BOLESLAS III
La mort de Boleslas II fut le signal d'une guerre avec la Pologne. Le duc de ce pays , Boleslas Chrobry ( le Jirare), non content de reprendre les provinces conquises par les Bohèmes, se rendit maître de Cracovie , dont il passa la garnison au fil de l'épée. La facilité avec laquelle il avait fait cette conquête l’engagea à en teuter d'autres. Il envahit la Moravie et s’en rendit maître , sans que Boleslas III prît aucune mesure pour lui résister. Le caractère sombre et cruel de celui-ci ne lui faisait voir d’ennemis que dans ses frères, qu'il soupçonnait d’aspirer à le détrôner, et toute sa politique tendait à se mettre en garde conlre eux. Il lit priver l’un d’eux, Jaromir, des organes de la génération, et donna l'ordre d’étrangler l’autre , Udnlrich, pendant qu'il était
BOHEME
au bain. Toutefois le meurtre ne fut pas consommé. Udalrich parvint à s’échapper, et se réfugia avec son malheureux frère et sa mère Emma , princesse de Bourgogne , auprès de Henri de Bavière. Ce mépris des droits du sang et de la nature, cet oubli des devoirs de souverain , alors que la Bohême se voyait enlever successivement chacune de ses villes, attirèrent à Boleslas III la haine de ses sujets. Ils le déposèrent en 1002.
Henri, prince de Franconie , lui ayant refusé un asile , il ne rougit pas de se rendre riiez ips Polonais, qui venaient de se montrer si hostiles à la Bohême.
Sur ces entrefaites, les Bohèmes , oubliant que les princes Jaromir et Udalricli vivaient encore et avaient des droits au trône, choisirent un nouveau duc, Wladiboy, frère du duc Boleslas Chrobry. On ignore la cause de l'exclusion’ des deux frères de Boleslas III. mais le duché, devenu bientôt vacant par la mort de Wladiboy, ces deux princes vinrent d’eux-mémes s’offrir à leurs compatriotes, et furent reçus à bras ouverts.
Cependant Boleslas III revint à la tète a une armée polonaise; tout s’enfuit à son approche, et Prague lui ouvrit ses portes. Maître encore une fois de la Bohême , il convoqua les grands, sous prétexte de se concerter avec eux sur les affaires publiques , mais eu réalité pour satisfaire sa soif de vengeance. En effet, il fit impitoyablement massacrer tous les seigneiirs qui avaient prononcé son bannissement. Wisowese , son beau-fils, périt de sa propre main (1003). Ses sujets, pour échapper à sa cruauté, ne trouvèrent rien de mieux que de s’adresser au duc de Pologne. Celui - ci , sans leur donner de réponse positive, invita Boleslas Iil à se rendre à Cracovie. Il n’y fut pas plutôt arrivé qu’on lui creva les yeux , et qu’on le transporta dans l’intérieur du pays, où il mourut peu de temps après. On ne laissa rien transpirer sur cet attentat ; le duc de Pologne, à la tète des siens, entra en Bohème et s’empara de la capitale et du trône. La réunion
de ees deux États pouvait devenir fatale à l’Empire ; elle éveilla les justes craintes du roi des Romains. Il épousa la cause de Jaromir, qui s’était réfugié chez lui , rassembla des forces imposantes et marcha sur Prague, d’où il chassa l’ennemi. Les états de Bohème reconnurent alors Jaromir comme leur duc en présence de Henri IL
JAROMIR (lOo5-Il>IS.)
Ce prince était monté sur le trône a l’aide des Allemands; il en eoôta cher à la Bohême. Elle perdit tout ce qu’elle possédait en deçà de la Vistulc, et la Moravie ne lui fut pas restituée. Le règne de Jaromir ne fut remarquable que par les soulèvements du peuple.
Devenu indocile par l’habitude des révoltes , le peuple avait besoin d’un bras puissant pour le gouverner. Il ne le trouva pas dans Jaromir; les querelle- de ce prince avec son frère favorisèrent l’esprit indiscipliné de ses sujets. Chassé enfin par Udalrich (1012). il croyait trouver un asile chez Henri II, qui était alors à Magdebourg; il n’y trouva qu’une prison.
UDALRICH (lOl3-I037.)
Udalrich sut se concilier l’amitié de Henri II , en le reconnaissant comme son suzerain, et en lui prodiguant des présents, il se fit livrer par lui Jaromir, qui fut gardé à vue à Lysa. Il prit part aux guerres des Allemands contre la Pologne. Plus tard, les princes allemands lui donnèrent une grande preuve de confiance en l’appelant, après la mort de Henri H, à prendre part à l’élection du roi des Romains (8 septembre 1024). Il donna sa voix à Conrad. C’était la première fois qu’un prince de Bohême concourait à une élection de ce genre. C’est aussi à partir de cette époque qu’on peut regarder la Bohême comme incorporée à l’Empire. Dans la guerre qui éclata plus tard entre Conrad et les Polonais, Udalrich associa ses armes à celles de l’Empereur; et son fils, le braveBretislas, s’empara delà Moravie, qui rentra ainsi, ou bout de vingt-cinq
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ans, sous la domination de la Bohême.
Mais on dirait qu’un sort fatal était réserve aux princes de la race de Premysl, et devait tous les faire succomber victimes de leurs propres dissensions. Le père et le fils devinrent ennemis. Le premier, allié du roi Étienne de Hongrie, avait vu de mauvais œil son fils embrasser contre ce prince le parti de l’Empereur (1030). Il essaya de le faire déposer du duché de Moravie.
L’Empereur fut obligé de renoncer à son entreprise, mais il garda rancune à Udalrich. Dans ces temps de guerres et de dévastations , la vengeance était chez les grands une passion qu’ils ne cherchaient pas même à combattre.
Conrad attira le roi de Bohême dans son camp à Werben (1033), le retint huit mois captif à llatisbonne, et ne lui rendit la liberté qu'à la condition qu’il restituerait à son frère Jaromir la moitié de la Bohême.
Rentré à Prague, Udalrich n'eut garde de tenir une parole qu’on .lui avait arrachée par la force. Il fit crever les yeux au malheureux Jaromir, et rendit sa captivité encore plus dure.
Ainsi de trois frères , deux étaient devenus aveugles. Mais ces malheurs ne suffisaient pas à la maison ducale.
Udalrich, jaloux de l’attachement que son fils témoignait à l’Empereur, le rappela de la Moravie, et le condamna au bannissement. Tous ces événements furent sans doute accompagnés de troubles et de désordres; cependant les chroniqueurs gardent à cet égard un silence absolu. Ils disent seulement que l’empereur Conrad n’eritreprit rien contre Udalrich , qui expira le 0 novembre 1037, après vingt-cinq ans de règne.
Udalrich , n’ayant point eu d’enfants de sa première femme, l’avait répudiée pour épouser la plus belle femme du pays, la fille d’un noble, que le hasard lui avait fait rencontrer dans un village , en revenant de la chasse.
Elle s’appelait Bozena. C’était d'elle qu’était né le brave duc Bretislas.
BRÏTISL4S i,r (*) (io3j-io55.)
Le fils unique d’Udalrich lui succéda. Son oncle Jaromir, malgré sa cécité , assista à la cérémonie du couronnement.
Bretislas avait le caractère belliqueux. Sa première pensée , en arrivant au pouvoir, fut de tirer parti des divisions qui agitaient la Pologne; il y entra avec une armée : tout plia devant lui. Dès la première campagne, il prit et saccagea Cracovie; dans la seconde, Gnesne eut le même sort. Des milliers d’esclaves et plusieurs centaines de chariots chargés de butin accompagnaient le vainqueur, lorsqu'il retourna dans ses montagnes.
