SYSTÈME DE DOUANES PECSSIEH
L’association commerciale a fait pour l’Allemagne ce qu'a fait pour la France l’abolition des barrières qui séparaient nos diverses provinces : elle a créé la liberté du commerce intérieur, mais elle n’a rien fait pour le commerce du dehors. C’est un système continental, dont l’idée appartient à Napoléon.
Le marché de l’intérieur s’est agrandi; mais, en s’agrandissant, il est devenu plus uniformément ouvert au commerce étranger, au lieu de devenir plus accessible', puisque, entre les tarifs des Etats de Ig confédération germanique, c’est le tarif le plus élevé et le plus rigoureux, celui de la Prusse, qui est devenu le tarif commun.
Déjà, au congrès de Vienne, on avait songé à la gêne que faisaient éprouver au commerce intérieur de l'Allemagne les lignes de douane de trente-huit États, nécessitant pour leur entretien et leur surveillance une dépense annuelle de soixante millions de florins, outre les difGcuités insurmontables qu’elles présentaient. Le Wurtemberg et la Bavière, par une association formée dès 1828, avaient réuni leurs territoires sous le rapport commercial, et supprimé les lignes de douane sur leurs confins. Le produit des droits acquittés par le commerce étranger devait être partagé à la fin de chaque année, en proportion de la population respective des deux États. Ce fut le premier
traité d’alliance commerciale en Allemagne. On voit que la Prusse, devenue depuis le centre de l’association commerciale allemande, restait en dehors de celle-ci. Cette puissance n’était pas alors populaire en- Allemagne. Ses mesures prohibitives, quoique modifiées parla loi du 26 mai 1818, qui proclamait la liberté du commerce, étaient encore trop rigoureuses. Mais elle prit son parti. Le 14 février, le 8 mai et le 17 juillet 1828, elle conclut, avec le grand-duché de Hesse et avec les duchés d’Anhalt, un traité, fondé sur les principes de libres relations, admis par la Bavière et le Wurtemberg.
Les petits États du nord et du centre de l'Allemagne s’effrayèrent à l’aspect de ces deux ligues; ils craignirent une limitation de leurs droits de souveraineté, une domination oppressive, et s’unirent pour se défendre. Le 24 septembre 1828, le royaume et les duchés deSaxe, le Hanovre, l’électorat de Hesse, les duchés de Brunswick et de Nassau, les principautés de Reuss et de Schwartzbourg, et les villes libres de Francfort et de Brême, signèrent à Cassel un traité d’union , dite de l’Allemagne centrale. La Saxe royale était chargée de la direction de la’ ligue.
Cette union nouvelle, qui jetait tout à coup au milieu de l’Allemagne un État commercial de 6 à 8 millions d'âmes, contrariait le développement de celle qu’avait méditée la Prusse, plus encore dans son intérêt politique que par des vues financières et mercantiles. Pour que la ligue prussienne prît l'extension à laquelle on aspirait, il était indispensable d’anéantir celle de l'Allemagne centrale. Dans cette pensée, la Prusse se montra libérale; les officiers de douane reçurent l'ordre de mettre moins de sévérité dans l’exercice de leurs fonctions. Les écrivains à sa solde combattirent à l’envi le système prohibitif.
En même temps, la Prusse négocia avec la Bavière, la Hesse électorale et la Saxe; elle réussit à décider la Hesse électorale à adopter son tarif. Cette défection détruisit l'union interme-
PRUSSE
diaire. Il ne restait à la Prusse qu’à reunir entre elles les deux ligues du nord et du midi, la sienne et celle de Bavière. La réunion fut opérée le 22 mars 1833. Le tarif et le règlement des douanes prussiennes furent adoptes provisoirement. Le royaume de Saxe accéda le 30 mars , et les duchés de Saxe le il mai. Des ce moment la Prusse, la Bavière, le Wurtemberg, les deux Hesses, le royaume et les duchés de Saxe n'ont plus formé qu'un seul État commercial, d’environ 10,000 milles carrés de snrface, ayant une population de plus de 22 millions d'âmes. Son unité repose sur onze conventions différentes, auxquelles sont annexés des lois, règlements et tarifs, aussi liberaux pour les États de l’Union que restrictifs pour les puissances étrangères, telles que la France et l’Angleterre. Plus tard , la ville libre de Francfort, le duché de Nassau et le grand-duché de Bade sont entrés dans cette grande confédération. Ainsi la Prusse, acquérant une influence tres-grande sur les intérêts économiques de tous les pays qu'elle a incorporés à son système , s’est assuré cette prédominance politique, objet de son ambition depuis F’rédéric le Grand.
