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DUCS I)’ AUTRICHE

HE.MRI, dit DF. JOCHSAMERGOTT.

Henri , frère aîné de Léopold , lui succéda. Conrad lui conféra, comme à Léopold , le duché de Bavière ; mais il était difficile qu’un même prince possédât ces deux provinces; l'équilibre de l’Allemagne s’y opposait autant que la rivalité des deux peuples. Aussi, en 1154, à son retour de la croisade où il avait suivi l’empereur, Henri abandonna de lui-même la Bavière à Henri le Lion, (ils de Henri le Superbe. Toutefois, deux ans plus tard, Frédéric Barberous.se, redoutant la puissance et la vieille haine du duc de Bavière, le contraignit de céder à Henri tout le pays en deçà de l’Ens. L’Autriche, par cet accroissement de territoire, devenait un des plus grands fiefs de la couronne de Germanie. Il n’était pas juste que ses princes conservassent le titre modeste de margrave. Aussi Frédéric, qui d’ailleurs avait besoin, pour ses expéditions d’Italie , des secours de l’Allemagne méridionale, s'attacha à gagner Henri, et érigea le margraviat d’Autriche en duché héréditaire. Par une charte donnée à Ratisbonne, le 17 septembre 1150, en présence des princes de l’empire, l’Autriche fut érigée en duché et principauté de l’empire, héréditaire à perpétuité, transmissible aux femmes, mais après l’extinction des mâles de toutes les branches descendantes du premier Arnulf, duc de Bavière sous Otlion Ier.

Le nouveau duc accompagna en effet

AUTRICHE

deux fois Frédéric en Italie , et assista à la prise de Milan. De retour en Autriche, il établit sa résidence à Vienne, dont il lit la capitale de tout le duché.

Henri soutint plusieurs guerres avec Geisa , roi de Hongrie, Welf, duc de Bavière, Conrad, margrave de Moravie, et le jeune Ottocar, margrave de Stvrie; mais on n’en connaît point les détails. Il mourut, le 13 janvier 1177, d’une chute de cheval. Il avait épousé, en passant à Constantinople au retour de sa croisade, Théodora, nièce de l’empereur Manuel.

LÉOPOLD v.

Léopold V, Gis aîné de Henri et son successeur, suivit comme lui la fortune de Frédéric Barberousse. Lorsque ce prince fut contraint d’aller à Venise reconnaître l'indépendance de la ligue lombarde , le duc d’Autriche était avec lui. En 1182, il fit un premier voyage à la terre sainte, d’où il rapporta un morceau de la vraie croix , qu’il déposa dans l’abbaye de Sainte-Croix , près de Vienne. L’àmitié qui liait Léopold à Ottocar fut utile au duc d’Autriche ; car le margrave de Styrie, n'ayant point d’enfants, lui assura sa succession; et l’an 1 192, cette importante contrée fut remise à l’Autriche. La manière dont Léopold se vengea de Richard Coeur de Lion a rendu son nom célèbre en l’attachant pour toujours à celui du roi d’Angleterre.

Léopold avait accompagné Frédéric Barberousse à la terre sainte , en 1189. Au siège de Saint-Jean d'Acre, il se distingua par son courage, et eut un jour son habit tellement couvert de sang, qu’il ne resta de blanc ue ce qui était couvert par son baurier. Le duc de Souabe, qui remplaçait l’empereur son père, mort dans la route, changea, par cette considération, les armes de l’Autriche, et lui donna un écu de gueules à la face d’argent. La mort ayant aussi enlevé, dans cette expédition , le duc de Souabe, les troupes allemandes refusèrent de continuer le service, et reprirent la

route de leur pays. Léopold , ne pouvant les retenir, demeura au siège avec une partie des siennes. L’arrivée successive des armées de Flandre et d’Angleterre, sous la conduite de leurs rois , Philippe Auguste et Richard I", ranima le courage des assiégeants, qui se rendirent enfin maîtres de la place. Dans un des assauts qui y furent donnés , Léopold , s’étant rendu maître d’une tour, y Gt planter sa bannière.

Le monarque anglais, piqué de cet acte d’autorité, fit arracher et fouler aux pieds le drapeau par ses gens. Léopold sentit vivement cet affront, et résolut de s’en venger un jour, s’il en trouvait l’occasion.