Cette guerre, d'ailleurs si heureuse, attira à là Bohême la disgrâce du pape et l’inimitié du roi des Romains. Les Polonais portèrent d’abord leurs plaintes au premier, alléguant que le duc Bretislas avait pillé la cathédrale de Gnesne, et troublé le repos de saint Adalbert, dont il avait emporté les reliques. Le prince de Bohême envoya une ambassade à Rome pour se justifier; il rentra en grâce auprès du saintsiège, en promettant de bâtir quelques églises dans son pays. Le peu de succès de leurs démarchés auprès du pape inspira aux Polonais l’idée d’en tenter de nouvelles auprès de l’empereur Henri III. Celui-ci somma aussitôt le duc de se justifier et d’acquitter le tribut annuel qu’il devait à l’Empire. Un des fils de Bretislas fut charge de sa réponse. Il déclara à Henri que les Bohèmes ne devaient de tribut qu’au roi des Romains couronné par le pape , et que, s’il avait intention de donner suite à ses prétentions , son père était prêt à recourir aux armes et à mourir glorieusement plutôt que de subir la domination d’un prince étranger.
Le droit des gens était peu respecté à cette époque , où la force décidait tout. Henri retint prisonnier le fils de Bretislas , et rassembla deux armées pour porter la guerre en Bohême; l’un de ces corps se concentra à Chamb
(*} On écrit aussi Rrzatislaw.
BOHEME
(Kamb), en Bavière, pour entrer dans le pavs par le Boehmerwald; l'autre à Dohna , en Saxe , pour franchir les Erzgebirge. C’était de la Bavière que devait partir le premier coup. Le passage, sur ce point, offrait cependant plus de difficultés , à cause des défilés étroits qu’il fallait traverser, et de l’escarpement des montagnes (aoilt 1040).
Bretislas était campé du côté opposé avec son armée, et attendait l'ennemi au pied du Boehmerwald , qui sépare la Bavière de la Bohémp. Il avait creusé de nombreux retranchements; mais Henri les évita en faisant prendre à ses soldats une autre route. L'affaire s'engagea dans les environs de Tauss; la mêlée fut sanglante, et les Allemands furent taillés en pièces. Plusieurs princeset l’élite de leur noblesse couvrirent le champ de bataille. Henri lui-mémc n'échappa qu’avec peine à la captivité ou à la mort. Le lieu du combat a été appelé par les Bohèmes Biwanka , qui signifie abattre (*).
Au moment ou Henri éprouvait un si terrible désastre aux frontières de la Bavière, son second corps d’armée pénétrait en Bohème par les gorges de Kulm. Il dévasta d'abord tous les environsde Biiim; mais bientôt arriva la nouvelle de la défaite de l’Empereur. Elle fit une telle impression sur les troupes, qu’elles se hâtèrent de battre en retraite. Des négociations s’ouvrirent pendant l'hiver suivant; on échangea les prisonniers et le fils de Bretislas recouvra la liberté.
Cependant on ne put s’accorder sur les conditions de la paix, et les hostilités reprirent avec plus de fureur.
Henri envoya en Bohème deux nouvelles armées. Les Bohèmes, qui avaient reçu des secours du roi Pierre de Hongrie, occupaient tous les passages par lesquels l’ennemi pouvait pénétrer.
Malheureusement , Procope , l’un des généraux de Bretislas , laissa, par négligence ou par trahison , forcer les défilés, et les Allemands arrivèrent aux portes de Prague avant que le duc
(*) Voyez Pelzel. Pr«gue, 1779 , t vol.
3' livraison. (Bohême.)
eût eu seulement le temps de rallier ses troupes dispersées. Force lui fut de céder. Les conditions qu’on lui imposa furent onéreuses : il se soumit non-seulement à payer les tributs arriérés et a envoyer des troupes auxiliaires lorsque Henri l’en requerrait, mais aussi à se présenter en Allemagne devant le roi des Romains, en signe de soumission. Bretislas se rendit en effet à la cour de Henri, et exécuta les conditions de la paix; mais les Polonais n’y gagnèrent rien, puisque les Bohèmes gardèrent toutes les villes et tons les châteaux dont ils s’étaient emparés dans la Silésie, qui faisait alors partie de la Pologne. Si Breslau et quelques autres villes furent restituées plus tard, ce fut au prix de cinq cents marcs d’argent et de trente marcs d'or, que les Polonais s’engagèrent à payer annuellement à leurs vainqueurs (1054).
La Bohème, après cette guerre, jouit d’une tranquillité profonde. Bretislas conserva la paix avec l’Empire en envoyant des troupes à Henri pour le soutenir dans scs guerres contre les Hongrois. La fortune n’ayant pas été favorable à l’Empereur, le duc vit de nouveaux orages gronder sur ses États.
Les Hongrois, irrités de l'appui qu’il avait prêté à leur ennemi se portèrent en Moravie, et Bretislas mourut (10 juin 1055) au milieu des préparatifs de guerre qu’il faisait contre eux , à Chudrim , où il était arrivé avec son armée.
Ce prince signala son règne par les travaux de fortifications dont il entoura sa capitale, du sort de laquelle dépendait celui de tout le pays. Jusque-là , Prague avait été une ville ouverte, qui ne pouvait opposer aucune résistance à l’ennemi. Elle fut défendue par une épaisse muraille flanquée de tours.
Bretislas introduisit aussi, en 1055, un ordre de succession, d’après lequel la couronne ducale devait passer , à chaque vacance du trône , non pas au fils au dernier duc , ni au plus proche agnat , mais au doyen a âge de la famille. Cet ordre de succession est
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connu sous la dénomination de Justice des Bohèmes.
«•ITiMKtW U (10.Ï4-1061.)
Spitilinew ne fut pas plutôt monté sur le trône qu'il publia un édit portant que tous les Allemands , sans même en excepter sa mère, eussent à quitter la Bohême sous trois jours.
Les historiens ne s'accordent pas sur le motif d'une mesure aussi impolitique. Les uns l'attribuent au ressentiment d'une injurç que le duc. avait reçue dans sa jeunesse; d’autres prétendent que les Allemands avaient pris parti contre lui dans les différends qu’il avait eus avec ses frères Wratisîas, Conrad et Qtton , au sujet de la Moravie, qui leur était échue apres la mort de leu r père , sous la charge d'hommage à la Bohême. Quoi qu'il en soit, Wratisîas avait recherche l'appui de la Hongrie et de l'Autriche, et s'était réfugié avec sa mère auprès du roi André de Hongrie, à la nouvelle que Spitilinew approchait d’OImutz. Celuici ne trouva en arrivant dans cette ville que sa belle-sœur et ses deux autres frères- U les emmena en Bohême. Sans égard pour la faiblesse d’uue femme, il lit enfermer l'éfiouse de son frère dans le château de Lesten , sous la garde du comte Mstis.
Çctte infortunée recouvra ensuite la liberté; mais elle n’en jouit pas longtemps : elle succomba bientôt aux suites des mauvais traitements qu’elle avait endurés. Conrad et Oltoii turent attachés à la cour de Prague, et la Moravie fut réunie de nouveau à la Bohême. Il parait cependant queWratis- (as rentra plus tard en possession de la Moravie par la médiation du roi de Hongrie, dont il avait épousé la fille. Mais cette réconciliation fut peu sincère, car après la mort de Spitilinew, Wratisîas traita ses neveux avec une dureté qui prouva qu'il n'avait point oublié celle que son frère avait montrée pour lui.
Spitilinew sc distingua par sa piété et sou ardeur à maintenir le rite latin dans ses États. Il chassa les. bénédictins du couvent de Sazawa pour avoir
célébré le service divin en langue slavonne. Il n’avait que trente ans , lorsqu’il mourut , en lOfifi, occupé de la construction de nouvelles églises.
On le surnomma , après sa mort , le père du clergé et le protecteur des veuves.
WBATISHS II (lofil-109».)
