EN ROYAUME
MAXIMILIEN I*r.
Maximilien I*r était un prince doué des qualités les plus éminentes. Des études sérieuses et des projets de gloire avaient rempli toute sa jeunesse. Dès son adolescence, il pariait le latin, l'italien, le français et l'espagnol. Nourri de la lecture de' Xénophon , de Cicéron et deTacite, formé depuis par les voyages,
(*) Il en avait alors i
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il était digne de jouer le rôle principal dans les grands événements qui allaient s’accomplir. Aussitôt qu'il eut pris les rênes du gouvernement, il se montra maître de ses passions , doué d’un coup d’œil sûr et prompt, inébranlable dans ses principes, noble et élevé dans ses projets, enGn il apparut à son peuple ce qu’il fut pour l'histoire, le
Êrince le plus grand qui ait régné en iavière , un des hommes les plus illustres du dix-septième siècle. Son extérieur étaitagréable et rempli de dignité, sa taille moyenne et bien prise, son front élevé, ses yeux bleus animés d’un regard perçant. l.a purete de ses mœurs et sa pieté sincère imposaient à sa cour une retenue qui contrastait avec la dépravation du siècle.
La grande affaire de Maximilien était non seulement de rendre sa religion dominante en Allemagne, mais aussi d’extirper toutes les hérésies , tâche effrayante qu’il ne récusa point parce que sa foi profonde ne lui permettait de voir dans ses antagonistes que des rebelles contre Dieu.
Son premier soin fut de remédier à l’excessif délabrement des finances, en faisant régner l’ordre dans ses déenses domestiques et dans toutes les ranches de l'administration où la comptabilité était une chose entièrement inconnue. Ensuite, il s’occupa d’accélérer la marche de la justice. Enfin il songea à préparer l'exécution des vastes plans qu’il méditait. Mais l’épuisement du trésor paralysait tous ses projets; d’ailleurs la dette nationale s’élevait à 1,000,000 de florins. Maximilien, malgré sa répugnance pour une constitution qui le mettait sous la dépendance des représentants de la nation , se vit donc obligé de convoquer les états, le 20 novembre 1605. La
?;uerre des Turcs, qui devait éclater, ut le prétexte de ses demandes. Comme e les étaient considérables, les états les rejetèrent. Il n’était pas dans le caractère du duc de supporter un pareil refus : il Gt entendre à rassemblée qu’il saurait sans elle prendre les mesures exigées par sa dignité et par la sûreté du pays. Les états Grent alors
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comme ils avaient toujours fait : ils accordèrent la somme demandée comme un impôt Gxe , bien que sous une autre forme, et se chargèrent de toutes les dettes dont Maximilien avait hérité de son père, de même qu’ils avaient payé à l’avénement de Guillaume V celles d’Albert montant à 616 000 florins, de même qu'ils avaient acquitté à plusieurs reprises celles deGuillaume lui-même, savoir : en 1588, 1,992,000, et en 1593, 1,500,000 florins. Les états se chargèrent encore des apanages et pensions des membres de la famille ducale, réparèrent les routes, et fondèrent des postes aux lettres dont la direction fut confiée à la maison de la Tour-Taxis. Cette famille, qui a conservé ce privilège jusqu’à nos jours, et qui est devenue princière en Bavière, arrivait d’Italie, où elle avait également établi le service des postes et des messageries. Maximilien s’efforça de relever l'industrie et l’exploitation des mines. Prévoyant une lutte inévitable, il donna aussi un soin particulier à l’organisation de l’armée. Le duché de Bavière n’avait pas eu jusqu’alors de troupes permanentes, mais seulement une milice ou landwehr ; cette milice devint un corps d’élite, soumis à des règlements militaires. La noblesse seule, d’après les lois féodales, était tenue de servir à cheval.
Maximilien créa une cavalerie nationale ( landreiterei ) , qui se recrutait dans les villes, les bourgs, les villages, et parmi les chevaliers qui devaient s’équiper à leurs frais. Des règlements déterminèrent les manœuvres et les exerqjces , qui furent dirigés par une foule d’instructeurs et d’officiers expérimentés appelés de l’étranger. Les fortifications d’Ingolstadt furent augmentées, l'arsenal de Munich se remplit de canons , et la ville fut entourée de remparts et de fossés.
Au milieu de ces occupations guerrières, Maximilien, à l’instigation des jésuites, reçut ordre de l’Empereur de marcher contre Donauwerth, qui s’était attiré une sentence de proscription pour avoir troublé une procession catholique; il exécuta l’arrêt, occupa
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)a ville , et la garda pour les frais de l'expédition. Ce fut là un des premiers prétextes de la funeste guerre de Trente ans , et Maximilien connaissait . bien la portée de sa conduite arbitraire et injuste, car il avoua, dans une lettre écriteau pape, que, convaincu de la nécessité d’une lutte entre les deux partis religieux, il n’était pas fâché d’en donner le signal. Les états protestants élevèrent contre l’occupation de Donnuwerth des réclamations qui ne furent pas écoutées : ils conclurent alors l 'union évangélique, pour défendre leur croyance, sous les ordres du jeune électeur Frédéric, palatin du Rhin (1608). Les princes catholiques, de leur côté , formèrent la sainte Uue ( heiliger bund ), et reconnurent laxiniiiien pour chef. Ainsi les partis se divisèrent nettement, ayant chacun à leur tête un membre de la famille des Wittelsbach. Depuis longtemps, en effet , les rapports entre les deux lignes n’étaient plus ceux de la parenté et de l’affection; l’électorat enlevé à la branche de Bavière, la guerre pour la succession de Landsbut et la perte du nouveau Palatinat avaient semé entre elles la discorde.
• Malgré tous ces germes de malheurs, la guerre n’éclata pas encore. Maximilien eut le temps de continuer ses utiles réformes. Un nouveau dode fut publié sous le nom de l.andsrecht.
L'exploitatioiF des salines fut perfectionnée; une sage-administration et des impôts indirects augmentèrent les revenus sans le concours des états. Cependant les dépenses s’élevant toujours au-dessus des revenus, le duc recourut pour la seconde fois à l’assejnblée nationale, convoquée pour le 10 janvier 1612. Il en obtint une contribution territoriale sextuple. Mais cet acte de générosité fut, à ce qu’il parait, accompagné de doléances fort désagréables, car, à partir de cette époque, Maximilien ne convoqua plus lesdéputés du peuple, et, dans l’instruction qu’il laissa a son fils, il s’exprima ainsi; « Il ne faut pas convoquer les états sans •çécessité absolue, parce que ces assemblées sont toujours portées à faire
valoir des griefs et à former des prétentions. Il est vrai qu’anciennement ils ont été quelquefois utiles aux princes en leur accordant des subsides; mais ils n’ont jamais manqué de s'en faire payer la valeur, et au delà, par des privilèges et des concessions préjudiciables au gouvernement. »
Guerre de Trente ans. — La fermeté déployée par Maximilien avait accru la confiance que les catholiques avaient mise en lui. L'union protestante ne leur paraissait du reste pas dangereuse. Frédéric V se livrait plutôt aux plaisirs de la jeunesse qu'aux devoirs difficiles de sa position. La Saxe et le Brandebourg se disputaient l’héritage de Juliers ; les princes de Hesse prétendaient à celui de Marbourg. Les luthériens et les calvinistes se haïssaient si cordialement, qu’il eût été plus difficile de les accorder que de réconcilier la réforme et l’ancienne foi. Ils n’avaient aucun appui à attendre de l’étranger.
