EU, LA CROATIE ET LA DALMAT
• La Hongrie réunit autour de l’antique croix de Saint-Étienne diverses nations : le Magyar, accouru des bords du Volga sur ses coursiers indomptés; le Slovaque et ses frères, descendus des monts Karpathiens ou des alpes Noriques; le Germain, arrivé eu longeant le Danube ; et les Vainques, pasteurs des alpes de Dacie, tous Européens ou semi-Européens, malgré la différence pittoresque de leur costume; tous chrétiens, malgré les nuances de leurs rites. La Transylvanie, sœur de la Hongrie, sous ses lois indépendantes, unit a peu près les mêmes éléments civils et religieux. Pourquoi séparerions-nous ces deux masses homogènes ? Il est vrai que la Croatie et la Dalmatie appartiennent à une autre région physique; mais dans une science historique, comme la géographie, les divisions usuelles doivent prédominer sur les divisions systématiques, et les petites fractions créées par l’histoire ou la politique doivent être annexées aux grandes masses de la manière la plus commode pour la
mémoire du lecteur. Voici donc l’ensemble que nous allons embrasser dans une seule et même description. Les monts Karpathiens ou Karpathes, appelés Krapack en polonais , environnent au nord et à l’est la vaste plaine où le Danube semble s’arrêter au milieu de son cours, et qui forme la principale partie de la Hongrie. A l’est de cette plaine, la Transylvanie occupe trois grandes vallées entre les branches des monts Karpathiens. A l’ouest, V Esclavonie s’étend entre la Drave et la Save; plus loin encore, la Croatie s'appuie aux dernières branches des alpes Juliennes. La Dalmatie descend sur les rivages de. l’Adriatique. Telle est la situation générale des provinces dont nous allons tracer d abord le tableau physique général, ensuite la description topographique et etnographique (*). a
La Hongrie, dans l’acception la plus large de ce nom, c’est-à-dire, en v comprenant ses annexes, la Transylvanie, l’Esclavonie , la Croatie et la Dalmatie , est comprise entre les 44* et 50* de latitude nord et les 13° et 25° de longitude à l’est du méridien
i") Maltc-Bruo. t. IV, p. 594 , 4' édition.
L’UMVERS.
de Paris. Elle est btornée an nord par les monts Karpathes qui la séparent de la Gallicie et de la Moravie; à l'est par ces mêmes montagnes qui la séparent aussi de la Moldavie ; au sud par. la Turquie, dont elle est séparée par Te Danube et la Save ; enfin à l’ouest par l’Adriatique, l’Illyrie, la Slyrie et l’Autriche.
Cette contrée a en superficie environ 16,000 lieues carrées.
. cokkguratioh nu tirravr.
La Hongrie présente à la fois des montagnes très -élevées et dé vastes plaines. Les montagnes entourent le pays depuis la Moravie jusqu’à lé Valachie, et forment une ceinture qui la défend contre les attaques de l'ennemi, au nord ouest, au nord, au nordest , à l’est et au sud-est. Ce n’est qu’au sud que la Hongrie est ouverte; aussi a-t-on établi sur cette partie de la limite , des institutions militaires , dont l'importance était motivée par les dangers qu’offrait le voisinage de la Turquie, et par la nécessité de sè mettre à l'abri contre les frequentes invasions des Ottomans.
Montagnes. En jetant les yeux sur une carte de Hongrie, on voit que la Hongrie présente deux massifs principaux de montagnes : ou sud-est, le massif de la Transylvanie, et au nordouest, le massif qui s’étend entre la Hongrie, la Moravie et la Gallicie. Ces montagnes sont composées de matières solides, de roches primaires; leurs lianes sont escarpés et leurs sommets élevés. Entre ces massifs principaux s’étendent des montagnes plus basses, h flancs arrondis, composées de matières arénacées, et qui seules séparent les plaines de la Hongrie des immenses plaines dé la Pologne. Ce triple ensemble de montagnes est confusément désigné par les géographes sous le nom général de Karpathes , mais , à proprement parler, le nom de Karpathes ne convient qu’au massif nord-ouest.
Nous n’entrerons pas dans pins de détails à ce sujet; nous nous contenterons de renvoyer le lecteur à l’ex-
cellent ouvrage de fa. Beudant sur la Hongrie, ouvrage que nous aurons occasion de citer plus d’une fois.
