‹ États de la confédération germaniqueChapitre 103 sur 261 · COWRÀD-OTTON. WENCESLAS II · texte numérisé non relu

COWRÀD-OTTON. WENCESLAS II

PRE.MYSLAS - OTTOCAR IPr. HENRI BRR-

TISLAS , TRINCE FVF.QL'E. WLADISLAS 111

Nous arrivons à une période de l’histoire de Bohême féconde en événements. En vingt-quatre ans, le trône change dix fois de maître; au milieu de toutes ces révolutions , l'orgueil, les ruses, la trahison, les révoltes, les guerres et tous les fléaux de l’anarchie font descendre, le royaume plus bas qu’il n’etait tombé sous les fils de Boleslas 11.

Frédéric , le nouveau duc ou roi , comme il se nommait, ne ressemblait pas à son père. Il manquait de force d’âme, et il crut faire, prendre le change en affectant de la dureté. Il se mit en hostilité avec le clergé, et ne sut se faire aimer ni de la noblesse ni du peuple.

Ulrich, fils de Sobeslas Ier, avait blanchi au service de l’Empereur. Dès qu’il reçut la nouvelle des événements survenus en Bohême, il demanda a Frédéric Barbtrousse, potirprixde son dévouement, l’investiture de ce royaume et la délivrance de son frère, nui, de* puis treize ans, gémissait captif dans le château de Primda. L’Empereur saisit avec empressement une occasion de s’immiscer dans les affaires de la Bohême. A l’exemple de ses prédécesseurs, il invita le vieux roià venir, avec ses (ils et les grands de Bohême, à sa cour, qui se tenait à Nuremberg, et à amener leur prisonnier , le prince Sobcslas.

Bolesias Ier, Brctislas 1er, et, en dernier lieu , Sobeslas i'T , n’avaient pas craint de braver de tels ordres; mais la sagesse, la force et le courage n'étaient pas toujours réunis sur le trône de Bohême.

Il y eut de longues délibérations entre le pere et le fils. Enfin , on se décida à envoyer Frédéric, évêque de Prague. On le chargea d’or et d’argent, espérant gagner, comme on l’avait déjà fait, l’Empereur et son conseil. Mais

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ce moyen échoua, et l’Empereur insista pour que le prince fût mis immédiatement en liberté. Frédéric céda et se rendit avecSobeslas à Nuremberg, se mettant ainsi à la discrétion de l’Empereur. Ce prince abolit aussitôt la royauté en Bohême; il atyibua la possession légitime de ce pays à Sobeslas, frère d'Ulrich, et pourprévenir toute révolte, il garda Frédéric en otage.

Sobeslas II avait des qualités naturelles; mats les rigueurs de la captivité qu’il avait soufferte en avaient arrête le développement. Il était pieux, brave , juste et bon jusqu’à la faiblesse. Protecteur du pauvre contre le riche . du peuple contre la noblesse, il reçut, de son vivant, le surnom glorieux de prince des paysans. Mais, lorsque la passion s’allumait en lui, la sagesse élevait en vain la voix, et il se révoltait même contre la force des choses. Il donna Olmutz à son frère Ulrich , et Brunn à tYenceslas, son autre frère. Son ancien gardieu , Conrad Sturm, dont il avait eu a se plaindre, fut condamné par lui à un supplice cruel.

Du fond de l’Italie, l’empereur Frédéric lui intima l’ordre d'attaquer le duc Henri le Lion. Sobeslas mit tant d’ardeur dans l’exécution de cet ordre, que l’Autriche n’offrit bientôt que des ruines. Les lieux saints ne furent pas lus respectés que les habitations es hommes. Les mœurs de l’époque, plutôt que le caractère de Sobeslas, l’avaient porté à cette barbarie; mais la misère de l’Autriche excita une compassion universelle, et les foudres de l’Église furent lancées sur le chef de l’armée bohème; le pape Alexandre III l'excommunia pour avoir profané les temples de Dieu, et l’Empereur lui -même se montra mécontent de sa conduite.

Le prince Frédéric ne pouvait trouver un moment plus favorable à ses Vues. 11 était à Venise, où venait de se faire la réconciliation du pape Alexandre III et de l’empereur Frédéric. Il reçut l’investiture de la Bohême, à la condition qu’il s’en rendrait maître

lui-même (1177). Dans cet imminent péril, Sobeslas montra plus de bravoure que d’habileté. Il attendit son ennemi sur les frontières, à la tête de troupes nombreuses; mais il avait oublié de pourvoir à leur entretien, en soi te que, en proie à la famine, elles se débandèrent bientôt et qu’il ne put soutenir l'attaque de Frédéric. Il se retira alors dans son château fortifie de Skala . qui passait pour imprenable.

Frédéric conduisit, sans perdre de temps, son armee devant Prague, où était l’épouse de Sobeslas, Élisabeth de Pologne. Les bourgeois manquèrent decourageou plutôt de dévouement, et la capitale ouvrit ses portes à Frédéric, qui fut bientôt maître d'une grande partie du pays. Cependant Sobeslas, de son château, faisait de fréquentes sorties , et ne cessait pas d’inquiéter son ennemi. Pendant ces courses , il se lit de nombreux partisans parmi les paysans; bientôt il put rassembler une nouvelle armée et il attaqua Frédéric le 23 janvier 1171). Celui-ci fut défait; tout ce qui ne tomba pas sous le fer, se sauva en désordre. Mais , heureusement pour les vaincus, le prince de Znaïm,Conrad-Otton arrivait de la Moravie; il rallia les fuyards, et entra a Prague avec Frédéric, le 27 janvier, à l’aube du jour. Sobeslas les suivait de près; le même jour, iis en vinrent aux mains entre AVissehrad et Prague, sur l’emplacement où s’élève aujourd'hui la nouvelle ville ( Neustadt). On se battit avec rage et le succès fut longtemps balancé. L'épouse de Frédéric contemplait ce spectacle du haut du château, et adressait de ferventes prières au ciel. Elles furent exaucées. Sobeslas prit enfin la fuite , et la Bohême fut perdue pour lui. Il s’enferma de nouveau dans son château , s’y défendit vaillamment pendant onze mois, et ne céda que lors* qu’il fut vaincu par la famine. Il se sauva à l’étranger et mourut un an après. Frédéric donna toute la Moravie à Conrad - Otton , en récompense du secours qu’il en avait reçu, et AVenceslus, frere de Soheslas, fut obligé de se cacher en Hongrie.

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Pendant qu’il était occupé à faire le siégede Skafa, Frédéric avaitattirésur lui de nouveaux mécontentements. Il avait promis a l’Empereur de fortes sommes en retour de son investiture, et ne pouvant les réaliser, il avait imposé au peuple une contribution extraordinaire. La rigueur avec laquelle il la fit lever provoqua une révolte générale (1 182). Il prit la fuite ; le gouvernement fut offert a Conrad-Otton. et la Moravie fut donnée à Weneeslas. Frédéric alors déposa ses plaintesaux pieds de l'Empereur, qui avait été en partie cause de son malheur. Pour ne pas sortir de la ligne politique suivie par les rois des Romains vis-à-vis de la Bohême , ce prince somma Conrad-Otton et les membres des premières familles de ce pays de se rendre à la diete qui devait se’tenir à Ratisbonne (1182). Cette injonction mit à nu la politique de l'Empereur. Jusque-là, les princes de Moravie avaient reçu des ducs de Bohême l'investiture de leurs possessions qui n’étaient point héréditaires, les circonstances seules servant de règle de ccuduile aux ducs dans la distribution qu’ils faisaientdes liefsaux princes delatamilleducale,et jamais aucun empereur ne s’etail immiscé dans les affaires intérieures de la famille des Premyslides. Or, celte fois l'Empereur donna de sa propre autorité, a Conrad Ottou, la Moravie, avec titre de margraviat, comme lief relevant de l’Empire, et ce pays devint ainsi indépendant de la Bohème. Frédéric fut reintégré dans ses Etats.

