AUGUSTE-GUILLAUME
Parmi les événements du règne de ce prince, nous n’avons à mentionner que l’union intime qu’il conclut , le 25 novembre 1727, à Westminster, avec la branche cadette de sa maison , assise sur le trône d’Angleterre. Il mourut sans postérité;
LOUIS-RODOLPUE.
Louis - Rodolphe , décoré, depuis 1707, du titre de prince de Blankenbourg ( avec droit de voix et de séance à la diète ), était frère d’Augustc-
(*) Rodolphe consentit à céder à l'électeur de Hanovre deux régiment» d'infante rie , trois de cavalerie et deux de dragons. Voyez , pour toute cette querelle , Allemagne, L II, p. 3 «8, et Schtell . Histoire <les États européens , I. lui , p. 3ao et »uiv.
L'UNIVERS
Guillaume; sa fille üîuée avait épousé l’Empereur. La seconde fut mariée en 1711 au malheureux Alexis, fils de Pierre le Grand ; une troisième épousa le successeur de son père . mort sans descendance mâle.
EÉliDIRARD- ALBERT.
(lîliS).
I.e fils du fondateur de la branche deBrunswick-Bewern hérita, en 1735, des Etats de Brunswick-Wolfenbuttel, mais il ne les posséda que six mois.
Outre Charles , son successeur , il eut plusieu rs enfants devenus célèbres : Antoine-L'lrich , père de l'infortuné czar Ivan 111, moürut prisonnier à Kolmagory en 1776 (*) ; Louis-Ernest fut régent en Hollande ; Ferdinand se fit un renom brillant dans les armées de Frédéric II, où les bons généraux étaient pourtant nombreux (**) ; Albert et François périrent au service du grand Frédéric, qui avait donné sa main à leur sœur Élisabeth-Christine. La quatrième fille de Ferdinand-Albert fut mariée à Frédéric V , roi de Danemark, et joua un rôle important dans la vie de ce prince, ou plutôt de son fils. La cinquième épousa Auguste-Guillaume , prince de Prusse, et devint mère de Frédéric-Guillaume II.
CHA&LBSV
Le nouveau duc transféra en 1754 sa résidence de Wolfenbuttel à Brunswick. Lorsque éclata la guerre de Sept ans, il y prit part en fournissant un corps à l’armee hanovrienne-anglaise , mais surtout en y envoyant deux généraux dont l'histoire a retenu les noms, Ferdinand , son frère , et Charles-Guillaume-Ferdinand. son fils.I.a malheureuse journée d’Hastenbeck termina, pour le duc, la guerre avec la France ; mais son pays n'en fut pas plus heureux. On
(*) Voyez, flnsching's Magasin , p. 418.
(**) H eslraorl en i-ga. On avait admiré va valeur i la halaille de Pragiié, et «-.s latents comme général ru chef de l’armée de Weslphaüe, avec laquelle il vainquit à Crél'eld , à Aiindcn, rte. Voyez Histoire du royaume de Hanovre,
accorda à Charles une prétendue neu* tralité, et on lui assigna Blankenbourg comme demeure pour lui et sa famille, tandis que le maréchbl de Richelieu traitait son duché en pays conquis.
Cette occupation , il est vrai, ne dura que jusqu’à la rupture de la capitulation de Clostcrseven; mais alors commença une nouvelle série de calamités.
Lts désastres de la guerre, joints à des frais d'armements trop considérables, avaient épuisé le pays, et cependant Charles , qui ne connaissait nullement le prix de l'argent , ne songea ni à restreindre ses dépenses, ni à mettre des bornes à sa libéralité. Une cour somptueuse, des bâtisses inutiles, des projets mal conçus et plus mal exécutés, une administration livrée à un complet désordre, chargèrent enfin le pays d’une dette de 10 à 12,000,000 de ri'xthalers, et produisirent a la fin de la guerre un d! ficit de 80,000 rixthalers dans les revenus. Emprunts , impositions nouvelles , détérioration des monnaies, convocation des états, remedes de charlatans et d'adeptes de diverses espèces, enfin, tous les palliatifs imaginables, furent employés sans succès pour guérir le mal , jusqu’à ce ue le prince héréditaire, après la mort u principal ministre de son père, prît une influence décisive dans le gouvernement ( 1773 ). Alors, malgré les obstacles que le duc, incorrigible dans sa prodigalité, opposait aux plans de son fils, un ordre sévère fut établi dans toutes les administrations, dans toutes les branches des dépenses, et les états se chargèrent de l’amortissement des dettes.
La guerre d'Amérique vint ensuite ouvrir au pays une nouvelle source de prospérité < source bien impure, il est vrai, mais qui pendant sept ans versa des sommes considérables (finis les caisses publiques, depuis longtemps a vide. Par une convention du 9 janvier 1776, le duc livra au roi d’Angleterre, contre un subside annuel, 4,300 hommes de ses troupes, avec la faculté d'en user à son gré, dans l’ancien ou dans le nouveau monde.
Sans vouloir excuser cet odieux et
ETATS DE LA MAISON DE BRUNSWICK
immoral expédient , hfltons-nous d’ajouter qu’au moins le dur consentit à en employer tous les profits au payement des dettes.
Les affaires avaient repris une marche réglée, lorsqu’on reçut à Brunswick un avertissement venu de Hanovre, et portant que le duc devait à l’électorat une somme de 2,000,000 de rixthalers; que le terme du payement approchait; enfin que, faute d’une satisfaction entière, on saisirait la principauté de Blankenbourg , aux termes de la convention. Ce coup fut d’autant plus accablant pour le prince héréditaire u'il ignorait absolument l’existence e la dette. Jamais les deux millions n’étaient entrés dans les caisses de l'État ; le duc les avait reçus sous la déclaration de pierres à fusil , et avait puisé dans ce dépôt jusqu’à ce qu’il ne s'y trouvât plus rien. D un autre côté, la régence de Hanovre avait attendu , pour parler de ce prêt, que le prince fût entièrement au dépourvu. Dans cet embarras , Charles-Guillaume-Ferdinand s’adressa au roi d’Angleterre luimême , et la régence eut ordre d’accepter des délais.
Le duc Charles, auquel son caractère humain et bienveillant a presque valu auprès des Brunswickois le pardon de ses fautes, mourut en 1780.
Parmi ses enfants , nous remarquerons, outre son successeur, le prince Frédéric , devenu prince d’OEIs , en 1792, par son mariage avec; Frédérique de Wurtemberg-OEls , et mort sans héritiers en 1805; puis le prince Léopold, auteur d’un acte de dévouement célébré à l’envi par la poésie et la peinture : ce fut lui qui périt dans l’Oder, à Francfort, le 27 avril 1785, en voulant porter secours à plusieurs personnes que le débordement du fleuve avait mises, dans le plus grand danger.
ClIARI.ES-GUILIJkUME-KâRDIffAÎÏD.
Ce prince, comme on le sait, joua un rôle important au milieu des ennemis de notre révolution , et appela ainsi sur lui les regards de l’Europe entière; mais avant d’exercer au de-
hors son activité, il réussit à tirer son pays de l'abîme des dettes, en suivant avec fermeté et sagesse ses anciens plans de finance. Depuis 1787 jusqu’en 1790 il eut pour ministre le baron de Hardenberg, devenu célèbre, par la suite , au service de la Prusse (*).
' Charles-Guillaume prit, en 1787, le commandement de l’armée prussienne ui rétablit le stathouderat en Hollane. Dans l’espace de quelques semaines , la pusillanimité et la désunion des ennemis qu’il avait à combattre avaient assuré son succès.
En conduisant les mêmes troupes contre les Français, le duc espérait le même résultat ( 1793) ; son manifeste a acquis une triste célébrité qui nous dispense d’en parler ici ; toutefois , après deux malheureuses campagnes, il offrit sa démission, et fut remplacé par le général Mœllendorf.
» Les champs de bataille d’Hastenbeck, de Hoya, de Crefeld et d’Emsdorf, dit un historien étranger (**) , rappellent les plus glorieux jours (je sa jeunesse. Mais son expédition contre la révolution française lui attira, à cause de l’indigne “déclaration de guerre que sa main avait signée (***),
(*) Charles-Auguste, prince de Hardcuberg, né à Hanovre en 1750, fut appelé à Berlin, en I7i|5, à l'avènement de Frédéric Guillaume lit, succéda au ministre Haugwilz, et fut toujours le représentant du système antifrancais ; sa haute influence dans le cabinet prussien date surtout de 1810. Il a attache son nom à la plupart de ces mémorables travaux de réforme et d’organisation qui ont consolidé la puissance de la Prusse. Le prince de Hardenberg, après avoir assisté au congrès de Vérone , est mort à- Gênes, en 182?.
(**) Voyez Manso , Histoire de la monw chie prussienne depuis 17O3 jusqu'à i8t5, t. II , p. a3o.