Quoique son prédécesseur eût laissé plusieurs enfants', Wratisîas ceignijt la couronne sans opposition, et donna la Moravie en partagea ses deux frères. Il se trouva engage dans les guerres de Hongrie par son alliance avec Adélaïde, fille d’André. Bêla, frère de celui-ci, et son adversaire, avait attiré dans son parti le roi de Pologne, Boleslns 11 , surnommé le Téméraire. Les Bohèmes et les Polonais se trouvèrent ainsi armés les uns contre les autres. Jaromir, frère puîné de Wratisîas, avait été, dès son enfance, destiné à l'état ecclesiastique, quoique sou penchant l'entraînât dans une autre direction. Au costume, et aux devoirs des clercs, il préférait les armes, la chasse et la dissipation. Il fallut lui faire violence pour lui couper sa belle barbe. Aussi, ne tarda-t-il pas à reprendre la cuirasse et l’épce, et sc sauva en Pologne, où il envenima tellement la haine qui existait déjà entre son frère et Boleslns, que la guerre éclata. Ce fut Boleslas qui commença les hostilités, en attaquant le château de Graetz, en Silésie.
Cette tentative échoua. Les autres événements de la campagne ne nous sont pas connus. En Hongrie, les choses prirent une tournure fâcheuse pour André. Il succomba, les armes à la main, en 1061. Après sa mort , après celle de la princesse Adélaïde, la paix se rétablit entre Wratisîas et Boleslas; bien plus, le premier épousa Swatislava, ou Swatava, sœur du roi de Pologne
Wratisîas fonda, en 1062, l'évêché d'OImutz. Mais la mort de Sévere , évêque de Prague, faillit, à la même époque , troubler la tranquillité du pays. Conrad et Otton rappelèrent de
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Pologne leur frère Jaromir, et s’efforcèrent de l'engager à quitter les armes pour reprendre le froc. Son père lui avait destiné l’évêché de Prague; mais ce projet s’écartait de la politique de Wratislas. Redoutant la puissance réuuie de ses frères, il préférait voir, sur le siège épiscopal , son chapelain et son ami, I.anzo. Au>si, ne répondit-il que d’une manière evasive aux propositions de ses frères. Cependant il ne pouvait disposer de Péveché qui dépendait de l’assemblée générale du pays et du clergé. On était çéuni dans un camp à Dobeuin, au pied des Riesengebirge. Là, se trou raient les frères du due, toute la noblesse du pays et les principaux chefs de l’Église. Une convocation devenait ainsi inutile. Il suffisait de ceux qui étaient présents pour procéder à l’élection. Wratislas comptait pouvoir la diriger à son grc ; mais les forces qui l’entouraient, n’exercèrent pas l'influence qu'il en attendait. Le auc de Bohème était assis comme les autres au milieu du camu. Après avoir fait l'eloge de Lanzo, il le fit approcher et lui remit entre les mains la crosse comme signe de sa nouvelle dignité. Alors un grand murmure s'éleva dans l'assemblée. Les plus puissants seigneurs , tels que le comte palatin Kojata, Siml, zupan (comte) de Saatz, prirent la parole en faveur de Jaromir. Puis, criant aux armes, ils quittèrent le camp avec les princes et allèrent en furmer un autre auprès d'Opocno.
Abandonné d’une grande partie de fermée, Wratislas se retira à Prague, puis a Wissehrad, et fit dire a ses frères qu’il cédait à leurs voeux. Ceux-ci 11e tardèrent pas à arriver, et campèrent dans les enamps de Hostivar, jusqu’à Cequ’ils sefussent assurés deses intentions. Alors ils rentrèrent dans leurs possessions de Moravie, et Jaromir alla, à Mavence recevoir l’investiture de son évêché. Quant à Kojata et à Smil , la connaissance qu'ils avaient du caractère de Wratislas leur fit comprendre que leseul inovend'êtreen sûreté c’était de s’éloigner de la Bohême.
Jaromir, ayant quitté son nom et pris celui de Gerhard, reçut de Henri IV, à Mayence, l’anneau et la crosse. Plus tard , il fut nomme archichancelier de l’Empire. Il introduisit des réformes utiles dans le clergé de son pays. Pieux et d'une charité inépuisable, il gâta ses précieuses qualités par un esprit caustique, et surtout par un orgueil et une ambition sans frein.
La paix signée avec la Pologne avait été cimentée, ainsi que nous l'avons dit, par le mariage de Wratislas avec Swatislava , sœur de Bêla.
Mais la haine qui avait armé les di-ux princes l'un contre l’autre n’était pas éteinte. Elle éclata d'abord en menaces , et bientôt elle les amena de nouveau sur les champs de bataille.
Henri IV offrit sa médiation, et lorsque les Polouais firent une invasion en Bohême, il leur déclara la guerre.
Toutefois, il parait que les hostilités cessèrent d’elles-méuies. L’histoire , du moins , ne dit rien de leur continuation.
C'est à cette époque que commencèrent les querelles religieuses qui furent, pendant soixante ans , une cause de dissensions entre la Bohême et la Moravie. Le trésor ducal refusa de payer à Jaromir les cent marcs d'argent qu’on avait promis a son prédécesseur, l'évêque de Prague, pour l'indemniser de la fondation de l’évêché d’Olmutz.
Jean, qui occupait ce dernier siégé, avait un château près de Brunn , en Moravie, où résidait Conrad. Celui-ci eit prit possession et le céda à Jaromir. Wratislas exigea la restitution de ce s biens à l’église d'Ohmitz , et l’obtint par force. On porta plainte, de part et d’autre, auprès du souverain pontife, Alexandre II, qui se prononça en faveur de Wratislas. Jaromir résolut de se venger de cette décision. Il se rendit, en 1071, accompagné d’une suite nombreuse, auprès du vieil évêque d’Ohmitz. On lui lit bon accueil ; mais bientôt il s'emporta en injures, en outrages, et s'empara de Podiwin, le château épiscopal. Wratislas , tout eu ayant recours au pape ,
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. ne négligea pas l’emploi de mesures plus énergiques. Il eut bientôt repris son château; et il parait même qu'il chassa son adversaire de toutes les possessions qu'il avait en Bohême.
Le pape envoya sur les liens son légat Rodolphe. Jaromir, excommunié, poursuivi et réduit aux dernières extrémités, chercha un asile à l’étranger, et en trouva un chez son ami Siegfried, archevêque de Mayence. Alexandre II venait de mourir, et le grand cardinal Hildebrand , plus connu sous le nom de Grégoire VII , avait pris sa place.
Le nouveau pontife envoya deux autres légats. .laromir comparut à Rome, se réconcilia avec l’Eglise, rentra dans sa patrie et recouvra ses dignités , mais sans renoncer à cette infatigable ambition qui avait fait tant de mal à l'État et à lui-même.
Tous ses amis vinrent b sa rencontre jusqu’aux frontières de Bohême.
Il leur raconta les malheurs de sa vie. Puis , apercevant un de ses intimes , « Vois, Belek, s’écria-t-il, quelle barbe «je rapporte. Elle est digne d’orner « le menton d’un empereur. — Elle est « belle , en effet , répondit le fidèle Be- « lek,mais mieux edt valu rapporter une « âme digne d'un évêque. » Ce vœu ne fut pas accompli. Jaromir avait conservé ses passions et ses anciennes haines. 11 s'empara de nouveau de Podiwin , et se mit à excommunier tous les ennemis qu’il avait eus à la cour de son frère. Il ne fallut rien moins, pour réconcilier les deux adversaires, que la menace des foudres de l’Église et la décision d’un synode (1075), auquel assistèrent Jaromir et Jean.
