‹ États de la confédération germaniqueChapitre 43 sur 261 · GUERRE DE FRÉDÉRIC COKTRE SIGISMOHD ET ALBERT · texte numérisé non relu

GUERRE DE FRÉDÉRIC COKTRE SIGISMOHD ET ALBERT

Avant de se voir seul mnîtredes possessions autrichiennes, Frédéric avait eu à vaincre l'opposition peu redoutable de son cousin Sigisinond, fils de Frédéric, puis celle d’Albert son frère. Tous trois prétendaient, à différents titres, à la possession de l’archidtiché et de la ville de Vienne. D’abord les États réunis dans cette capitale en interdirent l’entréeaux trois princes avant qu'ils se fussent accordés. Pour les bien disposer en sa faveur, Albert envoya quelques troupes saisir les brigands qui dévastaient les environs de Vienne ; on en prit cent cinquante , dont quatre-vingts furent pendus et le reste jeté dans îles cachots où on les laissa périr de misère. Peu après , un traité conclu entre les deux frères leur

(*) Coxc, Histoire de la maison d’Autriche, t. I, p. 4 17.

AUTRICHE

partagea l’Autriche; mais Albert ne se contenta point de son lot, et fomenta le mécontentement des bourgeois de Vienne. Le sénat et les riches tenaient pour Frédéric; la populace, dirigée par le bourgmestre Hulzer, démagogue turbulent, avait épousé la cause d'Albert.

«Ce prince, appelé par Hulzer , entra en Autriche avec ses troupes.

Toutes les villes se rendent; il marche sur Vienne : déjà il était dans le faubourg nommé I.andstrasse , lorsque la garnison impériale, qui avait eu beaucoup de peine à contenir les bourgeois, fit une sortie et l’en chassa. Il revint à la charge : on se battit sous les murs de la ville. Cependant on ne tarda pas à conclure un armistice par lequel Albert demeurait en possession des villes qu’il avait prises sur son passage. L'empereur, qui n’avait pu approuver l’armistice, se rendit à Vienne dès qu’il fut expiré, avec son épouse, son fils Maximilien, et quatre mille chevaux. On ne voulait point le laisser entrer dans la ville, qu'il n’edt consenti à une nouvelle nomination de magistrats : il cède, et se croyant alors sdr de ses sujets , il renvoie ses troupes ; mais à peine sont-elles parties, que les mécontents se révoltent contre l’empereur et l’assiègent dans son château. Alors il a recours aux princes de l'Empire, au roi de Bohême et aux Corinthiens. Les rebelles investissent le château ; et pour alarmer d’autant plus l’empereur, ils dressent toutes leurs- machines de guerre contre les appartements de l’impératrice et du jeune prince , qui sont contraints de se réfugier dans les souterrains. Ils vont jusqu’à pratiquer des mines; mais un Transylvanien nommé Thomas avertit les assiégés du danger, en tirant une flèche a laquelle il avait attaché un billet, et l’on travaille en conséquence à écarter les mines.

« Cependant la famine se faisait sentir : l’empereur et l’impératrice seuls avaient encore du pain de froment ; tout le reste était obligé de se contenter de farine d’orge, de pois ou de son. Le jeune prince surtout, se plaignant un jour de n’avoir que de

l’orge, et allant demander en pleurant à sa mère une grive ou quelque autre chose à manger, l’impératrice lui répondit en pleurant aussi : « Mon cher fils, louons Dieu d’avoir du pain. » Le tailleur de l’empereur, nommé Kronberger, qui s’était trop arrêté en ville, et n’avait pu entrer dans le chflteau , ayant appris cette anecdote, sauta pendant la nuit dans le fossé et apporta quelques volailles au jeune prince ; son fils, jeune étudiant, en fit autant.

L’empereur reconnaissant anoblit ce jeune homme , et le lit dans la suite bourgrave de Vienne. Maximilien l’aima tant qu’il vécut, le fit chanoine et lui donna plusieurs prébendes. Enfin le roi de Bohême vint au secours de Frédéric, et fit lever le siège, qui durait déjà depuis deux mois. L’impératrice partit des le même jour, avec son fils et sa cour, pour ÎS’eustadt; l’empereur traversa le Danube et alla trouver le roi de Bohême. Par une convention passée à Korneubourg, Frédéric dÉda à son frère, pour huit ans, toute la basse Autriche, se contentant d’un revenu de 14,000 ducats.

