RODOLPHE PERD LA HONGRIE ET LA TRAN- SYLVANIE
La cmauté du général de Rodolphe II, Basta , faillit lui faire perdre cette brillante conquête; un magnat transylvavanien, Moïse Tzekeli, soutenu par des Turcs et des Tartares, s’empara de la capitale, et se fit proclamer prince. Sa défaite par le vaïvode de Valachie, et sa mort dans le combat, permirent aux Autrichiens de reparaître en maîtres dans la province. Mais au même moment la Hongrie, révoltée des exactions des officiers impériaux, se soulevait sous la conduite de Botskai , qui , aidé par les Turcs, chassa les Autrichiens de la haute Hongrie et de la Transylvanie ( I6f>4) , et se vit bientôt en état de menacer les frontières mêmes de larchiduché.
Ainsi l’indolence de Rodolphe faisait
Eerdre à la maison d’Autriche le plus eau lleuron de sa couronne, le royaume pour la possession duquel elle avait épuisé ses finances , et dépensé des forces qu’il lui aurait été si utile d’employer ailleurs. Mais le malheureux empereur avait bien d’autres soucis que de veiller sur ses provinces. Effrayé par les prédictions de Tycho- Brahé , il se tenait renfermé dans ses appartements; les ambassadeurs étrangers, ni ses ministres même ne pouvaient parvenir jusqu’à lui.
RÉACTIONS CATHOLIQUES A AIX-LA-CHArRLLR ET A DONAUWERTU.
On doit bien penser qu’un tel prince laissait aller à leur gré les affaires de l’Empire, sans s’inquiéter de la ligue catholique ou de l’union évangélique qui s’étaient élevées en face l’une de 1 autre , et semblaient prêtes à vider
AUTRICHE
enfin leur vieille querelle de religion. Dès l'année 1598, les catholiques avaient, au mépris de tous les droits, chassé avec une armée les protestants d’Aix-la-Chapelle, et interdit l'exercice, dans cette ville, du culte réformé. En 1G07, ils voulurent opérer la même révolution à Donauwerth , petite ville impériale du cercle de Souabe. Sous prétexte de quelques troubles religieux qui y avaient éclaté , ils firent charger le duc de Bavière de réduire la ville, qui, d’État libre de l'Empire, devint ainsi une simple municipalité de la Bavière.
AMBASSADE DIS PROTESTA XTS A ROIïOI.PUE.
Cet événement décida les princes unis à envoyer une ambassade solennelle à l’empereur; le prince Christian d'Anhalt en fut le chef; et, après avoir lu à Rodolphe la liste des griefs des protestants, il lui représenta les actes arbitraires commis à Donauvvprth, les envahissements du conseil aulique, sa propre indolence, qui lui faisait abandonner tout le soin des affaires à des ministres corrompus. « Si l’on n’écoutait point leurs réclamations légitimes, ajoutait le prince, les États évangéliques seraient obligés de pourvoir h leur sdreté avec l’aide de Dieu.
D’ailleurs un grand feu couvait sous les cendres , même en Bohême; et les ministres que l’empereur s’était choisis n’étaient pas les hommes qui pourraient le sauver du danger. « Que Sa « Majesté impériale se rappelle, disait- « il encore, l'exemple de Jules César, « pour se convaincre de la nécessité n de voir par elle-même et de ne pas « différer ce qui peut se faire sur-le- « champ. Si le grand dictateur avait » voulu lire le mémoire qui lui fut remis « lorsqu’il alla pour la dernière fois au « sénat , la conspiration tramée contre « sa vie aurait manqué, et son sang « n’aurait pas jailli par vingt-cinq bles- « sures. »
RtVOLUTIOlt DAITS LA FAMILLE IMPERIALE.
