REPRISE DES HOSTILITES
Mais la paix avec la France ne fut pas de longue durée. Il était impossible, en effet, que les vieilles monarchies européennes vissent tranquillement les Etats que la France arrachait a leur autorité, s’organiser en démocraties , d’où s'échappait une propagande enthousiaste. C'était la continuation de la lutte entre le vieux principe et les nouvelles doctrines que les philosophes français du dix-huitième s ècle avaient enseignées au monde, lutte qui ne se terminera que par la ruine entière de l’un des deux antagonistes. Aussi l’Autriche, profitant du séjour de Bonapafteen Égypte, recommença la guerre, soutenue par l’Angleterre et la Russie. Cette nouvelle coalition contre la république française était moins nombreuse que la première, mais plus redoutable.
Le roi de Naples et le roi de Sardaigne commencèrent les hostilités en novembre 1798. Le directoire les punit de leur audace, en enlevant au roi de Sardaigne toutes ses provinces territoriales, et en chassant le roi de Naples de l’Italie. Après cette victoire, Championnet érigea le royaume de Naples en république parthenopéenne.
illais ccs succès allaient se changer bientôt en revers. L'archiduc Charles et le général russe Souwaroff s’avancèrent sur le haut Rhin, et battirent Jourdan à Ostrach (SI mars 1799) et à Stockach (25 mars). Masséna, par la victoire de Zurich, rétablit un instant la supériorité d^s années françaises; mais en Italie la victoire se prononçait en faveur des Austro-Russes. Souwaroff battait Schérer à Cassano(27 avril), reprenait Milan, Turin, Mantoue, et chassait les Français de l’Italie par les victoires qu’il remportait à la Trebbia (17-19 juin) sur Macdonald, et à Novi
(15 août) sur Joubert. Continuant ses succès, le général russe voulut se reunir à Korsakoff; mais celui-ci venait détre vaincu à Zurich, et Souwaroff fut oblige de. battre en retraite,
fiar des chemins impraticables, dans es Alpes de la haute Souahe.
En apprenant ces nouvelles, Bonaparte quitta l’Egypte , vint à Paris arracher le pouvoir aux faibles mains des directeurs (18 brumaire), et organisa de nouvelles armées. Il devait vaincre les Autrichiens en Italie, pendant que Moreau les attaquerait en Allemagne.
L’armée française traversa les Alpes au mont Saint-Bernard et arriva à Milan. Bonaparte réorganisait déjà la république cisalpine, que Mêlas, le général autrichien, le croyait encore en France. Son armée était enfermée entre le Pô et la mer; il ne pouvait s’échapper que par la rive droite du fleuve. Bonaparte résolut de lui couper la retraite. Mêlas essaya de se frayer un chemin, mais fut repoussé à la bataille de Montebello. Dès lors, il attendit les Français dans les plaines de Marengo, où sa cavalerie pouvait se développer a son aise. Enfin, le 14 juin, la bataille s'engagea.
■ ATAII.LI DE MAKEKCO.
» Le 14, à l’aube du jour, les Autrichiens attaquèrent avec fureur le village de Marengo. La résistance fut opiniâtre et longue.
•< Le premier consul, instruit par la vivacité de 1a canonnade que l'armée autrichienne attaquait, expédia sur-lechamp l’ordre au général Desaix de revenir avec son corps surSan-Juliano.
Il était à une demi-marche de distance sur la gauche.
« Le premier consul arriva sur le champ de bataille a dix heures du (matin, entre San-Juliano et Marengo.
L’ennemi avait enfin emporté Marengo, et la division Victor, après la plus vive résistance, ayant été lorcée, était mise dans la plus complète déroute. La plaine sur la gauche était couverte de nos fuyards, qui repan-
ISO
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daient partout l’alarme, et même plusieurs faisaient entendre ce cri funeste : * Tout est perdu ! »
« I,e corps du général Lannes, un peu en arrière de. la droite de Marengo, était aux mains avec l’ennemi,
ui, après la prise de ce village, se
éployant sur sa gauche, se mettait en bataille devant notre droite qu’elle débordait déjà. Le premier consul envoya aussitôt son bataillon de la garde consulaire, composé de huit cents grenadiers, l’élite de l’armée, se placer à cinq cents toises sur la droite de Lannes, dans une bonne position, pour contenir l’ennemi. Le premier consul se porta lui-même, avec la 72* demi-brigade, au secours du corps de Lannes, et dirigea la division de réserve, Cara-Saint-Cyr, sur l’extrême droite, à Cnstel-Ceriolo, pour prendre en liane toute la gauche de l’ennemi.