Les barons bohèmes qui voulurent s’y opposer, furent bientôt mis a la raison ; car l'Empereur avait fait placer dans la salle des délibérations des faisceaux de haches annonçant, par ce langage figuré, à ceux qui oseraient résister, le sort qui les attendait.

Frédéric avait donc recouvré son trône, mais non la confiance qui seule pouvait l'y maintenir. Quelque temps après, pendant qu'il était à Mayence, Wenceslas, le seul lils vivant de Sobeslas l", soulevalepeuple. Élisabeth, qui gouvernait le pays en l'absence de son mari, ne put résister aux révoltés et se

borna à la défense de la capitale. Pendantdix semainesquedura le siège , elle déploya un héroïsme peu commun chez les hommes et très-rare chez les personnes de son sexe. Enfin , les assaillants découragés firent retraite , et Frédéric resta maître du trône.

Cependant, quoiqu’il fût redevable de ce succès à i’inlluencede l’Empereur, il n’etait pas si peu soucieux des intérêts de son pays, qu’il ne ressentit vivement la perte de la Moravie. Des qu'il se crut assez fort pour en reprendre possession, il choisit l’instant où l’Empereur était absorbé par les affaires d'Italie, et porta ses armes dans ce margraviat (1187). il remit le commandement des troupes à son frere Premyslas-üttocar, prince d’un courage éprouvé. Le 10 décembre, les Bohèmes et les Moraves se livrèient à Lodenitz, dans le cercle de Znaïm, la bataille la plussanglantedont leurs annales fassent mention. L i victoire se décida enfin pourOttocar; mais faction avait été si meurtiere que le vainqueur n'eut pas la force de poursuivre les vaincus. On compta quatre mille morts. Conrad-Otton, dont la sagesse égalait la bravoure, ne consulta que l'intérêt des deux pays; il renonça au titre de margrave, et,"par la médiation des barons , il se reconcilia sincèrement avec Frédéric.

La seconde croisade n’avait pas eu le succès de la première, et l'ardeur pour ces expéditions lointaines s'etait un peu refroidie en Europe ; mais la nouvelle de la prise de Jérusalem par Saladin enflamma de nouveau les esprits des chrétiens. Une troisième croisade fut prëchée dans toute l’Europe; de toutes parts , on prit la croix; le vieil empereur Frédéric Barberousse la prit lui-même, en 1)88, dans une grande assemblée où s’étaient réunis tous les princes de l’Empire.

Le duc Frédéric et d’autres princes suivireut cet exemple. La Bohême fit de grands armements; mais, sur ces entrefaites, le duc mourut sans laisser de postérité masculine (t 189). Chose étonnante, cet accident n’occasionna aucune dissension , et Conrad-Otton prit possession du trône sans avoir be-

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soin de recourir aux armes. Le nouveau duc refusa de se joindre aux croisés, et se contenta de réunira l’expédition une forte troupe de Bohèmes, sous les ordres du duc Diepold.

Conrad-Otton assembla des diètes plus fréquemment que ses prédécesseurs, et il eut soin de prendre toujours les avis de ces assemblées pour les affaires pubhques.il assista au couronnement de l’empereur Henri VI, à Rome, et à la prise de plusieurs villes de la Rouille ; mais il mourut au siège de Naples, victime de la peste qui ravageait l'armée impériale, le U septembre 1191.

Les espérances que la Bohème avait fondées sur lui se trouvaient ainsi détruites. On appela au trône Wenccslas II, fils de Sobeslaslcr, comme l’aîné des Premyslides. Mais tandis que ce prince avait pour lui la capitale, le reste du pays reconnaissait un autre prétendant, Premyslas-Ottocar, fils de vVladislas. Les efforts de celui-ci ayant échoué devant la défense énergique de Prague, il en appela à l’Empereur pour décider entre lui etAVencelas, et six mille marcs d’argent parurent à Henri un argument sans réplique en faveur de la validité de ses droits. Du reste, il paraît que Wenceslas , fatigue de la lutte, céda librement. Il mourut en 1193, iaissant un fils, Spitihnew, qui, plus tard, fut privé de la vue par ordre de Premyslas-Ottocar. Ce prince se mit alors en possession de la Bohême. De toutes ses qualités éminentes on ne remarqua d’abord que sa valeur ; et en effet, il eut, dès le commencement de son règne , l’occasion de la déployer en Bavière , où ses troupes commirent les dévastations qu’amenait toujours la présence des Bohèmes.

Cependant la somme promise à Henri VI, sous la garantie de l’évêque Henri-Bretislas , envoyé d’Ottocar, n’avait point été pavée. L’Empereur mécontent révoqua l'investiture qu’il lui avait accordée, et la donna a l'évêque, pour lequel les grands se déclarèrent également ; Prague seule opposa cinq mois de résistance. Cependaut le

règne du prince évêque fut de courte durée; il mourut à F.gra le 15 juin 1197. Il avait fait arrêter , avant de mourir, Wladislas, fils puîné du roi Wtadislas. Mais celui-ci, après la mort de son persécuteur, fut mis en liberté et choisi pour duc de Bohême par les barons, qui écartèrent son frère aîné, Premyslas-Ottocar, dans la crainte qu'il ne se vengeât de leur trahison.

A la fin , cependant, celui-ci arriva au pouvoir (6 décembre 1197), et il confirma l’opinion qu’on s'était faite de ses talents. Son règne ouvre en effet une ère nouvelle dans l’histoire de Bohême.

PltEMTSLAS-OTTOCill l"' (lig7-I23o).

L’histcire de Bohême prend une nouvelle facd à la mort du prince évêque Henri-Bretislas. La question de savoir si ce pays devait conserver son unité et son indépendance ou être divisé en duchés relevant de l’Empire , allait recevoir sa solution. Depuis longtemps les Empereurs avaient pour politique d'affaiblir la puissance des ducs de Bohême, en fractionnant le pays. Frédéric Barberousse était aile plus loin que ses prédécesseurs , lorsqu’il avait constitué la Moravie en margraviat dépendant immédiatement de l’Empire, et déclaré les évêques de Prague princes de l’Empire et soumis à l’Empereur. Cepen»

'dont, malgré les guerres civiles et les changements fréquents de souverain, ou avait toujours été assez heureux pour échapper à cette tactique. D'un côté, la bataille de Ludenitz et la sagesse de Conrad-Otton avaient empêché la séparation de la Bohême et delà Moravie; de l'autre, on avait maintenu l'union du pouvoir spirituel et temporel en donnant la couronneou chef du clergé, qui était de la race des Premysl.des. La question était, donc plutôt écartée que résolue.

Plusieurs circonstances favorables avaient d’ailleurs concouru à faire tourner les choses «à l’avantage de la Bohême. L'empereur Henri VI venait de mourir; l’election simultanée de deux rois des Romains avait créé de nouveaux intérêts en Allemagne; enfin,

by CjOOg

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le sort avait voulu que les destinées du pays tombassent aux mains d’un grand prince qui sut mettre à profit les leçons de I adversité.

Le' premier soin de Premyslas- Ottocar fut de pourvoir à l’élection d’un nouvel évêque, et de mettre pour condition à l'honneur que ce prélat devait recevoir, sa renonciation au titre de prince de l'Empire.

Le choix tomba , malgré une opposition fort vive de la part du clergé, sur Milik Daniel, chapelain du duc, qui s'empressa de faire hommage à son maître. Ottocar lia ensuite étroitement ses intérêts à ceux de Philippe, duc de Souabe. Celui-ci fut couronné empereur à la diète de Mayence en 1 198, et le même jour il accorda la couronne royale à Premvslas. La bravoure des Bohèmes contribua puissamment à la victoire éclatante remportée par Philippe, au passage de la Moselle, sur les bandes d’Otton IV de Brunswick , son compétiteur. Les rapports de la Bohémeavec l’Empire avaient toujours été onéreux à la première. Ils devinrent tout à coup pour elle la source degrands avantages. Le roi de Bohême, le plus puissant et le plus indépendant des princes de l’Empire, était certain de faire pencher la balance du côté du prétendant dont il prendrait le parti.

