‹ États de la confédération germaniqueChapitre 233 sur 261 · GEORGE IV · texte numérisé non relu

GEORGE IV

'i8ao-i83o).

George If, né en 1762, avaitépousé la princesse Caroline de Brunswick , et s’en était séparé après un procès dont le scandale affligea l’Europe entière. Il visita en personne ses Etats

L’UNIVERS

héréditaires, qui, favorisés depuis long* temps aux dépens du duché de Bruns- •wich-Wolfenbuttel (*), ne se ressentaient presque plus des maux causés jadis par l’oppression étrangère (**).

Cependant , avant la fin du règne de son père, la noblesse hànovrienne, connue pour son orgueil et ses idées de retour à la féodalité, avait déjà repris ses anciennes tendances en dépit de la constitution. L’expérience du passé était perdue pour elle. D’ailleurs, malgré les ameliorations incontestables introduites en 1822 et 1823, le gouvernement, avec ses formes gothiques, n’inspirait pas la confiance; une réforme plus large était indispensable.

Cet état de choses ne produisit toutefois aucun fâcheux résultat jusqu’à la mort de George IV ( 26 juin 1830 ).

3CUUIIU IV.

Ce prince, né le 21 octobre 1765, était plus libéral et plus populaire que son frère. Néanmoins lorsqu’au bruit du canon de juillet l’Europe tressaillit, et que dans l’Allemagne entière la fermentation des idéesliberales agita les peuples honteux de leur long asservissement, le Hanovre aussi manifesta son mécontentement.

Des troubles éclatèrent, le 5 janvier 1831, àOsterode; le 8, un mouvement plus sérieux eut lieu a Gœttingen , et un libelle intitulé Accusation contre le ministère Munster |>orta au comble l’irritation des amis de la liberté nationale. 1 a force armée rétablit l’ordre, il est vrai , et l’on arrêta les auteurs supposés du pamphlet; mais le gouvernement sentit pourtant la nécessité de donner satisfaction à l'opinion publique. Le 7 mars, la diète fut ouverte avec solennité , et , dès les premières séances, elle montra une energie et une prudence qui semblaient promettre les plus heureux résultats. Le duc

(’) Le duc Charles était mineur et placé sous la tutelle du comte de Munsler.

-(**} lie 1 8</i à 1808, la dette avait été grossie de 5 millions de tlialers.

de Cambridge , nommé vice-roi le 22 février 1831 , fut invité à déposer au pied du trône les doléances du pavs , et cette démarche entraîna, à la grande satisfaction des Hanovriens, la démission du comte de Munster, président de la chancellerie allemande , à Londres. Il fut remplacé par le baron d’Ompteda.

Le duc de Cambridge avait recommandé, dans son discours d’ouverture, de procéder graduellement aux réformes ; mais au bout de quelques mois il put se convaincre de la nécessite d’établir la constitution sur de nouvelles bases. Le 16 juin 1831 , le ministère déclara donc à la diète qu’il s’occupait de la rédaction d’une nouvelle loi fondamentale ; une commission, composée de sept commissaires royaux et de quatorze membres de la diète, en prépara le projet. Son travail achevé et révisé à Londres, une diète, à laquelle avaient été adjoints, par ordonnance, quinze députés des paysans, fut convoquée à Hanovre pour le 30 mai 1832. La nouvelle constitution fut adoptée par elle le 13 mars 1833; puis, sanctionnée avec quelques modifications par Guillaume IV , à Windsor, le 26 septembre 1833, elle devint la charte fondamentale du royaume. Bien loin d’étre révolutionnaire, elle conservait des traces nombreuses de féodalité : le pouvoir royal et l’aristocratie y étaient très-bien partages.

Cependant elle satisfit le pays, auquel elle valut en effet quelques bonnes lois.

