‹ État présent de l'empire ottomanChapitre 6 sur 59 · GROUPE SLAVE · texte numérisé non relu

GROUPE SLAVE

Les Slaves dominent dans la Turquie d'Europe. Au nombre de cinq millions à cinq millions et demi environ, ils forment deux groupes principaux :

\^ Les Serbes, qui peuplent la Rascie (Vieille Serbie), la Bosnie, l'Herzégovine, la Croatie turque (sandjak de Bosnia-Louka), et 2<^ les Bulgares.

Serbes. — Descendues du versant nord des Carpates orientales (2), à l'appel de l'empereur grec Héraclius, les tribus serbes (3), encore païennes, s'établirent dans la contrée précédemment occupée par les Avars, et comprise entre la Save , l'Adriatique et les frontières de l'ancienne Grèce. Ils furent les premiers Slaves qui embrassèrent le christianisme. Après la séparation des deux Églises, ils oscillèrent quelque temps entre Rome et Constantinople, à laquelle ils restèrent finalement unis (4). Ils subirent de même de nombreuses vicis-

(1) Ionesco, loc, cit.

(2) Dans la Gallicie actuelle, vers les sources de la Vistule. Les écrivains slaves nomment cette contrée, dont la situation et les limites sont assez mal définies, Boïka.

(3) Nous confondons sous ce nom les Serbes proprement dits et les Croates, qui se fixèrent à l'ouest de ceux-ci: deux branches sorties d'un même tronc, comme les Valaques et les Moldaves des Principautés.

(4) L'époque de cette union est difficile à préciser. Lors de l'érection du patriarcat serbe, vers J350, Ton voit le pape confirmer

Là population, les races et les reugions. 33

situdes politiques : indépendants à l'origine sous leurs chefs nationaux (joupans) (1), puis tour à tour sujets ou vassaux des Grecs ou des Bulgares, jusqu'au jour où l'un de leurs chefs, Stefan Nemania, grand joupan de Zêta, ayant réuni les diverses joupanies sous son autorité, se rendit indépendant des monarques de Byzance, et prit le titre de roi (kral) des Serbes, que le pape Honorius III confirma à son fils (1217) (2). En 1346, Etienne Douchan, le Fort (Silni), descendant en cinquième ligne du fondateur de la monarchie serbe, ayant rangé sous ses lois la plus grande partie de la Péninsule, échangea ce titre, trop humble désormais pour sa haute fortune, contre celui d'empereur (tsar)] qui le faisait l'égal en dignité, comme il était le supérieur en puissance^ du césar de Byzance.

La mort de Douchan (1356) rompit de nouveau le faisceau de l'unité serbe. Des débris de son empire se formèrent divers Etats qui subsistèrent tant bien que mal, jusqu'au jour où ils passèrent Tun après l'autre sous la domination ottomane. Seul, le Monténégro, défendu par ses inextricables montagnes, réussit à maintenir son indépendance.

spontanément le chef de là nouvelle Église, qae le patriarche de Gonstantinople venait d'anathématiser. La rupture avec Rome n'eut lieu que plus tard, et pour des motifs purement politiques.

(i) Voir dans Constantin le Porphyrogénète {De adm, imp,, c. 30), la nomenclature des joupanies serbes au X* siècle.

(2) Stefan, surnommé PrtJO Vientchani, « le premier couronné ». Le titre du nouveau monarque était : < Etienne, par la grâce de Dieu roi de Serbie, Dioclée, Tribunie, Dalmatie, Ohlimiè *. La résidence royale fut transférée à Prizren, qui devint la première capitale serbe.

34 imnoDtroTioH.

JMgairw. *-^ Les Bulgftred sont un peuple d*origtne hongro^tatare^ mais slavisé en Europe à partir du neuvième siècle (1). Partie des bords de la Kama et du Volga, ils soumirent (679) les Slaves qui habitaient Tancienne Mœsie, et adoptèrent la langue et les mœurs de ce peuple, tout en lui imposant leur nom. Ils se convertirent au christianisme en 667.

Coupés en deux par les Balkans , les Bulgares touchent à la mer Noire et à TArchipel par Bourgaz et galottique, s'étendent à Touest jusqu'à l'Albanie, et longent le Danube au nord , depuis Felh-Islam jusqu'à Silistrie.

Une profonde antipathie subsiste entre eux et les Grecs.

