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Louis l’Enfant était encore sur le trône quand de terribles ennemis, jusqu’alors inconnus, vinrent ravager les
ftrovinces de l’Allemagne : c’etaient es Hongrois. Les flammes qui brillaient à ( horizon annonçaient leur approche, et les cris lamentables des femmes et des enfants qu'ils traînaient en captivité, signalaient leur présence.
Ces barbares se vantaient, dit une chronique, qu’ils mettraient à sec les rivières et les lacs en y désaltérant leurs chevaux, qu'ils raseraient toutes les villes, et que personne ne leur résisterait, tant qu’un abîme ne s’entr’ouvrirait pas sous leurs pieds, ou que le ciel ne s'écroulerait pas sur leurs têtes. Sans doute plusieurs de leurs hordes isolées avaient été détruites;
(*) Ces assemblées se tenaient près de celte ville, sur le mont Altenhonrg, à un endroit appelé Am Stcin (à la pierre.)
L’UNIVERS
mais ils revenaient toujours plus nombreux, plus cruels.
La Bavière, la SaxeetlaTImringe, puis toutes les provinces situées sur la droite du Rhin, furent tour à tour envahies.
En 909, les deux chambellans d'Alémannie, Erchanger et Ber/ho/d, usurpant les attributions ducales, se mirent a la tête de l’armée pour arrêter les barbares qui avaient pénétré jusque sur leur territoire; mais ils furent battus. Ils eurent plus de bonheur, quatre ans plus tard. Cette fois, alliés au duc de Bavière Arnulphe, qui, comme eux, refusait de reconnaître, pour roi de Germanie, Conrad élu par les Franconiens et les Saxons, ils rencontrèrent et battirent les Hongrois sur les bords de l’Iun, si bien que trente des barbares parvinrent seuls, dit-on, à se sauver. Cette victoire augmenta encore l’orgueil des deux frères, qui prétendaient descendre de Charlemagne, et s’indignaient de ne devoir gouverner , que pour le compte du roi. Ils se proclamèrent ducs des Alémans. Mais Conrad parvint à s’emparer d’eux, en violant la sauvegarde qu’il leur avait donnée pour comparaître devant ladiète d’Aitheim, et les fit déclarer coupables de lèse-majesté , condamner à mort et décapiter (*). Ensuite il rétablit la dignité ducale, en faveur de Burchard, fils d’Adelbert, comte de Thurgovie.
Son intention était, a la vérité, que le pays relevât du roi de Germanie.
Toutefois le nouveau due, à peine établi dans son château de Bodman audessus du lac de Constance (Boderuee), ne voulut plus être vassal; il en résulta une guerre qui ne fut terminée que sous Henri l’Oiseleur, par la soumission de Burchard.
Depuis, les empereurs d’Allemagne disposèrent du grand fief de la Souabe, suivant leur caprice. Le sage Hermann rr, duc d’Alsace et cousin de Conrad l,r, en fut investi en 92G. Dévoué à Otton le Grand, et se voyant sans héritier mâle, il donna la main de sa fille Ida au fils de l’Empereur, qui lui succéda vers 950.
(*) Voyei I’At.lsm u; -k, 1. 1, p. a U.
Ce fils était l’indigne Ltidolphe qui se révolta contre son père, et en fut puni par la perte de son duché.
A sa place . le duché d’Alémannie fut donné en 954 à Burchard H, fils de Burchard Ier. Dès l’année suivante, ce seigneur dut quitter sa résidence d’Hohentwiel (*) pour marcher contre les Hongrois. Les barbares furent anéantis aux environs d’Augsbourg, dans la fameuse bataille du Lech, qui dura trois jours ; et les Souabes y eurent la part la plus glorieuse.
