‹ États de la confédération germaniqueChapitre 133 sur 261 · FRÉDÉRIC LE BELLIQUEUX ( I · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC LE BELLIQUEUX ( I

Commencement du règne de Frédéric le lielliqueux. — Il ne manqua pas de. prétendants à la succession vacante. D'abord ce fut Éric IV, duc de Saxe - Laueubourg , qui réclama le duché de Saxe et le grand maréchalat de l’Empire, comme descendant d’Albert Irr. Mais l’empereur Sigismoud n’eut aucun égard a sa demande. et pour récompenser Frédéric le Belliqueux, margrave de Misnie et landgrave de Thuringe, qui lui avait fourni des troupes et de l’argent contre les Hussites , il lui contera , le 6 juin 1423, l'electorat de Saxe, avec le le bourgraviat de Magdebourg et le comte de Breline. Frédéric de Holienzollern, électeur de Brandebourg, vint, il est vrai , former une nouvelle opposition au nom de son Gis Jean, qui avait épouse, la fille de Rodolphe III, avant-dernier duc ascanien, et s’empara même de Wittemberg et de ses environs. Il restitua pourtant ses conquêtes, moyennant une forte somme d'arent. Ainsi, la maison de Wettin en lisnie resta déGnitivement en posses-

(*) Lui Entres successeurs d'Albert II avaient été: Rodolphe I*r (1*98 ou i3o8i356), Rodolphe II ( 1 356-1 370), Wencesla» (1370-1388) , Rodolphe IU (1 388-14 1S).

sion de la Saxe , que ses descendants gouvernent encore de nos jour*. Sous cette ère nouvelle, la Saxe, augmentée de la Misnie et de la Thuringe, eût pu reconquérir l’influence politique qu'elle avait exercée sous les ducs guelfes , si des partages n'étaient pas venus bientôt arrêter encore le développement de sa puissance.

Origine de la nouvelle maison électorale de Saxe , et histoire de la Misnie et de la Thuringe , depuis le dixiéme siècle jusqua leur réunion à l'électorat en 1423. — La maison de Wettin avait pour auteur Conrad le Grand ou le Pieux, qui, en 1123, ou en 1127 selon d'autres, reçut par investiture le margraviat de Misnie. Cette contrée avait été érigée en marche au dixième siècle , pour servir de barrière contre les incursions des Normands et des Slaves.

Ses premiers margraves , Hiddag et Eckard /", eurent a lutter contre les ducs de Bohême (984-1002); d’autres, comme Gumelin, frère d’Erkard 1", et Hermann et Fckard II , neveux de ce dernier , se disputèrent succesvement le pouvoir ( 1002-1046 ». Puis, après avoir appartenu à Guillaume , comte d'Orlamunde en Thuringe, et à O/ton le I ieux, son frère ( I04G- 1067), à Eckbert /" et à Eckbert II, comtes de Brunswick ( 1067-1090 ), la Misnie échut à Gertrude, soeur d’F.ckbert II, qui gouverna jusqu'à la majorité de son Gis, maigre les calomnies qu’on avait répandues contre la naissance de cet enfant. Dès que Henri le Jeune se sentit en âge de venger son injure, il Gt un appel à ses vassaux, et marcha contre les calomniateurs de sa mere , parmi lesquels Conrad de tVettin s’était montré un des plus acharnés. Conrad fut vaincu , fait prisonnier , et enfermé à Jena da’ns une cage de fer, où il languit jusqu'à ce que Henri mourût empoisonné. Quoiqu’il réclamât alors la Misnie, comme petit-fils de Mathilde, Glle d' F.ckard I*r, Henri V en disposa en faveur de tViprecht le Biche, margrave de Lusace et gendre de Wratislas, roi de Bohême , qui lui avait constitué eu dot

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SAXE

les pars de Bodisdin ( Bautzen ) et de Nisani (Dresde). Wiprecht, tour à tour pèlerin et guerrier, ami de l’Empereur et rebelle , également fameux par ses dévotions à Rome, a Compostelle, et par ses exploits en Pologne, en Bohême , ne sut pas conserver sa provint»

et mourut aans un couvent. L'empereur saxon Lothaireaida puissamment Conrad à se mettre en possession du margraviat de Misnie, auquel vinrent s’ajouter successivement la Lusace et le comté de Rochlitz. Nous retrouvons ensuite Conrad, combattant en preux chevalier à Ancône, en 1136, prêtant son bras au duc de Saxe contre Albert l’Uurs, faisant un pèlerinage à la terre sainte, prenant part, en 1 146, à une expédition en Pologne, en 1 147, à une croisade contre les Obotrites , expiant ses fautes par les jeûnes, la prière et l’aumône, et enfin partageant ses possessions entre ses enfants, pour aller mourir au couvent de Petersberg, près du tombeau de sa femme ( 1157 ). Le margraviat de Misnie s’étendait alors des frontières de la Bohême et de la Lusace jusqu'à la Mulde, et renfermait entre autres villes Dresde, Tharand, Freyberg, Chemnitz, Rochlitz, Torgau. Quant à la ville de Meissen , qui lui a donné son nom , elle appartenait aux bourgraves de Misnie, princes d'empire qui parurent au douzième siècle et s’eteignirent en 1426.

Sous Otton le Riche, lils de Conrad, le hasard fit découvrir les mines d'argent de Freyberg, et le pays devint tout à coup florissant, de sauvage et de désert qu’il était. Otton employa ces trésors inespérés à doter des églises et des couvents, à fortifier ses villes, à racheter des domaines dans la Thuringe.

Mais ses envahissements lui attirèrent des démêlés avec le landgrave Louis III, de Thuringe. Fait prisonnier par son ennemi , il ne recouvra la liberté que pour être jeté dans les fers par son propre fils Albert , mécontent d’un testament qui lésait ses droits au profit de Dietrich, son frère cadet. La querelle fut longue et acharnée, et ne se termina que parla médiation de l’empereur Henri.

Otton étant mort , peu de temps après la réconciliation , eu 1189, laissa la Misnie à Albert le Superbe, qui guerroya encore contre Dietrich.

Celui-ci fut forcé d’aller attendre en Palestine la mort de son frère; et lorsqu’il revint en 1195 pour recueillir sa succession, il la trouva envahie par l’empereur Henri VI, qui la garda jusqu’à sa mort , arrivée en 1197. Dès lors Dietrich put exercer paisiblement ses droits; il disputa ensuite à Albert de Brandebourg la basse Lusace. qu’il obtint d’OttonlV moyennant quatre mille marcs d’argent, eut des démêlés avec sa noblesse, et mourut empoisonné par un médecin vendu à ses ennemis ( 1220 ). En 1247, son fils Henri l'illustre acquit par investiture le landgraviat deTluiringe.

Cette prov i nce, dont nous avons plus haut suivi I’histoirejusqu’en910, et qui est la seule de la Saxe moderne qui ait jamais appartenu aux Saxons, avait été réunie en 919 à la couronne, et reconstituée en margraviat à la fin du même siècle, au profit du seigneur de Brunswick. Ce margraviat, qui s’étendait entre la Misnie et la Saale, et renfermait entre autres les villes de Leipzig , Pegau , Delitseh , Luekau , Altenbourg , et les évêchés de Naumbourg et Mersebourg, s'était éteint en 1090 par la mort d ’Kckbèrt II, qui était aussi margrave de Misnie et seigneur de Brunswick. Mais il existait aussi un comté de Thuringe, dont le chef-lieu était Sangershausen, et un landgraviat de Thuringe, qui, par son etendue, était plus important, car il s’étendait non-seulement sur une grande partie de ce que nous appelons aujourd’hui le duché prussien de Saxe, et sur les duchés de Weimar, Gotha, F.isenach et les principautés de Schwartzbourg, mais encore sur une partie de la Hesse. En 1130, le comté appartenait a Louis Ul, petit-fils de Louis le liarbu et arrière-petit-fils de Charles de Lorraine (*), dernier rejeton de la race

(*} Louis le Barbu vint s’établir en Thuringe vers io3g, dans tin districtdu dnelté de Gotha , nommé la Loïbe déserte , et mou- '

!6 L’UNIVERS

carlovingienne , exclue du trêne de France. La dignité de landgrave apartenait à Hermann H, de Winzenourg; mais celui-ci ayant été à cette époque proscrit par la diète de Quedlinbourg, Lothaire conféra le landgraviat à louis III, qui mourut en 1140.

Louis ty, son successeur, surnommé de Fer, disent les historiens, parce qu’il était toujours vêtu d’une cuirasse, mérita bien aussi ce surnom pour avoir fait peser rudement son joug sur la noblesse. Ayant vaincu les seigneurs révoltes contre lui, il les attela quatre à quatre à une charrue, et les obligea lie labourer un champ. En IIC8, se sentant près de mourir , il les lit appeler, et leur commanda, sous peine de la corde, de porter son cadavre sur leurs épaules, a une distance de plusieurs milles jusqu’à sa sépulture ; et ils exécutèrent cet ordre posthume, tant était profonde la crainte que le landgrave leur avait inspirée de son vivant, et celle que leur donnaient encore ses fils Louis, Hermann , et Frédéric , comte de Ziegenhagen.

Louis F, l’ainé d'entre eux, fut un des princes qui, en 1180, prirent les armes contre Henri le Lion , et profitèrent de sa ruine. Il réunit alors a ses États , à titre de fief impérial , le comté palatin de Saxe, qu’il tenait déjà comme arrière lief(*). Après avoir uerroyé encore avec Bernard , comte ’Anhàlt, avec Otlon le Riche, margrave de Misnie, avec Conrad , archevêque de Mayence, Louis suivit l’Ein-

rut en io56, laissant deux fils, Louis II le Sauteur, qui continua les landgraves, et Bérenger, qui eut le comté de Sanger.,hausen , ut fut la souche des comtes de Holtenstein. Louis III était fils de Louis le Sauteur.

(') Ce palalinat, dont le territoire était situé dans les environs d‘Allsla-dt, de Qucrfurt et d'Eisleben, entre rUnstmtt rt la Saale, était devenu héréditaire vers le milieu du onzième siècle dans la famille de Oosrrk, après l’extinction de laquelle, en ioSS, il avait passé à celle de Sommersenbuurg, qui disparut en nSo. Les comtes palatins de Saxe tenaient leurs assises à Grona-Werla (plus tard à Goslar) , Wallhausen, Allslaxlt et Mersebourg.

pereur en terre sainte , et mourut dans l’ilede Chypre en 1193. On l’avait surnommé le Débonnaire.

Hermann Fr, son frère et son successeur, créé palatin de Saxe par l’empereur Frédéric I*r, son oncle, vit la Thuringe envahie et ravagée plusieurs fois par les deux compétiteurs Philippe de Souabe et Otton de Brunswick , entre lesquels il flotta longtemps. Enfin, en 1210, voyant Otton excommunié par Innocent III . il fit contre lui une alliance avec Philippe Auguste de France , et Otton , pour se venger, vint mettre le pays à feu et à sang". Hermann mourut à Gotha en 1215. Il était grand protecteur de la poésie des Minnesiitger.

