GROUPE HINDOU
Tùhinganès. — Les Tchinganès, ou Bohémiens, d'origine hindoue, ainsi que l'ont démontré les savantes recherches de M. Paul Bataillard (3), sont disséminés dans toute l'étendue de la Turquie d*Europe. On les rencontre aussi, mais en petit nombre, dans certaines localités de l'Asie Mineure. La plupart n'ont pas de résidence fixe, et errent continuellement d'aune province à l'autre. Là même où ils se sont établis à demeure, ils ne se mêlent point au reste de la popu* lation.
Ils sont en général ou se disent musulmans, et comme ils sont classés comme tels dans les états of-
(1) Amb., IV, 8; — Geogr,, XII, 8.
Gonstanlinople, 1849.
(3) De Vapparition et de la diipermn deè Arf^mieMi #«| 9<tfO|)^, 1844; —r îfouvelles recherchas, etc., !849.
fidels, il est très-difficile d'indiquer exactement leur nombre. On Tévalue généralement k 300,000.
GROUPB t»SRSAN (iRANIÊNS)é
Arméniens. — Les Arméniens, que leurfi traditions nationales font remonter jusqu'à Haïg, arrière-petit** fils de Japhet, sont des Persans , qui paraissent 8*âtre croisés avec des populations de souche touranienne(l). Ils habitent, sur les confins de la Russie et de Tlran, le vilâïeL d'Ërzeroum, qui formait, avec la vioe^-royauté actuelle du Caucase et quelques cantons à l'angle nord -ouest de la Perse, l'ancien royaume d'Arménie (2). On les trouve aussi dans la partie sud*ouest de l'aneienne Gilicie, qui, après la chute du dernier royaume arménien d'Ani (1080), reçut les débris de la nation, dispersée par l'invasion mongole.
De ces débris se forma un petit Etat, d'abord simple baronnie, puis royaume, dont le gouverne** ment passa, au XI Y^ siècle (1342), aux Lusignans de Chypre, et qui finit en 1375 dans la personne de Léon VI (3).
Les Arméniens échappés au glaive des conquérants égyptiens se réfugièrent dans les gorges du Taurus, Ils y fondèrent une colonie qui se grossit bientôt par l'ar-
•**«B>*««*Mrtm«.*H
(1) Mauri, 402.
(i) L'Arméme, d*abord partagée entre deux États musulmans, la Turquie et la P«rse, subit en 1888 un nouveau démembrement, par suite de la oession d'une partie de TArtnénie persane à la Russie. -
(3) Voy. sur le royaume de la Petit^Arménie, Duliwirier, Joumri asiatique, iS6i,
rivée de nouvelles tribus, et qui se distingue, encore aujourd'hui, par ses mœurs patriarcales, des hordes turcomanes et kurdes qui Tavoisinent.
Le territoire où ils s'établirent, couvert de nombreuses plantations d'oliviers, en avait pris le nom de ZéUoun (1) ; ce nom devint celui de la colonie ellemême.
D'après les témoignages recueillis par M. Langlois (2), le Zeïtoun comprendrait actuellement quinze mille habitants, répartis entre trois bourgs (ordous), neuf églises et un couvent dépendant du siège patriarcal de Sis* Les Zeitounistes sont tous laboureurs, forgerons ou marchands.
Les Arméniens de Hadjin, à une journée démarche de Sis, ceux du Ghiavour-Dagh, « montagne des Infic dèles » , VAmanus mons des anciens, qui sépare les vilâïets d'Adana et d'Alep, ont une origine à peu près semblable. Leur nombre peut être évalué à vingt-cinq ou trente mille (3).
Dans la Turquie d'Europe, en dehors de Constantinople et de ses faubourgs, où ils forment une masse
(1) Zéîtoun « olive >, en arabe et en turk.
(2) Colombe duMassis, 1856, p. 750.
