‹ États de la confédération germaniqueChapitre 135 sur 261 · FRÉDÉRIC-CHRISTIAN · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC-CHRISTIAN

Frédéric-Christian, fils aîné du roi Auguste III, avait quarante et un ans quand d fut appelé a réparer les malheurs de la Saxe. Pénétré de la gravité de sa mission , il supprima la charge de premier ministre , introduisit la plus sévere économie à la cour, et prit, conjointement avec les étals, les plus sages mesures pour rétablir l’ordre dans les linances et dans l'administration ; on rédigea un plan d'amortissement qui , fidèlement suivi, avait, malgré les guerres survenues, réduit, vers le commencement de ce siècle, la dette de la Saxe à près de moitié. Malheureusement la mort empêcha le digne électeur de réaliser toutes ses louables intentions. Il mourut frappé d'apoplexie après un régné de dix semaines (du 6 octobre au 17 décembre 17G3.)

frédéric-auüuste xu (1763-18^7).

Frédéric- Auguste III n’avait que treize ans lorsqu'il perdit son père; sa tutelle fut déféréeà son oncle, le prince Xavier, qui poursuivit le système de son frère. Diminuer les impôts, relever l’agriculture, le commerce et l'industrie, reconstruire les villes et les villages détruits dans les guerres, tel fut l'objet des constants efforts de ce prince. Lin des actes les plus mémorables de sa régence fut la fondation de l’académie des mines de Freiberg,

(*) Ce nom est celui de la montagne au pied de laquelle lut établie ta colonie.

SAXE

académie qui s’est acquis depuis une si haute renommée , et qui a rendu de si grands services à la science minéralogique.

Frédéric-Auguste, parvenu, en 1768, à sa majorité, prit en main les rênes du gouvernement pour les conserver jusqu'en 1827. Dès son enfance, il avait été témoin des horreurs de la guerre; il avait vu son aïeul banni île son pays pendant sept ans , et son père obligé souvent de recourir aux expédients pour satisf aire aarx besoins de la journée. Il sut profiter des leçons du malheur. Son instruction solide, sa sagesse, sa justice, son amour pour le peuple, son inébranlable fermeté le rendaient éminemment propre a guérir les plaies de la Saxe. Et, en effet, son long règne qui , à dater de sa majorité seulement, embrassa une période de soixante années , fut entièrement consacré au bonheur de ses sujets. Éducation de la jeunesse , agriculture, armée, industrie, commerce, mines, législation, finances, lettres, sciences et arts, toutes les branches de l’administration furent les objets de sa paternelle sollicitude; il trouva d'ailleurs, dans l’amour et la vénération de ses sujets , une récompense digne de ses vertus.

La paix profonde dans laquelle s’écoula la plus grande partie de son règne (*) ne fut qu’incidemment troublée par la guerre de la succession de la Bavière (1778). Frédéric -Auguste comprenait bien que la Saxe n’était point et n’avait jamais été un État conquérant , et il s’était proposé un but plus noble que la guerre. IN’ean-

(*) A l’époque de son avènement, de gra-

ves dissensions s'élevèrent cependant entre lui et sa nicre. Il parait qu’elle voulait mettre à la tête des affaires son antre Gis, sur lequel elle avait plus d'empire. La découverte de ce complot , due à un ami de i'é- Jerteur, amena l'arrestation d'un capitaine de la garde suisse, nommé Agdulo, qui fut puni d'une détention perpétuelle dans la citadelle de Kirnigslein. Du reste, les détails de cette affaire ont été ensevelis dans les archives et sont restés un secret pour le public.

moins il sentit aussi que sa position difficile entre la Prusse et l’Autriche lui commandait de faire bonne contenance-, afin qu’on n’osût pas traiter son pays comme on traita depuis la Pologne. La maison de Bavière s’étant éteinte en 1777 (*), il forma du chef de sa mère, princesse électorale de ce pays , des prétentions à la succession allodiale, et, dans la guerre qui survint, obéissant aux intérêts de la Saxe, aux exigences de sa po ition géographique , il se rangea dti cô de la Prusse. Joseph n'avait d’ailleurs voulu reconnaître sa neutralité qu’à des conditions équivalentes à une déclaration dé guerre. Vingt-deux mille Saxons, commandés parle comte de Solms, allèrent, en conséquence, grossir l’année du prince Henri. Les ennemis étaient en présence; mais Joseph, placé dans une position inattaquable, à Jaromirz, ne voulait pas la quitter pour courir les chances d'une bataille générale, et Frédéric, affaibli par l'âge, tenait à conserver la gloire qu’il s’était acquise par ses admirables campagnes de la guerre de Sept ans. Tout se borna donc à quelques escarmouches et à quelques excursions. Plusieurs des villes saxonnes, situées dans les Erzegebirge, furent alors visitées par l’ennemi et leurs principaux habitants emmenés prisonniers en Hongrie , parce qu’ils ne pouvaient payer les contributions exigées.