Plaines. Le centre de la Hongrie est composé de vastes plaines extrêmement fertiles dans certains cantons, ou complètement désertes dans certains autres. Ainsi la vallée du Danube est très-riche, tuais la vallée de la Theiss est souvent couverte de marais impraticables ; tout ce qui n’est pas inondé n’oflre que de vastes bruyères et des mers de sables arides et mouvant*;
Fleuves. Les principaux cours d’eau quiîtrrosent la Hongrieou qui forment ses limités, sont le Danube, la Theiss, la Save et la Drave,qui reçoivent un assez grand nombre d’affluents.
Le Danube ( Duna , en hongrois ) entre en Hongrie au moment où il reçoit sur sa rive gauche la Mardi. Ses principaux affluents sont le Vag, le Nyitra, leGran, la Theiss, et, sur la rive droite, le Rab, la Drave et là Save.
La Theiss ( Tttzâ , en hongrois) est, après le Danube, la rivière la plus importante de la Hongrie. Elle coule dans un lit marécageux , et reçoit le Szamos, grossi de la Krns/.na, le K3rôs, dont la vallée est couverte de marais, la Maros, qui soft des montagnes de Transylvanie; le Bodrog, le Hernat, l’Erlau et leZagyrn, qui descendent des montagnes du nord de la Hongrie.
La Save ( Szava en esclavon ) , qui forme la limite méridionale de la Hongrie , et sépare l’Esclàvohie tout entière de l’empire ottoman , reçoit la Kulpa, la L’nna, le VerbaS, l’UKrina, la Bosna, le Drina, qui descendent de la Bosnie; le Lonya , l’Illova et l’Orlvava , qui viennent de l’Esclavonie.
fille se jette dans le Danube à Be.lgrade.
La Drave ( Drava , en esclavoR ) sépare la Hongrie de la Croatie et de l’Esclavonie; son principal affluent est la Mur.
Enfin, la Transylvanie est aérosée par l’Aluta et le Poprnd , qui, àprès avoir traversé la Valnchie, vont se jeter dans le Danube.
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Lacs. La Hongrie a deux grands lacs, le lac Balaton ( flalafnn-Tura, en hongrois) et le lac Neusiedel (FertO-Tava, en hongrois). Le Ralaton a 66 lieues carrées de superficie; il communique avec le Danube par le Sio, rivière très - marécageuse. Le lac dé Neusiedel, moins étendu, communique avec des marais dont les eaux se rendent dans le Raab. Indépendamment de ces deux lacs, la Hongrie renferme une grande quantité de petits lacs ou amas d’eaux, qui souvent se confondent avec les marais qui les entourent.
Marais. On a pu voir, d’après tout ce qui précède, que le centre de la Hongrie, sur les bords du Danube, et surtout de la Theiss, de la Save et dé la Drave et de leurs affluents, est presue entièrement couvert demarais. Cet tatde choses est dtl au pende hauteur des bords deces rivières. Rien ne serait plus facile que de dessécher ces contrées marécageuses; on l’a fait dnnS quelques localités, mais une mesure generale reste encore h prendre. On évalué à plus de 300 lieues carrées la superficie des marais de la Hongrie.
énoncerions satukïlles.
Extrà fîungariam non est vità ; si est vita non est ita, dit le proverhe hongrois, ét la richesse du pays justifie cet adage national. La Hongrie est l’uu des pays les plus favorisés ae l’Europe, quant aux productions naturelles de toute espèce.
Productions végétâtes. Les céréales abondent dans les belles plaines arrosées par la Theiss, le Kôrôs, et dans Tes comitats méridionaux :1e blé, l’orge, le seigle, l’avoine, le sarrasin, le maïs , le riz , sont récoltés avec abondance, et, malgré l’état peu avancé de l’agriculture, le commerce tVouve dans les céréales une source considérable d’exportation. Les vins sont aussi l’objet d’ûn commerce étendu. Toute la Hongrie , si l’on excepte les parties montagneuses du nord , cultive la vigne : à une grande variété , les produits de cette culture joignent souvent une qualité fort remarquable : il suffira de citer les vins blancs de To-
kai et les vins rouges de Menés pour justifier cette assertion.
Le tabac est aussi une production très-importante de la Hongrie où il est d’un usage général. Le tabac hongrois est d'ailleurs très-estimé.
Les immenses forêts des parties montagneuses de la Hongrie seraient fort utiles au pays si on savait en tirer parti.