Aussi son amitié fut elle avidement recherchée par ceux qui aspiraient au trône impérial. Il est vrai qu’il ne fut pas très-fidèle à sa parole; mais, en changeant de parti suivant les circonstances ou les exigences de ses intérêts, il ne fit qu’imiter ses contemporains.

En effet, nous voyons bientôt Ottocar, cédant aux instances du pape, se ranger du côté d'OttOn, entrer en Thuringe , à la tête de ses troupes et assiéger l’Empereurdansiatilled’Erfurt.

De là , il dirigea ses armes contre l’évêque de Magdebourg qui restait fidèle à Philippe, au mépris des injonctions du pape. La terreur et le pillage inarquaieut partout son passage.

Otton IV lui contera une seconde fois la dignité royale , à la diète de Mersebourg en 1203; car ce prétendant ne voulait pas reconnaître la vali-

dité de l’investiture qu’avait donnée son adversaire. A son retour, Ottocar vengea sur le pays de Meissen les horreurs commises en Bohême, pendant son absence, par le margrave Diedrich. Quoiqu’il n'eùt gagne ni livré aucune bataille décisive, Ottocar, d’apiès les idées du siècle, fut regardé par les sirns comme un grand capitaine, parce qu’il les ramenait toujours chargés de butin. La deférence qu’il avait montrée aux ordres du pape lui valut la reconnaissance du chef de l'ÉgliSe, qui lui accorda le titre de roi , refusé jusqu’alors par les souverains pontifes aux ducs de Bohême.

La campagne suivante fut moins heureuse pour Ottocar. Il entra pn Thuringe , dont le duc avait besoin de son secours contre Philippe qui avait envahi le pays. Mais, abandonné par Otton , il se vit obligé de se retirer dans les montagnes. Il entra ensuite en négociations avec Philippe, embrassa de nouveau sa cause , et leur amitié fut cimentée par les üançailies de Cunégonde, fille de Philippe, avec un fils que l’épouse d’Ottocar venait de lui donner, et qui régna depuis en Bohème, sous le nom de Wenceslas I'r. A partir de ce jour, la cour de Bohême rut invariablement attaeliée aux intérêts et à la fortune des Hohenstaufen.

Après la mort de Philippe et l’excommunication d'Otton, Ottocar travailla activement à faire porter à l’empire le jeune roi de Sicile, Frédéric H. L’Allemagne entière se mit en mouvement pour prendre part à la lutte qui allait s’engager, et il parait que les opinions étaient également partagées en Bohême. Quoi qu’il en soit, Otton regardait avec raison le roi de ce pays comme son plus redoutable ennemi. ’ll s’allia avec Diedrich, margrave de Misnie, Albert de Brandebourg et le duc de Bavière, dans le dessein de le détrôner et de mettre à sa place Wratislas, qu’Ottocar avait eu d’Adèle, fille d'Otton, margrave de Misnie, et sœur de Diedrich, répudiée par lui en 1 199. Le jeune prince i eçut l’investiture de la Bohème à Nuremberg en 1211; et la présence d’un certain nombre de

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zupans (comtes bohèmes ) à cette solennité prouve que le fils de la malheureuse Adèle n’était pas sans partisans dans sa patrie. Il est même présumable que le comte Cernin, ui avait toujours été l’intime ami u roi, n'était pas resté étranger à ces intrigues , puisqu’ à cette époque il fut banni du royaume «t privé de ses biens, sans que les chroniqueurs indiquent le motif de ces mesures rigoureuses. Quoi qu’il en soit, Ottocar déploya des moyens proportionnés à la gravité des circonstances, et grâce à sa prudence, à sa sagesse et à son courage, il sut triompher de ces embarras passagers.

Un des premiers actes de Frédéric II, apres son élection, fut de récompenser les services qu’Ottocar lui avait rendus, par la donation de biens considérables , et en affranchissant de toute taxe pour l'avenir l’investiture du duché de Bohême. Les deux monarques eurent ensuite une entrevue à Francfort, et ils y signèrent, en 1213, un traité de paix, qu’Ottocar observa religieusement jusqu’à sa mort.

Il manquait cependant encore une pierre fondamentale au nouvel édifice du droit public de la Bohême; c’était l’abolition formelle de la transmission de la couronne à l’aîné des membres de la famille des Premyslides, coutume qui avait causé tant de guerres civiles depuis un siècle et demi, et l’application exclusive du droit de primogeniture à la famille royale.

Dans une assemblée où assistaient le prince Wladislas de Moravie et les grands du pays, Ottocar fit élire, en 1216, pour son successeur, son (ils aîné Wenceslas, âgé de onze ans, et cette élection fut sanctionnée par l’empereur Frédéric II (*).

(*) On lit dans l’acte de confirmation :

• Henri, margrave de Moravie, les magnai* « et nobles de la Bohème nous ont exposé « que, d’après la volonté et le consenle-

• ment de notre hien-aiiné Prcmyslas-Otto- « car, roi de Bohême, ils ont élu pour leur « roi Wenceslas, fils aîné dudit roi de Bo-

• kème, nous suppliant de vouloir bien - agréer et confirmer cette élection, ce que

La tranquillité était à peine rétablie parcette mesure, que la discorde se mit entre le pouvoir temporel et l'Église.

Daniel , fidèle serviteur du roi, venait de mourir : André lui succéda. Ce prélat avait une activité infatigable , une grande sévérité de mœurs et une fermeté de caractère inébranlable. Non content de défendre les droits de l’Église, il empiéta quelquefois sur ceux du roi ; mais il rencontra dans Ottocar et dans le peuple une résistance qui l’irrita. Il v avait trois ans qu'il occupait le siège épiscopal, lorsqu’il se réfugia à Rotne,npràs avoir frappé d’interdit le monarque et ses sujets. Ottocar, par représailles, nnt la main sur tous ses biens, et il s'ensuivit une correspondance active qui se termina en 1221 par un traité conclu entre le roi et l’F.glise.grâcealn médiation d’un cardinal légat venu de Rome. I.’interdit fut levé ; mais il parait que l'évêque André ne se crut pas en sûreté dans son diocèse, car il se hâta de partir de nouveau pour Rome . où il mourut en 1224.

Un des derniers actes politiques d’Ottocar fut Ip couronnement de sen fils Wenceslas I*r ( 1 228). Il donna àson autre (ils, Premyslas, le margraviat de Moravie. Mais ën partageant le pouvoir, il n’y renonça pas entièrement , et il continua toujours à signer les actes officiels jusqu’à sa mort ( 15 décembre 1230).

Premyslas-Ottocar I"avait, comme nous l’avons déjà dit, épouse, en premières noces , Adèle, fille d’Otton , margrave de Misnie: il la répudia sous prétexte de parenté au quatrième degré, et les enfants qu’il en avait eus furent regardés comme illégitimes. Sa seconde femme fut Constance, sœur des rois Entmerich et André II de Hongrie, et mère de Wenceslas et de Premyslas.

v£hce*las itr (ta3o-u53.)

Sous le règne de Wenceslas I" s’çf-

« nous faisons par les présentes , en ron- ■ fumant le* privilèges que nous avons - déjà accordés à la Bohème. »

Digiti;

fectuèrent en Bohême des changements non moins notables que ceux qui avaient signalé le règne précédent.

Ottocar I" avait imprimé au pays une nouvelle physionomie politique; Wenceslas changea les moeurs, le costume et les goûts de son peuple.

Porté par ses penchants vers les arts et la poésie qu'il cultivait avec succès, il accueillit les bardes avec faveur et donna à la cour de Bohême un éclat inaccoutumé.Ce fut à l’exploitation des mines, qui commençait à prendrede l’importance , qu’il dut les moyens de déployer une telle magnificence. Les premiers tournois que vit la Bohême eurent lieu de son temps ; il fonda plusieurs ordres, et attira près de lui des étrangers et particulièrement des Allemands; enfin, des colons et des artisans arrivèrent en foule . et donnèrent une nouvelle vie aux villes que les guerres avaient presque ruinées. La passion dominante de YVenceslasetait la chasse.

