GUERRE CONTRE LOCIS DE BAVIÈRE
Les ducs d’Autriche profitèrent d’un armistice qu’ils conclurent avec les Suisses , pour diriger tout l’effort de leurs armes contre Louis de Bavière.
Il y eut une multitude de petits combats et d’invasions réciproques entre les deux compétiteurs, jusqu’à la bataille livrée à Mühldorf, sur l’Inn, où le prince bavarois triompha de tous les obstacles. Les ducs Frédéric et Henri d’Autriche restèrent prisonniers entre ses mains ; le premier fut confiné à Transnitz , place forte du Palatinat, près de Uatisbonne, et son jeune frère rut livré à Jean, roi de Bohême. Cette défaite fut due à l’imprudence de Frédéric, qui livra la bataille sans attendre l’arrivee de Léopold , qui venait d’entrer en Bavière à la tête de forces considérables. Léopold ayant appris le funeste résultat de la journée de Mühldorf, se retira en Alsace, d’où il fit de vains efforts pour obtenir la liberté de ses deux frères. Il parvint cependant à gagner le roi de Bohême, qui, moyennant une rançon de neuf mille marcs d’argent, fit cesser la captivité de Henri. Mais sa plus grande espérance pour relever les malheurs de sa maison, il la mettait dans le pape Jean XXII, dont le dessein le plus important était de placer sur le trône de l’empire le roi de France, Charles IV, dit le Bel. Ayant levé beaucoup de troupes, il ravagea la Bavière, et insulta les villes impériales de Souabe. Pour arrêter cette incursion, Louis se mit en campagne au cœur de l'hiver, et assiégea Burgau. Mais Léopold le défit complètement, et cette victoire accrut l’influence du parti autrichien. Léopold eut avec le roi de France une entrevue à Bar-sur-Aube. Il se réunit ensuite aux électeurs de Mayence et de Cologne, aux ambassadeurs de Charles IV, et au légat du pape, pour concerter la déposition formelle de Louis et l’élection du monarque français.
AUTRICHE
ItécOtrCtMATIOÎI AVEC I.OÜIS IV.
Louis était trop peu sûr de ses partisans, il connaissait d'ailleurs trop bien l’étendue des forces de ses ennemis, pour exposer sa couronne aux hasards des combats. Le. plus sage parti qu'il eût à prendre, c’était de se réconcilier avec les princes autrichiens. En conséquence , Frédéric recouvra sa liberté, niais sous la condition de renoncer à tous ses droits sur la couronne impériale, de restituer toutes les places qu'il avaitenlevées à l’empire, de soutenir l’empereur contre tous ses ennemis, et de venir reprendre ses fers s’il ne pouvait exécuter tous les articles de la convention. Mais ses frères , et particulièrement le fier Léopold, refusèrent d’accéder à ce traité, que le pape de son côté déclara nul , comme ayant été arraché par la force.
Frédéric, ne pouvant remplir ses promesses, se remit en la puissance de Louis , qui, touché d’une telle grandeur d’ûme, traita son prisonnier avec une noble générosité. Une chronique rapporte que les deux princes mangèrent a la meme table, quMIs n’eurent qu’un même lit, et que quand Louis fut appelé dans le Brandebourg pour v étouffer une révolte qui avait éclate contre son fils, il confia le gouvernement de la Bavière à Frédéric. C'est sous l’empire de ces sentiments de fraternelle bienveillance qu’il offrità son prisonnier de moins rudes conditions. D'ailleurs sa politique se trouvait d'accord avec sa générosité; il était fatigué des attaques impétueuses et terribles de Léopold , et il espérait désarmer la haine du pape, ui avait lancé contre lui une sentence 'excommunication et de déposition.
On conclut un traité (8 septembre 1 325) portant que les deux compétiteurs régneraient conjointement avec une parfaite égalité de droits, et que chacun d'eux aurait alternativement la préséance. Léopold sc montra satisfait de cet accord ; les électeurs et les princes de l’empire soutinrent au contraire que c'était une violation de leurs privilèges, et le pape, de son côté, le censura comme attentatoire aux prérogatives
4" Livraison (Autriche.)
du saint-siège. Mais tous les efforts du pape, du roi de France et des électeurs, ne purent désunir Louis et Frédéric. Léopold, avec son activité accoutumée, rassemblait sur le Rhin une armée destinée à forcer le consentement des princes de l’empire , lorsque sa mort (23 février I32<>) vint troinjier de nouveau les espérances de sa maison.
Un an après, Henri son frère, qui avait déployé de bonne heure des talents pour la guerre, mourut des suites du traitement rigoureux et humiliant que le roi de Bohême lui avait fait suuir pendant sa captivité. Albert soutint avec Frédéric le poids des affaires. Othon, le plus jeune des frères, mécontent de n’y avoir aucune part, se souleva , et , a l’aide des Hongrois et des Bohémiens, ravagea l’Autriche, jusqu’à ce qu'on l’eût nns en jouissance des Etats que Léopold avait possédés en Souabe. Frédéric, si cruellement éprouvé par la fortune, succomba sous le poids des chagrins (13 janvier 1330). Comme il ne laissait point de postérité, Albert et Othon jouirent seuls de l’héritage paternel. Ils y ajoutèrent la Carintliie (*) et la Carniole, à la mort du
(*) Le* cérémonies encore en usage au treizième el au quatorzième siècle dans la Carinlhie pour l'élection du duc, méritent d'ètre citées. Les différentes circonstances de celte cérémonie supposent que le prince doit acheter du peuple, dans la personne du paysan libre qui le représente , et tou duché el ses droits.