Productions animales. Les bestiaux et le cheval sont à peu près les seuls animaux dont nous avons à nous occuper ici. On conçoit sans peine que les immenses pâturages de In Hongrie aient invité de tout temps les peuples de cette contrée à s’occuper de l’edueation des bestiaux, dont le commerce hongrois fait une exportation considérable à l’étranger. On a évalué qu’en 1802, il était sorti de la Hongrie 168,600 bêtes à cornes, 638,340 moutons , béliers, chèvres, et 170,068 agneaux et chevreaux. Les cuirs et la laine Sont aussi l’objet d’un commerce considérable.
Le bœuf et le mouton sont d’nne belle race, mais il n’en est pas ainsi du cheval : petit, mal fait, rabougri, mais sobre, agile et infatigable, le cheval hongrois n'a besoin que d’être soigné, pour que la race s’en perfectionne. Il faut reconnaître que le gouvernement s’occupe activement d’atteindre ce but , et que de nombreux haras ont été établis. Il nous semble donc à propos de donner ici, d’après M. le duc ne Ragusè, une idée du systèmë suivi par l'Autriche pour l'amélioration de la race chevaline. Les établissements dont parle ce voyageur n’appartiennent pas, Si est vrai , à la Hongrie, mais ils ont amené des résultats dont elle profite, et, pour ce motif, on peut les considérer comme ne lui étant pas étrangers.
Haras. « Autrefois le gouvernement autrichien élevait dès chevaux eu trèsgrand nombre, et les remontes de son armée se faisaient en partie avec des chevaux. élevés à Ses frais dans diverses localités, principalement à Mezohegvès, où l’on réunissait jusqu’à vingt niiLe têtes. Ces chevaux, nourris d’une manière parcimonieuse , étaient me-
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diocres; car, après la qualité de la race, la vertu du sang et l'origine, c’est la nourriture dans le premier âge qui donne aux chevaux plus ou moins de taille et de force. La mortalité se mettait souvent dans ces établissements dont le système était vicieux. Ou est aujourd'hui revenu aux vrais principes, et le gouvernement n’intervient plus qu’en fournissant des étalons de bonne race aux différentes provinces de la monarchie. Dans chacune d'elles, il existe des dépôts d’étalons que le gouvernement fait élever , au lieu de les acheter, comme jadis, fort cher à l’étranger. Cinq établissements , où l’on entretient environ trois mille juments choisies, de haute taille et de belle race, sont consacrés à la reproduction des étalons. Il est imposé à ces établissements l'obligation d'en fournir annuellement aux dépôts des provinces quatre cents, ayant toutes les qualités requises pour améliorer les races. Ce nombre est calculé comme devant pourvoir à tous les besoins, et tenir le nombre de deux mille étalons répartis, dans les dépôts, constamment au complet.
* Le nombre des élèves des divers établissements étant très-supérieur à quatre cents, ce qui reste, après avoir pourvu aux besoins des cinq établissements, en étalons, juments poulinières et en chevaux de travail , est vendu aux particuliers, ou livré aux remontes au prix d’achat ordinaire. Chaque étalon donné à un dépôt est payé par la province, qui le reçoit au prix de mille florins bon argent; indemnité plus que suffisante pour les frais d’éducation et d’administration.
« Les cinq établissements chargés de fournir annuellement quatre cents étalons aux dépôts provinciaux sont :
Babolna, Mezohegyès, Radacez en Bucovine, Biber en Carinthie, et Ossiach en Carniole. J’ai visité les deux premiers , et je rendrai compte en detail de ce qui les concerne.
«Babolna est une terre achetée par Joseph II, et qui dès lors reçut sa destination actuelle. L’établissement possède environ 17 J 82 hectares de
terres de bonne qualité; elles sont entourées par un fossé large et profond, qui leur donne une bonne clôture. Toutes ces terres sont cultivées , et leur produit est consacré à l’entretien du personnel etdeschevaux. Les bâtiments d’habitation des haras ou de l’administration sont au centre. L’établissement est sous les ordres d’un major, assisté de quatre officiers subalternes, de trente sous-ofüciers et trois cents soldats. Cette troupe suffit à tous les besoins, et fournit les cultivateurs, les palefreniers, gardiens, etc., qui sont soumis aux règles de la discipline militaire. Dix étalons et deux cents juments sont employés à la reproduction; deux cent quatre-vingts bœufs et quarante juments au labourage et au transport. Il existe des magasins de toute espèce, un hôpital pour les hommes et une infirmerie pour les hôtes. L’établissement enfin se suffit à lui même pour tous les genres de besoins, comme ferait une colonie.
