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COMMUNAUTÉ BULGARE

{Bulghâr milleti).

Origlae du schisme bulgare, — Court aperçu historique* -» Situa* tion actuelle, -r Liste des évêchés bulgares. -?* Règlement provisoire de 1875.

C'est en 1870 (mars) que les Bulgares se détachèrent du patriarcal orthodoxe pour former, avec l'approbation de la Porte, une communauté distincte, sous le nom «d'exarchat bulgare ». Mais la séparation existait déjà en fait depuis plusieurs années. Dès le printemps de 1857, lorsque lea communautés furent appelées, conformément à Tarticle 2 du khatt-i humaïoun de 1856, à reviser leurs règlements, Toii voit poindre les premiers efforts des Bulgares pour s'affranchir de la juridiction du patriarche, au risque d'un nouveau schisme dans l'Église. Ces aspirations, vagues et un peu confuses à l'origine, s'accentuèrent

(!) Nous reproduisons la liste donnée par la Gerarchia cattolica de 1875. Le salnàmèh ajoute à cette liste six autres sièges : Dacla (dans la Montagne), Jaifa, Bagdad, Diarbëkir, Antioche et Djedda. Par contre, celui de Bosra n^est pas mentionné.

davantage à partir de 1860, et aboutirent à la déclaration du 15 janvier, par laquelle les Bulgares réclamaient non-seulement le redressement des abus dont ils disaient avoir à se plaindre de la part du clergé grec (1) , mais Tautonomie pleine et entière de leur Eglise, telle qu'elle existait avant la suppression des sièges indépendants d'Ochrida et de Tirnovo (2) (1767).

Quelques concessions faites à propos eussent peutêtre calmé la querelle.

Le patriarcat n'en voulut faire aucune.

L'irritation s'accrut parmi les Bulgares.

Le jour de Pâques, l'évêque Hilarion, officiant dans l'église bulgare de Gonstantinople , omit de mentionner en particulier, dans la liturgie, le nom du patriarche œcuménique. Cité pour ce fait devant le saint synode, il ne dissimula plus son intention de pousser les choses à l'extrême, et son exemple ayant entraîné le petit nombre de prélats bulgares que le

(1) Ces abus et les griefs des Bulgares à rencontre des Grecs ont été consignés dans un grand nombre d'écrits, notamment dans la brochure intitulée : Les Bulgares et le haut clergé grec (traduction du bulgare), Gonstantinople, avril 1860. Cf. la réponse à cette brochure, La vérité sur la question bulgare^ Paris, 1861 .

(2) Tirnovo ou Tirnova, ancienne capitale de la Bulgarie, était le siège du patriarcat bulgare fondé au commencement du XIIP siècle par le pape Innocent UI et reconnu autocéphale à Nicée par le patriarche œcuménique. Après la conquête de la Bulgarie par les Turks, l'Eglise bulgare conserva son autonomie jusqu'en 1767, époque à laquelle les intrigues des Phanariotes amenèrent la suppression du patriarcat de Tirnovo au profit de la grande Église de Gonstantinople. Les Bulgares ressentirent vivement cette première atteinte portée à leur nationalité, et une violente antipathie sépara depuis les deux nations. — Gf. d'Avril, La Bulgarie chrétienne.

haut clergé orthodoxe comptait dans ses rangs (1), Auxentios, ex-évêque de Dyrrachium, Païsios, métropolitain de Philippopoli et quelques autres il consomma la rupture par l'établissement d'une t Église nationale bulgare » , dont il se déclara le chef, « nouveau Novat dans la Nouvelle Rome » (automne de 1860).

Le fîrman de 1870, en instituant un exarchat bulgare distinct et indépendant de la « grande Église )), ne créait donc pas, en réalité, une situation nouvelle, il ne faisait que régulariser un état de choses qui lui était antérieur, et qui ne pouvait se prolonger sans dommage. La Porte, qui évite, autant qu'elle peut, de se mêler des querelles religieuses de ses sujets noji musulmans, s'était tenue à l'écart du débat jusqu'au jour où, tous les moyens de conciliation ayant été épuisés, le différend dut être tranché d'autorité, dans un intérêt d'ordre public.

Les Grecs néanmoins protestèrent contre la teneur du firman, comme portant atteinte aux droits du siège œcuménique (2), et mirent tout en œuvre durant près de deux ans pour en entraver l'exécution. La querelle reprit de plus belle (3). Finalement la Porte maintint

(i) Sur 60 sièges dans la Turquie d'Europe, on en comptait à peine trois ou quatre occupés par des évéques bulgares. Or, nous avons vu que les Bulgares forment à eux seuls plus des trois cinquièmes de la population orthodoxe. Les deux autres cinquièmes sont composés de Grecs, de Serbes, d'Albanais, etc.

(2) Lettre du patriarche œcuménique au grand-vezir, du 24 mars (5 avril) 1867.

(3) Voir notamment les deux écrits intitulés : Eiit<rToXi(Muov \mo(jLvi)fJta TVK TOI) XpiTzoM M«YttX^< ExxXT)(riac icpo< xa^ Xomac opMofou^

sa décision, et le 22 février 1872 l'assemblée générale bulgare siégeant à Orta-Keui (1) fut autorisée à procéder sur-le-champ à la nomination de Texarque.

