FONDATIONS DUES A RODOLPHE
Rodolphe, qui avait succédé à son ère en 1359, mourut le 27 juillet 1365,
l'âge de vingt-six ans. Malgré un règne si court /Rodolphe doit prendre rang parmi les princes les plus remarquables qu’ait fournis la maison de Habsbourg; s’il eût vécu, disent ses biographes , ses talents et son ambition auraient ruiné l’Autriche, ou l’auraient élevée au plus haut degré de puissance. Ce prince ne signala pas seulement son administration par d’importants accroissements de territoire, mais encore par de nombreuses créations qui lui méritèrent le surnom de Fondateur. Ainsi il fonda l’université de Vienne , qui égala bientôt la réputation de l’université de Prague. C’est à lui aussi que la capitale de l'Autriche doit son plus magnifique édifice, l'églisecathédrnlede Saint-Etienne, commencée par son père en 1339, et pour laquelle Albert avait établi une imposition générale d'un gros par tête, sansen exempter même lesenfantsetlcs veuves. Rodolphe dota richement l’église: il y attacha des bénéfices pour vingt -quatre chanoines , sous la direction d un prévôt. Il ne put achever tout l’édifice ; car il fallait des siècles pour conduire à fin ces monuments
L'UNÎT ERS
gigantesques qu’éleva au moyen âge la pieté de l’Europe chrétienne; mais il jeta lui -même les fondements de la grande tour.
DÏSCKirTIOS DE l.’ÉGMSE DE SAIHT-ETIEJIBE A VIEHBE.
« L’église de Saint-Étienne est l’édifice le plus solide et le plus majestueux u’il y ait à Vienne. Le premier duc 'Autriche Henri , surnommé Jasomirgott , en posa les fondements en 1144 ; mais elle fut presque totalement réduite en cendres en 1 258. Les historiens ne sont point d’accord sur l’époque de la construction de la nouvelle église : les uns l’attribuent au duc Albert , en 1326; d’autres à son fils Rodolphe IV, en 1358. Cependant, on a récemment découvert, près de l’autel de Saint- Pierre et de Saint-Paul, en enlevant un vieux cadre, le buste en relief de l’architecte qui, d’une main , tient un compas, et de l’autre une équerre dorée. Il est entouré d’ornements peints, sur lesquels on voit distinctement les trois lettres M. A. P. et la date 1313 (*), ce qui prouverait, sinon que cet architecte a construit toute l’église , du moins le chœur. On a fait des recherches à ce sujet , et l’on a trouvé que cet architecte devait être un certain maître Antoine Pilgran, ainsi que les lettres l'indiquent. Te même que le duc de Moravieappela auprès de lui eu 1 359.
• Vers 1326, le chevalier Ulrich de Terna, avec les secours de son épouse Perchta et de ses sœurs Adélaïde et Élisabeth, fit ajouter vers la grande porte une chapelle appelée de la Croix. Dès lors on continua , quoique lentement , à étendre et embellir cet édifice. Sous le règne d’Albert, on bâtit un très-beau chœur; Gutta, sœur du duc et femme du comte Louis d’Otting, donna, par son testament, un legs de quinze marcs d’argent pour l’achever.»
On lit dans une ancienne chronique qu’Albert, en 1339, leva une contri-
(*) Cetle date doit avoir etc mise plus tard , puisqu’on ne se servait alors que de chiffres romains.
bution ( dont les enfants et les veuves ne furent pas même exceptés ) d’un gros par tête pour l’édification de cette église.
On trouve aussi, dans les archives du chapitre de Vienne, une lettre écrite d’Avignon, le 5 novembre 1339, par laquelle plusieurs évêques accordaient des indulgences pour quarante jours à tous ceux qui fréquenteraient l’église de Saint-Étienne, et qui contribueraient aux frais de sa construction , et surtout qui donneraient des secours pour bâtir le nouveau chœur et le tabernacle. Ce chœur, au rapport d’une ancienne chronique de Kloster-Neubourg, fut consacré en 1 340.
• En sortant du Kollmarkt, et sur une place asspz étendue, on découvre la belle façade de l’église de Saint- Étienne. La porte , nommée Riesenthor , ne s’ouvre que dans les grandes occasions. Sur le portail on voit Jésus- Christ avec plusieurs saints: adroite, un saint Jean-Baptiste dans le désert, avec cette inscription allemande : C'est fVeissJean if'erder et sa femme Ignés qui ont fait faire ce saint Jean. Le fondateurest mort le jourde Saint-Égidius de l’année 1508. Vis-à-vis on voit un renard la gueule ouverte , avant une chaîne autour du cou, et paraissant sortir d’un puits. Ce sont sans doute les armes de ce Jean Werder.
