PAIX AVEC LES SUISSES
Le lendemain de la bataille, sept cents Zurichois, partis trop tard pour partager le triomphe de Glaris, vinrent avec eux assiéger Rapperschwil. Berne , de son côté , qui ne s'était pas trouvée à ces batailles héroïques , mais qui savait en profiter , enleva les villes autrichiennes de Nidan, Biiren et Underwen. L’Argovie était sérieusement menacée par Berne et Zurich ; la Thurgovie semblait vouloir faire défection ; il fallait se hâter d'arrêter les armes des Suisses , dont l'ambition avait été éveillée par leurs triomphes. Aussi , les princes autrichiens, dont l’attention était d’ailleurs appelée d’un autre côté, se décidèrentils à traiter enfin avec les montagnards qni les avaient contraints à respecter leur indépendance.
Louis, comte de Thicrstein, abbé d’Einsidlen, et Burkard Wvss, abbé de Wettingen , négocièrent lé traité suivant à Zurich, sous la médiation des villes libres et impériales de Constance, de Rothwyl, de Itavensbourg, d'Ueberlingen, dé I.indau et de Bâle. Cette paix fut ratifiée à Vienne le 22 avril 1389. Elle était conçue en ce s termes :
r Tous les pays, châteaux et villes « qui ont fait dés traités de eombourr geoisie avec les Suisses, ou que ces « derniers ont conquis durant le cours r de la précédente guerre , demeurer ront en leur pouvoir pendant toute « la durée de cette paix.
« Cependant ils restitueront la ville r de tVesen, à condition qu’aucun des « anciens habitants qui ont été parjures r à leur égard ne logera ou ne bâtira « dans ses murs. Lucerne nommera r un bailli pour le lac de Sempach.
(*) Ibid. p. 3Ï4 et luiv.
AUTRICHE
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« Le commerce sera libre. Il ne sera « point établi de nouveaux péages, et «chacun pourra dianger ae séjour, « sauf la réserve des cens fonciers et « des droits de départ.
« Les Suisses n'accorderont à l’ave- « nir le droit de comhourgeoisie à au- « cun sujet de la maison d'Autriche, à « moins qu'il n'établisse son domicile « dans leurs villes ou à Waldstetten.
« Aucune des parties contractantes ne « donnera passage, libertédecommerce «ou de - protection aux ennemis de « l’autre partie. Tous les points liti- « gieux seront discutés et jugés à l’a- « miableou avec équité dans les abbayes « lin Var ou de Saint-Urbain, choisies « pour lieux d’assises, la première quand « il s’agira de Zurich , de Lucerne, d’U- «ri, de Sclnvitz et d’Underwald , la « seconde pour Berne et Soleure.
« Si les réclamations viennent de la « part de la maison d’Autriche , elle « choisira l’arbitre parmi les conseillers « du canton dont elle se plaindra.
« Si c’est un canton qui se plaint « d'elle, l’affaire sera jugée par un ar- « bitre élu entre les conseillers autri- « chiens de la Thurgovie ou de l’Ar- « govie. »
« Ce fut ainsi , dit Jean de Muller (*), que les Suisses mirent fin à la guerre sanglante qui avait amené les batailles de Sempach et de Næfels ; leurs gouvernements l’avaient commencée à regret , mais les peuples s’y étaient portés avec joie. »
SAOK ADMINISTRATION D’aLBKRT III.
Pendant que le (ils de Léopold II usait ses forces dans une lutte inutile contre les Suisses, son oncle Albert, réduit au gouvernement du duché d’Autriche, se consacrait aux soins d’une administration vigilante , réprimant les excès des seigneurs , et s’appliquant à établir dans ses Etats une police active.
Ses efforts constants pour maintenir la tranquillité et assurer la liberté des routes, le firent aimer de ses sujets, qui , à sa mort , versèrent des larmes véritables. Albert III est le type des
(*) Ibid. p. 36o.
souverains de la maison d'Autriche, *
Princes débonnaires , affables , et dont autorité, pour ainsi dire patriarcale, repose sur le respect et la confiance des habitants de l’archiduché. Voici le iwrtrait que trace un chroniqueur contemporain d'Albert III : « C’était un « prince ami de la paix , pieux et doux.
& il faisait sa résidence principale à « Laxendorf, à deux milles devienne.
« 11 en écartait autant qu'il pouvait « toute affaire , et y vivait avec la sim- « plicité d'un chartreux. Il travaillait « dans son jardin, de scs propres « mains ; et , Palladius à la main , il « s’occupait ou de plantations ou de «jardinage. »
Albert aimait aussi les lettres; il obtint du pape Urbain VI la permission de fonder, dans l’école établie par Rodolphe IV, une chaire de théologie, ce qui éleva l’école de Vienne au rang d’université. Les premiers professeurs furent Henri de liesse et Henri d’Oyta , qu’on fit venir de Paris, dont l’université était alors la première lumière du monde. Sou administration fut encore marquée par la fondation du couvent des soeurs de Sainte-Madeleine ou de la Pénitence. Il y avait déjà près de deux siècles que l’Église s’ouvrait aux femmes; que Robert d’Arbrissel leur avaitconstruit des asiles en France, surtout pour les grandes pécheresses , pour celles qui avaient longtemps vécu dans les plus odieux séjours. Les sœurs du couventde Sainte-Madeleine étaient des femmes qui se repentaient de la mauvaise vie qu’elles avaient menée; elles passaient leur temps en prières et à des ouvrages utiles; mais elles ne faisaient point de vœux, et pouvaient sortir de cet asile pour se marier, après s’étre ainsi purifiées dans le travail et l’amour de Dieu. Il était défendu , sous des peines sévères, de leur faire des reproches pour leurs fautes passées; mais si l’une d’elles sortait du couvent pour reprendre ses premières habitudes , elle était précipitée dans le Danube.