TER [ODE FRANÇAISE
Deux ans avant la mort de Ferdi-
AUTRICHE
nand II, la France avait compris que les Suédois n’étaient pas assez forts pour tenir seuls en Allemagne, et qu’il était temps qu elle descendit à son tour sur le champ de bataille. Richelieu qui la gouvernait alors l’avait trouvée livrée à l'influence espagnole , et troublée par les princes et les grands , par la mere du roi, par les protestants.
Ce grand ministre reprit alors les projets de Henri IV contre la maison d’Autriche. Effrayé des conséquences que devait avoir le triomphe des Autrichiens , Richelieu résolut de soutenir activement les protestants , et offrit aux Suédois les services de la France. Il ne demandait pour récompense que l’occupation de Philipsbourg sur le Rhin. Le 27 octobre 1635, Richelieu fit avec Bernard de Weimar un traité d'alliance: Richelieu avait aussi conclu lin traité (8 février 1(135) avec la république de Hollande pour occuper les Espagnols alliés de la maison d'Autriche.
Dans les années 1037 et 1G38, le duc Bernard de Weimar poursuivit le cours de ses victoires sur le Rhin; il battit les catholiques à Reinfeld et fit prisonnier l’habile Jean de Werth ; mais ce fut contre la ville de Brisaeh qu’il tourna toutes ses forces , et il l’enleva le 3 décembre 1638.11 aspiraitàs’emparer de l’Alsace et à s’y rendre indépendant , lorsqu'il mourut subitement le 18 juillet 1039. Aussitôt après sa mort, Richelieu acheta son armée, qui lui livra Brisaeh, et établit ainsi la puissance française en Alsace.
Pendant ce temps , les Suédois , commandés par Banier, battaient les Austro-Saxons à Wittstock (24 septembre 1G3G) et ravageaient la Bohême.
Cependant, dès l'année 1G40, les puissances engagées dans cette guerre essayèrent de rétablir la paix. L’Espagne était occupée de la révolte du Portugal ( 1640) et de la guerre contre la Hollande et contre Richelieu , qui lui enleva le Roussillon et fit soulever la Catalogne. La puissance que l’électeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume, sut acuuérir en Allemagne alarma Ferdinand III, et le décida à ne plus
s’opposer à la paix. Les ambassadeurs des principales puissances se réunirent à Hambourg (25 décembre 1621) pour signer les préliminaires, et pour convenirdu temps et du lieu où se rassemblerait le congrès. Mais la mort de Richelieu rendit l’espoir à l’Autriche, qui suspendit les négociations quelle avait entamées. Toutefois la guerre qui continuait toujours au désavantage de cette puissance la força à revenir à l'idée de faire la paix, et le congrès s’ouvrit enfin «à Munster et àOsnabruck (avril 1645). On employa trois ans à fixer les bases de la paix; et, pendant ce temps, l’Allemagne méridionale et surtout la Bavière furent le théâtre d’une guerre acharnée.
A Banier, mort en 1641, avait succédé Torstenson. Ce général, bien que paralytique et obligé de se faire porter en litière , menait la guerre avec une incroyable activité. Il envahit la Silésie, conquit Schweinitz, s’empara d’OImutz et menaça Vienne; il aurait pris la capitale de l’Autriche sans les maladies qui se mirent dans son armée et le forcèrent à la retraite. Mais le 23 octobre de cette année (1G42), il remporta sur Piccolomini, qui le poursuivait, une victoire complète dans les environs de Leipzig.
L’année suivante, il revint encore sur Vienne, puis tomba sur le Holstein.
En 1 644 , il détruisit l’armée de Gallas ; en 1645, il battait les Autrichiens à Jankau en Silésie, et marcha de nouveau sur Vienne à travers la Moravie.
Si la ville dè Brunn n’avait, par une résistance héroïque , retardé le général suédois, peut-être se serait-il rendu maître de Vienne; mais son armée s’affaiblit tellement par les maladies devant Brunn , qu’il fut obligé de battre en retraite, et sa faiblesse le força bientôt à déposer le commandement.
Gustave Wrangel le remplaça, et combina ses opérations avec celles de Turenne et ue Coudé. Pendant que les Français combattaient les Impériaux et les Bavarois sur le Rhin, Wrangel envahissait la Bavière et forçait l'électeur Maximilien Ier à conclure un armistice à Ulm (14 mars 1647). Cette
L’UNIVERS
trêve ayant été rompue au mois de septembre suivant, la Bavière fut de nouveau envahie et ravagée pendant toute l’année 1648. L'empereur perdait pendant ce temps ses meilleurs généraux, Jean de AVertli et Merci. Les Suédois, continuant leurs succès, attaquèrent de nouveau les États héréditaires de l'Autriche, et le général suédois Kœnigsmark assiégea Prague^ Wrangcl se disposait à venir le soutenir avec toute son armée, quand on apprit que la paix était signée.