Élisabeth d’Angleterre avait laisse la couronne à un prince faible , et Henri IV venait de mourir de la main d'un assassin. Dans des circonstances si favorables, il ne manquait à la maison de Habsbourg qu’un prince d'une volonté ferme pour écraser le protestantisme, et avec lui les'-libertes de l’Allemagne. Telles étaient lés dispositions de Ferdinand II, compagnon d’enfance de Maximilien à l'université d’Inolstadt. Mais tandis que l'Kmpire lui onnait sa couronne en 1619, la Bohême le déposait et élisait à sa place l’électeur palatin Frédéric V. On eût dit que ce prince pressentait le malheur attache pour lui à cette couronne. Il hésita longtemps ; niais enfin il se laissa vaincre par les exhortations du duc de Bouillon et par ces paroles de son épouse Élisabeth , fille du roi d’Angleterre ; « Les degrés d’un trône « ne doivent pas être trop élevés pour « celui qui épouse la tille d’un souvc- « rain. »
Ferdinand, après son élection, visita son beau-frere et son ann, Maximilien, et réclama son assistance contre les hérétiques et les rebelles de Bo-
Gc
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hême. Il lui promit de payer les frais de la guerre et de lui donner le commandement des troupes ; il lui fît même entrevoir la dignité électorale, comme récompense du service qu’il attendait de lui. La ligue, dont le duc était un des directeurs, loin d’être alors disposée à appuyer la maison d'Autriche , aurait voulu affaiblir cette famille , dans laquelle la dignité impériale était presque devenue héréditaire. La politique et l'intérêt de la maison de Bavière , si souvent contrariée par l'Autriche, pouvaient décider Maximilieu à suivre cette tendance. Mais l’élection d’un prince protestant au trône de Bohême ne lui permit pas de balancer sur le parti qu’il devait prendre. Il s’empressa donc de conclure à Munich une alliance avec Ferdinand ( 8 octobre 1619 ) , et de faire prendre à la ligue l’engagement de mettre en campagne 21,000 hommes de pied et 4,000 cavaliers. Un grand nombre de soldats et d’ofliciers catholiques , particulièrement des Pays-Bas espagnols, accoururent sous les drapeaux de Maximilien. On remarquait parmi eux le célèbre Jean Tcherfclaes de Tilly, descendant d’une ancienne famille de Brabant. Les forces opposées furent bientôt en présence : les protestants et les calvinistes campés dans la vallée du Danube, près d'Ulni ; les troupes de la ligue sainte à Dillingen. Cependant la France interposa sa médiation, et il fut convenu ( 3 juillet 1620 ) que la Bohême , et non l'Autriche , serait le théâtre de la guerre. Les deux armées se séparèrent , et Maximilien marcha sur î’Inn, pour étouffer la révolte des paysans protestants de la haute Autriche. Son armée, qu’il commandait en personne, ayant sous ses ordres Alexandre de Haslang et Tilly, comptait 26,000 fantassins et 5,500 chevaux. Il trouva tout le pays d’Enus en armes contre son souverain , et les défilés occupés par les insurgés, qui avaient coupé le pont du Danube et saccagé les couvents , les villes et les châteaux. Mais la résistance devint impossible devant les forces du duc de
Bavière : la révolte fut étouffée dans le sang. Après avoir reçu à Linz , au nom de Ferdinand II, le serment de fidélité des habitants, Maximilien quitta l'Autriche pour se rendre en Bohême.
Il lit sa jonction avec Buctjuoi , à Neupoella , et se dirigea ensuite vers Pilsen, où étaient campées les troupes de Frédéric. Des combats sanglants furent livrés sous les murs de cette ville; mais ils furent moins funestes à l’armée allemande que les maladies occasionnées par la saison. Dès que Maximilien eut reçu des renforts, il marcha sur la capitale de la Bohême.
L’armée ennemie vint à sa rencontre, et prit position sur le Mont-Blanc. Attaquée le 8 novembre 1620, elle fut vaincue après trois heures de combat, et Frédéric se sauva lâchement en Silésie , emportant le mépris de son peuple, qui l'appelait le roi d' hiver.
Maximilien se retira aussitôt du tumulte des armes , laissant Tilly , sou général, continuer ses expéditions marquées par de cruels ravages. Les Bavarois enlevèrent d’aborÜ à Frédéric le haut Palatinat , tandis que les Espagnols occupaient le bas Palatinat ; ils chassèrent ensuite du sol de l'Emire le comte de Mansfeld et le duc de runswick. Après les combats vint enfin la récompense. Le 25 février 1623, l’Empereur conféra la dignité électorale palatine au duc de Bavière, sans égard à l’opposition des électeurs de Brandebourg et de Saxe. De plus , il lui abandonna pour ses frais de guerre le haut Palatinat et la partie cis-rhénane du Palatinat du Rhin. Un des premiers actes d’autorité de Maximilien dans ces provinces fut de renvoyerd'abord les ministres protestants; ensuite il ordonna à tous les hérétiques de quitter le pays; et le meilleur moyeu qu’il trouva pour convaincre ou forcer lés récalcitrants fut de loger des dragons dans leurs maisons. Ainsi , le protestantisme fut extirpé de toute la Bavière, à l’exception du pays de Sulzbach où régnait un rejeton de la maison de Neubourg reste étranger à tous les troubles.
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Christian IV, roi de Danemark, qui s’était rendu en Allemagne pour rétablir Frédéric V, son beau-frère, fut battu à son tour à Lutter par Tilly , qui d’ailleurs suivait dans toutes ses opérations les ordres émanés de Munich ( 1626). La cause des protestants semblait perdue sans retour. Tilly et Waldstein étaient partout victorieux.
Mais ce dernier écrasait les peuples et offensait les princes de l’Empire par son orgueil. Maximilien demanda à la diète de Ratisbonue, au nom de toute l'Allemagne catholique, le rappel de ■VValdstein,qui pouvait, avec ses 50,000 hommes, alfranchir Ferdinand de la dépendance de la Bav ière, et lui imposer à lui-méme le joug de l’Autriche.
L’Empereur céda, et au moment où il renvoyait son meilleur général, Gustave-Adolphe, le libérateur des protestants , débarqua en Allemagne.
Les succès de ce grand capitaine, et surtout la victoire qu’il remporta sur Tilly, à Leipzig, menacèrent Maximilien d’une prochaine invasion. Ce prince crut se sauver par uneallianceavecla France ( 23 mai 1631 ) ; mais déjà Gustave- Adolphe approchait de la Bavière , et Maximilien reconnut qqe les armes lui seraient d’un plus grand secours pour protéger ses Etats que l’intervention de son équivoque alliée. Le chef de la ligue catholique , l'ennemi acharné du protestantisme, ne pouvait, du reste,, espérer aucun ménagement de la part du vainqueur.
Il fortifia Ingolstadt, Rain, Burghausen et VVasserbourg, pour arrêter les Suédois; mais Gustave-Adolphe, après avoir enlevé Bamberg, Nuremberg et plusieurs autres pinces, se présenta tout à coup devant Doriauwert avec 40,000 hommes. Il emporta la ville, le 27 mars 1632, et s’avança jusqu’aux bords du Lech , derrière lequel le vieux Tilly et Maximilien s'étaient retranchés avec toutes leurs forces , décidés a en défendre le passage. La rivière était grossie par les pluies et la fonte des neiges; les ponts étaient rompus. Ces obstacles n’arrêtèrent pas Gustave-Adolphe, qui, inspirant aux ennemis une fausse sécurité , força le
passageau commencement d'avril 1632.
Tilly fut blessé à mort dans la mêlée, et Maximilien , conformément à son avis, se retira dans la forteresse d’Ingolstadt. Gustave l’avait suivi et se trouvait sous les murs de cette ville, lorsque Saint-Étienne, ambassadeur de Louis XIII à Munich , se rendit auprès de lui pour le prier d’entrer en négociation avec l’électeur. Voici la réponse qu’il en reçut : « Qu’il dépose « les armes, qu’il jure de ne pas pren- « dre les armes contre moi , durant « trois ans, qu’il ri-stitue à mes alliés « ce qu’il a pris sur eux , enfin , qu’il « m’ouvre sur-le-champ les portes d’in- « golstadt; alors j’évacuerai ses États.»
Ces dures conditions avaient été, du reste, précédées d’u ne amère tirade contre l’électeur et sa prêtrise (*). Maximilien refusa d’y souscrire, comme on s’v attendait, et l’armée suédoise ne voulant plus perdre son temps devant Ingolstadt qui lui opposait une résistance opiniâtre, se répandit dans la Bavière comme un torrent débordé.
Landshut avait été prise le jour de l’anniversaire du sac de Magdcbourg, mais sans que les vainqueurs, il faut le dire à leur louange, eussent songé à exercer aucunes représailles. Le 17 mai Gustave fil son entrée à Munich, où il trouva un arsenal complètement pourvu (**). Élisabeth, épouse de Maximilien, sortit de la capitale en versant des larmes , et se réfugia à Salzbourg.
La ville fut préservée du pillage et de tous les exces du soldat. Toutefois, elle dut payer une contribution considérable. Dans les campagnes , les choses se passaient autrement. Les paysans prirent les armes aux moindres vexations de l’ennemi et se préparèrent a une levée en masse.
Maximilien , en repoussant les conditions du vainqueur et en restant fidèle à l’alliance autrichienne , s’était montré supérieur à sa fortune ; il fut
(*) Voy. I’Allemacke, t. II,p. aïa.
