BRANCHE DE WEIMAR
Guillaume, premier duc de Weimar, mort en 1662, avait laissé trois fils, qui avaient formé la branche d’Iéna, celle d’Eisenach et celle de Weimar.
Mais la première s’était éteinte en 1690; la seconde subsista jusqu’en 1741. Ainsi la branche de Weimar, qui était l’aînée , recueillit à cette époque tous les États qu’avait possédés Guillaume , le fondateur de la ligne. Le duc Charles-Auguste, qui a régné jusqu’en 1828 , n’avait que neuf mois quand son père mourut le 28 mai 1758. Ce fut sa mère, Anne- Amélie de Brunswick, qui , pendant seize années , exerça la régence avec une sagesse et une bonté dont les habitants garderont toujours le souvenir. En 1775, le jeune due, déclaré majeur , prit en main l'administration de son pays ; et , par sa jus-
dait contre lui le duc de Cumberland , et celle de 1748 , illustrée par la prise deMacstricht, amenèrent le traité de paix d’Aixla-Chapelle. Dès lors le comlc de Saxe put jouir paisiblement de sa gloire, jusqu’à sa mort, arrivée en 1750. Louis XV, qui ne put , parce qu’il était protestant , lui donner une place à Saint-Denis , 4 côtcdelùrenne, lui fit ériger, dans le temple de Saint-Thomas, à Strasbourg, un magnifique mausolée, qui est le chef-d’oruvre de t’igallc. On a de cet habile capitaine un ouvrage où il *est peint souvent au naturel : ce sont scs Aéreriez, 17.47, 5 volumes in-4, figures.
(*) Ce fut sous le règne de Frédéric-Auguste, grand amateur de vases de Chine, que la fabrication de la porcelaine fut trouvée par un chimiste qui cherchait la pierra philosophale.
SAXE
tice et sa bienveillance, par la multi-
fjlicité des institutions qu'il fonda, par a protection qu’il accorda aux lettres et aux arts , il mérita d'être cité parmi les souverains sinon les plus puissants , du moins les plus estimables et les plus sages de notre époque. Il sut attirer et fixer dans sa résidence les littérateurs et les poètes les plus célèbres de l’Allemagne, tels que llerder, Knebel, Wieland, Schiller, Ficlite, Adelung, Platner, Kœrner, etc. Il éprouva surtout une vive sympathie pour le génie de Goethe , qui , pendant plus de cinquante années, fut l’ami et le conseiller du prince. Charles-Auguste entra dans la confédération du Rhin après la campagne de 1806; et, le 9 juin 1815, le congrès de Vienne lui conféra le titre de grand-duc. Charles- Frédcric, son fils, qui lui asuceedé(*), a épousé, en 1804, Marie Paulowna, fifie de Paul I", empereur de Russie.
BRAHCHE DE GOTHA.
Nous avons déjà vu la maison de Gotha se partager, dès 1681 , en sept - branches. L’aînée, celle de Gotha, fut représentée, depuis 1772 jusqu’en 1804, par Ernest II, prince économe et simple, ami de l’agriculture et des sciences, qui venait après deux ducs dont les goûts fastueux et la manie d’entretenir un nombreux état militaire avaient épuisé le pays. Ses deux successeurs étant morts sans descendance mâle ( 1822 et 1825) , les Etats de cette maison furent partagés entre les trois branches survivantes.
Les ducs de Meiningen eurent, au sujet de la succession de Cobourg , ouverte en 1 699 , de vives et longues contestations avec les autres princes de la branche de Gotha. A peine étaientelles apaisées (1735) que de nouveaux désordres furent la suite de la mésalliance et des prodigalités d’Antoine Ulric , mort en 1763. Sou testament occasionna même, entre les fils du premier lit et les ducs de Saalfeld Gotha et Hildburghatisen, une petite guerre signalée par plusieurs affaires assez
(*) Voyez l’Exposé géographique.
sanglantes , et terminée par une sentence du conseil aulique de Vienne, qui condamna les trois agnats à une amende de deux mille marcs d’or, comme perturbateurs du repos public.
Cette maison porte, depuis 1826, le nom de Meiningen H ilclburyhausen .
Quant à la branche de UiLlburghausen, dont les princes n’offrent rien de remarquable que le mauvais état de leurs finances . elle a pris à la même époque celui d’ Altenbourg.