Jusqu'ici les rapports de Grégoire VII et de Wratislas n’avaient cessé de témoigner de l’estime et de l'amitié qu’ils sentaient l’un pour l’autre. Le prince donnait au saint-père tous les témoignages d’un respect filial , et en était lui-même comblé d'honneurs; les lettres de Grégoire n'expriment que des sentiments bienveillants à l’égard du duc de Bohême. Mais les choses changèrent subitement de face en 1075. l)e nouveaux événements amenèrent de nouvelles combinaisons
politiques, et quelques années s’étaient a peine éeoulees qu’une intimité qni paraissait si solidement cimentée s’était convertie en une inimitié implacable. Ce chaneement eut pour cause principale l’alliance de Wratislas avec Henri IV, auquel Grégoire avait voué une haine mortelle. Le duc de Bohême resta inébranlablement fidèle à son nouvel allié. Sans cet appui, le roi des Romains edt succombé, trahi qu’il était par les princes et les prélats qu’avait su gagner la cour de Rome. Aussi Henri IV n’oublia-t-il jamais cette fidélité, h laquelle il n’était pas habitué. Il donna à Wratislas , en' compensation des sacrifices qu’il avait faits pour la défense de sa cause, Meissen d'abord, puis les Marches d'Autriche. Enfin, le 16 juin 1086, à la diète de Mayence, il ceignit son front d'une couronne royale, à laquelle fut attachée l’exemption perpétuelle du tribut que la Bohême payait a l’Empire.
Les troupes de Bohême, sous les ordres de Wratislas , assistèrent, avec celles delienri, aux grandes batailles de ilohenbourg sur lés bords de l’Lnstrut, (9 juin 1075); de Melrirhstadt, sur la Streu (7 août 1078); de Flarcheim , dans la Thuringe (27 janvier 1080), et sur l’Elster (15 octobre 1080). Elles contribuèrent surtout à la victoire remportée par l’Empereur sur les bords del'Unstrut. A la bataille de la Streu , elles arrivèrent au milieu de la mêlée, rétablirent lecombatet déterminèrent le succès. Ce furent elles qui souffrirent le plus à Flarcheim, où elles perdirent 3,255 hommes. En un mot, les Bohèmes figurèrent dans toutes les ca mpagnes de Henri IV, de 1075 à 1080.
Les historiens du temps font mention de leur cruauté et de leur ardeur pour le pillage. Rien n’était sacré pour eux : au dire des annalistes, ils ne connaissaient ni amis ni ennemis. Non contents de s'emparer de l’or, du blé, des bestiaux, ils emmenaient des populations entières pour les vendre en Hongrie. Cependant cette manière de faire la guerre n’était point particulière aux Bohèmes; elle était dans les moeurs du temps, et les Allemands ne se con-
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duisirent pas mieux lorsqu'ils envahirent la Bohême.
On vient de voir quelle intimité unissait le roi des Romains et Wratislas.
Henri, de retour en Allemagne après la srène si célèbre du château de Canossa (25-28 janvier 1077), manda Wratislas et son frère Jaromir, qui vinrent à sa rencontre à N'urenberg. Il voulait s'aider de leurs conseils et leur confier ses inquiétudes. En 1 08 1 , lorsqu'il entreprit son expédition contre rltalie, Wratislas lui fit présent de 4,000 marcs d'argent, et lui envoya son fils Bretislas avec 300 cavaliers.
Ce prince était trop jeune pour se passer de conseiller; son père lui donna pour guide , YViprecht de Groitsch, l'un des premiers chevaliers de son temps. Cette petite troupe fit de tels prodiges de valeur , que ueuf des 300 braves seulement revirent leurs foyers en 1084. Ils montèrent les premiers à l’assaut de Rome.
A son retour, Wiprecbt reçut, pour prix de sou courage, la main dcJutta, fillede Wratislas, avec Kiseni (Dresde et ses environs) pour dot.
En 1081, pendaut que Henri était occupé des affaires d'Italie, le margrave d’Autriche, Léopold le Beau, abandonna son parti , et se déclara pour son adversaire et son compétiteur, Henri de Luxembourg. Henri eut encore recours à Wratislas pour punir I éopold de sa perfidie, et lui conseilla de s'emparer des Marches d’Autriche.
Wratislas ne perdit pas de temps. Les Bohèmes, sous les ordres de leur duc, les Moraves, sous ceux de Conrad et d’Otton, et les Bavarois, commandés par Olton, évêque de Ratisbonne , envahirent l’Autriche , et , comme de coutume , portèrent partout la fiamme et le fer. Léopold marcha à leur rencontre. Les deux armées en vinrent aux mains à Mailberg (12 mai 1082). Cette bataille, l'une des plus sanglantes de cette époque, tourna à l'avantage des Bohèmes. Mais il parait que Wratislas ne poursuivit pas sa victoire, et qu’il se contenta du butin qu’il avait fait et de l’occupation du pays.
Léopold profita de cette faute : il alla
chercher du secours chez les Hongrois, revint en 1083, et força les BoliêmeS à abandonner leur conquête. Il vint même ravager la Moravie et la Bohême , après quoi la paix fut signée.
L’histoire ne nous apprend pas quelles en furent les conditions; mais il est probable que les choses restèrent dans l’état où elles étaient avant la guerre.
Tant de sacrifices de la part de la Bohême en faveur de l’Empire, une fidélité si constante du duc envers le roi des Romains, exigeaient une récompense solennelle. Wratislas. nommé roi de Bohême, dignité que ses ancêtres avaient tant enviée , fut sacré avec son épouse Swatnva, le 3 juillet 1086, par Egilbert, archevêque de Trêves. Toutefois, comme il ne pouvait transmettre sa dignité à ses descendants, ses frères furent jaloux de son élévation. Le pape Clément III luimême la vit de mauvais oeil, et lui refusa toujours le titre de roi. Delà vint que Wratislas se déclara pour Victor III, et plus tard pour le successeur de Victor, Urbain II, portés l’un et l’autre au siège pontifical par les adversaires de Clément.
Nous avons vu que la discorde avait constamment existé entre Wratislas et ses freres. Tant que ceux-ci vécurent, ils s’unirent toujours pour faire contrepoids à la puissance de leur aîné. Mais, en 1089, Jaromir termina sa carrière agitée en Hongrie, chez son ami Ladislas le Saint. Otton le suivit de près dans la tombe, et sa veuve, Euphémie, se défiant de la probité du roi, confia à Conrad ses enfants et le territoire d’OInuitz. Le roi avait un favori, son majordome, Zderard, qui lui persuada de ne pas tolérer ce manque de respect, et d’entrer en Moravie avec son armée pour y rétablir son autorité. Wratislas fut bientôt maître d'OIiputz; mais Brünn, défendue par Conrad en personne, résista à toutes ses attaques.
L'ambition démesurée du favori fit éclater sous les murs de cette ville une guerre impie, dans laquelle le fils prit les armes contre le pere. Zderard avait Injurié le prince Bretislas. Celui-ci, excité par les siens , jaloux d'ailleurs
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de l’influence du favori, jura d'en tirer vengeance. Il invita donc Zderard h venir dans son camp, où il lui lit subir une mort affreuse, en le faisant broyer sous les pieds des chevaux. Le roi seul pleura cet homme, auquel il s’était attaché par habitude, et dont la fin misérable n’excita pas un seul regret dans toute l’armée. Le meurtre consommé, Bretislas sortit du camp royal avec les siens, auxquels vinrent se joindre les déserteurs de l’armée de son père , et dressa ses tentes sur une hauteur voisine.
Sur ces entrefaites, la duchesse Hilburge, épouse de Conrad, se rendit, à l’insu de celui-ci, auprès de Wratislas, et, se jetantà ses pieds, lui demanda grâce pour le pays. » Ta victoire , « ajouta-t-elle, ne te procurera aucune « gloire ; le butin , aucun avantage.
« Punis Conrad s’il t’a offensé; mais « n’oublie pas qu’il est ton frère et ton « serviteur. » Il y avait tant d'éloquence dans la voix de cette femme eplorée , que tous les assistants fondirent en larmes. Le roi la fit asseoir à ses côtés; mais elle avait encore une grâce à lui demander: celle du fils qui avait outragé son père. Wratislas lui donna un baiser sur le front , et ordonna qu’on amenât les deux coupables auxquels il voulait pardonner.