(**) Ont quarante canons trouvés noua les dalles furent déclarés de bonne prise. ■ Surfile a mortuis, dit le roi , et venue ad jtidicmm. »
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obligé de dévorer plus d’un affront , la réalisation de ses orgueilleuses palorsqu’il se vit réduit à réunir le reste rôles : « Il faut que le duc des Bavarois de ses forces à celles de ce même « devienne un jour aussi petit que le Waldstein qu’il avait offensé si cruel- « dernier des nobles. » La perte de Râlement. La jonction des deux années tisbonne, le boulevard de la Bavière eut lieu à Égra (1 1 juin) , mais elle ne (4 nov. 1633) , enlevé par le duc Berproduisit pas les résultats qu'on en nard après dix jours de siège, n’excita attendait. Pendant plus de deux mois en lui aucune compassion. Les choses cettearméenombreuseetaguerrieresta en vinrent au point que l’électeur meinactive en face de Gustave-Adolphe, naça de faire sa paix particulière si la qui occupait un camp fortifié devant coiîr devienne ne prenait des mesures Nuremberg. Enfin, le manque de vi- pour le délivrer, vres et les maladies rendant impossi- Cependant les paysans bavarois , ble un plus long séjour dans un pays également maltraités par les enneépuisé, Maximilien fit volte-face et ’se mis et par les leurs, étaient livrés dirigea par Bamberg vers Ratisbonne, au désespoir. Dans les districts de taudis que Waldstein retournait en Traunstein et de Niesbach près de Saxe, et que Gustave se portait de Wasserbourg, entre l'Inn et l’Isar, nouveau sur la Bavière. L’electeur , à ils disaient tous d'une commune voix : son retour, fut témoin de la misère « Si l'électeur ne peut nous aider, il du peuple sans pouvoir la soulager. « faut que nous nous aidions nous- I.es Suédois, une seconde fois maîtres » mêmes. Y a-t-il un coin de terre, du pays, étaient partout les plus forts, « un lieu saint qui soit à l’abri de et le secours promis par Waldstein « ces furieux? La famine et les malan’arrivait pas. Enfin parut Altringer « dies nous déciment L'innocence de qui reprit Landshut et Aicha , et déli- « nos filles, la vertu de nos femmes vra momentanément une grande partie « sont sans protection; le paysan n'a du pays de la présence de l’ennemi. «pas d’amis; le soldat bavarois ne La’ mort de Gustave - Adolphe , «le traite pas mieux que les Imtombé dans les plaines de Lutzen « périaux et les Suédois. Opposons (1632) au sein de la victoire, nechan- « donc la force à la force; repousgea rien au sort de la Bavière. En « sons le premier homme d'armes qui 1633, Jean de Werth , général de « mettra le pied sur notre territoire.» Maxinvlien et l’un des plus fameux Plus de 15,000 paysans se rassemblécapitaines de la guerre de Trente ans, rent, s'enrégimentèrent et se choisivint à bout de chasser les Suédois , rent des chefs. Tous les défilés furent mais ce ne fut pas pour longtemps, gardés, les ponts, les hauteurs, les car ils revinrent conduits par le auc forêts occupés, et il n’y eut ni ami Weimar, le digne successeur de Gus- ni ennemi qui pdt prendre ses quartave , et par le prudent Gustave Horn. tiers chez eux ou traverser leur terri- Cette fois , la rage des soldats vain- toire. En deux jours le tocsin retentit queurs ne connut plus de bornes. La dans toute la haute Bavière. Les corps capitale fut reprise après avoir été isolés des Impériaux furent taillés en pillée par les Bavarois eux-mêmes , pièces.
avec aussi peu de ménagement que L’électeur était au château de Brau- Bamberg et Hochstaedt l'avaient été nau avec sa famille lorsque cette
fiar les Suédois. Bernard se fit céder, à nouvelle lui parvint. Pressé par les ui personnellement, par l’entremise Suédois, abandonné par ses allies, il d’Oxenstierna, leduchéde Franconie et voyait pour achever sa ruine, éclater les évêchés de Wurtzbourg et de Bam- une révolte intérieure. Il se rappelait berg. En vain l’électeur supplia Wald- les scènes sanglantes de la guerre des stein de venir à son secours; le duc de paysans. Apres avoir épuisé toutes les Friedland demeura sourd aux prières exhortations , Maximilien ordonna au de son ennemi. Il attendait sans doute colonel Lindloo d’employer la force
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des armes; mais ce notait pas cliose facile: toutes les issues, depuis Rosenhain jusqu’à Græfing, étaient parfaitement gardées. Les révoltés, armés de piques, de faux et de fourches , repoussèrent les soldats sur tous les points.
Dans ces conjonctures, un capucin, Romanus d'Ingolstadt , homme pieux et éloquent, se rendit au milieu des insurges; ses conseils les firent renoncer a leur résistance opiniâtre, et ramenèrent Maximilien à des sentiments de modération. Il se fit l’intermédiaire de négociations à la suite desquelles l’électeur promit , moyennant une somme convenue, de satisfaire aux demandes des malheureux paysans et de les délivrer des soldats.
Ces événements se passaient au commencement de l’année 1634.
IValdstein venait d'être assassiné à Egra (*). Les armées impériales furent remises à un chef moins luisiile aux intérêts de la Bavière. Le jeune archiduc Ferdinand, roi de Hongrie, appelé à leur tête, ouvrit la campagne par la prise de Ratisbonne et de Donauwerth , et nar la grande victoire remportée sur les Suédois à Nordlingen (G septembre). Les Suédois évacuèrent alors le pays; mais deux fléaux terribles, la peste et la disette, les y remplacèrent et moissonnèrent les poulations des villes et des campagnes; lunich perdit 15,000 habitants dans l’espace de quelques mois; la florissante ville d'Eichstædt avec ses faubourgs devint un désert; l’électrice Elisabeth périt victime de la contagion.
Maximilien sut nu moins tenir pendant six ans la guerre éloignée de ses frontières. Ses soldats n’avaient pas toujours combattu avec succès , mais partout ils avaient montré un courage a toute épreuve.
Dans les premiers jours de l’année 1641 , les étendards suédois flottèrent de nouveau sur les frontières de la Bavière. C’était Banner qui, réuni aux Français commandés par Guébriant, avait "formé le projet d’un coup de
(*) Voy. I’Allemaghe, I. II, p. 287.
main audacieux. Parti subitement de la Franconie, il s’avança sur Ratisbonne, où il espérait entrer par surprise; 500 de ses cavaliers passèrent le Danube sur la glace , et répandirent la terreur dans toute la Bavière. L’F.mpereur présidait alors la diète j et l'on délibérait sur les moyens de rétablir la paix. Tout à coup la ville se vit menacée d'un siège; Ferdinand lui-même faillit être enlevé à la chasse; mais le dégel étant survenu et séparant Banner de Guébriant, força le Suédois à abandonner son projet. Après avoir bombardé Ratisbonne, il fit sa retraite, et se dirigea sur la Bohême; il avait sans doute l’intention de prendre ses quartiers dans le Boehmerwald. Cependant l’armée bavaroise s’était rapprochée du Danube par les ordres de Maximilien; elle avait pour chef le brave Mercy, auquel s’etaîent joints plusieurs généraux de l’Empereur. De ce uombrectait le fameux Piccolomini, ui proposa d’attaquer les Suédois ans leurs quartiers d’hivej, et de les anéantir avant qu’ils eussent le temps de se rallier. Les confédérés passèrent rapidement le Danube et le Naab; 13,000 cavaliers se jetèrent, l’épée a la main , au milieu des ennemis. Banner s’enfuit précipitamment, et ne dut son salut qu’à la bravoure admirable du colonel F.rik Slange qui , avec un
Setil nombre de soldats, tint tète penant trois jours, à Neubourg-vorm- AVald , aux troupes réunies de Maximilien et de Ferdinand.
L’électeur ne perdit pas l’occasion de tirer parti de cette victoire, que suivit bientôt la mort de Banner, celle de Richelieu et celle de Guébriant. Il réunit 30,000 hommes , dont il donna le commandement à Mercy, au duc de Lorraine et à Jean de Werth , récemment délivré de sa captivité. Les Français furent vaincus par eux à Dutlingen (1643). Turenne lui-même, malgré la supériorité de ses forces , acheta chèrement la victoire à Fribourg. Néanmoins il força les Bavarois d’évacuer la Souabe’, et les repoussa jusqu’au delà de WurUbourg et de Nuremberg; mais le vigilant
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Mercy , profitant alors de sa fausse sécurité, le battit à Marienthal. Coudé accourut bientôt et répara cette défaite par la victoire de Nordlingen. L’électeur perdit dans cette journée le brave Mercy, tombé sur le champ de bataille, trop tôt pour la gloire et l’iritérét de la Bavière (4 août 164a).
Cependant Maximilien était de plus en plus indisposé contre l’Empereur. Il comprit qu'il se sacrifiait pour un intérêt étranger, sans qu’on lui tint compte de son dévouement. En 1646, la Bavière fut menacée de nouveau de supporter tout le poids de la guerre. Iæs armées réunies de Wrangel et de Turenne s’avancaient vers le Danube pour forcer l'électeur à renoncer à l’alliance de l’Autriche. Ils se rendirent maîtres de Donauwerth et du pont; mais Rain résista pendant plusieurs semaines , et ce fut un bonheur pour la Bavière. Toutefois, lorsque cette place se fut rendue, une terreur panique s’empara des habitants. Les routes furent encombrées de fuyards.
