‹ États de la confédération germaniqueChapitre 171 sur 261 · SOM ÉTAT FLORISSANT. SOB ABAIS- SEMENT · texte numérisé non relu

SOM ÉTAT FLORISSANT. SOB ABAIS- SEMENT

(ia$3-i4i l).

Quand les armes furent tombées des mams des Prussiens, les chevaliers songèrent à établir, sur de nouvelles bases, la constitution des pays conuis, et en firent un État entièrement ifférent de ce qui existait dans le reste de l’Europe.

En vertu d’un principe, reconnu par le monde catholique du douzième et du treizième siècle, il appartenait au vicaire de Jésus-Christ sur la terre de disposer de tous les pays habités par les infidèles. Celte meme prérogative, mais dans des limites plus restreintes, était aussi réclamée par les Empereurs ; c’était donc de ces deux autorités que l'Ordre tenait ses droits. Il était du reste souverain, sous leur suzeraineté, et propriétairedu sol, dont les possesseurs devinrent des serfs attachés à la glèbe. L’insurrection de 1 262 avait en effet rompu toutes les dispositions du traité de paix de Christebourg, qui accordait aux vaincus, eu échangé du baptême, la liberté personnelle et une propriété, et reconnaissait parmi eux une classe de nobles. Après la seconde conquête , la noblesse et la propriété illimitée ne furent conservées qu’au petit nombre de seigneurs prussiens dont il fallait récompenser la trahison ou la docilité. Ceux-là , enrôlés dans l’Ordre , au prix d’une honteuse apostasie, partagèrent son orgueil, ses richesses , ses privilèges. Ils restèrent possesseurs de l’alleu originaire et héditaire de la famille , exempts de toute charge et prestation , même du payement de la dîme. Ils formèrent la première classe, celle des withings proprement dits.

Après eux venait une deuxième catégorie de withings, qui devaient leur

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propriété et leur titre de noblesse à la munificence de l’Ordre , et ne tenaient leurs terres que comme de Véritables fiefs.

Un certain nombre de familles de paysans leur étaient abandonnées pour payer la diine, leur rendre les memes services et prestations auxquels étaient tenus les sujets immédiats de l’Ordre, pour être enfin soumises à leur juridiction. Toutes ces terres étaient aliénables avec les serfs qui les cultivaient, et retournaient aux withings a défaut de mâles (*). Mais, fri échange de cesdroits, le withing devait à l’Ordre le service militaire, non-seulement pour la défense de la province, mais aussi pour les expéditions lointaines. Il était encore soumis à qdeiques autres obligations , quelquefois même à un cens annuel payable en reconnaissance de sa vassalité.

La nouvelle withingie sc transmettait par héritage, mais aux mâles seulement.

Les francs tenanciers , ou les hommes libres , formaient la seconde classe des propriétaires. Exempts de la dime et oes labeurs [de juyo rustica/ium sercitlorum) , ils ne transmettaient leurs propriétés qu’en ligne directe, et étaient astreints au service militaire.

La troisième catégorie renfermait les cul miens , c’est-a-dire , les possesseurs de biens ruraux régis par le droit de Culm (**) , dont les principales dispositions étaient le payement de la dîme ou d’une redevance déterminée , ' pour la mense épiscopale, et d’un cens en cire et en argent pour l'Ordre, avec obligation de l’ôst.

Le reste des propriétaires se composait des paysans, soumis au juge (scultetus)àe la commune ou du village, et des manants (hinlersassen), qui vivaient isolés sur les terres des grands propriétaires ou n’étaient pas membres d’une commune. Les biens des paysans,

(*) Les salines, les mines et ta chasse des castors, étaient partout réservées à l’Ordre comme droits régaliens.

(**) La base de ce droit était un privilège accordé aux habitants de Culm eu tu3i.

après l’extinction de leurs familles, étaient dévolus à l’Ordre ou aux withings auxquels les villages avaient été conférés. Ces différences dans les classes des propriétaires se retrouvaient dans le pays concédé aux évêques , comme dans les possessions de l’Ordre.

Ce furent surtout les premiers nobles allemands arrivés à la suite des croisés , et fixés dans les terres incultes du pays de Culm , de la Pomésanie et de la Pogé-anie , qui firent prendre au système féodal de fortes et profondes racines dans le sol de la Prusse. Ils devinrent la source de cette noblesse que nous verrons bientôt répandue sur toute la surface du pays, et occupant des châteaux seigneuriaux.

