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MARGRAVES D'AUTRICHE

Pour administrer ses nouvelles conquêtes, Charles établit de ce côté des comtes de la frontière, des margraves, qui, sous le titre de comtes de la Bavière orientale, durent veiller sur tous les mouvements des Slaves , des Moraves d’abord, puis ensuite des Hongrois, dont les incursions désolèrent l'Allemagne du midi, jusqu’aux grandes victoires remportées sur eux par Henri l’Oiseleur et Othon le Grand.

Après la mort de Charlemagne, lorsque s’opéra le démembrement du grand empire, ce déchirement eut lieu pour l’Allemagne avec une régularité parfaite. Où en voit les diverses parties échapper successivement et sans secousse apparente, à l’unité administrative que Charlemagne nvait imposée.

D’abord, se forme un royaume de Germanie; bientôt se dessinent audessous deux grandes masses, deux provinces dont le caractère est bien tranché, deux anciennes nations germaniques, qui ressaisissent leur indépendance sous des princes particuliers, la Saxe et la Bavière. Puis, à côté de

(*) Éginhard , Vie de Charlemagne.

L’UNIVERS

la Bavière, s’élève le duché de Souabe; à cdté de la Saxe, celui de Franconie; enfin, sur les bords du Rhin , celui de Lorraine.

Quand les provinces intérieures, qui avaient déjà possédé jadis une existence politique, se trouvent reconstituées, alors vientle tourdes frontières.

Les margraves dans toute l'Allemagne orientale , prétendent au droit de transmettre à leurs lils le gouvernement de leurs marches, et lorsqu'on 883 , Charles le Gros voulut enlever aux fils du margrave d’Autriche la charge de leur père, ils prirent les armes pour défendre ce qu’ils appelaient leur droit, et trouvèrent assistance ]>armi tous les seigneurs voisins, qui regardaient déjà comme une injustice d’enlever aux enfants les ofGces possédés par le père.

LÉOPOLD L’tLLtSTRE.

Léopold dit l’illustre, chargé par Henri l’Oiseleur du gouvernement de la marche orientale, fut la tige des margraves d’Autriche. Léopold défendit courageusement cette province contre les attaques des Hongrois.

Geiza, roi de Hongrie, s’étant emparé de la forteresse de Melck , Léopold se mit en marche contre lui avec une puissante armée , le battit sur les bords du Danube, et reprit la place. Il remporta d’autres avantages sur les Hongrois, aux dépens desquels il recula les limites de l’Autriche vers l’orient. Sa piété ne le cédait point à sa valeur; il fonda au château de Melck un chapitre de douze chanoines, où il fut dans la suite inhumé avec sa femme. Sa mort fut l’effet d’un accident tragique. Ayant été invité par l’évéque de Wurtzbourg à la fête de saint Kilien, patron de cette ville, il s’y rendit avec Henri, son fds; mais tandis qu’il regardait d’une fenêtre les exercices militaires de ses soldats, qui l’avaient accompagné, il fut frappé mortellement d’une flèche tirée au hasard, et n’eut que le temps de recevoir les derniers secours de l’église (994).

HENRI l".

Son fils Henri lui succéda : on sait peu de chose sur ce prince. Il soutint l’empereur Henri 11 dit le Saint dans sa lutte contre Qoleslas Chrohrv, roi de Pologne, et repoussa comme son prédécesseur, les attaques des Hongrois, qui du reste n’envahissaient l’Autriche que pour y faire du butin , et non pour y chercher un établissement.

Henri, pour prévenir ces incursions, fit alliance avec leur roi et lui donna sa fille en mariage.

Le château de Melck était alors la résidence des margraves autrichiens ; c’est là que Henri fit transporter le corps de saint Coloman , auquel il fit élever dans l’église de Saint-Pierre un magnifique tombeau.

ALBERT I*r, LE VICTORIEUX.

( ioi8-io56.)

Albert, surnommé le Victorieux, avait déjà mérité ce titre par son courage et ses exploits, avant de succéder a son père. L’alliance contractée par Henri avec les Hongrois , le mariage d’Albert avec, la soeur de leur roi Pierre; dit l'Allemand, à cause de la faveur qu’il accordait aux hommes de cette nation, rien ne put sauver l’Autriche des éternels ravages de ces redoutables ennemis. Albert eut à repousser, en 1042, une dernière invasion tentée par eux; mais il les vainquit et leur enleva tout le pays qui formait autrefois la haute l'nnnonie.

L’empereurHenrilILpourreconnaître l’important service querendait à l’Allemagne entière une victoire gagnée sur les Hongrois , voulut que le pays conquis par Albert restât comme possession héréditaire dans la maison des margraves d’Autriche. Le roi André, successeur d’Aba, avant renouvelé la guerre, Albert remporta encore sur lui divers avantages, qui l’obligèrent à demander la paix. Ce margrave peut être regardé comme le fondateur de l’Autriche actuelle , car ce fut lui qui étendit jusqu’à la rivière de Leyflia

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AUTRICHE

son territoire , qui n’allait auparavant que jusqu'au Kanlenberg.

Ainsi, les margraves d’Autriche augmentaient lentement leur pouvoir :

restant étrangers aux querelles qui occupaient l'Allemagne derrière eux, ils assuraient et étendaient leurs frontières aux dépens des Slaves.

F.BNEST LE VAILLANT* (io56-io;5.)

Ernest suivit d’abord cette conduite prudente de ses pères; il soutint avec bonheur plusieurs guerres contre les Hongrois , et reçut en récompense de l’empereur Henri IV, en 1058, l’avouerie de l’archevêché de Salzbourg et celle de l’évêché de Passau , avec le droit de faire porter devant lui le glaive et le drapeau , comme les rois , et de

E rendre sur son sceau un oiseau semlable à l’aigle double des armes actuelles de l’Autriche.