« L’empereur avance chaque année quarante mille florins, dont il est remboursé à la fin de l’année par les provinces , qoi reçoivent de Babolna de quarante à cinquante étalons, et les payent mille florins chacun. Les jeunes juments , qui ne sont pas nécessaires pour remplacer les vieilles, sont vendues, ainsi que les chevaux mâles sans destination spéciale, et ce produit, comme celui de la vente des denrées qui ne sont pas consommées, couvre, et beaucoup au delà , les frais de culture et d’administration. Le surplus équivaut à l’intérêt du capital qui, primitivement, a été employé à l’achat ae ces terres. Ainsi, rétablissement n’est point onéreux à l'empereur , et il pourvoit à un prix très-modéré aux besoins des provinces. Les produits sont très-remarquables pour le sang :
mais les poulains qui ont aujourd’hui quatre ans sont fort petits. Sur l’observation que j’en ai faite, on m’a dit qu’autrefois le mode de leur nourriture était vicieux et insuffisant aux besoins de leur développement. Ils en recevaient alors la plus grande partie au pâturage : maintenant ils sont nour-
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ris a l’écurie , reçoivent de l’avoine à six mois , et le pâturage compte à peu près pour rien , même pour les juments.
« Les résultats obtenus ont surpassé les espérances, et les poulains de deux à trois ans ont une taille étonnante et le plus grand développement (*). »
Productions minérales. Les mines d'or et d’argent de Schemnitz , Kremnitz , Kapnik , Nagy Banya , Vônôs Patak , Nagyag, etc. , sont les plus importantes aè l’Europe, et étaient sans aucun doute les premières du monde avant la découverte de l'Amérique.
Outre ces mines , qui sont en filons ou en amas, il faut encore citer les nombreux lavages d'or de la Transylvanie: les rivières aurifères les plus riches sont l’Aranyos , affluent de la Maros; la Maros ,' le Szamos, le Lapos, la Néra, etc. Le cuivre et le fer sont très-abondants , et les mines de cuivre sont les plus riches de l’Europe; le sel, le natron, le salpêtre, l’alun se rencontrent fréquemment. On ne tirait l'opale que Je la Hongrie , avant la découverte du nouveau monde.
Enfin, de nombreuses sources d’eaux minérales , dont les plus fréquentées sont celles deBartfeld, deLublo, de Trentsen, de Eisenbach, de Füred, doivent encore être rangées au nombre des richesses naturelles de la Hongrie.
POPULATION DX LA HONGRIE; RACES, LAN- GUIS, RELIGIONS DES DIVERS PEUPLES QUI HABITENT LA HONGRIE.
La Hongrie, par sa position, a été la route la plus fréquentée par les peuples qui se jetaient de l’Asie ou de l’Europe orientale sur l’Europe occidentale ; nous verrons dans son histoire quelle incroyable variété de populations l'ont traversée ou sont venues s’y établir. Si l'on songe d'ailleurs que par sa position au milieu de divers Etats agités au moyen âge par de nombreuses révolutions, la Hongrie dut devenir l'asile d’une foule de tribus,
1e sectes persécutées , on comprenra pourquoi l’on compte plus de vingt -quatre peuples differents dans (*) Voyage du duc de Raguse , t. I, p. 9 et «iiv.
ce pays. C’est assurément un fait des plus curieux que cette multiplicité réelle et cette unité apparente dont la la Hongrie offre le spectacle; aussi croyons-nous devoir arrêter particulièrement l'attention du lecteur sur ce sujet. Nous emprunterons à M. Beudant, auteur d’un voyage justement estimé à divers titres, ce qu’il a écrit sur les différentes races qui habitent la Hongrie. C'est le guide le plus sûr que l’on puisse suivre sur une question aussi peu connue.
« On compte en Hongrie un grand nombre de peuples, qui sont connus sous des noms différents : Slowaques, Russniakes, Croates, Serviens, lllyriens , Carnioliens. — Magyares , Kumans, Jaszons, Szeklers. — Vainques, Bulgares. — Saxons, Souabes, Bavarois, Franconiens, Autrichiens.