• Cependant, au milieu de cette immense plaine , l’année reconnaît le premier consul , entouré de son étatmajor et de deux cents grenadiers à cheval , avec leurs bonnets a poil; ce seul aspect suffit pour rendre aux troupes l’espoir de la victoire. Ij confiance renaît; les fuyards se rallient sur San- Juliano, en arrière de la gauche du général Lannes. Celui-ci , attaqué par une grande partie de l’armée ennemie, opérait sa retraite au milieu de cette vaste plaine, avec un ordre et un sangfroid admirables. Ce corps mit trois heures pour faire en arrière trois quarts de lieue, exposé en entier au feu de mitraille de quatre-vingts bouches à feu, dans le temps que, par un mouvement inverse, Cara-Saint-Cvr marchait en avant sur l’extrême droite et tournait la gauche de l’ennemi.
« Sur les trois heures après midi, le corps de Desaix arriva : le premier consul lui Ut prendre position sur la chaussée, en avant de San-Juliano.
« Mêlas, qui croyait la victoire décidée, accablé de fatigue, repassa les ponts et rentra dans Alexandrie, laissant au général Zach , son chef d’étatmajor, le soin de poursuivre l’armée française. Celui-ci croyant que la re-
traite de cette armée s’opérait sur ta chaussée de Tortone , cherchait à arriver sur cette chaussée derrière San- Juliano; mais, au commencement de l’action, le premier consul avait rhangé sa ligne de retraite, et l’avait dirigée entre Sale et Tortone, de sorte que la chaussée de Tortone n’était d’aucune importance pour l’armée française.
« En opérant sa retraite, le corps de Lannes refusait constamment sa gauche, se dirigeant ainsi sur le nouveau point de retraite, et Cara-Saint- Cyr, qui était à l’extrémité de la droite, së trouvait presque sur la ligne de retraite, dans le temps que le général Zach croyait ces deux corps coupés.
« Cependant la division Victor s’était ralliée et brûlait d'impatience d’en venir de nouveau aux mains. Toute la cavalerie de l’armée était massée en avant de San-Juliano, sur la droite de Desaix , et en arrière de la gauche du général Lanhes. Les boulets et les obus tombaient sur San-Juliano; une colonne de six mille grenadiers de Zach en avait déjà gagné la gauche. Le premier consul envoya l’ordre au général Desaix de se précipiter, avec sa division toute fraîche, sur cette colonne ennemie; Desaix tit aussitôt ses dispositions pour exeeuter cet ordre; mais comme il marchait à la tête de deux cents éclaireurs de la 9“ legere, il fut frappé d’une balle au cœur, et tomba roule mort au moment où il venait d’ordonner la charge.
« Ce malheur ne dérangea en rien le mouvement, et le général fioudet fit passer facilement dans l'dme de ses soldats le vif désir dont il était luimême pénétré, de venger à l’instant un chef tant aimé. La 9e légère, qui , la, mérita le titre d incomparaO/e , se couvrit de gloire. En meme temps , le général Kellermann, avec huit cents hommes de grosse* cavalerie, faisait une charge intrépide sur le milieu du flanc gauche de la colonne; en moins d’une demi-heure, Ces six mille grenadiers furent enfonces, culbutes, dispersés; ils disparurent.
« Le générai Zach et tout son état-
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major forent fait* prisonniers (*). »
Dès lors l’armée autrichienne ne présenta plus qu’une épouvantable confusion. Le lendemain, Mêlas demanda une suspension d’armes; il obtint la permission de se retirer au delà de Mantoue, à condition qu'il céderait toutes les places de la Lombardie.
costih UATtoir dus hostilités. trait* n* LUiràviLLK.
La cour de Vienne refusant de traiter, la guerre recommença en Allemagne et en Italie. Moreau remporta la bataille de Hoheniinden (3 décembre), et s’avança jusqu’à Lintz; d’un autre côté. Brune passait le Mincio, l’Adige; Macdonald traversait les Alpes du Tyrol, opérait sa jonction avec ses collègues; Bellegarde allait être détruit, et l’année française d’Italie pouvait venir se joindre à Moreau; Vienne alors eût succombé. L’empereur accepta la paix; elle fut signée à Lunéville (1801, 9 février). L’Autriche perdit la Toscane qui fut érigée en royaume d’Étrurie; cependant on lui donna les évêchés de Trente et de Brixen, et la possession des États vénitiens et de la Gallicie lui fut assurée.
