître de son protocole cette formule : « Que sa fin soit heureuse ♦, en d'autres termes : < Qu'il se fasse musulman », qui accompagnait toujours le nom de l'ambassadeur à la demande duquel les firmans étaient délivrés. Belin, toc. laud., ch. X.
VUE GÉ]^ÉRA(.E pU TANZIMAT. 7
rieuse ou grossière. Le D' Sapdwith(l) en cite un exemple bien caractéristique : c'est le fezkérèt^, « permis d'inhumation », délivré, dans le courant dp 185^, à un prêtre arménien, p^r le câdi de Mârdin, en Asie Mineure :
« Permis au prêtre de l'église de Marie de procéder à l'inhumation de l'iippure et puante carcas^p du nompié Saîdah, damné (mort) ce jour même.
« Signé : Saïd-Mehemed-Faizi.
« U H de redjèh 1271, 29 mars 1855 » (2).
Une autre mesure, d'une grande importance, se rattachant au principe de l'égalité des races, était celle qui appelait les non-musul^iaps h satisfaire h la loi du recf Internent de l'armée.
Jusqu'alors les raïas avaient été affranchis, ou pour mieux dire exclus, du service militaire, et payaient, par compensation, le kharâdj ou impôt personRpl. ho maintien de ce régime exceptionnel, incompatible avec le principe d'égalité entre les races proclamé par la réforme, avait, de plus, le grave inconvénient d'épuiser et d'appauvrir les populations musulmane^, sur lesquelles pesait exclusivement la conscription. En 1847, les marins grecs furent enrôlés pour le service de la flotte. Cette tentative ayant réussi, le Con-
(1) SkgeofKars, by D' Sandwith, p. 173,
(â) Cf. Lettres sur la Turquie, II, 445 : < Et comme dans les
règlements du porc, que Ton nomme le pape, etc. » — « Par
Fefifet de ces mille ruses et cajoleries, qui sont d*accord avec la nature perverse de cette troupe de cochons, etc. > (Extrait d*ua rapport officiel de Pertew efendi à sultan Mahmoud (1828).
seil d'État présenta, dans le courant de 1850, un projet de loi en vertu duquel tous les raïas devaient faire partie de Tarmée de terre, et, par contre, Timpôt du kharàdj fut sEboli. La proposition était juste, mais il y manquait deux corollaires essentiels : d'une part, rétablissement d'une loi sur l'avancement dans l'armée, d*autre part, l'assurance que, dans la collation des grades, l'on n'aurait point d'égard à la différence des religions. Le gouvernement avait reculé devant une mesure qu'il jugeait trop radicale. Les chrétiens, de leur côté, montraient une vive répugnance à servir dans l'armée. Finalement, le projet n'avait pas eu de suites.
Le khatt-i-humaïoun posait de nouveau la question, mais d'une manière incomplète encore (1). Par exemple, il n'était point dit si les chrétiens formeraient un corps séparé ou s'ils seraient incorporés individuellement dans l'armée. En outre, les mêmes objections subsistaient des deux côtés. Le système du remplacement^ admis par le khatt-i-humaïoun, fut appliqué provisoirement d'un commun accord. Les musulmans continuèrent à payer seuls l'impôt du sang; il fut remplacé pour les non-musulmans par une taxe, dite d'exonération « bedel^-i'askeriyèh j> , que l'on substitua à l'ancien kharâdj. Le même système a persisté jusques aujourd'hui, en dépit des graves inconvénients et des plaintes réitérées de la presse ottomane (2).
(1) Art. 15. Voir à VAppendice.
(2) Voir notamment Tarticle extrait du I)jeridèh'irhavidi8 dans la Turquie, du 18 octobre 1872.
VCE GÉNÉRALE DU TANZIMAT, 9
Le khatt-i-humaïoun du 18 février a ouvert dans Fère de la réforme une deuxième période, qui va du commencement de 1856 à la fin de 1875, époque à laquelle un iradèh impérial, qui précéda de quelques jours la remise à la Porte de la note du Comte Andrassy, décréta de nouvelles réformes actuellement en cours d'exécution (1).
