‹ État présent de l'empire ottomanChapitre 46 sur 59 · COMMUNAUTÉ ARMÉNIENNE-UNIE · texte numérisé non relu

COMMUNAUTÉ ARMÉNIENNE-UNIE

(Ermeni catolik patriki).

Vicissitudes de la Communauté arménienne-unie. — L*uUramontanisme à Gonstantinople. — Nouveau schisme. — Etat présent. Nestoriens et Syriens unis.

Le firman constitutif de la Communauté arménienneunie porte la date du 27 redjeb 4246 (janvier 1831) (2). Il fut promulgué sous la forme d'un bérat adressé à Aghob , fils de Manil, évéque et chef civil non-seulement des Arméniens unis, mais de tous les catholiques de l'empire, à l'exception des Latins.

Dix-huit mois ou deux ans après, les Arméniens obtinrent de la Porte, sur les instances de l'ambassade de France, un nouveau firman qui conférait au chef de la communauté le titre depatrik (patriarche), mais dans l'ordre purement civil.

Le patrik était élu par la nation et confirmé par la Porte. Sa juridiction s'étendait à la fois sur les Arméniens rallié-s au Saint-Siège et sur les autres

(i) Courrier d'Orient, septembre 1865. (2) Texte, Lettres mr la Turquie, II, 4i8.

Catholiques du rit oriental, Ghaldéens, Syriens^ Mel« kites. Maronites.

L'autorité spirituelle, pailagée entre le catholicos (patriarche) de Sis et rarchevêque-primat de Constantinople , était tout à fait distincte de l'autorité civile.

Le catholicos était élu par le synode des évêques et confirmé par le pape. L'archevêque-primat relevait directement du Saint-Siège.

C'était alors Mgr Nouridjian, premier titulaire du siège primatial, érigé en 1830. On voit par une lettre de ce prélat, datée du 20 avril 1834, que le nombre des fidèles compris dans sa juridiction était à cette époque de 45,000. Le patriarcat de Sis en comptait environ 12,000 (1). C'est un total de 57,000 pour tous les Arméniens.

De violents orages intérieurs, suscités par le zèle intempérant des prêtres de la Propagande et par l'esprit d'envahissement de la curie romaine, troublèrent la petite communauté à partir de 1846 (2). Après la publication de la bulle Reversurtis (12 juillet 1867), qui supprimait d'un trait de plume les franchises de l'Église arménienne, et le firman de la Porte, qui réunissait de nouveau le pouvoir spirituel et le pouvoir civil dans la personne du prélat Hassoun (3),

(1) Annales de la Propagation de la foi, XXIX, 275.

(2) Voir sur Torigine de ces troubles, Lettrée sur la Turquie, II, 334 et suiv.

(3) Mgr Hassoun était, en 1845, coadjuteur de Mgr Marusci, arches vêque-primat de Gonstantinople. Il lui succéda l'année suivante (juin), et, le 26 septembre, il fut promu au siège patriarcal de Cilicic, devenu vacant par la mort du titulaire (20 janvier) et transféré de Sis à Gonstantinople.

314 DBDXIËMB PARTIE!. — GtiAPlTttB Ytl.

une lutte ardente s'engagea entre les Armêno-Latîm (on donnait ce nom aux partisans de M^' Hassoun, qu'on accusait de latiniser) et le parti qui s'intitulait lui-même conservateur , t c'est^-à-dire gardien des libertés et des traditions de l'Église » • La lutte aboutit, moins de trois ans après, à un schisme déclaré.

Au commencement de 1870 (2S janvler-6 février), les conservateurs , réunis en assemblée générale , signèrent une adresse par laquelle , tout en protestant de leur ferme attachement au Saint-Siège, ils déclaraient répudier formellement la juridiction e M^ Hassoun « comme violateur des lois et constitutions de l'Église nationale », et revendiquaient les droits de la communauté sur les églises, les immeubles et les revenus qui lui appartenaient en propre (1).

En présence de ce conflit, la Porte, sans prendre parti ostensiblement en faveur de l'une ou l'autre faction et réservant sa décision ultérieure, [assigna provisoirement aux anti-hassounistes l'église de Saint- Chrysostome et trois autres églises pour la célébration des offices, et les dota d'une chancellerie pour l'expédition des affaires courantes.

Deux années se passèrent. Le mouvement s'était étendu avec rapidité. L'excommunication lancée par le pape contre les partisans du schisme n'avait fait qu'accroître leur nombre. Il était évident que les néo-schîsmatiques , commeles appelaient leurs adversaires, avaient avec eux la majeure pi^rtie de la nation.

(1) Cette déclaration a paru in extenso dans V Univers,

Le 11 mai 1872, la Porte retira à M^'Hassoun son bérat, se fondant sur ce que son élection avait été faite « contrairement aux privilèges et prérogatives accordés ah antiquo à la nation arménienne », et un boulouroul-^ dou (1) du grand-vezir enjoignit de procéder immédiatement à Télection d'un nouveau patriarche. L'ancien évêque de Diarbekir, Kupelian, ftit élu (19 mai) et confirmé, dès le lendemain, par la Porte.

Cette décision entraînait la remise, entre les mains des Kupelianistes (2), des églises ainsi que des autres édifices religieux et civils appartenant à la Communauté,

Cependant le gouvernement, par égard pour les scrupules religieux des Arméno-Latins, mit à leui disposition une église pour y célébrer leurs offices, en même temps qu'il installait à la Porte une chancellerie pour les actes de l'état civil. Ces mesures destinées à sauvegarder les droits de la minorité furent complétées'bièntôt par un nouveau bouyourouldou, qui instituait, à Constantinople et dans chaque diocèse un vekil laïque chargé de gérer les aff'aires civiles des dissidents (3).

