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HISTOIRE DE L’AUTRICHE

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L’Autriche [Osterland , Osferreich, le pays de l’est) était dans l’origine , comme toutes les autres contrées de la Germanie, couverte d’épaisses forêts, au milieu desquelles les débordements du Danube avaient formé d’immenses marécages. Alors leMarckfeld, cette grande plaine qui s’étend au sud devienne jusqu’aux montagnes de la Bohême, était sans doute couvert par les eaux. Ce sont les Romains qui, les premiers, apportèrent dans ce pays quelques arts utiles, et commencèrent la civilisation en y établissant plusieurs colonies. La plus importante fut ! indobon a. Vienne, qui dut son origine, comme un grand nombre d’autres villes de l’Allemagne et des Gaules, à un camp romain.

Auguste, comme nous l’avons dit dans notre histoire générale de l’Allemagne, ne voulait point que l’empire cherchât à faire des conquêtes en Germanie. Cependant, la sûreté de l’Italie le força d’abandonner lui-même le plan qu’il s’était tracé. En effet, la Cisalpine pouvait être menacée par les peuplades de la Rhétie; Auguste les soumit, s’empara des passages des Alpes, et les légions vinrent établir leur castra stativa sur la rive droite du Danube.

C’est alors que les contrées arrosées par ce fleuve prirent le nom de Noriqueetde Pannonie : l'Autriche actuelle était comprise dans ces deux provinces.

Les établissements des Romains sur les bords du Danube furent bientôt menacés par la ligue puissante des Marcomans , comme l’avaient été ceux

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du Rhin par la confédération des Chétusqties. A la tête des Marcomans se trouvait Marbod , élevé à Rome comme Hermann , comme lui citoyen et chevalier romain. Avec ses quatre-vingt mille guerriers , qu’il essayait de soumettre à la discipline romaine , il avait étendu sa domination sur toute la ligne du Danube en face des postes romains. Si Marbod alors eût pénétré dans les Alpes à peine soumises et attaqué l'Italie septentrionale, l’empire se serait trouve dans un danger imminent. Aussi Tibère disait - il que Marbod était plus redoutable pour Rome que ne l’avaient jamais été Philippe pour les Athéniens , Pyrrhus ou Antiochus pour la république.

Auguste comprit ce danger; il sentit qu’il fallait à tout prix détruire cette puissance naissante. Douze légions furent données à Tibère. Jamais une armée aussi nombreuse n’avait été réunie sous les ordres d’un général romain. Tibère, avec une partie de ses troupes, vint sur les bords du Danube, attaquer Marbod par la Pannonie. En même temps un autre général s’avancait vers le Ban. Par malheur, les Pannoniens et les Dalmates, récemment soumis par Rome , crurent l’occasion favorable pour ressaisir leur indépendance. MaisTibère eutl’adresse d’arrêter les hostilités qui allaient commencer contre les Marcomans, et tourna ses armes contre les Dalmates qui ne purent résister. Les Dalmates s’étaient trop hâtés, car à peine avaientils déposé les armes, qu’ils apprirent la nouvelle du grand désastre essuyé dans le nord par Varus. C’était pour Marbod, s’il eût voulu sincèrement l’indépendance de la Germanie, l’occasion favorable de tomber sur les Romains encore effrayés. Mais le roi des Marcomans ne pouvait entendre vanter les exploits au chef des Chérusques ; il était jaloux de la gloire de. Hermann. D’ailleurs il n’était point animé, comme ce jeune chef, du noble sentiment de l'independance nationale ; ce qu’il voulait , ce n’était point l’affranchissement de la Germanie, mais un empire construit à son profit et qu’il

pût régenter, comme Auguste régentait l’empire romain.

La guerre acharnée que se firent Marbod et Hermann délivra Rome d’inquiétude. Le chef des Marcomans , vaincu, fut contraint d’aller mendier un asile auprès des Romains.

