ÉLECTORAT DE HANOVRE
GEORGE-LOUIS OU GEORGE 1er.
George /”, né à Osnabrück le 28 mai 1660, s’était distingué dans les guerres contre les Turcs, puis, en Flandre et en Allemagne, contre les Français. Mais sa jeunesse n’avait pas été remplie seulement par les agitations de la guerre. Un drame de famille, dénoué par de sanglantes catastrophes, en attristait les souveuirs. Destiné d’abord à épouser la princesse Anne Stuart, qui fut ensuite reine d’Angleterre, il avait été subitement rappelé de Londres par son père, en 1682, et marié, comme nous l’avons déjà dit, à Sophie-Dorothée, sa cousine germaine. Pour cette union , on n'avait nullement consulté les inclinations des deux époux ; on ne voulait que concilier des intérêts politiques.
George - Louis était d’une humeur sombre et inconstante. La princesse, âgée de seize ans, jolie et spirituelle, transportée tout à coup de la cour, à demi française , de son père à Ha-
(*) Voyez I'Allimaori , t. U, p. 3 18.
novre, où les habitudes étaient plus austères, ne tarda pas à ressentir un ennui profond. Ajoutez à cela, que son mari la négligea, que sa belle-mere parut la mépriser, parce qu’elle n'était pas issue d’un sang princier, et l’on ne trouvera pas étonnant que la princesse Dorothée souhaitât ae retourner au sein de sa famille. A cette époque, le séduisant comte de Kœnigsmark se trouvait à Hanovre ; issu d’une famille illustre et frère d’Aurore de Kœnigsmark , mère de Maurice de Saxe , il devait être d’autant plus sdr de plaire à Sophie - Dorothée , qu’avant de se trouver à Hanovre, il avait déjà témoigné pour elle une vive passion. Il ne sut pas cacher les sentiments qui se réveillaient dans son cœur. Bientôt le bruit courut que la princesse lui était favorable; on disait même qu’un enlèvement se préparait. Mais un soir, le jeune comte tomba sous les coups de quatre assassins apostés dans un des couloirs du château , et fut jeté dans un fossé. Le meurtre se commit, dit-on, en présence d’Ernest-Auguste, pressé de venger l'honneur de son (ils, qui alors combattait à l’armée de l’Empire. La princesse était mère de deux enfants, dont l’un monta sur le trône d’Angleterre, dont l’autre donna le jour à Frédéric le Grand; néanmoins, elle fut enfermée pour toute sa vie au vieux château d’Ahldrn, sur la rivière de l’Aller (*). Séparée de son mari en 1694, sans que son père semblât s'intéresser beaucoup à son sort, elle voua tout son temps à des œuvres de bienfaisance, supporta sa lorgue infortune avec douceur et dignité, gagnant l'amour de tous ceux qui la connaissaient, et protestant de son innocence chaque fois qu'elle approchait des saints sacrements. Apres que George-Louis eut été appelé au
(*) Ce manoir avait appartenu depuii le quinzième siècle à la famille d'Alten, qui existe encore dans le Hanovre. M. le comte d'Alten était ministre quand Guillaume IV mourut en 1837. L'armce le regardait comme son héros , son chef , sa plus grande illustration. Il avait pris part aux travaux de la constitution de (833.
ÉTATS UK LA MAISON DE BRUNSWICK. 73
trône d'Angleterre, il tenta deux fois de renouer des liens si violemment rompus. « Dites -lui, répondit-elle à son « messager, que si je suis coupable , je « ne suis pas digne de lui ; et que si je ■ suis innocente, il n’est pas digne de «moi. » Elle mourut en 1726 (*).
Secondé par un habile ministre , Théophile de Bernstorff, George- Louis réunit a son duché celui de Zell, vacant par la mort de George-Guillaume.
En 1708, il termina toutes les difficultés qu’avait éprouvées la création du neuvième électorat. Le 7 septembre, Joseph l*r signala son autorité dans l’Empire, en introduisant le duc au collège des électeurs et en le faisant reconnaître dans sa nouvelle dignité par la diète de Ratisbonne. Seulement, comme George était protestant, les États catholiques firent ajouter à son admission la clause : que dans le cas où le nombre des protestants viendrait à égaler, dans le collège électoral, celui des catholiques, ceux-ci jouiraient d’un suffrage surnuméraire.
La diète exigea aussi de l’Empereur la promesse de n’accorder, à l’avenir, la dignité électorale à aucun prince sans le consentement du corps germanique. Peu de temps après, l’électeur obtint aussi la dignité d’architrésorier de l’Empire, et commanda contre les Français l’armée des cercles (**).
Le pays de Brunswick-Hanovre en-
(*) Il est possible que Sophie-Dorothée ait protesté avec raison de son innocence, qu'elle ait été viciime de la fureur jalouse de la maîtresse du vieil électeur, la comtesse de Platen, éprise pour Kcenigsmarck d’une passion à laquelle il ne répondit pas, puis secondée dans sa vengeance par la présomption du comte , qui tomba dans le piège qu'elle lui avait tendu.
Si la princesse avait vécu six mois de plus, son fils l’eût fait reconnaître comme reine douairière. Après son divorce, George- Louis contracta une alliance morganatique avec la comtesse de Schulenbourg , sueur du célèbre fcld-maréchal de ce nom , et qui depuis longtemps était sa maîtresse. Celte femme le suivit à Londres et prit le nom de duchesse de Kendal.
(**) Voyez Ai.lemagki , t. II, p. 3x5.
trait alors dans tme ère de bonheur et de repos auparavant inconnue. On ne savait ce que c'était que la dette privée du prince; la plus grande partie des revenus des riches domaines administrés par une chambre spéciale était consacrée à l’entretien de la force armée ou aux diverses institutions publiques; une contribution unique et indirecte , établie en 1686, remplaçait tous les impôts directs (*). Depuis la sécularisation des biens ecclésiastiques, au temps de la réforme, la plus grande partie de ces richesses étaient appli-.
quées à l’amélioration de l’instruction publique; enfin, l’électeur consultait les étals provinciaux sur toutes les questions importantes.
La prospérité du pays et celle du souverain devaient encore s’accroître.
Dès 1701, un acte du parlement ayant reconnu h Sophie, duchesse douairière de Hanovre, le droit de succéder au trône d’Angleterre si le roi et la princesse Anne, fille de Jacques II, ne laissaient point de descendants , l’électeur reçut le titre de duc de Cambridge. Anne mourut sans enfants en 1714 , quelques mois après la princesse Sophie, et George de Brunswick, arrière-petit-fils de Jacques 1er, fut aussitôt proclamé roi de la Grande- Bretagne , sous le nom de George I'r.
Ainsi l’Angleterre put prendre une part plus active aux affaires du continent.
Pendant la guerre du Nord, en vertu d’une convention du 26 juin 1715 , l’électeur-roi se fit céder les duchés de Brème et de Verden par le roi de Danemark, qui les avait conquis sur la Suède. Alors il déclara la guerre à Charles XII, et la paix de Stockholm (1720) lui assura cette double acquisition.
George 1" avait l’habitude de faire de fréquentes visites ou Hanovre.
Pendant un de ces voyages, il fut frappé d’une attaque d’apoplexie, et mourut à Osnabrück, le 22 juin 1727.
(*) Celle accise, appelée Ijcrnt , a subsisté dans le pays jusqu'à la fin du dix-huitième siècle.
L’UNIVERS