CONTRE ENGUERRAND DE COUCY
D’abord Léopold, par des achats ou des négociations, obtint Fribourg en Brisgau , Bille cédée par son évêque , le comte de Feldkirch , plusieurs autres
E laces, les bailliages de la haute et asse Alsace, enfin les revenus d’Augsbourg et de Gingen. Au milieu de toutes ces acquisitions, il fut troublé par l’approche d’une armée formidable : c’était Enguerrand VII deCoucy, qui , pendant le voyage de l’empereur Charles IV en France, lui avait demandé la permission de faire la guerre à la maison d’Autriche. Arrière-petitfils de l’empereur Albert par sa mère , fille de Léopold II, il demandait tous les biens de Léopold , comme n’étant point des Gefs masculins. Léopold rejeta cette demande contraire aux lois de succession établies dans sa maison.
On 11e s’attendait pas qu’un simple gentilhomme picard püt rassembler une armée; Coucy en réunit cependant une très -considérable, formée soit par ses parents et par ses amis, soit a l’aide d’une partie de son bien qu’il vendit, soit enfin par l’espoir du butin qui entraîne toujours beaucoup d’aventuriers dans les entreprises extraordinaires. D’ailleurs la paix conclue alors entre la France et l’Angleterre laissait sans emploi une grande quantité de mercenaires qui , 11e pouvant vivre que de pillages , marchèrent
CO
volontiers avec Enguerrand contre les riches cités de l’Alsace et de la Sotiahe. A la tête de quarante mille hommes, Enguerrand se dirigea contre Strasbourg, dont il ravagea le territoire, et ui pava une rançon de quinze mille orius d’or; puis sur Brisaeh, où Léopold s’était renfermé. Leduc d’Autriche ayant dévasté lui - même le pays, Coucy , pour faire vivre ses troupes, fut contraint de les- conduire en Suisse. lit, l’hiver, des froids rigoureux , la famine, des miseres enfin de toute espèce les attendaient ; mais ce qui était plus redoutable encore, c’était le courage des Suisses. I.es troupes d’Enguerrand, dispersées par tout le pays , furent surprises et détruites isolément; et Léopold put voir, sans combattre , la ruine ue cette armée formidable (1375).
Les services que les Suisses rendirent dans cette occasion à Léopold le forcèrent sans doute à suspendre, au moins pour quelque temps , ses desseins contre eux. On le voit en effet porter à celte époque , vers l'autre extrémité des possessions autrichiennes, son activité et son ambition.
GUERRE DE LÉOPOLD II COHTRE VEIIISE.
ACQUIS! I lOK ET CESSIOK DU TRKVISAK.
La Marche trévisane venait d’être depuis peu le théâtre de sanglants démêlés; Venise, oubliant les intérêts de son commerce pour le désir de se former un territoire sur le continent, s’était livrée à des guerres qui , en résultat, lui donnèrent la domination sur le Trévisan. Mais les petits princes italiens, voyant avec eftroi ces progrès de la république vénitienne, et redoutant son ambition , ne cessèrent dès lors de lui susciter des embarras et de lui chercher des ennemis.
Le plus actif de ces adversaires de Venise était François Carrare, seigneur de Padoue. lies défaites successives , et la nécessité humiliante d’envoyer son fils devant le grand conseil de’la république demander à genoux le pardon de son père , ne firent qu’ajouter à ses craintes le désir de la ven-
geance. Des négociations avec le roi de Hongrie n’ayant pas réussi, Carrare se tourna vers Léopold, qui, maître du Tyrol , pouvait aisément déboucher sur la Marche trévisane. Le prince autrichien ne laissa pas échapper une aussi belle occasion; ses troupes parcoururent le Trévisan et menacèrent même la capitale. Une défaite qu’il éprouva sur les bords de la Piave le contraignit à signer une paix qu’il ne fut pas tenté d’enfreindre, meme durant les malheurs de Venise dans la guerre de la Chiozza. Les Vénitiens , en reconnaissance , lui cédèrent la Marche en 1381, pour être plus sûrs de sa neutralité. Mais en 1383, Léopold , que le mécontentement de ses vassaux de Souabe et d’Alsace rappelait en Allemagne , fit abandon à François Carrare, pourlasomme de soixante mille ducats, de cette province qu’il ne pouvait conserver qu'en restant toujours les armes à la main , soit pour se défendre contre les puissances voisines qui l'ambitionnaient, soit pour en maintenir les habitants dans l’obéissance ; car, dès ce premier effort tenté par la maison d’Autriche pour prendre pied en Italie, elle sentit tout ce que le Çénie contraire des habitants lui lerait éprouver de sérieuse résistance.