Enfin, la branche de Saalfeld joignit à son nom, en 1735, celui de Cuhourg, sous lequel le prince Josias, le plus jeune des trois fils du duc , mort en 1764 , s’est acquis une sorte de célébrité dans les premières guerres de la révolution française. Le dérangement des finances de la maison de Saalfeld lit mettre, en 1773 , ce pays sous l’administration impériale, moyen auquel il avait fallu recourir, dès 1769, pour la maison d'ilildburghausen. Le duc Ernest, qui régné depuis 1806, a reçu, en 1815, un accroissement de territoire, en récompense de son active coopération à. la campagne contre la France. Il a pris le nom de Cobourg- Gotha en 1826, après la mort de Frédéric, dernier duc de Saxe-Gotha, dont il avait épouse la nièce. C'est en 1816, par le mariage de son frère le prince Léopold avec la fille du régent d’An-
fleterre , qu’a commencé la série de onnes fortunes matrimoniales qui a tant rehaussé depuis l’éclat de cette famille.
Ligne Albertine.
FRÉDÉRIC -AUGUSTE It (l733-I763).
Non content de succéder à son père comme électeur de Saxe, Frédéric- Guillaume II voulut aussi lui succéder comme roi de Pologne. Stanislas Leczinski, soutenu par la France, venait d’être élu, et cette élection libre et constitutionnelle se trouvait d’accord avec toutes les sympathies de la nation. Mais cet obstacle n'arrêta pas l’ambition de Frédéric - Guillaume.
Quelques magnats vendus à la Russie, une quinzaine de sénateurs et environ six cents nobles, soutenus par
L’- UNIVERS
une armée russe, qui, sous les ordres du feld maréchal Lacy, était entrée en Pologne, sous prétexte de protéger la liberté des états, firent scission, et le nommèrent d’une manière irrégulière, le 5 octobre 1733. Il fut immédiatement proclamé sous le nom d’Auguste III. et alla, peu de temps après, recevoir la couronne à Cracovie.
Une guerre presque générale entre les puissances de l'Europe fut la suite de cet événement. Elle fut terminée par la prise de Danzig, où StanMas s’était retiré, et par l’entrée dans cette ville des troupes russes et saxonnes.
Toutes les puissances reconnurent Auustelll pour roi de Pologne, en vertu es préliminaires de Vienne, en 1735; et Stanislas abdiqua en sa faveur le 27 janvier 1736. Lorsque la mort de l’empereur Charles VI (1740) devint le signal d’une conflagration générale, l’électeur de Saxe, comme époux de la fille aînée de Joseph I*r, et même comme héritier de la maison de Thuringe, se mit au nombre des prétendants qui disputèrent à l'héroïque Marie-Thérèsc cette belle succession. Il accéda, en septembre 1741, au traité d’alliance de. la France avec la Bavière, et envoya vingt mille Saxons à l’armée qui envahit la Bohême. Toutefois , il ne resta pas fidèle a cette alliance. Le comte de Brühl , homme issu d’une famille obscure, intrigant et vénal, profita de l’influence toute-puissante (ju’il avait su prendre sur l’esprit de l 'électeur pour le faire incliner du côté de l’Autriche. Frédéric- Auguste était d’ailleurs jaloux et inquiet de l’agrandissement de la Prusse; il voyait que les préliminaires signés à Breslnu entre Frédéric 11 et Marie-Thérèse, tout en assurant au roi la possession de la Silésie, ne stipulaient rien en sa faveur : on ne parlait plus de l’accroissement de teriitoire qu’on lui avait fait espérer à son entrée dans l’alliance (*). Aussi, le même jour où la paix fut conclue à Berlin (28 juillet 1742), on échangea , à Dresde , la promesse d’un traité d’al-
(*) Il devait recevoir la liante Silésie et la Moravie avec le titre de roi.
liance avec la reine; traité qui fut en effet signé à Vienne le 20 décembre 1743; et, six semaines après, le roi de Pologne renouvela en secret l’alliance avec la Russie. Le marteau d'or des Anglais, suivant l’expression de Frédéric , acheva d’ouvrir les portes de fer des Saxons. Dans la guerre qui suivit, en 1744, la Saxe, en même temps qu’elle renforçait de vingt-quatre mille hommes l’armée autrichienne, fut obligée de nourrir les troupes de Frédéric, oui la traversaient pour aller envahir la Bohême. Quanta Auguste 111, il avait quitté l’électorat avec son ministre, et vivait tranquillement en Pologne , pendant que ses sujets se faisaient tailler en pièces à Hohenfriedberg , à Striegau et à Sorr (1745). Cependant, le 18 niai de la même année , il conclut de nouvelles négociations secrètes avec Marie-Thérèse , qui ne se proposait rien moins alors que de démembrer la Prusse.