L'élection se fit selon les règles ordinaires, Hilarion fut d'abord élu. Le lendemain, sur les représentations de la Porte, qu'un tel choix fermerait la voie k tout accommodement avec le patriarcat, il se démit, et Anthimos, métropolitain de Yidin, fut élu à sa place (27 février).

La Porte approuva l'élection par un iradèh en date du 8 mars.

Communication de cet iradèh fut donnée par le beïliktchi au patriarche, qiii, à la suite d'une décision de l'assemblée générale, répondit par un tahrir exprimant le refus de reconnaître l'exarque.

Celui-ci passa outre, et le 23 mars, jour des saints Cyrille et Méthode, après avoir officié pmtificalement dans l'église de Saint-Étienne, il donna publiquement lecture de l'acte proclamant l'indépendance de l'Église bulgare.

Le patriarcat riposta à cette déclaration par une sentence d'excommunication lancée contre î'exarqu^ et ses adhérents.

aOToxeçaXouç ocYtaç ExxX7)9iaç itept xy\ç xata ta tjttj 1868-1870, icopeiotc toti xarèa BouX^apouc i^eHxXTjctaffXixou tirini^9X9ç ; Gonstantinople, 1870 (point de vue grec); — et (point de vue bulgare) rAvttppTfjfftç 8t< t6 EmatoXefiQttov ùicofivT^^gt xh^i norptap^scoo; Constatiiinoplé >

(1) Village sur la rive droite du Bosphore. Cette assemblée, composée des notables bulgares de Constantinople, élus par leurs concitoyens, constituait depuis la scission de 1860, un pouvoir de fait, avec lequel la Porte avait pris Thabitade de traiter pour tout c« qui regardait la communauté.

Quatre mois après (16-28 septembre), un concile formé du patriarche œcuménique et de trois ex-patriarches , des patriarches d'Alexandrie et d'Antioche (1), de Tarchevôque de Chypre, et de vingtscinq métropolitains et évêques, déclara le schisme (2).

Le divorce était consommé ; il ne restait plus qu'à procéder à la liquidation de la communauté , c'est-àdire à déterminer, parmi les diocèses de la Turquie d'Europe dépendant du siège œcuménique , ceux qui continueraient à lui appartenir et ceux qui devaient passer sous la juridiction de l'exarque^ Or, un aasez grand nombre de ces diocèses, en partie grecs, en partie bulgares, étaient revendiqués simultanément par les deux Églises.

La Porte ordonna qu'il serait fait préalablement un recensement général de la population, devant servir de base au partage, et désigna à cet effet, dans les vilâïets, dea fonctionnaires ottomans, assistés de commissions mixtes, dont les membres furent nom*mes en nombre égal par le patriarcat et par l'exarchat.

Ce travail, commencé à la fin de l'année dernière, est en cours d'exécution, de sorte que les limites des deux juridictions demeurent encore indécises. Un certain nombre de diocèses seulement, purement bul-

(1) Le patriarche de Jérusalem, Cyrille, après avoir assisté aux premières séances du concile, se retira et refusa de souscrire Tacte final, trouvant que les motifs sur lesquels les Pères 8*étaient appuyés pour déclarer le schisme étaient s insuffisants »•

(2) Voir le texte de la déclaration dans le Phare du Boiphorê. Umi copie en fut envoyée, suivant Fusage, aux Églises orthodoxes auto« céphales de Russie, de Grèce, de Monténégro, d*Autnche| de itou<« manie et de Serbie.

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gares » ont été reconnus dès à présent comme faisant partie de Texarchat. Ces diocèses sont au nombre de seize, d'après le salnâmèh, savoir : Timovo, métropole, Philippopoli» Routschouk et Silistrie, Yidin ; Varna et Choumla, métropole, Samaqov, Nich, Kustendil, Charkeui ; Sofia, métropole, Keupruli (Yalesa), Ivradja (Vrania); Islimiyèh, métropole^ Loftza; Okri, métropole, Uskup.

L'exarque, qui réside à Conslantînople , est en même temps métropolitain de cette ville.

D'après le Règlement provisoire qui régit la communauté (1), ces diocèses sont divisés en trois classes, dont les titulaires reçoivent un traitement fixe de 72,000, 54,000 et 45,000 piastres (2). Le montant de ces sommes est fourni par une contribution répartie entre toutes les familles bulgares, dans chaque éparchie.

L'exarque reçoit, en outre, une allocation annuelle de 72,000 piastres, payée par la totalité des éparchies.

Une taxe de quatre piastres est prélevée, à cet effet, sur chaque chef de famille. Le surplus du produit de la taxe est appliqué moitié aux dépenses locales (écoles), moitié aux dépenses générales (synode, conseil mixte, etc.).

(i) Ce règlement, en six articles, promulgué à la fin de l'année dernière par iradèh impérial, remplace provisoirement, pour les Bulgares, la constitution dont le projet, élaboré par le conseil mixte, est soumis en ce moment à l'examen du CoxïmX d'État. Voy. là Turquie du 23 octobre 1875.

(2) 16,560, 12,4.20 et 10,350 francs.

LES GOMMUNAirrÉS NON-MUSULMANES. 225

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