‹ États de la confédération germaniqueChapitre 102 sur 261 · WLADISLAS II (II40-II · texte numérisé non relu

WLADISLAS II (II40-II

Les grands élurent Wladislas II , fils aîné de tVladislas Ier. Ils avaient été déterminés à ce choix, moins par le souvenir du père que par l’espoir qu’ils fondaient sur le fils. F.n effet, ce rince, bien jeune encore , leur semlait devoir être un instrument facile à manier. Ils furent bientôt tirés de leur erreur; Wladislas, une fois affermi dans le gouvernement , déploya une indépendance et une énergie qui firent presque oublier les qualités de son prédécesseur. Il est vrai qu’il laissa aux grands leurs emplois; mais, dans le conseil , sa volonté et son opinion faisaient loi.

La fréquence des guerres et des dissensions intestines n’avait pas per-

I/UNIVF.RS.

mis jusque-là de veiller à la sûreté des routes. Elles étaient infestées de brigapds, qui, de leurs châteaux, bravaient toutes les lois. Sans égard pour la noblesse de leurs noms, Wladislas lies Ut poursuivre activement. Leurs repaires furent pris, et eux-mêmes livrés au supplice sur la montagne de Zjska , en vue de la capitale.

Les grands qui avaient préparé l'élection de Wladislas II, se voyant déçus dans leurs espérances, résolurent de le renverser du trône. Celui qui avait le plus activement travaillé à l’élévation du jeune prince, l’homme le plus puissant de la Bohême, Nacerat, fut le premier à se retirer auprès des princes de Moravie, pour y organiser une coalition. F.n vain Wladislas rappela-t-il aux mécontents leurs devoirs, leurs serments, les bienfaits qu’il leur avait prodigués. Les princes de .Moravie élurent Conrad II, prince de Znaim, à la dignité de duc de Bohême; et,

Ïiour ne pas s’en tenir à une vaine qrmalité, ils entrèrent dans le pays à la tête de forces considérables Mais Wladislas ne s’oublia pas : il vint asseoir son camp en face de celui de son ennemi , sur la montagne de tVysoka; et le 25 avril 1142, le combat s’engagea avec fureur. Déjà la bannière de Wladislas flottait victorieuse au milieu des ennemis, lorsque quelques traîtres lâchèrent pied, en criant :

Sauve qui peut! ou passèrent du côté Opposé. Wladislas était sur le point d'être pris , mais une partie de scs troupes lui étaient restées fidèles, et la consternation n’avait pas etc jusqu’au découragement. Les rangs éclaircis se resserrèrent ; l’action recommença, et.

De pouvant plus prétendre à la victoire, l’armée de Wladislas effectua du moins que retraite honorable. Conrad avait acheté trop cher cet avantage , pour pouvoir le poursuivre et couper à farinée bohème la route de la eapital.e-

Au milieu du danger, le génie prévoyant de Wladislas sut se créer des ipoyens de défense. 1,1 s’enferma à

Srague, dont il répara les fortificaons, et où il mit une bonne garnison,

aveedes approvisionnements suffisants.

Il en laissa le commandement à son frère Diepold, pendant qu’il allait luimême se concerter avec son beaufrere, Conrad, roi des Romains. Son épouse resta dans la ville, pour animer le courage des bourgeois.

Les confédérés ne tardèrent pas à commencer le siège. Un acharnement égal présidait à l’attaque et à la défense. Les faubourgs ne présentèrent bientôt plus qu’un amas de décombres.

La (lamine avait déjà dévoré un grand nombre d’églises, de couvents et les plus beaux édifices de la ville; la terreur et le deuil planaient sur toutes les familles, lorsqu'on apprit que Wladislas et le roi des Romains arrivaient avec une armée. Cette nouvelle déconcerta les assiégeants, qui se retirèrent en toute hâte en Moravie. Ils durent , l’année suivante, songer à s’y détendre eux-mêmes contre Wladislas, qui vint tirer vengeance du mal qu’ils avaient fait à la Bohême. Les représailles furent terribles , et la Moravie se soumit.

