‹ États de la confédération germaniqueChapitre 7 sur 261 · FRÉDÉRIC LE BELLIQUEUX · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC LE BELLIQUEUX

(fî3o 1146.)

Ce fut le dernier prince de la maison de Bamberg. Les premières années de son règne ne furent occupées que par des guerres continuelles contre la Bohême et la Hongrie, qui se terminèrent par une paix dont on ignore les conditions. A peine Frédéric avait-il échappé aux dangers dont le menaçait la coalition des deux rois, qu’il souleva contre lui, par le dérèglement de ses mœurs, les habitants de Vienne; il fut contraint de sortir de la ville et d’aller chercher un asile au milieu de ses troupes. Il se mit alors lui-même à piller son duché, rançonnant surtout les monastères qu’avaient enrichis les libéralités de ses prédécesseurs. Les plaiutes qui éclataient de toutes parts contre lui devinrent si vives qu’il fut cité à comparaître par-devant la diète (1236) : sur son refus, on le déclara déchu de ses duchés, et l’empereur, assisté du roi de Bohême , du duc de Bavière et d’autres princes , entra dans Vienne où il resta trois mois. En partant il y laissa un gouverneur qui devait l’administrer comme ville impériale. Pendant quatre ans Frédéric vécut à Neustadt comme un simple particulier. Ce temps fut pour l’Autriche une époque de calamité, car les seigneurs profitèrent de la ruine de leur duc pour piller tout le pays; le margrave de Baden s’empara dû château de Kalenberg et de Kloster-Neu-

bourg : ses partisans Schenck , Hampaeh et Presler désolèrent le duché:

mais aucun ne se signala par plus de ravages que le seigneur d’Agstein.

lladamar III, surnommé le Chien, à cause de sa cruauté, profitant de la position de son château sur le Danube , interceptait la navigation du lleuve, et enlevait marchands et marchandises. De toutes parts c’était de semblables pirateries, car toutes les collines qui bordent le Danube, toutes les passes des montagnes, s’étaient couvertes de forteresses féodales où se retiraient, comme dans un repaire, des hommes trop souvent armes pour le meurtre et les rapines.

Cependant, profitant des embarras qui retenaient l’empereur en Styrie, Frédéric leva des troupes, chassa les impériaux de Vienne, et parvint à rentrer ainsi en possession Je la Styrie et de la Carniole ; mais pendant qü’il allait à Vérone faire la paix avec l’empereur, le roi de Bohême surprit Vienne, et ne la rendit que pour une bonne somme d’argent.

En 1243, la guerre éclata entre Frédéric et Bêla IV, roi de Hongrie. A la fin de la troisième campagne, le duc d’Autriche livra aux Hongrois une bataille qui aurait pu être décisive; mais, au milieu de l’action , il fut blessé d’un coup de flèche à l'oeil , et tomba sous son cheval, dont le poids l’étouffa.

Frédéric n’avait point d’enfants : en lui s’éteignit la maison de Bamberg , qui avait reçu l’Autriche comme une simple marche, et qui la légua à la maison de Habsbourg, comme un des plus puissants duchés de l’Allemagne.

Après la mort de Frédéric le Belliqueux , l’empereur regarda l’Autriche et ses dépendances comme revenant à l’empire , et il la lit administrer en son nom. Mais sous les règnes de ses faibles successeurs, Conrad IV, Guillaume de Hollande, Richard d’Angleterre, et pendant l’interrègne qui suivit, ces pays se trouvèrent dans les circonstances les plus funestes, en butte aux prétentions de tous les parents du dernier duc, aux entreprises des souverains

L’UNIVERS

de la Hongrie, de la Bohême, et des ducs de Bavière, ainsi qu'aux intrigues de la cour de Rome. Frédéric le Belliqueux avait laissé après lui une fille de son frère, Gertrude, mariée a Hermann , margrave de Baden, et deux sœurs, Constance, mariée à Henri , margrave de Misnie, et Marguerite, qui épousa , dans la suite, Ottocar, fils et héritier du roi de Bohême. Hermann de Baden s’empara du duché , et le conserva jusqu’à sa mort , mais sans pouvoir le transmettre à son fils Frédéric , qui alla mourir à Naples sur un échafaud, avec Conradin, fe dernier rejeton de la maison de Hohenstaufen. Le prince de Bohême se rendit alors maître de l’Autriche et de ses dépendances, au préjudice des autres prétendants , qu’il défit constamment. Il reçut l’investiture de l’empereur Richard d’Angleterre, et eut aussi l’adresse d’obtenir l’héritage de la Carinthie. Possesseur de la Bohême et de la Moravie , ce prince devint le plus puissant de l’Allemagne, et il serait resté tel s’il n’avait voulu se rendre indépendant de l’empire. Cette tentative le mit aux prises avec le nouveau roi de Germanie , Rodolphe de Habsbourg, dont les descendants régnent encore aujourd'hui avec le titre d'empereur d’Autriche.