(***) Le comte de Schulenbnttrg était, à cette époque , ministre des affaires étrangères de Prusse à Paris. Il chargea, à ce qu’on prétend , nn conseiller de légation , nommé Reuffner, de rédiger le fameux manifeste. Celui-ci , dont la femme avait perdu uu procès à Strasbourg, sa ville natale, mit
L’UNIVERS
de durs reproches et une longue haine. Il ne contribua pas moins que les autres au peu de succès de l'invasion ; et si , vieillard de soixantedix ans, il se mit encore à la tête d'une armée en 1806, s'il ne montra plus ces talents guerriers éveillés en lui par les leçons de Frédéric le Grand , il faut l'attrihuer à la faiblesse de cet âge, qui ne peut jamais croire qu'il soit en arrière du temps. ■>
Si la vieillesse avait usé pour les combats des forces dont le duc présumait trop, elle ne l'empêcha pas, lorsqu'il eut été rendu à son pays, d’exécuter encore des travaux étendus et d’assurer par de sages règlements la prospérité de ses sujets. Nous devons citer particulièrement un édit publié le 1" mai 1794 , qui a valu à sa mémoire une reconnaissance et une vénération méritées. Par un acte passé avec le consentement de ses fils et l'accord des états, puis érigé en loi fondamentale du duché, Charles- Guillaume- Ferdinand se lia les mains a lui et à ses successeurs ( ce sont les termes de l’acte ) , pour mettre les princes dans l'impossibilité de faire des dettes sans motif reconnu juste et légitime, par le ministère ducal et par le comité des états. Tout emprunt contracté hors des conditions posées par la loi (*) , devait
en commun ses ressentiments personnels avec la Laine que Scbulenbourg avait vouée à la liancc, et trouva très-éloquent de menacer Paris du sort de Jérusalem. D’après la même version , Brunswick signa simplement le manifeste, sur l'invitation du cabinet prussien, et se lit, tout calme et tout homme de bonne société qu’il était, la réputation d'un furieux et d’un matamore. P. L. Voyez aussi Allemagne, t. II , p. 33$.
(*) « Il existera, dit l’acte , des motifs va- •• tables pour autoriser un emprunt , quand « une occasion se présentera d’acquérir quel- - que domaine, rente ou droit utile, quand il « s’agira d'améliorer les domaiues, de rern- -• bourser une dot employée pour le bien du •• pays , de racheter quelque prétention for- « mee à sa charge, ainsi qu’eu cas de guerre ■ ou de disette , ou pour la reconstruction
être déclaré nul et non obligatoire. Le duc renonçait à la faculté d’aliéner, et même d’hÿpothéquer ses biens allodiaux, autrement que pour en consacrer le produit à l’avantage du pays. Toute anticipation de revenus était déclarée nulle. Enfin, le prince ne pourrait désormais exiger que ses sujets lui prêtassent hommage qu’après avoir, par des reversales signées de sa main, promis l’exécution de cette loi fondamentale.
Au commencement de 1806, le duc fit, par ordre du roi de Prusse, et dans la prévision de ia guerre qui devait éclater, un voyage a St-Pétersbourg. Après son retour, il prit le commandement eu chef de. l'armec prussienne. Mais il ne lui était plus donné de soutenir un si lourd fardeau.
Ilassistaàlabatailled’Auerstadt (1806), et y fut grièvement blessé ; transporté à Brunswick, il aurait pu ,avec du repos et des soins, espérer sa guérison; mais, dès le 25 octobre, il se vit obligé de quitter sou château pour ne pas tomber au pouvoir d'un crmemi justement implacable (*). Il expira près d’Altona, le 10 novembre, emportant les regrets de son peuple. Ce prince avait épousé, après la guerre de Sept ans, la princesse Auguste de Galles.
Le lendemain du jour où le duc sortit de sa résidence, elle cessa d’appartenir aux descendants des Guelfes :
elle fut occupée, comme le reste du pays, par les Français, et devint une des villes principales du royaume de Westphalie.
- d’un palais ducal détruit par incendie. A près « l’observation de toutes les formalités prw- « eriles pour constater la nécessité ou l'utilité
• d’un emprunt, les obligations seront con- « Ire-signées , sous leur responsabilité , par « tous les conseillers intimes et chefs de de
• parlements. •
(*) L’ordre du jour de Napoléon s’exprimait ainsi : « La maison de Brunswick a cessé de régner. Que le général Brunswick «s’en aille chercher une autre patrie au delà « des mers. Partout où mes troupes le trou- « veront , elles le feront prisonnier. •
ETATS DE LA MAISON DE BRUNSWICK
FftÉDÉlIlC-atntXADMI d'oeu.
Le prince héréditaire , Charles-George , était mort sans postérité , deux mois avant l’ouverture de la dernière campagne contre la France et la fin malheureuse de son père. Deux de ses frères étaient faibles de complexion et incapables de régner. Le plus jeune, Frédéric-Guillaume , du vivant même de son père, avait été destiné à lui succéder. Comme tous les membres de sa famille, il s’était voué au service de la Prusse. Après les désastres qui lui enlevèrent son héritage, il séjourna quelque temps en Suède, en Angleterre, et enfin en Autriche.
Quand la guerre s’alluma, en 1809, entre la France et cette dernière puissance, il était à Vienne. Affilié à ces associations secrètes qui étendaient leurs trames depuis Kœnigsberg jusqu'aux bords du Rhin (*), jusqu’en lia- (*) » En 1808 , plusieurs hommes de lettres de Kœnigsberg, affligés des maux de la patrie, s’en prirent à la corruption générale des mœurs ; elle avait , selon ces philosophes, étouffé le vérilable patriotisme daus les citoyens, la discipline dans l’armée, le courage dans le peuple. Les hommes de bien devaient donc se réunir pour regénérer la nation par l’exemple de tous les sacrifices. En conséquence , iis formèrent une soriétc qui prit le nom d 'Union morale et scientifique. Le gouvernement l’approuva en lui interdisant toutefois la politique. Cette résolution , toute noble qu’elle était , se serait peut-être perdue, comme tant d'autres, dans le vague de la métaphysique allemande , niais le prince Guillaume, retiré daus sa principauté d’Oels, en Silésie, aperçut du sein de ce refuge , les premiers progrès de l’Union morale dans la nation prussienne. 11 s’y affilia, et, le cœur tout rempli de haine et de vengeance , il conçut l’idée d’une autre ligue ; elle devait se composer d’hommes détermiucs à renverser la confédération du Rhin, et à chasser les Français du sol de la Germanie. Cette union , dont le but était plus réel , plus positif que celui de la première, l’attira tout eutière dans son sein, et de ces deux sociétés se forma la vaste conspiration des Amis de la vertu. » Ségur, Histoire de Napoléon en 181a, t. I, p. 18 et 19.
lie, le duc de Brunswick-Ods (car c’est sous ce nom que Frédéric-Guillaume est connu en Allemagne ) était encore en relation intime avec tous les mécontents de sa patrie : il se rendit en Bohême où il leva un corps de volontaires. Son nom , sa bravoure , sa haine contre la France , attirèrent une nombreuse jeunesse sous ses drapeaux , et bientôt il parut à la tète de 3,000 hommes. Des habits noirs trèscourts avec des revers bleus, un shako ayant pour plaque la figure d’une tête de mort au-dessus de deux os en croix , distinguaient la légion de la vengeance, des soldats de l’Autriche. Après de petites excursions en Saxe, les noirs , comme les appelait le peuple, se réunirent aux Autrichiens et occupèrent Dresde, que le roi de Saxe avait quitté; mais les opérations du maréchal Kiel-Meyer ne produisirent pas de grands résultats, et le duc fut retenu par la prudence et la lenteur autrichiennes, jusqu’à ce que "Francis I*r, vaincu a Wagram , fut forcé e recourir à un armistice comme au seul moyen de salut qui lui restât* Alors le prince, convoquant ses soldats, leur déclara « qu’il dépendait d’eux de séparer leur sort du sien; que pour lui, il allait abandonner le sol de la patrie sur lequel pesait le joug du conquérant, et se rendre dans un pays libre, en Angleterre. » Tous s’écrièrent qu’ils étaient résolus à le suivre, à partager ses dangers. Dans l’audacieuse pensée de lutter seul contre la puissance de Napoléon , au milieu de l’Europe soumise, il marcha immédiatement sur Leipzig avec 1200 fantassins, 700 cavaliers et 6 pièces de campagne, et entra ensuite a Halberstadt. Dès le 3t juillet, il était à Brunswick. Là , il déclara dans des proclamations, adressées à son peuple et que ses soldats affichèrent dans toutes les rues, nu’il prenait possession de l’héritage de ses ancêtres; mais c’était là une bravade qui ne pouvait avoir d’effet. Le jour suivant il vainquit, par des paroles patriotiques , l’abattement de sa troupe , et par ses armes les Westphaliens qui.
L’UNIVERS
sous Reubel , lui barraient le chemin vers OEIpen. II arriva à Hanovre le 8 août, passa le YV’eser à Nienbourg, détruisit le pont derrière lui , et marcha en deux colonnes sur Brème et sur Oldenbourg, menacé de toutes parts, ayant sur ses talons des troupes westphaliennes, hollandaises, danoises. Au moment où Reubel arrivait avec des forces supérieures , il gagna la mer h Klsfleth : neuf vaisseaux de guerre anglais qui l’attendaient le reçurent et le transportèrent, lui et les siens, loin du continent.