Sou fils aîné, Louis yi, dit le Saint, fut, comme ses prédécesseurs , inquiété par les archevêques de Mayence.

Avant résolu de faire le voyage' de la Palestine avec Frédéric II, il mourut à Otrante en 1227. Sa femme était celte Élisabeth de Hongrie, que l’Église honore aussi du nom de sainte.

Hermann II, son fils, n'eut que le nom de landgrave , car ses deux oncles et tuteurs. Henri Ruspon et Conrad, s’étaient approprié et partagé ses États. Le premier avait pris |iour lui la Tlkiringe , et cédé la Hesse au second.

Hermann étant mort sans enfants , en 1241, Henri Raspon recueillit son héritage. A la fois landgrave de Thuringe, palatin de Saxe et seigneur de Hesse, il était un des princes les plus puissants de l’Allemagne; aussi fut-il un de ceux auxquels Innocent IV , après avoir dépose Frédéric II, offrit la couronne impériale (*). Henri refusa d’abord : « Il était trop vieux et n’avait pas d'enfants, ni d’amis puissants capables de le soutenir; ses richesses, d’ailleurs, ne suffisaient pas aux frais d'une guerre. » .Mais le pape ayant insisté et promis de pourvoir à tout, Raspon se laissa tenter. Une assemblée d’évêques le nomma roi des Romains ( 1246). Les moines prêchè-

(*) Voyez I'Allimacri, t. I, p. in et iuiv.

saxe.

rent partout la croisade contre Frédéric; le légat distribua des indulgences , Innocent lui fit remettre 25,000 marcs d'argent. Par ces moyens, l’anti- César , le roi des prêtres . comme l’appelait le peuple, rassembla une armée , avec laquelle il battit d’abord , près de Francfort , Conrad , le second fils de l’Empereur.Mais, défait dans une bataille décisiveprès d’Ulm, il se hâta de regagner la Thuringe, où le chagrin et les fatigues le firent mourir pendant le carême de l’an 1247. Avec lui finirent les Carlovingiens de Thuringe. Comme nous l'avons dit plus haut, le margrave de Misnie et de Lusace, Henri l' Illustre, Gis de Jutta, sœur eonsanuine de Kaspon , prit alors possession u landgraviat. Il prétendit aussi aux biens alleux situés dans la Hesse; mais Sophie, duchesse de Brabant et fille du landgrave Louis le Saint, les lui disputa. line longue guerre s'ensuivit, dans laquelle Sophie eut pour alliés Albert de Brunswick et plusieurs autres seigneurs. Henri fut réduit à se réfugier en Bohême, jusqu’au moment ou ses fils remportèrent une victoiredécisive en 1203, a Besenstndt sur l'Elster. Enfin, en vertu d’un traité de

Saix conclu l’an 12G5,la Hesse fut abano;inée à la duchesse de Brabant, et la Thuringe avec le palatinal de Saxe resta au margrave de .Misnie.

La réunion de deux provinces aussi considérables agrandit le territoire de la maison de Wettin, sans augmenter sa puissance , parce que , fidèle à l’habitude funeste des chefs de famille de son époque, Henri l’illustre crut devoir partager ses États avecses fils près de trente ans avant sa mort. L’aîné, Albert, que l’histoire a flétri du surnom de Méchant ou Dégénéré ( der Unartige ), eut, vers 1260, la Thuringe avec le palatin, 'it de Saxe. Dietrich ou Thierry reçut l’Osterland ou l’Austrie (ancien margraviat de Thuringe), dont la capitale était Landsberg, près de Leipzig. Henri se réserva la Misnie avec la basse Lusace. Ce partage devint une source de désastres pour la maison de Misnie. Les deux frères furent bientôt aux prises : l’aîné tira

2* Livraison. (Saxe.)

même l’épée contre son père, et sa vie n’offrit plus qu’un tissu d’égarements criminels. Marié à la vertueuse Marguerite de Hohenstaufen, fille de l’empereur Frédéric II, dont il avait trois fils, Henri, Frédéric et Dietrich, communément appelé Dietzmann, il lui préférait une concubine, Cunégonde d’Eiseoberg, qui lui avait donné un quatrième fils, nommé Albert ou Apicius. Sa passion coupable et la prédilection qu’il portait à cet enfant le poussèrent d’abord à donner l’ordre d’assassiner Marguerite, qu’une protection divine sembla sauver de la mort (*) , puis à tenter de dépouiller ses fils légitimes de leur héritage. De là naquit entre le père et les enfants des guerres longues et désastreuses.

Thierry, second fils de Henri , mourut en 1285 avant son pere, et eut pour successeur son fils Frédéric, surnommé Tatta ou le Bègue , décédé sans postérité en 1291.

Henri l’illustre eut encore dans un âge avancé, et d’une troisième épouse, un fils désigné sous le nom de Frédéric le Petit, ou sous celui de Frédéric de Dresde, parce qu'il lui abandonna cette ville de sou vivant.

La mort de Henri, arrivée en 1288, fut le signal de nouveaux troubles.

Ses deux héritiers, Albert le Dégénéré et Frédéric Tatta, eurent a combat! re, l’un contre son propre fils Frédéiic le Mordu, l’autre contre Dietzmann.

Tatta finit par céder à sou cousin la basse Lusace. Quant à Frédéric le Mordu, il surprit son père, l’enferma à Rochlitz, et ne lui rendit la I berté que moyennant la cession de Freyberg avec toutes ses mines, de To’rgau, de Grossenhain et de plusieurs autres villes. La paix était à peine rétablie qu’eile fut encore rompue, parce

(*) L’a<sassin cédant au remords lui découvrit le complot. La princesse u'eut que le temps de se faire descendre pardes corde» du haut du château, et de se sauver dans un couvent à Francfort , où elle mourut eu 1270. En embrassant sou second fils, la pauvre mère, égarée par la douleur, lui mordit tellement la joue , qu'il en garda la marque toute sa vie, et fut surnommé le Mordu.

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que Albert, pour enrichir le fils de Cunégonde, engageait ou vendait une province, un domaine après l'autre.

Ces longues contestations ne furent terminées qu’en 1310 par l’empereur Henri VII et par son fils Jean de Bohême. Le vieil Albert étant mort en 1314, Frédéric le. Mordu fit si bien , en héritantdeTatta, de son père, de Frédéric le Petit, en tirant habilement profit de ses victoires sur l'empereur Albert d’Autriche, en épousant une princesse qui lui apporta en dot le cercle de Neustadt, et en rachetant divers domaines de ses voisins , qu'il se retrouva maître de toutes les anciennes possessions de Henri l’illustre, excepte la basse Lusacc vendue par Dietzmann, en 1303, à la maison de Brandebourg ; et si à la suite d’uue guerre malheureuse coutre Waldemar, électeur de Brandebourg, il éprouva des pertes considérables, il sut les reparer toutes, après la mort de Waldemar, en 1319, et de son frere Jean, en 1320. Ce prince, auquel on doit reconnaître des qualités supérieures, mourut en 1324 des suites d’une attaque d’i poplexie.

Frédéric 11 le Grave, son fils et son successeur, régna jusqu'en 1349, et fit, entre autres acquisitions ou rachats importants, ceux de Cbeinnitz, Zwickau, Altenbourg, Orlamunde, Weimar, Saalfeld et Landsberg.

Ses fils, Frédéric 111 le Sévère ou le Vaillant , Balthasar et Guillaume /•' le Borgne, offrent pour la première fois , après une si triste série de dissensions de famille, l’exemple d'une> sage concorde.

Frédéric l’aîné, figé de dix-huit ans, gouverna seul les Etats réunis qu’il posséda par indivis avec Balthasar et Guillaume. Aussi les forces des trois frères ne s'épuisèrent - elles pas en guerres inutiles et désastreuses, et furent-elles consacrées à l'agrandissefnent de leur territoire et a la consolidation de leur puissance. Ainsi ils acquirent, soit par des mariages, soit par leurs trésors, soit par leur épée, Cobourg, Sonnenberg, Neustadt, Hildburghausen, Eisfeld,"le bourgraviat de Groitzch, une partie du cerclé du Vogt-

land (*), et plusieurs autres villes et seigneuries. Ce furent les trois frères qui, après une guerre malheureuse contre Albert de Brunswick, conclurent le i juin 1373 le fameux pacte de confraternité entre les maisons de Misnie et de Hesse. Ce pacte, ratifié par l'empereur Charles IV, avait pour objet la succession mutuelle des deux maisons, si l’une d'elles venait a s’éteindre; et , ce qu’il y a de bien remarquable, c’est qu’aujourd'hui, apres plus de quatre siècles et demi, il subsiste encore et réglerait probablement, le cas échéant, la succession des deux maisons (**). En 1376, ne voulant laisser après eux aucun sujet de querelles , ils dérogèrent à leur ancienne transaction, en ce que, sans partager le gouvernement, chacun des trois frères eut la jouissance de son tiers dans le territoire. La mort de Frédéric le Sévere, arrivée en 1381, donna ensuite lieu à un partage definitif conclu l’année suivante a Chemnitz, et en vertu duquel les trois jeunes fils du défunt reçurent l'Osterland avec quelques autres districts , Balthasa^r toute la Thunnge, et Guillaume I' toute la Misnie, excepté Freyberg et ses mines, dont l’administration resta indivise. De ces cinq princes. George, le plus jeune des fils de Frédéric le Sévère , mourut le premier en 1481 , et sa part accrut celle de ses frères Frédéric le Belliqueux et Guillaume U-

La famille de Guillaume I" s'éteignit en 1407. Frédéric le Pacifique,

(*) Le Voglland , terre des avoués ou préfets, était ainsi appelé parce que ses proprietaires les comtes de Glilzberg, dont les descendants prirent le nom de Reuss, possédaient héréditairement la dignité d’arone. Il comprenait, outre les possessions de 1* maison de Reuss et d'autres seigneuries , ce ue 1 on nomme aojourd'hui les cercles e Vogtland et de Neuslaiit.

(**) Le 29 avril 1 4 5 7 , la maison de Brandebourg - Holieuzollern fui aussi admise dans la confraternité. Mais celle adjonction n'a jamais été ratifiée par le chef de I Empire. Voyez sur le pacte de confraternité, Schoell , Histoire des États européens, t. VIII, p. 75 et *uiv.

SAXE

Süi, en 1406, avait succédé à son père althasar, ne régna que par son épouse Anne, et mourut sans eufauts en 1439, laissant ses Etats à Frédéric, devenu électeur de Saxe.

La branche d'Oslerland montra plus de vigueur. Il lui était réservé nonseulement de réunir les parties éparses des possessions des AVettin, mais d'élever le duché de Saxe à l’électorat. Le lus distingué des princes de cette ranche fut Frédéric le Belliqueux, qui partagea d’abord le pouvoir avec ses frères, leur survécut et perpétua leur nom. En 1409 il fonda, avec Guillaume II, l’université de Leipzig, où affluèrent les étudiants allemands que la haine des Bohèmes avait éloignés de Prague. Frédéric assistait au coneile qui prononça la condamnation de Huss ; niais il protesta , par son absence, contre l’exécution du jugement.