Sous ce régime, des états provinciaux particuliers étaient accordés aux principautés de Calenberg, Goettingen , Grubenhagen et Lunebourg , aux comtés de Hoya et de Diepbolz, aux duchés de Brême et de Verden ( y compris le pays d'Hadeln } , aux principautés il’Ôsnabruck, de Hildesheim (avec la ville de Goslar ) et d’Ost-Frise ( avec le pays d'Hariing). Les états generaux se composaient de deux chambres .

parfaitement égalés en droits. La première était formée des princes , fils du roi ou chefs des lignes collatérales de la famille royale, des ducs d’Arem-

ÉTATS DE LA MAISON DE BRUNSWICK

berg et de Looz-Corawarem , et du prince de Bentheim, tant qu’ils seraient en possession de leurs biens médiatisés ; du maréchal Itéréditaire , des comtes de Stolberg (*), du grand

(*) La révolution française, après avoir placé pour peu d'années dans la ligne des maisons souveraines de l'Europe , la famille d' Artmberg , une des douze anciennes familles de princes d'empire , l'a dépouillée finalement de son indépendance et l'a soumise à la souveraineté de deux rois allemands; les d’Areinlierg, dont le duché, situé dans l'Eyffel et peuplé de i5,ooo habitants , s'est perdu par la paix de Lunéville, reconnaissent la suzeraineté du Hanovre , pour le pars de Meppen , jadis appartenant a l'évêché de Munster, et celle de la Prusse, pour le comté de Recklinghatisen , ancienne dépendance de l'électorat de Cologne. Ils forment une branche delà maison.de Ligne.

les ducs de Loot-Coorswartm qui comptent parmi leurs agnals les princes de Horn, ont la même origine que les anciens ducs de Kra liant, car ils descendent des rouîtes de Hainaut. Ils furent élevés eu 1734 et en 1778 au rang de ducs, et obtinrent par le recel de la députation de l’Empire de i8o3, une partie de l'évèrhé de Munster, sous le titre de principauté de Rheina-Wollieek , avec suffrage à la dicte ; mais l’acte de la ronfédératiou du Rhin les soumit au grandduc de Berg. Aujourd’hui la principauté qui, sur 16 kilom. carrés, a 9160 habitants, et rapporte -iio.ooo fr. , est en partie sous la souveraineté prussienne et en partie sous celle du Hanovre.

Les princes de Bentheim-Bentheim (une antre branche porte le nom de Bentheiin- Teckleiibourg) avaient engagé leur comté au Hanovre en 1753 moyennant 100,000 rixthalers. Celte convention a été annulée en 1811. Ils possèdent de plus le comté de Steinfurt , Alpen , etc. , le tout peuplé de plus de 18,000 habitants. Leurs possessions sc trouvent dans le guuvernrment d'Osnabruck, et sont en parties placées sous la souveraineté de la Prusse.

Il y a eu successivement plusieurs maisons de Bentheim. La plus ancienne s'est éteinte en u5o; la troisième et dernière a commencé en 14m.

De la maison de Stolkerg , qui remonte , dit-on , à une haute antiquité, il ne subsiste plus que les comtes de Stulbcrg-H'ernigerodt (rameau de la première brandie prin-

maître héréditaire des postes, de l’abbé de I-occum ( prélat protestant ) et de relui de Saint-Michel ( titulaire séculier ), du directeur du couvent de Neuenwaid, de i’evêque catholique, de deux ministres du cuite évangélique spécialement élus pour chaque session; des titulaires de majorais, des trente-cinq députés des sept ordres de la noblesse nommés pour une session, et de quatre membres choisis par le roi. La seconde chambre se composait de 3 mandataires des chapitres , pris parmi les pasteurs protestants ou les professeurs des écoles supérieures , de manière cependant que deux fussent des théologiens ; des 3 membres désignés par le roi en sa qualité d’administrateur des biens des monastères ; des 2 représentants du chapitre d'Hildesheim et de l'université de Goettingen; des 2 députés des consistoires protestants, des 37 députés de certaines villes et bourgs, et des 38 membres nommés dans les autres localités par les propriétaires fonciers, francs-tenanciers et paysans. Les députés de la noblesse devaient posséder dans le pays un revenu net de 600 thalers. Il fallait que les autres eussent soit un revenu de la moitié de cette somme, soit une pension de 800 thalers, ou qu’ils jouissent comme fonctionnaires publics d'un traitement de 400 thalers, ou qu’ils parvinssent à se créer par leurs talents et leur industrie un revenu de 1,000 thalers , et cela trois ans avant d’entrer à la chambre. Le vote annuel des impôts ne devait être lié à aucune condition qui n’en concernât pas immédiatement la nature ou l'emploi. Le pouvoir exécutif était exercé par un ministère dépendant du roi ou de son représentant, et dont chaque membre était responsable individuellement. La

ripait, fondé en 1710), et résidant à Wernigerode , dans le Harz , où ila possèdent un pays peuplé de 14,000 habitants , et les comtes de Stolkerg-Stolbtrg (rameau fonde en 1704), à qui appartiennent les bailliages de Stolberg, Hayu et Hohenstein (11,000 hab.). Ces comtes reconnaissent la souveraineté de la Prusse , du Hanovre et de la Hesse grand-ducale.