Les alliés s’étaient engagés à i e poser les armes que lorsqu'ils auraient, non-seulement repris au roi de Prusse la Silésie et le comté de Glatz, mais même réduit ce prince dans un état où il ne pourrait plus être dangereux à ses voisins. En conséquence, ils devaient lui prendre Magdehourg avec le cercle de, la Saale, la principauté de Crossen avec le district de Zullichau , et les fiefs de la Bohème situes en Lusace, et appartenant à la maison de Brandebourg. Toutes ces conquêtes devaient être partagées entre les alliés. La nouvelle de ce traité mit le comble à la colère de Frédéric IL Ce prince envahit la Lusace avec toutes ses forces; et. Payant rapidement conquise, se porta sur Dresde, d’où Auguste 111 s'enfuit à Prague, tandis que le prince' d’Anhalt s’emparait de Leipzig etdeMeissen. L’armée saxonne ayant été détruite à la sanglante bataille de lvesseldorf (15 décembre), la capitale se rendit , et tout l’electorat fut mis à contribution. Cependant les négociations furent reprises à Dresde, au milieu des fêtes brillantes qu'y donna le vainqueur; Auguste obtint la paix en payant un million d’ecus,
SAXE
en renonçant à tous les droits que la pragmatique sanction autrichienne donnait à sa femme , Mlle de l'empereur Joseph I". sur les pays cédés au roi de Prusse par la paix de Brpslau, en 1742; enfin, en cédant à ce prince la ville de Furstenberg, sur l'Oder, et le village de Schidlo, avec les péages de l’Oder (25 décembre).
Ce fut le 9 février 1747 que Louis, dauphin de France, épousa Marie-Joséphine, fille de Frédéric- Auguste, laqu'elle devint inére de Louis XVI, de Louis XVIII et de Charles X. Ce mariage avait été précédé d'une convention signée à Dresde , par laquelle la France achetait contre six millions de francs la neutralité de l'électeur-roi.
La dure expérience de ces deux guerres aurait dd ouvrir les yeux du comte de Brühl sur les dangers de l’avenir. Il n'en fut pas ainsi ; l’imprudent favori, qui ne pouvait maîtriser sa haine contre Frédéric II , s'associa en secret aux projets hostiles de l’Autriche et de la Russie contre ce monarque; mais ia trahison d'nn de ses secrétaires révélait, depuis trois ans, au ministre de Prusse, toutes ces manœuvres diplomatiques. Frédéric résolut de prévenir ses ennemis , bien qu’il n’edt pour alliés que l'Angleterre et le landgrave de Hesse ; et , sur la fin du mois d‘aodt 1 756, trois armées prussiennes envahirent la Saxe , où tout était encore sur le pied de paix. Partout elles levèrent des réquisitions.
Leipzig etTorgau furent pris. Frédéric, en personne, marcha sur Dresde, d'où l'électeur s'était retiré à son approche pour rejoindre , dans le camp retranché de Pirna, les dix-sept mille hommes qui composaient toute son armée. Le roi de Prusse entra dans ia capitale de l’électorat, en prenant le titre de protecteur du pays , et s'empara de toutes les caisses et des archives sécrétés , où il trouva les preuves de la duplicité de l’électeur. Cependant la disette se fit bientôt sentir dans le camp saxon, que le roi de Prusse tenait bloqué. Les Autrichiens, qui s’avancaient au secours de leurs alliés , avaient été battus à Lowositz
(1" octobre). Cernés enfin de tous côtéd par les armées prussiennes, les braves Saxons furent , après une longue résistance, obligés de se rendre prisonniers avec cent quatre-vingts canons. L’électeur et le comte de Brühl reçurent des passe ports et des relais pour la Pologne, et abandonnèrent de nouveau leur malheureuse, patrie, que le vainqueur traita en pays conquis, et qui , dans tout le cours de cette funeste guerre de Sept ans, fut cruellement ravagée.