Les soldats du duc de Brunswiek- OEIs passèrent en grande partie avec lui dans la péninsule pour grossir les bataillons allemands qui combattirent sous les étendards anglais. Quand l’heure des revers fut arrivée pour les Français, le prince aborda sur un vaisseau anglais, à Hambourg, le 18 mai 1813; mais, ne trouvant aucune troupe à commander, il se rembarqua et ne reparut que pour prendre possession de son héritage, en 1814. Le roi de Prusse convoitait fort cette principauté, qui eût arrondi ses États : des offres trcs-brillantes avaient été faites à Frédéric-Guillaume, à Vienne, pour le déterminer à consentir à la cession demandée; mais il les avait constamment rejetées. Le 3 janvier 1815, le cabinet de Berlin revint à la charge, mais sans plus de succès. Dès lors, il s’éleva de graves mésintelligences entre le duc et le roi de Prusse. Mais il se préparait des événements qui devaient changer entièrement la face des affaires. Napoléon revint de l’IIe d’Elbe.
Aussitôt le duc, dont la haine contre la France ne s’éteignit qu’avec la vie, recommença ses armements et accourut, un des premiers, avec ses noirs, dans les plaines de la Belgique. A la bataille de Ligny, le 16 juin, il commandait les Rrunswickois au plus fort delà mêlée, lorsqu’il fut frappé d’une balle et emporte mourant loin du combat (*).
(*) Brunswick possède Un ' monument roulé en fer, qui a été consacré à la mémoire de KrWérie-OuiHeume et de son père.
caAftf.as-ralDâitic.
Le dernier duc avait eu de son mariage avec une princesse de Bade, deux fils, Charles et Guillaume. Après la mort de leur père, ils furent élevés, d’après les instructions de George IV, alors régent d’Angleterre, qui, cassant de son autorité privée l’acte de dernière volonté de son beau-frere (•), s’empara de la tutelle. Ce prince en délégua l’exercice au comte Munster, son ministre dirigeant pour le Hanovre, qui excita de graves plaintes dans le duché. Peut-être cet arrangement, contre lequel les puissances du continent n’élevèrent aucune réclamation, cachait-il des projets ultérieurs d’absorption au prolit du royaume.
Quoi qu’il en soit. George sacrifia au Hanovre les intérêts commerciaux du duché, et chercha à s'attacher la noblesse en octroyant au pays une constitution passablement aristocratique.
La loi fondamentale acceptée par les états le 19 janvier 1820 ne changea rien aux droits essentiels de cette assemblée; seulement elle la divisa en deux chambres parfaitement égales entre elles pour leurs prérogatives. l,a première était composée de six prélats de l’ordre équestre : la seconde de sept prélats, de dix-neuf députés des villes, 1 et de dix-neuf députés de la classe jusqu’alors non représentée des propriétaires des terres non seigneuriales.
Charles, émancipé en 1823, à l’âge de dix-neuf ans, refusa de reconnaître ces changements (**). Là n'était pas le plus
(*) Ou formait l’infâme prores intenté à la reine Caroline , tante des deux princes.
(**) Charles se plaignit , dès les premiers moments de son règne , d’avoir été reloua en tutelle dix-neuf ans au lieu de dix-huit; et ce fut pour ce motif qu’il refusa de reconnaître les derniers actes de son tuteur.
Il s'ensuivit, entre lui et George IV, une guerre meurtrière de brochures. Les journaux anglais insinuèrent qu'il était à re- . gretter qu’on n'edl pas mêiliatuc, c’està-dire soumis à une puissance voitine le duché de Brunswick. Le duc cependant sc vengeait sur son peuple da ces
Die
ÉTATS DE LA MAISON DE BRUNSWICK
grand mal. Mais, en toutes choses, il suivit une route opposée à célte que lui avaient tracée ses ancêtres. L’amour du peuple, l’estime des contemporains, le jugement de la postérité étaient pour lui de vains mots. L'irritation génélale, qu’il aurait pu calmer, en satisfaisant le besoin de progrès et de liberté dont ses sujets étaient tourmentés, fermentait depuis longtemps; la révolution française de 1830 en détermina l'explosion. Le G septembre , lorsque le duc sortait du théâtre , le peuple ameuté le poursuivit jusqu'au palais. Charles-Frédéric effraye lit demander par t’oflieier commandant ce que voulait la foule ameutée. C'était, répondit-on, que les pièces de canon braquées sur la ville fussent enlevées; que les états institués sous la tutelle du roi d’Angleterre fussent reconnus; que le duc restât dans son pavs au lieu de courir le monde pour échapper aux sentences de la diète. Sur l’assurance donnéequele prince acquiescerait à ces demandes, la multitude se dispersa. I.elendemain , le prince refusa une audience aux députés de la bourgeoisie, et se prépara à réprimer la sédition. Maigre un appareil de défense formidable, des troupes nombreuses et seize pièces de canon placées devant le château, l’attaque commença le jour même. Les troupes , refoulees dans le parc, y furent cernées, et, le soir, le palais fut livré aux flammes. Le duc avait eu à peine le temps de s’échapper pour Sauver sa vie. Les meubles précieux, jetés par les fenêtres, furent
déplaisirs. F.a 1839, les étals, qui s’élaient réunis au mois de mai de leur propre autorité , réclamèrent auprès de la diète contre l'inobservation de la constitution par le prince. L'aristocratie avait poussé les bourgeois à cette mesure. La diete donna tort à Charles. Mais celui-ci opposa à ses décisions une force d’inertie qui les rendit vaines. Seulement , dans les premiers mois de i83o, il partit pour Paris avec scs trésors. L'entrée des Tuileries lui fut interdite; et bientôt la révolution de juillet le fit fuir à Bruxelles , d’où il revint au bout de quelques semaines dans ses États, pour s'en faire chasser presque aussitôt.
brilles sur là pince publique. Cette scène de destruction et de pillage dura quarante-lmit heures sans qu'on fit le moindre effort pour l'arrêter. L’ordre fut dit reste bientôt rétabli, et nul autre que le prince n’eut à redouter pour sa personne ou sa propriété. Les états s’assemblèrent; une commission provisoire de régence fut nommée, et l’on appela le frere cadet du duc fl lui succéder (*).
(lUlLLAUMl.
Le nouveau souverain fut confirmé dans l’exercice provisoire du pouvoir par la diète germanique, le 2 décembre 1830, et les princes alliés de la maison de Brunswick prirent le soin d’arranger définitivement des affaires qu'euxmémes n’avaient pas peu contribué à embrouiller. Leroi de Hanovre déclara le gouvernement du duché vacant, et le conféra au duc Guillaume, en fixant le 25 avril 1831 pour la prestation du serment de fidélité.
Les habitants, qui d'abord s'estimaient heureux de ces changements, ne tardèrent pas à reconnaître que l’aristocratie s'était liguée avec eux, et avait encouragé leurs vengeances pour son profit presque exclusif. Ils en furent à se demander, comme bien d'autres, ce qu’ils avaient gagné à leur révolution. Le successeur lie Charles leur fit payer chèrement la reconstruction du palais ducal, la réparation de ces ruines qui, seules, avec quelques intrigues du prince déchu, leur rappelaient les événements de 1830.
Le 27 août 1832, les états, qui étaient prorogés depuis dix mois , se
(') Depuis lors, le prince Charles, après une tentative infructueuse pour rentrer eu possession de ses États (14 novembre — 1" décembre i83o), déclaré par la diète incapable île régner, erre dans les pays étrangers, où le suit le mépris qu'il a mérité. Nous l'avons vu chassé de France pour avoir abusé de l'hospitalité qu’on lui avait accordée. Il est maintenant en Angleterre. — Guillaume est né en 1 806. Il est plus jeune de deux ans que sou frère.
CO
L’UNIVERS
réunirent de nouveau pour délibérer sur un projet de révision de la constitution. Cette session se prolongea deux mois sans accidents remarquables.
Dans la première assemblée qui, formant une chambre unique, se réunit à la suite des nouvelles élections (1831), on comptait dix députés de l’ordre equestre. douze de l'ordre des villes, vingt de l’ordre des bourgs et des campagnes, six prélats et dix représentants choisis dans les classes les plus instruites du duché, et parmi lesquels il se trouvait neuf fonctionnaires publics.
On put juger des opinions politiques de ces députés par la decision prise sur la question de la publicité de leurs séances, qui fut rejetée à une forte majorité.
Le fait le plus saillant de la session de 1835 fut l’adoption du traité de douanes, conclu, après de longues négociations , avec le royaume de Hanovre , traité que le duché vient de rompre pouradhererà l’association prussienne, a partir du J" janvier 1842.
En 1836, les deux états rallièrent à leur ligne commerciale le duciié d'Oldenbourg, en conséquence d’un traité mis en vigueur le 1er août. Dès lors, les lignes intérieures de taxes et de douanes furent suspendues dans les trois pays, où il y eut concurrence libre sur presque toutes les espèces de produits (*). La levée des impôts dut même s’y faire d’après des monnaies, des mesures et des poids uniformes.
Ces conventions étaient d’ailleurs modelées sur celles du grand Zollcerein :
il y avait administration et distribution en commun des revenus d’après la population.
Cette même année fut marquée par un incident qui semblait prouver que la déchéance du duc Charles n’était pas
(*) Le «el , le» cartes à jouer et la bicre étaient seuls exceptés.
une affaire définitivement réglée , comme on pouvait le croire.