Après ce grand désastre des Marcomans, la Pannonie et le INorique furent quelque temps tranquilles. Mais encouragés par les guerres civiles qui suivirent la mort de Néron , et par le bruit des victoires du ltatave (avilis, les Germai us des bords du Danube renouvelèrent leurs incursions, et le roi des Daces osa même attaquer l’Italie. Le lâche Domitien acheta la paix des barbares, et dégrada l’empire jusqu’à leur promettre un tribut annuel. Trajan vengea le nom romain; il jeta audacieusement un immense pont de pierre sur le Danube, comme pour délier les barbares, battit les Daces, et réduisit leur pavs en province. Ces triomphes de Trajan sur les peuples de la Pannonie ne firent qu’irriter les Germains méridionaux. Tous les peuples situés le long du Danube, depuis la Pannonie jusqu’au Nordgau, les Marcomans , les Quades , les Hermondures, les Langobards, et plusieurs autres qui nous sont inconnus, formèrent une vaste confédération. L’effroi se répandit par toute l’Italie, et, si l’on en croit Lucien , on alla jusqu’à consulter un prétendu prophète, qui

firomit la victoire si l'on jetait dans e Danube , pour les faire aborder sur la rive gauche, deux lions chargés de parfums et d’aromates. Mais les barbares, qui prirent ces lions pour des chiens sauvages, les tuèrent à coups de flèches, et, quelque temps apres, massacrèrent vingt mille Romains.

Il fallut que les deux empereurs Marc Aurèle et l’indigne collègue qu’il s’était donné, Lucius Vérus, marchassent contre les Germains. Poyr se rendre les dieux favorables, et ranimer la confiance des soldats, toujours alarmés d’une guerre au delà des Alpes, Marc Aurèle ordonna un si grand nombre de sacrifices, que les plaisants

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L’UNIVERS

de Rome disaient qu’à son retour il ne trouverait plus de bœufs pour remercier les dieux de sa victoire. Les barbares avaient pénétré jusqu’à Aquilée; ce ne fut qu’avec peine qu’il en délivra l’Italie. L’empereur croyait la paix assurée, mais les Marcomans et leurs alliés avaient éprouvé la faiblesse de l’empire et goûté les fruits de l’Italie : la guerre recommença.

Cependant, à Rome , toutes les ressources avaient été épuisées. Marc Aurèle se vit obligé de vendre les meubles et les effets précieux du palais impérial; on enrôla les esclaves, les gladiateurs, les étrangers, et cette armée, à peine romaine , descendit des Alpes vers le Danube. Attiré par les Quades dans d’étroits défilés , l'empereur se vit tout à coup enfermé par les barbares, qui, détournant tous les ruisseaux, laissèrent leurs ennemis exposés à une soif dévorante. Le désastre de Varus allait se renouveler..

L’empereur et sa dernière armée périssaient, lorsqu’une pluie imprévue leur offrit le moyen de se désaltérer.

En même temps’, un orage affreux, mêlé de grêle et de tonnerre, fondit sur les Quades, qui se hâtèrent de rendre les armes, persuadés que les dieux s’étaient prononcés pour les Romains. Cette intervention du ciel fut attribuée aux prières de la légion fulminante, la dixième, celle de César, et qui était toute composée de chrétiens.

Sous les successeurs de Marc Aurèle, la Pannonie et le Norique furent traversés et ravagés par ces hordes sans nombre qui se ruaient sur l’empire romain. Placées au pied des Alpes, ces contrées étaient comme leur lieu de rendez-vous; c’est là qu’ils se préparaient aux attaques contre l’empire; de là qu'ils partaient pour franchir les Alpes et descendre dans la vallée du Pô. Ces hordes vagabondes échappent à l’histoire; c’est à peine si leurs noms ont survécu à leurs ravages : Sarmates, Vandales, Gépides, Ilérules, Rugiens, Bulgares, etc., paraissent tour à tour sur les bords du Danube, qu’ils ensanglantent dans leurs querelles sans cesse renouvelées. Les Avares y éta-

blirent une domination plus durable :

de la Hongrie, le rentre de leur empire, ils s’étendirent à l’ouest jusque dans le cœur de l'Allemagne; mais, battus par les Francs en Thuringe, ils furent bientôt réduits en Germanie à la possession de l’Autriche jusqu’à la rive droite de l’Ens, et d’une partie de la Styrie.

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L’Autriche resta alors pendant longtemps une marche , une frontière partagée entre les Germains qui habitaient la rive gauche de l’Ens, et les barbares de la Hongrie ; mais lorsque Charlemagne eut renversé le duc de Bavière, Tassilon, il se trouva en face des Avares. Tassilon avait sollicité leurs secours contre le roi des Franc», et ils avaient pénétré avec deux armées dans le Frioul et la Bavière.