A cette période, qui appartient presque tout entière au règne d'Abdul-Aziz, se rapportent la création de nouveaux départements ministériels, notamment des deux ministères de la justice et de l'instruction publique (1857), la promulgation du nouveau Code pénal (1858), l'appendice au Code de commerce et le Code de procédure commerciale (1860-62), l'institution des tribunaux réglementaires (1867), la loi constitutive des vilâïets , la publication du premier budget ottoman (1864), la réorganisation du conseil d'Etat et du conseil de Justice, la réforme des vacoufs, la concession du droit de propriété immobilière aux Européens (1867), la nouvelle organisation de l'armée, la loi sur l'instruction publique, l'introduction du système métrique pour les poids et mesures (1869), etc.
Tout cet ensemble de lois et d'institutions nouvelles, élaborées de 1840 à 1875, peut se ramener à quatre chefs principaux, correspondant aux quatre grandes divisions du tanzimât ;
1° Le Gouvernement (medjli$s-i devlet-i-aliyèh) (2) ;
(1) Appendice, III.
(2) Littéralement, c les conseils élevés de TËmpire
2' L'Administration et les Finances (Zabtiyèb vè maliyèh fneemourkri) (1);
3"* La Justice (Ylmiyèh), à laquelle se rattachant Tin* struction publique et la presse ;
4» L'Armée et la Marine (Seifiyèh) (2).
Nous essayerons de les décrire sommairement ; mais auparavant il est indispensable d'entrer dans quelques détails sur l'étendue et la population de l'Empire, ainsi que sur les différentes races et religions qui le composent.
L*£mpîre ottoman en Europe, eu Asie et en Afrique. — Limites et étendue. — Grandes divisions territoriales. — • Population.
L'empire de Turquie s'étend dans les trois parties de l'ancien continent, sur une superficie d'environ 5-, 195,000 kilomètres carrés (4)> depuis l'extrémité nord de la Moldavie jusqu'à l'embouchure du Chât-el- Arab (48*-30o lat. N.) et depuis l'Adriatique jusqu'aux frontières de la Perse (13^ 30 -45^ long, ]^.). Le développement de ses frontières mesure près de
(1) Littéralement, « les membres de la police (administration) et des finances >.
(2) Littéralement, c qui a rapport à la science, ylm en arabe ».
(3) Littéralement, < qui a rapport au sabre, setf ».
(4) Viquesnel, Turquie d^Europe, I, 33.
30,000 kilomètres (1), dont 16,125 kilomètres de côtes (2) , baignées par sept mers : l'Adriatique, la Méditerranée, TArchipel, la mer de Marmara, la mer Noire, la mer Rouge et le golfe Persique,
Si Ton déduit du premier total la portion afférente aux provinces ou Etats tributaires (3), soit 1,822,500 kilomètres (4), il reste, pour le territoire ottoman proprement dit, 3,372,500 kilomètres (5), qui se répartissent ainsi :
Turquie d*Earope 371,950 kiloin.
— d'Asie 2,075,8Î0 —
— d'Afrique 925,330 —
Turquie d'Europe. — La Turquie d'Europe est appelée, par les Ottomans, Roumélie (Roumili, « pays des Romains »), dénomination empruntée par eux aux Césars de Pyzance, qui continuèrent, jusqu'aux der-
(1) Viquesnel, Turquie d* Europe, l, 37.
(2) Littoral européen-asiatique, 11,195 kil. — Littoral africain , 5,030.
(3) Mumtâzèhf littéralement < mis à part >. Ils sont au non^re de quatre, qui figurent sur le Sainâmèh simplement pour mémoire, savoir : Misr, « Egypte ». — Memleketein, < les deux principautés » (la Roumanie). — Tounous, « Tunis >. — ^ Serb imâreti, «la principauté de Serbie ». Il est à remarquer que le Monténégro n'est nommé ni ici, ni ailleurs.