Kosadcs. — A la famille slave, mais aune branche différente, celle des Slaves de l'Est (2), et plus ou moins mêlés de sang tatare (8), appartiennent encore les Kosacks, au nombre de 30 à 35,000, émigrés à diverses époques de l'Ukraine et des provinces limitrophes de la Russie méridionale. Ils forment trois groupes distincts. Deux de ces groupes sont établis dans l'Asie Mineure, Tautre dans la Dobrodja.

La colonie la plus ancienne et la plus nombreuse habite près de l'embouchure du Kizil-Irmaq (l'ancien Halys) , à environ vingt-cinq lieues de Sinope, et à

(1) Krasinski, 28, et surtout Schnitzîer, ÏI, 493.

(2) On partage communément les Slaves en trois branches : les Slaves de TEst, les Slaves de l'Ouest et les Slaves du Sud ou lugo- Slaves.

(3) Mauri (p. i08) voit dans les Kosacks, en général, un mélange de Scythes, de Huns, de Mongols, de Turks et de Slaves.

LA POPULATION, UB lUCttB ËV LES RELIGIONS. 35

quinze de SaniBoun. Elle appartient à la grande tribu des Kosaeks Zaporoves (1), qui fiirent en partie exterminés après Pultawa, pour avoir combattu, avecleur hetman Mazeppa contre le tzar Pierre. Les autres s'enfiûrenten Turquie, où le Grand Seigneur leur céda, sur les bords de i'Halys , les terres qu'ils occupent encore aujourd'hui.

Ces Kosacks font partie de la secte des staro-viertzi t vieux croyants » (2), contre laquelle l'Église officielle de Russie déploie en vain ses rigueurs depuis tantôt deux siècles. Ils ont gardé lé culte de leurs ancêtres dans sa simplicité primitive ; ils n'ont point de temples ; la prière et la prédication se font en plein air. La plupart exercent le métier de pêcheurs sur lai lacs et les rivières, qu'ils prennent à ferme du gouvernement.

La seconde colonie asiatique est celle des Kosacks Nekrasoutzi (branche des Kosacks du Don), cantonnés dans les environs de Brousse. Fuyant comme les premiers la persécution religieuse, ils se réfugièrent d'abord dans le Kouban, sous la protection des Khans de Crimée. Après l'incorporation de la Crimée et du

.■■ ,^ > j n I li n iii n ^i T u a ymm i inii

(1) Ainsi nommés parée qu'ils habitent au delà des cataractes du Dniepr (Za, « au delà », et porovi, « cataractes »).

(2) Lorsque Pierre le Grîiad, à qui rinfluance et les prérogatives du patriarche de Kiew portaient ombrage, fut proclamé chef suprême de l'Eglise de Russie, we secte «0 forma qoi« fidèle à Tautorité déchue, protesta contre cet envahissement sacrilège du pouvoir temporel. De là le nom de t>îeux croyants , que portent encore aujourd hui les partisans de Tancienne Eglise. On les nomme aussi starobratz « vieux frères >. Engelhardt, Etude sur les embouchures du Danube*

Kouban à la Russie» ils gagnèrent le territoire turk d'Ânapa, d'où la paix d'Andrinople, qui cédait Anapa à la Russie, les chassa de nouveau. Ils passèrent alors en Asie Mineure, où sultan Mahmoud leur concéda le territoire de Mikalitch avec un firman qui leur garantissait la libre pratique de leur culte et le maintien de leurs anciennes coutumes. Depuis cette époque, ils forment une véritable colonie militaire, régie par son chef (hetman), et qui fournit à la Porte un régiment d'excellents cavaliers (1).

Les Kosacks de la Dobrodja, dont l'émigration parait contemporaine de celle des Zaporoves , n'ont pas conservé les goûts belliqueux de leurs frères de l'Asie Mineure. Ils paraissent plutôt se rapprocher, par leurs habitudes, des Bulgares, et sont comme eux, en général, agriculteurs. Ils forment un total de 1,000 à 1,200 familles, réparties dans une quinzaine de villages, le long du Danube, depuis Hirsova jusqu'à Dounavetz.

Lipovans. — Enfin il existe, dans la Dobrodja, un autre petit groupe de Slaves, appelés Lipovans, qui y sont venus, à diverses époques, de l'intérieur de la Russie. La plupart sont « vieux croyants ». M. Engelhardt, qui donne sur ces sectaires de curieux détails, évalue leur nombre à 18,000 ou 20,000 (2).

Page 1