La perte d’un oeil , qui lui lit donner le surnom de Borgne , ne l’empêcha

Êas de donnera cet amusement, dans :s forêts des châteaux de Burglitz, de Tayrow et d'Augerbach, un temps que ses sujets eussent sans doute mieux aimé lui voir consacrer aux affaires de l’État.

Les documents en petit nombre qui nous restent sur cette époque ne nous apprennent rien relativement à la politique extérieure de Wenceslas , même en ce qui touche son frère Premyslas. Cependant ilest certain qu'elle varia, suivant la nature des rapports de la Bohême avec la cour de Rome etavec celle de l’Empereur. A l’exemple de tous les autres Etals de l'Europe, la Bohême prit parti dans les querelles de Frédéric II avec Grégoire IX et Innocent IV. Or l'épouse -de Wenceslas était cousine de l'Empereur; sa sœur, Agnès, était sincèrement attachée aux intérêts du saint-siège : ce qui nous explique la versatilité de Wenceslas à l’égard de Frédéric, dont, pendant vingt ans, il se déclara tour à tour l’ami ou l’ennemi.

Tant que vécut la reine mère, Constance , l’alliance hongroise influa puis-

samment sur la politique suivie par la Bohême. Wenceslas avait entrepris, du vivant de son père, sa première campagne contre l’Autriche pour punir une insulte faite à la famille royale de Hongrie. Frédéric le Belliqueux avait répudié son épouse Sophie, princesse hongroise et parente de Wenceslas ; Wenceslas , pour la venger, s'approcha avec une armée nombreuse des frontières de l’Autriche.

Une nouvelle incursion eut lieu , en 1231, et tout fut dévasté, depuis Krems jusqu’aux frontières de la Hongrie, sans que le duc Frédéric, occupe à réduire ses sujets révoltés, pût rien taire pour repousser l’ennemi.

Ce commencement d'hostilités entre Wenceslaset Frédéric d’Autriche était la première étincelle d’un incendie qui ne devait s’éteindre que par ia chute du duc. Résolu de tirer vengeance de ces deux attaques, Frédéric prépara de grands armements et s’allia à Premyslas, margrave de Moravie et frère dé W enceslas.il était devenu beau-frère du margrave par son mariage avec la fille d’Otton , duc de Meran. Plusieurs autres princes, tels que l'évêque de Bamberg et le comte ae Tyrol, se joignirent a eux. Les forces que Frédéric conduisit en Bohême étaient considérables ; mais une maladie dont il fut subitement atteint , et une terreur panique répandue parmi ses troupes par une ruse de Wenceslas, mirent le desordre dans son armée, qui prit la fuite avec tant de précipitation qu’elle ne put être atteinte par l’ennemi.

On ignore la cause de la division qui avait éclaté entre Wenceslas et son frère. Ce qu’il y a de certain , c’est que le roi voulut punir Premyslas de s’être allié à Frédéric d’Autriche; il marcha contre la Moravie, Brünn tomba en son pouvoir, le pays fut horriblement saccagé, et le’ margrave fut obligé d’implorer sa grâce, qui lui fut accordée sur les instances de sa mere. On respira ensuite pendant uelques instants. L’Empereur fit alors e grands efforts pour rétablir la pair entre la Bohême et l’Autriche; Wences-

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las paraissait disposé n prêter la main à ce projet ; mais la haine que Frédéric d’Autriche nourrissait contre le roi de Bohême était trop profonde : les tentativesde l’Empereur n’eurent aucun résultat, et la guerre éclata avec une nouvelle fureur. Leducd’Autricheavaità lutter à la fois contre les ennemis extérieurs et contre ses propres sujets. Cédant aveuglement à ses passions il s'etait aliéné l'esprit de ses peuples, et s’était fait des ennemis jusque dans sa propre famille ; sa mère avait été réduite à chercher un asile chez VVenceslas.

Bientôt il alla jusqu’à mépriser l'autorité de l'Empereur et fut mis au ban de l’Empire; l’exécution du décret fut confiée au roi de Bohême, au duc de Bavière et au margrave de Brandebourg. Une nuée d’ennemis fondit alors sur l’Autriche (1236). Mais AVenceslas rompit tout à coup son alliance avec l’Empereur, et embrassa, à l’instigation du prpe, les intérêts du prince dont il avait été jusque-là l’ennemi le plus terrible.

Le pape, après avoirexcommunié Frédéric II, avait chargé plusieurs princes de l’Empire, entre autres AVenceslas, d’exccuter la sentence et d’élire un nouveau roi des Romains. Mais les princes chrétiens furent distraits de leurs dissensions par un terrible orage qui grondait à l'Orient : les Mongols taisaient irruption vers l’Occident. La nouvelle de la prise de Kiew (1240) jeta la consternation parmi les peuples de l’Europe. La destruction de Cracovie mit le comble à la terreur générale. L’armée de ces barbares s'élevait à cinq cent mille hommes. Batou, qui les commandait, en fit trois corps. Il dirigea l’un vers le nord, en suivant le cours de l’Oder; le second fut chargé d’attaquer la Bohême; et à la tête du troisième, Batou passa les défilés des Karpalhes et pénétra en Hongrie.

AVenceslas avait été l’un des premiers à apprécier le danger et à prendre les moyens d’y échapper. Les Mongols restèrent maîtres du champ de bataille dans les plaines de Leignitz, et l'héroïque Henri, prince de Breslau, y

trouva une mort glorieuse ; mais la résistance avait été tellement vigoureuse, que les barbares déconcertés, au lieu de pousser jusqu’en Saxe, se rallièrent au corps qui cherchait à pénétrer en Bohême, du côté de Glatz. Repoussés sur ce point , ils se portèrent vers la Moravie (1241 ), en franchissant le défilé formé par l’Oder et l’Opawa , entre les Karpathes et ies Sudètes. Les deux tiers de ce malheureux pavs furent bientôt couverts de ces hordes. Les villes de Troppau , de Prerau, de Littau , de Gewitsch et d’autres encore, ainsi que les couvents de Hradisst, d'Obrowitz, de Reigern, Fissnowitz et Daubraxvnik , furent livrés aux flammes. Le peuple, cédant à sa terreur, abandonna ses maisons et ses champs pour chercher un refuge sur des rochers inattaquables, dans le fond des cavernes et dans l'épaisseur des forêts Trois villes seulement. Oimutz, Brtinn, Neustadt, et quelque* châteaux forts résistèrent aux attaques des Tartares. Olmutz était la capitale de In Moravie: AVenceslas y envoya Jaroslas de Sternberg, l’un des plus habiles généraux de la Bohême. Cet officier, apres avoir réussi à repousser tous les assauts des Mongols , fit une sorbe , tomba au milieu de leur camp , en fit une horrible boucherie, et tua de sr.

propre main le chef de ces barbares.

Cet heureux événement sauva la Bohême et peut-être l’Europe. Les Mongols déconcertés prirent une autre route (1242).

AVenceslas, comme nous l’avons dit, avait mission du pape d’exécuter l’arrêt fuhninécoiitre l'Empereur. Mais les barons de la Bohême refusèrent d’obéir aux ordres de leur roi. La sédition devint générale, et tandis que AVenceslas était au château de Klingenberg (1248), les mécontents se réunirent a Prague, et élurent à sa place son fils Premyslas-Ottocar, qu'ils distinguèrent sous le nom de jeune roi. L'incendie alors gagna tout le royaume , et l’on vit éclater une furieuse guerre civile. AVenceslas sortit de ses États, et son épouse Cunégonde mourut de chagrin. Mais la fuite du

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roi ne fit pas cesser la guerre civile; ses partisans lui étaient restés fidèles, et les châteaux de Klingenberg , de Pfrimberg, d’Elbogen et de Brux, ne voulurent point reconnaître d'autre maître que lui. Il rentra par la Moravie et s’empara de Wisseiirad ; mais il ne put la garder. Cependant Premyslas-Ottocar, malgré les forces surieures dontildisposait, évita le eomt ; mais il cerna si bien le roi , que celui-ci, sans avoir perdu une seule bataille, se vit dans la nécessité de traiter avec son fils. Il lui abandonna la couronne, et ne se réserva que les trois châteaux de Klingenberg, d'Elbogen et de Brux.