11 fut cependant obligé de prendre les armes contre les nouveaux sectaires, qui s’étaient déjà emparés de Budissin { Bautzeu), et menaçaient la Misnie.

Il prêta son appui à l'Empereur, et lui fit remporter de fréquents avantages; aussi eu fut-il récompensé en 1423, comme nous l’avons vu plus haut.

Suite du règne de Frédéric te Belliqueux. — Après avoir vaincu les difficultés qui s'opposaient d’abord a son installation et avoir hérité de la part de son frere Guillaume 11, mort en 1425, le nouvel électeur continua à prendre une part très-active à la guerre des llussites , dont presque tout le fardeau retomba sur lui. Le 15 j lin 1426, il laissa douze mille de ses Saxons sur le champ de bataille d’Aussig (’). L’année suivante, il en perdit encore plus de dix nulle sous les murs de Mies, et vit les Hussites ravager la Misnie et la I.usace. Frédéric ne survécut pas à ce désastre : il expira le 4 janvier 1423.

jRXDÉHic il i.« uébom.vairf. ( 1 4 a S- 1 464 ) kt Guillaume ni (1428-14$?).

Frédéric était l’alné des quatre fils que Catherine de Brunwick avait don-

(*) Voy. I’AlliiMaosï, t. Il, p. 63 et 64.

nés à son mari : il fut investi de l'électorat, et gouverna d’abord en commun avec ses frères. Cependant son

fière lui avait légué avec son héritage a guerre à poursuivre contre les llussites. Ces redcutables ennemis, conduits par Procope, envahirent la Misnie en 1429. Promenant la dévastation depuis Bcrisa , Diepholz - tVald et Dresde jusqu’à Scharlenberg, chassés de Dresde par Frédéric, ils reprirent l’avantage dans plusieurs combats où périrent maints braves rhevaliers. En 1430, de nouvelles bandes inondèrent le pays; 400 villes et châteaux et 1400 villages furent pillés, et 3000 voitures furent chargées du butin. Ce fut en vain que l’Empire réunit toutes ses forces pour venir au secours de la Saxe; ses efforts se brisèrent dans la journée de Riesenbourg (14 août 1431). Les dévastations cessèrent lorsque Sigismond eut résolu de recourir aux voies de conciliation, et les princes de Saxe purent songer a augmenter leurs possessions. Comme aucun d'èux 11e forma lignée , nous 11e parlerons pas des partages qu’ils firent à plusieurs reprises. Il suffira de dire qu’après la mort de Frédéric le Pacilique, l'un d’eux , la Thuringe fut l’objet d'une guerre longue et sanglante entre Frédéric II et Guillaume III, et que, en 1451, intervint un traité, par lequel ce dernier recevait la province eu litige.

En 1455, il arriva au château d'Altenbourg un événement, qui eût pu entraîner la ruine de la famille électorale , et qui atteste en même temps l’esprit de ces temps barbares (’). A la cour de l'électeur vivait un brave chevalier, Kunz de Kauffungen, qui lui avait rendu de grands services, et qui, dans la derniere guerre , avait perdu ses domaines en Thuringe, et en avait reçu d’autres en échange dans la Misnie. Après la réconciliation des frères, il refusa de rendre ces biens : on les lui arracha de force. De la un procès

(*) Le souvenir de cet événement s est eonserré jusqu'à nos jours dans les traditions populaires de la Saxe.

L’UNIVERS

devant arbitres, avec l’électeur. Alors il se retira dans les montagnes de la Bohême, menaçant de faire retomber sur les enfants 'de Frédéric les effets de sa vengeance. Un domestique le tenait an courant de tout ce qui se passait au château d’Altenbourg , où résidait l’électrice Marguerite avec ses deux (ils Ernest et Albert, âgés de quatorze et douze ans. Kunz, suivi de quelques complices , vint se cacher aux abords du château , et , dans la nuit du 7 au 8 juillet, il escalada les murs et enleva de leurs lits les jeunes princes , malgré les cris déchirants de leur mère qu’on avait enfermée. Son intention était de les transporter dans son château de Bohême; il confia Ernest à Guillaume de Mosen et a Schoenfels, qui prirent la roule de Zurikau.

Lui-même, avec deux compagnons, s’enfuit d’un autre côté. Pendant que l'alarme se répandait dans le pays, et que le tocsin sonnait de toutes |>arts, Kunz, parvenu au pied du Furstenberg, sur les frontières de Bohême, se crut en sûreté, et permit à l’enfant épuisé de cueillir quelques fraises dans la forêt. Le prisonnier alors se fit connaître à un charbonnier, George Schmidt : celui-ci , armé de son fourgon, attaque les ravisseurs; sa femme fait du bruit , et bientôt d’autres charbonniers accourent et se joignent à lui. Kunz, en se défendant avec fureur , s’embarrasse dans ses éperons , tombe et est fait prisonnier. Mosen etSehoenfelsavaient été plus heureux:

ils étaientarrivés dans une forêt située derrière Schneeberg, lorsque, effrayés par le mouvement général qu’avait produit le tocsin, ils se cachèrent quelques jours dans la caverne, appelée aujourd’hui caverne des princes. Ce fut là qu’ils apprirent par hasard , de quelques bûcherons, le sort de Kunz.

Ils résolurent de rendre leur victime, si l’on voulait leur laisser la vie, et on leur pardonna. Quant à Kunz, il ne tarda pas à subir la peine due à son crime. Il fut décapité le 14 juillet.

Frédéric vécut paisiblement jusqu'en 1464, tandis que Guillaume III menait une existence aventureuse, et faisait

en terre sainte un peiennage qui ne le rendit pa3 meilleur.

XRKEST ET ALBERT (1464-1486).

Ernest et Albert succédèrent à Frédéric, de telle manière que le premier régna seul dans l’electorat et le duché de Saxe, et, conjointement avec le second, dans le reste du territoire. En 1482, ils s’enrichirent de la succession de leur oncle Guillaume, décède sans enfants, et résolurent d’en faire le partage. Suivant la loi des Saxons, ce fut l’ainé qui détermina les lots, et Albert eut le choix.

Au grand désappointement d’Ernest, Albert prit la part qui contenait la Misnie, le margraviat de Landsberg, l’Osterland et le cercle du Vogtland , avec dix-sept villes en Thuringe. A l’aîné revinrent l’électorat et le duché de Saxe (c’est-à-dire le cercle de Wittemberg ), un nombre à peu près égal de villes de Thuringe, avec Cobourg, Saalfei et Hildburghausen , et 50,000 florins d’or. Les mines restèrent en commun. Le recez de partage fut signé à Leipzig le 26 août 1485.

Ainsi, pour le malheur de la Saxe, la maison de Wettin se divisa en deux lignes qui existent encore aujourd'hui:

la ligne Ernestine et la ligne Albertine, dont les possessions une fois disjointes n’ont plus été réunies . Les princes de Thuringe résidèrent à Witteinberg, et ceux de Misnie à Leipzig ou à Dresde.

Ligne Ernestine de 1486 à 1547.

FRÉDÉRIC V LE SAGE ( 1 4 86- 1 5a 5).

Ernest étant mort en 1486, des quatre fils que lui avait donnés Elisabeth de Bavière, Frédéric, l’ainé, lui succéda seul dans l’électorat , et conjointement avec le quatrième , Jean le Constant, dans les autres possessions.

Ses contemporains et la postérité l’ont honoré avec raison du surnom de Sage. Ce prince, aussi prudent et éclairé u’il était juste et bon, fut choisi pour tre chef du conseil et gouverneur général de l’Empire, pendant l’absence de Maximilien 1er. Ce fut lui qui , eu

SAXE

1502, fonda l’université de Wittemberg , la rivale de Leipzig. Parmi les professeurs qu’il y établit, se trouva Martin Luther. Ôn sait que Frédéric, affligé de voir les émissaires du saintsiège ruiner son pays, et d’ailleurs jaloux de conserver le principal ornement de son université naissante, accorda au hardi réformateur une protection sans laquelle il eût sans doute éprouvé le sort de Jean Huss. Aussi l’exposé du rôle brillant qu’il a joué, surtout après la mort de Maximilien , appartient-il plus particulièrement à l’histoire de la réforme (*). Ajoutons seulement, comme un autre titre de Fràléric à l’admiration de la postérité , qu’en 1519 il avait refusé la couronne impériale. pour donner sa voix à l’archiduc Charles, qui prit alors le nom de Charles-Quint. La guerre des anabaptistes et des paysans finissait, étouffée dans le sang , quand Frédéric mourut le 5 mai 1525, après avoir reçu la communion sous les deux espèces, et l’extréme-onction.

«Air le cosstjütt (<5i5-iî3a).

Son successeur, Jean le Constant, déclara publiquement son zèle ardent pour les doctrines nouvelles qu’accueillaient avec empressement toutes les populations de la Saxe, et seconda Luther dans l’organisation de son Eglise.

Les partis commençant à se dessiner de plus en plus , IVfecteur de Saxe se montra, avec le landgrave de Hesse, à la tête des protestants. Cependant l’Empereur avait convoqué la diète à Augsbourg (**) (1530). Il paraît que Jean hésita à s’y présenter, craignant pour sa liberté. Il y vint néanmoins, accompagné de Melânchthon.deSpalatin et de Jonas ; quant à Luther, encore frappé par l'édit de Worins , il l’avait conduit au château de Cobourg, d’où il pouvait facilement correspondre avec les théologiens protestants. Le 25 juin , la confession de foi fut lue par Melanchthon et présentée à Char-

(*) Voyez 1* Allemagne, t. II, p. 181 et soi».

(**) Ibid., p. a» 7 et »uiv.

les-Quint par l’électeur de. Saxe. Mais les parties intéressées se séparèrent

Plus acharnées que jamais l’une contre autre. On pouvait dès lors prévoir que l'épée serait appelée à décider la question, et les princes protestants, voulant pourvoir à leur défense commune , formèrent pour six années la confédération appelée ligue de Smalealde ( 1531 ), a laquelle prirent part Jean de Saxe, Philippe de Hesse, Ernest de Brunswick, Wolfgang d’Anhalt, plusieurs autres princes et onze grandes villes libres. Jean et Philippe en furent nommés chefs à Francfort.

Sur ces entrefaites , l’électeur Jean mourut à Schweidnitz le 16 août 1532.

Il devait le surnom de Constant à von zèle pour la reforme. Luther avait l’habitude de dire de lui : « Il a la « bonne foi, comme son frère avait la « sagesse; la réunion de ces deux qua- « lités ferait un prodige. »

JEAIf-PHRDÉRIC LE géhéeeux (i53s-i547).