Burchard mourut en 973, sans laisser d’enfant de Hedwige de Bavière, son épouso. Cette princesse, petitefille d’Otton le Grand et sœur de Henri le Querelleur, fut célèbre par son érudition, sa sagesse et sa beauté. Elle conserva jusqu'à sa mort (933) l’administration des biens patrimoniaux de son mari, qui échurent ensuite, en vertu du testament de Burchard , à la maison de Saxe. Quant aux domaines ducaux, ils revinrent à la couronne.
Of/on fils de Ludolphe, déposé en 954, obtint le duché d'Alémannie, et y réunit aussi celui de Bavière apres la déposition de Henri le Querelleur (976). Ayant accompagné l’empereur Otton II en Italie, il mourut a Lucques en 982.
Son successeur fut Conrad de Franconie, neveu d'Hermann 1er, et par conséquent membre de la maison Salique. Il renonça à la Bavière en faveur du duc proscrit (996), et mourut peu après.
C'est vers cette époque (989) que l’on trouve la première mention du nom de 'Wurtemberg. «In Alleman- « nia, dit un ancien annaliste, fue- « runt multæ rixæ. Primo liga traxit « ad Pavariam (sic) et destruxit ibi mut- « tas villas. Secundo de Virtenberg ha- « huit beliuni cum liga. » Nous ne pouvons plus savoir aujourd’hui quelle fut l’origine de cette guerre , ni quels confédérés entrèrent dans cette ligue; mais du moins une pareille lutte contre plusieurs ennemis réunis permet-elle do présumer que la maison de Wur-
(*) Zurich était néanmoins alors la capitale du duché.
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temberg était déjà parvenue à un certain degré de puissance.
Hermann II , neveu de Conrad I", lui succéda, et joignit aussi à son titre celui de duc d’Alsace. Il épousa Gerberge, fille de Conrad, roi de Bourgogne. En I002,aprésla mort d’Otton III, le duc de Souabe , comme plusieurs autres, disputa la couronne à Henri II.
N’ayant pu l’empêcher d'être élu , il refusa de le reconnaître (*), et guerroya quelque temps contre les partisans du nouvel empereur, notnmmentcontre Wizelin, évêque de Strasbourg, qui avait assisté au couronnement à Mayence. Il assiégea, prit et pilla Strasbourg, puis la perdit presque aussitôt.
Enfin , voyant que presque toutes les rovinees de la Germanie avaient prêté omrnage, il prit le parti de se soumettre ; il vint à Spire demander pardon à Henri, qui lui laissa toutes ses possessions, à condition qu’il rétablirait la basilique de Strasbourg, livrée aux flammes par ses soldats. Il mourut en 1004, et le duché fut conféré a Hermann ///, son fils mineur, qui décéda en 1012.
Gisèle, unedes sœurs d’Hermann III, épousa Ernest, petit-fils de Léopold l’illustre, premier margrave d’Autriche.Cefut ce prineeque l'Empereur désigna comme duc de Souabe. Devenue veuve en 1015, Gisèle donna sa main à Conrad le Salique qui, en 1024, fut porté à l'Empire.
Ernest // succéda de bonne heure à son père, Ernest I*r. Gisèle était une de ces femmes rares, qui à une beauté remarquable joignent un esprit plus remarquable encore. Elle apporta les plus grands soins à l’éducation de son fils, qui tenait d’elle d’éminentes qualités, mais elle ne put étouffer en lui cette ambition et cette opiniâtreté à défendre ses droits, qui furent la source de tous ses malheurs.