Le prince Guillaume ayant résolu de se marier, avait choisi une épouse dans une maison royale du midi de l’Allemagne, qui avant de consentir à cette union voulut consulter l'Autriche. La cour de Vienne répondit nue la souveraineté n’était que suspendue dans la personne du duc Charles, et que s'il avait des enfants d’une alliance princière, ce serait à eux et non à ceux du duc régnant que reviendrait le duché.
Toutefois, les agnats de la maison de Brunswick ne partagèrent point cette manière de voir. Par une note semi-officielle, ils déclarèrent que les enfants de Guillaume lui succéderaient. Cette prérogative devint encore l’objet d’une disposition importante insérée dans une loi que lit à Brighton, le 19 novembre 1836, Guillaume, roi d’Angleterre et de Hanovre, chef de la maison de Brunswick. Cette loi, qui réglait l’ordre de succession aux couronnes de Hanovre et de Brunswick, ainsi que les rapports de la famille royale, porte dans son chapitre IV :
« Art. 2. La couronne de Hanovre se transmet héréditairement dans la maison de Brunswick-Lunebourg, et d’aliord dans la ligne masculine de la famille royale actuelle. Si cette ligne s’éteint, la couronne passera, à l'exclusion des femmes, a la ligne masculine de la maison ducale de Brunswick- Wolfenbuttel, et notamment au duc régnant de Rrunswick, et la réunion ainsi opérée des domaines de la maison ne pourra être brisee.
» Art. 3. De même, dans le cas de préextinction de la ligne masculine de la famille ducale de Brunswick- Wolfenbuttel, la couronne ducale passera à la ligne royale masculine. Les domaines ainsi réunis ne pourront plus être séparés, etc. •
ÉTATS DE LA MAISON DE BRUNSWICK.' fil
U. ROTAÜME DE HANOVRE.
OÉOCRArHIS, STATISTIQUE, ETC.
Le royaume de Hanovre a une superficie île 695 milles carrés , et comprend deux parties principales séparées entre elles par une bande étroite du duché de Brunswick. La partie la plus septentrionale et la plus considérable est bornée au nord par la mer d’Allemagne et par l’Elbe , qui la sépare des provinces allemandes du Danemark, de la ville de Hambourg, du Mecklenbourg et du Brandebourg ; à l’est par la Saxe prussienne et le duché de Brunswick; au sud par ce même duché et par les principautés de Waldeck , Lippe- Detmold et Lippe-Scliauenbourg, la Hesse électorale et la province prussienne de Westphalie; et enfin à l'ouest parla Hollande. Dans le nord-ouest de cette division se trouve enclavé le grandduché d'Oldenbourg. Impartie méridionale du royaume confine au nord au duché de Brunswick; à l'est au môme pays et à la Saxe prussienne; au sud à cette dernière et a la Hesse électorale; et a l’ouest au môme électorat et à la province de Westphalie, dont elle est séparée par le Weser. Outre ces parties principales , le Hanovre possède quelques petites enclaves, parmi lesquelles le comté de Hohenstein, entre les possessions de Waldeck et la province de Westphalie.
Depuis les bords de la mer jusqu’à Gœttingen , le terrain monte graduellement à mesure qu’on approche des montagnes du Harz. Dans les parties qui avoisinent la mer, ou que baignent le bas Elbe et le bas Weser, il est formé surtout par les alluvions de ces deux fleuves ; aussi est-il souvent exposé à des inondations, dont on ne peut neutraliser les funestes effets que par des digues d'un entretien très-coûteux. Toute cette région septentrionale du royaume paraît avoir été couverte plus longtemps qu’aucun autre point ae l’Allemagne par les eaux de la mer, qui la menacent souvent de leurs envahissements. Depuis Brême jusqu’à Harbourg, depuis Harbourg jusqu’à Celle, on ne rencontre que des plaines
arides , sablonneuses , couvertes de bruyères parsemées de bouquets de
fiins et entrecoupées de marais. Entre 'Elbe et le Weser sont situées les steppes de Lunebourg et de Werden, qui occupent lOmyriam. de longueur sur 96 de largeur de l’est à l'ouest. Sur la rive droite de l’Ems, ce sont les landes de Meppen, tristes déserts qui ne présentent aucune trace de culture ; seulement, dans le voisinage des ruisseaux et des rivières, on trouve d’excellentes prairies fertilisées par le limon que charrient les eaux : c’est ce qu'on appelle les MarsclUænder ( pays coupés d'eaux ).
A partir d’Osnabruck, d’Hildesheim et de Hanovre, on aperçoit des hauteurs qui se rattachent au Harz; la plus grande partie de cette chaîne si riche en métaux, en forêts et en curiosités naturelles(*) , appartient au Hanovre. L’une de ses branches , en se dirigeant vers le sud, forme la ligne de démarcation qui sépare le bassin du Weser de celui de l’Elbe. Vers la source de la Leine elle rencontre le Dungebirge , prolongement du Thuringerwald.De la elle projette au nordouest un rameau qui , sous le nom de Wesergebirge et de Solling, s’étend entre la Leine et le Weser. IVautres branches rayonnent encore vers le nord , le nord -est et l’est.
On estime à 15 ou 20,000 le nombre des ouvriers attachés à l’exploitation des mines. Ils forment une population particulière, originaire de Éranconie, et dont la première migration vint s’établir dans le pays au temps de Charlemagne.
Tous les grands fleuves du Hanovre se déchargent dans la mer du Nord.
.L’Elbe s’y jette près de Cuxhaven , après avoir reçu les eaux de l’OIira, de l leetse, de’ITImenau et de l’Oste ; et le Weser non loin de Brême, après s’être grossi de l’Aller, de la Leine, de la Wuinma, etc.; enfin, l'Ems a son embouchure non loin d’Embdrn, et reçoit la Hase, la Leda et la Hecht.
(*) Voyez Malte-Brun, t. V, p. a? et «liv. , et At.T.EWAOit» , L I , p. 4.
L’UNIVERS
Parmi les lacs . nous citerons le Dummersee et le Steinhudermeer, sur la limite de la principauté de Schauenhourg-Lippe; et dans l’Ost-Frise, le vaste lac souterrain de Jordan.
Le climat est généralement tempéré; mais dans les contrées basses et marécageuses, il est d’une humidité oui a de pernicieux effets ; et dans la plus grande partie du pays, la température est soumise à de brusques variations.
Aussi , certaines maladies sont-elles assez fréquentes parmi les habitants.
La population du royaume s’élève aujourd’hui à 1,700,000 âmes, réparties dans près de soixante-dix villes , une centaine de bourgs ot cinq mille villages et hameaux. Elle est issue en grande partie de la race cimbrosaxonne, et compte parmi ses ancêtres : les rinili , qui, sortis de la Scandinavie, reçurent ensuite le nom de Longobardi , et qui. avant d’aller chercher au loin les richesses et la gloire, occupèrent les deux, rives de l’Elbe; les Angli, établis plus au nord, à la gauche de ce fleuve; les Chaud , près de son embouchure; les Çhemi, qui se tenaient près du bas Weser; les Fud ou Fou , du territoire d'Hildesheim ; les Uructeri , des bords de l’Ems; enfin , les CJiamavi et les Chcrwtci, qui habitaient près des forêts du Harz, et qui plus tard se mêlèrent aux Francs. Lors de la grande invasion des peuples slaves, plusieurs tribus vendes se fixèrent dans les contrées de Lunebourg. Ces dernières populations se sont tout à fait germanisées, tandis que les habitants du nordouest de l’Ost-Frisc, et surtout des îles de la mer d’Allemagne, ont conservé tous les traits distinctifs de leurs ancêtres, de même que les mineurs franconiens du Harz.
« En général , les Hanovriens ou bas Saxons, dit Malte-Brun, ont, plus que les habitants de la haute Saxe, conservé cette franchise, cette simplicité, cette hospitalité, en un mot toutes ces antiques vertus qui composaient le caractère des anciens Germains. C’est surtout parmi les habitants des landes que risolement
et la pauvreté ont empêché la corruption de s’introduire; mais dans les cantons maritimes, appelés Marscli- Land, à la simplicité et à la rusticité s’allie un luxe très-grand , une recherche du confortable, suite naturelle de la liberté et de la richesse de ces paysans navigateurs , et de leurs relations avec les Anglais et les Hambourgeois; ce qui ne les empêche pas toutefois de se montrer aussi entreprenants , aussi industrieux que leurs anrêtres, dont ils conservent religieusement le costume. Dans les villes et surtout dans la capitale, on remarque, sous plusieurs rapports, l’imitation des mieurs et des manières anglaises. La noblesse est fort attachée à ses préjugés de naissance. Les mêmes hommes s’appuient sur les principes de Ig philosophie moderne pour s’opposer à l’agrandissement du pouvoir exérutif, et sur les principes de la féodalité pour maintenir entre eux et la bourgeoisie une distance respectueuse (*). »'
La religion dominante du pays est celle de Luther, qui compte près de 1,348,000 sectateurs. Le culte réformé est professé par 105,000 individus; le catholicisme par 210,000. Le reste de la population se compose d’Israélites, de Memnonites et de frères Moraves.
Tous les établissements d’iustruction publique sont florissants, grâce à la sollicitude constante du gouvernement.