Elle se présenta, contre son attente, lorsqu'il était déjà de retour en son pays. Richard , en voulant regagner la sien , prit sa route par l’ile de Corfou , et essuya sur 1a route une violente tempête qui le jeta sur les entes de l'Istrie, où son bâtiment échoua. Obligé de continuer son voyage par terre, et de traverser l’Allemagne, en passant par l’Autriche, il prit le parti de se déguiser en templier pour n’étre pas reconnu. Mais il le fut près de Vienne, le 20 décembre, et aussitôt arrêté par ordre de Léopold. L’empereur Henri VI, instruit de cet événement, acheta du duc d’Autriche, pour une somme d’argent, l’illustre prisonnier, qu’il retint en capti vi té l’espace de onze mois (*) .Le pape, la reine, mère du monarque anglais , sollicitèrent si vivement sa délivrance, qu’à la fin elle fut accordée, au commencement de février 1194, dans la dicte de Ilaguenau, moyennant une rançon de 15,000 marcs d’argent, dont un tiers pour Léopold. Ce duc ne jouit pas longtemps du fruit desa vengeance.

Sur la lin de la même année, étant monté à cheval dans le dessein de retourner pour la troisième fois ên Palestine, il fit, près du château de Gratz, un chute si violente, qu’il en mourut le 21 décembre.

(*) C'est dans le château de Dwrrenstein que Richard fut emprisonné. Voyez la planche t.

L’UNIVERS

FREDERIC I'r, dit LE CATHOLIQUE.

Le fils de Léopold partagea le goût de son père pour les expéditions lointaines et les guerres saintes. Les quatre années que dura son règne furent employées par lui à deux croisades. En 1195/il partit avec plusieurs princes allemands, pour aller combattre les Sarrasins d’Espagne. Mais une expédition au delà des Pyrénées n’avait pas le même charme ni les mêmes avantages qu’un pèlerinage a'ia terre sainte.

Il y avait, dans le voyage de Jérusalem, plus d’indulgences à gagner, et puis l’Orient à voir en passant. Aussi Frédéric, à peine revenu d’Espagne, partit pour la terre sainte; mais il mourut le 11 août de l’année 1198.

LÉOPOLD VT , (lit LE GLORIEUX.

A son avènement, Frédéric avait abandonné la Styrie à son frère ; heureusement pour l’Autriche, Frédéric mourut sans enfants, et Léopold, en héritant du duché, y réunit la province ui avait formé son apanage du vivant e son frère. Comme Frédéric, Léopold fit plusieurs croisades. C’est le prince le plus aventureux de son temps; on le trouve sur tous les grands chemins de l’Europe. F.n 1208, il alla à la terre sainte. Trois ans plus tard , il prit part, avec plusieurs autres princes allemands, à cette guerre des Albigeois qui désola tout le midi de la France, mais fut utile aux progrès de l’autorité royale dans ce pays. Puis il passa en Espagne , où les royaumes chrétiens du nord de la Péninsule étaient menacés par la formidable invasion des Almoravides. Léopold prit une part glorieuse à la sanglante et décisive bataille de las A 'aras de Tolosa. De retour en Autriche, il ne put y rester en repos, et l’an 1217 il partit avec André II, de Hongrie, pour la Palestine. Jusque alors les croisés avaient toujours attaqué les musulmans dans la terre sainte; mais l’on commençait à comprendre que tous les secours leur

venant d’Egypte, c’était là qu’il fallait aller conquérir Jérusalem. Les croisés s’y rendirent et attaquèrent, au mois d'août de l’année 1218, la tour du Phare qui défendait le port de la ville de Damiette. Le duc d’Autriche eut , dans cette expédition, le commandement de l’armée. Un chroniqueur contemporain , Jacques de Vitry, parle de ce prince en ces termes : « Le no- <■ ble duc d’Autriche , en véritable « prince catholique, se montra en tout « point brave et honorable chevalier « du Christ. » Cette tour du Phare était située au milieu du Nil. « En cette tour était le bout d’une chaîne dont l’autre bout était à Damiette; les Sarrasins la levaient quand ils voulaient ue les vaisseaux ne montassent ni ne escendissent le fleuve (*). » Le duc d’Autriche fut principalement chargé, comme nous l’avons dit, de la conduite de ce siège. « Nos princes, dit Jacques de Vitry, ayant jugé qu’il ne serait pas convenable de laisser cette tour sur leurs derrières, le duc d’Autriche et les hospitaliers préparèrent des échelles sur deux bâtiments. I.es Teutons et les Frisons formèrent des retranchements sur un troisième navire, et construisirent une petite tour au sommet de leur mât, sans y suspendre d’échelle. L’échelle des hospitaliers fut brisée , et tomba avec le mât et avec les combattants qu’elle portait. L’échelle du duc fut pareillement brisée et presque à la meme heure, et les vaillants chevaliers qui la montaient , revêtus de leurs armes , tombèrent de leurs corps ; mais en même temps leurs âmes, couronnées d’un glorieux martyre, s’élevèrent vers les cieux. Les Égyptiens , remplis de joie , poussèrent de grands éclats de rire et de grands cris, battant le tambour, faisant résonner les trompettes; et dans le même temps les chrétiens étaient saisis de chagrin et de douleur. Cependant le vaisseau des Teutons ayant jeté l’ancre entre la tour et la ville, faisait beaucoup de mal aux Égyptiens à l’aide des ar-

(*) Bernard le Trésorier, continuateur de Guillaume de Tyr.