MAISO.V DR HABSBOURG.

UODOI.rU K I".

Le glorieux fondateur de la monarchie autrichienne naquit le 1" mai 1218. Son père, Albert le Sage, qui avait pris la croix, mourut en Palestine, en 1240. Sa mère était fille du comte de Kibourg, qui descendait des puissants ducs de Zœringen , sous la domination desquels le nom des hommes libres de Schwitz , berceau de la confédération et de l'indépendance helvétique, commença à figurer parmi ceux des comtes illustres et des villes puissantes dont se glorifiait l’Helvétie. Les généalogistes ont fait remonter, d'après les conjectures les plus vraisemblables, cette illustre famille jusqu'à Etichon 1",

duc d’Alsace , et avec certitude jusqu’à Gontran le Riche, comte (F Alsace et de Brisgau , qui vivaient l’un au septième, l’autre au dixième siècle.

Ce fut en 1240 que le jeune Rodolphe, appelé à succéder à son père dans tout ce qui formait le patrimoine de sa maison , apparut sur la scène politique. Mécontent de l’héritage paternel, car de la tour de son manoir il pouvait mesurer de l’œil les limites de ses domaines héréditaires, qui se bornaient au landgraviat de la haute Alsace, au bourgraviat de Rheinsfeld , il partagea avec ses deux frères quelques domaines épars dans la Souabe et dans le Brisgau , et montra de bonne heure le désir de relever sa famille du .long abaissement où elle était plongée. Élevé dans les camps de Frédéric II , qui l’avait tenu sur les fonts de baptême , il avait fait ses premières armes en Italie sous les drapeaux de cet empereur. A la mort de son père, il revint en Helvétie ; et, saisissant avec empressement les premières occasionsqui se présentèrent d’acquérir de la puissance et des richesses, il se mit à guerroyer à la tête d’un corps d’aventuriers, contre les barons turbulents, licencieux, qui infestaient les routes, surprenaient les villes, et pillaient les églises. Ense faisant ainsi le défenseur des privilèges et des immunités des villes, et le protecteur des peuplades d’hommes libres qui vivaient en Helvétie, il se concilia des amis dévoués et redoutables. Le premier seigneur qu’il attaqua fut Hugues de Tuffenstein, qui avait tenu contre lui des diseours outrageants. Il investit son château et le prit. Hugues fut tué après une courageuse résistance.

Rodolphe fut ensuite engagé dans deux autres expéditions, l’une contre le comte de Lauffenbourg , son oncle et son tuteur, qui lui retenait, disaitil , injustement une partie de son patrimoine; l’autre, contre les comtes de Kibourg, ses parents maternels.

Dans cesdeux expéditions, il trouva à ajouter à ses biens héréditaires : ce furent autant de degrés qui hâtèrent son élévation.

En 1245, Rodolphe épousa la fille de

AUTRICHE

Burkard , comte de Hohenbourg et de Hagenlock, qui lui apporta pour dot le château d’OEttingen, la valleede Weile et quelques autres domaines en Alsace.

Jusqu’à l’année 1553, nous n’entendons plus parler du comte de Habsbourg. Nous le voyons reparaître chargé d'une excommunication pour avoir brûlé un monastère de la ville de Bâle. Ce tut sans doute en vue de se réconcilier avec l’Église, qu’il se rangea sous les drapeaux d’Ottocar, roi de Bohême, pour combattre les idolâtres de la Prusse, qui défendaient depuis cinquante ans les dieux et la liberté de leurs pères, vainement attaqués par les chevaliers de l’ordre teutonique. Rodolphe aida ensuite ce même prince dans la guerre qu’il entreprit contre Bêla , roi de Hongrie.

Cette croisade ne l’empêcha pas, quelque temps après, d’attaquer r évêque de Strasbourg, à qui son oncle Hartmann avait cédé ses terres. Hartmann se repentait de la donation ; Rodolphe se chargea de la retirer des mains de l’évêque. Dans cette guerre, il y eut pour lui double gain: il rentra dans ses domaines , et reçut des Strasbourgeois révoltés contre l’évêque, le titre d’avoué de leur ville.