TllL DE WESTTHiME.
A l’ouverture du congrès, on avait perdu beaucoup de temps à régler les questions de préséance , et on avait eu bien de la peine à s'entendre sur les conditions de la paix. En effet, on comprendra les difficultés immenses qu’il y avait à résoudre. « L’Autriche était en guerre avec la Suède, la plupart des Etats protestants d'Allemagne et la France; la Suede avec l’Autriche, la Bavière et la Saxe; la France avec l’Autriche, scs alliés et l'Espagne; l’Espagne avec la France, le Portugal et les Pays-Bas. Le congrès (20 janvier 1648) ne termina que la guerre de l'Espagne et des Pays-Bas et celle de l'Allemagne. La paix d’Allemagne fut conclue à Munster entre l'empereur et la F'rance; .à Osnabrück, entre l’empereur et la Suède; et ces deux traités furent réunis et confirmés par celui qui reçut le nom de traité de Westphalie(*). »
1° Avantages accordés aux couronnes
de France et de Suède, à leurs alliés et à leurs protégés.
France. Les trois évêchés; Pignerol (cédé en 1632), la haute et basse Alsace, le Sundgau, le vieux Brlsach, Philipsbourg. Aucune forteresse ne sera élevée sur la rive droite du Rhin, de Bâle à Philipsbourg. La France tient garnison dans cette dernière ville, et promet trois millions à l’archiduc Ferdinand-Charles en dédommagement
(*) llcercn , Manuel de l'histoire mod., p. u>8.
de ses biens en Alsace. Liberté pour le commerce et la navigation du fleuve.
Suède. La Poméranie citérieurc avec Stettin , etc ; l’expectativede toute la Poméranie, à l’extinction des milles de Brandebourg; Wismar, Breinen et Verden sont sécularisés en sa faveur; l’ile de Rugen lui est cédée; de plus, trois voix a la diète, cinq millions d'écus.
Bran debourg obtient Magdebourg, Halberstadt; Minden et Cantin sont sécularisés.
Saxe, quelques bailliages.
Meklemrourg , en échange de VYismar, reçoit deux évêchés sécularisés, deux canonicats à Strasbourg, deux riches commanderies, l’exemption de deux cent mille rixdalers sur les contributions générales de l’Empire.
Brunswick-Lunebourg et Hesse- Cassf.l ont des indemnités (six cent mille écus pour la dernière).
L’électeur palatin est créé huitième électeur grand trésorier; il reçoit le bas Palatinat.
La Suisse est soustraite formellement à la juridiction de l’Empire.
2° Dispositions relatives à la religion protestante-
La paix d’Angsbourg (1555) est confirmée et étendue aux calvinistes.
1624 sera considéré comme l’année normale (1618 sera l’année normale pour le Palatinat, le margraviat de Bade et le duché de Wurtemberg).
Les biens ecclésiastiques sont confirmés à ceux qui les possédaient dans l’année normale.
La réserve ecclésiastique aura son effet à l’égard des bénéficiers des deux religions.
L’autorité civile règle la religion et le culte public, en tant que l’état normal des années 1624 et 1618 ou des pactes faits avec les sujets le permettront.
Les membres de la religion non tolérée auront trois ans pour émigrer.
Dans la chambre impériale, il y aura vingt-quatre protestants et vingt-six catholiques; six protestants dans le conseil aulique.
AUTRICHE
On ne décidera plus dans les diètes, en matière de religion, à la majorité des suffrages d’un parti contre le nomlire inférieur de suffrages de l’autre, mais par voie amiable.
Toutes les affaires de l’Empire, lois, guerre, alliances, impositions, levée de troupes, logements, forteresses, garnisons, etc., seront décidées par les libres suffragesdes princes et Etats.
La souveraineté des États est reconnue, avec le pouvoir de faire des alliances entre eux ou avec les étrangers, pourvu que ces alliances ne soient pas dirigées contre l’empereur ni l'Empire.
RESULTATS DX LA FAIX DI WESTrHALII.