C’était appeler sur eux - mêmes les armes de Charlemagne. « Le roi, dit Aginhard, quitta Worms vers le commencement de l’été, et partit pour la Bavière dans la résolution de rendre aux Huns (ou Avares) le mal qu’ils lui avaient fait , et de leur déclarer la guerre le plus tôt possible. Il assembla donc, dans cette intention, des convois et les meilleures troupes de son royaume, et commença à faire route avec son armée partagée en deux. Il en confia une portion au comte Théodoric et à Meginfried ,son chambellan , et leur ordonna de s’avancer le long de la rive septentrionale du Danube ; luiinêine occupa avec cellequ’il conduisait la riveméridionaledece fleuve, et gagna la Pannouie. Il commanda aux Bavarois de descendre le Danube avec les rovisions de l’armée, placées sur des ateaux. S’étant ainsi mis en marche, il dressa d’abord son camp près de l’Ens; car ce fleuve, coulant entre la Bavière et le pays des Huns, devait nécessairement servir de limites aux deux royaumes. On fit alors pendant trois jours des prières pour que l'issue de cette guerre fût heureuse et fortunée ; ensuite les troupes se mirent

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en mouvement, et la guerre fut déclarée par les Francs à la nation des Huns. Les garnisons des Huns furent chassées; leurs forteresses, dont l’une était bâtie près du fleuve du Camb. et l’autre près de la ville de Comagene ( Comhorn ? ) , et sur le mont Anneberg, furent détruites, et tout fut dévasté par le fer et la flamme. Le roi gagna avec son armée le fleuve du Raab, le passa, et marcha, en suivant la rive, jusqu'au lieu où il joint le Danube; il y campa quelques jours, et résolut de retourner par la Bavière:

mais il ordonna aux autres troupes, a la tête desquelles étaient Théodoric et Meginfried, de reprendre la route de la Bohème, qu’elles avaient déjà suivie. Ayant ainsi parcouru et ravagé une grande partie de la Pannonie, il rentra en Bavière avec son armée saine et sauve. Quant aux Saxons et aux Frisons, ils retournèrent chez eux par la Bohême, avec Théodoric et Meginfried, selon l’ordre qu’ils avaient reçu. Cette expédition se passa sans aucun fâcheux accident, si ce n’est que les chevaux de l’armée que menait le roi furent atteints d’une telle maladie, qu’on dit que de plusieurs milliers de chevaux il en resta a peine la dixième partie. Le roi renvoya ses troupes, se rendit à la ville de Régine, nommée actuellement Regensbourg ( Ratisbonne) , y passa l'hiver, et y fêta la naissance’et la résurrection du Sauveur. »

Charlemagne ne fit en personne qu'une seule campagne en Pannonie.

« Il se reposa sur son fils Pépin , les commandants des provinces, les comtes et les lieutenants, du reste de la guerre. Quoique soutenue par tous ceux-ci avec un très-grand courage, elle ne fut terminée qu’au bout de huit ans (791 -797). La Pannonie, vide d’habitants, et la résidence royale du Chagan tellement dévastée qu'il n’y restait pas trace de demeure humaine, attestent combien il y eut de combats donnés et de sang répandu. Les Huns perdirent toute leur noblesse, virent périr toute leur gloire, et furent dépouillés de tout leur argent, ainsi que des trésors qu’ils avaient amassés de-

puis de longues années. De mémoire d'homme, les Francs n’ont fait aucune guerre dont ils aient rapporté un butin plus abondant et de plus grandes richesses. Jusqu’à cette époque, on aurait pu les regarder comme pauvres; mais alors ils trouvèrent dans le palais du roi des Huns tant d’or et tant d’argent, et rapportèrent des combats tant de précieuses dépouilles, qu’on est fondé, à croire que les Francs enlevèrent justement aux Huns ce que ceuxci avaient précédemment ravi injustement aux autres nations (*). »

Cette nation, autrefois si redoutable, tomba si bas après sa défaite, que ce qui en restait fut obligé de venir demander à Charlemagne asile et protection contre les Slaves. Il en établit en Bavière, et leur fit prêcher le christianisme.

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