‹ États de la confédération germaniqueChapitre 100 sur 261 · SOI.EM.A3 J · texte numérisé non relu

SOI.EM.A3 J

L'ambition de régner seul sur la Bohème avait poussé Boleslas à commettre un fratricide. Il fit oublier son crime aux Bohèmes , en leur promettant de les affranchir du tribut qu’ils payaient à l’empereur d’Allemagne. Elu duc par eux, il prit les ormes dans ce but. Le trône impérial était alors occupé par Otton le Grand. Au

Îiremicr bruit des préparatifs des iohémes, ce prince envoya contre eux une armée , dont il remit le commandement au comte Æsik de Mersebourg.

Cette armée fut défaite , et son chef tomba lui-inéme sous les coups de Boleslas. La guerre continua; Otton envoya , l’année suivante, de nouvelles forces , sous les ordres de Hermann , duc des Saxons. Boleslas, sentant son infériorité, ne les attendit pas, et se retira jusqu'à Brux , sur la Bila (*").

(*) D’anciens auteurs onl attribué cet assassinat aux conseils de Drahontira; mais des historiens modernes ont prouvé au contraire que cette princesse ne s’échappa elle -même qu’avec peine des mains de lioleslas.

(**) Dans le cercle de Saalz.

Un marais le séparait de l’armée ennemie. Ekhard, I un des chefs de cette armée, réussit à le franchir. On en vint aux mains; le combat fut sanglant, et se termina parla mort d’Ekliard et la retraite d’Hermann. Ces succès des Bohèmes furent dus surtout à l’absenee d’Otton , que les affaires de l'Empire empêchèrent toujours d’assister à cette guerre , et de veiller à l’exécution de ses ordres. Mais Boleslas avait trop de pénétration, pour ne pas prévoir que, malgré ces avantages, il succomberait à la longue sous les forces de l’Empire et le génie de son adversaire. Un événement imprévu vint donner plus de gravité à ses craintes : le traite qui existait entre son peuple et les Hongrois fut rompu , au moment où Otton le menaçait d'une nouvelle attaque. Il ouvrit donc des négociations ; mais les conditions dictées par son ennemi étaient trop dures pour qu’un prince à qui la victoire avait toujours été fidèle pût consentir à s’y soumettre. Otton entra en Bohème ; les villes lui ouvrirent successivement leurs portes , et Boleslas s’enferma à Prague, où il savait bien qu’il ne pourrait pas opposer une longue résistance. Il demanda une entrevue à l’Empereur; elle eut lieu sons interprète, car Otton parlait la langue slave. Boleslas fut obligé d’acquitter quatorze ans d’arrérages du tribut, et de s’engagera fournir des auxiliaires chaque fois que la demande lui en serait faite.

D'autres malheurs vinrent encore fondre sur la Bohême. Pendant que Boleslas était assiégé dans Prague , les Hongrois profitèrent de l'impuissance où il se trouvait, pour envahir la Moravie. La paix faite avec l’Empereur , le duc crut qu’il pourrait employer ce qui lui restait de force pour recouvrer cette contrée. Mais le pays était épuisé, le découragement s'etait einparc des Bohèmes; ils remportèrent bien quelques avantages partiels, mais il leur lut impossible de reprendre toute la Moravie. Dans ces graves conjonctures, Otton réclama les auxiliaires que Boleslas avait promis dans

BOHEME

le traité. Les Hongrois avaient aussi fait invasion en Allemagne, et avaient répandu la désolation jusqu’en Bavière. Le duc n’hésita pas , et aima mieux laisser ses Etats à la merci des Hongrois que de manquer à ses engagements vis-à-vis d’Otton. Il jugeait bien que si ce prince était vaincu , il ne pourrait arrêter le torrent qui s’était répandu à la fois en Boheme et dans l'Empire. Il fit donc sa jonction avec l’Empereur, qui dut en grande partie à la bravoure de son allié la victoire qu'il remporta sur ses sauvages ennemis dans les champs du Lech, prés d’Augsbourg (955). Les vaincus, dans leur rage , mirent la Bohême à feu et à sang. MaisOtton était trop généreux pour ne pas prêter à son allié l’assistance qu'il en avait reçue; et Boleslas, à la tête des siens et des troupes allemandes , vola au secours de son pays. Les Hongrois, battus sous les murs de Prague et à Kattrzim (*) ( Kœnigliche f'reystaedle ), et poursuivis jusqu’en Moravie , furent taillés en pièces daus une bataille décisive. La Moravie reconnut la loi de Boleslas. Le duc, pour prouver sa reconnaissance à Otton, ie suivit dans toutes ses expéditions contre les Slaves du Nord , et partagea ses dangers et sa fortune.

Ces faits prouvent que Boleslas fut un des princes les plus habiles qui aient régné sur la Bohême. Le souvenir du meurtre de son frère déchirait son rceur. En le commettant, il avait surtout cédé à une ambition démesurée et à sa haine contre les chrétiens.

Plus tard, non-seulement il se convertit au christianisme, mais il en favorisa le développement, et conçut le projet de fonder un évêché à Prague. Il mourut en 907 , après trente ans de règne.