(4) Toujours d'après Viquesnel , qui compte pour la Roumanie 116,600 kilom. carrés; pour la Serbie, 39,500; pour l'Egypte et Tunis, 1,666,400. Ces évaluations ne sont pas rigoureusement exactes, du moins pour la Roumanie et la Serbie, qui mesurent, la première, 120,973 kilom. carrés ; la seconde, 54,366.
(5) Encore faudrait-il retrancher l'Arabie (815,000 kil.), où la Porte, sauf sur quelques points, ne possède qu'une autorité nominale.
niers jours de TEmpire, de s'intituler « rois des Romains ». Employée pour désigner l'ensemble des possessions ottomanes en Europe» elle fait en quelque sorte pendant au mot Ânatolie (Anadolou)^ sous lequel on comprend, non-seulement l'ancienne Asie Mineure, mais encore toute la partie de l'Empire située hors de l'Europe (1). Toutefois ces expressions tendent à disparaître du langage officiel, pour faire place aux dénominations plus régulières de Turquie d'Europe, d'Asie, etc.
La Turquie d'Europe forme, indépendamment des Etats tributaires de Roumanie et de Serbie, plusieurs grands gouvernements (vilâïets), qui figurent en général dans le Salnâmèh d'après la date de la réunion à l'Empire des contrées dont ils font partie.
En effet, le premier mentionné sur la liste (2) est le vilâïet d'Edirnèh (Andrinople), formé de l'ancienne Thrace. Les Ottomans s'emparèrent en 1361 de cette ville,.qui devint leur deuxième capitale en Europe : la première avait été Gallipoli (1357), par la prise de laquelle ils préludèrent à la conquête de la Péninsule.
Le vilâïet de Touna (Danube), érigé à la fin de 1864 (3), correspond à l'ancien royaume de Bulgarie, conquis par sultan Bayezid P', en 1390.
(1) Exemple : les deux câzi-askers (Voir chap. IV) de Roumëlie et d' Anatolie, qui sont les chefs de la magistrature, Tun en Europe, l'autre en Asie et en Afrique.
(2) J'omets à dessein Constantinople et sa banlieue qui, bien que compris géographiquement dans la province d'Edinrèh, forment une division administrative à part et ne figurent pas sur la liste des vilâïets. Voy. chap. IIl.
(3) Redjèb 1281. Voy. chap. III.
Les deux vilâïets de Selanik (Salonique) et de Yania
(lanina) sont formés de la Macédoine et de TEpire, qui furent réunies à TEmpire par Mourad II en 1430 et 1431, et de la basse Albanie; ils ont été érigés en 1867.
Le vilâïet de Bosna (1866) a été formé de l'ancien royaume de Bosnie, qui tomba au pouvoir des Turcs en 1463.
L'Herzégovine, soumise en 1467, avait été jusqu'à ces derniers temps comprise dans le vilâïet de Bosnie. Elle en a été détachée à la fin de Vannée dernière (1875), et a constitué un vilâïet à part.
Les deux vilâïets de Monastir et de Scodra (Scutari) sont formés de la haute Albanie, dont la soumission ne fut achevée qu'en 1492, et d'une portion de l'ancienne Mœsie.
Le vilâïet de Djezàtr, ou des Iles»(Z)/>zaïr-i-6aAr-i- Sefid « Iles de la mer Blanche ») (1), comprend toutes les îles de l'archipel ottoman, depuis Samothrace jusqu'àRhodes, à l'exception de Samoset de Candie. Ces îles formaient anciennement un gouvernement à part, donné en apanage au capitan pacha (2). Le tanzimât les ayant assimilées aux autres provinces, elles constituèrent, à partir de 1849 (3), un eïâlet, qui fut converti plus tard en vilâïet.
(1) Les Turcs donnent à TArchipel et à la Méditerranée en général le nom de mer Blanche « aqdenyz, hahri-i-sefid », par opposition à,la mer Noire « qara denyz, Bahr-i-Shiâk. »
(2) Belin, Essai sur Vhistoire économique de la Turquie, 1865, p. 282. -
(3) Reme de l Orient, t. XVI, p. 117.
i4 INTRODUCTION.
