‹ États de la confédération germaniqueChapitre 123 sur 261 · I.ADtST.AR VI CK POSTHUME ( 1 44 T · texte numérisé non relu

I.ADtST.AR VI CK POSTHUME ( 1 44 T

Pendant ces guerres civiles, les Turcs envahissaient la Hongrie: le sultan Amurat II assiégeait Belgrade, le boulevard de ce royaume, et se retirait après sept mois de tranchée. En 1442, les Turcs essayèrent de pénétrer par la Transylvanie, (le fut alors que Jean lluniadê , waïwode de Transylvanie, commença son illustre carrière (* ). Il renoussa les Turcs près de Hermanstaot, et leur tua vingt mille hommes ( 1442). La même année, avec quinze mille hommes, il bat cent quatre-vingt mille Turcs. En 1443, il défait les Turcs à Nissa, prend Sophia, force l’inexpugnable défilé d’Isladi , entre en Bulgarie. Le régent Ladislas, à la tête d'une armée de Polonais , et le légat Césarini , à la tête d’une armée de croisés , accompagnaient Huniade; ils l’aidèrent à remporter la victoire de Jalovaz. Amurat demanda la paix ; Ladislas l’accorda , et on la signa , à Segedin, dout dix ans (1444). Les Turcs rendirent tout ce qu’ils avaient conquis sur les Hongrois et les Servions; la Valachie fut placée sous la souveraineté de la Hongrie, et la Bulgarie resta aux Turcs.

(*) Jean Huniade était probablement fils naturel de l’empereur Sigwnond et d'Elisabeth Morsinaï, qu'il ronnu! pendant l'expédition qu’il fit en Valachie. Un jourqu’Elisabclh, venant à Rude, se reposait dans une forêt, le petit Huniade se mil, dit -on, à jouer avec l'anneau que Sigismond avait donné à sa mère. Tout à coup un rnrlieau s’abat et emporte la bague que tenait l'enfant ; mais le frère d'Élisabeth tue l’oiseau ravisseur et reprend l'anneau. Cette tradition fut l’origine du surnom et des armes de la famille de Huniade ; il appela son fils Cor vi nus et prit pour armoiries un corbeau portant un anneau dans le bec.

Cependant l’Europe était inquiète de l'accroissement de la puissance ottomane. Constantinople était cernée de toutes parts, et il fallait la sauver à tout prix. Ladislas III rompit le traité sur les instances du pape, de l'empereur de Constantinople , et de Scanderberg. On avait pris des mesures pour empêcher Amurat d'arriver en Europe; une (lotte équipée par les Etats d’Italie, et commandée par le cardinal Francesco Condolmicri , alla mouiller dans i’tlellespont pour fermer aux Turcs le passage de ce détroit. Ladislas s’avança à la tête de son armée sur Varna, nu’il prit, résolu de chasser les Turcs ae l’Europe.

L'infâme république de Gênes fit manquer ce résultat. Toujours prête à vendre les intérêts do l'Europe pour quelques ducats, elle se laissa gagner par I or d’Amurat , et ses vaisseaux transportèrent les troupes turques d’Asie en Europe , et cela au milieu de la (lotte chrétienne. Ij» sort de la guerre avait changé : Ladislas et Huniade livrèrent bataille aux Turcs près de Varna (1444). La victoire demeura aux Ottomans : Ladislas fut tué, et des lors on ne put qu’avec peine résister à un ennemi que l’on aurait pu écraser.

Après la mort de Ladislas III , les Hongrois donnèrent la régence du royaume à Jean Huniade. Cependant, le jeune roi Ladislas était toujours en Autriche, retenu par Frédéric III, auprès duquel il avait trouvé un asile en 1440. Frédéric ne voulant pas rendre aux Hongrois leur souveraine, Huniade vint, en 1446, assiégea Vienne, et cette guerre se termina par une trêve qui assurait à Frédéric la tutelle de Ladislas, avec vingt - quatre mille ducats par ail pour sa pension.

Libre de ce soin, Huniade reprit les hostilités contre les Turcs; et, en 1448, il se jeta sur la Servie. Amurat fut vainqueur à Cassovo, et tua trentequatre mille Hongrois. Cependant Amurat ne put s agrandir du côté de la Hongrie, grâce à l'intrépidité de ses habitants.

En 1453, Frédéric, contraint par

«rie

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les menaces des Bohèmes et des Hongrois, relâcha son pupille Ladislas, qui prit les rênes du gouvernement. Iluniode déposa la régence entre ses mains. Ce jeune prince, à peine âgé de treize ans, devait régner alors sur l'Autriche, la Hongrie et la Bohème : il était héritier des États autrichiens par son père Albert d’Autriche; du royaume de Bohême par sa mère , et roi de Hongrie par élection. Ainsi l’einpire d’Autriche, tel qu’il existe aujourd’hui,' était déjà constitué; ainsi déjà la Hongrie avait perdu son indépendance. Triste effet d’une constitution qui confiait à une aristocratie déréglée l’élection du chef de l’État, et qui permettait de choisir ce chef parmi les souverains étrangers. Ladislas résida à Vienne, et chargea Huniade de défendre la Hongrie , en le nommant général de ses troupes.

La position de la Hongrie devenait de plus en plus alarmante. Constantinople était tombée au pouvoir des Turcs, et, fort de cette position, Mahomet espérait conquérir les pays situés au delà du Danube. La Hongrie était donc devenue la gardienne avancée de l’Europe , et , dans ce noble rôle, elle avait remplacé Constantinople (*). L’Europe allait- elle abandonner à ses seules forces les généreux habitants de la Hongrie, comme elle avait abandonné les malheureux Grecs , ou bien , rougissant enfin d’une inaction qui avait compromis sou indépendance et sa civilisation, allait-elle prendre les armes pour prêter son appui aux nobles défenseurs de la chrétienté? Les temps de l'héroïsme religieux étaient passés. Le pape Nicolas V prêcha, il est vrai, la croisade; il fit signer, en 1454, une paix générale à Lodi , entre tous les États de l'Italie ; « à Lille , le duc de Bourgoene fit apparaître , dans un banquet, l’image de la ville désolée, et , selon les rites de la chevalerie, jura Dieu, la Vierge, les dames et le faisan , qu'il irait combattre les infidèles ; mais cette ardeur dura peu :

(*) Voy. t. Il, p. 78 et suiv.

neuf jours après avoir signé le traité de Lotli , les Vénitiens en firent un avec lesTurcs; Charles VII (qui venait de chasser les Anglais) 11e permit point que l’on pré' liât la croisade en France; le duc de Bourgogne resta dans ses États, et la nouvelle tentative de Jean de Calabre sur le royaume de. Naples occupa toute l’attention de l'Italie.