Dès le commencement de son règne, son beau-pere, Conrad, éleva des prétentions à la succession des États de Bourgogne, dont Ernest se prétendait l'héritier légitime, du chef de
Gisèle, nièce du roi Raoul III. Le jeune prince fut indigné de cette injustice. Les nobles de Bourgogne l’affectionnaient; et il eut bientôt rassemblé une armée. Mais les conseils de sa mère prévinrent l’éclat d’une rupture, et le déterminèrent même à partager les dangers de Conrad dans la campagne que celui-ci fit en Italie. Il avait reçu comme faible dédommagement la rielîe abbayedeRempten. Cependant la Bourgogne était une trop Delle possession pour être sitôt oubliée. L'imagination d’Ernest se reportait sans cesse sur ces fertiles contrées. Ce n’était pas assez d’y rêver; il prit bientôt les armes pour s'en emparer. Réuni au plus puissant de ses vassaux, Welf, comte de Ravensbourg, et proprietaire de nombreuses terres en Souabe et dans la basse Bavière, et à Werner, comte de Kybourg, il envahit le royaume de Bourgogne du côté de Soleure et commit toutes sortes d'exces. Mais le roi d’Arles le repoussa, et l’Empereui , de retour de son expédition, convoqua dans la ville d'Ulin une assemblée des
firinces et des nobles de l’Empire, à 'effet de juger son beau-fils. Celui-ci, abandonnédeses vassaux, qui refusèrent de l’assister contre leur seigneur suzerain, fut enfermés Giebiclienstein, château fort taillé dans le roc, et situé dans un coin sauvage de la Saxe (*). Il y gémit trois ans, jusqu'au moment où les prières de sa mère parvinrent enfin a lui faire rendre la liberté. Welf. s'étant soumis également.fut obligé de réparer le dommage qu’il avaitcausé. Werner se montra plus opiniâtre ; son château fut pris de force et rasé, et lui-même réduit a se cacher dans les parties les plus sauvages de la fprêt Noire. Cependant l’Empereur avait promis à Gisèle de rendre a Ernest l’investiture du duché. Cette solennité devait avoir lieu dans une grande assemblée, à Ingelheim. Pâli par les souffrances d’une dure captivité, Ernest entra, conduit par sa mère. Le chancelier lut la formule de prestation du serment. Elle contenait fa pro-
(*) Près de Halle sur la Saale. On en voit encore des ruines.
(*) Voy. I’Allemagnk t. I, p. a5r.
L’UNI VERS
messe de livrer Werner à l’Empereur.
A cette lecture, le rouge monta au visage du prisonnier : « Moi, s’écria-t-il, « trahir celui que j’aiine comme mon « âme, l’ami qui s’estsacrifié pour moi ! «jamais ! Plutôt perdre la couronne du- « cale que d’être infidèle à l'amitié ! » Il resta sourd aux prières maternelles.
Aussitôt les princes assemblés le mirent au ban de l’Empire.
L’Empereur donna ses États à son frère mineur, Hermann II', et le malheureux alla se réfugier dans les montagnes et les forêts pour ne pas mourir dans un cachot. Un jour, fatigué de la marche, il s’assit sur les hauteurs de la forêt Noire, près de la triple source de la Mourg. Sa position désespérée, la nature sauvage qui l’entourait le plongeaient dans de profondes pensées. Tout à coup Werner lui apparait, Werner qui avait tout appris et qui le cherchait depuis plusieurs jours. Les deux proscrits se jurèrent de nouveau une inébranlable amitié. La guerre fut résolue, et une foule de mécontents, de chevaliers, hommes de coeur, se réunit autour d’eux. La forêt Noire était leur camp. Dans cette partie de la chaîne qui s’abaisse vers le Rhin, entre la Kinzig et la Wolfach, audessus du défilé du Val d'enfer, s’élevait le château de Falkenstein, séjour d’Adalbert , ami d’Ernest, et dont il reste encore des ruines. Les portes en sont ouvertes au prince et à ses compagnons, la rébellion y établit son siège. Toutefois Ernest en sort pour n’y être pas enfermé et assiégé par les Impériaux qui étaient accourus, et pousse une excursion dans le canton de Baar. Mais au moment où tout semblait favoriser ses projets, la trahison vient les renverser. Ses chevaux, qui paissaient dans une prairie, sont enlevés. Alors il ne lui reste plus qu’à vaincre ou a mourir. Une action s’engage. Mangold , chef des Impériaux , tombe au milieu d’une foule des siens ; mais Adalbert, Ernest et Werner sont eux-mêmes atteints mortellement.