L'île de Crète ou Candie {Ghirit), conquise en 1669 sur les Vénitiens, a été érigée en 1867 en vilâïet jprtvUégié (1).
Turquie d'Asie. — La Turquie d'Asie comprend quatre grandes régions :
1* A l'ouest, VAsie Mineure forme une vaste péninsule, égale en étendue à la France, bornée au nord par la mer Noire, à l'ouest par l'Archipel, au sud par la Méditerranée, et dont la limite orientale est marquée par une ligne brisée tirée de Trébisonde au golfe d'Alexandrette. Les Ottomans en achevèrent la conquête de la fin du quatorzième à celle du quinzième siècle, en s'incorporant successivement les diverses principautés qui s'étaient formées des débris de l'empire seldjoucide; elle comprend les huit vilâïets de Khoudâvendkiar, d'Aïdin, de Konièh, d'Adana, d'Angora, de Sivas, de Kastemouni, de Trébisonde.
Le Khoudâvendkiar (2), formé d'une partie de la Bithynie, de la Phrygie et de la Mysie anciennes, a pour chef-lieu Brousa (l'ancienne Prusium). Conquise en 1326 sur les empereurs grecs par les Ottomans, Brousse devint la première capitale de leur empire et le berceau de leur puissance.
Le vilâïet d'Aïdin (Eolide, lonie^ Lydie, Carie, partie de la Phrygie), conquis par Mourad II, en 1426, sur les Aïdin-Oghli ou descendants d'Aïdin, qui y
(1) Voy. chap. III.
(2) Khoudâvendkiar, d*oû, par corruption, hunkîar, « seigneur, dominateur », appeUation qui sert à désigner le Sultan. Sur les circonstances qui firent donner ce nom au district de Brousse, voy. Hammer, 1, 145.
avaient établi leur domination depuis 1300^ a pour capitale Smyrne.
Le vilâïet de Konièhj ancien eïâlet de Karamanie (partie de Tlsaurie, de la Lycie, de la Pamphilie> de la Cilicie et de la Lycaonie), a été enlevé par Mohammed II, en 1473» aux descendants de Karaman, qui possédaient cette contrée depuis le milieu du treizième siècle (1)* Il a pour chef-lieu Konièh, ancienne résidence des sultans seldjoucides (2).
Le vilâïet d'Adana (Cilicie Pétrée), où régnait depuis un siècle la dynastie turcomane.des Ramazan- Oghli, ou Beni-Ramazan (3), tomba au pouvoir des Ottomans sous sultan Bayezid II (1481-1512).
Les vilâïèts d'Angora et de Sivas (partie de la 6alatie, Cappadoce) ont été formés de l'ancienne principauté des Bourhaneddin (4).
Le vilâïet de Kastemouni (partie de la Galatie» Paphlagonie) a été formé de l'ancienne principauté des Kizil-Ahmedli (les Ahmed rouges) (5), conquise par sultan Bayezid I en 1392.
Le vilâïet de Trébisonde (ancien royaume de Pont) a été conquis en 1470, par Mohammed II, sur David Comnène.
2^ A l'est, Y Arménie turque et le Kurdistan touchent aux frontières de la Russie et delà Perse. Lapremière^
(i) iîammer, I, 262.
(2) Sur la Karamanie en général, voy. Revue de Wrient, 1856, 1,265.
(3) Hammer, I. 371.
(4) Id., I, 54.
(5) Ibid.
qui passa avec l'empire grec de Trébisonde ôous la domination ottomane, forme le vilâïet actuel d'Epzroum. Le Kurdistan (vilâïet de Diarbekir) correspond à la petite Arménie et à une partie de la Comagène. C'est un district montagneux, qui s'étend obliquement à Test du Tigre, sur une longueur de deux cent quarante à deifs. cent cinquante kilomètres. Il est d'une largeur de cent soixante à cent soixante-dix, et habité par des tribus belliqueuses sur lesquelles la Porte n'a exercé pendant longtemps qu'une autorité nominale (1). L'expédition de Hâfiz pacha, en i837, commença la soumission du Kurdistan, qui fut achevée dix ans plus tard (1847) par la prise des beys Mahmoud de Van et Beder khan de Djézirèh.
