‹ États de la confédération germaniqueChapitre 24 sur 261 · TREVE. GUERRE CONTRE CLARIS · texte numérisé non relu

TREVE. GUERRE CONTRE CLARIS

Le duc Albert, oncle de ces princes , profita d’une courte trêve pour régler a Bade l’administration des États dont ils venaient d'hériter ; après quoi , la petite guerre commença en divers lieux et se prolongea pendant trois mois.

Au bout de ce temps, les Autrichiens, découragés par de nouveaux revers, conclurent une trêve de dix-huit mois pour se mettre en état de recommencer plus vivement les hostilités. Lors-

(*) Ibid. , pag. 3o8.

AUTRICHE

qu'au commencement de l'année 1388 la trêve expira , les Autrichiens sur*

firirent un corps de Claris posté dans a ville de \Ve>en. Cette sanglante déclaration de guerre fut bientôt suivie d’attaques ouvertes plus sérieuses; la vallée deGlaris fut envahie.

BATAILLE DK HÆFEI.S.

L’armée autrichienne était à peu près au nombre de six mille hommes.

Le 8 avril, au soir, le capitaine Matthias Am Büel, qui gardait avec deux cents hommes le défilé de Næl'els , eut avis qu’on venait l’attaquer. Il en fit sur-le-champ passer la nouvelle dans le principal village; et, pendant le cours de cette même nuit, les femmes et les enfants se réfugièrent dans les montagnes , avec les meubles et le bétail.

Des jeunes gens coururent en hâte à Schwitz, à travers le val de Muotta, requérir les habitants de venir prendre part au combat qui allait se livrer pour la liberté de Claris. D’autres volèrent instruire de son danger les cantons d’Uri , d'Underwald et de Lucerne; l’armée autrichienne, campée entre Zurich et Glaris, n’interceptait point ces communications. Aussitôt, sans attendre que le peuple fût rassemblé, Schwitz lit partir trente jeunes gens ui surpassaient tous les autres en areur belliqueuse et en célébrité. Ils furent suivis presque immédiatement de vingt autres, et ces deux petits détachements se rendirent à Glaris, avant le jour, par les monts de Richcnsau.

L’armée ennemie s’ébranla le dimanche 9 avril, vers quatre heures du matin , et l’on vit paraître les premiers corps près du retranchement qui, prolongé d'une montagne à l’autre, fermait l’entrée des limites vers Næfels, tandis que d'autres se montraient sur le Kirenzen , et s’avancaient de l’autre côté du Landwehr, pour fondre par derrière, de la hauteur de Beglingen , sur ceux qui étaient chargés de défendre le passage. Matthias de Büel lit sonner le tocsin. Les habitants de Mollis furent les premiers qui vinrent se

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joindre à lui ; ceux de Glaris parurent ensuite au nombre de six cents, sous la conduite du landamman Albert Vogel, qui se distingua dans cette journée. Après une vigoureuse défense et une perte considérable , voulant donner nu peuple le temps de se réunir, de Büel céda l’avantage. L’armée autrichienne ayant force le retranchement, entra dans le pays avec une impétuosité irrésistible, tandis que le tocsin continuait de sonner, que l’on se rassemblait dans tous les hameaux, et que toute cette agitation, dont le bruit parvenait à l’oreille des fugitifs, les remplissait au fond des Alpes de terreur et d’inquiétude. De Büel Gt prendre à sa troupe, alors réduite à cinq cents hommes , une position telle que le mont Rüti couvrait ses derrières.

Henri de Büel , à travers mille dangers, y porta la bannière du canton.

Les habitants accouraient de toutes parts se grouper autour d’elle; ils venaient par petits détachements et pas saient a travers l'année autrichienne, qui , méprisant leur petit nombre , s’occupait à emmener les troupeaux, à vider les magasins de provisions et à brûler Næfels.

L’ennemi s'avança jusqu’à Netstall ; sa cavalerie attaqua lesGlaronnais dans un sentier pierreux, impraticable pour les chevaux ; les Glaronnais accablèrent les animaux de pierres : plusieurs en furent blessés, mutilés ou tués^ et jetèrent le désordre parmi les ennemis.

Pendant ce temps il leur survenait des renforts de tous côtés , et même des vallées qui leur étaient inconnues. Ces secours les mirent à portée d'attaquer à leur tour. Les Glaronnais sont remarquables par leur vivacité et leur adresse. Les ennemis, au moment où ils s'y attendaient le moins, se voyaient couverts de blessures et renversés de cheval. Tout a coup de grands cris annoncèrent l’arrivée d’un nouveau renfort, accompagné de trente jeunes gens de. Schwitz. Les montagnes répétèrent ces cris, et les combattants y répondirent par les leurs. La confusion des chevaux , l'énergie de la résistance , ces cris auxquels l’ennemi n’était

L’UNIVERS

point accoutumé, l’aspect des Alpes voisines du champ de bataille, le remplirentd'illusiojis effrayantes; il se crut environné de périls cachés et surnaturels.

Vers neuf heures du matin, les Autrichiens s'enfuirent tout à coup saisis d’une terreur panique, et comme intimidés par l'ombre de AValther de Stadion, qui, trente-sept ans auparavant, avait trouvé sa perte dans le même défilé en combattant les mêmes hommes. Ils périrent en foule. Tout Glaris poursuivit les Autrichiens jusqu’au pont de Wesen, en poussant des cris de victoire. Les seigneurs autrichiens se pressaient en foule sur le pont ; il enfonça. Les chevaliers , pesamment armés, tombèrent dans le lac de Walenstadt; d’autres les suivirent sans savoir cequ’ils faisaient. On ignore le nombre de ceux qui se noyèrent;

fdusieurs tombèrent sans défense sous es hallebardes des Glaronnais. Il périt cent quatre-vingt-trois chevaliers ou nobles, en tout plus de deux mille cinq cents hommes. Onze bannières et dix-nuit cents armures devinrent la proie des vainqueurs.

A la suite de cette éclatante victoire, les Glaronnais décrétèrent « que tous « les ans, le premier dimanche d’avril,

« on enverrait à Næfels , de toute la « contrée, le principal habitant de « chaque maison , en état de faire le « voyage, et que ces députés, visitant « les ehemins et les défilés où leurs a pères avaient été, à pareille époque,

« en butte à l’excès de la fatigue et « du danger, prieraient pour la conr solation et le salut des âmes de ceux r qui avaient péri, et loueraient leToutr Puissant. » Conformement à cette loi , le peuple se rend en corps aux endroits où des attaques edrent lieu , ce qui fait onze stations; à la sixième, on lit, en présence du Iandaminan , l’histoire de la bataille de Sempach, des événements dont Gaster fut le théâtre, et de la victoire de ISæfels ; les noms de cinquante et un Glaronnais tués dans le dernier combat; ceux des valets de Conrad von der Au; ceux de deux habitants de Schwitz ; enfin , celui de

Matthias de Biiel et de tous ceux qui , sous son commandement, hasardèrent leurs jours en faveur de la patrie. A la suite d’une messe célébrée à leur intention , et après un discours où l’on rappelle le courage avec lequel ils défendirent la liberté, la multitude s’abandonne à une joie légitime (*).

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