LUXEMBOURG
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Lorsque Charles IV eut inféodé le Brandebourg, les deux Lusaees et la Silésie à son fils Wenceslas, roi de Bohême, l’ordre et la tranquillité y reparurent pour quelque temps. Wenceslas ayant été élu , en 1376 , roi des Romains, l’Empereur donna l’électorat de Brandebourg a son second fds Sigismond. Jean, le plus jeune, eut les deux Lusaees et la Nouvelle-Marche.
Bientôt apres, Charles IV mourut (1378). Cet événement fut un grand malheur pour tous ses États, et particulièrement pour les Marches, que le margrave Sigismond ne regardait que comme une possession temporaire.
Sans cesse occupé à lutter contre les Polonais, les Hongrois et les Turcs, il oublia tout à fait son gouvernement et le laissa tomber dans une déplorable confusion. Les nobles, qui le méprisaient , se livraient à des guerres intestines. Les princes voisins multipliaient leurs incursions. A la fin Sigismond, ami du luxe, du bon vin et des femmes, et partant toujours pauvre, vit ses finances tellement épuisées qu'il songea, dès 1383, à vendre le Brandebourg.
Mais le pays se prononça énergiquement contre ce projet. Sigismond ne l’abandonna pas pour cela, et quelques années après (1388) il l’accomplit, en engageant à ses cousins les margraves Josse et Procopede Moravie, les Marches , à l’exception de la Nouvelle qui appartenait à son frère Jean. Après la mort de celui-ci, il en fit autant de cette dernière province , autrefois conquise sur l’électeur Jean par l’Ordre teutonique, mais rachetée depuis par Otton le Long. Il la vendit de nouveau à cet Ordre. Josse, seul possesseur des Marches, depuis qu’il avait empoisonné son frere, ne songea pas plus que Sigismond à mettre fin à la détresse du pays sur lequel il exerça un pouvoir tyrannique,
et où le désordre intérieur parvint à son comble.
Parmi les nobles qui étaient à cette époque la terreur des campagnes et des villes , l'histoire a stigmatisé surtout les frères Jean et Dietrich de Quitzow. Après tant de siècles, quand leurs châteaux n’ont pas même laissé de traces , et que leur race vit obscure et oubliée, ie peuple maudit encore leur nom. Ils étaient fils de Kuno de Quitzow, de Quitzhœfel, près de Werben, dans la Vieille-Marche. Jean habitait le château de Kreinmen , et Dietrich, celui de Friesach. Plus de vingt-quatre châteaux forts leur appartenaient.
Accablé de soucis et d’années, Josse à son tour engagea ses provinces à Guillaume, landgrave de Thuringe, surnommé, le Riche; mais il mourut peu de temps apres (141 1), sans laisser d’enfants, et tous ses droits retournèrent à Sigismond.
C’est ici qu’apparait sur la scène politique cette famille de Hohenzollern, dont une branche cadette occupe aujourd'hui le trône de Prusse. Destinée singulière! Nous allons voir un empereur confier le sceptre d’électeur, un autre donner la couronne de roi à ces mêmes princes qui doivent un jour ébranler le trône impérial.
LES HOHEBEOLLERS. FREDERIC, 10I-RGRAVE DE BUREMBERG ACQUIERT LE BRAHDEROURG.
(l4lI-l44o).
On a fait remonter fort haut l’oriine des Zollern. Quelques-uns leur onnent pour ancêtres ou alliés les Colonna, d’autres les Witikind C)\ d’autres enfin croient qu’ils descendent d’Ettichon, duc d’Alsace, source des maisons de Habsbourg et de Lorraine.
Ce qui est plus certain, c’est que Frédéric, comte de Zollern, bâtit vers 980 ie château de Hohenzollern, qui devint le berceau de la famille. Conrad obtint, en 1200, à titre héréditaire, le bour-
(*) «Peu importe, » dit Frédéric II dans scs Mémoires de Brandebourg, «tous les « hommes ne sont-ils pas d'une race égaie- « ment ancienne.’ »
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L’UNIVERS
graviat de Nuremberg, dignité assez importante; car cette ville était par son commerce la plus florissante de l’Allemagne. Néanmoins ces princes n'acquirent jamais une très-haute illustration. Frédéric III (mort en 1298) lit d'importantes acquisitions en Franconie, soit par des achats, soit comme héritier de son beau-frère le duc de Méranic. Frédéric If', qui fut bourgrave en 1332, rendit des services signalés aux empereurs Albert, Henri VII et Louis de Bavière dans leurs guerres contre Frédéric d’Autriche. Frédéric F, que l’empereur Charles IV déclara prince de l’Empire en 1363, et nomma même son lieutenant, partagea en 1402 ses terres entre ses deux lils Jean III et Frédéric II; mais Jean III étant mort sans enfants, toute sa succession échut à Frédéric, un des seigneurs les plus accomplis deson temps, le fondateur de la gloire de sa famille. On le vit, en 14lÔ,se présenter à la diète de Francfort, comme chargé de pouvoirs de Sigismond, roi de Hongrie, et contribuer puissamment à lui lairc obtenir la couronne. Sigismond devait déjà au bourgrave 100 mille florins d'or. Lorsque le Brandebourg lui revint, par la mort de Josse , il le céda à son créancier à titre de sûreté, et le nomma capitaine et administrateur des Marches, ordonnant qu’on lui rendît hommage et obéissance jusqu’à ce qu’il püt s’acquitter envers lui (141 1). L’Empereur se réservai t seulement la dignité électorale, et Wenceslas son frère, roi de Bohême, ratifia cette concession, véritable contrat hypothécaire.