L’UNIVERS

cour d’appel supérieure était seule compétente pour juger un ministre, et son jugement n’admettait ni révision , ni acquittement, ni recours en grâce.

Les états s’assemblèrent le 5 décembre t833, après des élections faites en général dans le sens de celles de l’année précédente. La principale affaire dont ils eurent à s'occuper fut le traité de commerce avec le Brunswick, traité , qui reposait moins sur des raisons d’intérét commercial que sur des motifs politiques. Le Hanovre, en effet, qui n'avait pas oublié l’occupation prussienne, voyait avec crainte sa puissante voisine s’assurer sur les petits États, par son système de douanes, fatal du reste à l'Angleterre , une prépondérance politique, dont pourrait résulter un jour une véritable domination. Il avait donc essayé, dès le principe, de traverser ses desseins, et, en 1828,il avait réussi ù faire entrer dans ses vues plusieurs États de la confédération ; mais ses associés l’avaient tous abandonné successivement pour s’unir à la Prusse (*). La ligue des deux pays de la maison de Brunswick ne put ’sc conclure qu’en 1835, et, l’annee suivante, le grand-duché d'Oldenbourg, enclavé dqns leur territoire, y donna son accession. Cette union douanière devait durer jusqu’au 1er janvier 1842, époque à laquelle les trois états y ont renoncé pour entrer dans la grande association prussienne.

Depuis longtemps on prévoyait que la mort de Guillaume amènerait de grands changements. Ce souverain n'ayant pas d'héritier direct , la couronne de son royaume allemand, qui, à la différence dé celle d’Angleterre, ne pouvait tomber en quenouille , reve-

(*) Un diplnmale prussien écrivait, vers cette époque , dans un Mémoire sur la politique de la cour de Berlin : « t.e Hanovre , • ce gage coûteux de nos relations avec l’An- -gletcrrc, doit être ménagé et flatté ; maison « même temps il faut s’efforcer de l'isoler. »

Cité dans une brochure intitulée : F.xamen de la confédération contre la France et l' Angleterre, nommée ligue prussienne, par W. Caruill ; traduit de l'anglais et publié à Paris, cher Dufart , 1840.

nait de droit au duc de Cumberland (*). Or ce prince, que les torys reconnaissaient comme leur chef s’était dans plusieurs circonstances déclaré hautement l’adversaire des idées nouvelles.

Il avait toujours protesté contre les changements introduits dans le gouvernement du Hanovre, et déclaré que si un jour il était appelé a la couronne, il entendait régner comme avaient régné ses pères. Les appréhensions du parti libéral, bien justifiées par la conduite politique et morale du futur souverain, augmentèrent encore lorsqu'on le vit en 183G quitter Hanovre, le jour même de l'ouverture de la session, et se retirer à la maison de campagne du comte de Munster, principal auteur de la constitution abolie. Les dispositions connues du prince encouragèrent l’hostilité de l’aristocratie, dont le chef apparent était M. de Schœle, homme de talent et d’influence. Inquiet luimême de l’attitude prise par le parti ennemi des réformes, le gouvernement se hâta de présenter aux états la loi régulatrice du service public, dont la disposition la plus importante était l'abolition de la chambre des domaines , sur laquelle l’héritier présomptif comptait s’appuyer dans ses projets rétrogrades. Dès lors la chambre haute s'abstint de toute participation à l’exercice du pouvoir législatif.

Ce fut au milieu des plus sinistres prévisions qu’arriva la mort du roi Guillaume IV ( 20 juin 1837 ).

t Elf EST-AUGUSTE.

Le nouveau souverain , né le 5 juin 1771, rompit, par son avènement au trône, l'union du pays avec l’Angleterre. La niasse entière de la population était trop contente d'avoir son roi à elle, résidant au milieu du pays,

(*) Voiri le tableau généalogique dea enfants de Georges III :

Geor- Guill.1V Edouard Ernest Àug. Adolphe gelV. Ilrçri Aug, Kent Ang. Fredrr. Frédéric Cta- f i8»o. Cnuih. Sumi. Cambr.