Le souvenir de leurs malheurs, de leurs héroïques prouesses et de l’amitié qui les unissait, a traversé les siè-
cles jusqu’à nos jours, et vit encore dans les traditions du peuple. La consécration de la poésie ne lui a pas manqué non plus. Henri de Valdeck, un des plus célèbres minnesænger, a fait du valeureux Ernest le sujet de ses chants.
Après la mortd’Hermann IV (1038% Henri le Noir, fils de Conrad et de Gisèle, reçut le duché de Souabe. Mais appelé bientôt après au trône impérial et forcé enfin , par les rébellions fréquentes des Alémans, de leur donner un duc particulier, il conféra cette dignité à Utfon II , comte palatin du Rhin, en se réservant d’ailleurs les domaines qui y étaient attachés. Le nouveau duc mourut dès 1048.
Le margrave Otton l/l de Schmeinfurt lui succéda. Mais celui-ci fut encore un simple administrateur auquel l’Empereur, jaloux de son autorité, laissa peu de chose à faire, car luimême passa la plus grande partie de son règne dans la Soùabe.
La mort d'Otton suivit de près celle de Henri , l’énergique fondateur du pouvoir impérial. Ce fut le double signal d’une longue série de troubles.
Agnès, mère et tutrice de Henri IV, cherchant à se faire des appuis, gratifia , en 1057, du duché de Souabe et du rectorat de Bourgogne son gendre, Hodolphe, comte d'Alsace et de Rheinfelden, malgré les prétentions qu’y formait Bertold de Zœhringen, fort d’une promesse de l’Empereur défunt. Contrairement à l’usage, ce fief fut même conféré à titre héréditaire.
Rodolphe combattit les Saxons sur les bords de l’Unstrut (1075%, mais la part qu’il avait eue au succès fut mal récompensée. Plusieurs foisauparavant il avait déjà figuré dans le parti des mécontents et des rebelles. Celte fois il quitta l’Empereur en ennemi irréconciliable (1076), devint son antagoniste le plus acharné, et fut même élu antiempereur l'année suivante. Alors l'Allemagne se partagea en deux camps.
La Souabe eut cruellement à souffrir de la guerre. Tout le pays fut ravagé avec fureur par Henri. Du Mein au Neckar et au Danube, les villes et les
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hameaux furent livrés aux flammes, plus de cent églises détrui tes et les femmes emmenées captives après avoir servi à assouvir la brutalité de la soldatesque. Après deux batailles indécises, les compétiteurs se rencontrèrent le 16 octobre 1080 sur l’Elster, dans les environs de Mœlsen. La victoire se décida pour Rodolphe; mais elle lui fut inutile. Il perdit d’abord la main droite; puis, Godefroi de Bouillon, devenu si célèbre plus tard, lui enfonça dans le bas-ventre le bois de la bannière impériale qu'il portait.
Rodolphe mourut au bout de trois jours a Mersebourg où on l’avait transporté (*).
ÜAÏSOÎf DUS HOHIKSTAUrilt.
Henri IV avait été soutenu dans toute cette guerre par Frédéric de Hohenstau/en. Également distingué par sa bravoure et par sa sagesse^ et puissant par ses possessions de Souabe, ce seigneur s'était fait remarquer à la courcoinmeun chevalier accompli et fidèle. Lorsque Henri, abandonne de tout le monde, traversa les Alpes, pour aller implorer son pardon à Rome, Frédéric avait été le seul à l’accompagner.
En récompense de son dévouement, l’Empereur lui donna, dès l’an 1079, la main de sa Ülle unique, Agnès, princesse d'une beauté merveilleuse, avec la Souabe et l'Alsace comme duchés héréditaires.