« Les véritables, les seuls champions de la chrétienté étaient le Hongrois Huniade et l'Alhauais Scanderbc.g. Ce dernier , dont l'héroïsme barbare rappelait les temps de la fable, abattait, dit-on, d’un seul coup la tête d uu taureau sauvage. On l’avait vu , comme Alexandre, dont les Turcs lui donnaient le nom, sauter seul dans les murs d’une ville assiégée. Dix ans après sa mort, les Turcs se parta gèrent ses ossements, erbyant devenir invincibles. Encore aujourd'hui, le nom de Scanderbeg est chanté dans les montagnes de l’F.pire (*). »

Ainsi les Hongrois en étaient réduits à leurs propres forces, doublées il est vrai par les talents et la valeur de leur chef militaire. En 1456, le su|tan vint assiéger Belgrade, la clef de la Hongrie, avec deux cent mille hommes.

Dans un danger aussi imminent , le franciscain Capistrano, légat du pape Calixte III , triomphant de l'indifférence générale, réunit par son éloquencesoixante mille croisés, et arriva au secours d'Huniade. Celui-ci vint alors en aide à son beau-frère Michel Szilagyi, qui n’avait pu, malgré mie défense héroïque, empêcher les Turcs de se rendre maîtres de la ville extérieure. Huniade les battit complètement, et força Mahomet à lever le siège. Huniade et Capistrano moururent peu de temps après cette victoire (1456). Le roi et son ministre Ulric de Cilley, qui s’étaient enfuis à Vienne en apprenant l'arrivée des Turcs, revinrent en Hongrie dès qu’ils furent informés du triomphe et de la mort d'Huniade. Cilley fut nommé lieutenant du roi en Hongrie; mais bientôt Ladislas, fils aîné d’Huniade, tua Cilley

(*) Michelet, Histoire moderne, p. i3.

L’UNIVERS

dans une de ces querelles qui étaient si fréquentes entre les deux familles.

Le roi , n’osant punir ouvertement le meurtrier, parce qu'il redoutait la vengeance de cette puissante maison, l’attira à Rude, et le Ot décapiter ( 1457 ). Cette trahison excita une révolte en Hongrie; Élisabeth Szilagyi , veuve de Jean Huniade, rassembla ses partisans, et somma le roi de lui rendre son second (ils, Mathias Corvin, qu'il avait aussi fait arrêter, le menaçant d’appeler les Turcs à son secours, s’il refusait. Ladislas le Posthume mourut sur ces entrefaites (1457).

L'anarchie la plus complète éclata alors en Hongrie. Le palatin Ladislas de Gara , chef de la faction opposée à celle des Huniades, convoqua une diète à Bude pour élire un roi : Elisabeth , qui avait acheté la liberté de son fils, rassembla quarante mille hommes à Pesth , et son frère , Michel Szilagyi, força les magnats à élire Mathias CÔrvin, que l’armée avait déjà reconnu pour roi.

MATHIAS CORVIN (t 458- I 4<)o).

La faction du palatin ne se soumit pas longtemps à Mathias. Une partie des nobles mécontents proclama l'empereur Frédéric III (1459); une autreproclama le roi de Pologne, Casimir IV. Mathias fit tête à l’orage; il rassembla ses partisans, leur accorda un pacte par lequel il s’engageait à respecter les droits de la noblesse, et marcha contre Frédéric III, qui s'était fait couronner à Neustadt. L’Autriche fut conquise si rapidement que Frédéric se hâta de demander la paix (14G3). Un traité fut conclu. Frédéric renonçait à la couronne de Hongrie , à cette condition que si Mathias mourait sans postérité, la succession de Hongrie serait assurée à Frédéric III ou à son fils.

Les Turcs avaient profité de ces troubles pour recommencer la guerre, espérant qu’à la faveur des dissensions tpii déchiraient la Hongrie et les Etats voisins, ils pourraient passer le Danube, et conquérir enfin la Hongrie.

Mathias marcha contre eux, leur re-

prit Jaycsaou Jaïtz, capitale de la Bosnie, et vingt-sept autres villes de ce pays (1463). Irrité des revers de ses énéraux, Mahomet vient lui-même, année suivante, tenter de reprendre Jaycsa; il échoue, et l’arrivée de Mathias le force à prendre la fuite. La même année (1464), comptant sur le secours d’une croisade que le pape avait fait publier, Mathias et Étienne deZapolya, son meilleur général , entreprirent le siège deZoynich, ville de Rascie, fameuse par scs mines d’argent ; mais la mutineriedeleurs troupes les forcèrent à se retirer devant les Turcs. Ce fut pour prévenir de semblables événements que Mathias organisa sa garde noire.

En 1467, il obligea Étienne, waïwod de Moldavie et de Valaehie , qui avait accepté la domination ottomane, à rentrer sous la sienne. Le pape Paul II avait excommunié George Podiébrad , roi de Bohême, comme soutenant les hérétiques : il chargea Mathias de rétablir la religion catholique en Bohême ; et l’empereur Frédéric lui promit de l’investir de ce royaume. Mathias, bien qu'il fût le gendre de Podiébrad , accepta, et se lit couronner roi de Bohême à Brünn (1469). Mais la mort de Podiébrad changea la face dps affaires.

Les Bohèmes élurent Ladislas , fils de Casimir IV de Pologne; et Mathias, par la paix d’OImiitz (1478) , renonça à la Bohême , mais se réserva , pour sa vie, la Moravie et la Silésie.

Dans les premières années de la guerre de Bohême, il s’éleva de nouveaux troubles en Hongrie. Les chefs des mécontents étaient deux prélats , dont les noms sont illustres parmi ceux des restaurateurs de la littérature classique ; deux prélats que le roi estimait comme ses anciens instituteurs, mais qui trouvaient qu’il ne leur avait pas accordé assez d’influence dans le gouvernement du royaume : c’étaient Jean Vitez, archevêque de Strigonie, et son neveu, Jean Cesinga (Janus Pannonius), évêque de Cinq-Églises. A ces deux chefs se réunit tout le clergé, qui se plaignait des charges que le roi lui imposait. Les factieux offrirent la cou-

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ronne au prince Casimir, frère de ce Ladislas , auquel les Rohémes offrirent la leur, à la même époque.

Casimir entra en 1471, les armes a la main, en Hongrie, et occupa une grande partie de ce royaume. Nlathias revint en hâte, chassa les Polonais, punit les factieux avec modération, et se réconcilia avec la nation, dans une diete où il reconnut formellement ses privilèges. Vitez, après avoir été quelque temps en prison, fut relâché, et mourut la même année ; Ccsingn le suivit l’année d’après (*).

Mathias putalors reprendre la guerre contre les Turcs. L’excellente organisation de son armée lui permettait de compter sur ses soldats. Les Turcs menaçaient la Transylvanie. Etienne Balhori, waïwode de" cette province, les écrasa à la bataille de Kenyer Mezô, sur le Marôsch (1479), et eh 1482, le comte de Temesrh les battit en Servie.