Les principales ressources du Hanovre consistent, non plus comme autrefois, dans le produit de ses mines, dont on poussait l’exploitation jusqu’à les épuiser, mais dans l’agriculture et l’éducation des bestiaux et des chevaux. Cependant, la culture de la terre v fait bien moins de progrès que dans les contrées voisines, parce que le ouvernement, loin d’encourager les abitants à d'utiles conquêtes sur leurs terres marécageuses et leurs landes désertes, semble s'occuper exclusivement des débats continuels relatifs à la constitution.
Le Hanovre n’est pas riche en ra*- (*) Malte-Brun , t. V, p. ao et *i.
ÉTATS DE LA MAISON DE BRUNSWICK
nufeclures : aussi l’on n’y trouve pas de grands centres de population , et l’on compte à peine deux cités commerçantes : l'une, Emden, située aux extrémités du royaume; la seconde, Munden, au confluent de la Werra et de la Fulda. Quant aux autres villes, elles sont entièrement soumises à l’influence commerciale de Brème, de Hambourg et de Brunswick. C'est là que le Hanovrien apporte ordinairement les produits surabondants de son industrie et de son sol , pour les échanger contre les marchandises dont il a besoin.
Le Hanovre occupe la cinquième place dans la confédération germanique. Réuni à la couronne d'Angleterre pendant plus d’un siècle , il en a été séparé après la mort de Guillaume IV. Nous parlerons de la constitution du royaume à la fin de notre précis historique; quant aux finances, les derniers budgets portent à peu près les dépenses à 6,103,000 thalers , la dette publique à 19,473,000, et les revenus à 5,258,000.
L’armée se compose, en temps de paix, d’environ 23,000 hommes , sans compter une landwehr de 18,000. Le contingent fédéral s’élève à 13,054 hommes et fait partie du dixième corps.
TOPOOHArHIE.
Le Hanovre comprend six préfectures ou gouvernements (Land-drostcyen), et la capitainerie des mines de CJausthal, qui n’étend sa juridiction que sur le Harz supérieur.
Dans l’ancienne province d’Ost- Frise, formant le gouvernement d’.4nrich, on trouve, outre le chef-lieu qui a donné son nom à la préfecture, et qui ne compte que 3,000 habitants : la ville A’Embden ou Emden , favorablement située sur les bords de la nier, et à la droite de l’Erns, à l'endroit où le fleuve se jette dans le golfe de Dollart. De son vaste chantier de construction sortent de nombreux navires qui vont pêcher la baleine sur les eôtes du Groenland. Elle expédie aussi beaucoup de barques pour la pêche du
hareng. Son port reçoit annuellement 350 à 400 bâtiments hollandais, danois, oldenbourgeois, et surtout hanovriens ; elle renferme une population de 12,000 habitants.
Depuis l'embouchure de l’Elbe jusqu’à celle de l’Ems, le riyage de la mer du Nord est bordé d’un assez grand nombre d’îles, dépendant du Hanovre. Leurs noms sont ; Spicker - Ooge, Langer-Ooge, Baltzum , Norderney , luUt et liorkum. Ce sont des dunes que les hautes marées inondent parfois, mais qu’un espace très-peu
firofond sépare du continent. Malgré eur stérilité, elles sont toutes peulées. Leurs habitants y élèvent des estiaux et vivent principalement de la pèche et de la chasse.
Si vous entrez dans le fleuve de l’Elbe, vous découvrirez , à six lieues de son embouchure, la ville de Stade , chef-lieu du gouvernement de ce nom, formé des duchés de Brême et de Verden , et du pays <le Hadeln. Située au milieu des bruyères , elle compte 6,000 habitants. / erden n’a gucre plus de la moitié de ce nombre.
Plus loin, en face de Hambourg et d’Altona, vous apercevrez la petite ville de Harbourg, place forte avec un vaste château. Elle est cgmprise dans la préfecture qui doit son nom à l’antique ville de Lunebourg , 6ituée sur l'ilmenau. Ce chef lieu , peuplé de 12,000 habitants, est assez important
fiar son commerce. Il s’y vend annuelement plus de 70,000 chevaux, et le produit de ses salines monte chaque année à 100,000 quintaux. Ses principaux édilices sont : le inonastere de St-Michel , qui renferme les tombeaux de plusieurs ducs de Lunebourg ; l'ancien château et l’hôtel de ville. Albert Crantz,dans sa chronique, rapporte que le château de Lunebourg existait en 1060. La ville fut bâtie en 1188, par Henri le Lion; elle dut dès lors p ses salines une prospérité toujours croissante.
Après avoir parcouru de vastes landes, un rencontre, au confluent de la Fuse et de l’Aller, Celte ou Zell , autrefois ville libre et résidence d'une
L'UNIVERS
branche des descendants des Guelfes.
Enrichie par un commerce de transit considérable, elle est peuplée aujourd’hui de 10,000 habitants.
La même prélecture offre encore plusieurs localités dont les noms se rencontrent fréquemment dans l’histoire de la famille de Brunswick j telles sont les petites villes de Dannenberg (1,500 hab.), Hitzacker (800), Luchow (2,000), Uelzen (2,600).
Dans la préfecture de Hanovre , formée de l’ancienne principauté de Calenberg et des comtés de Hova et de Diepholtz, on trouve, au milieu d’une plaine bien cultivée, Hanovre , capitale du royaume, située au confluent de la Leine et de l’Ihine. Extérieurement, cette ville offre un aspect assez pittoresque, et quoique, dans sa partie ancienne, qui jouit du droit et du titre de cité depuis l’an 1178, on ne voie que des rues étroites et tortueuses , elle possède aussi des quartiers bien bâtis, de beaux édifices et des monuments dignes de l’attention du voyageur. Ainsi l’esplanade est décorée d’un buste de Leibnitz , placé sous une coupole de forme antique; et l’église de St-Jean se glorifie de posséder les restes de cet homme illustre qui vécut longtemps à Hanovre, et y mourut en 1716. La population est évaluée à 28,000 individus. N’oublions pas de rappeler que Hanovre, qui possédé de nombreux établissements scientifiques et littéraires, est la patrie de W.
Herschell , d’Iffland , des deux Schlegel, etc.
Hameln ( 5,000 hab. ) est , après la capitale ? la ville la plus peuplée de cette préfecture ; elle a été démantelée par les Français en 1807.
A mesure qu’on avance vers Gœttingen, dans le gouvernement d’Hildesheim , le terrain devient plus accidenté. Des collines assez élevées, couronnées de vieilles ruines , annoncent l’approche du Harz. En remontant la Leine, on arrive à Eimbeck , ville de 4 à 5,000 habitants, autrefois capitale des princes de Grubenhagen , dont elle possède les mausolés et dont U château en ruine se voit encore
dans les environs. Puis, sur les bords de la même rivière et dans une fertile vallée, on aperçoit l’antique cité de Gœttingen , qui doit à sa célèbre, université, à sa magnifique bibliothèque et à ses nombreux établissements littéraires et scientifiques, d’être regardée comme un des principaux foyers de lumières du inonde civilisé : elle renferme 1 1 ,000 habit.
La ville de Munden ou Minden, au confluent de la Werra et de la Fulda, qui prennent, à partir de ce point, le nom de Weser, est la seconde du royaume par son commerce.
Elle contient 5,000 habitants, comme Duderstadt qui , située à cinq lieues de Gcettingen , fait aussi un commerce considérable. Au nord de Duderstadt, au milieu des montagnes du Harz , est O s ter ode , entrepôt des fers dont les mines s’exploitent dans ses environs.
Le même gouvernement renferme aussi Goslar, sur les bords de la Gose, jadis ville libre et souvent choisie par les empereurs pour y tenir leur cour ou y assembler la diète : ses murs élevés, ses maisons sombres et gothiques portent un vénérable cachet d’ancienneté. On prétend qu’elle eut pour fondateur Henri l’Oiseleur, et que c’est dans ses murs que « en un trop malheureux an , ung Irez méchant et subtil Alleman, moine ou lay, par art diabolique en son esprit inventa la praticque d’entremesler les salpesfres et soulphres avec vin aigre et en faire les pouidres, pour ruyner, par son artillerie par lui forgiée, en fureur et brairie, mainte cité, maint chasteau et muraille qui resistoyent aux assaults de batailles (*). »' Goslar renferme environ 6,000 habitants.
Des brasseries considérables forment une branche importante de leur industrie. A peu de distance de la ville, s'élève le mont Ramelsberg, dont la mine de cuivre passe pour la plus ancienne de l’Europe.
Au bord de la Fuse, dans une plaine marécageuse, nous remarquerons en-
(*) Miroir d’éternité, mj., par Robert le Rocqtiex.