Lorsqu’ils furent arrivés, il leur donna le baiser de paix , et dit a son fils : « Mon fils, si ton fait était juste, tant « mieux pour toi; sinon, l’avenir te « réserve la punition de ton crime. »
Bretislas, toutefois, ne se fiait pas entièrement à ces démonstrations d'amour.Au lieu de suivre son père,quise rendait ensuite à Prague, il alla rejoindre les siens à Koenigsgræiz ; et cette ville devint bientôt le rendez-vous de tous les mécontents , et surtout de la jeune noblcs-c. F.xcité sans cesse par cet eutouiage, Bretislas finit par lever l'eteudard de la révolte, et résolu à pousser les choses jusqu'aux dernières extrémités, il marcha sur Prague à la tête de 3,000 hommes , et vint camper près de la rivière de Rokytmce.
Ces événements exercèrent une déplorable influence sur le peuple ; pen-
dant un instant, tous les liens de l’ordre social parurent rompus et la Bèhéme fut en proie aux plus affreux désordres. Wratislas , justement irrité contre son fils , désigna pour son successeur son frère Conrad. .Mais celui-ci employa tous ses efforts à faire cesser un état de choses auquel il avait tant à gagner. Il ne faisait que courir du camp a la ville, et de la ville au camp. Son honorable médiation obtint enfin l’effet qu’il en attendait; Bretislas se rendit à la voix de la nature et aux instances de son oncle.
Il était doué des plus grandes qualités ; mais, placé entre les mains d’une faction qui en avait fait son instrument en flattant ses passions, il ne
put chasser de son esprit les soupçons qu’elle y avait fait germer, et qu'elle avait soin d’entretenir; il préfera l’exil au séjour de la patrie, et se réfugia en Hongrie, à la cour du roi Ladislas , avec 2,000 de ses parti-
sans.
Wratislas fut bientôt délivré des chagrins qui avaient assailli sa vieillesse :son cheval s’abattit sous lui dans une partie de chasse (14 janvier 1092), et il expira sur le coup. Ses restes mortels furent déposes à Wisehrad.
Quoi qu’en dise l'historien Cosmos, Wratislas II est l’un des princes les plus remarquables qui aient gouverné la Bohême. L’amour que lui portait son peuple, la sagesse de sa politique, sa bravoure personnelle, parlent plus haut auprès de la postérité que la malveillance d’un chroniqueur. A la bataille de Tlacheim, il combattit corps à corps avec Rodolphe , compétiteur de Henri IV, le vainquit, et s’empara de sa lance, qui figura toujours depuis, dans les jours de solennité, comme un trophée de sou courage, et dont l'image est liguice sur les monnaies frappées sous son règne. Ses finances étaient dans un état prospère, â en juger par ses libéralités envers les églises et les particuliers. Il était sensible aux injures , mais il savait pardonner. Sa sagesse et sa piété ne se démentirent qu'à l’égard de ses f ères Spitihnew et Jaromir. La veuve du premier, Ida de
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IfV'itin , fut bannie avec ses enfants, et leurs biens furent confisqués.
CONRAD I*r (109a).
A la mort de Wratislas Conrad prit les rênes du gouvernement avec le titre de duc de Bohème. Le titre de roi qui avait été donne à Wratislas ne devait pas, nous l'avons vu, passer à ses successeurs. L’administration de Conrad ne fut marquée par aucun événement important, et son règne ne dura que sept mois. Il mourut le 6 septembre 1092; il rappela , en mourant , son neveu Bretislas, et ledésigna pour son successeur.
BKBTISL45 u (ioya-1100.)
Le premier soin de Bretislns fut d’anéantir les restes de l'idolâtrie.
Une foule de paysans sacrifiaient encore à leurs faux dieux ( Skrety 1 , enterraient leurs morts dans des bois sacrés , et célébraient des cérémonies sur leurstonibeaux. Les magiciens et les devins avaient sur eux plus de pouvoir que les prêtres chrétiens. Et comme on ne pouvait plus recruter, dans le pays, des prêtres pour l’ancien culte, les paysans envoyaient des jeunes gens aux Slaves septentrionaux, à Tlietra et à Arcona (*) , pour s’y instruire dans les rites de leur religion. Bretislas fit incendier tous les bois sacrés, et chasser de la Bohême les sorciers et les devins. Ce fut le dernier coup porté à l’idolâtrie; du moins ne trouve-t-on plus, dans l’histoire de Bohême, aucun fait d’où l’on puisse conclure que cette religion continua d’y être pratiquée.
Bretislas tourna ensuite ses regards du côté de la Pologne. Ce pays devait un arriéré de plusieurs années du tribut que lui avait impose la Bohême. La guerre qui éclata fut conduite si heureusement , mais aussi avec tant de barbarie, suivant l’usage, que Bretislas ne laissa pas subsister une seule habitation dans toute la Silesie, en deçà de l’Oder, depuis le château de Re’sen jusqu’à Glogau. Wladislas, duc
(*) Dans l’ile de Riigcn.
de Pologne, demanda la paix, et paya 40 marcs d'or et t,000 marcs d’argent pour deux années de tribut.
On était en 1096; la première croi-’ sade venait de s'organiser. Bretisla^ était absent, occupé à la construction du château de Kameutz, lorsqu’un^ multitude de croisés inonda la Bohême. La persécution des juifs, qui avait marqué leur passage en Allemagne , se renouvela à Prague. Tous ceux -qui refusaient de se faire chrétiens étaient massacrés. Le pays 11e fut pas plutôt debarrassé de ces hôtes dangereux , que les juifs reprirent leurs habitudes. Mais les plus riches, ne se sentant pas suffisamment protégés par le duc, prirent le parti dé quitter la Bohême pour aller s’établir eu Pologne et en Hongrie.
Dès que Bretislas en fut informé, il donna l’ordre de séquestrer tous leurs biens. « Vous n’avez rien ap- « porté de la terre sainte, leur dit-il,
« il faut nue vous sortiez pauvres » de la Bohême, comme vous y êtes « entrés. » On leur laissa seulement emporter des vivres pour la route, et le trésor du duc s’enrichit de leurs dépouilles.
On reproche à Bretislas d’avoir interverti l’ordre de succession établi en Bohême. Après lui, la couronné revenait de droit à Ulrich , fils aîné de Conrad. Mais il mit tout en couvre pour la faire passer, au détriment de ce prince, sur la tête de son frere Bori woy . A fin de prévenir les t roubles que cette substitution ne devait pas manquer de faire naître, il lit arrêter Ulrich, qui fut enferme à Glatz (1097), et s’empara ensuite de la Moravie.
Brmin lui ouvrit ses portes, et les fili de Conrad cherchèrent leur salut dans la fuite.
Bretislas mourut dans une circonstance semblait e à celle qui avait été si funeste à son pere. Il revenait de la chasse (21 décembre HOü), lorsqu’il fut atieiot d’on coup de javelot dans les forêts de Burgblz. L’assassin était un nommé Lorek, qui tomba, en fuyant, dans un fossé, où on le trouva percé de sa propre épée.
LUN1VERS
ÎOBIWOT II (it J0- II07.)
Des troubles funestes résultèrent du changement de l'ordre de succession.
Ulrich, mis en liberté, ne voulut rien perdre de ses droits et en appela à l'empereur Henri IV, qui avait déjà donné l’investiture de la Bohême à Boriwoy.
