COMMUNAUTÉS LATINE^ PROTESTANTE, BULGARE-UNIE
En dehors des six grandes communautés dont nous venons de parler, *il existe trois autres petits groupes de non-musulmans administrés par des délégués (vekiï) qui, sans avoir droit au titre et aux honneurs dejpam'A:, en exercent en réalité les fonctions et représentent officiellement leurs coreligionnaires près de la Porte.
Communauté latine. La première par Tancienneté et par le nombre est la communauté des Latins, Latin raîassi, composée, comme il a été dit plus haut(l), des catholiques, sujets de la Porte, qui suivent le rite latin.
Au nombre d'environ 300,000, Albanais, Serbes, Bulgares, Alepins (2), Grecs des îles, placés sous la juridiction spirituelle des deux patriarcats latins de Constantinople et de Jérusalem et des vicariats apostoliques de Constantinople, de Bosnie, d'Herzégovine, de Sofia, d'Alep et de Smyrne (Asie Mineure), ils sont régis civilement par un vekil nommé par la Porte, assisté d'un conseil permanent de quatre membres. Administrateur et juge, le vekil entretient, dans les principales villes où réside une population latine, des agents qui remplissent les mêmes attributions sous sa surveillance et sa responsabilité.
(1) Voy. p. 62.
(2) Syriens ou Arabes de race, catholiques de religion, établis à Constantinople, au nombre de 180 à 200 familles.
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Cependant son autorité en dehors de Gonstantinople est plutôt nominale que réelle. Les Bosniaques , les Croates catholiques, les Bulgares, comme naguère les Maronites, continuent à se servir, dans leurs rapports avec l'autorité ottomane, de l'intermédiaire de leurs primats qui traitent directement avec les gouverneurs des provinces.
Les Latins n'ont point d'établissements qui leur ap-partiennent en propre. A Constantinople, à Salonique, à Smyrne, à Beïrout, ils fréquentent les églises et les écoles des Francs et des missionnaires catholiques, principalement des PP. Lazaristes.
Constantinople compte à lui seul vingt-trois écoles, orphelinats ou collèges, dans lesquels l'enseignement est donné à 2,135 enfants des deux sexes (1). Il existe en outre sixétablissements laïques d'instruction secondaire, avec 589 élèves.
Communauté protestante. La communauté protes-» tante est très-peu nombreuse et composée presque exclusivement d'Arméniens que les missionnaires anglicans et américains, qui parurent en Turquie, il y a environ un demi-siècle (2), convertirent à l'Eglise réformée (3).
Ils sont au plus 5,000 dans tout l'empire (4).
Relevant à l'origine de Vihtissâb aghaci, « intendant
(1) Bdin, 39.
(2) Lettres mr la Turquie, II, 40S.
(3) Sur la propagande protestante en Turquie, ihid. Cf. Dwight, Le Christianisme en Turquie au XIX* siècle, 1855, et surtout la correspondance d'Aali pacha et de Mussurus bey, ambassadeur de la Porte à Londres, avec le Foreign office (noTembreiS74).
(4) Belm,31.
des droits réunis » , les nouveaux convertis obtinrent en 1830 de la Porte, par la double protection de l'ambassade d* Angleterre et de la légation des États- Unis, d'être reconnus comme corps de nation (1). Ils furent dès lors placés sous l'autorité d'un vekil, assimilé au vekil des latin ratassi, et muni, comme lui, d'un bérat , lui donnant qualité pour traiter avec l'autorité locale les affaires de ses coreligionnaires.
Ils se subdivisent en petites communautés , ou Églises, dont les principales sont celles de Constantinople , Brousse , Ismid , Trebizonde , Erzeroum , Aïntab, Bitlis. Le Rév. Dwight en comptait quinze en 1854 (2). Le nombre ne paraît pas s'être beaucoup accru depuis.
La communauté de Constantinople possède cinq écoles assez bien entretenues, et un journal, VAveâaper, qui se publie depuis 1855, sous le patronage des missionnaires américains (3).
Les données qui précèdent se rapportent uniquement aux protestants sujets de la Porte, appelés protestan raïassi, pour les distinguer des « Protestants- Francs » (frenk raïdssi). Anglais, Américains, Prussiens, etc., de même que l'on dit les latin rdiam par opposition aux Latins-Francs, Français, Itaïîeûè^ Autrichiens, etc.
Les Protestants-Francs ont à Gonst&ntinople divers
■ÉHV
(i) Firman du mois de moharrem 1267 (novembre 1850), dans Pitzitpios, LEglise orientale, Rome, 1835, t. IV, p. 68.
(2) Dwight, loc. laud,, 308.
(3) Voy. p. 174
collèges^ parmi lesquels on distingue le collège américain de Bebek, sur le Bosphore, dit Robert' s Collège^ du nom d'un de ses principaux fondateurs (1).
Communauté bulgare-^nie. La communauté bulgareunie, comme la communauté bulgare proprement dite, est sortie des troubles qui surgirent au sein de l'Eglise orthodoxe, peu après la fin de la guerre de Grimée.
Ces troubles eux-mêmes étaient causés, ainsi que nous l'avons vu , par la réaction de l'esprit national bulgare contre les tendances de l'hellénisme (2).
