INSURRECTION DI LA HONGRIE. LEOPOLD
ARROGE Lit PRIVILÉGIE DI LA NATION
HONGROISE
Ce traité avait été conclu sans la participation des Hongrois. Le mécontentement qu’ils montrèrent fut bientôtaccru par de nomeiles mesures que prit le cabinet de Vienne. Toutes les places fortes de la Hongrie furent occupées par des garnisons allemandes, et sur les bords du Waag s'éleva la forteresse menaçante de Leopoldstadt.
En même temps l’empereur négligeait de convoquer les états, et de conférer la dignité restée vacante de palatin de Hongrie. Ces tentatives des ministres de Léopold pour attirer dans leurs mains l’administration du royaume, et clouffer les antiques privilèges de la nation, n’échapperent point aux magnats hongrois. Treize comitats se réunirent dans une association offensive et défensive. On leva des troupes, et l’on entretint des intelligences avec les Turcs et le prince de Transylvanie.
Mais Léopold prévint et effraya les mécontents en faisant enlever quatre magnats, Nadasti, Pierre Sgrim, ban de Croatie, Frangipani et Tattenbach, qui furent condamnés et exécutés; leurs biens et ceux de leurs partisans furent confisqués; puis l’empereur déclara, deson autorité privée, que les dignités de palatin de Hongrie, de ban de Croatie et de juge du royaume, étaient supprimées, fl remit l’exercice de l’autorité suprême et de la justice à un
L'UNIVERS
conseil dont il s'attribua la nomination (1673). Des tribunaux furent institués pour juger et punir les hérétiques. Les rigueurs de l'inquisition secondèrent les exécutions militaires ; enfin Léopold rétracta tous les serments prononcés h son avènement, et crut avoir dompté la Hongrie comme ses prédécesseurs avaient fait de la Bohême.
GClgft» COÎCTRE LOUIS XtV.
Pendant ce temps, Louis XIV effrayait l’Europe de son ambition ; l’Espagne vaincue lui avait abandonné la Flandre par la paix d’Aix-la-Chapelle, et la Hollande attaquée à son tour le voyait aux portes d’Amsterdam.
L’héroïsme des Hollandais, qui en coupant leurs digues inondèrent tout leur pays, et les grands talents de Guillaume III, nommé stathouder au milieu de ce danger, n’auraient peutêtre pas sauvé la Hollande, si l’empereur et l’électeur de Brandebourg n’étaient venus à son secours. L’empereur avait à craindre aue Louis XIV, maître de la Hollanae, n’enlevât à l’Espagne les Pays-Bas. En conséquence, Léopold fit alliauce avec les Etats-généraux.et une armée allemande s’avança sur le Rhin (1672). Turenne, il est vrai, empêcha cette armée de passer le fleuve; mais la diversion qu’elle fit sauva la Hollande. L’armée française , menacée sur sa droite , avait été obligée de se diviser. Les Hollandais avaient repris courage, et, en 1673, Louis XIV évacua la Hollande.
Cette retraite fut suivie de la défection de tous ses alliés, à l’exception de la Suède. En 167-1, l’Angleterre lit alliance avec la Hollande, "et l’incendie du Palatinat par Turenne souleva contre la France tous les princes d’A llemagne, qui s’allièrent à Léopold. Mais avant que les alliés aient eu le temps de réunir leurs forces, Louis XIV conquiert la Franche-Comté (1674), et, poursuivant ses succès , bat Guillaume a Senef, et enlève aux Espagnols douze places fortes dans les Pays-Bas.
Au mois de mars 1677, il s’ouvrit un congrès à Nimègue, où l’on essaya de
fixer les conditions de la paix. Les alliés exigèrent de Louis XIV la restitution de toutes ses conquêtes. Mais le roi de France, ayant refusé d’accéder à ces propositions, fondit sur les Pays-Bas et s’empara de Gand. Profitant ae la terreur que ses victoires jetaient parmi les alliés, il imposa ses conditions et demanda la conservation de la Franche- Comté et de toutes les places qu’il avait conquises dans les Pays - Bas.
Joignant au succès de ses amies l'habileté de ses négociations, il désunit les alliés, fit alliance avec la Hollande, traita avec l’Espagne, et força ainsi Léopold à signer la paix avec lui (5 février 1679), et à lui laisser l’Alsace et la ville de Fribourg, eri échange de laquelle Louis XIV cédait Philipsbourg.
Aussitôt la paix signée, le roi de France commença contre l’Allemagne une série d’envahissements qui rendirent la guerre imminente. Il s’empara de Strasbourg, Trêves, Luxembourg, et prétendit avoir des droits sur un gTand nombre de fiefs , que les chambres de réunion (voir Allemagne, t. II, p. 3 1 ô) signalèrent comme relevant de la France.
