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EXIGENCES DR MATHIAS. RÉSISTANCE DES

ÉTATS

Nous avons vu comment Mathias se fit déclarer par ses frères chef de sa maison , et comment il enleva successivement à Rodolphe toutes ses couronnes. A peine fut-il en possession de ce vaste héritage, qu’il vit éclater contre lui de nombreuses révoltes. La tolérance qu’il avait professée d’abord n’était qu’un moyen de politique, et il revint aux mesures oppressives dès qu’il se vit maître paisi-

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ble de l’autorité; aussi la diète germanique , sans égard pour ses demandes et ses besoins , au lieu de trounes et d’argent qu’il sollicitait, lui présenta une longue liste de griefs. Les états d’Autriche, de Hongrie et de Bohême tirent une réponse semblable. Dégoûté, par ces refus et les embarras où ils le jetaient, de ce pouvoir qu’il avait si péniblement conquis, il tomba dans i'inaction politique et se laissa aller au cours des événements, abandonnant l'Allemagne à elle-même et se contentant de faire avec les Turcs une trêve de vingt ans.

inrLcznci dk 1,'EsrtcKi si: R Mathias.

La branche de la maison d’Autriche établie en Espagne s’était opposée à l’élection de Mathias, en souvenir de l’assistance qu’il avait prêtée aux révoltés des Pays-Bas ; mais quand elle le vit sur le trône impérial elle se rapprocha de lui, et tâcha de le circonvenir pour obtenir de lui qu’il laissât ses couronnes à Ferdinand de Styrie.

Cette bonne intelligence qui existait depuis Charles-Quint entre les deux branches de la maison de Habsbourg, se cimentait continuellement par des mariages qui venaient effacer les degrés de parenté, et rattacher à la souche commune les branches collatérales à mesure qu’elles s'en écartaient. Une princesseautrichicnnesevoyaiten naissant destinée à un prince espagnol de son sang, et les monarques espagnols, héritiers du plan de Charles-Quint, soutenaient de leur or et de leurs armes la puissance quelquefois affaiblie des princes autrichiens. Apres la mort de Ferdinand Ier, l’influence de Philippe Il s’établit peu à peu et devint prépondérante dans le cabinet de Prague. Philippe III retint cet ascendant:

instruit que Mathias vieillissait nu niilieu des infirmités et sans postérité, il lui recommanda instamment pour son successeur l'archiduc Ferdinand de Styrie, petit-fils de Ferdinand Ier, zélé catholique qui promettait de satisfaire la haine du pape et de l’Espagne contre les protestants, en les extirpant au moins des États héréditaires.

riltsicUTtOff DIS MOUSTAUTJ. — Dtri- KUTKATIOX DI IIUGUI.

Mathias agréa la proposition de Philippe III,etlesarchiducs Albert et Maximilien, qui n’avaient point d’enfants , ayant renoncé à leurs droits, Ferdinand fut désigné comme le successeur de Mathias. Aussitôt, et du vivant même de Mathias, lesThurn, lesColonna et les autres seigneurs protestants furent dépouillés de leurs emplois , les églises des protestant s furent démolies et leurs assemblées défendues. Lors de l’entrée de Ferdinand à Olmutz, les jésuites exposèrent sur un arc triomphal un tableau , où l’on voyait le lion de Bohême et l’aigle de Moravie unis aux armes autrichiennes; au-dessous se trouvait un lièvre dormant les veux ouverts , et l’inscription : Jdsuevi. Les defensores (*), qui naturellement protestaient contre de tels faits, furent assignés à comparaître devant la chancellerie, où on leur fit entendre qu’ils n’eussent point à s’opposer à la volonté de l'empereur; et eommeen même temps l’autorité prit quelques mesures militaires dans la ville, les protestants se rendirent, le 23 mai 1618, à l’hôtel de ville , pour demander des explications aux gouverneurs. Ceux-ci ayant refusé de répondre, les protestants les jettent par la fenêtre , suivant un antique usage de la Bohême. Toutefois les gouverneurs furent tous sauvés , parce qu’ils tombèrent sur des monceaux de papiers que le peuple, dans sa colère, avait lancés par les mêmes issues.