Au dehors, à gauche, on voit la statue de saint Étienne, portant sur sa poitrine la marque d’une année qui paraît être 500. De l’autre côté est une statue qui déchire un lion. Dans le haut on remarque un jeune homme portant le pied sur le genou de l’autre, et sur lequel il n’existe aucunetradition. Dans les deux angles on remarque plus distinctement , d’un côte , le duc Rodolphe IV, et de l’autre sa femme Catherine , assise sur un lion , avec deux écussons aux armes de l’Autriche et de la ville de Vienne; et enfin, tout en haut de l’église, trois autres statues, celles des saints martyrs Étienne et Laurent, et celle de l’archange saint Michel. Cette façade est noble, majestueuse, et d’untrès-beau travail gothique.
AUTRICHE
• L’église de Saint-Étienne est toute bâtie en pierres de taille. Ses murs ont sept pieds d’épaisseur. Sa longueur est de cinquante-sept toises , et sa plus grande largeur entre les deux grandes tours est de trente-sept toises. Elle est environnée extérieurement de galeries ornées de sculptures. Là commence le triple toit, dont la partie la plus élevée, celle qui se trouve au-dessus de la principale porte et entre les deux tours, a dix-sept toises trois pieds et demi , et est couverte de briques à demi convexes et vernies, rouges, vertes et blanches. Deux escaliers de pierre en escargot conduisent à ces deux toits : de là on arrive au plus haut point du troisième par six escaliers de bois. On y voit la date de 1490, qui indique sans doute l’cpoque où l’on a réuni ces deux toits.
« Cette charpente est un ouvrage gigantesque. Le nombre des pièces de bois monte à deux mille huit cent quatre-vingt-neuf. On a pris toutes les
Précautions contre les incendies, et on trouve en tout temps sous ces toits de vastes réservoirs pleins d’eau , et les ustensiles nécessaires pour éteindre le feu.
« Les voûtes de l'église reposent sur dix-huit piliers. La plus grande a quatorze toises deux tiers de contour a’un
fiilier à l’autre. On abattit, en 1574, es voûtes inférieures qui menaçaient ruine et on les refit à neuf, mais "telles qu’elles avaient été dans le principe. On voit sur les pilastres et sur les murs des pyramides surmontées d’ornements, et portant les statues de différents saints, ainsi que les armoiries de ceux qui les ont élevées.
« L’église a trente et une grandes fenêtres qui vont jusqu’aux voûtes. Il y avait jadis des vitraux peints, dont l’empereur Ferdinand I*r avait fait
Îirésent à l’église ; mais en 1646 on eur substitua des vitres blanches pour donner plus de jour au vaisseau.
« En 1514, le sommet du clocher, souvent frappé delà foudre, menaça de s’écrouler. On travailla à le réparer jusqu’en 1519. Cuspinian, qui vivait alors, rapporte qu’il n’y eut qu’un cer-
tain Hauser, chasseur de l'Empereur, et dans la suite capitaine d’infanterie, et un certain Grégoire Hauser, architecte, qui osèrent entreprendre ce périlleux travail. Ils montèrent au haut de la tour, et brisèrent le sommet en petits morceaux , qu’ils tirent descendre peu à peu sans qu’il leur arrivât aucun accident. Ou eut beaucoup de peine à redresser la grosse barre de fer sur laquelle repose le sommet, et l’on n’y parvint qu’après plusieurs années.
« La tour souffrit beaucoup du siège des Turcs en 1529 ; et l’on employa aussi plusieurs années à réparer le dé- <1t. En 1591 , on substitua à la pomme e pierre une sphère de cuivre doré, avec une étoile et une demi-lune mobile ; mais les Turcs ayant été forcés de lever le siège de Vienne en 1683, l’évêque Émerich rappela au pieux Léopold la promesse qu’il avait faite , alors u’il était à Lintz , de faire, si la ville e Vienne était sauvée, abattre le croissant, et de lui substituer le signe victorieux de la croix. Après avoir longtemps cherché quelqu’un qui voulût se charger de cette périlleuse expédition , on trouva un maître couvreur, nommé Ressytko, qui offrit de l’entreprendre moyennant une somme de mille florins et un habillement complet pour lui et ses deux fils. D’autres avaient demandé cinq mille florins. Le 1 2 juillet , il commença à élever l’échafaudage, qui était très-simple, et ne coûta que onze florins; il consistait en quelques poutres et onze échelles , qu’il lia les unes aux autres par des cordes. Il réussit en effet à enlever la demi-lune et l’étoile , qui furent portées dans l’hôtel du comte Léopold de Kollonitsch. lequel les exposa le lendemain aux yeux du public. ; et , le soir, le maître couvreur les apporta à la cour.
On plaça , le 14 septembre, au lieu de la lune et de l’étoile , une croix qui , étant immobile, fut renversée par le vent dès le 14 décembre de la même année. On y porta , peu de temps après, une aigle en cuivre, qui fut bénie le 31 octobre par l’évêque, et placée solennellement au son du tant-
L’UNIVERS
bonr. On répandit à cette occasion des médailles d'or et d'argent, et on grava sur cette aigle plusieurs inscriptions qui rappelaient lu mémoire du souverain alors régnant , et de la défense heureuse qu’avait faite la ville de Vienne contre les ennemis de la chrétienté.