Enfin , en 1479, Mathias fit la conquête de l’Autriche. Frédéric III lui avec refusé, avec hauteur, la main de sa fille Cunégonde. Pour se venger, il déclara la guerre à Frédéric, ets’empara de ses États. Mathias mourut à Vienne, en 1490, à l’âge de quarante-sept ans. Résumons on peu de mots ce règne glorieux : Mathias continue contre les Turcs la lutte soutenue par son père, et, s'il assure par ses victoires l’indépendance de la Hongrie, il sait , par la création d'une nouvelle armée régulière, rendre durable ce résultat : il rend la Hongrie maltresse de son ennemi , de sa rivale éternelle , l’Autriche , et prépare la réunion de la Bohême à la Hongrie, à laquelle obéissent encore la Moldavie, la Valaciiie, la Servie, la Bosnie, la Croatie, la Dalmatic , et au nord la Silésie et la Moravie. Mathias Corvin avait créé cette vaste agglomération d’Etats qui porte aujourd’hui le nom d 'empire cT Autriche, mais alors c'étaient les Hongrois qui étaient le peuple dominant dans cet empire. Cette puissance ne pouvait être qu’éphémère : les révoltes perpétuelles des nobles dont il

O Schœil, 1. XXI, p. 4.

avait essayé, mais toujours sans succès, de restreindre le pouvoir, et les troubles auxquels donnait lieu l’élection du souverain détruisirent peu à peu l’oeuvre politique de ce grand

rince. Après lui, la Hongrie démem-

rée fut conquise par les Turcs et par les Autrichiens , et resta à ces derniers (*).

Il nous reste à parler de ce que Mathias a fait pour la civilisation de la Hongrie.

Administration de Mathias Corvin. — I" Changements dans l’organisation militaire. Les nombreuses guerres que Corvin eut à soutenir, la nécessité de préserver la Hongrie des attaques des Turcs ou de l’Autriche, lui firent comprendre combien il serait utile d’organiser une armée capable de résister à celle des Turcs. Les milices féodales , indisciplinées et indisciplinables, composées de cavaliers courageux , mais non exercés, avaient sans cesse été battues dans leurs rencontres avec les janissaires : Corvin résolut d’opposer à celte terrible infanterie une infanterie encore supérieure. « Comme il avait étudié l’art de la guerre dans les auteurs de l’antiquité, et qu'il était grand admirateur delà tactique des Romains, l’idée lui vint que l’introduction d’une bonne infanterie, arme presque inconnue en Hongrie, serait le meilleur moyen d'obtenir la supériorité sur les Turcs.

Il s’appliqua à la former, et créa un corps nommé la garde noire, pour en être le noyau et la principale force : il exerça lui-même ses soldats, et leur inspira un sentiment d’honneur qui jusqu’alors avait été étranger à la nation des Magyares. Il publia une théorie ou un règlement sur le service militaire (**). »

2° Protection accordée aux lettres et aux arts. « L'amélioration de l’armée ne fut pas la seule innovation introduite parce prince. Ses maîtres, Vitez et Cesinga (.Janus Pannonius), lui avaient inspiré le goût des sciences

(*) Voy. t. II, p. y3.

(**) Schu-ll, t. XX, p. 3g<5.

)oogle

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et de la littérature classique. L’histoire, l’astronomie, ou plutôt l’astrologie, l’architecture civile et militaire, et la tactique, étaient les sciences qu'il cultivait avec le plus de succès. Il était éloquent, et sa conversation gaie et spirituelle. L'instruction publique fixa toute son attention. Il fonda à Bude une université, dont ii fit l’institution la plus grande qui ait jamais existé (*). » Déjà Louis 1" avait créé quelques écoles; mais Mathias ayant obtenu, en 1405, le bref pontilical qui l’autorisait a fonder une université, il voulut bâtir une ville, destinée à'devenir la ville savante de la Hongrie.

File devait contenir quarante mille étudiants, avec leurs professeurs, médecins et toutes les autres personnes nécessaires au service des élèves; il avait dressé lui-même le plan de cette ville,, qu’il faisait bâtir au-dessous de Bude, sur les rives du Danube; et si elle ne fut pas entièrement achevée, il ne faut en accuser que les guerres avec les Turcs. F.n attendant, il avait établi l’université à Bude, où elle est restée. Il lit venir d’Allemagne, d’Italie et de France, les savants qui devaient enseigner dans cette nouvelle école.

Mathias Corvin fonda à Bude une bibliothèque, qui était alors In plus belle de l’Europe, car elle se composait de cinquante-cinq mille volumes. Pour arriver à former à cette époque une aussi riche collection, il avait fait acheter en Italie, des Grecs arrivés récemment de Constantinople, une foule de manuscrits; il entretenait des calligraphes occupés à lui copier les manuscrits qu’il ne pouvait acheter. Il en avait quatre à Florence , d’autres à Rome et dans différentes villes. Mathias Belius porte à trente le nombre de ces copistes travaillant sous la direction de Félix de Raguse, savant dans les langues grecque, arabe et chaldaïque, et versé dans la calligraphie et la peinture des miniatures. Comme déjà à celte époque les livres imprimés commençaient a se répandre, Mathias eu faisait acheter

(*) Schœll, Ibid., p. 397.

autant qu’il en paraissait : il fit venir d’Italie en 1473 André Hess, qui établit à Bude une imprimerie; et comme pour montrer quel prix il attachait à ces livres, il leur faisait faire de superbes reliures d’or massif orné de pierres précieuses.

Mathias Corvin avait fondé un observatoire à Bude et l'avait richement doté en instruments. Il y avait aussi formé un musée, qui contenait, diton , trois cents statues antiques et d’autres objets d'art.

En 1527, lorsque les Turcs pillèrent Bude , toute l’œuvre de Mathias fut détruite, et avec elle la civilisation hongroise retardée de plusieurs siècles.

La bibliothèque fut pillée. Les livres furent déchirés et brûlés ; les garnitures en or et en argent furent arrachées. Le reste, oublié dans une tour , y était encore un siècle après , quand Busbecq parvint à en racheter un petit nombre, qui ornent encore la bibliothèque impériale de Vienne. On en voyait quelques-uns dans celle de Wolfenbuttel.Nous en possédonstrois en France (*).

Les savants que Mathias Corvin attira dans ses Etats fondèrent deux sociétés savantes, l’une pour les Hongrois, l’autre pour les Transylvains.

Influence de Beatrix de Naples. — Mathias avait épousé, en 1476, Béatrix

(*) Le premier, qui se trouve à la bibliothèque rotale (n° 444), est intitulé : Divi Hieronymi bretiarium in psa/mos David.