La vie de Jean - Frédéric, dernier électeur de la maison Ernestine, fut une époque mémorable pour la Saxe.

L’éducation de ce prince, né h Torgau le 30 juin 1503, avait été confiée au savant théologien Spalatin et à Crosner. Ces habiles instituteurs cultivèrent et enrichirent son esprit, mais ils ne purent le corriger d’une sorte de fermeté qui dégénérait souvent en opiniâtreté; et ce défaut, tout en faisant de lui un énergique défenseur de la réforme, l’entraîna dans tous les malheurs qui le frappèrent, lui. sa famille et son pays.

De toutes parts commençait à se former et à gronder sourdement un orage désormais inévitable. Dès 1531, comptant sur l’appui de la France, la Saxe et la Bavière s’étaient liguées contre l’élection de Ferdinand , comme roi des Romains.

En 1542, Philippe de Hesse et Jean- Fredéric s’emparèrent de Wolfenbuttel et de tout le pays de Brunswick , d’où ils chassèrent le duc Henri le Jeune, qui s’était montré l’adversaire déclaré de la réforme et de la ligue de Stnalcalde. L’Empereur et les catholi-

L’UNIVERS

gués étaient dans une extrême inquiétude. Heureusement pour eux , les chefs de l’union perdirent le temps en vaines protestations, au lieu d’agir. D'ailleurs. Jean-Fredéric était empêché par les discordes dont sa propre maison était le foyer. Il redoutait déjà son jeune cousin, Maurice, de la branche Àlbertine, qui , quoique protestant, ne voulait rien faire pour la ligue de Smalcalde , et affichait trop d’indépendance pour être d’accord avec le chefde la famille. Les deux princes, comme pour préluder à la grande querelle qui bientôt devait s'élever entre eux, avaient armé l’un contre l’autre, et leurs troupes étaient en présence quand le landgrave de Hesse les réconcilia, le 10 avril 1542 (*).

Les princes protestants étaient alors pleins de sécurité : l’électeur de Saxe se livrait aux plaisirs de la paix et aux soins de l'administration, s'arrogeant la direction de la reforme et s’enrichissant par des sécularisations. Sur ces entrefaites, la paix de Crespy ayant été conclue avec la France ( 1 544), l'Empereur tourna toute son activité vers les affaires de l’Allemagne et les intérêts de la religion catholique, et Jean- Frédéric put prévoir le danger qui menaçait les confédérés ; néanmoins sa confiance en Dieu était plus grande que sa prudence. Les rois de France et d’Angleterre avaient offert, à Worms , aide et assistance aux protestants; mais il répugnait a l’électeur d’accepter une pareille alliance, qui, pensait-il, ne pouvait être bénie du ciel et deviendrait plutôt dangereuse pour la réforme.

Le vieux I.uther avait cessé d’exister quelque temps avant que la tempête éclatât sur l’Allemagne. Il était mort le 18 février 1546, à Eisleben, sa ville nata-e , comme si la Providence eût voulu lui épargner le spectacle déchirant d’une catastrophe qu’a-

(*) On nomme eette courte mésintelligence la guerre des flans, parce que les soldats des deux armées purent retourner chez eux pour manger les flans qu’on préparait pour la fête de Pâques.

vaient amenée ses doctrines, et que ses efforts constants avaient tendu à prévenir. Après avoir commencé ses armements, l’Empereur vint présider la diète de Ratisbonne, qui s’ouvrit le 5 juin, et où l’on ne vit paraître, au milieu des partis déjà nettement tranchés, ni Philippe, ni Jean- Frédéric.

Les princes protestants comprirent bientôt qu’il importait de ne pas se laisser prévenir, et, agissant avee une merveilleuse promptitude, ils réunirent leurs forces, et publièrent une déclaration de guerre à la suite d'une entrevue de Philippe et de Jean-Fréderic, à Ichtershausen (4 juillet 1546).

Charles fut d’abord effrayé de l'actiyité de ses adversaires, et” mit , dès le 20 juillet , les deux chefs de la ligue au bnn de l'F.mpire ; mais il cessa de craindre quand, à l'ouverture de la campagne , il vit qu’il n'v avait chex eux ni union, ni activité, ni plan de conduite. Philippe et Jean-Frédéric, qui, planés, à la tete de 70,000 combattants et de 112 canons, auraient pu anéantir Charles avec scs 5000 hommes, négligèrent l’occasion de l’enfermer à Ratisbonne, et lui laissèrent le temps de se retirera Landshut. Tandis que les confédérés temporisaient et s’occupaient de misérables querelles sur la préséance, l'F.mpereur recevait de nombreux renforts et arrivait à Ingoistadt. Là encore on lui laissa le temps d’augmenter le nombre de ses troupes, jusqu’au moment où il fut en état de prendre l’offensive. Alors l’armée de la ligue se vit obligée de battre en retraite non sans essuyer des pertes continuelles, et chacun roulant faire prévaloir son avis , on n’en adopta aucun. Seulement on s’accorda sur un point, c’est que les événements étaient a la disposition de la Providence divinp.

Le succès avait déjà favorisé les armes de l’F.mpereur dans la haute Allemagne, lorsqu’il fit courir, dans le camp ennemi , le bruit que l’électorat de Saxe était envahi parle» Impériaux, sous les ordres de Ferdinand et par les troupes de Maurice. En effet, cette

SAXE

nouvelle ne tarda pas à se confirmer.

Maurice, chef depuis 1541 de la ligne Albertine , convoitait dès longtemps les possessions de la branche aînée, et surtout l’électorat. Marchant froidement vers le but que lui marquait son ambition, il se sépara toujours de ses coreligionnaires et de son cousin pour lesquels ses talents et sa prudence eussent fait de lui un allié précieux , et rechercha l’amitié de l’Empereur. Celui-ci entretint habilement les espérances qu'il avait conçues, et signa un traité secret avec lui.’ Aussi , lorsque Maurice vit les confédérés battre en retraite , il crut inutile de dissimuler plus longtemps, et se jeta sur l’électorat, sous prétexte d’executer l’arrêt de proscription prononcé contre son cou-, sin. Dès ce moment, rien ne put re-’ tenir Jean-Frédéric; il vola à la défense de ses États, presque entièrement envahis. Ses succès ne furent pas moins rapides que ne l'avaient été ceux de Maurice. En très-peu de temps il balaya le pays, et défit un corps «le 6000 hommes qu’amenait le margrave Albert de Brandebourg. Maurice, alors, contraint de se réfugier dans les montagnes de la Bohême, et ne possédant plus à son tour aue Dresde , Pirna et Leipzig, entama-des négociations pour gagner du temps, et Jean-Frédéric se laissa prendre à ce piège.

Au printemps de l’an 1547, l'Empereur, que la mort venait de débarrasser de son ennemi, le roi de France, s’avança rapidement au cœur de la Saxe , ‘à la tête de 35,000 hommes , laissant de cdté les villes qui s’opposaient à sa marche; tandis qu’au contraire Jean- Frédéric, complètement aveuglé, dispersait ses forces en divers cantonnements. Aussi quand Charles s’approcha, accompagné de Ferdinand et de Maurice, l’électeur n’avait plus que 10,000 hommes à sa disposition.

Renonçant successivement à se retrancher à Meissen et à Wittemberg, il se retira vers Muhlberg, sur l'Elbe. Les Impériaux l’y suivirent, et arrivèrent le 24 avril sur l’autre bord. C’était un dimanche, et l'électeur, bien loin de se douter que l’Empereur fût si près

de lui , était à l’église , quand on vint lui dire que l’ennemi tentait le passage du fleuve. Au lieu de défendre sérieusement toriveetdr livrer immédiatement la bataille , il chercha à fuir dans la direction de Wittemberg; mais Charles l'atteignit dans les plaines de Lockau, et l'obligea à accepter le combat. Bientôt ce ne fut plus qu’une déroute, au milieu de laquelle le malheureux électeur , lâchement abandonné des siens, se défendit vaillamment avec quelques compagnons fidèles. Son épée moissonnait les Italiens, les Espagnols, les Hongrois qui l’enveloppaient. Cependant, comme le sang coulait abondamment d’une blessure profonde qu’il avait reçue au visage, il fut enfin obligé de’ se rendre à un gentilhomme de Misnie, et amené devant l'Empereur qui l'accueillit durement et le remit à la garde de l'F.spagnol Alphonse de Vivés. Le lendemain. Torgau ouvrit ses portes; mais Wittemberg, énergiquement défendue par l’électrice Sibylle, refusa de se rendre. Charles se trouvant hors d’état d’en faire le siège, fit alors condamner Jean-Frédéric a mort, dans un conseil de guerre composé d’officiers espagnols et italiens, et présidé par le cruel duc d’ Albe. Le malheureux entendit prononcer son arrêt avec un calme stoïque, et sans interrompre une partie d’échecs qu’il avait commencée. Cette sentence ne pouvait être sérieuse ; mais, pour en obtenir la commutation, Jean- Frédéric, vaincu par les larmes de sa famille, se vit contraint de signer, le 19 moi, la fameuse capitulation de Wittemberg , en vertu de laquelle il renonça pour lui et ses descendants à la dignité électorale, livra Wittemberg et Gotha, et resta prisonnier de l’Empereur. Tous les biens séuestres , à l’exception de quelques oinaines dont se composèrent ensuite les principautés de Weimar, Eisenach, Cobourg, Gotha et Altenibourg , furent donnés au roi des Romains Ferdinand ou à Maurice. Les fils de Jean- Frédéric devaient recevoir de leur oncle 50,000 florins de rente annuelle, et, des mains de l’Empereur, l’investiture

L’UNIVERS

de ce qui leur serait laissé. Charles entra ensuite à Wittemberg, où il ne voulut pas troubler la paix des cendres de Luther, malgré les sollicitations des catholiques : « Je ne fais pas la « guerre aux morts, dit-il, et celui-ci « est déjà devant son juge. »

Maurice reçut , le 4 juin , le prix de sa conduite , 'l'électorat de Saxe , qui depuis est resté dans la ligne AJbertine. Quant au malheureux Jean-Frédéric, il fut emmené à la suite de l’Empereur, et demeura captif pendant cinq ans.

Ligne libertine, jusqu'à sa promotion à l’électorat (1485-1553).

ALBERT LE COCRACEUX ( 1 485 l5oo).