Victoria Grorgc George Auguste.

née 1819. Alb.,né né né

1819, *Sio. 182».

ETATS DE LA MAISON DE BRUNSWICK

Son gouvernement tout à fait national, pour n’étre pas disposée à lui pardonner beaucoup. Mais Ernest ne perdit pas un instant pour montrer à ses sujets ce qu’ils devaient attendre de lui. Son plan était arrêté d'avance; il avait répété son rôle, et il le joua avec une assurance et un aplomb étonnants. A peine eut-il fait son entrée à Hanovre (28 juin) que les chambres furent prorogées (29 juin). Elles étaient si peu préparées à ce coup, qu’elles se séparèrent, sans qu’une seule voix s’élevât pour protester.

I.es événements se succédèrent dès lors avec rapidité. M. de Schoele fut nommé ministre; et, dès le .5 juillet, parut une proclamation , où le roi déclarait qu'il ne se regardait pas comme Hé légalement par la constitution de 1833, imposée arbitrairement aux chambres par le pouvoir royal, et renfermant douze dispositions plus ou moins importantes , sur lesquelles il n'y avait eu aucun arrangement préalable avec les états (*).

Une telle audace souleva un mécontentement si général, que le prince, hésitant à brûler ses vaisseaux, se vit obligé de soumettre à l’examen d’une commission la question qu’il s'était tant pressé de trancher.

Cependant, l’agitation était extrême dans le pays. De touscôtés la bourgeoisie demandait énergiquement le maintien de la constitution de 1833; on s’encourageait à résister si le pouvoir voulait passer outre; et Ernest, alarmé, dut faire publier (**) : qu’il n’avait nulnient aboli la constitution ; qu’il avait seulement exprimé des désirs de changements, et des doutes qui seraient soumis aux états. L’espérance commençait à renaître, lorsque parut le fameux décret du 1" novembre 1837, ui supprimait expressément la charte e 1833 , et rétablissait celle de 1819 , en maintenant toutefois les lois votées dans l’intervalle. Le gouvernement s’engageait à soumettre le projet d’un

(*) Termes de la patente royale.

(**) Dans la Gazelle semi-officielle de Hanovre.

nouveau système représentatif aux chambres assemblées en vertu de la loi de 1819. Les prérogatives des états provinciaux recevaient plus d’extension ; mais les états généraux ne devaient plus se réunir que tous les trois ans ; enfin les impôts étaient diminués de 100,000 thalers. Cette dernière mesure avait été calculée par le pouvoir, pour mettre la masse populaire de son côté dans la lutte ou il s’engageait, de même que déjà il s’était, par des caresses et des prévenances nombreuses, assuré la faveur de l’armée.

Ce coup d’État, qui jeta le royaume dans la stupeur, eut un grand "retentissement en Europe , et causa une espèce de terreur dans toute l’Allemagne constitutionnelle. Le peuple divisé restait sans organe légal, sans moyen de défense contre l’arbitraire; chacun se demandait ce qu’il y avait à faire, lorsque l'université de Gœttingen prit une honorable initiative; le 18 novembre , sept professeurs , MM. Dahlmann , Albrecht, les deux frères Grimm, Gervinus, Ewald et Weber, signèrent une protestation , où ils établissaient qu’une ordonnance , un caprice, n’avait pu abolir légalement la constitution , et déclaraient en même temps qu’ils ne prendraient aucune part à l’élection du député de l’université , si elle devait se faire d’après le régime de 1819. Cette protestation fit une sensation d’autant plus vive, que les signataires étaient des hommes d’un mérite reconnu. La destitution et l’exil furent la peine de leur courage. Alors, les fonctionnaires publics, effrayés, s’empressèrent de se soumettre , et les élections se firent d’après l’ancien mode, malgré le refus de voter manifesté par quelques corporations.

La session fut ouverte, au mois de février 1838, par un discours où le roi disait hautement et sans pudeur, qu’il avait toujours haï le despotisme, et que sa ferme intention était de gouverner conformément aux lois : il annonçait en même temps la présentation d’un projet de loi, qui obtien-

6' Livraison. (Rade, États hessois, etc.)