— Grecs, Arméniens , Aïbaniens. — Italiens. — Français. — Juifs. — Zingares, etc. Mais, quoique attaches depuis des siècles à la même patrie, liés par des intérêts communs, gouvernés à peu près par les mêmes lois, et vivant généralement entre eux en assez bonne intelligence, la plupart de ces peuples sont pourtant encore distincts : chacun d’eux conserve avec une sorte d’orgueil le souvenir de son origine, et ne contracte en général d’alliance qu’avec les siens ; il en résulte que la plupart ont conservé leurs langues ou leurs dialectes , leurs mœurs et leurs usages, et spuvent même leur physionomie particulière. D’ailleurs, quoique réunis souvent dans les mêmes lieux , on peut cependant en général assigner à chacun d’eux des cantons particuliers, qui sont, en quelque sorte, devenus leur patrie.
« Slowaques. — Les Slowaques, qu’on nomme aussi Slaves- Bohèmes , et qui sont connus en français sous le nom génériaue d'Fsclavons, habitent en général fa partie montagneuse du nord de la Hongrie : ils forment la population presque entière des comitats de Presbourg, de Nyitra,de Trentsen, de Thürotz , d’Arva, de Lipto, de Zolyom, de Bacs, de Hont, de Gômôr,
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de Nograd et de. Gran. Ces Esclavons, qui sont probablement les débris du grand empire morave détruit par Arpad , et par conséquent les véritables naturels du pays, tonnent à eux seuls une très-grande partie de la population. Plus actifs, plus industrieux que les Hongrois, ils s’étendent successivement, et, de nos jours même, il s'en est établi des colonies dans le pays plat et dans beaucoup d'endroits ôù il n'en existait pas auparavant. Il se présente a ce sujet un fait assez remarquable, c’est que, dans toqs les lieux où ces Esclavons se trouvent établis parmi des Hongrois ou des Allemands, ces derniers cessent bientôt de prospérer; ils perdent leur langue, deviennent Esclavons , ou s'éteignent entièrement. Aussi beaucoup d’endroits qui n’étaieutjadispeuplésque d'Allemands, comme , par exemple , les villes de mines, sont-ils aujourd’hui tout à fait Esclavons; et ce qui rend cette dénationalisation plus frappante, c'est que les noms de familles et les noms de villes rapnellentcncoreuujourdbui leur origine allemande.
«Les Slovaques sont en général d’une assez belle taille. Leur activité, leur industrie leur donnent de l'aisance- I « Russniakes. — - Les R ussniakes ou Ruthéniens , qu'on nomme aussi Russes, et par erreur Grecs , à cause de la religion qu’ils professent, sont originaires de la Russie rouge ( Gallicie orientale et Ludomérie ). Il parait, qu'opprimés par les Russes et les Polonais, ils se réfugièrent en Hongrie vers le douzième siècle ; ils y habitèrent particulièrement les comitats de Jaros, de lîeregh, de Ugots, de L’ngh, de Zemplen, et une partie du Marmaros : placés ainsi sur la limite de leur pays natal , ils se trouvent liés avec leurs compatriotes qui sont restés en Gallicie dans les cercles de Stanislaslawow , de Slry et de Samber. Il parait qu'il s'en est aussi établi dans la Bukovine, et qu’il en est passé également en Transylvanie , où ils se sont confondus avec les Valaques. Sans industrie, sans activité, les Russniakes sont en général assez misérables. Leur
nombre est peu considérable, eu égard aux autres nations; ils vivent assez entre eux, et quoique leur langue soit encore un dialecte slave, il ne parait pas qu'ils se soient liés avec les autres Esclavons, ce qui tient sans doute à leur religion : les uns suivent le rit grec uni , les autres le rit grec schismatique.
« Serviens. — Les Serviens, qu'on nomme aussi Raatzes ou Rasciens, et qui, entre eux ,' se nomment Srbi , proviennent de la Bosnie et de la Servie. Leur pays était incorporé dans le royaume de Hongrie au commencement du treizième' siècle; et probablement, dès ce temps, ils ont commencé à passer la Save et le Danube . et à s’établir sur les frontières militaires qu’ils occupent encore. Mais il eu est venu beaucoup d’autres lorsque la Bosnie et la Servie sont tombées au pouvoir des Turcs. Les rois de Hongrie sont alors devenus leurs protecteurs, et leur ont accordé de grands privilèges, ainsi que le libre exercice de la religion grecque unie qu’ils professent : leurs eveques ont même obtenu le droit de siéger à la diète. Les Serviens sout assez nombreux , et en général bien vus de toutes les autres nations ; ils parlent encore un dialecte particulier de la langue slave. Ils habitent principalement 1rs frontières militaires , et on les retrouve aussi en assez grand nombre dans la partie méridionale de la grande plaine, dans les comitats de Témét, Torontal, Bacs, etc., dans l’Esciavonie et ia Croatie. On les retrouve aussi, mais en très-petit nombre, dans les autres parties de la plaine , où ils se sont mêles avec le reste de la population; enlin, il eu existe l~> grand nombre dans la Transylvanie.