On entrevoyait déjà des jours plus tranquilles, lorsque arrivèrent, avec une bulle du pape Innocent IV, qui déclarait le traité nul et non avenu, des menaces de guerre de la part de l'empereur Guillaume de Hollande. Les foudres du Vatican d’un côté, de l’autre l’orage qui s’amoncelait sur l’Allemagne, enfin, les armements de Weneeslas au sein du pays , tout contribua à ébranler les partisans d'Ottocar, qui se vit bientôt assiégé dans Hrad>chin par son père ; mais il s'y défendit vigoureusement. Le jour de l’Assomption, il y eut une suspension d’armes, à cause de la fête; le lendemain, le vieux roi fit faire de grands préparatifs à Saint- François, près du pont de Prague, pour ’se montrer, disait-il, encore une fois aux siens avec tous les. insignes de la royauté. Il fit dire à Ottocar, en l'invitant à assister à cette solennité, avec ses partisans, que son désir était d’asseoir la paix sur une réconciliation sincère. Lejeune prince, cédant aux circonstances et aussi peutêtre à ses sentiments, se rendit auprès de son père , et se soumit avec tous ses châteaux. Il demanda grâce seulement pour ceux qui avaient servi sa cause. Le roi lui pardonna ainsi qu’à ses partisans, et leur donna à tous le baiser de paix ( août 1249).

Cependant, il y avait encore beaucoup a faire pour assurer la tranquillité du royaume. Ottocar, accompagné

de quelques seigneurs de son parti, alla, dans le but d’aplanir toutes les difficultés, trouver le roi, à son château de Teyrow. Ils étaient loin de prévoir l’accueil qui les y attendait.

Weneeslas n’avait pas oublié l’outrage (jui avait été fait à son autorité; saisissant l’occasion qui s’offrait de prendre sa revanche, il fit enfermer son fils au château de Primda , et les barons , enchaînés deux à deux, furent conduits à Hradschin. On ignore combien de temps dura leur captivité, et à quelles conditions ils furent délivrés ; quant au prince, il fut rendu à la liberté avant la lin de l’année et investi du margraviat de Moravie.

JN'ayant plus alors à s'occuper de l’intérieur, le roi de Bohême put donner son attention aux affaires extérieures. Toute l’Allemagne était alors occupée de la lutte des papes contre les empereurs de la famille île Hohenstaufen , et de l’anarchie qui déchirait l’Autriche. Le margrave Hermann de Bade, qui avait épousé Gertrude, nièce de Frédéric le. Belliqueux, mort en 1246, ne pouvait parvenir à rétablir l’ordre dans ce malheureux pays. D’un autre côté, Bêla IV, roi de Hongrie, résolut de tirer vengeance d’une violation de son territoire dont les Autrichiens s’étaient rendus coupables. Il s’avança à la tête d’une armée aussi formidable par le nombre des combattants que par le caractère des peuplades sauvages dont elle était formée. I.es féroces Kumans , qui la composaient en grande partie, se signalèrent par tant d’atrocités, que 'Weneeslas crut devoir intervenir et força Bêla à se retirer.

Gertrude avait fui devant l’ennemi, emmenant son (ils en bas âge, Frédéric, gui devait périr plus tard sur l’échafaud , victime de son amitié pour Conradin. Son époux survécut peu à ces affreux désastres. Et comme s’il n'y eût point eu déjà assez de causes de desordres , l’empereur Frédéric II mourut peu de temps après ( 1 250 ) dans la Pouille, A la nouvelle de sa mort, le gouverneur auquel il avait confié l’Autriche et la

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Styrie, se retira dans ses propres possessions;enfin le jeune Frédéric, filsde Henri VII, et petit-fils de Frédéric II, qui avait été nommé duc d'Autriche , termina aussi ses jours avant d'avoir pu toucher le sol de son duché. Il n’existait plus alors aucun héritier reconnu de la couronne, et les prétendants a l’empire, Conrad et Guillaume, n’ayant aucune influence, l’Autriche se trouva à la discrétion du voisin le plus puissant et le plus ambitieux.

Le duc Otton de Bavière jugea l'instant favorable pour s’emparer de la haute Autriche, qui avait fait autrefois partie de son duché et en avait été violemment séparée en 1156. Mais il échoua nar sa faute; il traita en ennemi le peuple qu’il voulait soumettre, et, en ne ménageant pas les possessions des évéques de Ratisbonne , il se brouilla avec le pape , qui engagea Wenceslas à lui déclarer la guerre. PrcniyslasOltocar entra en Bavière au milieu de l’hiver (1251), avec un corps d’armée considérable. Tout ce qu'il trouva sur son chemin fut livré aux (lamines, et Otton fut obligé de se soumettre.

La Bohême était alors l’instrument le plus docile de la papauté. Conrad tenta en vain tous les moyens de gagner Wenceslas ; en vain demanda-t-il une entrevue : il ne put rien obtenir. Le vieux roi n’avait plus qu'une pensée, celle de réunir l’Autriche a ses autres possessions. L’assemblée des grands de ce pays, convoquée à Trubensée, près de Ttiln, paraissait pencher pour un des lils de Constance, mariee au margrave Henri de Misnie. Wenceslas mit en jeu une foule de ressorts; la puissante famille de Kunring, les comtes de Hardeck et Henri de Lichtenstein étaient à la tête de son parti ; Premyslas-Ottocar se tint sur les frontières", afin d'être plus rapproché du loyer des intrigues; enlin une députation des états d’Autriche vint présentera Wenceslas, le 21 novembre 1251, la décision qui appelait son fils au trône. Ce dernier ne tarda pas à aller prendre possession de son nouveau duené; les promesses et Ie3 présents

qu’il prodigua , ses talents et sa conduite adroite lui gagnèrent tous les cœurs; le pays entier se laissa entraîner à l’exemple de la capitale, et il n’y eut bientôt pas un coin de l’Autriche, selon l'expression d’une vieille chronique, qui refusât de lui obéir. Pour faire taire les prétentions élevées par la princesse Gertrude, il fut résolu qu'Ottocar épouserait' Marguerite , veuve du roi (les Romains, Henri VII, sœur du duc Frédéric, et l’aînée des princesses de la race des Babeuberg ; elle avait quarante six ans et lui n’en avait que vingt-trois ; cependant cette union fut célébrée en grande pompe, le 8 avril 1252, à Haimbourg en Autriche

Beia se présenta alors comme lechampion de Gertrude ; niais son intentiou secrcte était de s’emparer de la Styrie. La guerre qui s’alluma fut surtout funeste à la Moravie, où les Hongrois commirent d’affreux ravages , et dont les malheureux habitants crurent voir revivre l’époque des Mongols.

Wenceslas mourut au milieu de ces fâcheuses circonstances. Atteint d’une maladie subite, pendant une partie de chasse , dans les premiers jours d'aoiît 1253, il fut transporté à Koenigshof, près de Pocapl;mais les soins les plus empressés ne purent le sauver; il mourut au bout de trois jours.

Wenceslas avait de grandes qualités ; mais il avait le grave défaut d’être prodigue des deniers de l’État. I!

ne savait garder aucune mesure ni dans ses dépenses ni dans ses libéralités. Ses finances étant toujours dans le plus grand désordre, il était obligé de recourir sans cesse à de nouveaux emprunts, et de lever impôts sur impôts; enfin ses exactions ne furent pas étrangères aux troubles civils qui eurent lieu sous son règne l'un des plus glorieux d'ailleurs ae l’histoire de Bohême. Il n’avait eu que. deux fils : Wladislas, qui mourut très-jeune, en 1247, et Premyslas-Ottocar II qui lui succéda.

rnxMTSus-OTrocxK n (1253-1278).