De déplorables désordres s’étaient introduits dans l’Eglise au milieu de ces troubles. Le pape Innocent II envoya le cardinal Guido,en qualité de légat, pour les fairecesser.Ce prélat, soutenu par Wladislas et par son épouse, opéra une reforme importante en Bohême et en Moravie. Tous les clercs , qui vivaient en état de mariage ou qui n'avaient point été ordonnés, furent interdits. Les deux évêchés furent divisés en paroisses. Les princes de Moravie, Wratislas et Conrad, furent excommuniés, en punition des brigandages qu’ils avaient commis sur les terres de l’archevêque d’OImutz. Le prince Diepold, qui n’était p s resté étranger à ces méfaits, ne fut poiut épargné par les foudres du Vatican.

Les malheurs dont ces princes furent plus tard frappés, les amenèrent à de meilleurs sentiments, et, par leur repentir, ils obtinrent grâce auprès du saint-père et du duc de Bohême.

Ce fut a cette époque (1,147) qu’Eugène III appela l’Europe à la guerre contre les infidèles. Wladislas II était

BOHEME

trop pieux pour ne pas prendre part à cette expédition. Son exemple fut suivi par une foule de princes et de grands de Bohême, qui se joignirent aux croisés allemands , sous les ordres de Conrad III. Wladislas remit les rênes du gouvernement à son frère Dtepold. II n’avait rien à redouter des suites de son absence, puisque les princes de Moravie, les seuls qui eussent pu en profiter, prenaient égalelement la croix , non pour aller eomhattre en terre sainte, mais pour convertir Içs idolâtres sur les bords de la Baltique ou dans les forêts de la Prusse. On voulait alors, comme plusieurs siècles auparavant, imposer par la force le christianisme à ces contrées.

Mais la tentative échoua, autant par l'ambition des princes et par la jalousie qui les divisa, que par le courage leurs ennemis. L’autre croisade, nt Wladislas faisait partie, ne fut ps plus heureuse. Jtirik, maréchal du duc de Bohême, fut tué; son chancelier fut pris par les musulmans et périt probablement en captivité. Quant à Wladislas, après être resté quelque temps, on ne sait pourquoi, a Constantinople, où régnait l’empereur Fanmanuel , il reprit, sans avoir vu Jérusalem, la route de la Bohème, par Kiow et Cracovie.

Malgré l’éloignement de "Wladislas , la Bohême avait été gouvernée avec force et intelligence. Diepold s' était appliqué principalement à maintenir l’ordre et la tranquillité. Toutes les tentatives de révolte avaient etc réprimées, et les brigands qui infestaient encore le pays avaient reçu leur châtiment. Sobeslas , fils du tlernier duc , avait espéré pouvoir remonter sur le trône de son père, mais il avait été arrêté et enfermé dans une des tpurs t)e Prague. Il fut de là transféré, après le retour de W Indislas , à Primda , château fort cpnstruit sur une montagne elevée.

’ L’çnipèreur Conrad était mort en 1152, et l’année précédente, Wladislas avait perdu son épouse Gertrude, , sœur de Ce prince. Il épousa en secondes noces Judith, sœur du land-

grave de Thuringe, princesse d’une rare beauté.

L’Allemagne était alors divisée entre deux partis puissants, les Guelfes et les Gibelins. Wladislas se déclara pour Henri le Lion , rompit avec le nouveau roi des Romains , Frédéric Barberousse, et lui refusa trois cents hommes qu’il lui demandait pour sa première expédition en Italie. Toutefois, des négociations, habilement conduites par l’évêque de Prague et le gouverneur de Wisseltrad, ”à la diète de Vurtzbourg, eu 1157, et l'offre du titre de roi, rapprochèrent Wladislas de Frédéric, et il promit d’accompagner l'Empereur en Italie. Toutefois, avant de mettre ce projet à exécution , les deux princes entreprirent une guerre contre les Polonais, qui s’étaient révoltés et avaient chassé Wladislas II, fils aîné de Boleslas ; mais la mort ferma les yeux de ce prince , avant qu’il eût vu le triomphe des armées qui allaient lui rendre sa couronne.