Les conséquences immédiates de quelques-uns de ces articles, relativement a l’organisation intérieure de l’Allemagne, lurent l'établissement d'une dicte permanente qui enleva presque tout ce qui restait de prérogatives à l’cinppreur, et le droit de faire des alliances, qui mêla dès lors les étrangers à toutes les affaires de l’Allemagne. Les princes, en effet, pour assurer le privilège, que leur promettait le traité de Westplialie, de concourir à l’élection d’un chef de l’Empire et à la rédaction de sa capitulation, arrachèrent à l’empereur, le 20 avril 1662, la promesse de ne point dissoudre la diète que ces points et ceux que le même traité avait laissés indécis n’eussent été réglés. On ajourna la question. La diète fut prolongée contre l’usage, et, à la fin , elle fut virtuellement rendue permanente, par un décret qui autorisa les princes et les États à leverdes taxes sur leurs sujets pour subvenir aux frais des légations. Il devint dès lors impossible à l’empereur de prévenir, en prononçant la dissolution de l’assemblée, une discussion dangereuse, et les délégués ne purent décider aucune question sans l’avoir communiquée à leurs commettants. Les opérations de la diète devinrent alors très-lentes, et l’intervention des puissances étrangères n’en fut que plus facile.
Par le traité de Westplialie, les États
7* Livraison (àutkichb.)
allemands avaient obtenu le droit de faire des alliances , soit entre eux , soit avec les puissances étrangères. Plusieurs États profitèrentde ce droit; les trois électeurs ecclésiastiques , l’évéque de Munster, le comte palatin de Neubourg, le landgrave de Hesse et le roi de Suède, en sa qualité de souverain de Bremen, Verdcn et Wismar, conclurent une alliance offensive et défensive, que la situation des États des parties contractantes Gt nommer ligue du Rhin. Les États composant cette confédération, dontla durée était Gxée à trois ans, devaient avoir une armée de dix mille hommes pour prévenir toute violation, à leur égard, du traité de Westplialie. La France y accéda pour le cercle de Bourgogne, et put alors intervenir d’une manière puissante dans toutes les affaires de l’Allemagne.
Tels furent les résultats immédiats ou éloignés d’une guerre de trente ans. Ferdinand , dont la sagesse et la modération avaient amené le rétablissement de la paix , passa les dernières années de son règne à cicatriser les plaies de ses États héréditaires. Éclairé et instruit, il protégea les sciences et les arts, veilla avec un soin paternel sur l’administration de l’Autriche et de la Bohême, et s’endormit dans le sein de ses aïeux, en se rendant cette justice que, durant tout son règne, on n’avait pu lui reprocher d’avoir, en connaissance de cause, agi contre le droit et l'équité.
LÉOPOLD i".
LA COURONNE IMPÉRIALE EST MAINTENUE DANS LA MAISON d’aüTRICHE.
Depuis deux siècles, dix princes de la maison d’Autriche avaient successivement porté la couronne impériale; mais le Gis de Ferdinand III faillit la voir placer sur une autre tête. Cependant Léopold n'avait que dix-huit ans, et ses États couvraient l’Allemagne contre les Turcs; ces raisons, appuyées par l’électeur de Brandebourg, décidèrent les électeurs, et, malgré les
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intrigues de la France, Léopold reçut, après quinze mois d’interrègne, cette couronne qu’on venait de priver de ses plus belles prérogatives.
Cetait un prince faible , circonsp'ect , et son règne sera cependant un des plus brillants qu'ait encore vus la maison de Habsbourg. Menacé par la France et la Turquie, il sortira vainqueur de ce double danger, et , grâce à l’ambition de Louis XIV, ressaisira une partie de l’influence que sa maison exerçait autrefois sur l'Allemagne.
C'est que la terreur inspirée jadis par Charles-Quint et les trois Ferdinand est excitée maintenant par la prépondérance menaçante de la France. Grâce à Richelieu, à Mazarin , aux victoires de Condé et de Turcnne, au génie de Colbert et de Louvois, au faste insultant, aux entreprises hardies et aux prétentions de Louis XIV, le corps germanique sentit le besoin de se rallier à son chef.
PAIX d’oLITA. LEOPOLD SONGE A REDUIRE
, LA HONGRIE
Léopold succéda à son père en 1657 , et ceignit la couronne impériale le 31 juillet de l’année suivante, après avoir signé une capitulation qui lui interdisait même de secourir le roi d'F.spagne, alin de rompre l’union menaçante des deux branches de la maison dé Habsbourg. Les premières années de son règne se passèrent à combattre les Suédois, mais seulement à titre d’auxiliaire de la Pologne. Le traité d’OIiva ayant mis fin aux troubles du Nord , Léopold se trouva libre de porter toute son attention sur la Hongrie.
Depuis cent trente années que l'Autriche possédait ce royaume, elle n’y avait toujours exercé qu’une autorité précaire : les princes de Transylvanie et les Turcs ne lui avaient laissé, en 1660, que les comtés compris entre la Neustra à l’est, le Danube et le Raab au midi ; encore faut-il ajouter que les magnats de ces provinces, habitués à une licence anarchique, et protestants d’ailleurs pour la plupart, n'accordaient qu’une obéissance fort limitée.
Léopold , ou plutôt son conseil , songea a réduire enfin la Hongrie.
IlfVASIOÏf DES TORTS. BATAILLE DE SAUTT-
GOTRABD.