Premyslas était dans ses États d’Au-

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triche à la mort de son père ; mais ses amis tinrent cet événement secret jus-

u’a son arrivée. Il s’occupa d’abord

e rentrer en possession des biens appartenant à la couronne, et que Wenceslas avait donnes à ses partisans pour acheter leur lidélité. Il se fit également restituer, plus tard , les domaines que son père avait donnés engages des sommes qu’il avait empruntées.

Ottocar désirait vivement faire la paix avec le roi de Hongrie , afin de pouvoir donner tous ses soins au gouvernement intérieur de ses Etats ; des négociations furent entreprises dans ce but, et les deux rois signèrent, en 1254 . un traité par lequel ils se partageaient la Styrie. Tant de guerres et de dissensions avaient été funestes à l’Autriche ; elle était infestée de brigands. Ottocar y rétablit l'ordre, en faisant décapiter plusieurs nobles, qui n’étaient pas moins redoutables aux voyageurs qu’aux populations que dominaient leurs châteaux.

Il entreprit ensuite une croisade contre les idolâtres de la Prusse , autant par conviction que par dcference pour ie pape. Les peuples slaves avaient déjà été convertis au christianisme; c’était maintenant le tour des nations de la race lette, qui habitaient la Prusse, la Lithuanie et la Courlande.

Pour hâter leur conversion, Conrad, duc de Masovie, avait mandé des chevaliers de l'ordre Teutonique, et leur avait donné en propriété le pays de Kuhn. Ces chevaliers soumirent d’abord les districts connus sous les nains de Pomésamie, de Pogésanie, d*Ermland et de Natangen. Mais leurs tentatives sur le Samland ( Samogitie ) n’eurent aucun succès.

Les habitants de ces contrées leur avaient même fait éprouver, en 1253 , plusieurs échecs fort graves (*). Le Samland, remarquable par sa population vigoureuse et guerrière, renfermait le lieu consacré de Romove, centre de l’idolâtrie des peuples lettes.

Innocent IV pensa qu'il était indispen-

{*) Voyez J. Voigt , Geschichte Pretuuns, t. Il el III. Kônigsb., 1837-38.

sablede venir au secours des chevaliers, et il invita Ottocar II, par l'entremise du Bohême Rartholomée, à suivre les inspirations de son esprit chevaleresaue et religieux. Le grand maître de l’ordre lui-même, Poppo d’Osterna, vint en Bohème solliciter les secours du roi. Les armements formidables qui s’y préparaient témoignaient de la résolution d’Ottocar. L’expédition devait avoir lieu dans l’hiver, la marche étant plus facile danscette saison, où la glace couvre les rivières et les marais, plus nombreux en Prusse, à cette époque, qu’ils ne le sont aujourd’hui. Soixante mille combattants étaient rangés sous l’étendard de la croix. Tout ce que l’Allemagne possédait de princes et de guerriers illustres s'y trouvait réuni.

On y voyait même Rodolphe de Habsbourg, a côté d’Ottocar, dont il devait plus tard devenir le rival (*). Celui-ci suivit le FrischesHaff , pour arrivera Romove, où jadis saint Adalhert avait souffert le martyre. Rien ne put résister au choc des chrétiens. Ils entrèrent dans le bois sacré. Le chêne vénéré. avec les idoles qui l’entouraient, fut abattu et livré aux flammes. On en vint aux mains à Rudati, et les païens vaincus n’échappèrent à ia mort qu’en recevant le baptême. La force et le courage avaient donné la victoire ; la modération et la douceur assurèrent la conquête. Mais pour la cimenter plus solidement, le roi fil construire, sur les bords du Pregel, une ville qui . en son honneur, fut appelée Koenigsberg : c'est aujourd'hui la capitale de la Prusse proprement dite.

L’influence d’Ottocar s'accrut par cette heureuse expédition, et sa gloire en reçut un nouveau lustre. On lui offrit même, après la mort de Conrad IV et du prétendant Guillaume, ia couronne impériale; mais il 11e voulut pas l’accepter. On Ignore les motifs de son refus.

Dans ces temps de désordre, on ne finissait une guerre que pour en commencer une autre. On ne savait ce que

(*) Jean de Muller , Histoire de la Suisse; Toigl , Geschichte Preussens, t. III , p. 77.

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c'était que les arts de la paix, et I on ne connaissait d’autre renommée que celle qui s’acquérait sur les champs de bataille. Ottocar avait à peine mené à lin sa croisade contre les Prusse ns, qu’ilenvahit la Bavière. Mais cette fois, la fortune l'abandonna ; il lut défait à Muhldorf, et fut trop heureux d’obtenir la paix, en restituant les villes de Ried , de Slierding , de INeubourg et de Schültenhofen.

La Styrie, qui avait toujours été réunie à l’Autriche, gémissait sous le joug des Hongrois. Des députations vinrent à Vienne proposer à Otlocar d’en prendre possession. Il céda a leurs instances, et reçut leur hommage, au risque d’avoir à soutenir une guerre avec la Hongrie. La guerre ne tarda pas, en effet, à éclater.

Bêla et Ottocar concentrèrent leurs forces sur les limites de la basse Marche. Celles des Hongrois montaient à 140,000 hommes. C’était un rassemblement confus de Croates, de Bosniaques, de Serbes, de Bulgares, deGrecs, de Sècles.de YValaques, de sauvagesKumans, de Bessermines ou Turcs Chawaresmiues, et même de Tarfares. L’armée 'Ottocar ne comptait que 100,000 hommes , mais dans ee nombre étaient compris 7,000 cavaliers bardés de fer de la tète aux pieds , ainsi que ieurs chevaux. Ce qui prouve le puissant intérêt que cette lutte inspirait à l’Allemagne, c’est qu’on lit des prières jusqu’au bord du Rhin, pour le succès des armes du roi de Bohême. Les armées, séparées seulement

fiar la March , s'observaient depuis ongtemps. Ottocar invita Bêla à passer la rivière pour se mesurer avec lui.

On en vint aux mains le 12 juillet 1260, et la victoire resta au roi de Bohême. 18,000 ennemis couvrirent le champ de bataille, et 14,000 trouvèrent la mort dans les eaux du fleuve. Tout passa par les armes; un prince tartare offrit pour sa vie autant de chevaux qu’il avait de cheveux sur la tête, et ne fut point écouté. Les Bohèmes franchirent les Karpatlies, et poursuivirent l’ennemi jusque sous les murs de Presbourg. On conseillait au

vainqueur de s emparer d’une partie de la Hongrie. Mais il avait le cœur trop noble, et il était en même temps trop éclairé pour ne pas voir le danger auquel il exposerait la chrétienté, s’il affaiblissait ce royaume, seul boulevard qui la protégeât contre les Ta dares. La paix tut donc conclue, à condition que la Styrie serait abandonnée a Ottocar.

Ce triomphe porta la gloire d’Ottocar a son apogee: les Tartares l’appelaient le roi de fer, en faisant allusion à l’armure de sa cavalerie, et l’Occident le surnomma le roi doré , à eause de sa libéralité et de ses richesses. Un tel bonheur ne suffisait cependant pas pour remplir le cœur de ce prince.

Dernier rejeton des Premyslides, il ne pouvait plus espérer d’avoir d’enfants de son épouse Marguerite , âgée déjà de cinquante-cinq ans. Il avait donné son cœur à Agnès, de la noble famille des Runring, et il avait eu d’elle un Ois et deux filles; niais il ne pouvait transmettre sa succession à Nicolas, c’était le nom de son fils ; le pape s’y opposait. il ne lui restait donc qu’a divorcer; Marguerite aimait trop son époux pour y mettre obstacle; elle se sépara volontairement de lui , et il demanda la main de la petite-fille de Bêla, qui jouissait d’une grande renommée de beauté et de vertu (12G1|.