« Croates. — Les Croates ou Urwates, dont on a fait Hrovwtes, Chrobates , Horvates, par la difficulté de prouoncer des consonnes sans voyelles dans les langues qui ne sont pas d'origine slave, sont une partie des anciens Slaves qui s'affranchirent du joug des Avares, vers |e commencement du septième siccle, et qui étendirent leurs
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conquêtes dans l'Albanie, la Servie, la Bosnie, la Croatie et la Dalmatie actuelles. Outre la Croatie proprement dite, cette nation occupe eneore une partie des constats de Stuhlweissenburg, d 'Eisenburg, de Sümegh, de Wieselburg , d 'OEdenburg et dessale, dans la Hongrie occidentale. Elle forme au -.si uue partie de la population de l’Esclavonie, et s'y trouve mêlée avec des Illy riens, des Carnioliens, des Allemands,' des Hongrois, qu’on fut obligé d'appeler dans cette contrée , après les guerres sanglantes dont elle avait été le théâtre, et pendant lesquelles les Turcs avaient détruit la plus grande partie des habitants.
» Magyares. — Les Magyares forment une partie considérable de la population des provinces hongroises, mais il parait évident que leur nombre est plus petit que celui des peuples slaves réunis. Il est même étonnant qu'il soit aussi considérable , et on a peine à concevoir comment il est arrivé que la souche de ce peuple , qui était peu forte lors de son premier établissement, à la fin du neuvième siècle, ne se soit pas confondue avec les naturels du pays, et qu’elle ne se soit pas éteinte aiï milieu de toutes les guerres, de tous les désastres qu’elle a eus particulièrement à supporter. Mais, au contraire, le nombre des individus dont le magyare est aujourd’hui la langue maternelle , est extrêmement considérable , et il en résulte une nation particulière, qui occupe tout le pays plat du centre de la Hongrie. Il parait que ce peuple s’est d’abord étendu des plaines de Munkacs , où il est arrivé, dans toute la partie fertile du pays; qu’il a forcé les peuples slaves à se retirer dans les hautes montagnes, où il n'a jamais cherché à s’établir, rce que le climat y convenait peu à vie pastorale qu’il menait , ou à l’agriculture. Cependant les Hongrois se sont aussi établis dans la Transylvanie, dont iis occupent (es comitats de Kraszna, de Tarda, d’ Albe inférieure, d Albe supérieure, de Doboka, Hunyad, Klausenbura, Aüküllo, Szotnuk intérieur, Szolnok moyen, i. taraud ,
et les districts de Fagaras et de Kûvar.
« Les Magyares paraissent avoir encore conservé dans les plaines de la Hongrie des caractères particuliers qui les distinguent des autres peuples, lis sont en général d’une taille moyenne, mais vigoureusement constitues! Leurs épaules sont larges , leurs membres très -musculeux et raccourcis : une figure carrée, des traite prononcés donnent à leur physionomie un air de fierté et une expression particulière qui indiquent ce sentiment de soi-même , si convenable dans l’homme lorsqu'il est joint aux qualités du coeur. Ils sont généralement 'ifs, même emportés, et francs jusqu’à la rudesse; mais ils sont très-affables et toujours prêts à rendre service. L’enjoueinent , joint à la vivacité , à une certaine inconstance , à l’étourderie même, si j’ose le dire , donne au caractère de ce peuple la plus grande analogie avec le caractère français.
« A umans. — Les Kumans , que les Hongrois nomment A un, paraissent être aussi d’origine magyare ; et peut-être même leur nom vièndrait-il de celui de huma , que porte une rivière qui se jette dans la mer Noire après avoir arrosé le Caucase. En effet, on sait qu’une brandie du peuple magyare se porta jusqu’au Caucase, et on a retrouvé sur les bords de la Kuma les ruines d'une ville nommée Madschar ou Madjar, qui atteste leur séjour dans ees régions. Mais il est presque impossible de remonter à l’origine des Kumans. On ne commence à les voir dans l'histoire que .vers la fin du onzième siècle, et on sait qu’ensu'te, dans le commencement du douzième, le roi Étienne, en récompense de la valeur qu’ils avaient montrée contre l'empereur grec, leur accorda sur les bords de la Theiss un district particulier, qui est connu sous le nom de grande Kuntanie ou grande Kunie.