L’UNIVERS

drait, disait-il, l'assentiment général, ajoutant que, s'il était trompé dans son attente, il se verrait obligé de s'en tenir à l’organisation de 1M9.

D’après ce projet, les prérogatives de la couronne étaient maintenues telles qu'elles se trouvaient établies depuis 1833; mais les précautions les

{dus minutieuses étaient prises pour es préserver de toute atteinte; Pélénient démocratique, au contraire, était renfermé dans les limites les plus étroites possibles. Le pouvoir des chambres devait se borner désormais à émettre des avis sur les lois qu'on leur soumettait; encore était-il loisible au roi de ne tenir aucun compte de ces avis ; à lui appartenait le droit de fixer le budget. Les états conservaient bien celui de voter les impôts, mais ils ne poqvaient refuser ceux que le souverain jugeait nécessaires. L’ancienne séparation entre les revenus publics et ceux des domaines royaux , dont la réunion à peu près complété (*) était un des plus grands bienfaits du nouvel ordre de choses , était rétablie ; les ministres ne devaient compte de leur conduite qu’au roi. La dicte , dont les membres étaient élus pour six ans, ne devait s'assembler que deux fois pendant cet intervalle; les séances étaient secrètes. On ne devait imprimer que le résultat des délibérations.

Telles étaient les conditions auxquelles l'ex-duc de Cumberland pouvait se résigner à n'être qu'un roi constitutionnel; et il espérait être en mesure de les faire adopter. Il avait eu soin d’écarter par la violence et par l’arbitraire tous les députés dont il redoutait le plus la résistance. Cependant, la majorité antinationale montra elle-même de l'hésitation. Le gouvernement prorogea de nouveau les chambres.

11 fut alors décidé par l’opposition,

(*) Le roi Guillaume avait consenti à n’affecter exclusivement à sa maison qu'un sixième du produit des domaines et revenus du la couronne ; tout le reste était versé daus tei caisses de l'État.

que toutes les corporations , qui avaient jusque-là refusé de voter, nommeraient leurs députés, et chaque élection nouvelle contribua à rétablir l'équilibre entre les deux partis. La commission nommée par la seconde chambre pour l’examen du projet ministeriel, poursuivait son travail et y introduisait des amendements, qui en modifiaient absolument l’esprit. Quand elle eut terminé ses opérations, les chambres furent assemblées et son projet admis. Les libéraux voulaient réserver toutes leurs forces pour la question d’incompétence, qui fut en effet résolue affirmativement à une majorité de 10 voix. Il était impossible dès lors au gouvernement de marcher avec la diète; il la prorogea indéfiniment. Mais la décision des mandataires du peuple avait ranimé l’espoir des électeurs, qui résolurent de saisir de la question la diète germanique, et de lui demander le maintien de la constitution de 1833, quoiqu’elle n’eût pas été garantie par elle. Ce qui les enhardissait et leur promettait un succès certain, c’est que la diète avait condamné déjà la these singulière du roi Ernest en se prononçant contre le duc Charles de Brunswick, qui refusait, lui aussi, de reconnaître une constitution donnée à ses sujets par son tuteur, pendant sa minorité. Le cas était plus favorable, et le duc n'en avait pas moins perdu son procès avec dépens. L’ex-duc de Cumberland, d’ailleurs, avait si mauvaise réputation comme homme, que ses actes comme souverain , quand même ils eussent flatté certaines passions, devaient rencontrer fort peu de sympathie.

La pétition des Hanovriens donna lieu à une longue délibération. Enfin, elle fut rejetée (septembre 1838).

Pouvait -on attendre autre chose d'une assemblée toujours docile aux injonctions de deux puissances prépondérantes qui n’y siègent que pour arrêter tout progrès, toujours complice des souverains, chaque fois qu’ils voulurent enfreindre les promesses faites au moment du danger, et habi-

ÉTATS DE LA MAISON DE BRUNSWICK. 83

tuée à ne sortir de sa nullité, à ne retrouver sa voix que pour condamner les patriotes?