Le titre de cc sujierbe manuscrit est écrit en capitales d'or sur un fond d'azur , avec des devises de Corvin ; la bordure du premier feuillet représente , avec beaucoup de ligures et d’emblèmes, les armes de ce prince, supportées par quatre anges, le manuscrit est trcs-ueltemeut écrit , en lettres rondes , à longues lignes, sur uu vélin d’une finesse et d'une beauté extraordinaires. Ou lit au 370* feuillet, à la fin, en capitales rouges : .C. Sinnibabhu cxscripsit Florentin: , a. 1488, pro Matthia rege Ungbariœ. Le second contient des traités sur l’art militaire, et le troisième une jtartie des Annales et des histoires de Tarite. Ce dernier a servi à Obéi lin pour son éditiou de l'Uislorieu rumaiu.

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de Naples, fille de Ferdinand I", roi de Naples. Cette femme partageait les goûts de son mari pour les lettres : elle fit venir d'Italie plusieurs littérateurs étrangers, pour travailler à l’amélioration de l'administration, nommément Pierre Ranzan, Sicilien, evêque de Lucéra, auteur d’une histoire de Hongrie peu estimée; Antoine Ronfinio d’Aseoli , traducteur de Philostrate et auteur d'une histoire de Hongrie; Galeotto Marti deNarni, qui a écrit pour Jean Corvin, fils de Mathias, un recueil fort intéressant d’anecdotes empruntées à la vie du roi ; enfin Barthélemy Fonti. qui obtint la direction de la bibliothèque de Bude. Beatrix fonda à Scbemnitz une école qui a été célèbre. Cette princesse, élevée à une cour polie , opéra une réforme dans les mœurs des Hongrois , et surtout dans celles du roi, qui, durant les premières années de sa vie , avait partagé les. goûts grossiers de la nation.

Réforme de la justice. — Mathias Corvin fit réunir en un seul corps de lois , nommé le grand décret ( decretum majus ), les lois de la Hongrie, qu'il modifia ( 1485 ). « Un proverbe hongrois, dit M. Michelet, suffit à son éloge : Depuis Corvin, plus de justice. »

LADISLAS VII ([4gO-l5l6).

A la mort de Mathias Corvin, plusieurs personnages se mirent sur les rangs pour obtenir la couronne. Jean Corvin , fils naturel de Mathias , et Iadislas , roi de Bohême , étaient les deux compétiteurs les plus importants; Maximilien, roi des Romains; Jean Albert, frère de Ladislas VII ; Ferdinand , roi de Naples, aspiraient aussi au trône de Hongrie. La diète qui se tint à Rakos fut très-agitée : les partisans de Corvin et ceux de Ladislas en vinrent aux mains; et Corvin ayant été défait, Iaidislas fut élu.

Jean Albert et Maximilien lui déclarèrent la guerre , et pénétrèrent aussitôt en Hongrie. Maximilien s’empara de l’Autriche , reprit ainsi toutes les conquêtes de Mathias , et s'empara de

plusieurs villes en Hongrie. De son côté Jean Albert occupa aussi plusieurs villes importantes ; mais F.tienne de Zapolya (*) les lui enleva bientôt, et le chassa du royaume.

Maximilien était l’ennemi le plus redoutable ; Ladislas, après avoir recouvré. les villes de Hongrie que le roi des Romains lui avait enlevées, fut obligé, pour obtenir la paix, de conclure un traité par lequel il abandonnait l’Autriche, consentait à payer cent mille ducats, et promeltait de faire reconnaître par la diète le droit de succession de Maximilien , en cas qu’il mourût sans postérité. (Traité de Presbourg, 7 novembre 1491.)

L’avéuement de Ladislas coûtait cher à la Hongrie : la perte de l’Autriche et la succession du royaume attribuée à une famille étrangère ne justifiaient quetrop ces paroles que Mathias mourant adressait aux nobles : « Le « terme de mes jours n’est peut-être « pas éloigné ; je ne puis vous présen- « ter pour mon successeur que mon «fils naturel, Jean Corvin. Riais ses « vertus légitimeront sa naissance.

« Mon amitié pour vous a plus de part « à ce choix que ma tendresse pour « lui. Songez aux malheurs qu’ont « éprouvés vos ancêtres pour avoir « placé la couronne sur des têtes étran- * gères ; les mêmes maux vous me- « nacent , si vous cherchez un maître « hors de la Hongrie. »

Ladislas, devenu roi de Hongrie, et déjà roi de Bohême, aurait pu, à l’aide des forces de ces deux royaumes, jouer un rôle important dans les événements de cette époque ; mais les désordres perpétuels qui eurent lieu pendant son règne l’en empêchèrent. Les nobles profitèrent de sa mollesse et de son incapacité pour augmenter encore les privilèges de leur caste ; les paysans voulurent s’affranchir; et , pendant ce règne, toutes les institutions de Mathias Corvin furent détruites ou abandonnées , si bien que la Hongrie devint incapable de lutter contre les Turcs.

(*) Zapolya, Zapol ou Zapolski.

L’UNIVERS

Pour leur résister , il forma , en 1500, une ligue avec. Venise, le pape, la Franceet l’Espagne; mais les flottes coalisées furent détruites par la tempête; aussi , pour prévenir de nouvelles guerres, il conclut, avec Bajazet II, la paix de Bude (20 août 1503) (*).

En 1505, un parti de la noblesse, pour empêcher rétablissement héréditaire de la maison d’Autriche en Hongrie, signa un acte par lequel les signataires s’engageaient à empêcher tout étranger de régner sur les Ma-

yares. A la tête de ce parti était Jean

e Zapolya ou de Zapolski , comte de Zips, fils d’Étienne de Zapolya, palatin de Hongrie.Ce seigneur avait représenté aux confédérés que les rois étrangers, qui avaient gouverné la Hongrie , avaient laissé perdre plusieurs provinces, et qu’il fallait provenir le retour de. pareils événements. Jean de Zapolya se, présentait comme le successeur de Ladislas, et voulait épouser sa fille ; mais Ladislas résista , et la naissance d'un fils l’empêcha de consentir aux propositions ue Zapolski.

Maximilien trouva sans doute que ses droits étaient compromis, car il entra avec une armée en Hongrie , et s'empara de Prcsbourg; mais Ladislas signa la paix avec lui, reconnut ses droits, et Maximilien se retira. Peutêtre Ladislas s’imagina-t-il que le (ils qui venait de lui naitre, et que l'on couronna roi en 1507, devait empêcher à jamais Maximilien de monter sur le trône de Hongrie; mais il est plus probable de penser qu’étranger a la Hongrie, il lui importait peu de laisser, après sa mort, des germes de guerres.