Cette menaçante péroraison effraya
Rodolphe , qui accorda tout ce qui lui était demandé ; mais la révolution qui survint dans la maison d’Autriche suspendit toute décision sérieuse. « Rodolphe, par sa conduite bizarre , était devenu un objet de haine pour ses sujets et de mépris pour sa famille. Le dégoût que de tout temps il avait montre pour les affaires s’accrut avec l'Age et devint à la fin insurmontable. Beudant que toute la surface de l'Allemagne et ses pays héréditaires en particulier se couvraient de troubles, l’empereur distillait des eaux spiritueuses , taillait des pierres fines, élevait des édifices et observait le cours des astres. En 1597, il avait pris à son serv ice le célèbreTycbo-Brahé. Ce grand astronome était très -superstitieux ; il croyait lire dans les mouvements des planètes sa destinée et celle des autres. Par malheur, il avait lu dans les étoiles que les plus proches parents de l'empereur attenteraient à la vie de ce prince, et il n’avait pas caché sa découverte à Rodolphe, qui, aussi crédule que son maître , fut agité depuis ce moment de terreurs continuelles et se séquestra du monde. Enfermé dans son palais, il devint inaccessible à ses courtisans. Il n’osait plus se rendre à sa chapelle , et, pour ne pas être privé du plaisir de voir ses chevaux , il lit construire une galerie couverte qui , du château , conduisait à l'écurie ; clic était éclairée par des fenêtres étroites par lesquelles le jour entrait obliquement, afin que la galerie pdt lui servir de promenade sans qu’il risquAt d'être atteint d’un coup de fusil. Après ses chevaux , ce qu’il aimait le mieux , c'étaient ses maîtresses; mais rarement il s'en trouvait une qui sût l’attacher pendant plus de huit jours. Outre ses écuries et son sérail , il avait aussi une ménagerie pleine d’animaux rares qu’il se procurait à grands frais. Quelquefois il était assis, immobile pendant des heures entières, à regarder travailler un peintre ou un horloger.
Malheur à qui le dérangeait dans ces moments de jouissance ! le premier meuble qui se trouvait sous sa main volait à la tête de l’imprudent. Comme
il était naturellement doux, on attribuait à un dérangement d’esprit cette fureur qui le saisissait par moment.
« En 1581, il s’était fiancé à l’infante Isabelle, fille aînée de Philippe II, qui pouvait devenir l’héritière de la monarchieespacnole, parce qu’elle n’avait
3if un seul frère dont la santé était fort élicate; mais il différa ce mariage y pendant dix-sept ans , jusqu’à ce que Philippe, offensé de ces retards, fiança l’infante, qui était parvenue à sa trentetroisième année, a l’archiduc Albert, frère de l’empereur. Rodolphe montra beaucoup d'humeur de l 'inconstance de l’infante. Pour s’en consoler, il rechercha alternativement la main de Marie de Mcdicis, qui fut ensuite reine de France, celles de ses cousines germaines, des archiduchesses de Styrie, des princesses de Lorraine, d’une princesse russe et d’une fille du vaïvode de laValachie. Ses émissaires voyageaient d’une cour à l’autre pour voir toutes les princesses nubiles; ils lui envoyaient les portraits des plus belles, et des renseignements sur leur caractère et leur humeur; mais il ne put se résoudre à en épouser aucune. Son avarice ne lui permit pas de donner à ses frères des établissements qui les missent en état de se marier, et ce fut ainsi que la descendance masculine de Maximilien II s’éteignit avec les cinq fils que ce bon prince avait laissés.
« Enfin Mathias, l'un d’eux, résolut de mettre fin à cet état de choses. Le 25 avril IGOG, il conclut à Vienne un traité d’union avec l’archiduc Maximilien , son frère , qui était grandmaître de l’ordre Teutonique, avee Ferdinand , archiduc de Styrie , et Maximilien-Ernest, frère de celui-ci. « Étant « de notoriété publique, dit ce traité, « qu'une faiblesse d’esprit aceompa- ■> gnée de paroxysmes dangereux rend « l'empereur Rodolphe incapable de « gouverner plus longtemps , ils ont « jugé nécessaire de déclarer l’archiduc « Mathias chef de leur maison , pro- « mettant de l’assister de conseils et de « faits, nommément s'il était question « de le faire élire roi des Romains. »
Ils conclurent cet acte en leur nom et en celui de leurs frères et cousins mineurs; l’archiduc Albert, qui était gouverneur des Pays-Bas, y accéda, par un acte particulier, le 11 novembre 1606 (*). »
Fort du consentement de tous les princes de sa maison, Mathias convoqua à Presbourg les états d'Autriche et de Hongrie, qui formèrent une confédération dont le but secret fut la déposition de Rodolphe. Les Moraves y accédèrent, et, le 25 juin 1G08, Mathias, qui se trouvait à la tête de vingt mille hommes, força son frère à lui céder la Hongrie, l’Autriche et la Moravie , avec le titre de roi désigné de Bohême.
FROCRÈS DES PROTESTANTS. I.ETTRES DE