Leurs terres étaient exemptes de la dime, mais soumises au cens et au service militaire; ils pouvaient les transmettre à leurs héritiers directs ou collatéraux. Mais, pour les aliéner, il fallait le consentement du suzerain, du grand maître. Les Allemands avaient obtenu la haute et basse justice.

Par les soins de ces étrangers, ainsi que par ceux de l’Ordre et du clergé, il se forma encore une nouvelle classe d’habitants, celle des colons , ou cultivateurs allemands, se groupant autour des châteaux du seigneur qui les avait appelés ou leur avait promis sa protection; ils formèrent d’abord des villages, puis des cités, entourées d'une encei nte et gratifiées de privilèges presque républicains pour l’exercice de leur industrie et de leur commerce. Le nombre de ces colons dut devenir bientôt fort considérable , puisqu’il finit par prédominer sur les nationaux et leur imposer sa langue et ses usages.

Tous les districts conquis étaient gouvernés par un maître provincial ou précepteur, investi du pouvoir exécutif et de la conduite de la guerre, mais recevant son pouvoir et sa direction du chapitre général et du grand maître dont la résidence était encore à Saint-Jean d’Acre. Ce gouverneur n’avait pas de siège fixe, et allait d’un château à l’autre. Dans toutes les affaires importantes, il prenait l’avis des dignitaires de l’Ordre. A l’armee, il

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avait pour lieutenant le maréchal , le premier en rang après lui , et souvent son représentant.

Le pays était divisé en commanderics , avant chacune un château où résidait le commandeur. Ces chefs suprêmes, réunis an nombre de seize au moins, formaient le conseil du maître provincial. Le commandeur de Culm jouissait parmi eux d'une autorité plus grande. Du reste , en temps de guerre ou de troubles, l'administration d'une province entière était confiée à un avoué, bailli du grand commandeur (Vogt) , dont la puissance était alors assimilée à celle du commandeur de Culm (*).

Ainsi fortement constitué, l’Ordre étouffa aisément les tentatives de soulèvement qui se manifestèrent encore parmi les Prussiens (1289 et 129ô) , ordonna aux vaincus, sous des peines très-sévères, d'adopter la langue et les coutumes allemandes, et continua les hostilités contre les Lithuaniens. En 1309, pour affermir encore davantage la conquête . et concentrer les forces de l’Ordre , le grand maître Siegfried de Feuchtwangen transféra sa résidence de Venise, où elle avait été fixée divhuit ans auparavant, à Marienbourg, château fort fondé, en 1280, par le grand maître Hartman de iJektrungen. Rien ne peut mieux donner une idée de la puissance et de la richesse des chevaliers teutoniques a cette époque, que la vue de cette forteresse, qui fut, pendant cent cinquante ans, leur capitale. Ses épaisses murailles, qui bravèrent quelques siècles plus tard les efforts de l'artillerie, ses voûtes hardies , son énorme pilier centrai , ses vastes salles pleines d’ornements historiques, excitent encore aujourd'hui l'admiration des voyageurs (**).

A peine établi à Marienbourg , le

(*) Nou» avons profilé, pour eet exposé du gouvernement de l’Ordre, des recherches de Schoell dans son Histoire des Ktats européens, I. VI, p. 3u6 et suiv.

(**) Cet édifice a été restauré dans ces der mures années.

grand maître usa d’abord de sa puissance pour la tourner contre cettxmémes qui avaient convié ses prédécesseurs a l’envahissement de la Prusse.

Mcstwin, dernier due de la Poméranie de Danzig, ou Poméranie antérieure , appelée aussi Pomérellie , étant mort sans descendance légitime , les Polonais s’emparèrent de sa succession, c’est-à-dire, de tout le pays situé entre la Netze, la Vistule et la mer Baltique. Mais les Teutoniques , habitués à exercer dans toutes les occasions leur ambition et leur cupidité, achetèrent les prétentions des margraves de Brandebourg sur la même province, et les soutinrent les armes a la main, commençant ainsi contre leurs voisins une série de guerres désastreuses, dans lesquelles ils perdirent plus tard leur gloire militaire! , et, à la fin même, leur indépendance. Néanmoins, la province disputée fut cette fois soumise à leur autorité dès 1311, et la ville neuve de Dauzig, fondée par les conquérants , effaça bientôt l’ancienne. Elle devint, sous leur domination, un des principaux entrepôts du commerce de la mer Baltique. Les hostilités sanglantes que eette entreprise alluma et entretint tournèrent toutes à l'avantage des chevaliers secondes par une armée de croisés, telle qu’on n’en avait jamais vu de plus belle ni de plus nombreuse. (IÜ29). A la tête de ces pieux aventuriers était Jean de Luxembourg, roi de Bohême ; ce prince , qu'on rencontre sur tous les champs de bataille de son époque, fit maintes prouesses, conquit le titre de roi de Pologne, et abandonna ensuite en cette qualité aux chevaliers teutoniques toute la Poniérellie et le pays de Dobrzyn. Après divers armistices et traités, la paix, signée à KoIish,en 1343, avec Casimir, roi de Pologne , assura à l’Ordre la possession de la Pomérellie, avec le territoire de Michaïlof.