Louis XIV, en fomentant la révolte des Hongrois et en excitant les Turcs à porter la guerre dans les Etats autrichiens, empêcha Léopold de s’opposer à ces envahissements , et le força , en 1684 (26 aoilt), à signer la trêve ‘de Ratisbonne. Cette trêve devait durer vingt ans, et la France, pendant tout cet espace de temps, devait conserver Luxembourg, Beaumont, Chinav, Strasbourg, Kehl, et tous les droits’ de souveraineté sur l’Alsace. Louis XIV, arrivé alors au faîte de sa puissance, viola plusieurs articles de cette trêve, chassa les protestants de France, et força les Etats de l’Europe à s’unir pour résister à ses prétentions.
L’empereur, les deux branches autrichienne et espagnole de la maison d’Autriche, le roi de Suède, la Saxe, les cercles de Bavière et de Franronie, une partie des princes du Haut-Rhin, conclurent à Ausbourg, le 9 juillet 1686, une ligue pour le maintien des
AUTRICHE
traités de Westphalie et de Nimè- paix. La Catalogne était envahie, la gue. Louis XIV, par d’habiles négo- monarchie espagnole en danger, la dations, empêcha la Hollande, l’An- Savoie au pouvoir des Français, et gleterre et l'électeur de Brandebourg, les Provinces -Unies avaient tout à d'entrer dans cette ligue, qui devenait craindre de la France qui était à leurs redoutable et qui persista dans ses pré- portes. Léopold , obligé de lutter contre tentions. les Turcs, les Hongrois et la France,
Louis XIV alarmé offrit de con- n’avait plus ni hommes ni argent; cevertir en paix la trêve de Ratisbonne, pendant il ne voulait pas déposer les et d'indemniser la duchesse d'Orléans, armes, désirant faire durer la confépour lui faire abandonner les droits dération jusqu'à la mort prochaine du qu’elle invoquait sur la succession de roi d’Espagne, dont Louis XIV confélecteur palatin Charles-Louis (1687). voilait l’héritage. Ce fut précisément Léopold refusa. Louis XIV prévint ses cette considération, jointe à la mort ennemis, envahit et conquit le Pala- de Louvois et à l'épuisement du tinat (1688). I.’avénenoent de Guil- royaume, qui détermina le roi de laurne III au trône d’Angleterre sauva F’rance à hâter la fin de la guerre. Il la maison d’Autriche attaquée par les conclut donc un traité avec le duc de Français, les Hongrois et les Turcs. Savoie (1696), auquel il rendit les villes La guerre devint générale dès l’année qu’on lui avait prises, et, proGtant de suivante, et les Français, attaqués par la défiance que cette ■ défection avait les forces de toute l’Allemagne, furent inspirée aux alliés, il leur proposa la obligés d'évacuer le Palatinat, qu’ils paix. Il offrit de restituer Strasbourg, dévastèrent. Le 12 mai 1689, Léopold et ses conquêtes depuis la paix de Niaugmenta ses alliés, et, à la paix de mègue, de rendre la Lorraine, de revienne, toute l’Europe, sauf le Por- connaître Guillaume III comme roi tugal et la Russie, s’unit contre la d’Angleterre. L’Angleterre et la Hol- France, et décida de ne déposer les lande acceptèrent, et un congrès s’ouarmes qu’après que les choses auraient vrit à Riswick (9 mai 1699). Léopold été rétablies sur le pied où elles avaient et l'Espagne refusèrent d’accéder aux été mises par les traités de "Westphalie propositions de la France. Louis XIV, et des Pyrénées. Mais cette masse hé- assuré de l’alliance de Guillaume III, térogène d’armées et de peuples échoua fit remettre son ultimatum à Léopold , contre la France, que son unité et la et lui donna six semaines pour l’adopvaleur de ses soldats rendaient si forte, ter. Pendant ce temps, le duc de Ven- Le prince de Waldeck fut vaincu à dôme prenait d’assaut Barcelone (27 Fleurus (1690), et Guillaume III fut août 1697), et forçait ainsi l’Espagne mis en déroute à Nerwinde et à Stein- à abandonner Léopold. Cependant ce kerque par le maréchal de Luxem- prince persistait à ne point accepter bourg. Le roi , de son côté, prit Mons l’ ultimatum de Louis XIV, et le roi de et Namur;Catinat, en Italie, battit les France refusa alors de céder Strasalliés à Staffarde et à Marsaiile. Ces bourg, et lui donna vingt jours pour succès furent compensés par la défaite accepter cette dernière proposition, de la Hogue (mai 1692) et la prise de Léopold refusa encore, essaya de ra- Namur (1694) par Guillaume III. Heu- mener à sa cause les princes de l’Emreusement pour la France, le désac- pire, fit alliance avec Pierre le Grand, cord se mit bientôt entre ses ennemis; et empêcha le prince de Conti de la jalousie des princes indépendants monter sur le trône de Pologne. Enfin, qui composaient l’Empire, et la diver- se voyant seul, il consentit à signer la sité des religions y entretenaient une paix de Ryswick (31 octobre 1697). désunion qui avait annihilé presque La France conserva l’Alsace et Strasentierement l'influence de l’Autriche bourg, et rendit ses conquêtes du pendant cette lutte. Les alliés étaient Brisgau, Kebl, Brisach et Fribourg, las de la guerre, et tous voulaient la Le duc de Lorraine rentra dans ses
États, mais on démantela Nancy, et la France se réserva Longwy et Sarrelouis pour le passage de ses troupes.