Les chetaliers ou seigneurs de Beutelspach, propriétaires du château de Wurtemberg (**), situé près de Cannstadt, vivaient dans les rapports les lus intimes avec les chevaliers de taufen. Conrad de Beutelspach fut fait comte dans le même temps que Frédéric, son ami, était investi du duché de Souabe. Leurs possessions se touchaient, et le duc ne négligea rien pour conserver dans son parti un hotn-
(*) On montre encore aux voyageurs, dans la cathédrale de Mersebourg, la main desséchée de ce prince.
(**) Ou plutôt Wirlembergd’après toutes les chartes et diplômes. Le changement de renom en Wurtemberg est très-moderne.
me si renommé pour sa bravoure. Après cette courte apparition, le nom de Wurtemberg rentre de nouveau dans l'obscurité pour quelque temps. Il serait du reste inutile de remonter plus haut dans le moyen âge pour y trouver l’origine de cesseigneurs; car ils portaient le nom de Wurtemberg eomme attaché, non pas à leur famille, mais au château qu’ils habitaient. Ainsi ils signaient tantôt comtes de Beutelspach, tantôt comtes de Wurtemberg.
La guerre de Souabe ne s’éteignit pas avec Rodolphe; elle dura encore quinze ans avec la môme fureur, et fut accompagnée de maladies contagieuses, de la disette et de tous les Qéaux qui peuvent désoler l'humanité. C’est que d’un côté les Saxons et les Souabes avaient élu un antiempereur, Hermann de Luxembourg (9 août 1081); de l’autre, le filsde Rodolphe, Berthold, disputait à Frédéric la possession de la Souabe, et l’époux d’Agnès , fille de Rodolphe, Berthold II ae Zæhringen, celle de l’Alsace. D’autres adversaires puissants se joignirent à ceux-là.
Ce ne fut que vers 1096 qu’on signa un armistice, en vertu duquel Berthold de Zæhringen gardait la préfecture de Thureovie avec la ville de Zurich, et tout le pays, depuis le Murrgau et le Kraichgau , jusqu'aux frontières de Bourgogne. Le reste de la Souabe fut laissé à Frédéric de Staufen, à l’exception des biens patrimoniaux de la famille de VVelf, qui s’empara dans le même temps du duché de Bavière.
Ces biens s'étendaient du lac de Constance à travers la Souabe, jusqu’au Kochergau. Ainsi l'ancien duché d’Alémannie disparutentière ment, partagé entre trois maisons princières indépendantes l’une de l’autre : celle de Staufen, celle de Zæhringen et celle des Guelfes (*). Mais si un membre de la maison de Staufen avaitfait perdre à la Souabe de son étendue, elle devait être portée dans un avenir peu éloigné, par cette même famille, a un degré de
(*) Depuis que Zurich n’appartenait plus au duché, Uim était regardée comme la capitale de la Souabe.
L’UNIVERS
gloire que nul autre pays n’avaîtatteint a cette époque.
A l’extrémité orientale de l’Alp, entre les riantes vallées de la Rems et de la Fils, non loin de Gemund et de Gœppingen, s’élève une montagne qui attire, par la majesté de ses formes, l’attention du voyageur. Sa cime est nue, et ne porte plus qu'un misérable pan de mur en ruine. Mais on se sent, à sa vue, saisi, pour ainsi dire de respect comme en présence d’un grand prince, dépouillé de la pourpre, car ces ruines sont ce qui reste du château des Hohenstaufen ; cette montagne est le Staufenberg, qu'environne le souvenir des plus belles gloires de la Souabe et de l’Allemagne. Dans ses environs, on voit les débris d'un petit château, nommé par le peuple Wæschen-Schlœsschen. Il était habité, en 1050, par le baron de Beuren ( Büren ) , issu d’une famille très noble et très-respectée, marié à Hildegarde , comtesse de Hohenlohe, et possesseur de biens très-étendus en Souabe et en Alsace.