Ce prince, séduit par les trésors du prétendant, n'hésita pas à la lui donner aussi ; mais il lui laissa le soin de se faire reconnaître. Les armes devaient donc décider la question. Ulrich, avec des troupes qu’il avait levées en Autriche et en Bavière , pénétra jusqu’au cœur du pays (août 1101), sans que le peuple fit aucun mouvement en sa faveur. Boriwoy rangea son armée en bataille sur lés hauteurs qui avoisinent Malin , là où lus tard fut bâtie la ville de Kuttenerg. La rivière de Wysplice coulait entre les deux armées. Les Allemands, qui avaient compté sur un riche butin, et surtout sur l’appui de nombreux partisans, reconnurent bientôt le danger de leur position. Une sorte de terreur s’empara d’eux à la nouvelle de l’approche de Swatopluk, prince d’OImutz, qui accourait pour tomber sur leurs derrières. Ils se débandèrent et s’engagèrent dans un sentier étroit, le seul qui fût libre au travers des forêts, et ils regagnèrent la Moravie par Habern. Ulrich , forcé d’abandonner ses prétentions, se retira dans ses possessions de Brünn, où il vécut désormais tranquillement.
Swatopluk, prince d’OImutz, dont nous venons de faire mention, aimait la guerre et était ambitieux. Plus d’un# fois il avait laissé deviner le secret espoir qu’il nourrissait de s’emparer du trône de Bohême. Argent, corruption, calomnie, il mit tout en œuvre pour arrivera ses fins. Enfin, en 1105, quand il se crut suffisamment fort, forage éclata. Après avoir gagné à sa cause les rois de Hongrie et de Polone , il marcha sur Prague. Boriwoy attendait dans sa capitale, qui était bien fortifiée, et Swatopluk campa dans les champs voisins; il s’attendait à voir bientôt grossir son armée par
une foule de mécontents ; mais son espoir fut déçu. N# voyant venir personne, il se retira à Olmulz, et fut suivi de loin par Boriwoy.
Swatopluk unissait le génie de l’intrigue à un esprit pénétrant et à un caractère fougueux , mais tempéré par la prudence. Voyant que les Bohèmes restaient fidèles a son adversaire, il jugea que ses projets réussiraient mieux par la ruse que par la force. Un de ses confidents , feignant d’avoir été maltraité par lui, alla trouver Boriwoy.
Mêlant le faux et le vrai, il calomnia les plus fidèles serviteurs du duc de Bohême, qui, simple et crédule, prêta l’oreille à Ces insinuations mensongères, et, selon l’expression du chroniqueur Cosmas, coupa lui- même les plus fortes branches de l’arbre qui le portait. Il déposa plusieurs comtes (zupanes), et fit naître un mécontentement général. Swatopluk , informé de la disposition des esprits, envahit alors ( 1 107) de nouveau la Bohême, et, cette fois, la fortune lui fut plus favorable. Boriwoy prit la fuite et courut en Allemagne implorer les secours de l’empereur Henri V.
SW A TUFLUK (1107-11 IHJ.)
Sur les plaintes de Boriwoy, l’empereur cita Swatopluk à comparaître devant lui, et le menaça de l’aller trouver en personne à Prague, s’il refusait d’obéir. Swatopluk se sentait trou faible pour résister; il assembla à Kulen, au pied de l’Erzgebirge, les soldats sur lesquels il pouvait conifiter , eu confia le commandement , ainsi que le gouvernement provisoire de la Bohême, à son frère Otlon , et se mit en route , accompagné d’une suite peu nombreuse, dans l’espoir que son courage et la confiance qu’il témoignait à son en- ' nemi , seraient une recommandation favorable. Il se trompait; à pe ne arrivé à Goslar, il fut jeté en prison, et sa suite eut ordre d’escorter Boriwoy, qui allait rentrer dans sa patrie.
Après trois jours de marche, Boriwoy , soutenu par Wiprecht de
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BOHEME
Groitscl» , posa son camp près ou château de Dohna. A la nom elle de son arrivée , Otton s’écria : « Nous allons
• voir si la puissance du roi des Ro- « mains pourra protéger le nouveau duc
• contre nos épées. • Puis, il marcha toute la nuit pour surprendre son adversaire. Mais a son grand désappointement, le lendemain matin, il trouva le camp désert. Boriwoy n'avait pas jugé à propos de l'attendre; il avait pris la fuite : la vue d'un danger prochain lui avait fait oublier le trône.
Swatopluk vit bien que l’argent seul pouvait rompre ses fers. Il offrit une somme considérable à Henri, qui n’eut garde de refuser. Cependant les bouleversements et les révolutions que la Bohème venait d'éprouver avaient épuisé le trésor ducal II fallut, pour réunir les dix mille marcs d'argent qu’il avaitproniis, recourir à un emprunt forcé ; et , suivant les historiens originaux , depuis l’abbé jusqu'au musicien ambulant le plus neeessitpux , il n’y eut pas , dans toute l’étendue du pays , un seul homme, soit clerc, soit laïque, qui ne dût contribuer. On ne put cependant parvenir à amasser plus de sept mille marcs, et Otton fut retenu en otage pour le reste; mais plus tard, Henri V lit parade de générosité envers un euiant de Swatopluk qu'il avait tenu sur les fonts baptismaux, et renonça aux trois mille marcs qui restaient dus. Cette concession n’en était pas une : Henri avait besoin de l’appui de Swatopluk dans la guerre qu’il voulait faire à Coloman, roi de Hongrie. Pendant que l’Empereur allait assiéger Presbourg, le duc conduisit ses troupes jusqu'à Trencin, sur le Waag , et fit un desert de tous les pays qu’il traversa. Mais Colonial) était allié du roi de Pologne ; Swatopluk craignant une attaque de ce côte, avait laisse en Bohême pour la protéger , le comte Wacek et Mutina. Sa prévision était juste.
Boleslas, qui régnait alors sur les Polonais, saisit celte occasion pour tomber sur les Bohèmes. Wacek et Mutina avaient en vain choisi une position formidable sur les frontières
de la Silésie; Boleslas et Boriwoy dévastèrent la Bohème |>endant trois jours, et ne se retirèrent que sur un faux bruit de l’arrivée de Swatopluk.
Wacek acrusa Mutina, auprès ae ce prince, d’avoir été la cause des avantages remportés par l’ennemi ; et sans vérifier l’exactitude de cette assertion, le duc jura la perte de son sujet et de sa famille tout entière. Le malheureux fut indignement massacré avec ses parents et ses amis. On vit ses jeunes enfants," innocentes victimes, arrachés des bras de leur mère éplorée, et traînés au supplice sur la place d’Altstadt, à Prague. Cette atroee persécution , qui coûta la vie à trois mille personnes et éteignit en Bohème une puissante famille, ne tarda pas à amener une terrible vengeance sur celui ui l’avaitordonnée. Tous les membres e cette famille firent preuve du plus noble courage au moment suprême ; un seul figura encore dans l’histoire en punissant le tyran. Puis ce nom disparut à jamais.
Coloman poursuivit l’ennemi et dévasta la Moravie, comme Swatopluk avait dévasté ses États. Celui-ci accourut à sa rencontre. Mais , en traversant une épaisse forêt à la tête de quelques cavaliers, une branche d’arbre lui entra dans l’œil, et on l’emporta à Prague, presque sans connaissance.
Cet accident ne ralentit pas son ardeur : il réunit ses troupes à celles de l’Empereur pour aller attaquer Boleslas dans la Silésie. Cette campagne fut désastreuse. I.es Polonais évitaient le combat, harcelaient leurs ennemis et leur coupaient les vivres. Bientôt il ne resta plus aux Bohèmes d’autre parti à prendre que la retraite ; Swatopluk avait passé toute la journée (21 septembre 1 109) dans la tente de l’Empereur, pour aviser aux moyens de I effectuer; le soir, il se mit en marche pour regagner son camp Mais comme il traversait un bois de chênes, un cavalier inconnu se mêla à sa suite , et lui enfonça un javelot entre les épaulés, avec tant’dc violence (juc le duc tomba roide mort. L’assassin dut sou salut à sa présence d’esprit et à la vitesse
I/UNIVEttS.
de son cheval. Il n’était autre, suivant quelques chroniqueurs , que Jean Wrssowetz, fils deTista; celait le seul homme qui eût échappé au massacre de la famille de Mutina.
WLADISLAS 1" (noj- lia5.'