Débarrassés de cet ennemi , les nobles hongrois eurent bientôt une lutte plus sérieuse à soutenir contre les paysans, qui voulurent sortir de l’esclavage. Voici à quelle occasion commença cette révolte : Lue coutume observée depuis un temps immémorial voulait que les habitants de la haute Hongrie donnassent un bœuf par fa-

(*) Voyez Hainmer, Hist. de l'empire otioinan, t. II, p. 616.

mille aux enfants môles du roi , pour marquer la joie qu’ils avaient de leur naissance. Trois règnes consécutifs n’ayant point fourni l'occasion de se conformer à cette coutume , les habitants la regardèrent comme abrogée; et, quand on exigea d’eux le droit en uestion , ils se révoltèrent, et la séition fut telle qu’il fallut la réprimer par une prompte punition ; en effet , on envoya contre eux des troupes qui apaisèrent les troubles, et les mutins furent châtiés.

Cette première émeute fut bientôt suivie d’une insurrection plus redoutable, et qu’on peut appeler la Jacquerie hongroise.

« Les expéditions qui , sous le règne de- Ladislas VII, avaient été entreprises contre les Turcs ottomans, avaient presque toutes été malheureuses , ou du moins elles n’avaient pas eu de résultat satisfaisant; mais la guerre civile que Sélim I" eut à soutenir, au commencement de son règBe, contre ses frères, parut aux Hongrois une occasion favorable pour attaquer ces voisins formidables. Malheureusement l’état militaire des Hongrois était tombé dans une décadence absolue, par l’inertie du roi et par le mauvais état des finances ; et cette fameuse infanterie créée par Mathias Corvin n’existait déjà plus. Le cardinal archevêque de Strigonie , qui était patriarche titulaire de Constantinople, se rendit à Rome, et obtint de Léon X qu'il publiât une croisade contre les Turcs.

Lorsque la bulle du pape fut promulguée en Hongrie, soixante et dix mille paysans quittèrent les vignes et les champs qu’ils cultivaient pour prendre

fiart , comme croisés ( kourouezok ) , à a sainte expédition. Pour commander cette troupe indisciplinée, le cardinal choisit un individu de la nation des Sicuies , nommé George Dosa , qui s’adjoignit, comme lieutenants, son frere, que les soldat» nommaient Geczo, et un bourgeois de Pesth , nommé Ambroise Sabérès. Il confia à chacun de ces deux hommes un corps séparé.

Comme la noblesse s'était opposée à une expédition qui laissait les champs

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incultes, George Dosa tourna les armes des croisés contre les propriétaires, dévasta leurs possessions, et commit d’horribles cruautés sur les personnes de ceux qui tombèrent entre ses mains. Enfin le palatin de Presbourg, Jean Bornemisza, qui se trouvait à la cour comme chargé de l'éducation du jeune roi Louis , se mit à la tête des gardes du roi et de quelques nobles, attaqua le corps des croisés ue commandait Ambroise Sabérès.

ans son camp retranché près de Pesth, et l'extermina. Dosa lui - même , attaqué près de Temeswar par Jean de Zapolva , comte de Zips et waïwode de Transylvanie, fut vaincu et fait prisonnier. Comme il s’était fait proclamer roi , on lui mit une couronne de fer ardent , et on lui donna entre les mains un sceptre rougi ; avec ces ornements, on le plaça sur un trône de fer rouge; et quand sa chair fut rôtie, on força quelques-uns de ses amis , qu’on avait affamés, à la couper en morceaux pour s'en nourrir. Le reste des prisonniers fut abandonné aux Zingari pour qu'ils s’amusassent à les tuer. Cette expédition coûta , en peu de semaines, la vie à quarante mille hommes (*). »

La révolte apaisée , la noblesse , à la diète de Bude (1514) , prit des mesures sévères pour maintenir les serfs dans l’obéissance; et on leur enleva le peu de privilèges qu’ils avaient, comme, par exemple, celui depouvoir changer de maîtres et d’avoir des tribunaux particuliers. Il semble aussi que lu noblesse rofita de cette occasion et de la failesse de Ladislas pour enlever à la royauté ce qui lui restait de force :

Étienne W erbœcz , jurisconsulte , publia alors le 'TriparlUum juris reqni ffungariæ ; et dans ce recueil officiel , les droits de la couronne sont aussi restreints que possible. *

Enfin, en 1515, Ladislas signa la paix (convention devienne) avec Maximilien, qui était toujours son compétiteur au trône. Ladislas fiançait son fils Louis à Marie, petite-fille de Maxi-

(*) Schœll, t XX, p. 407.

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milien; et Ferdinand, petit-fils de Maximilien, était fiancé à Anne, fille de Ladislas; Ladislas assurait le trône de Hongrie à Ferdinand dans le cas où Louis viendrait à mourir sans postérité. Ce fut en vain que la noblesse protesta contre ce traité conclu sans la participation du pavs , et qui, sans son aveu , disposait de son indépen dance.

i.Oüu n (i5i6-i5a6).

Sous le règne de Louis, la Hongrie fut menacée par les Turcs plus sérieusement qu’elle ne l’avait jamais été. Louis II régnait sur la Hongrie et sur la Bohême, mais ces deux royaumes, épuisés par les guerres civiles, étaient hors d’état de résister à la puissance ottomane ? qui avait pris sous Soliman un accroissement considérable. En 1521 , ce sultan s’empara de Belgrade. La prise de cette ville jeta l’Europe dans la consternation, et aurait dû décider les puissances chrétiennes à venir au secours de la Hongrie ; mais , trop occupés de leurs guerres, les souverains abandonnèrent les Hongrois ; il n’y eut que les chevaliers de Rhodes qui se dévouèrent.

Soliman fut oblige de suspendre la conquête de l’Europe, et se tourna avec toutes ses forces contre les chevaliers, qui succombèrent sans sauver la Hongrie. En effet, l'an 1526, Soliman partit de Constantinople avec cent mille hommes et trois cents canons, et vint camper à Mohacz , sur le Danube.

Louis II, réduit à ses seules forces, lui livra bataille avec trente mille hommes. Le combat dura une heure t vingt-quatre mille Hongrois furent mitraillés par l’artillerie des Turcs; le roi , les deux archevêques du royaume, cinq évêques et cinq cents magnats restèrent sur le champ de bataille.

Vainqueur , Soliman s’avança sur Bude , qu’il brûla ; il dévasta tout le pays, tua ou emmena captifs deux cent mille Hongrois, et ne se retira que chargé de butin , et libre , par la possession de Belgrade, de rentrer quand il le voudrait dans la Hongrie.

L’UNIVERS

riHuiHiMu u'autriche (i5i6-i564).

I4a Hongrie ne sortit d'un malheur que pour tomber dans un autre. Plusieurs compétiteurs se mirent sur les rangs : l'un était Jean de Zapolski , appuyé par les catholiques; 1 autre, Ferdinand d’Autriche, soutenu par les luthériens. Ce dernier invoquait les droits que les traités lui donnaient, et, de plus, il avait pour lui le palatin de Hongrie, Étienne Bathori, qui, trop faible pour obtenir la couronne, espérait conserver le pouvoir sous un roi qu’il aurait contribué à faire nommer.