De cinq lils qu’il avait, Frédéric était le plus distingué. Un jour que ce jeune seigneur visitait le tombeau de Charlemagne , à Aix-la-Chapelle, il dit à ses frères : « Ici est enterré un brave » Allemand. Oh ! si nous étions de son « sang et si nous avions sa bravoure ! » Avec une ambition si vaste, Frédéric devait trouver le château paternel trop petit pour lui et trop bas dans la vaflee ; le Staufenberg , dont il pouvait chaque jour contempler le sommet, lui parut un séjour plus convenable. Il y construisit, vers la (in du onzième siècle , un superbe château , dont les murs étaient épais et les tours solides, et le nomma Hohenstaufen. On ne sait si le nom de Staufen appartenait auparavant à sa famille, ou si elle le prit de cette montagne. Un de ses frères, Otton, fut évêque de Strasbourg, et partit pour la croisade avec Godefroi de Bouillon. Un autre, Conrad, mourut à la fleur de son âge; le troisième était ce Frédéric, le même que nous venons de voir gratifié par Henri IV du duché de Souabe et de la main d’Agnès. Frédéric mourut en 1105, et
fut enseveli au monastère de Loreh , qu’il avait fondé, trois ans auparavant, pour son salut et pour celui des siens (*). Il laissa deux (ils encore jeunes : Frédéric le Borgne ou le Louche, et Conrad.
Frédéric, nui avait quinze ans, reçut la Sonate et l’Alsace; à Conrad , qui en avait douze , échut le duché de Franconie. Tous deux ajoutèrent à leur héritage; mais leur existence ne fut pas exempte d’orages, car, tandis que Henri V était en Italie, on se battit dans la Souabe et sur le Rhin ; partout néanmoins les Hohenstaufen, qui soutenaient le parti de l’Empereur, leur oncle, furent vainqueurs. Cependant, dès l’année 1116, la nature sembla prendre le deuil et présager de grands désastres. Dans le mois de janvier 1117, au milieu de l’hiver, on entendit gronder le tonnerre; on ressentit des tremblements de terre ; des montagnes s’enfoncèrent, des rivières se tarirent, et ces phénomènes jetèrent la terreur dans tous les esprits.
En 1125, l’empereur Henri V mourut sans héritier mâle. Sentant approcher sa fin, il donna à ses deux neveux l’argent , les bijoux , les châteaux , les villes et les bourgs dont quatre de ses ancêtres avaient fait leur patrimoine.
Cette libéralité accrut encore la puissance des Hohensjnufen , et sembla promettre la couronne à Frédéric, que les électeurs, réunis à Mayence, désignèrent même parmi les candidats.
Mais la crainte qu'inspirait déjà .a puissance de sa famille, et les intrigues de l’archevêque de Mayence, firent tomber le choix sur Lothaire de Saxe.
Frédéric avait prêté serment au nouvel empereur; mais son coeur était plein de dépit, et cette inimitiéae manifesta par une résistance formelle lorsque I.othaire réclama, comme domaines de l’Empire, toutes les terres de la maison Salique, que les deux frères avaient reçues de Henri. La guerre commença
(*) Ce couvent est situé entre Gemund et Schorndorf. 11 offre plusieurs souvenirs remarquables de la famille de Hobenstaufeo.