« La tour est bâtie toute en pierres de taille, jointes les unes aux autres par cinq tenons de fer: elle est toute à jour et ornée d’images de saints.
« Au-dessus de l’horloge règne un chemin ou plutôt une galerie entourée de douze pyramides surmontées de pommes dorées. On y montre encore l’endroit où le comte de Starenberg, commandant de Vienne pendant nue les Turcs assiégeaient cette ville , avait coutume de s’asseoir pour reconnaître leur camp. C’est depuis cette époque que la famille Starenberg porte la tour de Saint-Étienne dans ses armoiries.
« L’escalier de la tour a cinq cent cinquante-trois marches de bois. On monte au clocher par le moyen d’échelles. Toute la hauteur de la tour est de soixante et quatorze toises et un demi-pied.
« L’horloge a quatre cadrans qui montrent les heures et les uuarts. La hauteur des cadrans est de deux toises cinq pouces, et la largeur d’une toise cinq pieds trois pouces. L'aiguille a une toise et quatre pouces ; les chiffres ont deux pieds de longueur sur deux pouces de largeur. L’horloge ne frappe que les heures; les quarts sont frappés par les gardiens de la tour sur une cloche particulière : niais ils ne frappent pas le dernier quart. On prétend que c’est parce qu’en 1 083 , les Turcs avaient déclaré qu’ils prendraient la ville au dernier quart d’une certaine heure, et que l’on s’abstint de le sonner. Après qu'ils eurent été chassés, on continua ainsi , pour perpétuer le souvenir de cet événement. Cependant l'histoire du siège ne fait pas mention decettecirconstance. Le Père François, ex-jésuite , a établi , en 1742, une méridienne qui passe par cette horloge.
« Les principales cloches sont : 1° la cloche dite Joséphine, fondue le 18 décembre 1710. Elle pèse en tout quatre cent deux quintaux. On y voit l’image de saint Joseph environné d’anges qui portent des instruments de différents métiers; au-dessus sont les armes de Bohême et de Hongrie.
Sur une autre face on a représenté l'immaculée conception avec les armes impériales et celles de quelques provinces de l’Autriche. La hauteur de cette cloche, y compris la couronne, est de neuf pieds huit pouces et demi , son diamètre de dix pieds; l’épaisseur du métal est de huit pouces. On la sonna pour la première fois le 26 janvier 1712, lorsque Charles VI revint à Vienne après son couronnement. Elle a coûté dix-neuf mille quatre cent quarante florins.
« 2° La cloche que l’on sonne pour les incendies, et que l’on nomme Ratluylocke (cloche du conseil) , parce qu’on la sonne pour assembler le conseil après les vacances, et, en outre, tous les jours, en été, à six heures et demie , et en hiver à sept heures du soir, en mémoire de la délivrance de Vienne (en 1683), parce que c'est à cette heure que les armées chrétiennes s’avancèrent contre les Turcs. Elle est marquée MCCCCL1II.
« 3" La cloche nommée Speisglocke est destinée au service des mourants :
elle a été fondue en 1613.
» 4° La cloche nommée Z ugenglocke a été fondue en 1707. Elle est destinée à avertir le public d’aller prier pour les agonisants.
« 5" La cloche nommé Primglocke sert, entre plusieurs autres usages, à sonner matines et prime.
« Il y a quatre gardiens de la tour qui se’ relèvent deux à deux : ce sont eux qui, en cas d’incendie, donnent le signal et indiquent le point où le feu a pris. On voit, au lieu où ils sont de garde, un jeu de quilles où l’on joue à reculons.
» Outre la grande tour de Saint- Étienne, cette belle église en a trois autres ; l’une dont Roilolphe jeta également les fondements , mais qui n’a
AUTRICHE
point été achevée. Uasselbach raconte que l’an 1450, au jour Saint-Hippolyte, les bourgeois commencèrent avec de grandes solennités , au milieu des chants et en présence des évêques, prélats , prévôts et abbés , à jeter les fondements de la seconde tour de Saint-Étienne, et que le prévôt de Kloster-Neubourg en posa, entre sept et huit heures du matin, la première
ierre, tandis que l'on entonnait des
ymnes et le Te Deurn. On travailla lentement à cette tour, n’y employant (jue dix ou onze personnes. On renonça a la continuer en 1511 : la tour avait'alors vingt-cinq toises de hauteur. En 1579, on la surmonta d’une petite tour recouverte en cuivre, et surmontée d’un aigle qu’un vent impétueux renversa le 17 février 1761.
« Les deux petites tours sont des restes de l’ancienne église de Saint- Étienne, et ont par conséquent près de sept cents ans. Elles sont toutes deux bâties en pierres de taille, et ne sont guère plus hautes que le toit de l’église, qui , lors de la nouvelle édification . fut considérablement exhaussé, par suite des agrandissements que reçut l’église (*). »