Od.lo
g. Thamilo 11 748 — 788
La plupart de ces ducs résidèrent à Ratishonne. A part quelques expéditions contre les Avares et les Slaves, ils vécurent en bonne intelligence avec leurs voisins, et surtout avec les Francs et les Lombards. Les liens qui existaient entre ce dernier peuple et les Bavarois furent resserrés encore par l'union de sou roi Autharis avec la fuie de Garibald, la célébré Theodoliwle.
Sous Garibald II , les Bavarois reurent , par ordre de Dagobert , roi es Francs , une loi écrite (!e.r liajuvariorum ), dont nous mentionnerons les principales dispositions. Le prince régnant est de la famille des Agilolfingiens. Une offense faite à un des membres de cette famille emporte une peine quadruple de celle qui est encourue pour une offense envers une autre personne. Puis sont désignées cinq familles nobles , celles des lluazi , des Drozza , des Fagann , des Hachelinga , et des Inniona ; pour une offense à un membre de ces familles , l’amende est double de l'amende ordinaire. Ensuite vient la classification des hommes libres, des affranchis et des esclaves. L'homme libre, le propriétaire et le défenseur d'une terre , jouissaient de la plus grande considération. Les deux dernières classes étaient peu estimées. L’homme libre devait s’armer à ses frais et combattre pour la défense du pays; il avait voix délibérative dans les assemblées où s'agitaient les intérêts publics et dans les jugements. Le duc présidait ces assemblées et le tribunal suprême. Les
autres affaires, les revenus des troupes, et tout ce qui avait rapport a l'intérêt national était décidé par le comité de canton ou d'arrondissement (pan) dans des réunions publiques qui se renouvelaient tous les quinze jours. Les hommes libres du canton étaient soumis aux décisions de ce conseil. Un centenier rég’ait les affaires moins importantes. Les dispositions du code étaient fort simples ; la perte de la liberté et les amendes composaient presque toute la pénalité. Les punitions corporelles .n'etaient infligées qu'aux esclaves. Les femmes et les prêtres étaient l’objet d’une protection spéciale. Toute offense contre leurs |iersonnes était punie comme un sacrilège.
L’événement le plus important de cette époque fut le rétablissement et la propagation de la religion chrétienne en Bavière, par les prédications de Boniface, queGrégoire III avait chargé de cette mission. Le christianisme, v avait déjà été prêché sous la domination des Roma ns. Mais les incursions dévastatrices des barbares, les établissements successifs de peuples différents, en avaient altéré la pureté là où elles ne l’avaient pas détruit. Dans le cours du septième siècle, saint Rutpert, saint Arnaud d'Utrecht et saint Emmeran avaient travaille à la conversion du pays, et vers le commencement du huitième, les panes avaient fait de grands efforts pour l'introduire entièrement dans la communion chrétienne. Mais cette gloirpétait réservée à Boniface. En y arrivant, il y trouva peu dechrétiens réels, un assez grand nombre. de chrétiens idolâtres, et beaucoup de manichéens et de païens. L'illustre apôtre, seconde par Odilon, expulsa les manichéens, réforma le cierge, convertit les populations, et divisa le pays en quatre diocèses, dont il établit Iss sièges à Passau, à Ratishonne, à Freisingen et à Salzbourg. 11 donna ces quatre sièges à quatre hommes d'une loi éprouvée, nommés Vivilon, Gobiwoll, Erimbert et Jean. Après avoir ainsi recouvré en partie l’ancienne ligne de la civilisation du côte du Danube, il tint un concile sur les bords de ce
BAVIÈRE
fleuve, et s’y présenta ail nom de l’autorité apostolique. Il fonda aussi plusieurs églises , qui n’étaient alors que des établissements agricoles ou scientifiques.