L’électeur et son épouse, avec leurs deux enfants, se retirèrent précipitamment à Wasserbourg , et ils furent obligés de se cacher dans un mauvais cabaret avant de pouvoir pénétrer dans le château.
Maximilien, affligé de la dévastation de ses États , déchu de son espérance de voir triompher le catholicisme dans l’Allemagne, dut se résoudre à poser les armes. En conséquence, il ordonna à ses plénipotentiaires à Ulm de conclure un traité de neutralité avec la France et la Suède (14 mars 1647). Maximilien évacua Meminingen et Uberlingen, et les alliés, s’éloignant de la Bavière, lui restituèrent Mindelheim, Donauwerth et Rain.
Ce traité jeta la cour de Vienne dans la consternation ; mais tous ses effjprts pour rattacher la Bavière à l’Autriche furent inutiles. L’Empereur essaya alors de gagner l’armée de son ancien allié, qui s’etait sacrifié vingt-neuf ans pour la cause de l'Empire. En effet, il séduisit Jean de Werth et plusieurs colonels; mais cette intrigue n’eut pas les résultats qu’on en attendait •, car , •
lorsque les soldats eurent connaissance de la trahison de leurs chefs , ils revinrent à leur devoir, et les colonels et les généraux eurent de la peine à sauver leur vie. Maximilien promit 10,000 thalers pour la tête de Jean de Werth , et 1,000 pour celle de chacun des colonels. Il confisqua en outre leurs biens, et adressa à Ferdinand des lettres remplies de justes reproches.
Toutefois Maximilien finit par céder aux intrigues de l’Empereur et aux craintes que lui donnait le ministère de Vienne sur le rétablissement des princes palatins. Il rompit l’armistice d’Ulm, reprit diverses places qu’il avait engagées par ce traite, et marcha contre les Suédois.
Au printemps suivant ( 1648 ), Wrangel et Turenne , de nouveau réunis , battent le général Holzapffel à Summershausen , et transportent le théâtre de la guerre en Bavière. La ■dévastation , cruelle de tout le pays entre le Danube, le Leck , l’Iser et l’Inn, venge alors l’infraction du traité d’Ulm, jusqu’au jour où les alliés se retirèrent à la fin des malheureuses provinces où ils n’avaient plus laisse de quoi fournir à leur propre subsistance.
Ils reprirent alors le chemin du haut Palatinat , et bientôt la signature de la paix de Westphalie ( 24 novembre 1648) vint mettre fin à toutes ces horreurs, qu’on peut imputer, en grande partie, à l’ambition ae Maximilien et à sou zèle obstiné pour le maintien de la religion catholique.
Les articles de cette paix laissèrent à Maximilien , pour prix de ses sacrifices, la dignité électorale transmissible à ses descendants , le haut Palatinat et le comté de Chain ; mais il dut renoncer à la haute Autriche, que l’Empereur lui avait engagée en 1623 pour les 13,000,000 de florins reconnus comme lui revenant après la liquidation des frais de la guerre. En même temps un huitième electorat fut créé en faveur du palatin dépouillé, auquel on rendit le Palatinat du Rhin. Maximilien revint alors de Salzbourg à Munich , où l’attendait le spectacle de
L’urnv'ERS.
la misère générale et le sentiment pénible de n’v pouvoir remédier. Le duché qu’il avait reçu de son père, si florissant et si peuplé, n’offrait -plus que des ruines et des déserts , où la peste , la famine , le fer et le feu , avaient promené leurs ravages ! Ce fut la dévotion qui consola Maximilien des maux qu’il avait soufferts et de ceux qu’il avait causés. Pendant les dernières années de sa vie, il se voua, avec une ardeur toujours croissante , aux exercices de piété; il eut plus à cœur de peupler les cellules des couvents que les villages. Les crânes de saint Côme et de saint Damien , arrachés aux mains des hérétiques de la ville de Brème, et exposés à la vénération des fidèles, lui semblèrent préférables aux plus précieuses conquêtes île l’industrie. Les jésuites qui l’avaient élevé dans son jeune âge furent les conseillers et les compagnons de sa vieillesse.
Toutefois , Maximilien est regardé , avec raison, comme un des premiers princes de son époque. Ses défauts étaient ceux de son siecle. L’éducation ue lui avaient donnée les disciples 'Ignace les avait encore développés ; mais on doit admirer son courage, sa fermeté au milieu des revers; son e$-
firit, inépuisable en ressources pour a guerre comme pour la construction et la dotation des églises et des couvents , pour l’extension de ses domaines comme pour le soulagement des pauvres ; économe sans être avare, il avait en effet un rare talent financier. Ainsi le monopole du sel et de la bière, l’administration des couvents du haut Palatinat, les amendes prononcées contre les assassins et les adultères, et une foule d’autres moyens, lui procurèrent des revenus plus abondants que ceux de ses prédécesseurs , et avant la guerre il avait amassé des trésors considérables.
Maximilien vit approcher sa fin avec calme et résignation. De tous les princes qui avaient pris les armes au commencement de la guerre dc.Trente ans, il était le seul qui eût survécu. Dégoûté de toutes les choses de ce mondé,
il plaçait de grandes espérances dans son jeune fils , et il rédigea pour lui, avant de mourir, une instruction dont la lecture fait parfaitement connaître son caractère (*). Il expira le 27 septembre 1651. Sa première épouse, Élisabeth de Lorraine, ne lui donna pas d’enfants; de Marie- Anne d'Autriche, fille de Ferdinand II, qu’il épousa en secondes noces en 1535, il eut deux fils : Ferdinand-Marie, l’alné, fut son successeur; le second, Maximilien-Philippe, eut Leuclitenberg pour apanage, et mourut sans postérité. Il avait été marié à une fille du duc de Bouillon , niece de Turenne.
riKDIKAnD-M4IUE, ,
Ce prince, nommé corégent dès le 9 avril 1650, n’avait que quinze ans a la mort de son père, et resta jusqu'à sa majorité sous la tutelle de sa mere et des ministres de Maximilien. Son oncle Albert prit le titre de régent.
« Les vingt- huit années de son régné furent une époque heureuse pour le pays dont il devint le bienfaiteur en mettant en pratique le conseil donné , dit on , à Colbert par le commerce de France : Laisses faire. En laissant faire la nature et l'industrie du peuple, en n’épargnaqt pas les dépenses nécessaires pour seconder l’une et pour stimuler l’autre, eu évitant celles qui l’auraient forcé à fouler la nation d’impôts, en faisant peu de règlements nouveaux, et en supprimant ceux qui gênaient l'activité du peuple et du gouvernement, Ferdinand - Marie devint le restaurateur de la Bavière. Il aimait le plaisir; mais l’ordre qui régnait dans toutes les branches de l'administration fit que ses coffres étaient toujours remplis; il n’avait ni maîtresse ni favori, yt il conserva soigneusement les conseillers qui s’étaient formés sous son père : J. Adlzreiter, Jean de Mandelslo, Maximilien de Kurtz, G.
Christ , de Haslang et d’autres. D'un
(*) Celte instruction est écrite en l»tin. Voyez Adlzreiter, Annales Boicae , t. III, liv. xxxv, p. S-jï.
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caractère doux et facile , il se laissait souvent guider par ceux qui l'entouraient , tantôt par sa mère , tantôt par son épouse, l'aimable Henriette-Adélaîde de Savoie (’); mais il ne suivait pas aveuglément leurs conseils. La sœur de Ferdinand III ne put en faire un Autrichien , ni la petite - fille de Henri IV un Français. Quoiqu’il eilt été élevé par les jésuites dans une grande dévotion , ces pères ne réussirent jamais à le gouverner ((*) **). »
A la mort de l'empereur Ferdinand III ( 1657 ), un différend s’éleva entre l’électeur palatin et Ferdinand- Marie au sujet du vicariat de l'Empire. Après de longues contestations, il fut convenu que les chefs des deux branches de la maison de Wittelsbach présideraient alternativement aux affaires de l’Empire, jusqu’à l’election. La France mit tout en œuvre pour décider l’électeur à se porter comme candidat à l'Empire. Son épouse appuya ces propositions ; plusieurs princes allemands lui offrirent leurs voix; mais il resta ferme dans son refus, parce qu’il pré- „ voyait que son acceptation entraînerait une lutte avec la maison de Habsbourg, et empêcherait la Bavière de se relever des désastres de la guerre de Trente ans. L’électrice ayant ordonné au comte de Furstenberg de soutenir sa candidature à la diète , Maximilien, uand il le sut , désavoua le comte, et t dire aux électeurs, que s’ils se réunissaient pour lui imposer la couronne impériale, il secouerait la tête pour la faire tomber. Sa mère lui faisant des reproches à ce sujet, « Madame,» ditil , « j’aime mieux être un riche élec- « teur qu’un pauvre empereur. »
-L’événement le plus important de son règne est la convocation des états en 1669, après un intervalle de cinquante-sept ans. Ce fut la dernière fois qu'ils s’assemblèrent jusqu’à l’adoption de la nouvelle constitution.