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chers qui le montaient, et principalement à ceux des ennemis qui occupaient le pont qui s'étend de la tour à la ville. De leur côté, les ennemis attaquaient vivement le même navire, tant au côté de la ville que de la tour et de dessus le pont, et lui lançaient des feux grégeois. Ces feux Payant enfin atteint, les chrétiens eurent lieu de. craindre qu’il ne fût entièrement brûlé, et ceux nui le défendaient travaillaient avec ardeur et réussirent à éteindre l’incendie.

Puis le navire, criblé de flèches en dedans aussi bien qu'en dehors, sur la

Setite tour dressée au sommet du mât e même que dans tous les cordages, fut enfin ramené vers sa première station, au très-grand honneur des chrétiens. Un autre navire des templiers, que l’on avaitde même garni de retranchements, et qui, durant cet assaut, s’était tenu toujours tout près de la tour, essuya également de grandes avaries.

« Considérant alors que nous ne pourrions réussir à nous emparer de la tour, ni avec nos pierriers, puisque nous Pavions tenté vainement pendant plusieurs jours, ni en dressant un camp tout à Pentour, à cause de la profondeur des eaux , ni par famine, attendu le voisinage de la ville, ni en pratiquant des mines , à cause de la proximité des eaux qui l’entouraient, agissant sous les yeux du Seigneur, et lui obéissant comme à notre architecte, nous prîmes deux bâtiments des Teutons et des Frisons, que nous liâmes ensemble , non sans beaucoup de travail, les attachant fortement l’un à l’autre avec des poutres et des cordes , pour éviter qu’ils ne vinssent à vaciller; puis nous dressâmes sur ces bâtiments quatre mâts et autant de vergues. Au sommet des mâts, nous plaçâmes une tour, fortement fixée a laide de lattes et d'un tissu solide, pour résister aux efforts importuns des machines. La tour fut doublée d<^ cuivre en dehors et sur la toiture, afin de la préserver de l’atteinte des feux grégeois , et en dessous de cette tour on construisit une échelle qui fut attachée et suspendue par de tres-forts corda-

ges , et qui s’avançait à trente coudées environ de la proue. Ces divers travaux étant terminés en peu de temps, et fort heureusement, nous invitâmes les grands de l’armée à venir voir s’il y manquait quelque chose qui pût être fait soit avec de l’argent , soit par l’adresse de l’homme ; et comme on nous répondit qu’on n’avait jamais fait un pareil ouvrage en bois sur les eaux , nous jugeâmes qu’il fallait mettre celui-ci à repreuve. Pendant ce temps, le pont qui conduisait les ennemis de la foi de la ville à la tour avait été presque entièrement détruit par les machines qu’on faisait sans cesse jouer contre lui.

« Le sixième jour de la semaine qui précède la fête de saint Barthélemi, nous nous avançâmes pieds nus , et en toute dévotion, avec tous ceux de notre nation , pour faire une procession à la sainte crdix. Là, après avoir humblement imploré les secours d’en haut, pour écarter de l’œuvre de Dieu tout sentiment de jalousie et de vanité, nous invitâmes à nous assister dans l’exécution de notre entreprise , des hommes des diverses nations qui étaient alors dans notre armée, quoiqu'il y eût des Teutons et des Frisons en nombre bien suffisant pour monter sur les vaisseaux et diriger les manœuvres. Le jour de la Saint-Bartlœlemi , qui était un vendredi, le Nil ayant fait une forte crue, et malgré tout l’obstacle que nous imposait l'impétuosité des eaux, nous parvînmes , non sans de grandes difficultés, et même des périls, à faire remonter notre nouvelle construction du lieu où elle avait été faite jusque vers la tour. Un navire, que nous associâmes à notre entreprise , se portait en avant, marchant à force de voiles.