On ne sait pas bien si ces événements furent le résultat d’un plan tramé à l’avance, ou s’il faut seulement les attribuer à l’effervescence du moment ; mais ce qu’il y a de certain, c’est que ce fut le signal des hostilités qui pendant trente ans devaient désoler l'Allemagne, et la première explosion de l’orage qui s’amoncelait depuis un siè-

(*) Par les lettres de majesté les protestants de la Itouéme avaient obtenu le privilège de choisir un certain nombre de personnes chargées de veiller, sous le titre de défenseurs de la foi , à l'exécution de l’édit. I-e comte de Tliuni était l’un d’eux.

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cle. Quoi qu'il On soit, les Bohémiens céder sur le trône impérial; et malgré ne sc Hasardèrent pas encore à élire un les efforts de l’union protestante, qui autre souverain ; ils envoyèrent même offrit successivement cette dignité aux des plénipotentiaires à Mathias pour ducs de Bavière et de Savoie, au prince se justifier auprès de lui , et pour de- d’Orange et au roi de Danemark , Fermander le redressement de leurs griefs, dinand fut élu le 28 août 1619, malgré Mais, en même temps, les états, la vive opposition de l’électeur palatin avec l'assentiment des catholiques, Frédéric V. Pour le moment, Ferdiréorganisaient avec plus d’équité et nand ne songea qu'à apaiser les troud’économie l’administration intérieure blés dans ses États héréditaires, avant devenue insupportable, et bannissaient de tourner ses regards et son ambition les jésuites du royaume, en déclarant vers l’Allemagne.

Sue les principes de ces religieux ren- Le règne de Ferdinand II, cornaient toute paix impossible. Mathias mencé en 1619 et terminé le 13 février aurait bien voulu pacifier le pays par 1637, fut tout occupé par la guerre de des moyens de douceur et de concilia- trente ans. Nous ne nous étendrons pas tion, niais déjà Ferdinand dirigeait ici sur cette guerre que nous avons tout à Vienne; il traita l’empereur racontée longuement dans notre hiscomme celui-ci avait naguère traité son toirc d’Allemagne; nous nous conteufrère Rodolphe. Dans un mémoire qu’il terons de résumer en un tableau ra- Gt adresser à la cour d’Espagne, il dit pide ce que nous avons dit sur ce grand sans détour, « que consentir à ne lever événement, renvoyant pour les details des impôts qu’avec l’agrément du peu- à l’ouvrage cité ci-dessus, pie, c’est faire du souverain le serviteur de ses sujets; que l’autorité ve- période palatihe.

liant de la grâce de Dieu, ce pouvoir I if (iGro-iCiS)

du peuple dont on parlait tant ne pou* è » .

vait être que l’ouyù|e du diable; qu'A ^JMH^ohemiens, ne voulant point fallait prendre démesures **ères|» «J^nwître pour roi Ferdinand II, sinon que l’on aurmt bienwr.ÔVrëTfé- des jésuites, levèrent des tbou-

pulilique;jyu'il fallait profiter des cir- Pes’ *t proclamèrent (3 septembre constances pour rendre l’autorité des Frédéric V, électeur palatin,

princes absolue; que sans doute on au- z®!® calviniste, dont la parenté avec le rait de grands sacrifices à faire, mais ro‘ d’Angleterre et le stathouder de que le résultat dédommagerait ample- Hollande pouvait etre de quelque utiment les rois de toutes leurs pertes. » *,le dans la guerre. A peine le soulè- On envoya donc des troupes en 'ement de la Bohême fut-il connu , que Bohême; mais elles furent battues, et *es protestants d Autriche et de Houles comtes de Mansfeld et de Thurn *-'rie suivirent cet exemple. Ceux de chassèrent les partisans de l'empereur Hongrie proclamèrent la déchéance de de presque toutes les places qui leur Ferdinand II, et donnèrent ja couronne restaient encore, et en même temps au vaïvode de Transylvanie, Bethlen les états autrichiens refusèrent les ”a“°r- Les deux nouveaux rois firent subsides. Telle était la situation des alliance entre eux et s’attachèrent le affaires quand Mathias mourut le 20 comte Ernest de Mansfeld, habile guermars 1619. fier. Les protestants étaient soutenus

encore par la France, Venise, l’Anglefkiidin'an'd il. terre et la Hollande, et comme les Turcs

(«6ao- t63-.) menaçaient Vienne, lesuccèssemblait

assureà leurs desseins. Mais Frédéric V

COMMERCEMERT DE ,.A GUERE. DE TRKKTE n’étajt pas fajt pour jouer le r(J|e a„.