L’armée en deuil demanda le trône pour le duc Otton , frère de Swatopluk , et l’Empereur accéda à ce vœu. Mais Wladislas éleva des prétentions semblables. Il était appuyé par les Bohèmes qui avaient à leur tête Hermann , évêque de Prague.
Les états furent convoqués , et, après de longs débats, Wladislas fut proclamé duc avec le consentement d'Otton.
Boriwoy avait cependant conservé l’espérance de remonter sur le trône ; il avait de puissants soutiens dans Wiprecht et Boleslas ; et, tandis que Wladislas, obéissant à une invitation de l'Empereur, allait joindre ce prince à Ratisbonne , Prague et Wissehrad tombèrent au pouvoir de son adversaire. Wladislas et Otton accoururent au secours delà capitale, et des llotsde sang avaient déjà coulé , lorsqu’on apprit que l’Empereur avait franchi les frontières de Bohême et était campé à Rakycan. Henri V cita devant lui les princes de Bohême; ils obéirent j Wladislas fut de nouveau proclame duc , et il embrassa les intérêts de Henri V avec uu zèle égal à celui que Wratislas avait montré pour ceux de Henri IV. Quant à l’infortuné Boriwoy, il fut conduit à Uammarstcinsur les bords du Rhin.
Rentré à Prague , Wladislas fit poursuivre ceux qui avaient pris parti contre lui. Otton , son cousin , qui avait combattu pour ses intérêts, ne fut pas même à l'abri de ses soupçons.
Invité a une assemblée des états qui devaient se tenir à Sadska, il s'y rendit, fut arrêté et retenu captif pendant trois ans. Ainsi Wladislas était débarrassé de deux rivaux ; mais un troisième l’inquiétait encore, c'était sou frere Sobeslas, qui était en Pologne chez Boleslas. Celui-ci reprit
bientôt les armes contre la Bohême.
Wladislas fut battu dans la première affaire ; mais cet avantage coûta si cher aux Polonais qu’ils n’osèrent pas le poursuivre. On ne sait combien dé temps aurait duré la guerre, sans l’intervention de la reine Swatava, qui reprocha à ses deux fils de ruiner letfr pays, et les amena à un accommodement. Sobeslas reçut le cercle de Saatz pour subvenir aux’ frais de sa maison.
Mais son esprit soupçonneux devait bientôt rendre nulle cette réconciliation. Supposant que le comte Wacek, ami de Wenceslas , ourdissait quelque trame contre lui, il le fit égorger et se sauva chez les Polonais , qui lui ‘fournirent les moyens d'inquieter de temps en temps ia Roliême. Enfin, il fut reçu en grâce par son frère ( 1115 ) , à la prière de Boleslas, et un calme partait succéda pour quelque temps aux sanglantes divisions auxquelles cettè famille était en proie depuis si longtemps.
Boriwoy, mis en liberté, menait une vie obscure en Autriche. Wladis- Iqs lui donna une preuve de générosité et d’affection bien rare dans tous les temps. Il descendit spontanément du troue et l’offrit à son frère aîné en se reconnaissant son sujet. Boriwoy qui , après tant de misères , se voyait inopinément reporté ou faite du pouvoir, ne resta pas au-dessous de son frère dans l’élan de sa reconnaissance. Il lui donna la partie de la Bohême située sur la rive droite de IT.Ibe, et , quoique gouvernant en son nom propre, jamais il ne fit rien sans consulter Wladislas, dont il savait apprécier la supériorité.
f.e brave Coloinan, roi de Hongrie, n'était plus (1114); son jeune (ils É.tenne II, prince léger et vaniteux, avait pris sa place. Les grands du royaume desiraient une entrevue entre les princes de Hongrie et de Bohême, afin de rendre plus intimes les bonnes relations qui unissaient déjà les deux cours. Cette entrevue eut lieu, en effet, au mois de mai 1110, sur ia limite des deux Étals, dans les champs de Luko : mais elle eut
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un résultat contraire à celui qu’on en attendait. De part et d'autre, on était en nombre rt en armes. La jalousie qui s’était déjà manifestée pendant le tracé du camp, fut bien’ôt poussée à un tel degré qu’on en vint aux mains; la inélée fut terrible. Wladislas prit la fuite; et cependant Otton et Sobeslas s’étaient assuré la victoire par une manœuvre habile. Tout le camp des Hongrois devint la proie du vainqueur) et la paix ne fut rétablie qu’en 1120.
Boriwoy ne resla que trois ans investi du pouvoir suprême. Il paraît que ne pouvant oublier les précédentes révoltes de ses sujets, d prenait de préférence des Allemands à son sèrvice. Cette conduite le rendit odieux, et il se vit encore une fois forcé de chercher un refuge à l’etranger. Il mourut loin de sa patrie, en II 21. De tons ses enfants, aucun n'hérita de son pouvoir , et la première race royale des Premyslides s'éteignit avec eux.
Deux ans avant la mort de Wladislas, de nouvelles discordes , dont on ignore la cause, éclatèrent entre lui et Sobeslas. Le duc envahit la Moravie, et chassa son frère de ses domaines. Sobeslas demanda et obtint l’intervention de I.othairede Saxe, depuis Empereur, mais cette intervention fut sans effet, et il fut forcé de se réfugier à Dresde, auprès du fils deWipreclit; il y demeura jusqu'au moment où les événements le rappelèrent en Bohême.
Wladislas était tombé malade sur la fin de 1 124. Sentant sa lin approcher, il avait jetc les yeux sur son cousin Otlon, (K>ur lui succéder. Leurs épouses étaient sœurs et travaillaient dans ce but. Otton lui-méme ne s'éloignait pas du lit de son ami , et tout paraissait décidé. .Mais les qualités personnelles de Sobeslas lui avaient acquis à un liant degré l’amour du peuple, et ee sentiment s’ôtait encore accru de tout I intérêt qu’inspiraient ses malheurs.
Fort de l’aifection que les Bohèmes lui portaient, il ne craignit pas de pénétrer en Bohême au milieu de l'hiver, pour aller se jeter aux genoux de sou frère mourant. Il attendit dans une forêt, sur la montagne Blanche, près de Pra-
gue, le résultat de la démarche tentée en sa faveur auprès de Wladislas, par sa mère Swatavfl. Grâce aux prières de la princesse et aux instances d’Otton, évêque de Bamberg, qui traversait alors la Bohême pour allet convertir les idolâtres des bords dé la Baltique, le duc fit venir Sobeslas au château de Wîssehràd, lui accorda son pardon, et l'institua son héritier (25 mars 1125). Trois semaines après , Wladislas n’était plus.
Ce prince fut , sans contredit , un des plus distingués de la race de Premysl. Les désordres au milieu desquels il vécut n’eurent aucune influence sur sa conduite, qui ne fut souillée d’aucune tarlie. Sôrt caractère n'était porté ni à l'orgueil, ni à la vengeance, ni à là cruauté.
Son abdication en faveur de Son frère Boriwoy atteste la noblessé de ses sentiments. Il était sévère, il est vrai , mais sa Sévérité n’excluait pas la compassion. Il fut, par sou fils allié, la souche de la dernière race royale des PremyslidèS. Il avait épousé RiehsadeBerg.'eomtessê du pays de Souabe.
VUBULAS Ie' (l Iï5- 1 I.JO.).
La nature avait prodigué à Sobeslas ses dons les plus précieux. Ilavait assé sa jeunesse à l’école du inaleur; alors qu’il monta sur le trône, il était dans la maturité de l’âge et de la raison ; la réllrxion lui avait donné des vues étendues sur le gouvernement des nations et sur les relations politiques des F.tats ; enfin il avait puise dans ses revers et le courage qui fait affronter les dangers , et la modération qui fait supporter la mauvaise fortuné. Sincère, prudent et éloquent, il étaft sobre dans les plaisirs, attentif à arrêter les empiétements des grands, libéral envers le peuple qu’il aimait, juste envers tous. L’amour du peuple, qui l’avait porté au trône, le préserva des dangers dont il fut menacé à son avènement.