Déjà la Bohême avait reconnu Ferdinand pour roi ; son élection eti Hongrie était assurée, mais Jean de Zapolski se fit proclamer et couronner en 1526 ( 11 novembre). Quinze jours apres, une diète, convoquée par le palatin à Presbourg, élut Ferdinand. La guerre civile éclata. Ferdinand vainquit Zapolski, qui se réfugia dans sa waïwodie de Transylvanie, et de là prépara son alliance avec les Turcs.

Établissement du luthérianisme dans la Hongrie. — Avant de parler des guerres qui mirent fin à l’indépendance de la Hongrie , il parait nécessaire d’entrer dans quelques détails sur rétablissement du iuthérianisme dans ce pays.

Les premiers principes de la réformation furent apportés en Hongrie par Martin Cyriaci de Lretse, qui les avait puisés à Wittemberg. « Quoique la Hongrie, où Mathias Corvin avait semé les premiers germes de la littérature classique, et où les hussites n’avaient trouvé que peu de. faveur, fdt moins préparée que plusieurs autres pays à recevoir la doctrine nouvelle, cependant le luthérianisme s'y répandit promptement, et, dès 1522, Michael Siklosi fit la première tentative d’introduire le nouveau culte à Ujhely. Le clergé et les magnats prièrent eu 1523 le roi Louis II de faire sévir contre les luthériens, leurs' fauteurs et leurs adhérents, comme hérétiques et ennemis de la sainte Vierge. La diète de Pesth , de l’année 1525, décréta que tous les luthériens seraient extermi-

nés par le feu. La persécution ne put arrêter les progrès de la réformation.

La réputation de Luther attira de plus en plus la jeunesse studieuse magyare, et Wittemberg envoya en Hongrie des essaims de jeunes prédicateurs. En 1526, cinq villes royales de la Hongrie supérieure, Lœtse, Szebeny, Bartfeld, Éperies et Cassovié se déclarèrent luthériennes, et, à Bude même, une communauté luthérienne commença à se former La pre-

mière egiise luthérienne fut bâtie en 1532 ; Pierre Pérényi ( garde de la couronne ) la fit construire à Patak.

Le plus distingué parmi les réformateurs hongrois fut Mathias Devay, qui avait été commensal de Luther ; et , depuis 1539, l’apôtre de la réforme fut Leonard Stoeckel, qui pendant vingt ans fut recteur du gymnase de Bartfeld, et aussi bon humaniste que zélé luthérien. En 1530, les Hongrois eurent une traduction des quatre évangiles en langue vulgaire , rédigée par Gabriel Pannonius; et, en 1541, parut un Nouveau Testament traduit par Jean Sylvester, disciple de Melanchtnon(').»

Jean de Zapolski avait publie des ordonnances sévères contre les luthériens; son compétiteur Ferdinand s’était aussi prononcé contre eux, mais ils comptaient sur l’indulgence de ce prince, et peut-être sur son appui secret, de sorte qu’ils s'effrayèrent peu de ses menaces ; aussi la reforme fitelle des progrès de plus en plus rapides. En 1545, vingt-neuf ministres luthériens tinrent àF.rdôd un synode, dans lequel ils publièrent une confession ; et, l’année suivante, les cinq villes réunies de la haute Hongrie tinrent aussi, à Éperies, un synode dans lequel on rédigea une confession entièrement semblable à celle d’Augsbourg.

Le clergé catholique, malgré tous ses efforts, ne put entraver la marche du luthérianisme; en Hongrie, comme partout , la réforme religieuse trouva son appui dans la noblesse, et ce furent les magnats,

1 (*) Sclxrll , Histoire des États européens ,

t. XXI, p. 4-

HONGRIE

presque tous protestants , qui la firent triompher. La diète de Presbourg de 1545 rendit un décret contre les anabaptistes et les sacramentaires ; mais les luthériens n’y étaient pas compris. En 1554, les protestants remportèrent une victoire signalée:

Thomas Nadasdi, chef du parti , fut nommé palatin. Dès lors fa réforme put se développer librement. Le luthérianisme se répandit surtout chez les Allemands de la Hongrie , tandis que le calvinisme devint plutôt la doctrine des Magyares. Aussi le premier est-il appelé en hongrois Nemet hit, la croyance allemande , et le second Magyar hit , la croyance magyare. C’est vers cette époque que les réformes hongrois signèrent à Czenger la confession dite Czenge- ,rina con/essio.

Nous nous arrêterons là dans l'histoire de la réforme en Hongrie. Nous verrons sous le règne de Maximilien et sous celui de Rodolphe son triomphe définitif.

Guerres entre l'Autriche et la Turquie au sujet de la Hongrie.

— Nous avons dit que Jean de Zapoiski, chassé par Ferdinand , s’ctait retiré en Transylvanie où il ne songea plus qu’à se faire un appui des Turcs, fl chargea Jérôme Laszki, palatin de Siradie, d’aller conclure en son nom un traité d’alliance avec Soliman.

Le vizir répondit aux premières demandes du négociateur : n Celui « qui vous envoie n’est pas roi, puis-

• qu'il a été élu sans la permission

• au sultan. Nous avons tué Louis , « nous avons pris son royaume , la « Hongrie appartient à Soliman. » Il fallut bien que Laszki >e soumit et qu’il reconnut dans le traité que Zapoiski serait désormais le vassal du sultan. A cetle condition Soliman prit Zapoiski sous sa protection et lui céda la Hongrie (29 février 1528).

Soliman se disposait a aller chasser les Autrichiens de la Hongrie , lorsque les ambassadeurs de Ferdinand arrivèrent à Constantinople. Ils demandaient au sultan de restituer à leur maître les villes qu’il avait enlevées à

Louis ; et à ce prix , Ferdinand lui offrait son amitié. Soliman renvoya les ambassadeurs , et se mit en marche.

Ij prit Bude (1529) , Strigonie, et arriva devant Vienne. Il ne put s’emparer de cette ville , mais il ne se retira qu’en dévastant l’Autriche. Arrivé à Bude , il remit à Zapoiski la couronne de Hongrie; puis se retira après avoir laissé garnison à Bude.

En 1530, Guillaume de Roggendorf, à la tête d’une armée que Ferdinand lui avait confiée , essaya de rerendre Bude; mais il fut obligé de attre en retraite. En 1532, Soliman revint en Autriche , et dévasta de nouveau les États de son allié comme ceux de son ennemi.