Dans le cours de la même année, mourut le jeune Hartmann de Kibourg, laissant ses vastes domaines à sa fille en bas âge. L’année suivante , Hartmann l'aine, dernier comte de Kibourg et landgrave de Thurgau , descendit aussi dans la tombe, et Rodolphe, tant en son nom qu’en celui de sa pupille, héritière du jeune Hartmann, prit possession des comtés de Kiboarg, de Lentzbourg et de Baden, et accrut ainsi son influence en Alsace et en Suisse.

Bien que Rodolphe eût presque toujours les armes à la main, il ne s’en servit jamais, comme les barons ses voisins, pour tourmenter les pauvres habitants des campagnes, et rançonner sans merci les voyageurs. Il n'usa de sa puissance que pour maintenir la sécurité dans les montagnes où il avait reçu le jour, défendant contre la tyrannie delà noblesse les citoyens

3* IAvràison. (Autriche.)

des villes, purgeant les grands chemins des nombreux bandits qui les infestaient, servant d'égide aux faibles et de rempart aux monastères et aux cités. Cette conduite attirait déjà sur lui les regards de l’Allemagne ; et telle lut l’opinion que l’on prit de sa justice et de sa valeur, que les petites républiques helvétiques qui bornaient ses domaines, sollicitèrent son intervention pour apaiser les troubles qui les divisaient. Schwitz, Uri et Underwald lechoisirent librementpour protecteur. Les citoyens de l’ importante villedeZurich ne crurentpouvotr mieux assurer leur liberté qu’en lui confiant le commandement ae leurs troupes.

Mais les barons voisins, jaloux de ce choix, formèrent contre lui une redoutable confédération. Les deux armées se trouvèrent en présence aux environs de Zurich , et , après une lutte des plus opiniâtres, les armes du comte de Habsbourg forent couronnées d’un plein succès. Les confédérés, après leur défaite , voulurent essayer de traîner la guerre en longueur; mais ce plan échoua devant 1 infatigable activité de Rodolphe. Après une suite de sièges et de combats où il développa tout à la fois les ressources de son génie inventif et rusé, et la fougue aventureuse de sa belliqueuse ardeur, les barons confédérés , frappés de terreur, s’écrièrent : « Toute résistance est vaine, Rodolphe est invincible ! » Et dès lors cette ligue puissante fut dissoute. Leur chef, Hutold , se vit forcé de céder à Zurich la plus grande partie des domaines qui lui restaient.

Quelque temps auparavant , Berthold de Falkenstein, abbé de Saint-Gall, avait sommé Rodolphe, qui venait d’entrer en possession de l’héritage de la maison de Kibourg , de faire nommage pour certains fiefs qui relevaient de son abbaye. Le comte n’ayant pas obéi à cette sommation, le prélat, jaloux de ses prérogatives , s’était mis a la tête d'un corps de troupes considérable pour envahir les possessions de son vassal. Rodolphe se disposait à repousser l’agression, lorsqu’il apprit que les bourgeois de Bâle , a l'instiga-

LT UNI VERS

tion de leur évêque, s’étaient soulevés et avaient massacré plusieurs de ses compagnons d’armes. Indigné de cette perfidie, Rodolphejure de vengerdans le saug le sang de ses amis. Il part accompagné seulement dedix chevaliers, et arrive au moment où Berthold était a table avec un grand nombre de seigneurs.

« Je viens, dit le comte de Habsbourg, mettre lin à nos querelles; vous êtes mon suzerain et je suis votre vassal. » L’abbé de Saint-Gall le reçoit a bras ouverts , et le convie à prendre place à ses côtés. Rodolphe lait le récit de l’événement de Baie; il raconte d’une voix si noblement indignée l'arrogance de l’évêque et la fureur du peuple, qu’il enflamme de courroux tous ceux qui l’écoutent. D’un ennemi il parvient à se faire un ami ; Berthold et ses vassaux lui offrent leurs secours. Rodolphe les conduit sous les murs de Bâle, ainsi que les citoyens de Zurich, les montagnards suisses et ses propres sujets ; et bientôt il contraint les Bâlois à lui livrer des otages.

Rodolphe s’en prit ensuite à l’évêque lui-même. Ayant passé le Rhin sur un pont de bateaux, que, le premier d’entre les modernes, il avait su construire, il enlève au prélat tous ses domaines, dévaste ses forêts , brille ses villages et ses moissons, et fait un désert des belles campagnes qui avoisinent Bâle.

Réduit aux dernières extrémités, l’évêque sollicite et obtient une suspension de vingt-quatre jours, durant laquelle le différend devaitétre accommodé par voie d’arbitrage.

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