Il laissait quatre enfants. Boleslas II succéda à son père dans ie gouvernement : Samodruh , surnommé par le peuple Strachkwas , c’està-dire , terrible festin, parce que c’était à sa naissance que Wences-

(*) Dam le cercle de mémo nom.

las le Saint avait péri , entra dans l’ordre des bénédictins , à Ratisbonne, sous le nom de Christianus. Il a écrit la vie de saint Wenceslas et de sainte Ludinila. On le regarde comme le plus ancien chroniqueur des Bohèmes et des autres peuples slaves. La princesse Duhrawka , fiancée à Miecislas, duc de Pologne, convertit son époux et son peuple. Enfin , la princesse Mlada vécut d'abord à Romedans un monastère; puis, elle revint dans sa patrie, et y fonda , sous l’invocation de saint George , un couvent de femmes , dont elle fut la première abbesse.

BOLESLAS II, LE riEOX (967-999.)

Boleslas I" , comme nous venons de le dire, voulait établir un évêché à Prague; et la mort ne lui avait pas laissé le temps d'accomplir ce dessein. La permission qu’il avait sollicitée auprès du saint- siège fut envoyée à son fils par le pape Jean XIII, et Dithmar , Saxon d’origine , mais profondément versé dans la langue slave, fut le premier évêque de Prague (*).

Ces soins donnés à la religion furent troublés par de graves événements. Les Hongrois, appelés par des mécontents, portèrent la guerre en Moravie. Boleslas y envoya des troupes; maiselles n’éprouvèrentquedes revers jusqu’au moinentoù la population, convaincue que la présence des alliés qu’elle avait appelés n’était pour elle

(*) Saint Adalbert succéda à Dilmar. Cet homme remarquable devait le jour au puissant Slawnik , seigneur de Libic. Son premier nom était Woj tek. Il avait fait ses éludes à Magdebourg et s'était concilié l'amitié de l'archevêque Adalbert , qui lui donna son nom et sa fortune. Il présentait l'assemblage le plus rare des qualités du cueur et de l'esprit. A une douceur affectueuse il unissait une graude fermeté de caractère. Toutes les connaissances qu’on pouvait posséder au temps où il vécut lui étaient familières. Sa figure était belle, sa fortune considérable, et l’affection qu'on lui portait, universelle. Plus il s’élevait, plus sa réputation s’étendait , plus aussi il s’efforçait d’étre

so

L’UNIVERS

qu’une occasion üe désastres et de calamités, renonça à un si onéreux patronage. Les Hongrois furent alors obligés de regagner précipit, miment leurs foyers.

Aux malheurs d’une guerre d'invasion se joignirent ceux des discordes intestines. Une partie considérable des Tchekkes, habitant les contrées baignées par l'Eger ( aujourd’hui le cercle de Saatz), était restée attachée aux pratiques du paganisme , et les idoles s’elev aient encore à côté des temples et des autels du Christ. Ces barbares sc révoltèrent et répandirent partout la terreur (U7S). Enfin, ils furent vaincus à Stranow et dispersés.

A peine ce danger était-il éloigné, qu'un autre se présenta plus menaçant.

Otton U occupait le trône impérial.

Il avait eu pour compétiteur Henri de Bavière, soutenu par la Pologne et par la Bobême.Les princes de ces deux pays s'étaient flattés que si leur appui faisait triompher Henri, ils obtiendraient sa renonciation au tribut que les Polonais et les Bohèmes payaient à l'Empire. Mais Henri eut le malheur de tomber entre les mains d'Otton , qui le fit jeter dans un cachot à Ingelheim. Le captif parvint à s’évader, et alla demander un asile à sou ami Boleslas. Otton fit de vains efforts pour obtenir qu'on le lui livrât; Boleslas avait l'âme trop noble pour ne le pas défendre, même au péril de sa propre vie. Son refus irrita tellement Otton, que ce prince se mit à la tète d'une armée, et tomba sur la Bohême qu’il traita sans ménagement. Boleslas

humble; plus il se soumellaità des durs exrrcices.Ses contemporains l'honurèrcnl du nom de saint homme. Il prêcha le chrisliauisnie aux Hongrois. On voit encore àCracovie la chapelle où il administrait le baptême. Elle lui est consacrée. Étant allé cher, les Prussiens pour les convertir, il loucha, sans lu savoir, le champ sacré de Rosuovr, et mourut de la mort du martyre. A la nouvelle de ce malheur, le due de Pologne offrit une forte somme pour avoir ses restes , qui furent déposés à Gnesne, dans une église où les fidèles firent longtemps des pèlerinages.

marcha à sa rencontre et alla se placer en face du camp qu'il avait établi à Pilsett. Otton, attaqué dans cette position , fut bientôt culbuté; il abandonna son camp et ses bagages, et chercha son saint dans une fuite précipitée. Engagé dans les sentiers inconnus des forêts de la Bohême , il n’échappa que par miracle au fer de sou ennemi. Le résultat de cette victoire fut la conquête de Meissen , qui fut réuni à la Bohême.

Tranquille désormais du côté des Allemands, Boleslas songea à étendre, sur un autre point, les limites de ses États. La division qui s'etait glissée entre les fils de Miecislas lui en fournit l’occasion. Il s’empara du pays situé en deçà de la Vistule, et même d’un petit’ territoire au delà de ce fleuve. Jamais , avant lui , la Bohême, la Moravie et une partie de la Pologne n’avaient été réunies sous un même sceptre.

La Bohême, pendant son règne , vit presque entièrement disparaître l’idolâtrie; ce pays doit à Boleslas II la fondation de plus de vingt églises, dont plusieurs subsistent encore aujourd'hui.

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