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presque aussitôt. Une assemblée de princes , convoquée avant la fin de l'année à Strasbourg, déclara le duc de Souabe ennemi de l’Empire, etdes mesures décisives furent prises peu après, à une diète tenue à Goslar. Réuni à son gendre Henri le Superbe, descendant des Guelfes et duc de Bavière et de Saxe, et au roi de Bohême, Sobieslas Ier, Lothaire assiégea Nuremberg, capitale du duché de Franconie; mais Conrad, revenu de la Palestine, et secouru par son frère, força ses ennemis à lever le siège. D’un autre côté, l’Alsace, cette province que, suivant l’historien contemporain , Otton de Freisingen, on regardait alors comme la principale force de l’Empire, devint aussi le théâtre d’une guerre acharnée. L’évêque de Strasbourg arma en faveur de Lothaire, qui vint en personne achever la défaite de son ennemi, et détruisit la plupart des châteaux forts dont Frédéric avait couvert la province (*). Les Hohenstaufen ne cédèrent pas davantage quand le pape lança ses foudres contre eux. Enfin le duc de Bavière s’empara, en 1134, d’Ulm, principale place d’armes des deux frères, et détruisit cette ville; Conrad fut même assiégé à Hohenstaufen. Alors les princes rebelles prirent le parti de la soumission, et firent négocier la paix par l'impératrice Richcnza et par saint Bernard de Clairvaux. Les Hohenstaufen se reconnurent vassaux de l’Empire, pour les terres qu’ils avaient prétendu posséder comme allodiales, et durent promettre d’accompagner Lothaire dans sa nouvelle expédition d’Italie. Ainsi fut terminée au bout de neuf ans une guerre qui avait désolé la Souabe, l’Alsace et la Bavière, et qui fut le premier acte des longues dissensions entre les Guelfes et les Gibelins ( fViblingen) (**). A son retour, en 1137, Lothaire mourut
(*) Le duc de Souabe y avait construit mi si grand nombre de châteaux , qu’on disait de lui qu’il en traînait toujours un à la queue de son cheval.
(**) C’était le nom d’un cbâteau appartenant aux Hohenstaufen.
dans une cabane d'un village de Bavière. Le plus illustre héros de la campagne d’Italie , Conrad de Staufen , fut alors élu empereur. Henri le Superbe, et, ensuite, son frère Welf, continuèrent les hostilités contre lui. La ville de Weinsberg, près d’Heilbronn, qui était, ainsi que le château, au pouvoir des Guelfes, fut assiégée par Conrad en 1140; Welf, accouru au secours de la place, fut défait et la ville prise. Le roi , irrité de la longue résistance des habitants, fit serment de les réduire en esclavage; mais il permit aux femmes d’emporter sur leurs épaules tout ce qu’elles pourraient. Les portes ouvertes, on les vit descendre a la file, portant chacune son mari sur le dos. Plusieurs chevaliers, et, entre autres, Frédéric le Borgne, prétendirent qu’il y avait ruse, et conseillèrent au prince de retirer sa parole ; mais le vainqueur généreux répondit ; « La parole d’un roi doit être inviolable. » Le souvenir de ce bel exemple d’amour conjugal s’est conservé jusqu’à nos jours dans les récits populaires, et les ruines du château sont encore appelées Fidélité des femmes ( IVe'îbertreue).
Quelques années après cet événement ( 1147 ), Frédéric le Louche mourut, et eut pour successeur son fils aîné, qui, comme duc de Souabe, fut Frédéric ///, mais que l’on connaît mieux sous le nom de Frédéric Ilarberousse. Conrad étant mort en 1152, après avoir remis les ornements impériaux-à son neveu, ce prince fut unanimement élu empereur à la diète de Francfort, et l’on sait quelle grandeur nouvelle lui durent la Souabe et l’Allemagne.
En 1157, quand le jeune fils de Conrad, Frédéric de iiothenbourg , eut atteint sa majorité, Barberousse, suivant la promesse qu’il en avait faite à l’Empereur à son lit de mort , lui conféra les duchés de Souabe et de Franconie. Frédéric IV reprit alors le titre de dite cT tlémannie , comme possesseur de tout ce qui avait constitué ce pays avant sa soumission par les Francs. Par sa mort ; arrivée en
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1166 , toutes les possessions de la maison de Staufen revinrent à Frédéric Barberousse , qui , pendant longtemps, ne lui nomma point de successeur, et ne travailla qu’à augmenter par de nouvelles acquisitions ses domaines en Souabe et ceux du duché.