Tandis que les rois francs de la race des Mérovingiens remettaient une partie du pouvoir royal entre les mains de leurs maires, qui finirent par les en dépouiller tout à fait, les Agilolfingiens , leurs parents et leurs alliés, jouirent d’une assez grande indépendance, et tentèrent meme de s'affranchir entièrement de la suzeraineté des Francs. Odilon avait épousé Cluletrud, fille de Charles Martel, pour se ménager un appui. Pépin et Carloman n’en déclarèrent pas moins la guerre à leur beau-frère, que Griphon excitait contre eux (743). Odilon fut battu deux fois, et obligé de céder une partie du pays situé sur la rive gauche du Lecli et du Danube, et de se soumettre de nouveau aux rois francs. Son fils, Thassilo II, élevé, comme otage sans doute, a la cour de Pépin, lit, avec le prince Charles, qui devint Charlemagne, ses premières armes dans la guerre contre les Lombards, prêta son serment de vasselage a Compïègne, en 757, et parvint, en 7C3, à retourner en Bavière. Il prit aussitôt les rênes du gouvernement dans l'assemblée nationale convoquée à Ascheiin (*), forma une alliance avec les Lombards, et se déclara indépendant.
Aussi longtemps que vécut Pépin, Tbassik) ne fut point troublé dans la possession de la Bavière. Charlemagne, après son avènement (778) , ne T’inquiéta pas davantage, jusqu'à ce qu’il «fit réduit à l'obéissance les fils de son frère Carloman, Didier, roi des Lombards, et Arighis, duc de Bénévent.
Thassilo, qui avait épousé Luitpurge, fille de Didier, sœur de l’épouse répu-
(*) Os sortes de diètes se renouvelèrent à Dingolfing, en 77a, et à Neuching, en 774 et 777. Des évêques, des abbés, des comtes et tes hommes libres du pays y assistaient. Os résolutions prises dans res réunions relativement à la religion ou à ta politique furent nommées Décréta Thassi-
diée de Charlemagne , et be..e sœur d’ Arighis, céda bientôt aux sollicitations de cette femme, et brava ouvertement les armes des Féancs.
Il dut à l’intercession du pape de rentrer en grdee après son refus de comparaître à la diète de Worms en 787. Mais Pennée suivante, on eut la certitude qu’il entretenait des intelligences avec les Avares, et qu’il les avait .engagés à envahir les provinces limitrophes de l’empire. Thassilo, ignorant probablement que ces menées avaient été découvertes, parut à la diète d'Ingelheim. Mais il v fut accusé de félonie, et condamné à mort. Suivant l’usage, sa peine fut commuée.
Charles le lit enfermer dans le monastère de Jumiéges (788). Son tils aîné, Théodori , qui avait été livré en otage à Charles avant le complot de son père, dut néanmoins partager son sort; il fut jeté dans le cloître de Snint- Maximin de Trêves. Tliéodebert, son autre fils, se vit de même contraint de prendre le froc. F.nfin, des deux filles qui restaient de cette illustre famille,
I une mourut à l'nhhave de Chelles, l’autre à Notre-Dame de Soissons. Six ans après, Thassilo fut de nouveau appelé a comparaître devant une diète, et contraint de renoncer expressément, pour lui et sa famille, au duché de Bavière. Le roi eut même l’hypocrisie de faire confirmer par le concile de Francfort le pardon qu’il avait daigné accorder à la vieillesse du duc, afin que Thassilo pût être désormais assuré de la miséricorde divine.
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La Bavière , incorporée au vaste empire des Francs, fut administrée comme Ips autres provinces. Charles y passa l'hiver pour en presser l’organisation nouvelle, et pour recevoir a la diète de Ratisbonne les serments et les otages de la nation. Un goûter-
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L’UNIVERS
neur, Gérold , comte de Souabe , et beau-frère de Charlemagne . remplaça les anciens ducs dunt la dignité fut supprimée , et des margraves furent placés aux frontières avec des pouvoirs étendus. Des dotations considérables, rises sur les possessions des Agilolngiens . furent faites aux évéques et , aux couvents, et particulièrement à l’évéchê de Salzbourg, elevé au -rang d’archevéché en 708.