Le traité ne parlait pas des prétentions de Léopold et de Louis XIV à la succession d'Espagne; on attendait les événements.
TENTATIVES DE I.éoiOLD CONTRE LES LIBER- TES DE LA UONÜIUE. TÉEÉl.T.
Dans tout le cours de la guerre dont nous venons de tracer lin tableau rapide, Léopold avait lutté rentre Louis XIV avec plus d'opiniiltreté que d’énergie; il avait semblé craindre de se commettre avec la France. Ce n’est pas qu’il ne tînt fortement à terrasser cet adversaire redoutable, qui avait réalisé avec tant de bonheur une partie des projets de Henri IV contre la maison d’Autriche; mais il avait près de lui des dangers plus pressants. Il lui fallait réprimer les révoltes de la Hongrie et repousser les attaques incessantes des Turcs.
Depuis l'an 1670, il avait continué ses projets d’établissement de monarchie absolue en Hongrie. Une armée nombreuse avait été envoyée en Hongrie pour en forcer les habitants à l’obéissance, et les Hongrois s’étaient vus accablés d’impôts pour payer les soldats qui les opprimaient. En 1673, Léopold, comme, nous l'avons dit plus haut , avait remis l’exercice de l’autorité suprême à un conseil composé d’un président et de conseillers en nombre illimité et nommés par lui. Le protestantisme fut attaqué avec violence.
Des tribunaux furent établis pour punir les hérétiques; on emprisonna leurs ministres ou on les envoya aux galères.
Les Hongrois, exaspérés par ces actes de despotisme, excités d ailleurs par les émissaires secrets de Louis XIV, soutenus par Abaffy, prince de Transylvanie, et encourages par la Porte Ottomane, se révoltèrent enfin, et se donnèrent pour chef le jeune comte de Tékely.
« Cétoit le fils d’Etienne Tékély de Kesnarch, comte et grand officier hé-
réditaire d’Avowa,' baron de Schaiffoire, qui étoit fort attaché à la confession d’Ausbourg, et qui possédoit plus de trois cent mille livres de rente. Comme ce seigneur avoit eu beaucoup de part à la première révolte de Hongrie, l’empereur envoya les généraux dcSpork et de Heister assiéger Avowa, qui était le lieu de sa résidence. En vain il offrit de se justifier; et il eut beau protester qu’il n’avoit jamais rien su de la conjuration de Hongrie, on lui déclara que l’empereur souhaitoit qu’il reçût garnison dans ses forteresses, avec menace, s’il le refusoit, de le traiter en rebelle. Tékély ne voulut pas exposer cette place à être rasée s’il attendoit qu’elle fût prise, et il se soumit à la volonté de l’emnercur. Il fit cependant évader le comte Eniéric Tékély, son fils unique, en habit de paysan , et le confia à deux gentilshommes déguisés de la même façon. On le fit passer au travers des bols pour le conduire en Transylvanie, d’où il gagna la Pologne en habit de fille. Son père étant mort peu de temps apres, l'empereur confisqua tous ses biens, et on enleva de ses chûtcaux des trésors immenses en or, en argent, en pierreries et en meubles précieux. Le jeune comte Tékély ne sauva des débris de sa fortune que les biens de la comtesse de Tliurlo sa mère, fille et héritière d’Emcrie de Tliurlo, palatin de Hongrie, seigneur fort riche. Tékelv nrofessoit la religion calviniste; il avoit beaucoup d’esprit et une grande facilité de parler. Après une retraite de plusieurs années en Pologne, il retourna en Transylvanie, où le prince Abaffy lui donna de l’emploi dans scs troupes (*). »
Quand Tékély vit le mécontentement des Hongrois parvenu à son comble , il parut au milieu d’eux, se mit à leur tête, battit plusieurs corps autrichiens, et fit de fréquentes incursions dans la Moravie, l’Autriche "t la Styrie.
Léopold fut alors obligéde renoncer à
(*) Mémoires de M. de ***, dans ta collection de MM. Pelitotel Monmerqué, t. 59, p. 5
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ses projets ; il offrit de rétablir la constitution dans toute son intégrité, et de rendre à la nation tous ses privilèges.
Une diète fut convoquée a OKdenbourg (1G81). La nouvelle forme de gouvernement fut abolie, une amnistie générale fut promulguée, le prince Ksterhazy fut élu palatin, et la liberté de conscience fut rendue aux protestants.
Tékély, doutant de la bonne foi de la maison d’Autriche, n’accepta point les décisions de la diète, et tout ce qu’elle put obtenir de lui, ce fut de prolonger l’armistice pendant six mois.
Pendant ce temps, Léopold avait fait demander au sultan la prolongation de la trêve de 1664. Mais le sultan, d'après les conseils de la France, exigea de Léopold un tribut annuel et la satisfaction de tous les griefs des Hongrois.'