Cependant le moment approchait où la question des impôts allait exiger une solution quelconque dans toutes ces difficultés. La levée des contributions n'ayant point été précédée du vote du budget, n’aurait pu s’accomplir sans illégalité flagrante. De toutes parts, les contribuables se préparaient a résister. Dans ces circonstances critiques , le magistrat d’Osnabruck résolut de consulter les universités les plus célèbres de l'Allemagne. Le gouvernement prussien lit défense a celle de Berlin d’émettre son opinion; mais celles d’Iéna et de Tubingen n’hésitèrent pas à se déclarer pour la loi fondamentale de 1833, acte d’indépendance qui motiva la dernière résolution contre les universités.

L’arbitraire fit de nouveaux progrès à la fin de 1838. La chambre des domaines royaux fut rétablie ; le conseil privé fit place à un conseil d'État, composé de quinze membres ordinaires, dont quatorze appartenaient à la noblesse, et de trente-six membres extraordinaires, qui pouvaient être appelés par le prince aux délibérations. Ces changements, et beaucoup d’autres, s’opérèrent sans que le roi convoquât, les états qu’il était cependant tenu de consulter, même aux termes de la constitution de 1819.

La session de 1839 s’ouvrit avec beaucoup d’éclat. Cependant, vingthuit députés seulement s’y présentèrent. Il en eût fallu neuf de plus pour valider les débats. Une prorogation devint encore nécessaire. Nous ne rappellerons pas toutes les manœuvres employées, d’abord en vain, par le gouvernement, pour compléter la chambre des députés a la réouverture des états.

Le chiffre légal ayant été enfin atteint avec le temps, le dernier budget, voté sous l’empire de la loi de 1 8 J3, lut maintenu pour un an, malgré les instances du pouvoir afin d’en obtenir un nouveau. Deux commissaires , pris dans le sein de chaque chambre , furent ensuite chargés de rédiger, de concert

avec ceux du gouvernement, un projet de constitution , et la session fut close. Il parut ensuite une ordonnance sévère contre les citoyens qui continuaient à refuser l’impôt; et à force d'intrigues et d'illégalités , Ernest parvint enfin à son but en 1840 : les députés de l’opposition furent presque tous écartés, et une majorité complaisante admit une nouvelle loi constitutionnelle. On remarue dans cette constitution, conforme u reste au projet de 1838, les dispositions suivantes :

L’assemblée générale des états n’a le droit de voter , modifier, abroger

Îue les lois concernant les impôts.

our toutes les autres lois , le roi se réserve le droit de les faire élaborer d’après les principes constitutionnels, et a’en ordonner la promulgation.

La séparation qui avait existé jusqu’au 1* juillet 1834 , entre la caisse royale et la caisse de l’État , est rétablie.

L’administration de la caisse de l’État appartient à la chambre du trésor, dont les membres sont nommés par le roi ou par les chambres avec l’approbation du roi. L’administration de la caisse royale appartient au roi seul.

Si la loi fondamentale est abolie inconstitutionnellement, le roi réclamera en sa faveur , la garantie de la diète germanique, etc., etc.

Le triomphe d’Ernest est complet , mais il ne peut être qu’éphémère. Tout récemment, la seconde chambre a protesté de nouveau , par le refus du budget, contre le coup d’État de 1837.

Le roi s’est aussitôt vengé de cet acte de résistance, en prononçant la dissolution des états.

La Gazette de Hanovre , du î'*^ juillet, contient, dans sa partie officielle, l’ordonnance suivante , en date du 30 juin 1841 :

« Ayant jugé à propos de dissoudre l’assemblée générale des états du royaume, et attendu que les impôts n’ont pas été votés , conformément au $ 155 de la loi constitutionnelle du 6 août 1840, nous ordonnons que les impôts votés dans la dernière session

continueront d’étre perçus pendant une année encore, c’est-à-dire jusqu’au 30 juin 1842. » De nouveaux états ont été convoques depuis, mais les députés de l'opposition ont résolu de se tenir à l'écart, de se retirer de la lice.

Il est impossible qu’un pouvoir tellement antinational continue longtemps encore à se mettre impunément audessus des lois. Que les citoyens se pénétrent seulement de ces vérités :

que les résistances les plus dangereuses pour un gouvernement qui commet des actes illégaux , sont les résistances légales ; que la modération est une preuve de force réelle et de confiance dans son droit; que les armes fournies par la légalité sont assez bien trempées pour assurer la victoire à ceux qui savent s’en servir.