Les villes se soumirent sans résistance au nouveau gouverneur; mais il n'en fut pas de même des nobles dans leurs châteaux. A leur tête se placèrent les frères Quitzow soutenus par les Bardeleben , les Bismark , les Knesebech, les Jagow, les Schulenbourg et les Bredovv. Frédéric employa vainement toutes les ressources de’ la prudence pour les gagner. Les Quitzow disaient fièrementque » quand il pleuvrait toute une armée de bourgraves , ils les empêcheraient bien de s’établir dans les Marches, « Ils appelaient ironiquement
Frédéric la dent de Nurenberg. Enfin ils s’armèrent, mirent les bourgs en défense, et se liguèrent avec les princes de Poméranie-Stettin. Un corps envoyé par Frédéric fut défait.
Mais le margrave n’était pas facile à intimider; il défendit aux princes voisins de donner aucune assistance aux rebelles, qui furent vivement poursuivis; toutefois pour assurer complètement In tranquillité dans ses Etats, il avait encore à soumettre les Quitzow. Des soldats des pays voisins accoururent sous ses drapeaux pour cette expédition. Il ne fallut que peu de jours pour emporter leurs châteaux et leurs villes. Ce fut la première guerre , dans ces contrées, où l’on lit usage d’un canon. Cette machine avait été empruntée à Frédéric, margrave de Thtiringe, et elle contribua puissamment aux succès de Frédéric. Dietrich de Quitzow s’échappa , fut mis hors la loi et périt misérablement. Jean fut pris dans sa fuite.
Cependant Frédéric, par d'habiles opérations financières, faisait toujours de nouveaux pas vers la puissance. Il continua à avancer de l’argent à Sigismond, jusqu’à concurrence de 400 mille ducats, et, leSOavril 1415, son débiteur lui céda , avec l’assentiment des électeurs et de Wenceslas, le Brandebourg avec la dignité électorale et l’oflice d’archichambellan. Le nouvel électeur, des lors nommé Frédéric I", se rendit au château de Berlin, recevant les hommages et les serments du pays, et fut solennellement investi à Constance en 1417.
L’électorat se composait alors de la Vieille et Moyenne- Marche et de celle de Priegnitz, avec quelques parcelles de la Marche-Ukrainienne , pos- • sédée par les ducs de Poméranie, et de la Nouvelle-Marche, appartenant en grande partieauxTeutoniques. Les premiers coups de Frédéric furent dirigés contre les ducs de Poméranie. Secondé par les villes anséatiques de Hambourg et de Lubeck , il fut vainqueur à Tangermünde et rentra dans toutes ses possessions (1420).
Quant aux affaires de Sigismond, il les fit moins bien que les" siennes.
PRUSSE
Le secours qu'il prêta à l’Empereur dans sa guerre contre les Hussites (1424) ne fut pas très -efficace.
La campagne de 1431 ne réussit pas mieux, quoique Frédéric eût alors une armée de 100 mille hommes. Ces fréquentes absences, ces guerres continuelles, non soutenues pour l’intérêt du pays , mais pour celui de l’Empereur, !e forcèrent a aliéner ou à engager un grand nombre de domaines, et attirèrent sur le Brandebourg une foule de maux. Néanmoins il conserva toujours son énergie, fit encore des conquêtes en Saxe, et força le duc de Mecklenbourg-Stargard à reconnaître sa suzeraineté. Sentant sa lin approcher , il régla l'ordre de succession dans sa famille, et mourut en 1440.
Déjà, dans une assemblée des états tenue a Tangermunde en 1437, il avait désigné pour ses successeurs son second et son troisième fils, nommés Frédéric et Albert.
Quant à l’aîné , appelé Jean l'Alchimiste, il renonça a tous ses droits, passa tranquillement ses jours à chercher la pierre philosophale, et mourut en 1464 à Plassembourg, dans le Voigtland. Le quatrième frere, appelé Frédéric le Gras, étant mort sans enfants en 1463, sa part fut de nouveau réunie à l’électorat. Frédéric II et Albert furent uniquement occupés de l’accroissement de leurs possessions : tous deux furent également dignes de leur pere. La bravoure sur le champ de bataille signala le caractère d'Albert ; chez Frédéric domina la présence d’esprit et le sang-froid dans les dangers.
Ils sentirent la nécessité de rester unis, et ils vécurent toujours en bonne intelligence avec leurs frères, dont les tëtats étaient en Franconie.