Le vieux duc Welf VI lui vendit la succession éventuelle, non-seulement des biens patrimoniaux de sa maison situés en Souabe entre le Lech et le lac de Constance, mais encore de toutes ses possessions en Italie. Cet exemple fut suivi par Rodolphe, comte de Pfullendorf, et surtout parmi lesSouabes, par beaucoup d’autres seigneurs qui n’avaient point d'heritiers naturels. Ce fut aussi vers le même temps que l’Empereur acquit par transaction ou par échange les biens que Henri le Lion possédait en Souabe du chef de son épouse Clémence de Zæhringen , c’est-a-dire, la seigneurie de Badenweiler.
Enfin, en 1184 (selon d’autres en 1 167) , il donna le duché de Souabe et d’Alsace, avec la perspective de plusieurs riches successions , à Frédéric F , son second fils , qui se trouva possesseur de la plus grande partie des terres de ces provinces. A cette époue, les comtes de Wurtemberg étenirent leurs possessions sur les rives du Neckar et du Rems; parmi eux, l’histoire nomme, de 1 1 39 à 1154, Louis et Éric , deux frères jouissant d’une grande considération à la cour impériale.
Frédéric F mourut en 1191 , en terre sainte. Conrud , duc de Franconie , son frère , lui succéda , et mourut subitement six ans après sans laisser d'enfants. Son héritage passa alors au jeune Philippe, duc de Toscane, dernier fils de Barberousse. L’avénement de ce prince au trône impérial, en 1198, devint l’époque de la décadence de la maison de Hohenstaufen ; car, afin de se ménager des amis contre Otton IV, son compétiteur, il distribua libéralement les richesses de sa famille, et disposa d’un grand nom-» bre de ses domaines avec une facilité qui fut la cause première de cette foule
de nobles indépendants qu’on trouvait en Souabe avant la dissolution de l’empire germanique. D’autres possessions lui furent enlevées pendant la guerre civile qui désola toute l'Allemagne; d’autres enfin furent portées après sa mort ( 1208 ) dans des maisons étrangères, par suite des mariages contractés par ses filles. Le reste, avec la dignité ducale, passa à ce jeune fils de Henri VI, qui , plus tard, acquit une si malheureuse célébrité sous le nom de Frédéric II. Dès 1216, Frédéric céda le duché de Souabe et d’Alsace à son fils aîné Henri , âgé de six ans, pour lequel il continua d’administrer ces provinces en proie à un extrême désordre. Ce fut ce même Henri qui , couronné roi des Romains en 1222, se révolta contre son père en 1234, et mourutenfermé dans uneforleresse d'Italie.
Frédéric chercha par diverses acquisitions et négociations à recréer le duché de Souabe dont il ne disposa plus, mais qu’il réunit de fait à l’Empire. Ainsi, les principales villes bôties sur le territoire ducal se trouvèrent placées dans la catégorie des villes impériales. Cependant , les embarras où fut engagé son fils et son successeur Conrad ( 1250) nécessitèrent de nouvelles aliénations. Enfin, avec le malheureux Conradin s’éteignit en 1268 la race illustre des Hohenstaufen ; et cette époque fut signalée cil Souabe par des troubles graves. Tous les comtes, seigneurs, évêques et abbés du pays s’assurèrent la même indépendance que les villes avaient déjà acquise par le fait, c’est-à-dire, qu’ils ne reconnurent plus d’autre chef que l’Empereur et l’Empire : chacun dans son petit territoire devint une espèce de souverain ; chacun attira à soi quelque lambeau des domaines des ducs.
Cependant, au milieu des quinze ou vingt anciennes familles decomtes (comtes de canton, gaugrafs ), qui restaient en 1268, il s’était établi quelques nouvelles maisons qui les surpassaient alors en puissance. Au premier rang figurait parmi elles la maison de Wurtemberg . dont l’histoire va remplacer celle du duché de Souabe.
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