Pendant ce temps , les clercs étaient sur le rivage, pieds nus, adressant auciel leurs supplications. Lorsque nous fûmes arrives vers la terre, notre double navire ne put être retourné vers la rive occidentale; et, remontant droit devant nous, nous le dirigeâmes vers la plage septentrionale, et nous parvînmes enfin à fixer nos cordages et nos ancres , malgré l’effort des gran-

L’UNIVERS

des eaux qui tendaient à nous repousser. Les ennemis établirent au-dessus des tours de la ville six machines, ou même davantage, pour les faire battre sur nous; mais dès le principe, l'une de ces machines fut brisée et demeura en repos; d’autres, après quelques

coups (*) D’autres nous lancèrent

sans interruption des pierres qui tombaient comme la grêle. Le navire qui s’était posté en avant et au pied de la tour, ne fut pas exposé à de moindres périls. Des feux grégeois , lancés de près, du haut de la tour située sur le lleuve, et de loin, des tours de la ville, tombaient sur lui, semblables à la foudre, et étaient bien propres à y porter J’épouvante. Cependant à force de travail on parvint a éteindre ces feux avec du vinaigre et du sable. Pendant ce temps le patriarche se prosternait dans la poussière devant le bois de la croix, et tous les hommes du clergé, revêtus de leurs étoles , étaient nu-pieds sur le rivage, élevant leurs cris vers le ciel.

« Cependant les défenseurs de la tour, portant leurs lances en avant, parvinrent à enduire d’huile la partie antérieure de l’échelle, puis ils la recouvrirent de feux gregeois qui jetèrent aussitôt des flammes. Les chrétiens ui étaient dessus, s’étant serres pour chapper à ces flammes , accablèrent de leur poids l’extrémité de l'échelle, en sorte que le pont mobile que l’on avait adapté sur le devant s'affaissa.

Le porte-bannière du duc d’Autriche tomba de l’échelle, et les Sarrasins enlevèrent la bannière.

Les chrétiens qui étaient sur le rivage descendirent de cheval, se prosternèrent pour adresser leurs supplications au ciel, et leurs mains étroitement serrées, leurs figures fortement contractées attestaient la douleur qu’ils ressentaient pour ceux qui s’étaient exposes à tant ue périls sur un fleuve si profond. A ce témoignage de la x ive dévotion du peuple, et tandis qu’il élevait vers le ciel des mains suppliantes , la miséricorde divine souleva l'échelle ; les larmes des fidèles éteignirent le feu,

(*) Il y a ici une lacune dans le texte.

et les nôtres, se trouvant de nouvelles forces, attaquèrent de près les défenseurs de la tour, et combattirent vigoureusement avec le glaive, la pique , les massues et d’autres instruments.

Un certain jeune homme du diocèse de Liège monta le premier à la tour. Un autre Frison, très-jeune, tenanten main un fléau à battre le grain, qu’il avait préparé pour le combat en fe serrant fortement avec des cordes, frappait de cette arme a droite et à gauche, et ayant renversé un homme qui portait la b nnière jaune du Soudan , il la lui enleva aussitôt. D’autres accoururent bientôt à la suite des premiers, et triomphèrent de ces ennemis, qu’ils avaient estimes si durs et si cruels tandis qu’ils résistaient. O miséricorde ineffable de Dieu ! ô transports de joie inexprimables des chrétiens ! Après la douleur et le deuil, après les larmes et les gémissements, quelle joie, quel triomphe nous vîmes! Nous entonnâmes le Te Deum laudamus ; Benedictus Dominas Deus Israël , et d’autres cantiques d'actions de grâces ; nous célébrâmes à haute voix les louanges mille fois répétées du Seigneur, et (Fabondantes larmes se mêlaient à ces élans de nos cœurs (*). »

La prise de la tour du Phare permit d’entreprendre le siège de Damiette ; niais le duc d’Autriche, qui avait si bien commencé la campagne, n’eut pas la patience d’en attendre la fin.

Après une victoire reni|>ortée sur les infidèles le jour des Rameaux, il sc rembarqua avec une partie des Allemands et des Frisons.

Malgré ces lointaines expéditions, Léopold ne négligea pas l'administration de son duché. Plusieurs des réglements qu’il établit restèrent longtemps

(*) Jacques de Viiry, Histoire des Croisades, liv. III, traduction de M. Guizot. Si nous avons mis sous les yeux de nos lecteurs rel extrait ]ieut-èlre nn peu long d’un historien -contemporain des croisades, c’est parce que l’auleur est généralement peu ronnu, et que son récit, dans son exactitude scrupuleuse et naïve, nous fait connaître quelles étaient les ressources de l’art militaire à celle époque.

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en vigueur; il agrandit la villede Vienne, lui accorda des privilèges; fit construire le vieux château, nomme Burg, qui sert encore de résidence aux souverains, et donna des établissements aux chevaliers de l’ordre teutonique et de Saint-Jean de Jérusalem. La possession de Scharding, qu’il fortifia, ainsi que Vienerisch-Neustadt , semble indiquer qu’il était maître d’une certaine étendue de territoire sur la rive gauche de l'Ens. Sous son règne, l’Autriche s’agrandit au sud-est par l’acquisition de la Carniole qu’il acheta moyennant 1650 marcs d’argent.

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