Enfin, dés négociations s’ouvrirent, et , par un traité de paix conclu à Tesch?n , l’électeur palatin , Cliarles-Théodore. acheta les prétentions de la Saxe à l'héritage de la Bavière, moyennant 1e prix modique de sept millions de florins payables en douze années.

Cette guerre avait coûté encore moins d’hommes que d'argent à la Saxe, et l’électeur, en s attachant prudemment à la Prusse, sans rien perdre de sa dignité, avait pris une position ferme vis-à-vis de l’Autriche. Mais l’Empereur rie renonçait pas à ses projets sur la Bavière (**) ,

(*) "Voyet l'ALLKKiGnx, t. Il, p. 333.

(*‘) Ibidem.

et continuait toujours ses intrigues.

Les princes durent songer à prévenir ses entreprises; en conséquence, le Brandebourg et le Hanovre formèrent, pour maintenir la constitution de l’Empire, la confédération dite des princes, à laquelle la Saxe se réunit, sur l’invitation de Frédéric II.

En 1791 Frédéric -Auguste III refusa pourlui-inéme d’abord, puis pour sa fille , la couronne que lui offrit la diète de Pologne; et ce refus était sage, car il eût fallu défendre contre l’impératrice de Russie, peut-être même, contre le roi de Prusse , une royauté qui avait déjà été si funeste à la Saxe. Quelques mois après , il donna une nouvelle preuve de sa haute raison. Lorsque le congrès des rois ligués contre la France révolutionnaire se réunit à son château de plaisance de Pilnitz, près de Dresde, il se tint à l’écart, ne prit aucune part aux délibérations, et se contenta de donner des secours en argent à ses parents , les comtes d'Artois et de Provence. Il refusa de même d’accéder à l’alliance résolue le 7 février 1792 entre Vienne et Berlin. Mais quand l'Allemagne eut déclaré la guerre à la république française (1793), il fut forcé de fournir, comme prince de l’Empire, un contingent de six mille hommes, qu'il ne rappela sur les frontières de la haute Saxe qu’après la trêve et le traité de neutralité du 13 août 179G.

Depuis cette époque, Frédéric-Auguste resta étranger aux grandes agitations de l'Europe et aux orages au milieu desquels s’écroulait l’ancien empire germanique. Mais allié de Frédéric-Guillaume, il dut permettre le libre passage aux troupes de ce prince (1 1 octobre 1806), et faire garder les défilés de la Saaleet de la Mulde. Il n’avait plus alors d’autre parti à prendre que d’entrer dans la confédération formée sous le protectorat de la Prusse, et de partager la fortune de cette puissance. Vingt-deux mille Saxons furent mis sous les ordres du général prussien , prince de Hohenlohe , et combattirent en Thuringe jusqu’à ce que le double désastre d’Auerstaedt et

d’Iéna eût décidé du sort de l’Allemagne septentrionale.

Dans ces mémorables journées , les Saxons firent bravement leur devoir ; mais oubliés , pour ainsi dire , par leurs alliés sur le champ de bataille, ils furent battus, faits prisonniers ou dispersés. Six mille d'entre eux restèrent au pouvoir des Français. Napoléon , habile à séparer la nation saxonne du peuple prussien et à se ménager sur l’Elbe un allié contre la cour de Berlin . se fit présenter les officiers, au nombre de cent douze, leur exprima toute son estime pour l’électeur , et leur manifesta son intention de le délivrer du joug que le voisinage de la Prusse lui imposait. Il fallait mettre un terme aux violences de cette monarchie ; le continent avait besoin de repos ; il fallait lui rendre ce repos, « dut-il en coûter la chute de quelques « trônes. » I.es Saxons comprirent ce langage, donnèrent leur parole d’honneur de ne plus servir contre la France, furent mis immédiatement en liberté, et partirent pour leur pavs, emportant une proclamation adressée par l’empereur à leurs compatriotes. On commença bientôt après à négocier, et Napoléon consentit à la neutralité de la Saxe. Toutefois, l’électeur dut payer une contribution de guerre de vingt-cinq millions; il en tira une partie de son trésor particulier. Déjà la lutte avait recommencé sur la Vistule, quand il assura l'indépendance et l’intégrité de son territoire en concluant à Posen , le It décembre 1806, un traité de paix eu vertu duquel il reçut de l’empereur le titre de roi . et entra en cette qualité dans la confédération du Rhin.

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