MORT DI FERDINAND II
Au lieu de profiter de ce retour de fortune pour dicter la paix , Ferdinand montra une haine implacable, e( traita avec rigueur ceux qui se soumirent volontairement. S’il signa avec l’électeur de Saxe une paix particulière , ce fut pour affaiblir ce qui lui restait encore d’ennemis, et les forcer de se rendre à merci. La guerre continua donc; mais les Suédois ne pouvaient seuls en porter le poids. Ils s’adressèrent à la France qui promit des subsides et des troupes, nomma le duc Bernard de Weimar son généralissime en Allemagne , et se décida enfin à prendre la part la plus active à cette lutte qui devait lui assurer de si grands avantages. C’est à ce moment décisif que la mort vint enlever Ferdinand à cotte carrière orageuse qu’il parcourait depuis vingt et un ans.
PORTRAIT DE FERDIWAlfD.
Ce prince était doux, affable et bien-
L’UNIVERS
faisant; cependant, depuis le jour où il monta sur le trône jusqu’à celui de sa mort, il ne cessa de faire la guerre. Malgré les conquêtes qu’il lit d'abord , et qui lui valurent d'énormes richesses, malgré des revenus li\es qui s’élevaient a plus de 5,400,000 florins , et des confiscations nombreuses , Ferdinand vit toujours ses finances dans l’état le plus déplorable, grilce à la magnificence qu'il déployait dans l’entretien de sa maison, et à ses bienfaits envers l'Église. Il fonda en effet dans le cours de son règne seize collèges de jésuites et des couvents pour nés barnabites, des capucins, des camaldules, des paulistes, des carmes déchaussés, des augustius réformés, des bénédictins du Monferrat, des servîtes et des franciscains irlandais. Il ajouta une somme annuelle de 21,000 florins aux revenus de l'archevêché de Prague, assigna à l’archevêché de Cran la vingt-huitième partie des mines d’or et d’argent de la Hongrie , et fit partager annuellement une somme de 40,000 florins entre les prélats autrichiens; enfin il institua dans la lîobénie quatre évêchés , plusieurs séminaires, des hôpitaux , et d’autres maisons de charité.
Accessible même pour le dernier de ses sujets, il admettait tous les pauvres en sa présence, et plus d’une fois il empêcha qu’on repoussât des mendiants soupçonnés d’èlrc infectés de la peste. Il rachetait chaque année un grand nombre d’esclaves chrétiens, donnait aux indigents des repas auxquels il assistait lui-même, et nommait des avocats pour plaider à ses frais la cause des pauvres dans les cours de justice.
Si dans l’intérieur de son palais et de sa famille, si dans toute sa vie privée il se montra bon père, époux fidèle et maître indulgent , il fut dans sa carrière politique habile, opiniâtre, impérieux et cruel durant la bonne fortune, mais courageux et résigné dans l’adversité. Les imperfections des rois comme les fautes de leur administration dérivent le plus souvent de leurs faiblesses ; on peut reprocher
au contraire à Ferdinand II d’avoir outré la force de son caractère, de s’être montré ferme au delà de toute mesure. L’esprit de persévérance et de suite est un trait louable et bien marqué chez presque tous les descendants de Rodolphe de Habsbourg; mais pas un n’a montré une telle opiniâtreté dans ses entreprises.
Inhabile 5 commander ses armées, il sut distinguer les hommesde talent, et triompha quoique toujours renfermé dans son palais ou dans son oratoire.
La confiance même qu’il accorda aux jésuites était bien excusable dans le temps où il vivait et avec l’austérité de scs principes religieux. L’esprit de corps qui régnait dans cette société le séduisit comme politique et comme dévot. Il considéra cet ordre religieux comme une sorte de chevalerie nouvelle, Uniquement occupée du soutien de la foi , et se croisant dans tous les pays contre les nouvelles erreurs. Maineureusement pour ce prince et pour ses successeurs, il éveilla l’attention et la crainte de l’Europe entière sur ses projets. Charles-Qiiint sut quelquefois suspendre ses desseins : Ferdinand, par son obstination à saisir le pouvoir absolu , non - seulement ne l’atteignit pas, mais le fit manquer à ses successeurs. Longtemps après lui, l’Allemagne et l’Europe accusèrent l’Autrielie d’aspirer a la monarchie universelle, lorsqu'elle luttait seulement pour rétablir l’équilibre et garantir sa puissance du naufrage.
FEBDINAXD III.
Ferdinand III, qui succéda à son père, hérita de sa guerre et de ses projets, mais il mêla aux armes les négociations; et s’il continua la lutte, ce fut pour attendre des chances de la guerre un moment moins défavorable pour traiter.