La Bohême était arrivée à son plus haut point de grandeur lorsqueUlricde Carinthie laissa, en mourant, ses États à Ottocar ( 1269). Ce prince réunit alors les titres de roi de Bohême , de duc d’Autriche, de Styrie et de.-Carin> hie , de margrave de Moravie-, de seigneur de Krain, des Marches, d’Égra et de Pordenone (Portus Naonis), dans la liante Italie. Tout lui était soumis, depuis les Riesengebirge jusqu’à l’Adriatique. Ce n’était cependant ni à son mérite ni à celui de ses conseillers qu’Ottorar devait cette brillante fortune; mais la Providence l’avait constamment placé dans des circonstances si heureuses, que, pour posséder, il n’avait jamais eu qu'à se montrer et à prendre. Ne fut-ce pas aussi la Providence qui, par compensation,

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mit sur sa route un mauvais génie, dont chaque mouvement lui porta malheur? Nous voulons parler de Philippe de Carinthie , son cousin et son compagnon d'enfance. Ce prince s’était destine à l’état ecclésiastique , et il était parvenu aux dignités les plus éhiinentesde l’Église, sans avoir reçu l'ordination. Il était archevêque de Salzbourg et patriarche' d’Aquilée. Après avoir déjà suscité à Ottocar de graves embarras, il éleva des préten lions sur la Carinthie, s’en rendit maître et s'allia àF.tienne,qui avait remplacé Bêla sur le trône de Hongrie. Ottocar marcha aussitôt contre lui , et il en eut bientôt triomphé; il s’empara même de Leybaeli, et emporta d’assaut les châteaux de Landstroff et de Stein. Il n'y avait a cette époque qu’un seul chemin pour aller deStyrieen Autriche, et ce chemin traversait le mont Simering. Étienne fit dresser des embûches dans ce passage; Ottocar y échappa par une sorte de miracle ; mais son ennemi , irrité d avoir manqué son coup, attaqua l’Autriche avec 50,000 hommes. Tous les peuples qui obéissaient à la couronnede Bohême rivalisèrent d’ardeui pour défendre le pays. Au premier assaut, Presbourg fut ail pouvoir d’Ottocar (1271); mais Étienne reculait •levant un engagement sérieux, et le roi "t Bohême, ne pouvant l’atteindre, se vit forcé d'opérer sa retraite après avoir pris plusieurs places. 11 était à peine rentré dans ses États que les Hongrois firent une nouvelle irruption en Autriche , et y commirent des dégâts épouvantables. Cependant ces grands mouvements de troupes n’avaient eu d’autre résultat que la dévastation des deux territoires, et Ottocar était sur le point de se retirer, lorsque des évêques départ et d’autre offrirent leur médiation et firent signer un traité de Paix (1271). Mais Etienne étant mort en 1273, les Hongrois envahirent de nouveau à la fois la Styric, l’Autriche «tla Moravie. Ottocar arriva bientôt à la tête de ses troupes, et il les poursuivit jusqu’aux rives du Wang, *aus avoir pu leur faire accepter le combat. Tout plia sous sesarmes; tous

les châteaux, excepté celui de Raab, lui ouvrirent leurs portes; après quoi la paix fut conclue. Mais les graves événements qui s’agitaient alors eu Allemagne absorbaient tellement l’attention des chroniqueurs, que l’histoire ne nous a pas fait connaître les conditions de cette paix.

Le trône impérial était toujours vacant, et cet interrègne tenait tous les intérêts en souffrance. Après le refus d'Ottocar, la couronne avait été decernée à Rodolphe de Habsbourg.

Cette élection, qui avait eu lieu le 29 septembre 1273, à Francfort-sur-le- Mein, ne réunit pas tous les suffrages; elie fut l’objet d’une protestation de la part d'Ottocar, et l'épée dut décider la querelle qui s'éleva alors entre lui et le prétendant.

L’élection de Rodolphe fut un sujet de joie pour les mécontents de Bohême, qui regardaient Ottocar comme un tyran. Ils appelèrent le nouvel empereur contre leur roi. Un des plus ardents factieux était Philippe de Carintlne, à qui Ottocar avait eu l’imprudence de confier les rênes de l’administration. Foulant aux pieds le serment de fidélité qu’il avait prêté, il s’enfuir auprès de Rodolphe, qui lui donna la Carinthie en fief. Bores de Ricsrnbourg, outre chef influent du parti, s’était également retiré à la cour de l’Empereur; puis, dissimulant sa haine sous un repentir apparent , il était revenu près de son maître, pour mieux assurer sa perte. L’archevêque de Salzbourg se rangea aussi parmi les ennemis d’Ottocar; enfin la cour de Hongrie voyait approcher le jour de la vengeance, et elle ne pouvait contenir sa joie.

Dans ces périlleuses conjonctures, tout l'espoir d’Ottocar reposait sur le pape Grégoire X et sur le concile que ce puntife avait convoqué à Lyon (1" mai 1274 ). Mais ce concile n'avait d’autre but que d’organi.-er une croisade, et lorsque Ottocar fut prêt à se mettre en campagne, Rodolphe le cita à Wurtzhourg, l’accusant de ne pas tenir de lui son investiture. La diète convoquée à Augsbourg (1275), au lieu

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d’apaiser la querelle des deux princes, ne fit qu’accélérer leur rupture.

Le roi de Bohême, loin de se soumettre au décret qui le déclarait déchu de toutes ses dignités , préparait ses moyens de défense et faisait tous ses efforts pour diminuer le nombre de ses ennemis. L’appui le plus efficace pour lui eût été celui de la cour de Hongrie , mais cette cour était , pour ainsi dire, menée par Pectari. qui, lui-même, était à la discrétion de Rodolphe.

Le seul prince sur lequel Ottocar pût compter était Henri de Bavière; ce prince avait été mis au ban de l’Empire; mais Rodolphe chercha à le gagner, en donnant sa fille Catherine aOtton,son fils. Il y réussit; et Henri abandonna lâchement Ottocar, dont il devint l’ennemi le plus implacable. Il ne restait plus alors au roi de Bohème que quelques princes de Silésie.

Pour anéantir plus sûrement la puissance d’Ottocar, on devait l'attaquer sur plusieurs points à la fois.

Rodolphe , suivant le plan convenu , entrait en Bohême par Nuremberg et Égra; Maynard, comte du Tyrol, devait occuper la Carinthie , Kraln et la Styrie ; enfin , pendant ce temps-là, Ladislas, roi de Hongrie, devrait faire invasion en Autriche et en Moravie.

L’habileté d’Ottocar fut mise en défaut par les mouvements stratégiques de l'Empereur. Son armée campait sur le plateau de Telp. d’où il était maître des passages du Taus et de l’Éger. Malheureusement , comptant sur la fidélité du duc de Bavière , il n’avait pas gardé la haute vallée du Danube, et ce fut par là que déboucha inopinément Rodolphe. Instruit de cette circonstance, Ottocar ne put douter que son adversaire n’eût changé de plan de campagne. Au milieu de difficultés sans nombre, il fit traverser à son armée les bois et les montagnes des cercles de Pilsen , de Prachiu et de Béchin. Quoique arrivé trop tard pour s’oppo>er à la jonction des forces de l’Empire avec celles de la Hongrie, et au siégé de Vienne, il n’abandonna pas pour cela l’idée de com-

battre son ennemi, sinon avec succès, du moins avec honneur. Mais deux événements vinrent lui enlever tout espoir. Kloster-Neubourg, place importante, fut livrée à Rodolphe, et deux des plus nobles familles de Bohême, celle de Riesenbourg et celle de Witkowice, tournèrent leurs armes contre lui. La dernière avait à sa tête le chef de la famille Zawis de Rosenberg. Se voyant entouré de trahisons, Ottocar se soumit et entama des négociations, par l'entremise de l’évêque Bruno (novembre 1276). Il renonça à l’Autriche, à la Styrie, à la Carinthie et à leurs dépendances; il se soumit à faire hommage de ses autres possessions à l'Empereur, et il fut convenu que pour cimenter la paix , une alliance serait conclue entre les enfants de Rodolphe et ceux du roi de Bohême. Les deux monarques eurent une entrevue sur une des petites îles du Danube, et Ottocar subit l’humiliation de prêter serment à son adversaire au milieu de son camp, sous les murs de Vienne, en présence de tous ceux qui l’avaient indignement trahi. Il écrivit à son épouse Cunégonde , qui était désolée de tant de désastres, une lettre de consolation, que l’on a conservée : «Gardez, lui di- « sait-il, chère épouse, la constance « dans le malheur. Il ne faut pas don- « ner de la joie à nos ennemis par nos « plaintes. Une conduite digne, le seul « appui du trône, ne nous doit jamais «abandonner. Ceux-là se trompent « beaucoup qui cherchent un adoucis- « semeut à leur malheur dans les gé- « missements ; le sage doit braver le « le sort , et marcher sans peur à sa « rencontre. »