Comme ils ne s’occupèrent que du
(*) Fille de Victor- Amédée. Elle s’occupa souvent de la direction des finances.
(**) Srhœll , Histoire des États européens, t. XXXV, p. an.
budget de l’électorat, la profonde paix dont jouissait le pays fit qu’on ne sentit pas beaucoup l’importance de cette convocation. L’électeur n'avait , du reste, jamais éprouvé de refus quand il avait demandé des impôts. l)e là l'indifférence du peuple pour les institutions constitutionnelles , dont il ne connaissait pas encore la portée.
Celte fois le principal but de Ferdinand était, à ce qu’il parait, d’être déchargé d’une dette de 1,340,000 florins provenant de son père. Les états y consentirent , et votèrent un subside annuel qui fut ensuite permanent.
Lorsque Louis XIV entreprit ses guerres ambitieuses et menaça l’Allemagne, tous les partis essayèrent de gagner Ferdinand-Marie, mais rien ne put le faire dévier de son système de paix. Ce prince mourut au château de Schleisheim, le 26 mai 1679; il avait perdu, trois années auparavant , son épouse, une des princesses les plus belles, les plus spirituelles et les plus instruites de son temps. Les arts avaient trouvé en elle une protection plus zélée que dans son mari. On lui doit la construction du château de Nymphenbourg, près de Munich. Les galeries de Schleisheim étaient célèbres par les chefs-d’œuvre qu’elles renfermaient. Ce fut elle aussi qui appela des comédiens et des musiciens d'Italie au théâtre de la capitale, devenu un des plus beaux de l’Europe.
Elle avait donné à l’électeur deux fils : Maximilien-Emmanuel, son successeur, et Joseph Clément, qui fut archevêque de Cologne, évêque de Freising , Ratisbonne , Liège et Hildesheim. Marie-Anne, sa fille aînée, épousa le dauphin, fils de Louis XIV; Violante-Béatrix , la cadette, Ferdinand III , grand-duc de Toscane.
MAXIMII.IIff-EMMAXCEI..
De 1679 jusqu’à la guerre de succession (1702). — Maximilien-Emmanuel , en prenant possession de l’héritage de son père, était placé sous la tutelle de son oncle Maximilien- Philippe. Il avait eu pour gouverneur un marquis , Français d’origine , qui
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avait joué un rôle dans les troubles de Lorraine, et son éducation avait été toute française, selon le goût du temps.
Maximilien - Emmanuel n’eut pas plutôt atteint sa majorité , qu’il se livra à toutes les mauvaises passions qui devaient remplir sa vie de tant de vicissitudes, et jeter la Bavière dans de nouveaux malheurs. De sa nature courageux, bon et clément, lent à prendre une décision , mais ferme dans l’exécution, il suivit, sous l’empire d'illusions éternelles, toutes les impressions qu'il recevait du dehors.
A peine sorti de l'adolescence , il vit s’nuvrir devant lui une immense carrière. Un pays redevenu florissant par trente années de paix , les arsenaux bien pourvus, des soldats disciplinés, un trésor le plus riche d’Europe , pouvaient justifier les plus grands projets. Aussi , le jeune électeur paraissait-il impatient d'employer tant de ressources, et d’imiter son aïeul Maximilien.
Il arriva au pouvoir au moment où Louis XIV et l’empereur Léopold recherchaient à l’envi des alliés pour renforcer leur parti. Le mariage du dauphin avec la sœur de Maximilien- Emmanue) donnait au roi de France une grande influence sur la cour de Bavière. Il fallut les efforts réunis de son conseil et de son oncle pour empêcher l’électeur de céder à ses sollicitations. Léopold parvint enfin à le gagner dans une entrevue personnelle, qui eut lieu à Alt- OF.tting ( 1681 ); il le combla de présents, et le traita comme le futur époux de sa fille Marie-Antoinette. Dès ce moment Maximilien se voua tout entier aux intérêts de l'Autriche. En 1683, il conclut avec cette puissance une alliance défensive contre la France , s’engageant à fournir 8,000 hommes à l’Empereur.
La même année, lorsque Vienne fut assiégée par les Turcs , il conduisit en personne 7,800 fantassins et 3.500 cavaliers au secours de Léopold , et se lia étroitement avec le grand Sobieski, le libérateur de l’Autriche. II mit la même ardeur à combattre pendant les
campagnes suivantes , comme s’il se fût agi de la défense de son propre pays. En 1684 , ce fut lui qui commanda , en qualité de généralissime, les troupes en Hongrie ; et son mariage avec l’archiduchesse , fille de Léopold et de Marguerite - Thérèse d’Espagne , fut célébré au milieu des préparatifs de guerre (15 juillet 1685;. Comme la princesse était fille de Philippe IV, Maximilien acquérait quel-
ues droits sur la monarchie espagnole.
I est vrai que Marie avait été obligée de renoncer à ce bel héritage en laveur de l’Autriche; mais les Pays-Bas espagnols lui étaient réservés à défaut d’une descendance mâle du roi d’Espagne , et la monarchie elle-même lui revenait , si Léopold mourait sans postérité masculine. Si la France réussissait à s’en emparer, l’Empereur s’engageait à soutenir l’électeur d’une somme annuelle de 400,000 florins et d’un secours de 20,000 hommes, jus-
u’à la fin du litige. Il promettait même
'employer ses bons offices pour que le roi d'Espagne cédât de son vivant , à l’électeur , la propriété de ces provinces.
En 1686, Maximilien prit une part active à la guerre contre les Turcs, sous les ordres de Charles de Lorraine. Après s’être signalé à Gran, à Essek , à Bude, il commanda, en 1687 , une aile de l’armée victorieuse à Mohatz , et s’empara de la tente du vizir. L’année suivante, il prit d’assaut la ville de Belgrade (1688). Ainsi il dissipa, sans profit , les trésors de son père, et sacrifia le sang de 30,000 Bavarois pour soutenir la grandeur de l’Autriche , qui allait devenir si fatale à la Bavière.
Sur ces entrefaites , Louis XIV ayant, sans provocation, dénoncé les hostilités à l’Empereur, Maximilien soutint enrore le parti de ce dernier.
Mais cette fois, ne se piquant pas d’être plus actif que ses allies , il eut plutôt l’air de faire la guerre pour se distraire que dans un but sérieux. Après avoir assisté au siège de Mayence, il alla au secours du duc de Savoie. Bientôt la nouvelle que Charles 11 l’avait nommé
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gouverneur des Pays-Bas , avec 75,000 inalers d’appointements par mois (1691), lui parvint à Vienne, où il passait l’hiver pour se refaire de ses fatigues. Il se rendit alors à Bruxelles, laissant son épouse à Vienne , où elle mourut peu de temps après (24 décembre 1692).
Cette mort, jointe à la certitude que la décision récente de Charles II était due uniquement à Guillaume III , roi d’Angleterre, et que l’Empereur n’y avait eu aucune part, refroidit considérablement l'amitié jusque-là si étroite de Maximilien et de Léopold.
Partageant le commandement avec le prince d'Orange, le nouveau capitaine général des Pays-Bas donna des preuves éclatantes de son impétueuse valeur à Steinkerque (1692), à ÎNerwinde (1693), au siège de Namur (1695). Après deux ans de veuvage, il épousa Thérèse, fille de Jean Sobieski, dont il avait marchandé la main pour une somme de 500,000 livres (*).
La Bavière, pendant ces longues absences, était administrée parmi conseil. Mais déjà les impôts ne suffisaient plus pour couvrir les dépenses de l’électeur.