(3) l\ existe, en outre, des Arméniens dans les Principautés-Unies et en Autriche (40 à S0,000), en Russie (800 à 900,000^, en Perse (150 à i 60,000), dans llnde et dans les îles de la Sonde (10 à 45,000), en tout de 3 1/2 à 4 millions, d'après le relevé qui m*a élé fourni par M, le D' Servicen, l'un des notables Arméniens de Gonstantinople. Chahnazarian (p. 2t) èX Y. Langlois {Revue des Deuxtondes du 15 février 1863) donnent à peu près le même total, mais réparti différemment. La statistique de M. Dadian {Revue des Deux- Mondes, 1867) est beaucoup plus élevée (5 millions).
compacte, on ne trouve guère les Arméniens que dans quelques grandes villes de la Thrace et de la Bulgarie, Andrinople, Philippopoli, Varna, etc. Leur nombre pris en masse ne dépasse pas un demi-million, et pour tout Tempire deux millions et demi.
Les Arméniens parlent en général le turk, ou ne se servent de Tidiome national qu'en y mêlant une forte dose de mots turks. L'arménien littéral, la pure langue haïcane, n'est en usage que dans les écoles et parmi les lettrés.
Kurdes. — Longtemps identifiés avec les Carduques (KfltpcTouxoî) de Xénophon (1), les Kurdes paraissent être une race persane issue des anciens Parthes, dont ils ont retenu en partie la manière de combattre. On ne les croit pas aborigènes dans la contrée qu'ils habitent actuellement, et ils n'y seraient entrés qu'à la suite des armées conquérantes de Gyrus.
Cette contrée, qui s'étend entre la Mésopotamie, le Tigre, l'Arménie, TAzerbeidjan et l'Irak, n'a pas de limites bien déterminées, et les Kurdes, essentiellement guerriers et nomades, poussent leurs excursions dans les contrées limitrophes, s'y établissent et les abandonnent tour à tour, sans qu'il soit possible de définir exactement l'étendue de leur territoire. Leur position le long de la frontière favorise ces continuels déplacements et a été jusqu'ici la meilleure sauvegarde de leur indépendance. Ceux mêmes qui ont embrassé un genre de vie sédentaire sont toujours prêts à redevenir nomades et à passer §oit en Turquie, soit en
(1) Anab., lU, 5, i5.
42 INTROTOGTION.
Perse» selon les eirconstances. Quelques tribus« qui sont comme à cheval sur la frontière, hiverûent régUH lièrement en Perse et. viennent passer la belle saison en Turquie, sans qu'on puisse dire auquel des deux pays elles appartiennent.
Par la même raison, il est très*difficile d'évaluer le chiffre de la population . Ritter compte trois millions» dont un million de Kurdes ottomans é
Ces derniers sont répandus dans les trois vilâïets d'Erzeroum de Diarbekir et de Bagdad. Le vilâ!ôt d'Ërzeroum» sur une population d'un million d'habitants, renferme 150,000 Kurdes» partagés en une trentaine de tribus à demi nomades» habitant l'été sous la tente, l'hiver dans des espèces de trous sous terre; les Turcs les nomment Achirèli (1).
On distingue parmi eux trois castes : les toroun^ au nombre d'environ 500 familles : c'est la caste noble; les ratas (130»000)» qui composent la masse du peuple, guerriers ou cultivateurs; et les zazas^ la plèbe de là tribu é
Les achirèti du Kurdistan errent avec leurs trou<^ peaux durant toute la belle saison parmi les montagnes de cette province. A la fin de Tautomne, ils descen-^ dent dans la plaine ; leurs troupeaux» sous la garde de quelques pasteurs, vont hiverner en Mésopotamie, du côté de Djérirèh, tandis que le gros de la tribu de^ meure dans le Kurdistan» où elle vit de pillage.
D'autres tribus kurdes vaguent dans toute l'éten*due des vilàïets de Bagdad» de Damas et d'Alep» le
(1) Du substantif achirèt * tribu
plus souvent isolément, quelquefois (sur le versant est de rÂnti*]Liban) en compagnie des Arabes Bédouins.