Tandis que ce traité réconciliait pour quelque temps les Polonais et les chevaliers, une guerre non moins importante, et qui dura près d’ün siècle, régnait toujours entre ceux-ci et les

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Slaves lithuaniens encore idolâtres, qui , gouvernés par des grands-ducs lielliqueux , perfides et entreprenants, déployaient une admirable énergie pour étendre leur domination de la Dwina au Dniestr, du Niémen au Bug polonais, et aux sources du Dniépr et du Donetz. La prétendue donation de T.ouis de Bavière, par un diplôme de 1337, et surtout le prétexte d'une conversion à opérer, avaient été plus que suffisants pour enflammer de nouveau le zèle ambitieux des chevaliers contre les Lithuaniens. Une résistance opiniâtre rendit longtemps leurs succès infructueux : en vain de nombreuses armées de croisés s’étaient jointes à eux; en vain des milliers de prisonniers avaient été emmenés en Prusse , et contraints, comme jadis les Pruczi , à travailler aux châteaux forts des chevaliers ; en vain un nombre plus grand encore avait péri sur les champs de bataille , la fortune se rangeait souvent du côté du bon droit. Pendant les trêves que faisait conclure de temps en temps une lassitude réciproque , le grand maître fVinrich de Knlprodc (élu en 1331), un des plus grands princes de son siècle, tenait, avec autant de fermeté que de sagesse, les rênes du gouvernement. Par ses soins, le commerce et l'agriculture refleurirent; des écoles furent établies à Marienbourg et à Kœnigsberg ■; des statuts , empreints de la religion et de la morale la plus pure, réprimèrent les désordres des chevaliers ; les prétentions des évêques de Prusse et de la cour d’Avignon furent énergiquement repoussées ; enfin , malgré la longue série des guerres qui remplirent ce règne, la population du pays ne diminua point, parce que Winrich fixait sur le soi les prisonniers faits dans les batailles, en les mariant à des filles prussiennes, ou en faisant venir les familles qu’ils avaient laissées en Lithuanie. Après lui fut élu , en 1394 , Conrad de fCallenrode, oui résolut d’écraser tout d’un coup des ennemis épuisés par tant de combats. Dix mille soldats de l’Ordre et quarante -six raille étrangers

se réunirent à Kowno. Pour préluder à son triomphe qu’il croyait infaillible, il donna, avant le départ, une fête brillante à ses chevaliers. Une table d'honneur fut dressée dans une île dn Niémen , pour les douze preux les plus illustres et les plus vertueux de toute l’armée. Trente services se succédèrent dons des plats d’or et d’argent , accompagnés chaque fois d’une assiette et d’un couvert d’argent. Derrière chaque chevalier, un frère servant tenait un parasol de drap d’or; enfin , les vases a boire, tous en argent ou en vermeil , et toute la vaisselle que les convives avaient touchée, leur fut donnée en présent. Cette magnifique année partit ensuite au milieu des cris d'allégresse. Mais, peu de temps après, elle repassa le Niémen sans son grand maître, vaincue, découragée, en désordre, décimée par le fer des ennemis, moissonnée par une épidémie cruelle.

Ce terrible échec fut bientôt réparé, la guerre recommença pour la possession du pays de Dobrzyn , et les Lithuaniens se virent ré’duits par les divisions survenues dans la maison grand-ducale et par plusieurs défaites successives, à accepter la paix. Elle fut signée à Racianz, en 1404, et l’important duché de Samogitie fut cédé aux chevaliers par Jagellon, roi de Pologne et grand-duc de Lithuanie.