Quand Sobieski fut mort, on proposa à son gendre la couronne de Pologne; mais Maximilien avait d’autres projets , qu’il craignait de compromettre en se mettant à la tête d’un peuple si inconstant. Son fils , Joseph-Ferdinand-Léopold, qu’il avait eu de sa première épouse, venait de recevoir le titre de prince des Asturies. L'n traité de partage éventuel , signé le il octobre 1698, par la France et les puissances maritimes, lui assurait la succession d'Espagne, qui, à son défaut, devait revenir à son père luimême. Le 28 novembre suivant, Char-
(*) Celle dol que l'électeur exigeait préalablement, était exorbitante pour le roi de Pologne , le mariage allait être rompu. l.a reine alors s’engagea, à l’insu de son mari, à la payer. Pour cela elle lit charger dix vaisseaux suédois de blé de son royaume pour la France où la famine faisait des ravages, et par un commerce lucratif, elle partial à acquitter sa parole.
les II avait fait, en faveur du jeune rince, un testament par lequel il le éclarait , pour la deuxième fois , son unique héritier ; et le compagnon d'armes de Maximilien - Emmanuel , Guillaume III, avaitdéclarë hautement qu’aucun autre prince ne porterait la couronne d’Espagne. L’enfant qu’attendaient de si hautes destinées était alors âgé de six ans, et on l’élevait avec le plus grand soin au château de Munich. Dès qu’on reçut toutes ces heureuses nouvelles, il* fut envoyé à Bruxelles. Déjà vingt-quatre vaisseaux l’attendaient pour le conduire de Flandre en Espagne, lorsqu’il mourut dans les bras de son père, empoisonné, diton , par le prince de Savoie (6 février 1699) (*). Cette catastrophe détruisit toutes les espérances de grandeur que son père avait formées, et qui n’eussent peut-être amené que des malheurs ; il ne fut pas même nommé dans le deuxième traité de partage de 1700.
Guerre de la succession d'Espagne. — La mort de Charles II , qui survint peu après le partage de 1700, ouvrit un vaste champ aux intrigues de l’Autriche et de la France, qui, toutes deux , voulaient placer sur le trône vacant les fils de leurs souverains. Louis XIV envoya M. de Puységur pour gagner l’électeur. Maximilien , aigri vivement contre son ancien allié depuis les querelles de la succession d’Espagne, et accablé du poids de ses dettes , se jeta avec empressement dans les bras de la France. Il se rendit en personne à Versailles, sous un nom supposé et en costume de chasseur. Les conventions arrêtées entre lui et le grand monarque n’ont pas été connues des courtisans, et sont également demeurées un secret pour la postérité ; mais il ne fut pas plutôt de retour à Bruxelles, que l’on s aper-
(*) La correspondance du prince Eugène arec Zinzemlorf fait voir qu'il était capable d’un tel forfait. Saint-Simon en parle IrescUireiuent dans ses mémoires. L'électeur de son côlé accusa ouvertement la cour de Vienne dans son mauifeite de guerre. De Sassenage dit : « La cour de France en sait le secret peut-être mieux que personne.»
L’UNIVERS
eut de l'importance de ces négociations. Louis avait exigé que Maximilien , gouverneur des Pays-Bas , reçût dans toutes les places des troupes françaises sous la dénomination de troupes auxiliaires pour defendre ces provinces contre les Hollandais. Mons, Charleroi, Namur, Luxembourg, ouvrirent leurs portes , et reconnurent pour roi le duc d’Anjou , sous le nom de Philippe V. Alors Maximilien-Emmanuel laissa le gouvernement au marquis de Bedmàr pour retourner dans ses États. F.n passant par Cologne, où son frère Joseph était électeur, il lui confia tout ce qui avait été arrêté à Paris, et le décida a embrasser également le parti de Louis XIV.
Ainsi s’engageait cette funeste guerre de la succession d'Espagne* qui plongea la Bavière dans la plus .profonde misère, et enleva à son souverain tous les avantages que la paix de Westphabe lui avait assurés. Il paraît que Maximilien chercha d’abord à garder la neutralité; mais l’animosité que Léopold commençait à témoigner contre lui le contraignit enfin a prendre une part active a la lutte.
L’Empereur exigeant qu’ii déclarât la guerre à la France, l’électeur lui répondit d’abord qu’il n’avait pas de griefs contre elle, et qu’il saurait défendre sa neutralité; mais les embarras devenaient plus graves : il fallut se décider pour l’un ou pour l’autre parti. Louis XIV avait envoyé à Munich un M. Récourt, homme trèspersuasif et très-versédans les affaires. Celui-ci lui promit, au nom de son maître , la souveraineté des Pays-Bas espagnols , le remboursement de tous les frais de guerre , de forts subsides, et une riche part des dépouilles de l’Allemagne. Toutes les éventualités étaient d’ailleurs prévues : si la Bavière était conquise par l’Empereur, le duché de Luxembourg et le cercle de Bourgogne lui seraient donnés en dédommagement. Ces offres déterminèrent l'électeur, qui se ligua avec la France et l’Espagne. Ses troupes, composées de 20,000 combattants , étaient rassemblées dans les champs de Lech,
sous les ordres d’un grand nombre d’olficiirs expérimentés, tels que Baptiste d’Arco, Maffei, Latzerbourg, etc.
De là , il se porta sur Ulm , ville impériale dont il s’empara par surprise (7 septembre 1702). A cette nouvelle l’étonnement fut grand dans toute l’Allemagne. La diète, assemblée à Ratisbnnne, décida que si Maximilien ne restituait pas la ville, il serait mis au ban de l’Empire. L’Empereur était atterré : « Jamais, écrivit-il à Maxi- « inilien, je ne me sprais attendu à « être attaqué par mon beau-fiis ; vous « connaissez la résolution de l'Empire.
<■ Avant de me porter aux extrémités , « je vous adresse en père le conseil « de ne pas précipiter la patrie dans « le malheur , et de rendre lilm. Je « sais ce que la France vous a promis; « mais les événements prouveront « bientôt que vous n’avez pu former b une telle alliance sans forfaire à « votre honneur, et que la France ne « se croira pas plus liée par ses en- « gagemenls envers vous qu’envers b d’autres, m
Cette lettre ne produisit aucune impression sur Maximilien; mais la Bavière tomba dans une consternation générale, comme si elle eût prévu tous les malheurs qui allaient fondre sur elle.
Cependant la fidélité des Bavarois resta inébranlable, malgré les proclamations dans lesquelles l’Empereur leur ordonnait d’abandonner leur prince à son sort. Maximilien s’empara bientôt de Memmingen , et attendit le maréchal de Villars , qui devait marcher à travers ses États sur les frontières de l’Autriche. De son côté, l’Autriche ne restait pas inactive. Palfy , Styrum , Schlick , entrèrent en Bavière à la tête des Impériaux, avec l’ordre d’attaquer et de vaincre l’électeur avant l'arrivée des Français. Mais Maximilien, par son énergie, les empêcha de remplir cette mission. Le 11 mars 1703, il délit le comte de Styrum à Scharding. Le 8 avril, il prit Ratisbonne ; et le 12 mai il opéra sa jonction avec Villars à Dutlingen. Vendôme, avec l’armée française d’Italie, avait reçu l’ordre de se porter vers le Tyrol, où Maximilien
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devait aller à sa rencontre. En effet , après avoir laissé le maréchal de Yillars maître des passages du Danube inférieur et supérieur, et campé entre Lauingen et Gundeifingen , pour couvrir la Bavière, l'électeur entra au mois de. juin dans le Tyrol avec 16,000 Bavarois et Français. Kuffstein et Inspruk tombèrent en son pouvoir (18 et 26 juin) ; il marchait rapidement vers le Trentin , et se croyait près de se mettre en communication avec les Français d’Italie, lorsqu’une insurrection générale, dirigée par le brave Sterzinger, éclata dans ces montagnes; c’était une guerre à mort entre les Bavarois et les Tyroliens. L’électeur , chassé du pays apres avoir perdu la moitié de son armée , fut forcé de regagner la Bavière. Lui - même courut les plus grands dangers dans celte retraite. Il retrouva dans ses États le maréchal de Villars , qui le força à combattre à Hochsta;di(*),où la maison impériale reçut un si terrible échec (20 septembre 1703). Il profita néanmoins de cette victoire pour enlever Augsbourg, puis Passau, la clef de l’Autriche (9 janvier 1704 ). Sur ces entrefaites , Villars et l’électeur ne pouvant s’accorder , Louis XIV avait remplacé le premier par le maréchal Mar.-àn ; mais l'absence de ce grand capitaine porta malheur aux Bavarois; ils n’éprouvèrent que des revers dans la campagne de 1704. Les plus habiles généraux du siècle, Louis de Bade, le prince Eugène et Marlborough s’étaient réunis pour conjurer les périls de l’Autiiche, et pour écraser Maximilien. Son générai, d’Arco, fut attaqué dans ses retranchements de Schellenberg, près de Donauwerth (2 juil-
(*) L'électeur hésitait et disait qu’avant de se décider à combattre, il voulait en conférer avec scs généraux et ses ministres. « Cest moi, lui répliqua Villars, qui suis « votre général et voire ministre : vous faut-
• il d'autre conseil que moi , quand il s'agit « de donner bataille? Si V. A. ne veut |ms
• saisir l'occasion avec ses Bavarois, je coni- - battrai avec les Français. » Et aussitôt il donna le sigual du combat.
let) , et défait malgré des prodiges dé bravoure. Le prince Louis , à la vue des soldats qu’il avait perdus et qui jonchaient le champ de bataille, laissa échapper ces paroles : • J’aitnerais mieux avoir été vaincu que vainqueur.»