Cô sont les plus hardis voleurs que Ton connaisse. Kl la distance> ni les frimas ne peuvent les arrêter dans leurs expéditions (1). Comme les chefs de clan de la vieille Ecosse, ils prélèvent une sorte de black-^mail sur les habitants des basses-terres, et malheur à celui qui refuserait d'acquitter la taxe en argent ou en nature frappée sur lui I
Toutes les peuplades kurdes obéissent à des che& héréditaires dont la volonté fait loi. Ces chefs sont ordinairement accompagnés d'une suite nombreuse; ils discourent avec complaisance sur l'ancienneté de leurs familles, qu'ils font remonter à Noé ; ils aiment les exercices du corps ; ils chantent leurs armes bien fourbies et d'une bonne trempe, les montagnes et les fleuves de leur pays ; leurs vêtements sont d'étoffes bigarrées et rayées. Ce sont les Higblanders de la contrée (2),
Bien que musulmans — et musulmans sunnites, du rite châfiï, l'un des quatre rites orthodoxes (3), et par suite ennemis déclarés des Persans chiites (4), — les
(1) « Leurs exigepoes, rapporte un témoin oculaire, preaneut toutes les formes. Tdutôt, dans la saison d'hiver, ils donnent leurs moutons à garder aux habitants des villages, avec obligation de les nourrir et de les soigner; tantôt ils obligent ces malheureux à faucher leurs fourrages. Au moment de la récolte, ils arrivent pour partager avec Fagriculteur le produit de son travail. Usant et abusant du droit du plus fort, ils se font dans ces partages la part du lion. » {Turquie, du 31 décembre 1872).
(2) Hammer, IV, 257.
(3) Lettres sur la Turquie, I, 73.
(4) Ibid., 72.
Kurdes n'épargnent pas plus les Osmanlis que les chrétiens. Cependant ils ne font jamais le mal pour le mal, et ceux-là mêmes qui ont le plus à s'en plaindre vantent leur hospitalité, leur attachement à leur religion, la pureté de leurs mœurs.
Druses. — Deux choses sont à remarquer chez les Druses, comme chez les Maronites et les autres peuplades du Liban, l'origine et la secte.
Le premier point est très-controversé. D'après une de leurs traditions nationales, les Druses seraient issus de colons européens laissés en Orient par les croisés. D'autre part, Hammert voit en eux les descendants de l'ancien peuple des Mardes ou MardaUes, originaire des pays au nord de la Caspienne, que les empereurs grecs transplantèrent au VII* siècle dans les montagnes de la Syrie, et dont le nom a survécu dans celui de la forteresse de Mardin (l'ancienne Marde) en Mésopotamie (1). Enfin, M. Bore penche à identifier les Druses avec les Khazezmiens, peuplade persane, qui se fixa en Egypte avec les khalifes Fatimites, et que les persécutions religieuses, qui suivirent le grand schisme musulman au IX' siècle, contraignirent de se réfugier dans le Hauran. De là, après s'être mêlés aux débris des hordes de Khosroës dont ils empruntèrent en partie les doctrines religieuses, les émigrés passèrent dans le Liban, qui abrita durant plusieurs siècles leur orageuse indépendance. En 1 588, sous sultan Mourad III, ils reconnurent, de même que les Maronites, la suzeraineté ottomane.
(1) Hammer, VII, i67.
Le principal centre des Druses est le Chouf, au sud de la route de Damas jusqu'à Djezzin. De là ils s'étendent au nord dans le Matten, où ils sont mêlés avec les Maronites, les Grecs et les Metualis; à Test dans TÀnti-Liban, depuis Rascheïa jusqu'à Baalbek. On compte dans le Liban 37 bourgs et villages habités entièrement par les Druses, et 69 dans T Anti-Liban. Les villages mixtes sont au nombre de 21 1 dans le Liban seulement . Le chiffre total de la population peut être évalué de 55 à 60,000 âmes (1).