ÉTATS DE LA MAISON DE BRUNSWICK. 6.'
rare la petite ville de Peina, avec une champ de la victoire; le Rodenbach, enceinte de murailles et un château ou ruisseau de sang; le Knochenbach, f°rt- ou ruisseau des os; le FeCdrom , ou
Au pied des pentes septentrionales champ des Romains; le Farenholz, ou du Harz et sur les bords de l’Innerste, bois de Varus; I ’Herminsberg , ou est bâtie Hildesheim , cité déjà assez mont d’Hermann, importante lorsque Charlemagne pé- Non loin de la ville d’Osnahruck , nétra dans ces contrées; elle est qui existait* déjà du temps de Charlegrande, mais mal bâtie, et renferme magne, les Saxons livrèrent aux 13,000 habitants. Ses vingt églises, Francs des combats sanglants , dont dont douze appartiennent encore au ces plaines conservent encore de nomculte catholique , rappellent la splen- bretises traces. Près du village de deur dont elle a joui sous le gouver- Rulle , on montre les ruines d’un chflnement de ses évéques. Le plus remar- teau de Wittekind, appelé IVieksquable de ses édifices est la cathédrale, bourg. Le duc saxon, suivant la tradans laquelle on voit, dit-on, encore la dition , reçut l’eau du baptême dans la colonne, objet delà vénération des bourgade de lie U un , ou repose son anciens Saxons, et qui portait la figure épouse Gewa. Enfin, c’est, dit-on, d’Hermann , l’Hermansul ou l’Irmen- sur l’emplacement même où Hersul (*). Lorsque Charlemagne, en manu sacrifia à ses dieux les prison- 772, s’empara de la forteresse d’Eh- niers romains , que fut bâtie Osnaresbourg, les prêtres d’Irmensul fu- bruck. La salle de conférences de l’hôrent immolés sur les débris de leur tel de ville , où se conclut, en 1048, le > idole renversée, et la colonne fut en- traité de Westphalie, conserve les porterrée près du Weser; mais Louis le traits des ambassadeurs qui l’ont si- Débonnaire la fit transporter dans l’é- gné. La ville a 12,000 habitants et sert glise d’Hildesheiin , où elle soutint d’a- de résidence à un évêque catholique, bord un chandelier à plusieurs bran- Avant de sortir de cette préfecture, ches. Aujourd’hui, comme pour rap- nous mentionnerons encore la petite peler sa destination première, elle ville de Papenbourg ( 3,600 habit.), sert de piédestal à une statue de la située près de l’Ems et remarquable
Vierge. par le grand nombre de navires mar-
Le gouvernement d’Hildesheim a été> chands qui se construisent sur ses formé delà principauté de ce nom, de chantiers.
celles de Goettingen et de Grubenha- Gravissons maintenant les montagen, et du comté de Hohenstcin. gnes boisées du Harz. Là règne une
L’ancienne principauté d’Osna- activité infatigable : à chaque pas ce bruck, les comtés de Lingen et de Bent- sont des forges, des usines et de peheim, et les cercles de Moppen et tites cités, où les métaux tirés du sein d’Emsbuhren, constituent aujourd’hui de la terre se transforment de mille la préfecture d’Osnabruck, si fertile manières. La ville la plus importante en classiques souvenirs. Sur ses con- de ces contrées montagneuses , dont fins est le mont Teutaberg, nommé une partie est comprise dans la préanjourd’hui Osning, et qui a vu les fecture d’Hildesheini , est Clausthal, légions de Varus tomber sous les coups peuplée de 8,000 habitants , et bâtie à des hordes de Hermann (**). Dans les 568 mètres au-dessus du niveau de la environs , l’habitant vous nomme une mer. Elle est le siège d’une adminisfoule de localités qui rappellent cette tration supérieure des mines, et posglorieuse tradition : le fVintfeld , ou sède un hôtel des monnaies et une école
des mines et forêts (*).
C) Voyez I’Ai.i.*»«aohk, 1. 1, p. a3.
(**) Voyez I’Allemagiu , tom. I , p. 19, (*) Ouvrages à consulter : Sonne, Des-
ao, ar. cription du royaume de. Hanovre, Munich,
5* Livraison. (États de Brunswick.) 5
L’UNIVERS
HISTOIRE A II Cl IBS! DD RAWOÏBE JCSQd'a l.’lXTIRCT lOS DR I.’aSCIAKHI MAISUH DR RRDRSWICR-DCHABODRG 011 l 368.
Pour toute la période qui précède le milieu du treizième siècle, nous ne tracerons pas une histoire distincte du Hanovre. En effet, elle se confond d’abord avec celle de la Saxe, puis avec celle du duché de Brunswick (*). Les destinées du pays réuni sous la main d'Otlon l'Enfant , petitfils de Henri le Lion, ne commencèrent à se scinder que lorsque les deux fils de ce prince , Albert le Grand et Jean , partagèrent leur héritage, en 1267, et formèrent deux duchés, celui de Brunswirk-I.unebourg et celui de Brunswirk-Wolfenbuttel.
Jean, qui était le cadet, eut 1. unebourg et Zell. Gœttinren , Calenberg et une foule de possessions , aujourd’hui comprises dans le territoire de la maison dont il fut le premier auteur, échurent à Albert , le fondateur de la ligne de Brunswick-Wolfenbuttel. Jean était un prince débonnaire et faible, sous lequel la noblesse s’arrogea des droits importants. Son fils Otlon le Sévère, qui lui succéda en 1 277, reprima ces empiétements et fit d’assez belles acquisitions. Il régna jusqu’en 1330, et avec son fils Guillaume,, mort en 1368, s’éteignit l’ancienne ligne de Lunebourg.
Cependant, les fils d’Albert le Grand continuaient à régner sur une grande partie du Hanovre actuel. L'atné , Henri PT V Ancien, souche du rameau de Grubenhagen, posséda Grubenhaen , Einheck, Herzberg,Osterode, Duerstndt(**), la moitié de Hameln (***), une partie des mines du Harz et des fiefs. Henri de Grèce, son fils afné, qui voyagea en Orient et revint dans ses foyers avec une princesse cypriote,
18*9-34, 4 vol. in-8°; Oblielohde, Sur Us finances du royaume de Hanovre et leur organisation , Hambourg, i834; Marcard, Sur la prospérité nationale , le commerce et l'industrie du Hanovre , Hanovre, i836.
(*) Voyez la Sax* et le Briïi.-wicx.
(") Gouvernement de Hildesheiw.
(*’*) Gouvernement de Hanovre.
nommée Hélène, eut deux fils, d’hutneur aussi chevaleresque, aussi aventureuse que lui, et avec lesquels cessa sa postérité, en 1389. Du second fils de Henri I*% nommé Ernest, sortit une assez longue descendance, qui s'éteignit en 1396.
Le frère cadet de Henri 1", nommé Albert le Gros, fondateur de la brandie de Goettingen , reçut dans son lot, en 1279, Goettingen, Munden, et le pays sur la Leiné- Au bout de trois générations , son territoire accrut celui de Brunswick (1463).
Ainsi , l'on voit que le pays qui forme aujourd’hui le royaume de Hanovre fut longtemps morcelé entre un rand nombre de petits souverains , ont l’histoire n’oflrirait qu’une série monotone de partages, de querelles avec les nobles et les villes de leurs domaines ou des pays voisins. Nous nous bornerons à suivre rapidement, à travers ces faits peu intéressants, d’ailleurs, pour la plupart, à suivre, dis-je, dans l'histoire de la branche de Brunswick-Wolfenbuttei , les annales des princes de Lunebourg, dont les descendants sont devenus souverains du royaume de Hanovre.
Rappelons encore que, depuis les longues querelles qui suivirent la mort ,de Henri le Lion , les habitants comprirent les avantages et la sécurité que présentaient les lieux fortifiés et le principe de l’association; que de tous . côtés on vit alors se former des communes, s’elever des bourgs, dont plusieurs devinrent rapidement des cités florissantes (*). La ligue anseatique établie dans le voisinage trouva chez elles un accueil favorable. Des 83 villes qui s’y étaient associées, 13 appartenaient à la partie de la basse Saxe formant le Hanovre actuel. Elles durent à leur puissance et à leurs richesses une grande influence politique; si bien, que les souverains furent forcés d’admettre les députés des villes aui
(*) Voyez I'Ali.kmagsi , t. I, p. 33» et tuiv. ; Privilèges des villes, nw 1 5 , 17,3*, 3 1 , et aussi à la page 33a, Bourgeois et non bourgeois.
ÉTATS DE. LÀ MAISON DE BRUNSWICK
diètes , composées jadis exclusivement de nobles ecclésiastiques ou laïques; et dès la fin du quatorzième siècle , les représentants des trois grandes villes y avaient autant d'autorité que tous les nobles réunis. Mais la découverte de l’Amérique et de la nouvelle route des Indes ayant fait déchoir la hanse, les seigneurs employèrent tous les moyens en leur pouvoir, afin d’attirer le commerce dans les villes qui leur étaient soumises, aux dépens des villes libres.
Plusieurs d’entre elles surent toutefois garder longtemps leur indépendance. Voici ce que dit de l’antique cité de Lunebourg, un voyageur français qui la visita en l’an 1600:
« Monsieur le duc y est souverain , mais non pas absolu ; car, quand ils luy ont paye certains tributs, il n’a que faire à la ville qui se gouverne en république (*). •
suroît i/eXTINCTION DE l'ancienne VA-
MII.DE SK LDtiBOl’Rfi JUSQU* A LA CREA- TION DE L’ ÉLECTORAT DE HANOVRE.