Le long séjour d’Albert à la cour de son oncle maternel , l’empereur Frédéric III, imprima à la politique de cette branche une direction qu’elle suivit pendant plus d’un siècle. Ainsi, après les diètes de Wurztbourg et de Francfort, la Saxe ducale, bornée à la Misnie et à une partie de l’Osterland, prit part à la guerre contre Charles le Téméraire , et Albert, par son habileté et sa bravoure, y rendit de grands services à la maison d’Autriche. Il fut encore chef de l’armée du roi des Romains dans la guerre contre Mathias Corvin. Pour le récompenser d’un attachement auquel il semblait même sacrifier les intérêts de son peuple, l'Empereur lui donna en 1486 l’expectative des duchés de Juliers et de Berg , et, en 1489, le gouvernement des Pays- Bas. Pendant que la Saxe ducale, en son absence, était gouvernée par son fils George, Albert s’acquitta de la tâche pénible de pacifier ces provinces, où il sut si bien établir l’autorité , la terreur même de son nom, que les rebelles fuyaient au bruit seul de l’approche du Roland Saxon , comme ils l’appelaient. En 1498, il reçut pour prix de ses lovaux services èt de ses avances pécuniaires le stathoudérat héréditaire de la Frise, où il plaça son second fils, Henri. Mais cette nouvelle invcstitore l'impliqua dans une guerre malheureuse avec les Frisons révol-

tés, et le chagrin qu’il en ressentit lut causa une maladie , dont il mourut à F.mden le 12 septembre 1500; ses restes furent déposés dans la cathédrale de Meissen.

GEORGE LE B\R»U (i5oO-l53g).

Des trois fils d’Albert, George , l’alné, reçut le duché de Saxe; Frédéric, le dernier , devint grand maître de l’ordre Teutonirjue; quant à Henri, il devait garder la Frise. Mais il paraît qu’il ne se souciait guère de ce pays, car il en partagea d'abord l’administration avec son frère, tout en restant en Saxe; et, le 30 mai 1505, les deux princes conclurent une transaction, par laquelle Henri renonçait au stathoudérat et recevait les bailliages de Frevberg et Volkenstein, sauf les mines, et, de plus, une rente de 12,000 florins et de douze foudres de vin.

George eut encore a lutter contre les Frisons, qui refusaient toujours de reconnaître l’autorité de la maison de Saxe. Leur capitale, Groningue, assiégée depuis 1501 , se rendit, six ans après , à Edzard , comte d’Ostfrise et allié du duc ; mais celui-ci garda obstinément sa conquête pour lui. Enfin, en 1515, George crut ne pouvoir mieux faire que de revendre la Frise à l’archiduc Charles, moyennant une somme de 350,000 florins.

Quoique son frère Henri eût embrassé les nouvelles doctrines, dès 1536, George, ennemi juré de Luther, resta attaché à son ancienne crovance , qui perdait tous les jours de son crédit dans ses Etats , en dépit des mesures sévères qu'il déployaitcontre le protestantisme. A ce chagrin vint se joindre celui de voir son frère , le protestant, le confédéré de Smalcalde, devenir son héritier présomptif par la mort de ses deux fils Jean et Frédéric. Lui-même mourut le 11 avril 1539.

HENRI LE FIEUX (l53ç)-t54l).

Henri, que ses coreligionnaires ont surnommé te Pieux, rappela tous ceux que son frère avait bannis pour cause de religion, introduisit dans ses États l’exercice du culte protestant, et mou-

SAXE

rut en 1541, à l’âge de 68 ans, laissant à ses Dis, Maurice et Auguste, le soin de consolider son œuvre.

Nkoin (i54i-i553).

Maurice, né le 21 mars 1521, «doit certainement occuper la place la plus distinguée parmi les personnages qui Dgurent dans l'histoire de ce siecle guerrier. Si, d'un côté, son excessive ambition , sa dissimulation profonde et l’injuste usurpation des États de son parent doivent lui faire refuser des éloges réservés à la vertu , de l’autre , son habileté à concerter ses mesures, sa vigueur dans l’exécution et son bonheur constant le mèttent au moins au rang des grands princes (*). »

Nous avons déjà vu par quelle conduite tortueuse il s’était élevé à l’électorat. Parvenu ainsi au but de son ambition, Maurice se prépara à prendre un rôle tout différent de celui qu’il avait joué jusqu’alors. Si l’Empereur réussissait à accomplir ses projets contre la liberté et la religion deT Allemagne, l’électeur de Saxe devenait un faible vassal. Quelque audacieuse que fût l’entreprise, il était bien plus glorieux de se placer, comme son prédécesseur, à la tête du parti rotestant; Charles avait, du reste, umilié et irrité profondément Maurice en lui refusant la liberté du land-

f'rave de Hesse, son beau-pére (**). Dès ors il attendit impatiemment l’heure de la vengeance, cherchant à ménager jusque-là également l’Empereur et les protestants. Comme Magdebourg s’obstinait encore à rejeter \‘intérimcf 4ugsbourg, système de doctrine provisoire que Charles-Quint prétendait imposer à l’Allemagne protestante, Maurice se fit déférer, en 1550, le commandement (Je l’armée chargée de faire le siège de cette ville (**). D’abord il dirigea les travaux avec toute la lenteur dont il avait besoin pour mûrir ses

(*) RoberUon , Hist. de Cliarles-Quint , t. IV, p. aog.

(**) Voyez I’Auimaosk , t. Il , p. a3g et tuiv.

(’**) Ibid., p. 343 et suiv.

plans et nouer ses intelligences secrètes avec le roi de France Henri II , le fils aîné du landgrave de Hesse et le duc de Mecklembourg. Enfin , après avoir pris la place au bout de treize mois , amusé adroitement l’Empereur par de nouvelles intrigues et achevé tous ses préparatifs, il lève le masque et va se mettre à la tête de son armée en Thuringe. De là il se dirige a marches forcées vers la haute Allemagne, prend possession de toutes les villes qu’il rencontre, et sans s’arrêter longtemps à des négociations qui n’etaient qu’une nouvelle ruse, il force les défilés du Tvrol et arrive devant Ins-

ftruck, où Charles-Quint, malade de a goutte , faillit tomber en son pouvoir. Le superbe tyran de l’Allemagne n’eut que le temps de se sauver en toute hâte, la nuit et par un temps affreux , à travers les montagnes , emmenant avec lui l’ancien électeur Jean- Frédéric, à qui il venait de rendre la liberté. Cependant , à la nouvelle de cette irruption soudaine, les Pères du concile de Trente s’étaient dispersés aussitôt, frappés de consternation. Le roi de France, maître de Metz, de Toul et de Verdun, menaçait sérieusement l’Empire ; les Turcs" entraient en campagne du côté de la Hongrie, l’Espagne était mécontente, la confwléra-c tion commandée par Maurice pouvait devenir plus menaçante que la ligue de Smalcalde. Ainsi pressé de toutes parts, assiégé du reste par les instances de Ferdinand et par les requêtes de tous les princes de l'Empire, Charles-Quint fut réduit à signer, le 2 août 1556, ce fameux traité de Passau, qui sanctionna les droits des États germaniques , assura leur liberté politique et religieuse, et força Charles de renoncer à toutes ses espérances de domination absolue et héréditaire.

Cependant Albert, margrave de Brandebourg, encouragé peut-être en secret par l’Empereur, refusait seul d’accéder à cette transaction , et continuait à ravager le nord de l’Allemagne avec ses bandes mercenaires. La chambre impériale le mit alors au ban de l'Empire, et requit

L’UNIVERS

Maurice et plusieurs autres princes d'exécuter la sentence. On en vint aux mains près de Sievershausen, le 9 juillet 1553. Albert fut complètement battu ; mais Maurice reçut une blessure dont il mourut deux jours après dans la trente-deuxième année de son âge.

Ligne Ernesline (1547-1745).

Jean-Frédéric Ier le Magnanime était depuis cinq ans sous la main de l’Empereur qui le traînait partout à sa suite, ainsi que le landgrave de Hesse, pour renouveler sans cesse leur opprobre et son triomphe, lorsque le traité de Passau vint rendre la liberté à ces illustres prisonniers. Après la mort de Maurice , Jean-Frédéric conçut l’espoir de recouvrer aussi l’électorat dont la capitulation de Wittemberg l’avait dépouillé. Mais tout ce qu’il put obtenir, après d’assez longues discussions, ee fut qu’en portant, sa vie durant, le titre d'électeur né , il aurait, outre les terres réservées par le traité de 1547, les villes d'Altembourg, Eisenberg, Neustadt, etc., et quelques autres domaines. Il mourut le 3 mars

Ses trois fils régnèrent d’abord en commun. Puis le cadet étant mort en 1565 sans postérité, il y eut un nouveau partage, en vertu duquel l’alné, Jean- Frédéric II, fondateur de l 'ancienne maison de Weimar, eut Weimar*, Gotha et Eisenach. S’étant mêlé de l’affaire de Grumbach, l’assassin de l’évéque de Wurtzbourg(*), il perdit ses dignités et sa liberté en 1566, et survécut vingt-huit ans à sa ruine. Son frère, Jean-Giüllaume , fondateur de la branche cadette ou de Cobourg, lui succéda , et , par suite d’un nouveau partage , il céda à ses deux neveux , en 1572, Cobourg et Eisenach, qui donnèrent dès lors leur nom à la branche aînée , tandis que lui-même donnait à la sienne celui de branche de IFeimar. La branche aînée s’éteignit dès 1638, de sorte que la cadette constitua seule alors la maison ducale

(*) Voyez l'AixiMtcn* , t. II , p. a5a et suiv., et pluz bas, p. 17.

de Saxe. Elle-même s’était, en 1603, divisée en deux maisons, la maison d’Altembourg, éteinte en 1672, et la nouvelle maison de Weimar. Cette dernière se composait, en 1605, de huit frères , dont deux seulement , le troisième et le sixième, eurent lignée et fondèrent deux maisons, entre lesquelles se partage encore aujourd’hui la ligne Ernestine : savoir, celles de Weimar et de Gotha. Une troisième, celle A' Eisenach , avait disparu dès 1644. Parmi ces huit frères il v eut des hommes remarquables. Le plus célèbre fut le septième, ce Bernard de Weimar, qui devint un des héros de la guerre de Trente ans, entra en 1635 avec son armée au service de la France, et nourrit un moment l’espoir de se former une souveraineté en Alsace, espérance qu’il eût peut-être réalisée, si une mort prématurée ne l’etlt enlevé en 1639.

Guillaume, le fondateur de la ligne des ducs de Weimar de la nouvelle maison, entra au service de Frédéric V, élu roi de Bohême, prit une part très-active à la guerre de Trente ans, et assista à la malheureuse bataille de Prague , de même que son frère aîné Jean-Ernest, qui avait alors cru trouver l’occasion de recouvrer la dignité électorale perdue par son bisaïeul après la bataille de Munlberg.

Ernest le Pieux, chef de la ligne de Gotha , était un prince sage, bienveillant, économe, instruit, qui, après avoir combattu sous les mêmes drapeaux que ses frères , sut réparer les maux de la guerre et laisser son pavs florissant et accru de nombreux domaines, tels que Altembourg , Eisenbourg, Cobourg, etc. Ses sept fils régnèrent d'abord en commun, mais, en 1681, ils formèrent autant de branches distinctes : celles de Gotha (éteinte er. 1825), de Cobourg (éteinte en 1 699), de Meiningen ( aujourd'hui Meiningen-Hildburghausen), de Roemhild (éteinte en 1710), d ' Eisenberg (éteinte en 1707 ), de Hildbourghausen ( aujourd’hui Altembourg)-, et enfin de Saal/eld (ensuite Cobourg-Saal/eld, et aujourd’hui Cobourg-Gotha ).