Métiuilis. — Les Metualis (syr. Motouàli, c dissidents »), sont une peuplade d'origine persane, que l'on suppose être venue en Syrie avec les migrations victorieuses qui suivirent les Fatimites en l^gypte. Du territoire de Baalbek, qu'ils occupaient primitivement, ils se sont étendus peu à peu au sud-ouest et, franchissant la crête du Liban, sont descendus le long des pentes et dans les vallées autour de Sour et de Saïda, dans les districts de Matten et de Djezzin. C'est là qu'ils vivent encore aujourd'hui en plus grand nombre, sous le gouvernement de leurs chefs féodaux. Le reste de la nation est disséminé dans la grande plaine de la Bakâa (Célé-Syrie), qui court entre le Liban et l'Anti-Liban jusqu'à Baalbek, et dans la partie du Kesrouân voisine du Djebel-Sannin. Le Livre jaune de 1861 en compte 9,500, dans le Liban seulement.
Ansariyèhs. — Les Ansariyèhs, ou iVamarty te, habitent les montagnes appelées de leur nom Djebel-Naissariyèhs, depuis Merkeb ou Jfarfcaft (l'ancien Castrum Mer-
(1) Blm Book, Correspondence relating to the affaire of Syria, 1860-6i. — Livre jaune, 1861. Voy. ch. IL
46 fitriioi^irmioN*
gatum) jusqu'à la hauteur de Lattakièh (vilâTet de Damas), et dans le vilâïet d*Alep, la montagne de Djebelil-Ala, depuis l'aneien fort de Kassr-Kaled (ruine grecque) jusqu^à la hauteur de Kilis. On n'est point d'accord sur leur nombre, que l'on fait varier de 200,000 à 40,000. Hs étaient très-redoutés autrefois des voyageurs, qu'ils pillaient et rançonnaient sans merci ; mais, depuis l'occupation égyptienne (1833- 1840), un changement notable paraît s'être opéré dans leurs mœurs et leurs habitudes. De voleurs de grand chemin ils se sont faits pâtres et laboureurs. Ils quittent rarement l'enceinte de leur montagne et élèvent un grand nombre de mulets et de chameaux, qu'ils louent aux voyageurs où avec lesquels ils effectuent des transports. Quelques-uns servent comme domestiques dans les maisons franques et musulmanes. Ils sont très-ignorants, le pays étant totalement dépourvu d'écoles.
Yezidis.-^Les Yezîdis, qu'Hammer identifie avec les Kui^des (1), sont répandus principalement dans le Stndjâr, petit district montagneux d'environ 82 kilomètres de long sur une largeur de 11 à 14 kilomètres, qui s'élève au milieu des plaines désertes de la Mésopotamie , à distance presque égale de Nissibin et de Mossoul. À l'est du Tigre, on les retrouve dans certaines parties du Kurdistan et de l'Arménie turque, notamment dans les districts d'Amadia, de Djoulamerjek et de Zakhou, où ils forment plusieurs tribus redoutées des caravanes, dans les environs du Sipan- Dâgh et au nord du lac de Van.
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(i) Hammer, IV, 256,
LA POPULATION^ LfilS IMl^U EÏ LES RELIGIONS. 4?
On rapporte commuoëment le nom et l'origine des Yezidis à Yezid, fils de Moàyiah^ lé destructeur de la famille d'Ali (1). En butte pour ce fait à l'animad*» version des Persans, détestes par les Arabes à raison de leurs doctrines religieuses^ ils se retirèrent dans le massif isolé du Stndjâr et au sein des âpres moa>* tagnes du Kurdistan, où ils se sont maintenus indé« pendants jusqu'à ces derniers temps. En 1837, Hâfyz jpaoha contraignit les Sindjâris à reoonnaitre l'autorité du sultan, en leur permettant toutefois de conserver leur religion et leurs lois. La soumission des Yezidis du Kurdistan suivit de près la pacification de cette province (1847).
Chaque village e§t administré par un chef héréditaire, responsable deyant le gouvernement. La langue parlée est le kurde. La population totale est évaluée de 15 à 18,000 âmes, dont un tiers pour le Sind* Jâr (2).