Cependant, il se proposait de faire une expédition dans la Perse, et désirant n'avoir aucune attaque à craindre du côté de l’Europe, il accepta la paix que Ferdinand lui proposait depuis longtemps. Ce traité faisait subir à l’Autriche une humiliation inaccoutumée; il fallut que Ferdinand adoptât Soliman pour son père, et qu’il lui demandât pardon d'avoir agi, par ignorance, contre la volonté de son père , en attaquant la Hongrie , ne sachant pas que Soliman voulait la garder. Soliman, de son côté, accorda la paix à son fils soumis, et lui promit de confirmer l’arrangement qu’il ferait avec Zapoiski.

Enfin , Ferdinand traita avec son compétiteur. (Traité de Grand-Varadin ). Le 24 février 1538 les deux rois signèrent un traité par lequel Ferdinand reconnut Jean comme roi de Hongrie , et lui abandonna . pour en jouir sa vie durant, la partie de ce pays dont il était en possession, à condition u’à la mort de Jean le tout lui revienrait. Si Jean laissait un fils, ce (ils aurait le comté de Zips , mais sans pouvoir élever aucune prétention sur la couronne de Hongrie.

Lorsque Soliman apprit la teneur de ce traité, il voulut recommencer la guerre; en effet, il ne pouvait accepter la condition de réversibilité en faveur de Ferdinand , puisque Zapoiski ne possédait pas la Hongrie, mais la gou-

L’UNIVERS

vemait au nom et comme une province des Turcs. Quelques autres événements vinrent hâter ia guerre. Zanolski allait subir la peine qu'il méritait lorsqu’il mourut. Les magnats de son arti proclamèrent roi son fils , Jeanigismond , et , lorsque Ferdinand somma Isabelle . veuve de Zapolski, d’exécuter le traité de Grnnd-Varadin, elle s’y refusa. Alors Ferdinand fit entrer en Hongrie une armée qui prit Festli, Albe-Royale, Strigonie, et quelques autres villes considérables. Rude allait être enlevée lorsque Isabelle implora l'appui de Soliman. Le sultan accorda sa protection à Jean-Sigismond , et vint en Hongrie à la tète d’une armée (1541). Arrivé à Rude, il déclara que le jeune roi étant dans l’impuissance de se défendre, il prenait cette ville, et ne la rendrait qu’à la majorité de Jean Sigisinond. Il y mit garnison en effet, et convertit la cathédrale en mosquée. Ferdinand essaya en vain d’arracher la Hongrie à Soliman; il fut vaincu en 1542, en 1543, en 1544, et ces campagnes eurent pour résultat de rendre les Turcs maîtres de toute la Hongrie.

Ferdinand , hors d’état de soutenir la guerre, demanda la paix; il l’obtint en s'engageant à maintenir le statu quo, et en pavant un tribut annuel de trente mille ducats (1547).

La reine Anne, épouse de Ferdinand I€r, était morte sur ces entrefaites, laissant une nombreuse postérité.I.esétats de Hongrie, réunisa Tyrnau, déclarèrentle royaume héréditaire dans sa famille à perpétuité , mais se réservèrent le droit de choisir le membre de la famille qui leurconviendrait.

Le tenace Autrichien ne se contenta pas de cette décision : il voulait la Hongrie ; un de ses agents, l’évêque Martinuzzi, l'un des tuteurs de J eau -Sigisinond, embrouilla si bien les affaires d’Isabelle, qu’il la força de céder à Ferdinand les Etats de son fils (Traité dé. Claudiople, 1 8 juillet 1551). Jean Sigismond conservait le comté de Zips et recevait les duchés d'Oppeln , Ratibor et Munsterberg; on donnait à la reine un douaire de cent mille ducats , et

Martinuzzi devenait gouverneur de Transylvanie.

Le traité de Ciaudioplc rompit la trêve avec les Turcs; une armée ottomane entra en Hongrie et s'empara d’un grand nombre ne villes. Ferdinand était hors d’état de résister; il eut recours à son arme ordinaire, les négociations. Elles durèrent de 1553 à 1562. Enfin, on signa pour huit ans la paix de Constantinople. La Transylvanie restait à Jean-Sigismond sous'la suzeraineté des Turcs, et Ferdinand payait trente mille ducats par année.

Ferdinand fit proclamer son fils Maximilien comme son successeur par les états de Hongrie (1563), et bientôt ce prince lui succéda.

MAXiMn.iE* (i564-i57<»).

Le nouveau roi, dès son avènement, eut à soutenir la guerre contre Jean- Sigismond. Celui-ci ne se contentant pas de la Transylvanie, que le traité de 1562 lui réservait, voulut enlever à Maximilien ce qu’il possédait en Hongrie; Lazare Schwendi , général de Maximilien, le battit et le força à signer, à Szathmar (1565), un traité par lequel la Transylvanie devait revenir à Maximilieu si Jean-Sigismond mourait sans héritiers. Soliman n’ayant pas voulu ratifier ce traité, la guerre recommença, et les Turcs y prirent part. Soliman mourut en s’emparant de Szigcth (1566), et sou fils Sélim II accepta la paix qui lui fut proposée par Wranczv, ambassadeur de Maximilien. I,â paix de Constantinople de 1562 fut renouvelée; Maximilien conservait ce qu’il possédait en Hongrie, en Dalmatie, en Croatie, et en Esclavonie ; il promettait de ne pas troubler dans leurs possessions les walwodes de Transylvanie , de Moldavie et de Valachie, et s'engageait à payer trente mille ducats sous forme de présent annuel. On garantit à Jeari- Sigismond que s'il mourait sans héritiers mâles, les états de Transylvanie seraient maintenus dans le droit d’élire son successeur.

« Apres la transaction de Constantinople, il importait également à Maxi-

HONGRIE

milien et à Jean-Sigismond qu’il y eilt paix et amitié entre eux. Le roi de Pologne s’interposa comme médiateur, et Jean-Sigismond envoya en 1570 un ambassadeur à Spire, où était l’Empereur ( Maximilien). Il y fut convenu que Jean-Sigismond déposerait le titre de roi, et conserverait la Transylvanie pour lui et ses descendants mâles, Waradin , Marmaros, Huszt et Kraszna, le Szolnok extérieur et les salines, sa vie durant. S’il mourait sans descendants mâles, les états de Transylvanie éliraient son successeur, qui recevrait l'investiture de l’Empereur. Si Jean-Sigismond, en haine de ce traité, était chassé par les Turcs , l’Empereur lui donnerait le duché d’Oppeln. On devait, au reste, cacher soigneusement ec traité à la Porte (*). »

Maximilien renouvela, en 1574, la aix de 1567 avec les Turcs, pour les uit années suivantes. Sous le règne de Maximilien, le luthérianisme se développa activement en Hongrie, grâce à la tolérance de ce prince. Ce fut en vain que l'archevêque de Strigonie , Olahi, s’opposa à l’hérésie et appela en Hongrie l’ordre des jésuites (1561).

Du reste, Maximilien se montra fort intolérant à l'égard des calvinistes : il fit chasser leurs prédicateurs en 1567.