3* La Syrie, appelée Cham par les Orientaux, s'étend depuis la Méditerranée jusqu'au golfe Persique et comprend, avec le Liban, qui forme une organisation particulière (2), les vilâïets de Damas (Syrie méridionale, Palestine et Phénicie), d'Alep (Célé-Syrie, Syrie septentrionale et faible portion de la Mésopotamie), de Bagdad (Mésopotamie et Assyrie), et une portion du vilâïet de Basra (Irak-Arabi)(3).
4* Enfin, l'Arabie (Arabistân) forme avec l'autre portion du vilâïet de Basra (Nedjd, Hedjâz) et le territoire des deUtX villes saintes, la Mecque et Médine, un seul grand gouvernement, le Yémen. Ce vilâïet, encore en voie de formation, aune étendue de trente-deuxjour-
(i) Voy. plus bas, p. 41.
(2) Voy. plus bas, chap. HI.
(3) U y a deux Irak : l'Irak- Adjémi, ou la Perse, et rirak-Arabî^ qui est arrosé par le cours inférieur de TEuphrate et du Tigre.
La POt>uLATiON, Les rac!es eT les religions. 17
nées de marche en longueur, à parlird'Aden jusqu'à la frontière du Hedjâz, et de douze journées en largeur, depuis la mer jusqu'aux confins de l'Arabie centrale
Turquie d' Afrique. — La Turquie africaine (Gharb), si l'on excepte le khédivat d'Egypte et l'ancienne régence de Tunis, qui figurent au nombre des « gouvernements séparés » de l'empire, dont ils sont censés néanmoins faire partie, ne comprend qu'un seul vilâïet, formé de l'ancienne régence de Tripoli.
L'Egypte fut conquise par Selim I en 1517. Les provinces de Tripoli et de Tunis furent réunies à l'empire, la première en 1552, sous Soliman, la seconde en 1574, sous Selim H.
Population en général. — Dans la Turquie d'Europe. — Les races : Turks, Gréco -Latins, Slaves, Géorgiens, Hindous, Persans, Sémites. — Les religions : musulmans, chrétiens orientaux et occidentaux (latins), Israélites. — Partage de la population par races et par religions.
Suivant une statistique émanée du maliyèh (ministère des finances), et remontant à 1866, l'ensemble de la
(1) Imâret-i'Mehkèh'i-Mukerremèh, « Principauté de la Mecque la tr^-honorée ».
(2) Medinèh-ûMunevverèh, « Médine la lumineuse ».
population s'élèverait en chiffres ronds à 42 millions d'habitants : 18 millions pour l'Europe, 18 inillions pour l'Asie, 6 millions pour l'Afrique.
Salaheddin bey, dans sa notice, qui parut en 1867, ne compte que 40 millions, répartis de la manière suivante :
Europe avec les îles (moins Chypre). 18,487,000
Asie avec Chypre 16,463,000
Afrique 5,050,000
Dans les deux dénombrements qui précèdent sont comprises les provinces tributaires d'Europe et d'Asie, dont la population totale est évaluée, pj^:* 3alal)eddii^ bey, à 9,300,000 âmes (1), savoir :
Moldo-Valachie 4,000,000
Serbie 1,000,000
Egypte 3,350,000
Tunis 950,000
ce qui réduit à 30,700 le nombre des habitants dans la Turquie proprement dite :
En Europe 13,487,00p
En Asie 16,463,000
En Afrique 750,000
Il y a lieu de considérer ce chiffre comme étant encore trop élevé, notammeijt pour la Turquie
(t) Celte estimation, au moins pour la Roumanie et la Serbie, n'est point exacte. La première comptait déjà, en 1861, date du dernier recensement, 4,424,961 habitants ; la Serbie (Statistique serbe de 1869), 1,215,576, en 1866.