Cependant cette victoire eut d’importants résultats. Les alliés se répandirent en Bavière, franchirent le Leeh et le Danube, et livrèrent le pays au pillage et à la dévastation. En vain des députés envoyés à Marlborough lui offrirent des sommes considérables s’il voulait mettre fut aux brigandages de ses soldats. " Je ne suis pas venu ici < pour m’enrichir , répondit-il dans un « accès de désintéressement , mais pour « faire changer de politique à votre maî- « tre. » On vit s'élever à la fois dans les ai: s les flammes de plus de cinquante villages, et les paysans des bords du Leeh se réfugièrent dans les forêts, massacrant partout les soldats isolés qu'ils pouvaient surprendre.
Le rom te W ratisla w vient alors trouver l’électeur à Augsbourg , où il s’était retiré. Pour le détacher de l’alliance française, il lui offre le margraviat de Burgau et le palatinat de Neubourg, en dédommagement de la perte des Pays-Bas. Son épouse accourt auprès de lui, et le conjure de ne pas sacrifier son pays et sa maison. L’électeur paraissait ébranlé, quand, à la nouvelle de l’approche du maréchal Tallard avec un secours de 30,000 hommes , il reprend une nouvelle confiance dans sa fortune. Les propositions de Léopold sont rejetées ; Thérèse, la tristesse dans l'âme, retourne à Munich , et écrit à l’evéque de Salzbourg pour le prier de lui accorder un asile, si elle en a besoin. Ses tristes prévisions ne tardèrent pas a se. réaliser.
Le 13 août, les Bavarois et les Français furent défaits à la désastreuse bataille de Hochstædt, qui leur coûta 30,000 hommes, y compris les prisonniers, parmi lesquels était le maréchal Tallard. L’électeur, avec l’aile gauche qu’il commandait, avait repousse trois fois le prince Eugène; et, malgré les fautes qu’il avait faites avant la bataille , ainsi que ses alliés , son corps
L’UNIVERS
d'armée eût peut-être été vainqueur, sans la résistance désespérée des Prussiens. Il rallia les fuyards sous les murs d'Ulm. Son épouse était venue le rejoindre à Memmingen ; mais il lui ordonna de rester dans là capitale, espérant que son sexe et le souvenir de Sobieski , son père , obtiendraient de Léopold ce qu’il pourrait refuser à un adversaire vaincu. Père, inère, enfants, se séparèrent donc avec un profond sentiment de douleur. Maximilien suivit avec ses troupes les débris de l’armée française au delà du Rhin, et se rendit ensuite à Bruxelles. Sur son chemin il rencontra son frère , l’électeur de Cologne, également chassé de ses États ; ils s’embrassèrent en versant des larmes.
L’Empereur ne pouvait pardonner à Maximilien les terreurs que ce princelui avait inspirées. Le désir de la vengeance était encore plus ardent ehe/. son fils, Joseph 1er, et leur haine décida du sort de la Bavière. L’armée victorieuse y rencontrait peu d’obstacles. Le Lech et l'Inn étaient faiblement défendus , et Katisbonne était déjà occupée par une garnison impériale. Il est vrai que les autres forteresses étaient encore au pouvoir des Bavarois, et commandées par des officiers courageux : Maffei, Lutzelbourg, Weichel, de la Colonie, etc. Ayant appris que l’électrice - régente avait l'intention de se mettre à la discrétion de l’Em[>ereur, ces généreux défenseurs lui envoyèrent des députés à Munich, pour lui donner l'assurance de leur dévouement et de leur énergie, et lui faire entendre qu’ils préféraient une mort glorieuse à une lâche soumission. Mais ce langage des soldats ne fut pas celui des conseillers de l’électrice. Le jésuite Théodore Smaker de Liège, confesseur et favori de Thérèse, confirma les suggestions de la peur, et l’électrice envoya à Vienne un ambassadeur qui ne put passer les frontières en cette qualité , car on ne reconnaissait plus l’électeur de Bavière.
Des négociations s’ouvrirent au château d’Ilbeshelm, sur le Necker;
on n’accorda à l’électrice que les revenus du district de Munich. Les fortifications de la capitale furent rasées , les arsenaux pilles, toutes les places fortes livrées a l'Empereur, et les troupes bavaroises licenciées (17 novembre 17041. Des lors la Bavière fut traitée plutôt en pays conquis qu'en territoire occupé par suite d’une convention. Quand Thérèse se rendit à Venise pour rétablir sa santé délabrée, Léopold se déclara souverain de la Bavière, et les Impériaux se livrèrent avec une nouvelle licence à toutes sortes d’excès, (’ette conduite ne pouvait que provoquer la vengeance. L’armée bavaroise, quoique dissoute, existait encore. Bientôt une conspiration se forma ; on prépara des armes ; mais tout fut découvert , et le joug de l'étranger s’appesantit encore. L’Empereur, abusant de sa victoire, ordonna une levée de 12,000 hommes; c’est alors que la révolte fit explosion.
Insurrection de 1705-1706. — Chaque village était devenu le centre d’un rassemblement où l'on avisait aux moyens d’exterminer un ennemi impitoyable qui, après avoir enlevé tout l’argent du paysan, prétendait encore lui ravir scs fils. Quand les recruteurs se présentèrent dans les petites villes de Rretz et de Neubourg-vorm-Wald, sur les bords du Schwarzach, dans le haut Palatinat, leur apparition fut le.
signal de la prise d’armes et ils furent repoussés. Le même mouvement se
nagea de village en village, le long Iser, du Vils et de l’Inn. C’était au mois- d’octobre; les récoltes étaient faites, et les oppresseurs, ne croyant plus avoir rien a craindre, avaient renvoyé leurs principales forces au delà des Alpes. Des détachements isolés furent battus; on délivra les recrues et l'on força à prendre part au soulèvement les villages qui voulaient s'abstenir. Ainsi surgirent de tous les points du sol des corps armés prêts à mourir pour la patrie. Des hommes de cœur, presque tous sortis de la classe bourgeoise, se vouèrent à cette cause sacrée. Tel était George Sebastien Plingauser, qui quitta l’université d’In-
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golsta dt , pour se mettre à la tête de l’insurrection de Reichenberg; un autre jeune homme, Meindel, avait 500 cavaliers sous ses ordres. Dalmay, Xavier OErtel, Christian Jæger, se signalèrent partout à la tête des bandes.
Malheureusement il n’v avait ni ensemble, ni plan dans les opérations de ces 30,000 insurgés, quoiqu'un comité directeur eût été institué dans ce but sous le nom de défense du pays. La haute noblesse, d’ailleurs, ne soutenait pas de si louables efforts, et les jeunes chefs, malgré leur habileté et leur bravoure, manquaient de cette autorité qu’un grand nom eût pu seul exercer sur des masses ignorantes et peu habituées à la discipline et à la liberté.
Plingauser, le seul qui eût le talent de se faire obéir, vit avec douleur la division éclater parmi des forces qui auraient été si imposantes si elles eussent marché avec unité. Toutefois , poursuivant son but avec ardeur, mais sans beaucoup d’esnoir de l’atteindre, il chercha d’abord a s'emparer des ponts de l’Inn et des villes fortifiées des frontières, pour couper toute communication entre Vienne et la Bavière. Braunau fut prise. Là, Plingauser se retrancha si bien dans son camp, que les Autrichiens, commandés par Wendt, n’osèrent l’attaquer. Ils lui envoyèrent son beau-pere pour le sommer de se rendre.
Mais le jeune patriote regardait les liens de la patrie comme plus sacrés que ceux du sang. Prières, promesses, menaces, tout resta inutile. Wendt ayant tenté l’attaque fut repoussé. La prise de Schoerding fut le prix de cette victoire. Les ennemis cherchèrent alors à gagner du temps pour réunir leurs forces. Des ouvertures de conciliation furent faites à Anzing, mais les conditions offertes n’étaient pas acceptables. Les hostilités suivirent donc leur cours ; les succès obtenus enhardissaient le peuple. Kehlheim fut enlevée par le courage d'un bourgeois, nommé Kraus, puis reprise par l’ennemi, qui y commit d’horribles atrocités etlitecarteler le bourgeois. Cependant les insurgés se sentirent assez de force pour
aller attaqifer Munich. On avait des intelligences dans la place, et quoique la garnison fût de 5,000 soldats, le coup eût réussi, sans un traître qui découvrit le projeta l’ennemi. Aussitôt la bourgeoisie fut désarmée. L’assaut n’en eut pas moins lieu et le combat fut des plus meurtriers; mais les paysans eurent le dessous à Sendling (25 décembre 1705), où ils perdirent 2,000 hommes. Un autre corps fut taillé ttn pièces en Aitenbach. En peu de temps les villes de Burghausen, de Braunau, de Kelheim, de Chain, etc., furent reprises par les Autrichiens.
