‹ État présent de l'empire ottomanChapitre 45 sur 59 · COMMUNAUTÉ ISRAÉLITE · texte numérisé non relu

COMMUNAUTÉ ISRAÉLITE

(laotidi milleti)'.

Constitution avortée de 1866. — État actuel de la communauté à Gonstantinople. — Congrégations ou communautés provinciales. — Liste des grandes circonscriptions rabbiniques avec leurs suffragants. — Montant et insuffisance des revenus. — Statistique des écoles. — Les communautés israélites étrangères à Constantinople.

Nous avons, dans le second volume de nos Lettres, décrit l'état des israélites de Turquie vers 1853-54. Parmi les communautés non musulmanes de Tempire, il n'y en avait pas à cette époque de plus paisible ni de mieux gouvernée. Cette tranquillité, ce bon ordre ne durèrent pas longtemps. Â partir de 1859, des dissensions produites, comme chez les Grecs et les Arméniens, par l'antagonisme de l'élément clérical et de l'élément laïque, portèrent le trouble et le malaise au sein de la communauté, qu'elles partagèrent en deux camps, et, bouleversant toutes les anciennes institutions, sans donner le temps aux nouvelles de s'asseoir, créèrent partout un provisoire qui dure encore (1). L'assemblée des notables, se conformant aux prescriptions du khatti-humaïoun de 1856 (2), avait élaboré un règlement qui fut approuvé par la

(i) Journal de Gonstantinople des 2 et 10 mai 186:2. (2) Art. % Appendice, II.

Porte. Il fonctionna tant bien que mal à Constantinople, durant une couple d'années, et tomba bientôt en désuétude (1868).

Les auteurs de la Constitution, s'inspirant de l'exemple des Arméniens, avaient eu principalement pour objet, d'une part, de séculariser en partie le gouvernement qui, jusque-là, avait été exclusivement entre les mains des rabbins; de l'autre, d'établir un lien permanent entre les diverses congrégations, au moyen d'une organisation qui leur serait commune k toutes et qui aurait son centre à Constantinople.

On devait fonder, dans ce but, une caisse nationale alimentée par les contributions de la capitale et des provinces, et chargée de subvenir aux frais généraux de la communauté , notamment au traitement du khakham-bachi et à l'entretien de sa chancellerie.

Le khakham-bachi (1) est le chef de la nation israélite dans tout l'empire, et son représentant officiel à la Porte.

Assimilé par la teneur de son bérat aux patriarches des communautés chrétiennes, il prenait rang autrefois dans les cérémonies publiques, immédiatement après le patriarche orthodoxe et le patriarche arménien. Nous avons vu qu'actuellement la question de préséance se règle entre les chefs des communautés^ d'après la date d'ancienneté de leurs bérats. • >

Le khakham-bachi est assisté de deux conseils (medjliss) :

Le premier, appelé medjlisS'i-rouhâni, « conseil spi-

(1) Le poste est vacant depuis 1872. Un simple rabbin, Moussa efendi, remplit rintérim.

rituel », est une sorte de tribunal ecclésiastique chargé d'appliquer la loi religieuse qui, chez les Juifs comme chez les Musulmans, se confond avec la loi civile. Il est composé de six grands rabbins (khakhamin), désignés aussi parfois, à cause de la nature de leurs fonctions, sous le nom de daïanim « juges » , et forme deux sections, chacune de trois membres, qui siègent, Tune à Khas-Keui, l'autre à Balata(l).

Le second conseil, appelé meàjUss-i-guichmi, ou djesmâni (en turk) « conseil civil » , est chargé de l'administration des affaires civiles financières de là communauté; il remplit également la fonction de tribunal de paix.

Comme il n'existe pas de hiérarchie religieuse chez les Juifs, chaque congrégation est indépendante, et le khakham-bachi n'exerce aucune suprématie sur les grands rabbins des autres villes. Il ne peut ni les nommer, ni les révoquer, et ses rapports avec eux se bornent à leur transmettre les ordres de la Porte et à communiquer à celle-ci les demandes qu'ils lui adressent par son intermédiaire. Il suit de là que l'administration des provinc^sdiffère plusou moins de celle de Stamboul, sans toutefois s'en éloigner beau4 coup .Les principaux centres depopulatioii Israélite ont, suivant leur importance et le chiffre de .cette popu-^ lation, des grands rabbins (bach-khakham) (2), élus

(1) Quartiers de Constantinople situés le long de la Corne d'Or, et habités presque exclusivement par les Juifs.

(2) C'est par abus que le titre de bach-khakhcm est donné aux grands rabbins des communautés de province. U n'appartient qu'au khakham-bachi de Constantinople, qui est, en même temps^ lé chef des Israélites de tout l'empire.

par les habitants ou de simples délégués (vekU) du bach-khakham.

Le grand rabbin est assisté, comme le khakham bachi de Gonstantinople, de deux conseils. Il représente la communauté près de l'autorité turque.

A Smyrne, l'autorité est partagée entre trois rabbins, dont l'un est reconnu officiellement par le gouvernement, et un consistoire de six membres. Quatre commissaires (parnacim), sont préposés spécialement à la gestion des affaires financières de la communauté (1).

Les localités de deuxième ordre sont administrées par des rabbins ordinaires, nommés par le grand rabbin du chef-lieu et placés sous son autorité.

Les grandes circonscriptions rabbiniques, en dehors de Constantinople (2), sont au nombre de six, dont trois en Europe et trois en Asie. En voici la liste d'après le salnâraèh, avec leur principales dépendances et le chiffre de la population israélite :

Sabnique (13,000) : Okri , Monastir, Uskup , Kesriyè.