SAXE

Ligne libertine (1553-1733).

acgcste (i553-«586).

En mourant, Maurice ne laissait aucun héritier de sa gloire et de ses États. Son frère Auguste lui succéda dans ses biens et dans la dignité électorale, dont il se crut tranquille possesseur par le traité conclu à Naumbourg, en 1554, avec l’ancien électeur Jean-Frédéric.

Cependant , après la mort de Frédéric, il vit encore éclater autour de lui des désordres de toute espèce. D’abor'd , ce furent les querelles sur le crypto-calcinisme , ou doctrine des professeurs de Wittemberg, disciples de Mélanchthon (*). L'électeur persécuta violemment les sectateurs de cette doctrine, et fit dresser en 1580, pour terminer ces contestations , la Formule de concorde. Mais il eut aussi des embarras plus graves : Guillaume de Grumbach, chevalier de Franconie , s'etait débarrassé par un meurtre de son ennemi , Melchior de Robel , évêque de Wurtzbourg. Mis au ban de l’Empire, il parvint a s’insinuer auprès de Jean-F’rédéric , cadet de Gotha (1564), qui lui accorda sa protection (**). Ce prince faible et opiniâtre avait voué une haine implacable à l’électeur, et brillait du désir de recouvrer l'héritage paternel. Grumbach mettant à profit la crédulité et l’ambition du duc, lui promit de le faire nommer électeur, et fit même briller de loin à ses yeux la couronne impériale. Il était convenu qu'on ferait enlever et qu’on empoisonnerait l'électeur. Enfin , un édit impérial ordonna des poursuites contre le criminel conseiller et son imprudent protecteur. L’exécution en fut confiée a Auguste, qui vint assiéer Gotha avec une armée de 40,000 ommes. La place se rendit après une résistance de quatre mois ( décembre 1666 — avril 1667 ). Le duc Jean- Frédéric, aussi malheureux que son père, fut arrêté, et, traîné dans une charrette, avec un bonnet de paille sur la tête, fut conduit à Vienne pour y su-

(*) Voyez L’Ai.LEMAGirE, t. II, p. a5(.

(**) Ibid., p. î5a.

bir une étroite captivité qui dura vingt-

huit ans et ne finit qu’avec sa vie. Les Étatsdu condamné furent donnés à son frère puîné, Jean-Guillaume, sauf quelques bailliages laissés à l'électeur comme indemnité de guerre. Quant à Grumbach et à ses complices , ils furent punis de mort.

Auguste étendit considérablement son territoire par des transactions et des achats. Ainsi il sut se faire allouer ar la ligne F.rnestine le bailliage de achsenbourg et le cercle de Neustadt, et, par l’Empereur, la succession éventuelle dans cinq douzièmes du comté d’Henneberg,s’arrogea l'administration des évêchés de Mersebourg, Naumbourg et Meissen, et racheta aux bourgraves de Misnie et avoués de Plauen les possessions qui formèrent par la suite le cercle du Vogtland. La Saxe doit eucore à ce grand prince une excellente organisation de l’administration publique, un nouveau code de lois, des règlements parfaits pour l'exploitation des mines, et surtout l'introduction d’un ordre rare dans les finances. F.nfin il embellit et augmenta sa capitale, ainsi que plusieurs autres villes , et encouragea les fabriques et les manufactures. Heureusement pour la Saxe qu'un règne si bien rempli fut assez long. Auguste mourut le 11 février 1580.

CBIMSTTA1* l*r («586-1591).

Ce prince, né le 29 octobre 1560, avait reçu une éducation distinguée; mais on eut bientdt la preuve que les talents et les vertus dont son pere lui avait donné les préceptes et l’exemple ne lui étaient pas échus en partage.

La maladie qui le fit descendre dans la tombe ne peut même lui servir d’excuse, puisqu'il trouvait assez de temps et ae force pour se livrer aux excès de la table. Son règne si court ne fut guère signalé que par des dissensions religieuses et par le favoritisme du chancelier Kreil, qui , accusé d’avoir été le fauteur des calvinistes, fut illégalement jugé et décapité sous le règne suivant, victime de la no-

L’UNIVERS

blesse qu’il avait offensée. Christian I" mourut en 1591.

chhistiai« it (rSgi-iôn).

Christian II. fils aîné de Christian I*r et de l'électrice Sophie de Brandebourg, n’avait que huit ans lorsque son père mourut; sa tutelle fut donc confiée à son parent, Frédéric-Guillaume de Weimar, qui lui lit reprendre la religion luthérienne, au lieu du calvinisme introduit en Saxe par son père.

Il reçut de ses contemporains le surnom de Christian au cœur pieux.

Cette piété toutefois, qui n’etait. à vrai dire, que de la bonté naturelle, ne le garantit pas du vice à la mode, de l'ivrognerie. De son temps commença la querelle de la succesion de Jutiers et de Clèves (*), querelle qui eut des résultats si importants. Les prétendants, outre la Saxe, étaient l’électeur Jean - Sigismond de Brandebourg et le palatin Philippe-Louis de Neubotirg. Les droits de la maison de Saxe étaient les plus anciens et les moins contestables : elle avait même des lettres d’expectative. Mais, malheureusement, Christian II, au lieu d’agir avec énergie, eut recours à la pieme, et la Saxe n’en retira que le stérile avantage de joindre a ses armes celles de ces deux pays. Christian rechercha l’alliance de l’Autriche, avant la formation de la ligue catholique , et la mort qui , hâtée par son ivrognerie, le frappa le 23 juin 16f I , le sauva de la difficulté de se décider entre les deux partisqui commençaient à se dessiner en Allemagne. Il né laissait pas d’autre héritier que son frère, né en 1585.

JEAlf -GEORGE Iw (l6ll-l656).

Les dix premières années du règne de Jean-George 1", qui devait être marqué par tant' d’orages, se. passèrent assez tranquillement. L’union protestante et la ligue catholique se maintenaient encore en équilibré, et s’observaient, craignant d’engager la lutte.

Mais, en 1619, l’élection du palatin

(*) Voyez l’AtLEMACHE , t. II, p. 261.

Frédéric V au trône de Bohême donna le signal de la sanglante guerre de Trente ans (*). Jean -George, qui depuis longtemps enviait à Frédéric la qualité dechef de l’union, sentit encore accroître sa haine et sa jalousie ; aussi se déclara-t-il bientôt pour l’empereur Ferdinand H contre le roi de Bohême.

A la tête de 12,000 hommes, il attaqua, en 1620, les deux Lusaces, dépendant alors de la Bohême, et se fit rendre hommage par les habitants, se proposant de retenir en nantissement des frais de guerre ces provinces (’*).

L’année suivante (1621) il parut en Silésie comme commissaire impérial , et la soumit également. Néanmoins la haine de Ferdinand contre les protestants et les progrès toujours croissants de sa domination absolue tirent bientôt repentir Jean-George d’avoir soutenu l'ennemi le plus acharné de sa religion et de l'indépendance germanique. L'Empereur l’avait, du reste, empêché de réaliser ses prétentions à la succession de Juliers, et avait même exclu son fils de l’archevêché de Magdebourg en faveur de l'archiduc Léopold. Enfin la promulgation de l'édit de restitution (1629), en vertu duquel les hiens ecclésiastiques , sécularisés depuis la paix de Passau, devaient être restitues parles protestants, vint mettre le comble à son mécontentement.

Lorsque Gustave- A do' phe, excité par le cardinal de Richelieu, parut en Allemagne, Jean-George, il est vrai, ne voulut d’abord se prononcer ni pour l’Empereur, ni pour le roi de Suède.

Il espérait jouer le rôle de chef de parti , de médiateur armé entre les deux champions, tâche bien au-dessus de ses forces. Ce fut dans ce but qu’il convoqua, en 1631, une assemblée des princes protestants à Leipzig. La réunion fut nombreuse. On y comptait, entre autres, les princes de Saxe, l’électeur de Brandebourg, le margrave de Bade , le landgrave de Hesse, l’envoyé de Gustave-Adolphe,

(*) Voyez rAiEEMAGBE, I. II, p. 269 et suiv.

(*•) Il en fut investi eu i6»3.

SAXE

le célébré historiographe Chemnitz, avec lequel négociaient secrètement les princes de Weimar, et enfin le baron de Charnacé, ambassadeur de France.

Malgré les propositions et les vives instances de ces deux diplomates qui pressaient la ligue de faire alliance avec Gustave- Adolphe, il fut seulement résolu qu’on n'aurait recours aux armes que dans le cas où Ferdinand II resterait sourd aux remontrances ; on convint de s’opposer à toutes contributions, exactions et passages illégaux d'armées impériales, et Ion fixa le nombre des troupes à mettre sur pied, sans leur assigner de chef. Cet ajournement décida du sort de Magdebourg. De ses ruines fumantes, Tilly, dans l’ivresse de la victoire, s’élança sur la Saxe, qu'il mit à feu et à sang; Weissenfeis, Halle, Naumbourg, Mersebourg lui ouvrirent leurs portes.

Jean George, avec 18,000 hommes, presque tous nouvellement enrôlés, ne pouvait tenir têteaux troupes de l’Empereur. Il ne lui restait plus d’autre parti a prendre que de se jeter dans les bras du roi de Suède , dont il avait auparavant rejeté l’alliance. Un traité fut signé le 1er septembre, et les deux armées se réunirent à Duben, dès le 5 septembre , veille de la prise de Leipzig par Tilly. Il était stipulé, entre autres conditions , que « le roi se ré-

* servait à lui seul la conduite de la « guerre; que Jean-George ne pourrait «conclure en particulier aucun traité;

• qu’il garderait pour son allié les pas- « sages de l’Elbe, et fournirait des « vivres à l'armée suédoise. » La bataille s’étant engagée , le 7, aux environs de cette ville, les Saxons , commandes par l’électeur , ou plutôt par son favori Arnheim ou Arnim, prirent honteusement la fuite; néanmoins le héros suédois manœuvra si bien à l’aile droite, que les Impériaux furent complètement battus , et l'électeur , dans le transport de sa joie , promit à Gustave la couronne impériale. Les ministres de l'Empereur virent alors qu’ils étaient allés trop loin. Ils firent toutes sortes d’avances pour gagner le faible George; mais l’heure de l'in-

gratitude n’était pas encore arrivée.