La même assemblée de Ratisbonne promulgua un grand nombre de lois pour régler les intérêts spirituels et temporels des Bavarois. La puissance des évéques fut accrue considérablement, parce qu'on joignait à leur dignité celle de misxi dominici , et qu’ils furent chargés , en conséquence , de surveiller l’administration des provinces dont ils étaient les gouverneurs spirituels.
Un soin non moins important retint le monarque sur les twrds du Danube. Peu de jours après la déposition du dernier des Agilolfingiens, les Avares fidèles à son alliance s’étaient montrés sur les limites de la nouvelle province. Après un premier échec et ■des négociations inutiles, ils recommencèrent leurs hostilités, et en 791, trois armées marchèrent contre eux.
Mais la famine et la peste forcèrent bientôt les Francs à la retraite. Une seconde expédition fut résolue en 796 , et conduite avec un rapide, succès par le duc de Frioul, le roi d’Italie, Pépin et les comtes de Bavière, plus intéressés que les autres vassaux à la dé- 1 fense de la frontière orientale. Apres la soumission de ces redoutables voisins, en 799, les limites de la Bavière furent reculées jusqu’au Raab , en Hongrie, et le territoire nouveau fit partie de la Marche orientale (Autriche). Ainsi la Bavière comprenait, à la fin du huitième siècle, leTyrol, le pays de Salzbourg, la majeure partie de l'Autriche, le palatinat supérieur, Neubourg, Eichstædt, Ansp.tch , Baireuth, Bamberg, Nuremberg. Freigingen, Ratisbonne, Passau, et les districts de tVeissembourg , Nordlingen et Dunkelsbuhl. L’autorité spirituelle
fut partagée entre les évêques de Salzbnurg et de Passau. Lors du partage que Charlemagne fit de ses États, en 805, Charles, son fils aîné, eut dans son lot la Bavière septentrionale (Nordg >u), où se trouvait Ingolstadt.
Mais ce prince ne régna pas longtemps:
il mourut en 811, sans laisser de postérité. Pépin reçut, avec son royaume d Italie, une partie de l’Allemagne et la plus grande portion de la Bavière.
Son ministre fut le célèbre et sage Adélard , abbé de Corbie et cousin de l’empereur. Après la mort de Pépin, en 8il, son fils naturel , Bernard , fut confirmé, à l’assemblée généraled’Aixla-Chapelle, dans toutes ses possessions. Mais lorsque le grand dominateur eut fermé les yeux (814), Louis le Débonnaire reprit la Bavière et la donna, après l’avoir érigée en royaume, à son fils Louis II, encore enfant.
Bernard, indigné des spoliations dont il était victime, conspira contre la vie et la puissance de son oncle. Mais, abandonné par son armée, le coupable, qui était venu à Chàlon-sur-Saone se jeter aux pieds de l’empereur, fut condamné à avoir les yeux crevés. Il mourut en 818, trois jours après cette cruelle opération , et Louis II régna tranquillement 'sur la Bavière pendant l’espace de sept ans. Lorsque, plus ta rdj’empereur voulut former à son fils du second lit , Charles, surnommé le Chauve, un royaume particulier pris sur la portion des trois aînés, Louis H, avec ses freres, entra dans une ligue parricide; puis, après la mort de l’empereur, il fit alliance avec Charles contre Lothaire, qui 1e réduisit d’abord à la seule Bavière. Enfin, après la sanglante bataille de Fontenai, des négociations s’ouvrirent, et un traité fut conclu entre les trois frères, à Verdun, en 843. Par ce traité, I.ouis fut mis en possession de toutes les provinces d'Allemagne jusqu’aux bords du Rhin, avec les villes et les districts de Mayence, Worms et Spire, qui furent ajoutés à son lot, pour qu'il ne manquât pas de vignes.