Andnnopk (12,000) : Sofia, Vidin (1,300), Varna, Silivria, Gallipoli, Janina.

PhilippopoU {%000) : Routschouk (1 ,800), Samaqov (600), Nich.

(i) Rapport de M. Cazès, dans le BulleHn de VAUiance israélite, 1873, 2» semestre, p. 145.

(2) D*après un état détaillé, extrait des registres de la communauté, qui m'a été fourni en 1869, à Constantinople, le chiflFre de la population israélite s'élevait à 13,099 individus (mâles). C'est à peu près le même chiffre que donne Belin pour 1866 : 3I,Î73.

Smyme ( 20, 000 ) : Chio , Magnésie , Aidin , Sirouz.

Brousse (?) : Alep (8,500), Damas, Bagdad (30,000),

Jérusalem (8,000) : Safel (4,000), Tibériade (2,000), Hébron (900).

Tripoli de Barbarie dépend du grand rabbînat du Caire.

Chaque communauté pourvoit séparément à ses besoins au moyen de taxes annuelles.

La fixation et la répartition de ces taxes dans la capitale sont confiées, ou plutôt étaient confiées avant les derniers troubles, à une commission de cinq membres élus par l'assemblée générale et renouvelés tous les deux ans.

Elles n'étaient, d'ailleurs, ni très-nombreuses, ni très-lourdes.

Elles se bornaient à deux, Varika et la ffobelle (gabela)y qui, ensemble, produisaient un revenu de 560,000 piastres (fr. 128,800).

L'arika est une taxe annuelle, d'après la fortune, soit mobilière, soit immobilière. Elle a cessé 'd'être perçue depuis plusieurs années.

Il ne reste plus que la gabelle, sorte d'octroi qui frappe les principaux objets de consommation, tels que : la viande, le vin, le fromage, et dont le produit ne dépasse pas 270,000 piastres (fr. 62,100).

De là le dénûment absolu de la communauté, qui n'a ni hôpital pour ses malades, ni hospice pour ses vieillards et ses infirmes, et qui serait totalement dépourvue d'écoles pour ses enfants, si la libéralité

de quelques riches particuliers (1) et les fondations de Y Alliance israélite universelle ne lui étaient venues en aide.

II existait à Gonstantinople et dans tout Teinpire, h la fin de 1875, vingt et une écoles fondées ou subventionnées par YAlliance, et dans laquelle l'instruction était donnée à 2,094 enfants des deux sexes. Sur ce nombre, 809 étaient admis à titre gratuit.

Le programme de ces écoles est à peu près le même que celui des ruchdiyèhs turks; il comprend la langue hébraïque, les commentaires de la Bible, l'histoire sainte^ l'histoire moderne, la géographie, l'arithmétique, la comptabilité, quelques principes de géométrie, de physique, de chimie et d'histoire naturelle, et, selon les besoins ou les usages locaux, les langues turque, arabe, grecque, italienne , espagnole, l'étudd de la michna et du Talmud.

La plupart des professeurs sortent de TÉcole préparatoire de Paris (1858), annexée depuis 1872 au séminaire rabbinique de France.

L'enseignement primaire élémentaire est donné par les écoles dites talmud-tora^ sortes de salles d'asyle , assez mal tenues en général (2), où Ton apprend à lire et à écrire aux enfants. Ces écoles, en grande partie gratuites, sont très-peuplées. Ainsi le talmud-tora

(il II y a deux ans, M. le baron de Kirsch a mis à la disposition de VÀlUance une somme d'un million, « pour le revenu en être employé à développer Tinstruction parmi la pQp^lation Israélite de l'Empire ottoman ». Archives israélites, l**" janvier 1774.

(2) Un écrivain juif fait une peinture lamentable de ces écoles. Yov. Archivée israèHtes, 18S6, p. 54.

d'ÂndrinoplQ ne compte pas moins de 700 élèves de^ deux sexes 4

Il ne reste plus, pour compléter cette statistique de la nation Israélite en Turquie, qu'à mentionner les Israélites , sujets ou protégés étrangers , venus à diverses époques, mais postérieurement à la grande émigration espagnole de la fin du quinzième siècle, d'Italie, d'Allemagne, des Principautés danubiennes, de Russie. Au nombre de 3 à 4,000 individus, à Constantinople seulement, relevant au civil de leurs chancelleries respectives, ils forment, sous le rapport religieux^ des communautés ou associations, ayant chacune son comité, ses archives, sa synagogue, ses rabbins qui ne dépendent que des grands rabbins de la contrée d'où ils sont originaires. Ainsi les Juifs polonais, sujets autrichiens ou russes la plupart, reconnaissent la suprématie religieuse du grand rabbin de Brody, en Galicie.

Ces communautés, que la loi et les chancelleries qualifient simplement « d'associations ou institutions de bienfaisance y», sont au nombre de sept et toutes indépendantes les unes des autres, savoir : 1^ la Société israélite austro-hongroise de bienfaisance; 2^ la Communauté israélite étrangère placée sous la protection italienne (1) ; 3° la Communauté de Bucarest ; ¥ la Communauté de Jassi ; 5° la Communauté des pauvres ; 6° la Communauté des tailleurs ; \ • la Communauté de Kertch.

Les cinq dernières, les plus nombreuses et com-

(I) Irt Turquie du 22 juin 1872.

posées presque exclusivement d'Israélites roumains et polonais, relèvent des chancelleries de Roumanie, de Russie, d'Autriche, d'Italie, de France, de Hollande, etc. Toutes leurs synagogues sont à Galata (1).

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