LA POPULATION, l^S P^CES ET LES RELIGIONS. 19
d'Europe. Salaheddin bey, dans son évaluation de 132487,000 habitants, ne fait que reproduire les données du recensement de 1845 (1), qui, si elles devaient être tenues pour exactes, indiqueraient une diminution très-sensible de la population, surtout de la population Pfiusulmane, dans la Tufquie d'Europe, fin effet, le recensement de 1845 accusait, dans la Roumélie et les îles, 5,975,0Q0 musulipans et 6,365,000 chrétiens : en tout 12,340,000 habitants. Or, les résultats fournis par les recensements partiels opérés récemment dans lep yilâïets et qup nous avons relevés avec soin, soit dans la Statistique de Kutschera (2), soit dans les journaux de Gonstantinople, ne permettent pas de con)pter, d'après les données o/j^cieUes, dans la Turquie d'Eu^ rope, plus de onze millions d'habitants, sur lesquels un peu plus de six millions (6,013,610) de nonmusulmans.
TILAÏET9. MUSULIfAN^. Np^ VnSUL)i4N9. TOTAUX.
Andrinople (1875) (3). . . 603,110 991,076 1,594,186
Danube (1874) (4) 1,055,650 1,535,466 2,591,116
Bosnie-Herzégovine (5). . . 619,044 613,414 1,232,458
Salonique (1871) (5) . . . . 249,656 248,314 497,970
A reporter. . . 2,527,460 3,388,270 5,915,730
(1) Journal de Gonstantinople da 25 septembre 1856.
(2) Zur Statistik der europàischen Tiirkei, Novembre 1875.
(3) La Turquie, du 30 avril 1876. — Les statistiques officielles ne donnant que le chiffre de la population mâle, nous avons multiplié par 2 pour avoir le nombre total.
(4) Ibid., 22 octobre 1875.
(5) Ibid., 10 janvier 1872.
YILAIETS. MUSULMANS. 50N XUSOLMANS. TOTAUl.
Report. . . . 2,827,460 3,388,270 5,915,730
Yania(l872) (1) 501,498 935,202 4,436,700
Monastir 795,986 6U,610 1,407,596
Scutari (1872) (2) 176,000 224,000 400,000
Conslantinople (3) 620,000 580,000 1,200,000
Candie (1845) (4) 93,112 118,888 212,000
Archipel, dito 114,360 305,640 420,000
La population de Ferapire tout entier n^excède guère 28 millions et demi (5).
Sur ces 28 millions et demi, environ 13 millions et demi appartiennent à la race conquérante. Le reste représente une agglomération de peuples d'origine et de langues très-diverses, qui, réunis aux Osmanlis, peuvent se ramener, elhnographiquement , à sept groupes principaux :
l^Le groupe turk, dont font partie les Ottomans, les Turkomans et les Tatars ;
^1) A. Dumont, le Balkan, etc., p. 335.
(2) Ibid., p. 250, 265.
(3) Approximatif. Voy. eh. II.
(4) Nous reproduisons les chiffres officiels de 1845 ; nous n*en con< naissons pas de plus récents.
(5) Voy. p. 69.
2® Le groupe gréco-latin, composé des Grecs, des Tzintzàres et des Albanais ;
3* Le groupe slave^ auquel appartiennent les Serbes, les Bulgares, les Kosaks, les Lipovans;
4" Le groupe géorgien , comprenant les Tcherkesses et les Lazes ;
5<^ Le groupe hindou^ dans lequel on range les Tchinganès ou Bohémiens ;
6^ Le groupe persan, formé des Arméniens, des Kurdes, desDruses, des Metualis, etc. ;
7® Enfin le groupe sémitiqm, des Juifs, Arabes, Chaldéens, Syriens, etc.
Les cinq premiers groupes appartiennent à la branche arya ; le sixième appartient à la branche iranienne de la famille indo-européenne ; le septième, k la branche sémitique des peuples de l'Asie.