Plus tard, sous le règne de Bêla IV, des Kumans, qui habitaient vers les plaines septentrionales de la nier Noire , vinrent se mettre sous la protection de In Hongrie, et reçurent en partage le district connu aujourd'hui
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sous le nom de petite Kumanie ou pe- prement dits et les Saxons forment les tite Kunie. La langue des Kumans est deux autres (*). le hongrois, ou plutôt un dialecte bon- « Pataquès. — Les Pataquès, qui, grois. Ce peuple ne s’occupe presque eux-mêmes, se donnent dans leur entièrement que de l’éducal ion des bes- langue le nom de Romains, paraissent tiaux , ce qui paraît tenir particuliè- être réellement un mélange d'anciens rement à sa situation au milieu d’un Daces et de colons romains, qui s’épays de pâturages. taient réfugiés vers le mont Hémus ,
a Jaszons. — Les Jaszons paraissent pendant les invasions des hordes barétre aussi un peuple de Kumans. Il tares , et qui sont à peu près rentrés n’estpasprobabiequ’ilsaientaucunrap- dans leur patrie. La langue que parlent port avec les anciens Jasyges , malgré ces peuples est un mélange de latin l’espèce d’analogie entre les noms. On corrompu , ou de mauvais italien et prétend que ce nom , que les Hongrois de slave ; aussi , à l'exception de quelappiiquent quelquefois aux Kumans ques mots, un Français , habitué au memes, est tiré de leur habileté à lan- patois des parties méridionales de la cer des flèches, et de leur emploi dans France, parvient-il facilement il les enles corps de lanciers. Ils sont dési- tendre et à s’entretenir avec eux. Dans gnés, dans les anciens actes, sous les l’écriture, iis se servent de caractères noms de Balhtarii , de Ballstei , et grecs plus ou moins altérés. Cet alpar corruption, Phillstei, qui ont en- phnbet leur vient des Slaves , qui, euxcore la meme signification. Cette peu- mêmes , le doivent aux frères Cyrille plade habite un district particulier et Méthodus, envoyés de Constanti-
dans le comitat de Pest , que les geo- nople , vers la fin dû neuvième siècle ,
graphes hongrois désignent sous le nom pour prêcher l'Évangile et traduire les
de Jaszigie, et qui leur fut accordé Écritures dans la langue de ce peuple;
sous le roi Ladislas I". Ils parlent le ils ajoutèrent alors plusieurs signes
même dialecte hongrois que les Ku- particuliers à l’alphabet grec ordinaire, mans. pour pouvoir exprimer tous les sons
« Szeklers. — Les Szeklers, dont de la langue nouvelle qu’ils devaient le nom signifie gardiens des frontié- parler. Quant au mot Palaque ou fPalres, ont nécessairement encore la même lach ( allem. ), on peut penser qu'il origine que les Magyares; au moins vient du mot slave tPlach, qui se proparlçnt-ils la même langue et présen- nonce à peu près valaque, et qui sitent-ils le même caractère. Ils sont gnifle un Italien; il en serait de même d’une taille moyenne et vigoureuse- des mots tPalenet fPallon, par lesment constitués’; leur peau est rein- quels, dans le moyen âge, on désignait brunie, leurs cheveux noirs, leur phy- des peuples dont la langue se rapprosionomie vive et caractérisée. Ces chait de celle des Romains. Mais on peuples , qu'on a regardés comme des donne aussi à ce nom une autre étyrestes des Huns, ou comme des Pes- mologie, en le faisant dériver du mot ténêgues , habitent depuis des siècles slave IPlahi , que l’on rend quelquedans la Transylvanie, et l’histoire nous foi* par celui de pasteurs, en s'aples présente dans toutes les guerres, puyant sur ce que les Turcs donnent à dans tous les troubles qui ont ravagé ce peuple le nom de Tjuban, qui a la ce pays. Ils en occupent la partie orien- même signification. Cependant le mot taie, les sièges de Haramszek , de Wlahi signifie plutôt habitants des Udvarhely, de Or/A, et celui de Ara- montagnes, ou, par extension, peuple nyos , qu ils ont conquis par la force grossier.
de leurs armes , et qu’ils se sont fait « Ces peuples sont, dit-on, rusés, assurer par des traités , qui leur accordent d’ailleurs beaucoup de droils (*) Le duc de Raguse, dan* son Voyage particuliers. C’est une des trois nations en Hongrie ( 1. 1, p. *38) , regarde aussi les de la Transylvanie ; les Hongrois pro- Szeklers comme d’origine hongroise.