*"*' quel il était appelé; îl ne sut profiter

A peine Mathias était-il mort, que d'aucune des ressources dont il pou- Ferdinand se présenta pour lui suc- vait disposer; au lieu de maintenir

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l’harmonie entre les différentes confes- tionnaire qui lui devint particulier desions il laissa les calvinistes commet- puis cette époque. Apres ce premier tre des vexations contre les luthé- pas , il fallut aller plus loin; mille proriens et ce qui était non moins grave, jets hardis furent présentés dans les il dépensa en fêtes l’argent destiné cours de Vienne et de Madrid ; on reà l'entretien des armées. Pendant ce solut en Espagne de recommencer la tomns Ferdinand 11 gagnait à sa cause guerre des Pays-Bas ; la destruction du la France, la Saxe, la Bavière et l’u- protestantisme et le renversement des uion allemande, en donnant satisfac- libertés de l’Allemagne et de la Holtion à ses demandes; le pape lui en- lande parurent désormais inséparables; voyait de l’argent et l’Espagne des le succès des premières armées de l'cinsoldats. Bientôt le landgrave de Hesse pereur et delà ligue fut juge d'un faet les autres princes luthériens aban- vorahle augure, et l Espogne se dis* donnèrent Frédéric, et, suivant l’excin- posa à leur prêter de nouvelles forpie de Maximilien, électeurde Bavière, ces(‘). »

tirent alliance avec l’empereur. Gahor Le 25 février 1623, 1 électeur palafut aussi détaché du parti de Frédéric tin, retiré en Hollande, fut mis au et conclut une trêve avec Ferdinand, ban de l’empire, et son électorat don- Abandonné de tous ses al liés, à l’cxcep- né à la Bavière. Cet acte ouvrit les lion de l’Angleterre, qui ne lui envova yeux à tous les princes protestants, que quatre mille soldats, Frédéric vit En effet, dès ce moment, la majorité le Palatinat attaqué par Spinola, et la dans le collège électoral était acquise Bohême envahie par cinquante mille aux catholiques et aux partisans de la hommes. Son armée fut vaincue auprès maison d’Autriche; aussi l’empereur de Prague, à la montagne Blanche put, comme il l’écrivait à l’Espagne, (8 novembre 1620), pendant qu’il ddn- f sc croire appelé d’en haut à extirper les nait un splendide festin à l’ambas»-^ factions séditieuses qui étaient partidèur d’Angleterre. Frédéric ,s’*«juit# culièrement entretenues par l’herésie lâchement après cette batailler ap!m- ,«u cal^nisjne. donnant des troupes encore horfE » • *

hreuses et bien disposées à combattre. téiuodk dabois^.

Ferdinand vainqueur traita la Bohême (i6i5-i6îq )

avec rigueur, et poursuivit avec violence et fermeté son projet de détruire Mais les protestants menaces pri- |e protestantisme dans ec pavs (voyez rent des mesures actives pour résister Allemagne, t. II, p. 266). Les réac- aux projets de Ferdinand. Les prêtions exercées par Ferdinand 11 don- miers mouvements eurent lieu dans la nèrent une certaine force aux débris basse Saxe, sur les frontières de Jade l’armée bohémienne, commandés quelle se tenait Tilly. Les états de ee par Ernest de Mansfeld et Christian de cercle , après avoir vainement demande Brunswick , qui se maintinrent quelque son rappel , levèrent une armée pour le temps dans le Palatinat, d’où ils fu- chasser, et se choisirent pour général rent chassés par Tillv, qui les battit à Christian IV, roi de Danemark. Ce Wimpfen et a Hœchst en 1622. prince accepta ce titre, autant pour

„ Quoique cette guerre parût com- venir au secours de ses coreligionplétement terminée , les ressentiments naires, que pour égaler la gloire de et les fureurs qu’elle avait fait naître son rival Gustave-Adolphe, li se dese propagèrent avec rapidité en Hon- cida à céder aux instances de l'Anglegrie et dans toute l’Allemagne, et terre et de la Hollande, et accepta le Parte de bannissement qui fut proclamé titre de général que lui offraient les contre l’électeur palatin et tous ses Saxons, adhérents excita plus vivement l’ardeur

des partis. C’est par là que la guerre (*) Hceren , Manuel d'histoire moderne, de trente ans prit le caractère révolu- p. gy.