En 1 158, tous les princes de l’Empire étaient réunis à Ratishonne, afin ae délibérer sur l’expédition projetée contre les villes d’Italie , et notamment contre Milan. Ce fut dans cette assemblée que Wladislas reçut des mains de Frédéric la couronne royale (*). Il renouvela, en conséquence, la promesse qu’il lui avait déjà faite de raccompagner en Italie, et s’obligea à mener avec lui un contingent considérable. Mais lorsque, de retour en Bohême, il donna aux états connaissance de cette résolution, elle y fut mal accueillie, et plusieurs seigneurs

(*) Voici le texte du décret impérial :

- Voulant récompenser les services que l’il- • lustre duc de Bohême , Wladislas , son « sieul et ses autres prédécesseurs ont rendus v à l'Empire , nous avons accordé à lui et à ■ scs successeurs le droit de porter la cou- « roune aux jours où nous la portons nous- « même, c’est a-dire à la Nativité de Nolre-

- Seigneur , à Piques, i la Pentecôte et aux « fêtes des saints Weticcxla* et .Vlalbert , « patrons tic la Bohême. la couronne ne s pourra lui être imposée que par l'évêque « de Prague , assisté de celui d’Olmutz , OU «par l'un d’eux en l'absence de l'autre.»

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L’UNIVERS

témoignèrent leur mécontentement en sa présence. » On a couronné notre « prince, disaient-ils, sans nouscon- « sulter, c'est la nation qui paiera les » honneurs; on devrait pendre l'cvê- « que de Prague, qui a osé faire ces « arrangements sans y être autorisé.»

« — - Tout s'est fait d’apres ma vo- « lonté et par mes ordres, répondit le « roi. S’il faut de l’argent , c’est moi « qui le fournirai; que ceux qui crai- « gnent de me suivre restent chez eux « a filer avec les femmes. » Il fit ensuite lever l’etendard de la nation ; de toute part on courut aux armes, et il eut bientôt rassemblé dix mille hommes d’élite. La part que prit ce contingent dans les combats qui signalèrent cette campagne fut souvent décisive, toujours glorieuse. C'était la première fois que l'occasion s'offrait aux Bohèmes de révéler à l’Europe occidentale leur courage indomptable, leur adresse à manier les armes , et leur témérité sauvage. Les troupes de Wladislas formaient l'avant-garde de l’armée impériale. Elles allèrent cam-

Fer sur les bords du lac de Guarda, à ombre des oliviers et des grenadiers,

Îu'elles abattirent pour faire du feu.

.es habitants de Vérone offrirent au roi de grosses sommes pour être débarrasses de leur présence. Wladislas accepta , et ses troupes allèrent camper sous les murs de Brescia , et opérèrent leur jonction avec les Impériaux dans les plaines qui s'étendent aux environs de cette ville. Elles contribuèrent puissamment aux premiers succès de Frédéric, et ce fut à leur bravoure que ce prince dut de pouvoir effectuer le passage de l’Adda. Wladislas était toujours au premier rang; il tua d’un coup de lance le général des Milanais, Dacius; mais il se distingua encore plus par sa générosité que par sa valeur. A la prise d’un fort qui fut enlevé de vive force, il sauva toutes les femmes qui s’étaient réfugiées dans les églises, et paya de ses deniers une espèce de rançon pour les sauver de la brutalité des soldats. Ce fut lui qui fit .consentir l’Empereur à accepter la

paix que lui offraient les Milanais, et il régla la plupart des conditions de cette paix. Lorsque tout fut convenu, Frédéric fit son entrée triomphale dans Milan ; et le lendemain , il se rendit dans l'église métropolitaine, ayant sur la tête un diadème magnifique, dont le roi d’Angleterre lui avait fait présent. Après l'office les principaux de la ville lui prêtèrent serment de fidélité. Il détacha alors son diadème, et, le plaçant sur la tête du roi de Bohême, il lui dit : « C'est à vous, Wla- « dislas . qu'appartient l’honneur de « porter cette couronne : c’est à vous « que nous devons la victoire. »