On n’est peut - être pas fâché à Vienne et à Berlin, de voir cette politique téméraire légitimée jusqu’ici par le succès. Cependant , il ne faut pas qu’on s’y fasse trop d’illusions sur l’état des choses dans ie pays de Hanovre. Il est vrai de dire que la constitution n’v avait pas encore jeté de profondes racines ; que l’aristocratie, toujours très-puissante, ne l'avait subie qu’à regret; que la bourgeoisie n’y est pas fortement organisée ; que le peuple,

à peine sorti des liens de la féodalité , que les paysans , à peine émancipés , y prennent peu d’intérêt. Mais c’est précisément pour cela qu’alors même que le Hanovre se soumettrait tranquillement , cette résignation ne prouverait rien. L’expérience serait à refaire ailleurs pour être concluante.

Le roi vient de perdre (29 juin 1841) son épouse, née duchesse de Mecklenbourg- Slrelitz , et sœur de Louise, reine de Prusse. Il n’a qu’un fils, frappé de cécité, et dont les droits à l’exercice de la royauté ne sont pas solidement établis. En cas d’extinction

de la ligne masculine de la maison régnante , le sceptre doit passer aux ducs de Brunswick. Mais, suivant une loi faite à Brichton, le 19 novembre 1836, par Guillaume IV, roi d’Angleterre , et que nous avons déjà citée ailleurs, il est établi qu’à Ernest-Au-

fuste et à sa descendance, succédera 'abord Auguste-Frédéric, duc de Susses , frère de Guillaume IV, et , s’il y a lieu, sa ligne masculine; qu'en cas d'extinction de cette dernière , le royaume passera au duc de Cambridge et à sa ligne. C’est seulement à défaut de ces divers prétendants que le duc Guillaume ou ses successeurs pourront monter sur le trôné de Hanovre.

PRINCIPAUTES DE MECKLENBOURG.

GEOGRAPHIE ET STATISTIQUE (*)

Le pays qui forme les deux principautés de Mecklenbourg , celle de Schwerin et celle de Strelitz, comprises tous deux dans l'ancien cercle de basse Saxe, est une vaste plaine, basse, sablonneuse, entrecoupée d’un grand nombre de lacs (**) , assez riche en forêts, et dominée par quelques montagnes.

Sur une superficie de 733 lieues carrées , il possède une population d’environ 587,000 habitants.

Considéré comme un État unique, le Mecklenbourg confine, à l'est, à la Poméranie ; au sud , à la marche de Brandebourg; à l’ouest, au royaume de Hanovre , au duché de Laueribourg et au territoire de Lubeck; enfin au nord, à la Baltique. Ses principaux cours d’eau sont la Warnow, la Steckenitz, la Reckenitz, la Peene, qui appartiennent au bassin de la Baltique ; puis l’Elde, la Boitze, le Hawel et la Sude, affluents de l'Elbe, qui ne fait que toucher ce territoire.

Le grand-duché de Mecklenbourg- Schwerin, sur lequel une alliance récente avec la famille d’Orléans a appelé l’attention de la France , est de beaucoup la plus grande de ces deux principautés; il compte environ 500,000 hab.

et 033 lieues carrées, et s'étend de l’est à l’ouest, sur une longueur non interrompue de 36 lieues (20 de largeur) ; la température y est moins douce que dans le Strelitz; mais le pays est plus riche en bestiaux et surtout en chevaux estimés. Son commerce n’est pas sans importance et prendra plus d'extension à l’intérieur, quand les communications seront devenues plus faciles et plus nombreuses.

(*) Voyez Oeographiich-slatistiche DanlelJung, etc., par W. Crome et Malle-Brun, Géogr. univ. , V, 56 et suiv.

(") La principauté de Stargard , dans le Mecklenbourg-Strélitz , en renferme à elle seule cinquante-trois , dont le plus petit a au moins un quart de mille de longueur.

Les revenus s’élèvent à peu près à 5,000,000 de francs, et la dette publique à 20,000.000. Le contingent est de 3,580 hommes.

Le grand-duché de Mecklenbourg- Strelitz comprend les extrémités occidentales et orientales des possessions de la maison (*); sa superficie n’est que de 100 lieues carrées, et sa population de 87,000 âmes. Le chiffre des revenus ne s’élève pas à plus de t, 200.000 fr., celui de la dette est de 3,600.000, enfin, celui du contingent de 718 hommes.

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