En 1572, Maximilien avait fait désigner son fils Rodolphe pour lui succéder en Hongrie. Rodolphe succéda en effet à son père.

BODOLPHE (l576-l6o8).

Un des premiers actes du nouveau roi fut de renouveler pour huit ans la paix avec les Turcs, en 1577; mais, malgré la paix, la guerre était permanente sur les frontières. Ce fut alors

Sue l’archiduc Charles, frère de Roolphe, créa sur les frontières de Croatie une espèce de marche militaire. Il fonda la ville de Carlstadt , y établit une armée permanente dont il fut le général perpétuel. L’Empire donna sept cent cinq mille florins, et la Styrie cent quarante mille pour la création

(*) Schœll.t. XXI, p. afi. Voyez aussi plus loin l'Histoire de la Transylvanie.

de cette colonie militaire, destinée à préserver l’Allemagne des in vasions des Turcs. Telle fut l’oriuine des frontières militaires de la Hongrie.

Les rois de Hongrie soutenaient aussi une population militaire établie en Croatie : nous voulons parler des Uscoques. C'étaient des habitants des pays soumis par les Turcs , qui , pour se soustraire au joug des conquérants , étaient venus s'établir à Clissa en Dalmatie, sous le règne de Ferdinand.

Chassés de ce point par les Turcs , les Uscoques allèrent s'établira Zengh en Dalmatie ; les Turcs vinrent encore les y poursuivre, mais ils furent battus en 1593. Comme Rodolphe avait soutenu les Uscoques, le sultan lui déclara la uerre; et, en 1594, la Hongrie fut e nouveau envahie.

Pendant les hostilités, Rodolphe conclut un traité important avec le prince de Transylvanie, Sigismond Bathory. Poussé par les jésuites , Bathory conçut des scrupules relativement à la p'rotection que les Turcs lui accordaient. Il se décida à signer, en 1595, un traité en vertu duquel il devait posséder la Transylvanie comme prince indépendant , et sous le titre de prince d’empire ; il pouvait y réunir la Moldavie et la Valachie; et, dans le cas où sa postérité viendrait à s’éteindre, scs Etats devaient revenir aux rois de Hongrie. Rodolphe s'engageait à le défendre de tout son pouvoir contre les Turcs.

La guerre continua entre les Ottomans et Rodolphe , mais avec des alternatives continuelles ; ainsi les Turcs perdirent la grande bataille de Giurgewo(1595), mais ils furent vainqueurs à Keresztes.

L’Autriche, malgré la guerre, ne cessait de négocier pour acquérir toutes les dépendances de la Hongrie; elle obtint de Sigismond Bathory la cession de la Transylvanie contre une pension de cinquante mille ducats et un château en Bohême (1598).

Rodolphe faillit tout perdre par son mauvais gouvernement. Le comte de Basta , excellent général , avait été nommé gouverneur de laTransylvanie;

T/UNIVERS

son administration despotique Bt soulever les Transylvains. Rodolphe n’assistait jamais aux diètes ; il négligeait les affaires de la Hongrie et persécutait les protestants. Les esprits étaient extrêmement irrités lorsque Rodolphe se permit d’altérer le texte d'une décision de la diète relative aux luthériens (1604). Les Hongrois indignés se soulevèrent. Étienne Botskay, qui s’était mis à la tête du soulèvement, fut élu rince de Transylvanie et nommé roi e Hongrie par le sultan Achmet 1" (1605).

Rodolphe ne s'inquiéta de rien; il continuait ses recherches philosophiques et scientifiques. L’archiduc Mathias, après avoir vainement essayé de tirer sou frère de celle incurie qui exposait la maison d'Autriche à perdre ses plus beaux domaines, obtint enfin une autorisation pour traiter avec les mécontents. Rodolphe la lui ayant accordée, il conclut a Vienne, en 1606 (23 juin), un traité qui mit enfin un terme a la longue guerre de la succession de Hongrie.

Pacification de Vienne , 1606. — Par ce traité, Botskay fut reconnu prince de Transylvanie et des districts de la Hongrie que les Bathorv avaient possédés, c’est-à-dire, du moyen comté de Szolnok , des comtés de Bihar, Arad, Zarand , Kraizna , Marmaros, Szathmar, du comté de Tokaï. On ajouta à ce lot déjà considérable les comtes de Beregh et d’Ugotsch. Botskay devait posséder la Transylvanie comme prince d’empire , et les comtés hongrois comme vassal de la Hongrie; il fut stipule qu’après sa mort, toutes ses possessions devaient revenir à la couronne; et cette condition avait seule décidé le prince autrichien, à se montrer si facile; car il savait, par l’indiscrétion du ministre de Botskay, que celui-ci était atteint d’une maladie mortelle; en effet, Botskay mourut six mois après. Par ce traité, Mathias régla l’etat des protestants ; toutes les lois rendues contre eux furent abrogées ; il accorda aux luthériens et aux calvinistes le libre exercice de leur culte, l’égalité politique et l’admissibi-

lité à tous les emplois , même à celui de palatin.

Botskay survécut peu à ce traité.

Après sa mort, les comtés hongrois revinrent à la Hongrie; mais la Transylvanie élut un prince et maintint son indépendance. L’Autriche, maîtresse de la Hongrie, attendit qu'une occasion se présentât de reprendre la Transylvanie.

Paix de Situatorok avec les Turcs, 1606. — Depuis 1597, l’Autriche négociait, mais en vain, pour conclure" la paix avec la Porte Ottomane. Les hostilités se continuaient toujours; mais enfin , la pacification de Vienne enlevant au sultan son principal auxiliaire, la guerre civile en Hongrie, il consentit à traiter avec l’Empereur. Ajoutons encore que Achmet avait à soutenir une guerre terrible contre la Perse, et qu’il avait besoin de toutes ses forces. Ce fut Mathias qui négocia; son incapable frère ne s'occupant d’affaires que pour tout brouiller, et, le plus ordinairement, ne s’occupant de rien.

Les négociations qui précédèrent la signature de l’important traité de Situaiorok sont importantes, en ce sens que, pour la première fois, la Sublime Porte consentit à traiter l’Autriche sur le pied de l'égalité, et à ne point employer les formes insultantes dont elle s’etait servie jusqu’alors. Les principales clauses de ce traité furent l’abolition du tribut annuel payé par l’Autriche à la Turquie, et la’ reconnaissance par la Turquie de la souveraineté de l’Autriche sur la Hongrie.

La paix devait durer vingt ans.

Rodolphe refusa de ratifier le traité; il fallutque Mathias assemblât les états de Hongrie et d’Autriche à Presbourg (1608); il confirma aux protestants l’exercice de leur religion , afin de s’assurer du concours de la diète ; elle se déclara en effet pour le traité, qui fut ratifié.

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