C’était la trahison des nobles bavarois qui causait presque partout ces revers.
Ainsi, le baron d’Odortlit perdre Brau nau , une des places les plus impor tantes du pays. Il excita ses concitoyen à marcher avec toutes leurs forces contre les Autrichiens. En effet, 3,000 se portèrent sur différents points, et lorsqu’ils eurent quitté la ville, l'infâme la livra à l’ennemi et tourna lui-même les canons de la citadelle contre ses compatriotes. Privés de places fortifiées, trahis par les nobles, sans aucun secours du côte de la France , les paysans se débandèrent, en gémissant sur le sort de leur pays. Meindel fut le dernier à quitter le champ d'honneur :
il resta dans un camp fortifié, au milieu d’une forêt, et lorsque, abandonné de tous, il vit Plingauser lui-même briser son épée, il congédia ses fidèles paysans , et sortit de sa malheureuse patrie. Plingauser s’exila également, pour ne rentrer en Bavière que lorsque les Autrichiens l’eurent évacuée.
Il a écrit l'histoire de cette grande insurrection avec une simplicité touchante et avec ce patriotisme qui l’animait lorsqu'il conduisait les siens au combat. 11 mourut chancelier à Augsbourg, où l’on voit son tombeau.
Asservissement et morcellement de la Bavière. — Proscription de l'électeur. (1706-1711.)— Les défenseurs du pays étant dispersés , les mesures les plus énergiques furent prises par les vainqueurs pour prévenir toute nouvelle révolte. Les
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vexations et les arrestations continuèrent. Une foule de bourgeois recommandables de Munich et d’autres villes furent condamnés à mort et périrent dans des supplices cruels (*). lis communautés furent accablées par les logements militaires et par les impôts (**). Les prisons étaient pleines. Enfin les patriotes craignaient qu’on n’attentât aux jours des jeunes princes retenus dans le château de Munich, loin de leurs parents , ou qu'on ne les transférât en Autriche pour en faire les victimes de la politique impitoyable de la maison de Habsbourg. La fille de l’electeur , Marianne-Caroline, fut enfermée dans un couvent (***) , tandis que les quatre
rinces, Charles- Albert, Philippe-
laurice, Ferdinand- Maurice et Clément-Auguste étaient transférés à Klagenfurth, en Carinthie. Là, ils furent l’objet d’une surveillance sévère; on ne les traita plus comme princes de Bavière , mais comme comtes de Wittelsbach, et il fut défendu de prononcer devant eux le nôin de leurs parents.
Toutes ces mesures avaient été prises par le nouvel empereur Joseph 1", couronné depuis le 6 mai 1705; mais ce n’était pas encore assez pour sa vengeance. Sans consulter les électeurs , il mit au ban de l’Empire Maximilien-Emmanuel et son frère , l’électeur de Cologne; puis il démembra la Bavière : la prmcipautéde Mindelheim fut donnée à l’Anglais Marlborough ; le duché du Palatinat supérieur et le comté de Cham échurent à l’électeur palatin Jean-Guillaume. Les fiefs qui avaient appartenu à la Bohême furent de nouveau réunis à ce royaume , devenu un nouvel électorat. D’autres parties du pays furent données aux favoris , aux generaux de Joseph. Lui-
(*) Voyez Theât’ Europ., 1707, t.XVlII, p. 134.
(”) Les contributions s’élevèrent en une seule année à sept millions de florins.
(***) - C’est un procédé infâme; c’est la « traiter comme une petite bâtarde. Quel - tyran que cet eniitereur! » écrivait l’électeur à »uu épouse , fe as mai 1706.
même prit possession de Schærding , de Braunau et de Ried, de tout le pays enfin situé entre Salzbourg et Passau, quoiqu’il eôt, disait-il, le droit d’étendre le territoire autrichien jusqu'à l’Inn , véritable frontière des deux États.
Maximilien et son frère vivaient alors très -malheureux à Bruxelles; mais l’espoir de reconquérir la Bavière n'avait pas abandonné l’électeur, et il combattit avec courage pour sa cause •autant que pour celle de la France, luttant sur les champs de bataille des Pays-Bas contre les forces réunies de l’Empire , de la Hollande et de l’Angleterre. Mais la aussi il trouva en face de lui le terrible Marlborough. Quand l’armée française eut été taillee en* ières à Rami’llies , il se retira d'abord
Mons, puis à Namur , et enfin à Paris. Mais Louis n’était guère en état de secourir son allié. L’électeur le uitta mécontent. Avant qu’il fût sorti e la capitale, Louis lui avait envoyé le marquis de Tracy, avec une parure de diamants et 25 bourses, renfermant » chacune 100 louis. « C’est tout ce que « mon maître peut faire aujourd'hui « pour vous, » dit l’envoyé en haussant les épaules. Il faut ajouter que, dans ses revers même, le roi de France n’oublia pas ce qu’il devait au malheur, caf il proposa à Philippe d’Espagne de donner à Maximilien-Emmanuel , s’il ne pouvait recouvrer ses États , le duché de Luxembourg , Namur , et les citadelles de Charleroi et de Neuport.
Maximilien - Emmanuel réintégré dans ses Etats ( 1711- 1715). — La mort subite de Joseph, arrivée au mois d'avril 1711, changea la position de Maximilien au moment où il paraissait la victime du sort et de la politique de l’Europe. Charles VI fut élevé au trône impérial, et la France, par la victoire de Denain et le traité d’Utrecht, acquit une telle prépondérance sur l'Autriche, qu’elle la força à la paix de Rastadt 6 mars 1714), de rétablir dans leurs États Maximilien- Emmanuel et son frère. Marlborough et tous ceux qui avaient partagé leurs
BAVIERE
dépouilles furent contraints de les restituer. L’EmperPur lui -même rendit les territoires qu’il avait réunis à l'Autriche. L’électrice quitta Venise et l’électeur Saint-Cloud, pour rentrer sans pompe dans leur capitale ( 10 avril 1715 ), où ils furent bientôt rejoints par leurs enfants qui avaient été transférés à Graetz, et traités plus convenablement depuis la mort de Joseph.
DERXÉSSS A»KXS nu KAXlMILtlK-KMMA-
Une paix profonde pouvait seule relever la Bavière de sa detresse ; aussi l’électeur eut- il le plus grand soin d'éviter tout ce qui aurait pu troubler ce repos. Cependant, pour des motifs restes inconnus, il mit l’armée sur un pied formidable, et quand ces armements furent devenus inutiles, par des raisons également secrètes, il envoya 6,000 hommes, sous les ordres de ses deux fils aînés , au secours de Charles, attaqué par les Turcs. Le 17 octobre 1722, l' Empereur donna à son fils Charles-Albert la main de sa nièce Marie- Amélie, fille de Joseph; mais le jeune couple dut renoncer à tous ses droits sur la succession d’Autriche. La dernière affaire politique de Maximilien fut le pkcte de famille, signe, avec la maison palatine, le 15 mai 172-1, et par lequel les deux lignes s’engageaient a se tenir toujours prêtes pour leur défense mutuelle.
Après avoir ainsi rendu à la maison de Wittelsbach une puissance imposante, il mourut le 26 lévrier 1726.
Dans ses derniers moments, il témoigna de vifs regrets des charges qu’il avait imposées à son peuple par son ambition et par son faste. Il fit une confession publique de ses fautes, et conjura son fils d’avoir pitié de ses sujets et de songer a l'acquittement de la dette de 30 millions de florins dont le pays était obéré (*). Cependant, tout
(*) « Il eit bien prince, c’est-à-dire, faible dans » conduite et corrompu dans scs mœurs , » dit Fcnclon. (Vos . O&uvrts compl., t. LU, p. 74y.) L'électeur eulreteuail une
4 * Livraison. (Bavièbe.)
en l’exhortant à maintenir la bonne harmonie avec l’Autriche, il l’avertit d’entretenir continuellement une armée de 24,000 hommes, pour être prêt à soutenir ses prétentions.
Des neuf enfants que lui donna la fille de Scbieski , nous ne remarquerons que Charles-Albert , son successeur; Ferdinand-Marie, landgrave de Leuchtemberg et duc de Bavière, mort en 1738, et dont la branche s’éteignit en 1770; Clcment-Auguste , électeur de Cologne, mort en 1766, un des plus puissants princes de l'Empire par la réunion de plusieurs évêchés; enfin le cardinal Jean- Théodore, évêque de Katishonne , Freysing et Liège . mort eu 1763. Un fils naturel de l’électeur, nommé Maximilien-Emmanuel, comte de Bavière, fut lieutenant général au service de France, et périt à la bataille de Laufeld en 1746.