AUTRICHE

Pendant que les premières hostilités s’engageaient entre Tilly et les troupes saxonnes, de graves événements se préparaient. La ligue catholique, à la tête de laquelle était l’électeur de Bavière, n’était pas disposée à soutenir l’Autriche dans ses projets d’absolutisme; et la maison de Bavière, redoutant l’ambition de Ferdinand, se montrait disposée à s’alliera la France, qui, conduite par le génie puissant de Richelieu, reprenait les plans de Henri IV pour l’abaissement de la maison d'Auirielie.

Ferdinand II ne pouvant plus compter sur la coopération entière de Maximilien, se voyait dans une situation assez précaire , lorsque Wallenstein vint lui offrir une armée de cinquante mille hommes. Albert deWallenstein était né à Prague en 1583, et avait étudié chez les jésuites. Il avait visite toute l’F.urope , étudié les sciences astrologiques, et s’était ensuite attaché au prince Ferdinand.

Pendant la guerre contre l’électeur palatin , il avait rendu de très-grands services à l’Autriche , ej avait reçu en récompense, la seigneurie de Friedland avec le titre de duc. Les. conditions qu'il imposa à Ferdinand II pour lever cette armée étaient de le laisser entièrement maître de choisir tous les généraux et de lui accorder une autorité illimitée. L’empereur consentit à tout, lui donna des pleins pouvoirs, et dès lors put se passer du secours de la Bavière.

Pendant ce temps, Tilly attaquait l’armée danoise à Lutter, remportait sur elle une victoire complète et forçait Christian IV à s'enfuir (27 amlt i(>26). Wallenstein, de son côté, refoulait le comte de Mansfcld au pont de Dcssan et le poursuivait jusqu’en Hongrie, où il mourut;puis, pénétrant de nouveau dans le nord de l’Allemagne, il vint terminer la guerre avec Christian en lui enlevant le Holstcin et le Jutland, qu'il ravagea impitoyablement. L’empereur, en reconnaissance de ces brillants succès , lui donna en fief le duché de Mecklembourg (1028).

Cet acte souleva toute l’ Allemagne

contre Ferdinand; maïs celui-ci marchait droit à son but sans s’inquiéter des obstacles, line fallait plus, comme le disait Wallenstein, de princes électeurs; tout devait être soumis à un seul roi comme en Franre et en Espagne. Kn établissant un prince catholique dans le .Mecklembourg, Ferdinand enlace dans srs filets l’Allemagne tout entière; il s’empare des ports de la Baltique, empêche le Danemark et la Suède de secourir les protestants; et si la ligue catholique s’oppose aux prétentions de l’empereur pour défendre le vieux svstème féodal, l’armée de Wallenstein est là pour ia soumettre.

Mais les projets de Ferdinand II pour établir l’unité allemande vont bientôt trouver des obstacles insurmontables dans l’opposition de Richelieu , de Gustave-Adolphe, et dans l’ambition de Wallenstein , qui essayera de tourner à son profit les victoires qu’il remporte au nom de son maître et du principe qui seul fait sa force.

Les succès de Tilly et de Wallenstein obligèrent le roi de Danemark à signer la paix. Le traité fut conclu à Lubeck en 1629(12 mai). Christian IV recouvrait toutes ses possessions, mais renonçait à toute participation aux affaires d’Allemagne, et abandonnait ses alliés.

il! IT DE RESTITUTION.

Après ia victoire vint la réaction.

Le 9 mars 1629, les jésuites arrachèrent à l’empereur l’édit de restitution.

F.n vertu de cet édit, le clergé devait rentrer dans tous les biens saisis antérieurement à la convention de Passau (1552) ; la paix de religion fut déclarée ne s’appliquer qu’aux chrétiens de ia confession il’Augsbourg, et non aux calvinistes. Les armées , dont on espérait le licenciement , furent destinées à faire exécuter l’édit de restitution , et la guerre continua , sous une autre forme, contre les protestants privés de leurs alliés.

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