Vers le même temps, leur grand maître, le sage Conrad de Jungingen, acquit de Sigismond de Luxembourg la Nouvelle-Marche (1402), au prix de 63,000 florins de Hongrie. Depuis 1347, ils possédaient l’Esthonie, achetée de Waldemar III, roi de Danemark, moyennant 19,000 marcs d’argent, de "sorte que leur souveraineté s’étendait, au commencement du quinzième siècle, des rives de l’Oder à celles du golfe de Finlande , sur la Samogitie, la Courlande, la Livonie, l’Esthonie, la Prusse, la Pomésellie et la Nouvelle-Marche. Le grand maître, devenu l’égal des rois, se trouvait ainsi à la tête de l’une des plus redoutables puissances du nord de l’Europe. Une population proportionnée, des finances et uncommerceflorissants paraissaient

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assurer à l’Ordre une prospérité durable. La Prusse, qui comprenait sans la Livonie et l’Esthonie, 19,000 villages, 55 villes et 48 châteaux forts, produisait à elle seule un revenu annuel de 800,000 marcs d’argent, ou environ 7,000,000 de francs, outre le produit de l'ambre et les amendes judiciaires.

Mais cet éclat dissimulait des germes de destruction qui devaient faire tomber cette institution militaire, en moins de temps qu’elle n’en avait mis à s’élever à un si haut point de grandeur.

Une grande pensée l’avait créée; mais cette pensée ayant perdu de son ardeur et de sa pureté, l’œuvre s’en ressentit. Les richesses et les succès avaient enivré et corrompu les chevaliers. Ils s’abandonnèrent à cet orgueil sauvage, à ces habitudes de licence et de débauche , caractère trop souvent prédominant de ces milices religieuses recrutées parmi les nobles aventuriers de toutes les nations. Dès le commencement du treizième siècle, le grand maître , Godfried de Hohenlohe, vint à Marienbourg pour réformer ces abus.

Mais il éprouva une telle résistance, qu’il retourna fort mécontent en Allemagne. Le successeur de Siegfried de Feuchtwangen , Charles Beffort de Trêves, s’attira la haine des chevaliers par sa sévérité; il fut forcé d’abdiquer il317). (berner cTOrselen, homme vertueux et modeste, fit aussi tous ses efforts pour les ramener aux anciennes réglés, à des sentiments plus religieux , à des mœurs plus austères. Il périt assassiné par Jean d’Endof, chevalier dont plus d’une fois il avait censuré la conduite (1330). Tout se préparait pour accélérer la ruine de l’Ordre.

La prospérité même engendra des divisions qui inspirèrent à la noblesse des provinces conquises, le désir et l’espoir de s’affranchir de leur domination, devenue d’ailleurs très-tyrannique. Acquérant graduellement la conscience de son pouvoir, elle résista aux actes d'injustice en même temps qu’elle pourvoyait aux moyens d’assurer la tranquillité publique, de défendre sa vie et ses biens. Il se forma des associations particulières , et entre

autres une ligue dirigée par quatre nobles, et appelée Eidechsen-f'erbund ( la ligue des lézards), singulière dénomination dont nous retrouvons des analogies dans les sociétés AtsOiseaux, du Lion, des Cornes, existant à la même époque en Souabe, en Bavière et sur les bords du Rhin (*). D’un autre côté, les villes qui avaient acquis un bien-être extraordinaire par le commerce et l’industrie, et les paysans allemands, devenus libres, souffraient impatiemment une oppression de jour en jour plus lourde.

Au dehors, l’ambition des chevaliers leur avait fait des ennemis de tous leurs voisins. La conversion de la Lithuanie (1387) les priva du secours des nombreux croisés qui avaient toujours grossi leurs rangs contre les infidèles, et les força de payer des mercenaires. En même temps, la réunion de la Pologne et de la Lithuanie sous une seule main devait être pour eux

(*) La société prussienne n’a cependant pas pris pour modèle une de ces associations formées uniquement pour le maintien du repos public. Elle avait une organisation toute particulière , et son but apparent était restreint à la défense des individus qui eu faisaient partie. Mais elle avait encore un autre but; car l’acte original trouvé par Kotzebue dans les archives de Kœnigsbcig , parle de certains secrets dont la révélation est défendue sous peine d’infamie. Quels étaient ces secrets? Nous les connaîtrons par les œuvres de la société, qui plus tard se plaça partout à la tète des complots ourdis pour renverser l'ordre Teutonique , fut l’àme de toutes les assemblées nationales, offrit au roi de Pologne la souveraineté de la Prusse, et reçut en récompense pour ses membres les gouvernements des provinces.

Les fondateurs de cette association étaient deux couples de frères ; Nicolas et Jean de Renys, Frédéric et Nicolas de Kynthenow, tous possesseurs de terres nobles dans la Prusse occidentale. Ils s’étaient ligués le ai septembre 1397 pour se défendre contre toute injure, sauf l’obéissance due au grand mailre , disaient-ils , en se réservant d’admettre de nouveaux associés.