Tandis que la masse de la nation s'armait pour la lutte, prête à rompre avec le siège œcuménique, s'il refusait les concessions qui lui étaient demandées, mais résolue en même temps à maintenir l'intégrité de la foi orthodoxe, un petit nombre de Bulgares, sous l'influence de la Propagande, entamèrent des négociations avec le Saint-Siège en vue de leur union avec Rome, et, sur la promesse qui leur fut faite qu'ils pourraient conserver leur liturgie, leurs rites , ainsi que leur hiérarchie nationale, signèrent, le 24 décembre 1860, une déclaration par laquelle ils faisaient
(1) Belin, 41.
(2) Nous avons vu (p. 220) que ces tendances avaient commencé à se produire aussitôt après la suppression des patriarcats slaves d'Ochrida et de Temovo, en 1767. « A partir de cette époque, dit M. d'Avril, le haut clergé de la Bulgarie fut choisi exclusivement parmi des Grecs qui restaient peu de temps dans le pays et n'en apprenaient pas la langue. La liturgie slavonne fut abolie, et les études bulgares proscrites ». Et le judicieux écrivain rappelle ici la phrase significative de l'historien grec Philimon : « A partir de cette époque, de nombreuses écoles furent fondées pour helléniser tout l'Orient (iva gÇgXXïjvi^wai -njv AvaToXïjv OTrao'av) ».
acte d'adhésion « à la sainte Église romaine, conformément aux décisions du concile de Florence » (1).
Les promesses faites aux Bulgares au nom du Souverain Pontife leur furent confirmées par un bref de Pie IX, en date du 24 janvier 1861, adressé au vicaire apostolique QS!^ Brunoni) (2).
La nouvelle de la conversion des Bulgares eut un grand retentissement dans tout le monde catholique. On crut à la rentrée prochaine des trois millions de Bulgares (les enthousiastes parlaient de six millions), dans le giron de TËglise romaine, et le soin que prit le pape de sacrer lui-même le chef de la nouvelle Église, Sokolski, l'éclat inusité donné à cette cérémonie (3), parurent aux yeux de tous une confirmation de ces espérances.
Sacré le 14 avril à Rome, M*' Sokolski recevait à
(i) Texte dans le Journal de Constantinople du 20 février 1861. — « Le dimanche suivant^ 30 décembre, deux archimandrites accompagnés de trois autres prêtres et d*une cinquantaine de délégués de la nation, se rendirent à l'église de Tarchevêque latin et délégué du Saint-Siège, et prêtèrent entre ses mains le serment de fidélité en leur nom propre et au nom de ceux qu'ils représentaient, déclarant en outre ne pas admettre d'autre foi et d'autre doctrine que la sienne ». Annales de la Propagation de la foi, XXXIII, 241. Cf. Journal de Constantinople du 8 janvier 1861 .
(2) Jam vero iidem Dilecti Filii Bulgari catholicè uniti in comme moratis obsequentissimis suis ad Nos litteris exposuerunt suis in votis esse, ut sacri legitimique eorum ritus, ceremoniae, liturgia, bierarchia, serventur. Quocircà ipsis, Venerabilis Frater, Nostro nomine confirmabis, etc. » Journal de ConstaïUinople du 20 février
(3) Voir la relation de M. de Vogué dans VŒuvre des écoles d'Orient, XII, 17, et le Journal de Constantinople des 1*' et 2 mai,
230 DEUXIÈME PARTIE. — GHAPITBE Vit.
Constantinople» le 9 juin, le bérat (1) de la Porte qui le reconnaissait en qualité de chef religieux et civil de la communauté bulgare-unie (Bulghâr catolik mUrleti).
Neuf jours après. M*' Sokolski disparaissait subitement (2). On apprit bientôt qu'il avait passé en Russie. La défection de son premier pasteur porta un coup mortel à TËglise naissante. Le nombre des Uniates qui, la veille, dépassait 14,000 (3), tomba tout d'un coup à 2,000.
Depuis il semble être demeuré stationnaire, Du*mont, en 1872, accusait ce même chiffre de 2,000. Une notice insérée dans YŒuvre des écoles (TOrient, de 1874 (4), parle de quelques centaines de familles réparties entre Constantinople et une quinzaine de petits villages autour d'Andrinople (5).
Ce petit troupeau a pour pasteur et pour chef le nouvel évêque bulgare-uni, Raphaël Popow, promu, le 4 août 1865 (6), avec le titre à* administrateur apostolique , et reconnu officiellement par la Porte, à la même époque.
(1) Daté du !•' ziihidjè 1277 (9 juin 1861). Texte dans le Journal de Constantinople du 18 juin.
(2) Ibid,, 25 juin. Cf. Œuvre des écoles d'Orient, XII, 23.
(3) 14,500, inscrits sur les registres de la communauté à Constantinople, ibid., XIII, 260.
(4) Ibid., XIV, 6.
(5) La Bulgarie schismatique et la Bulgarie catholique, mars
(6) Sacré le 19 novembre, dans l'église de Saint-Jean-Chrysostome fi Constantinople.
> iLHÀTt-t-CHÊRIÏ BIT DB GUL-KHllfÈH (1) du 86 châban 1258 (3 fmembre 1839);