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Nous avons donné déjà le chiffre de la population de la Prusse. Elle se compose de la race germanique ( 11 millions environ ); dés Wendes ( race slave ) de la Silesie, du Brandebourg et de la Poméranie, qui ont la plupart leur dialecte propre, et dont les Hallores sont une branche ( 2,500,000 ); des Cassoubes , dans le nord-est de la Poméranie (*), qui parlent une langue wende ; des Polonais de la province de Posen et de la Silésie ; enfin , de Curons, de Lettons, de Lithuaniens,
(*) Les Cassoubes, débris d’un peuple wende établis entre Stolpe et l,i Prusse occidentale , ont été serfs jusqu'en iStn. Le roi de Prusse , dans son titre in extenso, s'appelle encore aujourd'hui duc des Cassonies. Ces anciennes tribus embrassèrent ie christianisme en 1119.
tous parlant un idiome particulier. On y compte environ 90,000 Français , descendants des réfugiés protestants , gue la révocation de l’édit de Nantes força de quitter leur patrie, et qui portèrent leur industrie dans les landes de Brandebourg. Enfin l'on trouve des juifs dans toutes les contrées de la monarchie. Us ont acquis de grandes richesses, surtout à Berlin : ils sont environ 160,000, que i'édit du 11 mars 1812 a investis des droits de citoyen et a soumis ainsi a la conscription.’
La religion protestante est professée par 8,200,000 habitants. Les catholiques , au nombre de 5,400,000. sont en majorité dans les provinces rhénanes, dans la Westpnalie, dans le grand-duché de Posen et en Silésie. Il y a 15,000 Memnonites, 6,000 frères Moraves et Hussites. Andréaswaldeest peuplé deSociniens et d’Unitaires; les Hernhutes habitent la Silésie, le Brandebourg, la Saxe et Neuwied.
En vertu de In huile De salule animarum, du 16 juillet 1821, sanctionnée la même année par le roi, deux archevêchés catholiques ont été fondés, l’un, pour la partie orientale, àGnesne et à Posen, l’autre pour les provinces occidentales, à Cologne. Neuf évêchés et trois mille deux cents paroisses leur sont subordonnés. Il y a , en outre , deux évêchés , à Erineiand et à Breslau , dont l’evéque porte le titre de prince-évêque : ils ne relèvent que du saint-siège. Les archevêques et évêques élus doivent être prussiens et avoir l’agrément du roi. Aucun pèlerinage public ne peut avoir lieu hors des frontières, et ceux qui se font à l’intérieur doivent se borner à une distance qui n’oblige pas les pèlerins à passer une nuit hors de leur domicile. I.a régence de Posen a plusieurs couvents des deux sexes. Il y a peu de temps qu’un différend s’est élevé entre l’église catholique et le gouvernement au sujet des mariages mixtes. On a vu l’archevêque de Cologne arraché de son palais par la force armée et détenu comme prisonnier de l’État, ainsi que l’évêque de Gnesne et de Posen. Le gouvernement, dans cette circonstance , a obéi
L'UNIVERS
plutôt à un mouvement de colère qu’à sa prudence ordinaire, et la fermeté des, prisonniers lui a donné le désavantage dans cette triste lutte.
Le protestantisme est la religion de l’État. !,es emplois n’en sont pas moins accessibles à ceux qui professent d’autres cultes. Il y a trois évéques évangéliques : l’un’ à Kœnigsberg, l’autre a Stettin, le troisième à Berlin. Il y a un consistoire par province ; tous les cinq ans, un synode général s’assemble à Berlin.
SCII2ICES, IVSTRUifriOH PUPLIQÜK, LOIS.
La Prusse est un des pays de l’Europe où les lettres et les sciences sont cultivées avec le plus d’ardeur et le plus favprisées par le gouvernement.
La capitale possède, outre l'académie des sciences fondée par Frédéric II, une académie des beaux-arts, une société de géographie, etc. La plupart des granaes vil es ont aussi des sociétés savantes. Kœnigsberg, Gripswald, Breslau, Halle, Munster, et surtout Bonn et Berlin, ont des universités importantes. Au-dessous de ces établissements de haut enseignement, plusieurs gymnases plus ou moins célèbres sont disséminés dans les diverses provinces. Une ordonnance royale enjoint aux parents d’envoyer leurs enfants dans les écoles, des l’âge de six ou huit ans. Des sociétés , fondées dans plusieurs régences , pourvoient a l’instruction des enfants et des jeunes gens nécessiteux. Enlin, un grand nombre d’écoles spéciales répondent aux diverses branches de l’enseignement. La censure a porte un coup funeste au commerce de la librairie; du reste, le nouveau gouvernement a promis de modifier la loi qui le régit.
La jurisprudence est basée, dans les États prussiens, sur le code ( Land redit) publié en 1794, tandis que les provinces rhénanes suivent le code français modifié. Les procès en première instance sont portés devant les juridictions patrimoniales et seigneuriales, pour les paysans; devant les justices urb.dnes ou territoriales pour les bourgeois; et devant quelques cours
de bailliages héréditaires pour les nobles. Les cours supérieures (Ober- Lands-Gerichtejjugenten deuxième instance; il y en a ordinairement une par régence. IJn tribunal suprême d'appel siégé à Berlin, un autre à Kccnig'berg.
En vertu d’une ordonnance rendue depuis peu , les juges sont inamovibles et ne peuvent être destitués qu’en vertu d’un jugement. Ils rendent en général une justice prompte et consciencieuse.