Toutes les questions n’étaient cependant pas encore vidées entre les deux monarques; mais il a été démontré, par les derniers historiens de la Bohême, qu'Ottoear, loin de provoquer la guerre . fit tout pour l'éviter, etqu’ilen prévoyait, en quelque sorte, la fatale issue. En efiet, il écrivit à l'un de ses barons, en l'encourageant à rester fidèle, une lettre où l’on remarquait ce passage : « Je n’oublierai jamais vos

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* intérêts, et fussé-je réduit à une « obole, je voudrais la partager avec « vous. » Il est faux d’ailleurs que son épouse Cunégonde l'ait poussé à une rupture. Mais derrière l’Empereur il y avait un parti dont la vengeance n était pas encore satisfaite par tous les sacrifices imposés au roi de Bohême.

C’est aux intrigues de ce parti qu’il faut attribuer tous les malheurs qui vinrent fondre sur Ottocar.

Décoricession er. concession, ce prince avait été poussé jusqu’au bord du précipice; il ne lui restait à prendre qu'un parti désespéré: succomber ou sauver son honneur. Il mit la plus grande activité à se fortifier par de nouvelles alliances. Les circonstances paraissaient d'ailleurs lui promettre des succès. Les seigneurs d’Autriche n’avaient pas tardé h sentir la différence qu’il y avait entre Ottocar et un maître tel que Rodolphe. Les bourgeois de Vienne, surtout , ne pouvaient se rappeler, sans éprouver de vifs regrets, la domination de la Bohême. Leur bourgmestre fut chasse à cause de sa fidelité à son ancien roi. Henri de Bavière et beaucoup d’autres princes étaient chancelants. Quant à la cour de Hongrie, elle était en garde contre toutes les propositions qui pouvaient venir d’Ottocar.

Ce fut le 27 juin 1278, à Prague, qu’Oltocar pritcongé des siens pour ne les plus revoir. Cette circonstance lit éclater l'amour qu’on lui portait. Les larmes et les gémissements accompagnèrent son départ. Ou eût dit que chacun avait le pressentiment du malheur qui menaçait la patrie. L’armée se concentra sous les murs de Brünn, où un corps d’auxiliaires polonais devait la joindre. Mais un nouveau coup vint frapper le roi de Bohême au milieu de ces préparatifs; il fut excommunié par Nicolas III. Ses amis tombèrent alors dans l’indécision, et l'évêque Bruno, qui l’avait toujours suivi dans ses revers comme dans ses succès, refusa de l’accompagner désormais. Ottocar n’avait que 26,000 hommes ; cependant il s^empara de plusieurs villes. Mais dès que Ro-

dolphe eut passé le Danube à Heimbourg et se fut réuni aux Hongrois , le roi fit une marche rétrograde, en suivant le cours de la March et en se préparant au combat. Rodolphe devait ses succès autant à ses intrigues et a ses machinations qu’à ses armes.

En outre, l’armée d’Ottoear était remplie de traîtres. Cependant plusieurs transfuges regrettaient leur trahison et songeaient à rentrer dans le devoir.

Zawis de Rosenberg, la veille de la bataille , fit demander son pardon au roi, en lui donnant l'assurance que, le lendemain , il lui rendrait des services signalés. MaisOttoear, sans doute entraîné par sa destinée, repoussa ce retour, peut-être sincère, en disant qu’il ne pouvait se lier a un homme qui l’avait trahi une fois. Pour s’assurer ensuite de ses officiers supérieurs, il se rendit sans armes ait milieu d’eux. « On m’a parle de trahison.

« leur dit-il, et je ne puis le croire. S’il « en est parmi vous qui en veulent à ma « personne, qu’ils se présentent. Mon « salut ne saurait être mis en ba- « lance avec celui de plusieurs millier1. « de soldats, qui peuvent tomber de- « main victimes d’une perfidie. » Tous jurèrent de mourir pour lui.

Le vendredi, 28 août 1278, jour de la fête de saint Rufus, se livra la bataille où Ottocar devait perdre la couronne et la vie. Son ordre de bataille n’est point connu ; on sait seulement que Milota de Dédie commandait l’arrière-garde. Le champ de bataille s’étendait depuis les hauteurs voisines de la March, entre Durrenkrut et Jedenspeugen. jusqu’à Ober- Sul7., Les deux rois étaient au centre de leurs troupes. Ottocar avait à côté de lui son fils naturel Nicolas, prince de Troppau. Il y eut un horrible carnage; les Bohèmes, inférieurs en nombre, firent des prodiges de valeur ; Ottocar, surtout, déploya le génie d’un grand capitaine et la bravoure d’un soldat intrépide. Mais la fortune et les hommes semblaient s’être ligués contre lui; au moment critique, un gros de Moraves approchait au secours d'Ottocar, lorsque Milota de Dédie, qui

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comniaudait l’arrière-garde, prit honteusement la fuite, au bruit que la bataille était perdue. I.e sort d’Ottocar était alors décidé; il se jeta au fort de la mêlée, et se battit en désespéré, jusqu’à ce que tous les siens eussent succombé. Son cheval fut tué, et il était étendu presque sans connaissance quand les ennemis se précipitèrent sur lui. Taudis au'ils étaient occupés a le dépouiller Je sa magnifique armure, survint Berthold Schenk d’Émerberg, dont le roi avait fait décapiter le frère pour quelque crime qu’il avait commis; il le reconnut, et le fit massacrer par des Autrichiens.

La déroute des Bchêmes fut complète. Sans parler d’un grand nombre de prisonniers , douze mille périrent en combattant ou dans leur fuite. Le vainqueur resta maître du camp et de tous les trésors qu’il renfermait. Le corps d’Ottocar, transporté à Vienne, fut exposé pendant trente semailles sur un lit de parade, alin que nul ne pût douter de la mort de ce terrible adversairede Rodolphe; et l'Église, qui l’avait frappé d’excommunication, ie priva des prières qu’elle a coutume d’accor der aux fidèles.

La nouvelle de ce grand désastre parcourut la Bohême avec la rapidité de l'éclair, et répandit parmi le peuple un deuil general.

Ottocar était un prince religieux et juste. La race des Premyslides n’en a peut - être pas fourni de lus distingué. Malgré le grand nomre de guerres qu’il eut à soutenir, il ne négligea point l’administration intérieure de ses États, et la Bohême fut florissante sous son règne.

Il avait crée un état libre des bourgeois, auxquels il avait conféré des druits politiques; il avait fondé un grand nombre de villes; enlin, il avait continué, comme son père, à attirer des colons étrangers.

Ottocar avait épousé, en 1252, Marguerite d’Autriche, veuve de Henri, roi des Romains, Fils de l’empereur Frédéric IL Nous avons vu qu'il la répudia en 1261, pour cause de stérilité. Cu-

négonde , nièce de Bêla IV, roi de Hongrie, sa seconde femme, lui donna trois enfants, savoir : Wenceslas, qui lui succéda; Agnès, qui épousa Rodolphe, landgrave de la haute Alsace, fils de Rodolphe de Habsbourg; enfin Cunégonde, qui épousa le duc de Mazovie.

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