Ainsi que nous l’avons vu, les espérances du duc Otton avaient été aé-
L’UNIVERS
çues, sans qu’il renonçât pour cela à ses prétentions. Henri’ V était mort presqu’en même temps que Wladislas.
Ix>lhaire de Saxe était devenu roi des Romains , et ce fut à lui qu'Otton adressa scs plaintes. Lothaire saisit avec empressement cette occasion de donner plus de splendeur à sa couronne, et de mettre la Bohême sous sa dépendance absolue. Il prétendit que l’élection du duc de Bohême ne pouvait avoir lieu sans l’assentiment du roi des Romains, et que, par conséquent, celle de Sobeslas était entachée de nullité. Il somma, en conséquence, ce prince de comparaître devant lui , sous peine d’être mis au ban de l’Empire , et de se voir déclarer la guerre, en cas de désobéissance.
Sobeslas chargea le messager de Lothaire de cette réponse: «J’espère, « avec l’aide de Dieu et de saint Wen- » ceslas, défendre contre l'étranger le « sol de notre patrie. » Puis aussitôt il entre en Moravie , s’empare ries domaines d’Otton, et parcourt la Bohême en appelant tous les citoyens à la défense de leurs droits. Oii descend, de de l’église où elle était arborée , la bannière de saint Adalbert, on la sus-
tiend à la lance de celle de saint Wencesas, et après l’avoir bénie, on l’élève comme le saint étendard qui doit protéger le pavs dans la lutte qui va s'engager.
Les hostilités suivirent de près la menace. Lothaire ouvrit la campagne, malgré l'hiver, qui rendait les marches difliciies. Son armée, composée de Saxons et de Thuringiens , réunissait toute la fleur de la noblesse de ces pays. On y voyait, outre Olton, duc d’OImutz , et auteur de la guerre, le margrave Albert l’Ours (der Bær), le comte de Groitsch, le comte de Lara, et les évêques de Mersebourg et de Halberstadt. L’arntee de Sobeslas campa dans la vallée de Kuhn. Lothaire n’avait pas encore touche les frontières de In Bohême, lorsque Miroslas , Smil et Nacerot , tous trois seigneurs de ce pays, se présentèrent à lui et lui déclarèrent, au nom de leur maître, que, s’il ne se retirait, Dieu déciderait entre
eux. Lothaire , rempli de confiance dans le grand nombre de partisans u’Otton croyait avoir dans les rangs es Bohèmes, ferma les yeux sur le danger qu’il courait , et continua sa marche.
Le 18 février I12G, l’armée allemande pénétra en Bohême par les défilés de Kuhn. Sobeslas avait fait abattre des bois et préparer des embûches.
Son armée était divisée en trois corps, et occupait la plaine et les ravins des montagnes. Cette disposition aurait fait honneur au plus grand capitaine.
Otton, à la tête du premier corps , fut à peine parvenu dans la vallée qu’il fut enveloppé par les Bohèmes et taillé en pièces. Le même sort attendait ceux qui le suivaient, et nui étaient déjà à moitié vaincus par la tatigued’une longue marchedans laneigeetà travers les montagnes. Ce fut une véritable boucherie de chevaliers, de comtes et de barons. A la vue du désastre de ces braves, auxuels il ne pouvait plus porter secours, .othaire tomba dans un morne abattement; il se retira sur une hauteur avec ce qui lui restait de monde ; mais il n’y fut pas encore à l’abri du fer de l’ennemi. Les Bohèmes cernèrent la montagne et gardèrent tous les passages, de sorte que personne ne put échapper. On ne sait rien de certain sur le nombre des morts. Les chroniqueurs allemands disent que 270 célèbres guerriers de leur nation perdirent la vie dans cette affaire; les Bohèmes prétendent qu’il y en eut le double; mais dans ces temps on ne comptait jamais la perle des soldats.
Toujours est-il que rette bataille jeta le deuil dans toute la noblesse île Saxe, et y fit naître contre la Bohême une haine qui subsista pendant plusieurs générations.
Dans la situation critique où il se trouvait, Lothaire demanda une entrevue à Sobeslas. Celui-ci se montra plus grand par la victoire qu’il remporta sur lui - même que par celle qu’il avait gagnée sur son ennemi.
Il se rendit presque sans suite au camp de Lothaire, et lui dit: « Nous « avons pris les armes afin de ne pas
• nous soumettre à un joug que nos « ancêtres n’ont jamais porte; le dieu
• des armées a prononcé; il n'y a plus
• de raison maintenant pour continuer « la lutte. Nous rendons à Votre Ma-
• jesté ce que nos ancêtres lui ont « rendu, mais rien de plus. » Lothaire, charmé de trouver un vainqueur si généreux , confirma Sobeslas dans Piuvestiture de la Bohême , et quitta en toute hâte ces contrées si funestes à ses armes.
Quoique le duc Sobeslas ne fût pas dépourvu de courage, il n’aimait pas la guerre. Il fit tous ses efforts pour se maintenir en paix avec la Pologne.
En 1126, il eut avec Étienne de Hongrie une entrevue dont l’issue fut difîerentedecelleoù ils. s’étaient trouvés dix ans auparavant. Il chercha surtout à resserrer les liens qui Punissaient nu roi des Allemands. Lothaire, de son côté , savait de quel poids l'assistance du puissant duc de Bohême pouvait être dans la lutte qui s’engageait entre lui et les HohenstauTen. Aussi régna?
t-il entre ces deux princes une harmonie qui ne Unit qu’à leur mort. Sobeslas visita souvent la cour de Lothaire, et son fils fut tenu sur les fonts de baptême par le roi des Romains.
La Bohême, en paix avec l’étranger, était loin d’être tranquille au dedans.
Les princes de la famille de Sobeslas se tenaient vis-à-vis de lui dans une attitude toujours équivoque, souvent menaçante. Les grands, qui n’avaient
as d'ans le gouvernement toute Pin-
uenceà laquelle ils prétendaient avoir droit , conspirèrent contre le duc.
Il ne s'agissait de rien moins que de l’assassiner; mais le complot fut découvert; les coupables furent punis de mort, et cet exemple de sévérité prévint pour l’avenir toute tentative du même genre.
La mort d’É.tienne II, roi de Hongrie, fut l’occasion de nouvelles guerres, et troublâtes rapports d’amitie qui avaient jusque-là existé entre Bohslas, roi de Pologne, et Sobeslas. Le seul rejeton de la famille des Arpndes était Bêla II, roi couronnéde Hongrie, aveugle, et beau-frère du duc de Bohême. Cepen-
dant, il se trouva à Kiew un autre prétendant nommé Boris. C’était le (ils d’une princesse russe, mariée à Coloman, mais dont celui-ci avait refusé de reconnaître la légitimité. Boleslas accueillit ce prétendant à sa cour, et essaya de le placer par la force des armes sur le trône deHongriè. Sobeslas se vit obligé d’embrasser In cause, de son beau-frere, au risque même de s’attirer l'inimitié de Boleslas. Pendant que celui-ci envahissait la Hongrie, les Bohèmes se portèrent en Silésie pour y attirer les Polonais. L’incendie de trois cents villages éclaira leurs premières incursions. Les mêmes cruautés signalèrent celles qui suivirent.
Enfin, un traité, signé par la médiation de Lothaire, mit un terme à cette guerre en 1 135.
Sobeslas, dans les dernières années de son règne , fit construire des châteaux forts pour protéger les frontières. Une maladie mortelle l’atteignit au milieu de ces occupations; il succomba le 14 février 1140, dans les bras de son épouse Adélaïde, qu’il aimait tendrement, et qui ne lui survécut que quelques mois. Ses restes reposent à Wissehrad , à côté de ceux de son père Wratislas et de sa mère Swatava.
LA BOHÊME KiUGF.K F. N BOYACME