Telle est donc, k cette heure, la situation de la communauté arménienne catholique. Cette communauté, formée d'un démembrement de la communauté

(1) Ordre : litt. « il a été ordonné »,

(2) Les Arméno-Lalins affectaient do désigner ainsi leurs adversaires. En décembre 1874, un ordre émané de la Sublime Porte a interdit aux journaux de Constantinople de faire usage de cette dénomination, qui doit être remplacée par le terme officiel d' « Arméniens catholiques » .

(3) Vekil à Constantinople, Pouzand efendi à Finghiz-Zadè.

arménienne, est scindée elle-même en deux groupes : d*un côté» les Arméniens catholiques, ayant à leur tête W Kupelian, véritable et unique chef de la nation, exerçant, ainsi que les évèques délégués par lui dans les provinces, toutes les attributions dévolues aux patriarches et aux évèques des autres communautés (1); de Tautre, les Arméniens hassounistes, ou latins, qui, demeurés entièrement libres sous le rapport religieux, ont cessé de former une communauté privilégiée dans Tordre civil, et sont seulement autorisés à traiter pour leurs affaires avec Tautorité turque par l'entremise d'un vekil.

Rien n'a été changé à la situation des Ghaldéens et des Syriens-unis , qui continuent à relever, au temporel, de la chancellerie du patriarcat arménien«catholique, conformément au concordat de 1844 (21 octobre). Cette convention, dont M. d'Avril a donné la traduction d'après la copie conservée aux Archives des Affaires étrangères (2), porte expressément, à Part. 2, « que toutes les aflfaires concernant la nation chaldéenne (ou syrienne) (3), sujette de l'empire ottoman, seront traitées à Gonstantinople par le canal du patriarche arménien catholique » .

Le patriarche chaldéen-uni entretient à cet effet un agent près du patriarcat arménien, à Gonstantinople.

(1) Comme, par exemple, de siéger dans les medjliss de vilâïel ou de sandjak.

(2) La ChaMée chrétienne, 86.

(3) Le patriarche syrien adhéra au Concordat au mois de mai de Vannée suivante.

COMMUNAUTE GREGQUE-MELKITE-GATHOLIQUE.

(Roum melkit catolik milkti).

Parmi les catholiques orientaux, les Grecs-unis, ou Melkites, forment, après les Maronites, le groupe le plus nombreux. Ralliés au Saint-Siège sous le pontificat de Clément XI (1), au commencement du dix-huitième siècle, ils prirent ou on leur donna le nom de Melkites, qu'avaient porté, bien avant leschisme, leurs ancêtres restés fidèles à la doctrine des empereurs (2), et qui était demeuré dans l'Orient syrien comme synonyme d'orthodoxie. Leur situation à l'égard de la Porte était la même qne celle des Chaldéens et des Syriens-unis, dont ils partagèrent les vicissitudes. Néanmoins lorsque ceux-ci, par suite du concordat de 1844, se furent placés sous la juridiction temporelle du patriarche arménien-uni, ils refusèrent de suivre leur exemple et affichèrent la prétention de former eux-mêmes une communauté indépendante.

(1) Les privilèges concédés à cette occasion à PÉglise grecqueunie ont été confirmés par une bulle de Benoît XIV, du 24 décembre 1743, qui prescrit, non-seulement la stricte observance des rites actuels de cette Église, mais encore le rétablissement des anciens rites abolis ou altérés.

(2) Melkite « impérial, royal », du syr. melik ou melek « roi », épithète par laquelle les Eutychéens désignaient les Grecs qui souscrivirent à Fédit de Tempereur Marcien, en vue de faire exécuter les décisions du concile de Chalcédoinc.

Leur patriarche Maxime Mazloum entama des négociations à cet effet avec la Porte, qui, en 1847, lui conféra par un firman le titre et l'autorité de patrik.

Le patriarche (1), qui porte le titre d'Antioche (2), réside à Damas (3). 11 a sous sa juridiction 17 évêques diocésains, et un évéque in partibwt remplissant les fonctions de chancelier du patriarcat»

Les évèques sont élus par le peuple sur une liste de trois candidats présentés par le patriarche. Ils se réunissent en synode à la mort da ce dernier et choisissent parmi eux son successeur, dont l'élection doit être confirmée par Rome.

Les revenus du patriarche sont fort bornés, et ne dépassent guère 18 à 20,000 francs, y compris le casueL Les revenus des évêques varient entre 1,380 francs et 4,600 francs (4).

Le bas-clergé est très-pauvre.

Les prélats chargés de l'administration des diocèses sont appelés mourrakkha$. Ils sqnt divisés en deux cl&sses : la première comprend les métropolitains {bach piscoposy en turk) ; la deuxième est composée des évêques (piscopos) et des religieux (râhib).

(1) Yousef efendi (Mgr Crrégoire Yussouf, préconisé le 27 mars i865), un des adversaires les plus décidés du dogme de rinfaillibilité ^u dernier concile,

(2) Les patriarches de tous les rites prennent le titre du siège d'Antioche, le second après celui de Jérusalem, en sorte qu'il y a en Orient autant de patriarches d'Antioche que de rites différents.

(3) Le siège patriarcal a été tranféré suceessiTeroent de Mossoul à Alep, puis à Jérusalem, puis, en dernier lieu, à Damaa.

(4) Salverte, La Syrie contemporaine.

Les archevêchés sont au nombre de quatre : Âlep, Emèse, Damas, Tyr.

Il y a neuf simples ëvêchés : Bâalbek , Beïrout , Bosra, Hauran, Jérusalem, Saïda, Saint-Jean d'Acre, Tripoli, Zaâlèh (1).

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