Toutes les fois qu’un duc reçoit l'hommage comme héritant de la couronne , un paysan de la race des Edlinges , qu’on appelle le paysan duc , le duc de C.lasendorf , et de préférence le duc en Carinthie, vient s’asseoir, à Zullfcld, sur le siège ducal de marbre. Autour de. la pierre, en dehors de l’enceinte, sc lient rangé à |>ertc de vue le peuple des campagnes qui attend le nouveau duc. Cclui-ri est couvert d'un surtout gris avec ceinture rouge ; il porte sur le coté une carnassière rustique, et dans sa poche du paiu,du fromage, des instruments de lai>otirage;aux pieds, des souliers lacés à nœuds rouges ; sur la tète , un chapeau gris à la mode des Wendes ; sur les épaules , un manteau gris; à la main, un béton de berger.
L’UNIVERS
due, qui se trouvait le dernier mâle de sa race. L’empereur leur donua l’in-
Kscorté de deux seigneur» du pays, il s’approche du siège , ayant à ses cotés un taureau noir et Un cheval de paysan trèsmaigre. Derrière lui viennent nobles et chevaliers en habits de fête et dans le plus grand éclat , avec la bannière et les étendards du duché. Dès que le cortège est arrivé près du siège de uiarbrc , cl que le pay san aperçoit le prince, il s’écrie en langue vvendique : «Qui s avance si fièrement ici ? — Le prince du pays,» répond la multitude. Alors le paysan,
« Est-il un juge équitable ? A-t-il le bien du «pays à cœur? Est-il né libre et chrétien?
« — Il l’est et le sera , répondent les assis- ■ tants tout d’une voix. — Je demande alors » de quel droit il me fera quitter ma place? • Là-dessus le comte de Goritx : «Il te l’achète «soixante pfennings; ces bétes de trait (le » taureau et le cheval) seront tiennes ; pour • toi aussi seront les vêlements du prince; ta « maison sera libre, et tu ne payeras ni re- « devance ni dime. » Alors le paysan donne au prince un léger soulüi t , l’invite à la justice, descend de son siège , et emmène le taureau et le cheval.
Aussitôt le nouveau duc se place sur le siège, braudit son épée nue de tout côté, et promet au peuple droit cl justire. En signe de sa frugalité , il boit un coup d'eau fraîche dans son chapeau. Ensuite le cortège se rend à l’église de Saint-Pierre , située non loin de là sur Une colline , pour y assister au service divin. Le duc quitte ses habits de paysan pour revêtir le costume de prince, et prend place , avec la noblesse et les chevaliers , à un festin magnifique. Au sortir de table, le prince sc rend sur le penchant de la colline, où se trouve un autre siège à deux places, avec un dossier commun. Sur la place antérieure est assis le duc , le visage tourné vers le soleil levant. La tète nue, les doigts élevés, il jure de maintenir les libertés du pays. Puis il reçoit le serinent d'hommage héréditaire, et distribue les fiefs. Assis derrière lui, le comte de Goritx répartit les fiefs qui relèvent île lui comme comte palatin héréditaire. Tant que le duc leste assis et fait l’investiture des fiefs, les hommes de Gradneckc ont de toute antiquité le droit de faucher autant de foin qu'ils le peuvent , à moins qu’on ne rachète ce droit. Ceux de Raub ( Ranber , les brigands) sont , de leur cété, libres de piller, et ceux de Portendorf (et après eux les Mordaxtes) peuvent mettre
vestitnre de cette province, sur laquelle il avait des droits , malgré l’opposition et les armements du roi de Bohème. La plus parfaite union régnait entre les maisons de Bavière et d’Autriche, lorsque Othon termina ses jours ( 1 339), laissant deux fils mineurs, qui moururent sans alliance et sans postérité quelques années après.
ALBEBT LE SAGE.
Demeuré seul de sa famille, Albert se vit à la tête de toutes les possessions dont se formait déjà son riche patrimoine. Jusqu'alors , il avait pris peu de part au gouvernement des affaires publiques. Il avait été destiné à l’état religieux, et l’on prétend même qu’il avait été chanoine de Passau. A 27 ans, il épousa Jeanne, fille et héritière d’Ulrîc, comte da Ferrète, en Alsace, qui, après une stérilité de 19 années, lui donna six enfants. A 32 ans, une paralysie lui enleva l'usage des jambes, et cette infirmité le fit surnommer le Boiteux; surnom que ses grandes qualités lui firent échanger plus tard contre celui de Sage.
Jean XXII, après avoir déposé, et excommunié Louis IV de Bavière,
f tressa le prince autrichien de solliciter a couronne impériale. Mais Albert avait trop de prudence et de sagesse pour consentir à perpétuer les troubles de j’empire , et à n’étre qu'un instrument entre les mains du pape.
Résistant donc aux sollicitations de la cour de Rome, il se déclara pour l'empereur contre son compétiteur. A la mort de l’empereur , Charles , fils du roi de Bohême, ayant réuni tous les suffrages, Albert’ se rangea de son parti, et obtint pour sa famille des avantages considérables.