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BAVIÈRE. 13
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Tous ces princes épuisèrent leurs forces à combattre successivement les Northmans, 1rs Slaves du nord de '.'Allemagne, les Bohèmes, les Moraves et les Hongrois. Leur négligence à veiller à l’entretien des armées, leur facilité à laisser s'agrandir le pouvoir des comtes palatins établis à la place des gouverneurs, et leur trop grande libéralité envers les évêques et les églises, qu’ils avaient affranchis de toutes les charges publiques, ruinèrent leur autorité. Le territoire de la Bavière ne s'agrandit, durant celte période, que du comté de Bahenberg (Bamberg) , qui fut séquestré. Louis II, surnommé le Germanique, soumit les Moraves en 846, et leur donna un chef nommé Kastiz; mais celui-ci se révolta plusieurs fois, et eut même d’abord quelques succès par la trahison de Carloman, lits atné du Germanique. Carloinan voulait se rendre indépendant :
au lieu de combattre Rnstiz, il s’allia avec lui, et prit toute la partie de la Bavière situee sur la rive droite de l’Inn (861). Cependant Louis réprima son fils, passa le Danube, et reçut le serment de la nation morave. Ces engagements furent encore rompus par Zwentibald , neveu de Rastiz, qui massacra une armée bavaroise confiée à son commandement, et vint même assiéger dans Munich l'héritier présomptif de la Bavière. Le roi courut aussitôt au secours de Carloman , et traita avec les chefs slaves.
Dans le partage qui eut lieu après sa mort, en 876, Carloman obtint le royaume de Bavière, auquel appartenaient alors les Marches orientales ou autrichiennes, la Carinthie, la Stvrie, la suzeraineté de la Bohême et celle de la Moravie. Ratisbonne devint sa ca-
pitale. Il mourut à Ettingen en 880, ne laissant qu’un fils naturel, Arnnlph, qu’il avait nommé duc de Carinthie.
Louis III, son frère, lui succéda dans le royaumede Bavière, auquel il joignait encore la Saxe et une grande por lion de la l.orrame. K11 881 et 882 il combattit les Northmans de l’Escaut; mais la défaite qu’ils lui firent essuyer à Ebersdi rf lui causa une douleur dont il mourut le 20 janvier 882.
L’empereur Charles le Gros réunit alors entre ses mains- le vaste héritage de ses freres ; mais ce fardeau était au-dessus de ses forces. Les vassaux germains , indignés de ses lâchetés et de ses imprudences politiques, le déposèrent a Tribur, en 887 , pour donner la couronne de Germanie au fils naturel de Carloman, Arnulph, que i’empereur avait chargé du gouvernement de la Bavière. Sous le règne de ce prince énergique et ambitieux, sans cesse occu|>é à combattre les Moraves et les Northmans ou à conquérir la couronueimpériale, un Luitpold, comte dans la Bavière, était devenu duc de ce pays , dont il commandait toutes les forces contre les Moraves. Arnulph étant mort a Ratisbonne en 809 , la Germanie, soumise à l’autorité de son fils Louis , âgé de 7 ans , fut de nouveau en proie aux guerres intestines et aux dévastations des ennemis exté- , rieurs. Des hostilités furieuses éclatèrent entre Adalbert, comte de Bamberg, et l'évêque de Wurzbourg, et ne se terminèrent que par le supplice du rentier, ordonné à la diète de Triur. En 900 commencèrent les terribles ravages des Hongrois, auxquels Arnulph avait eu l’imprudence de montrer et d’ouvrir le chemin de l’Allemagne, et ce fut sur la Bavière qu’ils se ruèrent d'abord. Malgré les tuteurs de Louis l’Enfant, qui menacèrent de la peine des traîtres quiconque ne répondrait pas a Vhériban, une première arinee fut battue près d’Augsbourg , sur les bords du Lech , et la province entière éprouva de cruelles souffrances. En 907, ils y pénétrèrent encore , et le duc Luitpold trouva la mort dans une bataille désastreuse li-
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vréc au même endroit où ils avaient vaincu six ans auparavant. En 910, nouvelle incursion, nouvelle victoire sur les connus de la Bavière et de la Frauconje. Dans ces circonstances, Louis l'Enfant mourut ( 911 ), laissant le démembrement féodal suivre sou cours dans toute la monarchie germanique.