àoogle
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vindicatifs, voleurs et enclins à toutes les superstitions ; sans aucun principe de moralité, de religion; sans arts, sans civilisation : il en résulte qu'ils se trouvent partout dans un état abject, et que les Hongrois, ainsi que les autres nations, les traitent absolument comme des esclaves. Ils habitent particulièrement l.i Transylvanie et les frontières de la Valachiè ; mais ils ne sont que tolérés, et ne font point partie des trois nations qu'on distingue dans cette contrée. Ce n’est pas cependant que plusieurs n’aient été admis, par suite de leur mérite particulier, au nombre de- membres de ces nations, et que plusieurs familles distinguées ne soient d’origine vainque ; c’est même de cette race que sont sortis et le célèbre JeanCorvin (Jean Huniade) , qui se signala par tant d’exploits glorieux dans les guerres contre les Turcs, et son fils Mathias Corvin , un des plus grands rois de la Hongrie.
• Hors de la Transylvanie, on retrouve une grande quantité de Vainques dans le Banat , dont ils sont même aujourd’hui les plus anciens habitants ; on les retrouve encore le long des frontières transylvaines, dans les combats d’Arad, de Bihar, de Szathmar et de iMarmaros. En général , le nombre des Valaques est très-considerable, peut-être même est il égal à celui des Hongrois ou des Slovaques.
Ils prétendaient s'élever, dans la Transvlvanie seule, à un million d'habitants, lorsqu’en 1790 ils demandèrent à être assimilés aux nations regnieoles du rovaume. Dans la Hongrie proprement'dite, ils occupent mille vingt-
3uatre villages le long des frontières e la Valachiè et de la Transylvanie. Ce peuple paraît être d’une grande fécondité, et on remarque que dans les endroits où les Valaques habitent en commun avec des Serviens, leur voisinage est aussi dangereux à cette nation que celui des Esclavons l’est aux Allemands et aux Magyares. Aussi parait-il qu'il existe parmi eux des Russniaques, des Serviens, des Bulgares, eliez lesquels toute trace de la langue primitive a disparu. »
7* Livraison. (Hongrie.)
Nous avons dit plus haut que la lan?
gue des Valaques est un mélange de divers idiomes dont le latin forme le principal élément; voici ce que rapporte à ce sujet le révérend docteur Walsh , dans sa Relation d'un voyage de Constantinople en Angleterre :
« Traversant la chaîne des Karpathes par Rothembourg , je me rendis en Transylvanie. Là , les paysans me parlèrent’ en latin barbare. A la poste de Prépora, une jeune femme me présenta une assiette de pommes et de poires. Comme je demandais au maître de la maison si c'était sa sœur, celuici me répondit : Non soror , domni ; esti uxor. Je lui donnai de l’argent en échange de son radeau, et le mari dit encore : A go tibi gratias, domni. Je me préparai à partir, et ne trouvant pas qu’il y eût assez de foin dans la petite charrette ( seul moyen de transport à ma destination ) , je fis signe d’en mettre davantage ; l’homme dit :
Pone fen, et on me remplit ma charrette. Quand j'y montai , je ne sentis point la corde qui me soutenait ordinairement les pieds , et je fis signe
3u’elle manquait : Ligate fum haich , it le maître à son garçon en montrant du doigt la place, et l'ordre fut de suite exécuté. Je pris congé de ces 'descendants des anciens Romains par un ralete , qu’ils me rendirent. »
Pour achever de prouver l’origine romaine du valaque , nous donnerons ici une liste des mots les plus usuels de cet idiome (*).
YALAQVB.
LATTfr.
Acr»,
acer.
acre.
Alb,
albus.
blanc.
Amar,
atnarus,
amer.
Ann,
Bonus,
année.
Appo.
tqua.
eau.
Argint ,
argenturo.
argent.
Aür,
aurum,
or.
Bine,
brne,
bien.
Boo ,
boa.
boeuf.
Bonn,
bonus, '
bon.
Camoifu,
camisia.
chemise.
Cappo,
capuf,
tète.
Cassa,
casa,
maison.
Cum,