Tandis que Gustave- Adolphe, porté sur les ailes de la victoire, parcourait rapidement les bords du Rhin , le général Arnheim envahit la Bohême et s’em|iara de Prague*, le 1 1 novembre 1632; mais, depuis ce moment, malgré les avertissements du roi de Suède qui le pressait de pénétrer en Moravie et en Autriche où il n’avait qu’une faible résistance à craindre, il conduisit la guerre avec une lenteur extrême, laissant à l’Empereur le temps de rétablir ses forces. Il noua même à deux reprises des négociations secrètes avec son ami Walleiistcin, qui avait été rappelé au commandement en chef. Jean- George, comme il arrive toujours aux esprits étroits, ne pouvait cacher sa jalousie et sa défiance contre le roi de Suède, dans lequel il craignait de s'être donné un maître. Mais, soit pudeur, soit manque de foi dans la politique autrichienne et dans le caractère équivoque de Wallenstein , il rejeta enfin ces propositions de paix séparée. Alors le duc de Friedland, résolu à le punir de ses irrésolutions par le ravage de son pays , chassa les Saxons de la Bohême et se, prépara à porter la guerre en Saxe. En effet, dès qu'il fut revenu de la Bavière, il entra dans le Henneberg , traversa le Vogtland et Altenbourg, et s’empara de Halle et de Leipzig. Alors, dans sa frayeur, Jean- George, qui avait constamment entravé les démarches du roi de Suède, qui avait même fait échouer ses pians, le conjura , pour la seconde fois , de venir à son aide. Gustave-Adolphe accourut, et la mémorable bataille de Lutzen ( 6 novembre 1632 ) délivra le pays des Impériaux ; mais elle enleva aux protestants leur illustre défenseur, quj mourut enseveli dans son triomphe. Ce fut Bernard de Saxe-Weimar, le meilleur élève de Gustave- Adolphe, qui, après cette mort funeste!*), acheva ia victoire de Lutzen et força Wallenstein à évacuer la Saxe.

(*) Voyei I’Ai.iïmauss , t. Il, p. a84. On soupçonna un prince de Saxe-Lauenbourg de l avoir tué par (raliison.

L’UNIVERS

L’ami et le conseiller du roi , Axel Oxenstierna, fut chargé par le sénat de Suède de la tâche plus difficile de prendre la conduite générale des affaires d’Allemagne. (Jean - George , qui n’avait cédé qu’à grand'peine au génie de Gustave-Adolphe, ne voulut pas plier sous un noble suédois (*) : il prétendit remplacer Gustave-Adolphe a la tête de l’union protestante, et entra dans des négociations pourla paix générale. pendant qu’Oxenstierna tenait à Heilbronn l’assemblée des états des Cercles antérieurs. Cependant les hostilités recommencèrent bientôt. Jean- George mûrit son plan de défection pendant l’annee qui suivit la mort du roi, et cédant aux conseils d’Arnheim, de son gendre l’électeur de Hesse- Darmstadt , et de son chapelain , Hoe de Hoenegg, vendu à la cour de Vienne, il le mit enfin à exécution après la défaite des Suédois à Nordlingen. Les préliminaires de la paix furent signés a Pirna, le 23 novembre 1G34, et le traité conclu à Prague le 30 mai 1635 (**). I/électeur abandonnait ainsi lâchement à leur sort les Suédois qui avaient deux fois sauvé la Saxe, et sacrifiait tous les intérêts de l’union protestante. Le seul avantage qu’il en recueillit, c’est que la Lusace fut reconnue sa propriété. Les Etats protestants étaient tellement fatigués de la guerre, qu’ils envoyèrent l’un après l’autre leur accession à cette paix honteuse. Le duc Bernard de Weimar et le landgrave de Hesse-Cassel restèrent seuls fidèles à leurs engagements.

Cependant Jean-George, ne reculant devant aucune des suites deson ingratitude, joignit ses troupes aux Autrichiens pour chasser les Suédoisde l’Empire. Dés le mois d'octobre 1635 , l’armée saxonne, forte de 26,000 hommes, les expulsa de la haute et de la basse Saxe, occupa le territoire de Magde-

(*) *■ Ce prince, » dit Richelieu dans scs mémoires , » étoit le plus glorieux des Allemands , qui le sont tous, et de plus ivrogne, brutal , haï et méprisé de ses sujets et des étrangers. »

(**) 'Voyez I’Ailkmagm, t. II , p. 391.

bourg et poussa jusqu’en Poméranie.

Mais, battu à son tour à Doemitz, à Kiritz, et surtout à Wittstock , le 4 octobre 1636. par Banner, le second Gustave , l’électeur se sauva en Misnie, laissant la Saxe ouverte à l’ennemi , qui y exerça de terribles ravages. Ce n’était plus Arnheim, général habile et actif, qui commandait les Saxons ; mécontent du traité de Prague, il s’était retiré du service. Banner, contraint, en 1637, par le défaut de vivres et la diminution de son armée, de se retirer en Poméranie, put reprendre l’offensive en septembre 1638, et rentra l’année suivante dans la Saxe, qui alors fut cruellement épuisée par les batailles et par le passage continuel de ses alliés et de ses ennemis. Vainqueur des Autrichiens et des Saxons près de Chemnitz, le 28 avril, il se rejeta sur la Bohême, et reprit, en 1640, le chemin de la Misnie et de la Lusace, s’v maintint jusqu'à ce que la disette le forçât encore de sortir de ces malheureuses contrées , et y rentra de nouveau pour aller mourir, en 1741, à Haiberstadt.

L’année suivante, les Suédois choisirent de nouveau la Saxe pour théâtre de la guerre, et signalèrent cette campagne par la bataille de Leipzig , gagnée par Torstensson , dans ces mêmes plaines ou leur roi avait vaincu onze ans auparavant.

Jean-George hésita longtemps à se séparer de l’Empereur, qui le délaissait nu milieu de ses revers. Mais lorsque Koenigsmark eut pris la ville de Meissen , un des passages les plus importants de l'Elbe, etqueles Suédois, après avoir remporté une grande victoire à Jankowitz (24 février 1645 ), s’approchèrent des murs devienne, il céda aux sollicitations de ses fils, et couclut pour six mois une trêve, qui fut ensuite prolongée jusqu'à la paix générale. Cette paix fut enfin assurée par le traité de Westphalie ( 24 octobre 1648 ). Ce traité confirmait à l’electeur la pleine propriété de quatre bailliages de l'archevêché de Magdebourg, et, à son fils Auguste, la jouissance de cet archevêché ; deux avantages qu’il de-

SAXE. 3

vaif déjà à la paix de Prague. Mais envoya (en 1674) un secours de six dans quel état se trouvait alors cette mille cinq cents hommes pour la cam- “f.y.® > S1 florissante ! Plus d’un pagne du Rhin. Jean-George II niounnllion d hommes, plus de 66 millions rut, le 22 août 1680, à Frevberg en argent avaient été dévorés. Les qua- où il s’était retiré pour éviter là peste torzequinziemesdesmaisonsdeDresde qui moissonnait les malheureuses doetaient deserts; des 4000 habitants pulations de l’électorat, de Freyberg a peine en restait-il 500. Le faste et les plaisirs qui envahitniin, en 1790, on voyait encore les rent sa cour, façonnée sur le modèle ruines de 537 villages qui n’avaient de celle de Louis XIV, avaient tari les pas ete rebâtis. coffres de l’État. D’un autre côté , il

seef-3” Gf°r£e mou.rut Ie 6 octobre n’avait rien fait pour encourager les 1656, a I âge de soixante-douze ans. sciences ou les lettres , ni pour donner Le caractère de ce prince était rem- à l’État une vigueur qui lui permît de pli de contradictions et de faiblesses, lutter contre la prépondérance tou- Son penchant pour la boisson le ren- jours croissante de la maison de Branaait souvent inhabile aux affaires. Sa debourg. Du reste, c’était un prince piete lit de lui le jouet de ses prédica- doux, religieux, mais sans talents marieurs. « Jean-George, dit un historien quants. de ce siècle , était un prince sans gé- .

nie, timide et irrésolu à son lever, ivre lu (1680-1691).

et opiniâtre le reste du jour (*). » Ce prince, né le 20 juin 1647, prit

«AS-GIORGK U (i656-it>8o d’une main ferme et assurée les rênes

n . ' des affaires. Mais l’esprit guerrier do-

Dans le temps où le grand élec - minait presque exclusivement son careirr preparaff la puissance de la mai- ractère. Ainsi, depuis 1674, qu’il avait son de Brandebourg, Jean-George II fait ses premières armes sur le Rhin, n était occupé que de ses discussions sa vie ne fut guère qu’une suite de avec la branche Ernestine et avec ses campagnes. En 1683, a la tête de onze rreres. En effet, le testament de Jean- mille Saxons , il se rendit sous les George Ie' avait ordonné le partage mursde Vienne, où combattaient aussi des terres de la maison Albertine entre les princes de Saxe-Weissenfels, d’Eila branche électorale et les trois bran- senach et de Lauenbourg, et courut clies collaterales de Weissenfels, de personnellement de grands dangers, Mersebourg et de Naumbourg-Zeitz. sans recueillir de la part de l’Émpe- Heureusement les maux que causa ce reur autre chose que de l’ingratitude, partage ne furent que passagers, parce Cependant ses troupes combattirent que ces lignes ne tardèrent pas a s’é- encore à côté des Polonais en Hontemdre et que leurs possessions revin- grie ; et, en 1684 , à la suite d’un traité rent a I électorat (**). L'électeur ne conclu avec Venise, il envoya- en , 1 Pils.tou*à fjp't sans influence sur Grèce un corps de trois mille hommes les affaires de l’Empire; il en exerça qui répandirent leur sang sur cette le vicariat en 1607 et 1658. A l’élec- terre classique, tion du roi des Romains, Léopold La politique de Jean-George III, qui d Autriche, il contribua beaucoup à haïssait Louis XIV, ne cessa jamais neutraliser l’effet des intrigues de la d’être tout allemande. En 1688, il France, soutint l’Empereur dans la fut un des premiers à courir, avec guerre qu’il lit à cette puissance, et lui guatorze mille hommes, à la défense de Léopold; il servit encore O Voy. Meubert, Hisloire politique du Sur le Rhin en 1689 et 1690, com-

uècle. Londres, 1757,6 I, p. 3t. manda l'armée de l’Empire en 1691,

(•*) Celles des ducs de Zeitz en 1718, celles et mourut à Tubingue le 12 septembre

des ducs de Mersebourg eu 173s, et celles de la même année, des fatigues de

des ducs de Weissenfels en 1746. cette dernière campagne. Son épouse,

L’UNIVF.RS.

la princesse de Danemark , Anne-Sophie, lui donna deux enfants, Jean- George IV et Frédéric-Auguste I".

JKAX-C.KORUK IV (1691-1694).

Jean -George IV, né le 18 octobre 1667, prit part , comme son père , aux campagnes contre la France, gâta ses bonnes qualités par une passion adultère pour la Bile du colonel de sa arde, et mourut, en 1694, d'un mal ont il avait recueilli le germe au lit de son amante. Aussi ne l.iissa-t-il pas de regrets dans le cœur de ses sujets.

FRKDtRic-AHRUSTE i" (i694-t733).