Après cette cérémonie, le clergé de l’église métropolitaine donna au roi de Bohême un chandelier d’airain, qui venait, suivant la tradition, du temple de Jérusalem. Wladislas le lit porter à l’église de Saint-Vit à Prague. Mais les fatigues de la guerre avaient altéré sa santé; il s« vit forcé de demander à l’Empereur la permission de retourner en Bohême. Ce prince, en la lui accordant, lui fit compter mille marcs d'argent, formant le dixième de la contribution payee par les Milanais. Wladislas laissa en Italie l'évéque Daniel , pour veiller à ses intérêts, et partit, emmenant avec lui un architecte milanais, pour exécuter le projet qu’il méditait depuis longtemps, de joindre les deux villes de Prague, en établissant un pont sur la Moldau.Ce fut au retour de cette ex-

P édition qu’il fit remplacer par uu lion aigle qui jusqu’alors avait orné ses étendards.

Les Milanais n'ayant point tenu les promesses qu’ils avaient faites à Frédéric Barberousse, ce prince demanda de nouveaux secours à Wladislas; mais celui-ci ne voulut plus retourner en Italie, et se contenta d’y envoyer, à la tête des troupes qu’il crut devoir fournir à l’Empereur, son fils atné, Frédéric, et son frère Diepold.

Les armes de la Bohême n’obtinrent pas moins de succès en Hongrie, où elles soutinrent, après la mort de Geysa , contre Étienne IV , la cause

BOHEME

d’Étienne III. Ce prince donna en mariage à Svatopluk , second fils de Wladislas, une princesse hongroise.

Ce fut alors que l'empereur d'Orient, Manuel Comnène, allié d’Étienne IV, entra en Hongrie avec une nombreuse armée. Wladislas vint à sa rencontre et iui livra bataille. Mais les Grecs prirent aussitôt la fuite, et leur camp, avec toqs ses trésors , resta au pouvoir des lîohêmes. Cependant des négociations furent entamees; Wladislas eut avec l’empereur une entrevue, et il lui inspira une si grande vénération, que ce prince lui demanda la main d’une de ses petites-filles pour Pierre Comnène, son petit-fils- Ix traité qui fut ensuite conclu exclut Étienne IV du trône de Hongrie , où monta son neveu Étienne 111.

Les relations amicales qui existaient entre l’empereur Frédéric et le roi de Bohême ne furent troublées qu’après la mort de Daniel et du duc Diepold , qui périrent de la peste au siège d’ Ancône, en ll«7. La réconciliation qui eut lieu entre les deux monarques à Nuremberg en 1170, était plus apparente que reelle. Si le roi de Bohême recula devant une rupture ouverte, il ne faut l’attribuer qu’a soi: âge avancé et au oiauvais état de sa santé; se sentant prés de sa lin , il ne voulait pas exposer l’avenir de son fils Frédéric aux suites d'une guerre avec l’Empire. Il abdiqua en faveur de ce prince, et s’enferma dans le couvent de Strahow (1173); mais, quelques mois lus tard, lorsque les affaires de la Boême prirent une tournure fâcheuse, il sortit de sa retraite et mêmedu pays, emmenant sa femme en Thuringe , “où il mourut le 18 janvier 1174.

La Bohème compte Wladislas au nombre de ses princes les plus distingués. La première moitié de son règne est l’époque où il fit le plus de dotations pieuses. Nul prince, pas même Charles IV, ne se montra aussi liberal envers l’Église. De son premier mariage avec Gertrude , sœur de Conrad III, il avait eu trois fils : Frédéric, Svatopluk et Adalbert.

LA BOHÊME EST AFFAIBLIE PAR I.F.S DfSCOR - DES DIS PREMYSIJD1LS. I.K DUO FRÉDÉ- RIC CHASSÉ PAR SOBE5LAS II. DEPOSI-

TION DS SOBESLAS; RETOUR DK FREDERIC.

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