Nous avons déjà eu occasion de parler de la guerre qui suivit l’ouverture de la succession de Lunebourg (1368), succession disputée vivement par Magnus II Torquatus, ou a la chaîne d’argent, duc de Brunswick, et par la maison de Saxe, jusqu a ce qu’un pacte de confraternité' héréditaire, conclu en 1389, réconcilia les deux familles et laissa le pays en litige aux deux plus jeunes fils de Magnus, nommés Bernard et Henri. Ce dernier obtint exclusivement pour lui, en 1400, le duché de Lunebourg. Ainsi se forma une nouvelle maison de ce nom. A la mort de Henri, arrivée en 1416, ses deux fils suscitèrent encore des contestations sur le partage fait entre leur père et leur oucle. Enfin, en 1428, Bernard, en vertu d’un traité dont les articles changeaient entièrement la po-
(*) Voyage du duc de Rohan, imprimé à la suite de s es Mémoires sur les choses advenues en France depuis la mort de Henri IV jusqu’en i6ap. Paris, 1661.
sition des parties, eut dans son lot les pays de Lunebourg et de Zell. II mourut en 1434.
Frédéric le Débonnaire, son fils cadet, se vit, en 1445, par la mort d’un frère , appelé seul au gouvernement du duché. Ses querelles avec la ville de Lunebourg, sans cesse agitée par des révolutions que ne pouvaient apaiser ni ses armes, ni les mandats de l'Empereur, ni les censures du pape, lui inspirèrent un tel dégoût des affaires et du monde, qu’il alla s’enfermer à Zell dans un couvent de franciscains fondé par ses libéralités. Mais il fut bientôt obligé de reprendre la régence après le décès de ses deux enfants, dont l’aîné, Otton le Magnanime, ne laissait qu’un héritier en bas âge (147!). Lorsque la mort vint lui assurer (en 1478) le repos qu’il avait tant désiré, ce petit-fils n'avait pas encore atteint sa majorité.
Henri F’ le Moyen lui succéda, mais il ne prit lui-méme les rênes du gouvernement qu’en i486 ; ce fut lui qui , en 1512 , termina les querelles qui existaient depuis un demi-siècle entre les deux lignes pour la possession du pays de Gœttingen ; il céda ce territoire , à perpétuité, aux ducs de Brunswick - Wolfenbuttel. Cependant la réconciliation ne fut pas de longue duree. En 1517, Henri prit la défense de l'évêque d’Hildesheim, attaqué par Henri de Wolfenbuttel, que soutenaient Éric de Calenbcrg, son oncle, et François, évêque de Minden, son frère. Après des ravages et des cruautés réciproques , on en vint à une bataille décisive livrée dans la bruyère de Soltau , près de Werden, le jour même de l'élection de Charles-Quint (28 juin 1519 ) : 4,000 hommes périrent ; Henri 1" fut vainqueur. Mais, en 1521 , le nouvel empereur ayant interposé sans succès son autorité pour faire cesser la guerre et frappé le duc désobéissant d’un arrêt de proscription, celui-ci, pour en arrêter les effets , résigna ses États à ses deux fils, et passa en France où il resta six ans.
Otton et Ernest , ses successenrs, profitèrent de son absence pour intro-
L’UNIVERS
duire dans leur duché la religion protestante à laquelle leur père avait toujours formé rentrée du pays, non qu’il fût zélé catholique, mais parce que rtiettant la nouvelle doctrine sur la même ligne que l'ancienne, il ne voulait pas se donner le tracas du changement.
Henri mourut en 1532 , sans avoir repris le gouvernement, comme il le désirait, quand il vit le triomphe de la réforme. A cette époque , le catholicisme fut aboli successivement dans le pays de Grubenhagen ( 1531 ), à Gœttingen ( 1531 ), à Hanovre ( 1536 ), et dans tout leduchéde Calenberg (1540).
Ernest, en vertu d’un partage fait avec Otton, eut à peu près tout le duché de Luneboug, fonda la ligne de Zell , et devint ta souche commune dont descendent les deux maisons aujourd’hui régnantes à Hanovre et à Brunswick. La fermeté qu’il déploya à la diète d’Augsbourg , en 1 530 , son ardeur à soutenir et à propager la réforme lui valurent de la part de ses coreligionnaires le surnom de Confesseur. Comme nous l’avons vu ailleurs, Henri III , duc de Brunswick-Wolfenbuttel, zélé défenseur de l’ancienne religion, éprouva plus que tous ses ennemis la force de ses armes, que secondaient encore le landgrave de Hesse et l’électeur de Saxe. Il mourut en
Par le partage conclu entre ses lils, en 1569, la maison de Luncbourg-Zell se divisa en deux branches : Henri , qui était l’atné , ne se réserva que le comté de Daunenberg et quelques autres terres : de lui sont issus les ducs de la nouvelle maison de Brunswick ; Guillaume eut tout le reste des États paternels. Il est l’auteur de cette famille qu’une fortune constamment favorable poussa jusqu’au trône d’Angleterre. Plein de zèle pour le protestantisme , il lit publier un corps de doctrine auquel son nom est encore attaché. Le soin des affaires religieuses ne l’empêcha pas d’ailleurs de travailler au Donheur de son peuple , dont il gagna l’affection par sa justice et sa bienfaisance; il mourut en 1592, laissant à ses sept lils un pays augmenté
du comté de Diepholz et d’une grande partie de celui de Iloya (*).
Ernest II, son fils aîné, lui succéda seul , du consentement de ses frères.
Lorsqu’il mourut en 1611, les six prin* ces survivants conclurent entre eux un pacte, qui établissait le droit de primogéniture et l’indivisibilité de toutes les possessions présentes et à venir. En même temps ils’convinrent qu’un seul se marierait et continuerait la maison. Le sort décida que ce serait George , le cinquième. Christian, l'atné, administrateur de l’évêché de Munden, succéda à Ernest II. En 1617, après un procès qui avait traîné pendant vingt et un ans, il obtint la succession de Grubenhagen , envahie par la seconde maison de Brunswick. Plus tard il se brouilla avec l’Empereur, prit le parti de Frédéric V, électeur palatin, s’allia au roi de Danemark , joignit ses forces à celles du duc de Mansield, et se rendit fameux pendant la guerre de Trente ans par ses cruelles dévastations. C’est ce prince qui , enrichi des dépouilles des églises , lit battre une monnaie, portant d’un côte une main armée d’une épée, et sur l’exergue ces paroles : Ami de Dieu , ennemi des prêtres ; il aurait pu ajouter : et fléau des peuples. Ses efforts néanmoins restèrent inutiles pour celui qu’il prétendait venger. Il mourut en
Son hère Auguste, administrateur de l’évêché de Ratzebourg, régna après lui , hérita de la principauté de Calenberg lors de l’extinction de la seconde maison de Brunswick - Wolfenbuttel (1634). et mourut en 1636.
Frédéric II, le quatrième frère, fut alors appelé à gouverner le duché de Zell. Après sa mort, arrivée en 1648, toutes les possessions de la maison de Lunebourg se trouvèrent réunies sur la tête de son neveu.
Le nouveau duc était le fils aine de ce George , auquel toute la succession avait été destinée d’après le traité de 1611 , et qui , en 1636, à l’ouverture de la succession de Calenberg , avait
(*) 'Voyez I'Ai.ï.kmaosi , t. II, p. 118.
ETATS DE LA MAISON DE BRUNSWICK
été chargé par ses deux frères survivants du gouvernement de cette principauté. Longtemps avant cette cession, George s’ était fait un nom par sa valeur et son habileté, d’abord dans Tes troupes du célèbre Maurice de Nassau, puis au service du roi de Danemark, et enfin, quand la fortune devint contraire à son parti , sous le commandement deTilly dans les rangs des Impériaux f 1626 ). L’edit de restitution ( 1629) le fit encor.e une fois
f lasser dans les rangs des ennemis de 'Empereur. Ayant réuni quelques régiments aux troupes que Gustave- Adolphe lui confia, il remporta d’édatants succès , forma le siège de Calenberg, investit Wolfenbuttel, battit les Impériaux en 1633 à Reuteln , à Olendorf, à Münden, et leur enleva Hildeshrim , qu’il remit au duc de Wolfenbuttel. Mais la victoire deNordlingen le rapprocha de Ferdinand et le fit accéder a la paix de Prague. Bientôt néanmoins il se détacha de nouveau de la cour de Vienne, lorsqu’il vit que l'Empereur exigeait de sa maison la cession de l’évéché d'Hildesheim et refusait de rendre Wolfenbuttel. Sur . ces entrefaites. George devint prince de Calenberg (*); cet agrandissement ne lui fit en rien modifier ses projets. En 1638 , il conclut une alliance avec le landgrave de Hesse; six mois après, il signa un traité avec la France et. la Suède ; mais au moment où la maison de Brunswick allait avoir le plus grand besoin de ses talents et de son épée, la mort l’enleva subitement le 11 avril
Malgré les pactes de famille de 1611 et de 1636, il ordonna, par son testament, que tant qu’il y aurait des descendants mâles de deux de ses quatre fils , les terres de sa maison ne formeraient que deux principautés, Calenberg et Lunebourg ; que son fils aîné , . Christian-Louis , lui succéderait dans le duché de Calenberg , et qu’à l'extinction de la branche de Lunebourg ,
(•) Sa capitale était Hanovre , et ce fut depuis cette époque qu’il y eut une maison de Hanovre. ,
il choisirait entre les deux duchés, dont l'un serait abandonné au plus âgé de ses frères puînés.