Mais il fut prévenu dans son dessein par une invasion des Ttirrs. Depuis Soliman, l’empire allait s’affaiblissant chaque jour. Les sultans , devenus le jouet des janissaires , ne faisaient que passer sur le trône. On en compte dix en un siècle. Mais Mahomet Kiuprouli , fils, dit-on, d’un gentilhomme français tué dans un combat contre un corsaire turc, et qui du paehalic de Damas avait été élevé, à l’âge de quatrevingts ans, à la dignité de grand vizir, avait rendu à l’empire son antique énergie. Habile et cruel, il avait, dans l'espace de trois ans, fait mettre à mort trente-six mille personnes , rétabli l’ordre , rempli le trésor du sultan, et lui avait donné , en mourant , le conseil d’occuper par des guerres lointaines l’activité des janissaires , lui laissant, dans la personne d’Achmet., son fils, un ministre capable de réaliser ses vues.
Achmet maintint aussi la paix dans l’empire; et, exécutant ce que Kiuprouli n’avait pu faire lui-inètne , il entreprit la guerre contre la maison d’Autriche. Le prince, transylvanien George II, successeur de Ragotski, avait mécontenté le sultan, son suzerain, par une invasion en Pologne; les Turcs le firent déposer par les états, et l’on nomma successivement à sa place Redav, qui expira dans les fers; Bartzni , qui tomba sous les coups d'un assassin; et Kenniny, qui réclama l’assistance de Léopold contre les Turcs.
Les secours qu’il en reçut ne purent le sauver; il succomba les armes à la main. Michel Apaffy, soutenu par les Turcs, le remplaça sur ce trône sanglant. Mais les Turcs ne se bornèrent pas longtemps au rôle d’auxiliaires. Achmet vint, à la tète de cent mille hommes, inonder la Hongrie; l’Empire effrayé fournit des subsides et des troupes; et le roi de France envoya même six mille volontaires fran-
AUTRICHE
çais , qui contribuèrent puissamment au gain de la bataille de Saint-Gothard (l"août 1664). Cette victoire si vantée semble avoir coûté peu d'efforts. Voici la lettre qu'écrivit de Prcsbourg, le 16 octobre 1664, le comte de Coligny, chef des volontaires français (*) :
A Prcsbourg , ce 11 octobre 1664.
« Puisque vous voulez apprendre de « moi le détail de ce qui se passa à « Saint-Gothard , vous saurez que le
* détachement fut fait à bâtons rom- « pus , régimens après régimens , une « heure ou une heure et demie après « les autres. Dès que j’en eus détaché « deux , je dis à la Feudlade, qui étoit « de jour, qu’il falloit qu’il y allât. Il « y alla, et me vint redire un moment « après que les Turcs avoient repassé « la rivière : je lui répondis que j’a- « vois peine à le croire , et qu'il s'y en « retournât. De là à quelque temps,
« moi toujours à la veille d'être atta- « qué par toute l'armée des Turcs en
* bataille devant moi à la portée du « mousquet, on m'envoya demander « un troisième bataillon , que je me- « nai alors moi-même. Je trouvai tous « les généraux des armées en conseil » sur ce qu’ils avoient à faire; et « comme nous consultions là-dessus,
• le comte de Waldeck , le général de « la cavalerie de l’Empire, me vint « dire en grande hâte que les Turcs « alloient attaquer mon poste. J’ycou- « rus en diligence, et je trouvai qu'ils « avoient fait quelques mouvemens,
« mais qu'ils n'attaquoient pas. Je « m’en retournai fort vite , et en un « demi-quart d’heure que je mis à al- « 1er et venir, je trouvai que les Turcs « s'etoient tous enfuis u’eux-mémes,
« sans tirer ni qu'on leur tirât un seul « coup de mousquet.
« Voilà comment l’affaire s'est pas- « sée, et si brusquement que pas un « seul officier général des trois ar- « mées ne s’y est trouvé. Et quand
• la Feuillade envoie des gazettes dans
(*) Publiée par MM. Pelilol et Moumerqué. Collections des mémoires relatifs à l'histoire de France , deuxième série, t. 65» p. i54.
• lesquelles il dit qu'il a fait des mer- « veilles, il a menti, car c'est le plus « grand poltron de France. — Adieu.
« Coligny. »
Ce qui semble justifier ce récit, c'est le traité honteux qui suivit. Neuf jours après la bataille, Léopold conclut une trêve de vingt ans, par laquelle Apaffy conserva la Transylvanie, les Turcs le grand Waradin, New-Zoll et >'ovigrade. Léopold retint les comtés de Zahnar et de Zambolitz, et fut laissé maître d'élever des deux côtés du Waag des forteresses pour couvrir ses Etats.