Mais cette extension de territoire et de prérogatives vers l’ouest, semble avoir décidé Ernest à donner son attention aux révolutions (Je l’empire. Lorsque la querelle des investitures éclata, et qu’il vit toute l’Allemagne du nord soulevée contre Henri IV, espérant sans doute qu’en s’unissant avec elle il trouverait moyen d'accroître ses domaines aux dépens de la Bavière, qui soutenait Henri , il se déclara contre l'empereur, et partagea la défaite que Henri lit éprouver aux Saxons sur les bords de l’Instrut.

Ernest resta lui-méme sur le champ de bataille.

LÉOPOLD II, dit LE BEAU.

Ce ne fut point un avertissement pour son fils; il resta comme son père attaché au parti des Saxons. Henri se vengea en lui ôtant le margraviat d’Autriche, qu’il donna àWratislas II, roi de Bohême; mais c’était une de ces décisions qui ne peuvent s’exécuter qu’avec une armée, car le temps n’était plus où l'empereur pouvait donner ou enlever à son gré ces charges, qui étaient devenues (les principautés in-

dépendantes. Le roi de Bohême , aidé par son frère, le margrave de Moravie, et par les troupes du duc de Bavière, pénétra en Autriche, et remporta une victoire dans un lieu nommé Moriberch. Cependant , malgré cet échec , Léopold parvint à se soutenir dans sa province, et força même le roi de Bohême à renoncer au don que lui avait fait l'empereur. Quelques succès sur les Hongrois, qui voulaient encore entamer l’Autriche, consolidèrent sa puissance.

Sa veuve, Itlia, eut une destinée singulière. Partie pour visiter la terre sainte, avec le duc de Bavière, l’archevêque de Snlzbourg'et d’autres princes , Itlia fut prise par un prince sarrasin , et la femme (l’un margrave d’Autriche alla mourir dans le sérail d’un émir musulman.

LÉOPOLD III, dit LE PIEUX.

Léopold mérita son surnom par ses libéralités envers les églises. Il fit de nombreuses donations aux moines de Melck, et obtint, en 1113, une bulle de Rome, qui exemptait ai monastère de la juridiction de l’évêque de Passau, pour le soumettre immédiatement à celle du saint-siège. L’année suivante, il fonda l’église de Neubourg , où il établit des moines de l’ordre de Saint- Augustin (*). Léopold administra l’Autriche, comme il aurait fait pour son propre domaine, avec économie et justice. Son peuple avait encore des mœurs grossières et même féroces qu’il devait a ses éternelles luttes contre les Slaves : Léopold les adoucit par de sages

(*) Suivant une tradition populaire, le magnifique eouvent de Kloster-Ncubourg aurait clé construit par Léopold, à l’endroit où sa femme aurait retrouvé un voile précieux perdu à la chasse huit ans auparavant. Léopold se complut tellement à son ouvrage, qu’il fil bâtir en même temps, à coté du cloître, le château de Fursteuhaf; bientôt on éleva tout à l’entour des maisons , pour servir de demeure aux personnes attachées an margrave, et |>cuà peu Kloslcr-Neubourg devint une ville considérable.

L’UNIVERS

règlements. Leur religion était mêlécde cérémonies superstitieuses, restes de l’ancien paganisme conservés sous différentes formes dans les montagnes , il les effaça et lit prêcher la pure doctrine. Les pauvres eurent à se louer de sa bienfaisance, et tous ses sujets de sa justice.

Tant de sagesse répandit par toute l’Allemagne la réputation du margrave d’Autriche; et lorsque Henri V mourut, Léopold fut désigné par plusieurs pour lui succéder dans l’empire. Mais comme il vit son compétiteur Lothaire réunir un plus grand nombre de suffrages, il se. retira.

Malgré son caractère pacifique, Léopold eut plusieurs guerres à soutenir contre Étienne, roi de Hongrie, dont il repoussa les attaques avec l’assistance du roi de Bohème. La Hongrie fut même ravagée par lui, en représailles desdévastationsqu’Étienne avait répandues sur l’Autriche.

Le régne de Léopold eut une heureuse influence sur l’Autriche. Les margraves précédents avaient , par la guerre, fondé en quelque sorte ce mar- ' graviat ; Léopold, par son administration, en unit les diverses parties, en forma comme une masse homogène qui ne pouvait plus être séparée. L’ancienne marche avec ses limites indécises, et sa population, mêlée de Germains et de Slaves, formait maintenant un État, ayant une vie propre, comme chacun des autres grands duchés de l’Allemagne.

ALBERT II, (Ut LE DÉVOT.

Son fils Albert ne régna que peu de temps; il mourut la même année que son père, après avoir cependant signalé sa courte administration par une utile intervention dans les affaires de la Hongrie, où il soutint son beaufrère Bêla II contre un compétiteur qui lui disputait le trône.

LÉOPOLD IV, dit LF. LIBÉRAL.

Léopold, le troisième fils de Léo-

pold le Pieux, succéda à son frère Albert, par préférence à son autre frère Henri , plus âgé que lui. L’empereur d’Allemagne, Conrad de Franconie , était son frère utérin; car Léopold le Pieu* avait épousé la veuve du duc de Souabe, déjà mère de Conrad. Cette parenté valut au margrave d’Autriche le duché de Bavière, que l’eiYipereur lui conféra lorsqu'il en eut privé Henri le Superbe. Léopold administra ce pays pendant quatre années jusqu’à sa mort, arrivée en 1142.

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