Il se rendit alors à Neustadt, auprès de sa famille, et Albert se fit prêter hommage à Vienne le jour de Saint- Etienne (1402) (*). »

La mort d’Albert, arrivée l’année suivante, délivra Frédéric d’un ennemi implacable et turbulent. Des lors il se trouva seul maître de toutes les possessions de sa maison, à l’exception de ce que conservait encore Sigismond.

rOflTBAIT DE FRÉDÉRIC.

Quand Frédéric ne s’occupait point des moyens d’agrandir sa maison, il vivait dans son laboratoire ou sa bibliothèque. » Frédéric, dit un contemporain, pénétra avec les astrologues et les alchimistes dans les secrets de la nature; non-seulement il développa les mouvements planétaires, mais il apprit à connaître ia combinaison et

(*) Chronique de Vienne, publiée par M. de La borde, Voyage en Autriche , t. II , p. 13.

L’UNIVERS

l’influence des astres fortunés; il comprit et prédit les choses les plus sublimes. Ses connaissances en alchimie étaient si grandes, qu'en donnant des couleurs aux cailloux communs il semblait les transformer en diamants, en rubis, en émeraudes et en saphirs.

11 changeait le vif-argent en or , et tirait de quelques gouties d'eau un grand spécifique contre différents maux. »

Frédéric, non-seulement consacra à ces occupations ridicules ses heures de loisir, mais il y sacrifia les devoirs du gouvernement", à des époques où la situation de ses affaires aurait exigé l'emploi de toutes ses facultés intellectuelles et tout son temps. Pour elles il renonça souvent aux projets qui le flattaient le plus , et même plus d’une fois, lorsque le caprice ou ses intérêts lui avaient mis les armes à la main , il les posa pour chercher des jouissances et du repos dans son laboratoire ou sa bibliothèque. Ainsi que IVodolphe , son grand-oncle , Frédéric fut attaché à la science des antiquités et étudia le blason. Comme ce prince, il composa un alphabet de caractères mystérieux et des devises fantastiques.

Il adopta comme indiquant la grandeur future de la maison d'Autriche une sorte d’anagramme qui consiste en cinq voyelles , qu’il lit imprimer sur sa vaisselle. Cette énigme , qui occupa les têtes graves de ses savants contemporains, fit naître une foule de conjectures ridicules. L’important secret ne fut découvert qu’après la mort de l'empereur , qui en laissa dans ses papiers une explication écrite de sa propre main, et d’après laquelle ces cinq lettres sont les initiales de cinq mots qui signifient : La maison d'Autriche doit gouverner le monde (*).

Frédéric composa, en langue latine, un journal de sa propre vie. Enfin , ii remplit ses tablettes de proverbes, d’apopbthegmes et de maximes, tirés des

Îioétes et des philosophes , et dont la ecture le consolait au sein de l'iufor-

(*) a, e, i, o, u, en latin A usina Est Imi tenu e Orli Universo , et en allemand

Allés Erdreich Isl Ocsterreich Unterthan.

tune. Le plus grand défaut de Frédéric était le manque d’activité. C’est donc une chose étrange qu’au milieu de tant d’embarras, un homme d’un tel caractère ait si essentiellement contribué a l’agrandissement de sa maison. Ce qui explique le mieux un pareil phénomène, c'est que rien en cc prince ne pouvait provoquer la haine. Sa patience finissait par lasser ses ennemis les plus entreprenants, et lui-même il poursuivait ses desseins avec une constance opiniâtre. Comme le roseau, auquel il prenait plaisir â se comparer, il pliait sous l'effort de la tempête |>our se relever lorsque le ciel était devenu serein (*).

Nous avons raconté dans le deuxième volume de l’Allemagne (**) l'histoire de Frédéric lllcomme empereur. Nous nous bornerons à rappeler qu'il mourut après un règne de 64 ans , le 9 août

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