Ce prince , aussi célèbre par son esprit, son goût et ses talents , que par sa beauté, ses forces herculéennes, ses amours , sa magnificence et les vicissitudes de sa fortune , était âgé de vingtuatre ans lorsque la mort inopinée e son frère l’appela a feleclorat (1694). Dès l’année suivante , il prit une part glorieuse à la guerre contre les Turcs en Hongrie , et s’y fit une telle réputation de force parmi les ennemis, qu’ils l’appelaient demir helhc { main de Jer) ; comme, quelques années après, ils nommèrent son cousin , Charles XII, demir basch ( tête de fer), Élu roi de Pologne en 1697, malgré les prétentions du prince de Conti , et grâce à la corruption et à la peur, il avait dû, pour se mettre sur les rangs des candidats, embrasser la religion catholique, en faisant son abjuration à liude en Autriche , entre les mains de Christian-Auguste , prince de Naumbourg- Zeitz, évêque de Javarin. «C’etaii un événement extraordinaire que le changement de religion du chef de la maison sous la protection de laquelle la réformation de Luther s’était opérée moins de deux siècles auparavant ; du souverain dont le peuple attachait son salut à cette réformation, et en faisait sa gloire et son bonheur; du prince qui se trouvait à la tête de tous les protestants de l'Allemagne (*). » Aussi Auguste chercha-t-il a calmer toutes

(•) Srhœll , Histoire des États européens, t. XX.XV, p. a34-

les inquiétudes, en assurant à ses pays héréditaires le maintien de la liberté de conscience et de la religion protestante de la confession d’Augsbourg; promesse religieusement observée par lui et par ses successeurs. Malheureusement il crut voir sa grandeur dans l'acquisition d'une couronne qui devait être une source de calamites pour lui et pour la Saxe. Il fallut d'abord se procurer de l’argent , et beaucoup d’argent. Auguste vendit ses droits sur les terre» ducales dç Saxe , ce qui rendit plus indépendants que jamais les princes de l’autre branche. Le duc de Brunswick eut pour onze cent mille florins le duché de Lauenbourg , dont la possession était en litige depuis 1689; l'electeur de Brandebourg acquit, pour trois cent quarante mille rixthalers , plusieurs avoueries et bailliages.

Mais ce qui fit bien plus de mal à la Saxe, ce fut la guerre dans laquelle Auguste l’impliqua par son acces»ion à la ligue du Nord (1698) contre Charles XII de Suède (*). Lorsque les troupes saxonnes euient été défaites aux bords de la Duna (19 juillet 1701), dans les champs de Clissow, a Pultusk (l*r mai 1703), et dans plusieurs autres rencontres, Charles XII fit prononcer l’élection deStanislas I .eczinski, envahit la Saxe en 1706, et dicta a son adversaire le funeste traité de paix d’Alt-Ranstadt (24 septembre 1706), dont un des articles portait la renonciation de Frédéric- Auguste au trône de Pologne. Pour comble d’humiliation , le vaincu fut forcé d'envoyer à Stanislas les bijoux et les archives de la couronne, accompagnes d’une lettre de félicitation. Les Suédois firent , dans la Saxe , un séjour de près d’une année , qui coûta à ce malheureux pays vingt trois millions d’ecus et vingt-quatre mille recrues. Après ce traite, l’electeur envoya au secours de l'Empereur, dans les Pays-Bas, neuf mille hommes sous les ordres de Schulenlmurg , et assista en personne a la campagne de 1708 contre la France. Enfin , la uou-

(*) Voyez PonocFi, p. i3o.

SAXE

telle du désastre de Pultawa (8 juillet 1709) s’étant répandue, il reprit aussitôt l'offensive contre la Suède, et lui déclara la guerre par un manifeste publié le 8 août 1700. Après avoir reconquis la Pologne , de concert avec la Russie et le Danemark , il entra dans les provinces allemandes appartenant à la Suède sur la Baltique; et toute cette guerre se fit presque entièrement avec les troupes et l’argent de la Saxe, jusqu'à ce que la mort de Charles XII (1718) vînt mettre lin à la lutte.

Cependant de graves mécontentements s’élevèrent contre Auguste dans l’intérieur de son royaume. Ils ne tardèrent pas a éclater en une guerre ouverte, dont une foule de Saxons fure t victimes , et qui ne fut apaisée que par l’arrivée des troupes russes.

La paix remit ensuite les choses eu l'état où elles étaient en 1097, mais sans produireaucun avantage pour la Saxe, ni même pour la Pologne, et Frédéric- Auguste (Auguste 11 en Pologne) put à son aise se livrer à la mollesse et aux plaisirs. Il eonserva la couronne royale jusqu'à sa mort, arrivée le 1er février 1733.

Le régné de ce prince, malgré tout son éclat , fut bien funeste à la Saxe, à laquelle il coûta des parties importantes de son territoire, plus de cent millions d’écus(*), et le plus pur sang de ses habitants. Peut-

(*) Iles sommes immenses furent dévorées par ses favoris, Flemming et Vitzlhum, et par ses maîtresses. Aurore de Konigsmark, Kessel, Esterle, Faiime, Lubomirska , Kosel, Durai, DonbofT, Aslerbausen , Dieskau et leurs enfants. Le comte de Flemming laissa 16 millions de fortune. La comtesse Kosel à ede seule en reçut sa. Les enfants naturels de ce prince furent le comte Rutowski , le comte Cusel , le chevalier George de Saxe et le fameux Maurice, comte de Saxe. Nuits croyons devoir donner ici quelques détails biographiques sur la vie de celui-ci, auquel la France donna une généreuse hospitalité „ et qu’elle compte avec orgueil au nombre de ses plus grands généraux.

Maurice, comte de Saxe, Uls de la comtesse Aurore de Koenigsmark, naquit à Dresde , en 1696. Il n'avait que douze ans

3* Livraison. (Saxe.J

on opposer, comme compensation à ce sombre tableau , le spectacle d’une

lorsqu’il lit, au siège de Lille . ses premières armes contre la France. Il alla ensuite servir contre les Suédois, à la tète d'un régime u t de cavalerie , puis il reviut en Saxe

ftoitr y faire de nouvelles recrues, et se .tissa marier par sa mère avec la jeune héritière des comtes de Loben : il u’avait alors que quinze ans. Il ne tarda pas à passer en Pologne . pour y soutenir les prétentions de son père, et il y accrut la réputation de valeur qu'il s’élait déjà faite.

Toutefois le grand art de la guerre lui était encore peu familier; il alla en recevoir des leçons du prince F.iigcne au siège de Belgrade. Revenu à Dresde, après la cam pagne de Turquie , il y fut tourmenté par la jalousie de sa femme, jalousie bien fondée sans contredit, et partit brusquement pour Paris, ou il accepta du service et le grade de maréchal de ramp (lyao'. Il retourna ensuite en Saxe , pour demander l’agrément de son pere et faire prononcer son divorce. A son retour en France, il étudia avec une grande ardeur la théorie et la pratique de l'art militaire; ce fut chez nous qu’il jeta les fondements de sa liante renommée. Cependant on le vit tout d’un coup prendre la roule du Nord; il venait de concevoir l’espoir d’étre élu duc de Courtaude. Il parvint à sun but , grâce à la prolection du roi Auguste et aux intrigues de la duchesse douairière Anne tvanovna, à laquelle il avait inspiré une passion. Mais la tzarine Catherine Ir* se déclara contre lui ; et la diète de Pologne, en vertu de ses droits de suzeraineté. le somma de comparaître; son père lui-même lui signifia de renoncer à un duehé qu’il ne pouvait garder avec tant d’ennemis. Maurice essaya de lutter quelque temps contre tous ces obstacles, et s’honora par une défense vigoureuse , mais inutile.

A peiue de retour en France, avec son diplôme d'élection . l’unique fruit de son aventureuse entreprise , il cnrl devoir céder encore aux instances de la duchesse douairière de Courlandc , qui le rappelait auprès d’elle (1718). Mais il ne put s’inlerdirequelques infidélités qui lui firent perdre pour toujours le cœur d'Anne Ivanorna,ct il eut lieu de s’en repentir , car celte princesse monta bientôt sur le trône de Russie, où elle l'eût, sans doute, fait asseoir à côté d’elle.

La gloire l'attendait en France pour le

L’UNIVERS

cour aussi brillante, aussi galante, aussi polie, sinon aussi spirituelle

consoler. H fit partie de l'armée du Rhin , commandée par le maréchal de Rrrwirk (1733), se distingua au siège de Philipsbourg et dans les campagnes desdeux années suivantes , et fut nommé lieutenant général à la paix de 1 73B. Après avoir tenté encore une fois de faire valoir ses droits au duché de Courlande , il revint dans sa patrie adoptive et désormais il se consacra tout entier à l’élude de l'art de la guerre. Bientôt une vaste carrière fut ouverte à ses talents par le mouvement général qu’imprima à l'Kttrope la mort de l'empereur Charles VI.

Charge du commandement de l’aile gauche dans l’armée envoyée en Bohème sous les ordres du maréchal de Belle-Isle , Maurice enleva rapidement Prague et la forteresse dTÉgra (1741). D’avides collatéraux, prêts à lui ravir des biens considérables pn Livonie, le forcèrent de s’absenter un moment ; mais il revint avec plus de zèle se placer sous les drapeaux français , et, après avoir défendu l’Alsace avec beaucoup d’habileté, il fut choisi par le roi pour commander l'expédition destinée à rétablir le prince Édouard sur le trône de ses pères Cette expédition u’eiit point lieu, et Maurice n’en reçut pas moins le bâton de maréchal (1 743). L’année suivante, il fit plus que justifier celte faveur , eu Flandre, où il tinl constamment les allié* en éehec et conserva toutes les conquêtes qui avaient signalé l'ouverture de la campagne. Mais ce fut surtout la campagne de 17 45 qui l'immortalisa pour jamais. On sait qu'il eut le commandement suprême de l’armée, quoique tourmenté par une hydropisie qui minait scs forces, et qu’il était mourant le jour où fut livrée cette bataille de Fontenoi , qui sauva la France. Cette victoire valut au comte de Saxe la jouissance du château de Chambord et quarante mille francs de revenu. Pendant qu'il recevait cette royale récompense , il achevait son ouvrage par la prise d’Apt et de Bruxelles. Son retour à Versailles fut marqué par une suite de fêtes et de triomphes. L'année suivante (1746), il reprit le chemin de Bruxelles , et poussa les alliés de positionen position jusqu'à celle de Raucoux, où il gagna sur eux une bataille décisive, qui lui valut le titre de maréchal général des années du roi qu’avait porté Turenne. La campagne de 1747, où il gagna la glorieuse bataille de Laufeld , la troisième que per-

que celle de Louis XIV; le développement du goût des arts , les embellissements de la capitale (*)? Malgré ses passions ruineuses, Frédéric -Auguste avait quelque chose de grand dans le caractère ; et ses actions inspirent de l’intérêt par l’énergie qu'elles révèlent, surtout lorsqu’on voit lui succéder des princes indignes d'estime et d’admiration.

Ligne Emestine depuis le dix-huitième siècle.

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