Depuis la réforme, les vastes plaines arrosées par la Saale et l’Elbe, ainsi que celles de Leipzig, avaient toujours servi de théâtre aux batailles décisives. Cette fois, ce fut encore dans les plaines qui s'étendent à gauche de Lut/.en et des rives de la Saale, à Rossbach enfin , que l'armée française réunie h l'armée d'exécution, essuya une fameuse défaite ( 5 novembre 1757). Deux ans après, l’électorat fut délivré par les Impériaux (novembre 1759), puis repris presque immédiatement par les Prussiens , à l'exception de la capitale, que Frédéric bombarda au mois de juillet 1760. Enfin, cetle guerre cruelle, dont le récit appartient plus particulièrement a l’histoire de Prusse, se termina par la paix conclue à Hubertsbourg (*) (en 1 763). F’rédéric lui-méme avoua qu'aucun pays, la Prusse exceptee , n'avait autant souffert que la Saxe, qui vit le commencement et la fin des hostilités. On évalua ses pertes en argent à cent millions, et la diminution de sa population a quatre-vingt-dix mille âmes.
La paix permit à Frédéric-Auguste de sortir de son espece d’exil ; il revint à Dresde, où il mourut le 5 octobre 1763, d’une attaque d’apoplexie. C’était un prince indolent et paresspux; il abandonna toujours le soin des affaires à ses ministres. Aux goûts de son père pour la magnificence et les arts, il joignait une grande passion pour la chasse; cet exercice était son unique occupation, et le goût qui l’y portait lui fit toujours préférer le
(*) Localité peu distante de Dresde.
L’UNIVERS
séjour ae la Saxe , où abondaient les vastes forêts, à celui de Varsovie; cette préférence fut cause que , pendant trente ans, la Pologne resta livrée à la plus complété anarchie.
Quelques mois après Frédéric-Auguste, mourut, chargé de l'exécration publique, le comte de Rruhl, qui , par ses dissipations inouïes et son incapacité, avait tant contribué aux malheurs de son pays. La facilité avec laquelle il savait procurer de l’argent à son maître, et ses rampantes flatteries , l'avaient toujours maintenu en faveur. F.t à la mort de Frédéric-Auguste II , la Saxe était chargée d’une dette de plus de quarante et un millions de reichsthalers.
Si nous jetons nos regards en arrière sur ces deux règnes qui embrassent ensemble une périodede soixantedix ans, nous voyons la Saxe entraînée, par une seule faute primitive, dans un abîme de malheurs. Ce fut pour eonuérir et conserver la Pologne que les eux électeurs appauvrirent leur pays et le jetèrent d’une guerre dans une autre,. sans pouvoir en terminer glorieusement une seule ; qu’ils renoncèrent a leur croyance, et qu’ils perdirent la confiance de leurs sujets. Ce fut pour cette cause que l’on établit des fonctions inconnues auparavant, que l’on créa un premier ministre qui s'interposa entre le prince et ses sujets. et dont l'administration fut aussi funeste à la gloire du premier qu'aux intérêts des seconds. Enfin , ce fut encore pour rehausser l’éclat du troue de Pologne que le luxe etla corruption s’introduisirent à la cour de Dresde, où ils formèrent un contraste frappant avec les mœurs laborieuses et économes des Saxons. Moralité, commerce, industrie, aisance, tout fut anéanti.
TJne dette énorme pesa sur le pays.
L'absence des princes, qui habitaient souvent les bords delaVistule, laissait le gouvernement sans ressort, l’armée sans gloire, le trésor épuisé et les habitants sans espoir de secours contre les exactions nu gouvernement ou les ravages d’un ennemi victorieux.
Parmi les noms remarquables qui
brillèrent en Saxe à cette époque, on distinguecelui du comte de Zmzendorf, le mystique fondateur de la communauté moravede Herrenhut (*), le premier législateur de ces pieux sectaires, qui honorent l'humanité parleur industrie aussi bien que par leur sagesse, et qui ont envoyé des missionnaires ou formé des établissements dans presque toutes les parties du monde. La Saxe nous présente aussi, dans les sciences, dans les lettres et dans les arts, une foule d’hommes d'élite, tels que Rabener, Gellert, Klopstork, Hagedorn, Lessing, Weisse, Ernesti, Rlorus, etc.