Tous les faits relatifs à l 'Ordre des lézards ont été recueillis par un excellent historien, M. Voigt , garde des archivcsde Kœiiigsberg.

un sujet de sérieuse inquiétude. Deux peuples si belliqueux, si remuants, ne pouvaient guère rester en paix. Conrad de Jungingen l'avait compris; aussi mettait-il tous ses soins à éviter une rupture avec Ladislas. Lorsqu'il sentit approcher sa fin, il se leva sur son séant, et dit aux chevaliers : « Ne rhoi- « sissez pas pour mon successeur mon « frère Ulrirli, car je crains que son ca- « raetère belliqueux ne soit fatal à l’Or- « dre (1407). * Mais les chevaliers, qui avaient méprisé le gouvernement pacifique de Conrad, oublièrent bien vite son avis : iis élurent Ulrich, ennemi déclaré du roi de Pologne. Une entrevue eut lieu, à la vérité, à Kowno (1408); des présents magnifiques furent échangés; mais on se sépara le coeur rempli de méfiance; des difficultés s'élevèrent au sujet de la Nouvelle- Marche, et les armements commencèrent bientôt de part et d’autre.

Le roi de Pologne etWitold, nommé par le roi grand-duc de Lithuanie, engagèrent des mercenaires à leur solde.

De ce nombre était Ziska , qui , plus tard, à la tète des Hussites, s’acquit une gloire immortelle. Ulrich , de son côté , rassembla l’armée la plus nombreuse que l’Ordre eût jamais mise en campagne. Le roi prit Galgenbourg , qu'il incendia, et dont il fil impitoyablement massacrer les habitants \ la Samogitie tout entière retomba en son pouvoir. Cependant, les deux armées sc rapprochaient; celle du roi était dans les bous de Tanneuberg , elle comptait près de cent mille combattants et cent étendards ; celle de l’Ordre cinquante et un étendards et plus de quatre-vingt-trois mille guerriers. Tous les chevaliers en faisaient partie, é l'exception de Henri de Plauen , qui défendait le château de Schwetz. Lorsque l’affaire s’engagea, les chevaliers avaient l’avantage du terrain. D’abord les Lithuaniens et les Tatares lurent rompus ; les Bohèmes et tous les autres mercenaires mis en fuite; la bannière de Pologne avait disparu; enfin , la vie du roi , qui regardait le combat du haut d’une éminence , courait les plus grands dangers ; mais ces

dangers mêmes ranimèrent l'ardeur des Polonais. On combattit toute la journée ; ce fut bientôt un carnage inouï; le grand maître , tous les commandeurs, six cents chevaliers, quarante mille combattants teutoniques touillèrent sur le champ de bataille au milieu de soixante mille cadavres ennemis. La bannière de l'Ordre, le camp avec ses trésors, et une foule de prisonniers , restèrent au pouvoir des vainqueurs. Le roi se reposa trois jours, apres quoi il avança dans le pays, où la terreur le précédait. Nobles, évêques, bourgeois, sujets de toutes les classes lui rendirent hommage, et, dans l'espace d’un mois, tout le pays lui était soumis. « Nulle « part, en aucun temps, dit le chro- « niqueur de l’Ordre, on n’avait vu « autant d’exemples de l'infidélité des « hommes et des vicissitudes de la « fortune. »

La puissance de l’Ordre semblait à jamais détruite; elle fut relevée

ar deux hommes, un chevalier et un

ourgeois , par Henri de Plauen et Conrad Lezkau. bourgmestre de I)anzig. Henri ne fut pas plutôt informé du désastre , qu’il marcha sur Marienbourg , où il put pénétrer avant que le roi eût emporté la place. Il combina avec habileté ses préparatifs de défense , tandis que Lezkau , préférant pour son pays le joug des Teutoniques a celui de l'étranger , formait des alliances nouvelles et réunissait des renforts qu’il amena lui - même au grand maître (*). Au bout de cinquantesept jours les Polonais levèrent le siège de Marienbourg, et battirent en retraite à la nouvelle de l’invasion d* leur patrie par les Hongrois , et de l’approche des chevaliers de Livonie, sous les ordres de leur maréchal. Je 20 janvier 1411, un traité fut signé,

(*) Plus tard le brave Lezkau ayant sotthi élever la voix en faveur du peuple opprimé, fut , dit-on , attiré dans un château fort par un commandeur, cousin du grand maître, et comme le bourreau refusait de verser le sang du libérateur de l’Ordre, le ruminandeur et ses chevaliers tirent sou office en le frappant de leurs poignards.

(ïoogle

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qui assurait à Witold et à Ladislas la possession de la Samogitie.

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