Christian-Louis fut un prince faible et pusillanime; mais plusieurs événements importants signalèrent son règne. En 1642, la paix fut signée à Goslar, entre l’Empereur et la maison de Brunswick ; l’année suivante se termina la longue contestation relative à l’évéché d’Hildesheim. Eq 1648, la paix de Westphalie acheva d’assurer le repos de l’Allemagne (*) , et à la fin de la même année (30 décembre), la mort de Frédéric II , duc de Lunebourg ou Zell , appela le (ils atné de George à succéder à son oncle.
Alors, en vertu du testament paternel, Christian-Louis céda à George- Guillaume /", son frere cadet, ses anciennes possessions, ruinées par la guerre de Trente ans, et manquant de ressources pour réparer tant de désastres. George-Guillaume n’était pas la prince qu’il fallait au pays dans ces malheureuses circonstances. Malgré les représentations de ses conseillers , il dissipait ses revenus dans de fréquents voyages à Venise, où les plaisirs du carnaval l’attirèrent et le retinrent quatre fois.
En 1665, Christian-Louis mourut sans postérité; le duc de Calenberg ou Hanovre ne pouvait prétendre à réunir les deux principautés, parce que le testament de George avait statué que les terres de la maison formeraient toujours des duchés séparés pour deux de ses fils. Cependant, en sa qualité d’aîné , il réclama le droit d’opter entre Zell et Hanovre. Prévenu par son frère cadet , Jean- Frédéric , qui , avant la
(*) Ce traité assignait à la famille de Brunswick-Hanovre, comme indemnité pour la sécularisation des archevêchés de Brème et de Magdebourg, et des évêchés d’Halberstadt et de Ratzelxmrg : i" l'alternative avec 1rs catholiques dans l’évéché d’Osnabruck; a“ la prelature de Walkenried avec la terre de Scbauen dans le comté de Hohenstein en Thuringc ; 3° le couvent de Gmcningen avec le domaine direct du ch&tcau de Wcsterbonrg; 4° deux cauouicats dan»
la cathédrale de Strasbourg.
L’UNIVERS
mort de Christian, s’était déjà rendu à Zell pour y être à portée en cas d’événement , il persista dans ses prétentions, et la querelle devint, comme tout ce qui arrivait en Allemagne, une affaire de religion. Jean-Frédéric, dans un voyage en Italie, avait embrassé le catholicisme (1651) ; cela suffisait potir que les deux partis qui divisaient la diète se déclarassent l’un pur le frère cadet, l’autre pour l’aîné. La France, la Suède, les électeurs de Brandebourg et de Cologne , les ducs de Wolfenbuttel et l’évêque d’Osnabruck, frère cadet des prétendants, se mêlèrent de cette dispute.
George-Guillaume eut recours à la protection de la confédération du Rhin ; au bout de cinq mois de négociations on allait en venir aux mains, lorsque les trois frères prirent le sage parti de se réunir à Hildesheim et de s’arranger à l’amiable. Le 2 septembre on convint d’un nouveau partage. La clause testamentaire relative à l’option fut abolie pour l’avenir, et George-Guillaume exerça le droit, pour la dernière fois, 'en choisissant le lot qui contenait la principauté de Lunebourg ou Zell, avec Hoya et Diepholz; Calenberg et Grubenhagen, formant le duché de Hanovre, échurent à Jean- F'rédéric.
Leduc de Zell, de même que son frère l’évêque d’Osnabruck, fournit des troupes aux États-Généraux pour la gueréé avec Louis XIV (1668), et ensuite aux Vénitiens, contre les Turcs.
F.n 1661, il aida le duc de Brunswick- Wolfenbuttel à réduire sa capitale à l’obéissance. Ce prince lui céda alors les bailliages de Daunenberg , Hitzacker, Luchow, etc., rachetant ainsi les anciennes prétentions de la ligne de Lunebourg sur Brunswick, qui , dans plusieurs partages entre les ceux maisons, était, ainsi que Lunebourg, resté en commun. Ensuite George- Guillaume, l’ami et le conseil de Guillaume d’Orange, entra dans la grande coalition contre la France , assista à h bataille de Turckheim (1674) , remporta , sur le maréchal de Créqui , la victoire de Consarhruck (1675), con-
quit le duché de Brême (1677), et signa, en 1679, la paix avec la France et la Suède. Il mourut en 1705, ne laissant d’Éléonore d'Émiers, sa femme , issue de la maison d’OIbreuse, en Poitou . qu’une fille, Sophie- Dorothée, mariée, en 1682, au prince héréditaire de Hanovre, qui recueillit, comme nous le verrons plus bas , les possessions de Zell , accrues depuis l’an 1689, du dtiché de Saxe-Lauenbourg (*). Jean- Frédéric , devenu duc de Hanovre, en 1665, était marié à une princesse née et élevée en France, et qui se regardait plutôt comme Française que comme Allemande, à Henriette , fille d’Édouard , comte palatin du Rhin , et de cette Anne de Gonzague, si connue à la cour de Versailles sous le nom de la princesse palatine (**). Ges liaisons de famille déterminèrent Jean-Frédéric à embrasser, dans la guerre de 1673 , la cause de la France , tandis que le duc de Zell était l’allié de l’Empereur et desÉtats-Généraux. Ce fut lui qui fonda la bibliothèque de Hanovre et en conGa la garde au grand Leibnitz. Il mourut le 28 décembre 1678 , ne laissant d’autre descendance que trois filles , dont l’une épousa le duc de Modène, et l’autre l’empereur Joseph. Il eut pour successeur le dernier fils de George.
Ernest- Auguste , né en 1629 . évêque d’Osnabruck en 1662, était marié depuis l’an 1658 avec Sophie, la plus jeune des filles du malheureux Frédéric, roi de Bohême, et d’FJisabeth d’Angleterre , reine sans royaume qui vivait à la Haye. Le jeune prince était réduit, à l’époque de ce mariage, pour toute subsistance , à l’expectative de son évêché , qui semblait encore très-éloignée. Sophie n’apportait rien, ni argent, ni territoire, qui pût augmenter la puissance de son mari; en revanche, elle avait toutes les vertus de sa mère et se montrait digne des plus hautes destinées (***).
(*) Voyez I’Ai.lemagke , t. II , p. 117.
(**) Henriette avait aussi pour sœur la princesse de Coudé, bru du grand (ioudé.
(***) Sophie était h protcclrice et l'amie
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Aussi peutron dire que ce fut plutôt elle que son mari qui jeta les fondements de la grandeur de la maison de Brunswick. Mais qui eût pu prévoir un si brillant avenir? Les Stuarts, auxquels Sophie appartenait par sa mère, erraient fugitifs en Europe. Il fallait bien des révolutions et des décès pour qu elle devînt l’héritière du trône de la Grande-Bretagne! Cependant, la maison de Brunswick-Lunebourg consolidait de plus en plus son existence politique. Depuis 1673, Ernest- Auguste avait suivi un système politique entièrement autrichien.
Parvenu au duché de Hanovre, il persista dans la même voie, prit part à toutes les alliances contre la Franee, fournit des troupes dans toutes les guerres de l’Empereur sur le Rhin, sur le Danube et en Hongrie, contribua particuliérement par ses secours à la délivrance de Vienne, lit en personne plusieurs campagnes , et perdit trois Gis dans les guerres contre les Turcs. Enün , il songea à réclamer le prix de tant de services rendus par lui et par sa famille a l’Empire et à la maison de Habsbourg- Or, la seule récompense qu’il ambitionnât, c’était l'érection de ses États en électorat.
Pour parvenir à ce but, il gagna, à force d’argent, les ministres de l’Empereur, et son* habile ambassadeur Otton de Grote mit en œuvre tous ses moyens. Mais avant qu’une décision fût prise à Vienne, Ernest-Auguste voulut s’assurer, ainsi qu'à son Gis aine, la succession entière de la maison de Brunswick- Lunebourg, et prévenir de nouveaux partages , en concluant avec le duc de Zell un traité qui rétablissait le droit de primogéniture.
Cette mesure ne rencontra aucune difficulté de la part de George-Guillaume, oui n’avait point de Gis, et bientôt elle fut adoptée, malgré la résistance d’Antoine-Ulrich de Wolfenbuttel et du troisième fils du duc, le
de Leibnitz, avec lequel elle entrelint une correspondance Iri s-spirituelle. Voyez Leltrès choisie* de ta correspondance de Leibnitz , Hanovre, i8o5, in-8°.
prince Maximilien, qui quitta sa patrie, se Gt catholique et devint général au service de l’Empereur. Le principal instrument des intrigues qui alors agitèrent la cour ducale , l’homme qu’on accusait d’avoir suggéré au jeune prince des idées de conspiration , était le grand veneur Moltcsen : il trouva la mort sur l’échafaud (1692).
A la Gn . les vœux d’F.rnest-Auguste furent accomplis. Le 22 mai 1692, Léopold I*r lui conféra, pour lui et ses descendants mâles , par ordre de primogéniture, la dignité électorale {*), et la déclara attachée aux États possédés par le duc et par son frère. Les deux princes s'engagèrent à recon-, naître cette faveur, en fournissant à leurs frais, pendant deux campagnes,