Profitant de la paix, François II s'occupa d’améliorer l’état de son royaume ; il encouragea l’industrie.
• Les féaux établissements agricoles qu’il fonda dans ses domaines particuliers ont servi d’ecoles et ue pépinières pour tous les environs. Les seigneurs de Vienne, à son exemple, établirent chez eux des filatures de coton, des manufactures de toile, de bas, de drap, etc. La race des animaux se perfectionna avec, une rapidité inconcevable, et le produit que donnaient les laines fines, fit sentir l’avantage des prairies artificielles. Dans l’espace de dix ans, les pays héréditaires virent doubler la valeur de leurs productions: les arts libéraux nefurent pas moins cultivés (**). »
(*) Mémoires de Napoléon , écrits par le général Gourgaod , 1. 1 , p. 289.
(**) Delabordc, Voyage en Autriche , 1 1, p. ao3.
CRtATiOK sa i.'rurmt d’actricbi.
Quelques mois après que Napoléon eut ceint la couronne impériale, François II réunit tous ses États sous le titre d'empire d’Autriche, et prit pour lui le titre d'empereur héréditaire fit août 1804).
nOUVLl. LE COALITION COKTRE LA IRAKCE.
BATAILLE d'aUSTERLITZ.
Les projets de Napoléon sur l’Angleterre amenèrent la troisième coalition, fomentée par l’or britannique, et dans laquelle l’empereur d’Autriche entra imprudemment. François II s’allia avec la Russie et l'Angleterre (9 août), et déclara la guerre à Napoléon.
Les hostilités engagées, les Autrichiens ouvrirent la campagne plus maladroitement qu’ils ne i avaient jamais fait. Ils s'imaginèrent prendre Napoléon au dépourvu. Cette prétention devait leur être funeste
Napoléon ayant fait à Boulogne un simulacre d’embarquement, les Autrichiens le crurent en mer, et s'avancèrent sur la Bavière sans attendre l’arrivée des Russes. Napoléon se mit aussitôt en marche avec son armée, qui passa le Rhin vers la fin de septembre. Ses manœuvres eurent pour objet de se jeter sur les derrières îles Autrichiens , afin de les isoler des Russes.
Pendant qu’il concentrait ses forces surDonawerth, Mark commit l'énorme faute, de se renfermer dans Ulm , et de vouloir couvrir la ligne du Danube, d'Ulm à Rain , en faisant face du côté du Rhin , quand l’armée française débouchait déjà sur l’extrémité de sa ligne pour l’assaillir à revers. Le 9 octobre , cent vingt mille Français étaient répandus sur les communications de Mark avec Vienne; c’est alors qu’eurent lieu la bataille d’Elchingen (le 14 octobre) gagnée par Ney, l’investissement d’Ulm , et la reddition de cette ville (25 octobre).
Aussitôt Napoléon marcha contre
les Russes, qui, sous la conduite de
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Kutusoff , s’avancaient au secours des Autrichiens , et étaient déjà parvenus aux bords de l’Inn. Kutusoff, effrayé, se replia, fut battu (6 novembre) au passage de i’Ens , rejeté sur la droite du Danube, battu à Dirnstein par Mortier, obligé de se jeter en Moravie, et de laisser Vienne a Napoléon, qui entra dans cette ville le 13. Après des négociations infructueuses, on se décida à recourir aux armes. La bataille s’engagea auprès d’Austerlitz.
Les Russes et les Autrichiens avaient quatre-vingt mille hommes, placés en ligne depuis Posoritz jusqu'à Augezd , dans un pays coupé par des ravins et défendu par des hauteurs.
Leur centre était à Pratzen. Les Russes étaient sûrs de la victoire, et leur jactance était aussi grande que leur inexpérience. Leur plan , que Napoléon devina, était de tourner la droite des Français et de couper leur retraite sur Vienne. Napoléon . qui avait ménagé sa retraite en Bavière par la Bohême, bissa les Russes dégarnir leur gauche et leur rentre, leur tendit plusieurs pièges , dans lesquels ils tombèrent tête baissée , et le combat s’engagea le 2 décembre, jour de l’anniversaire du couronnement de Napoléon. Cette circonstance avait animé les Français d’un enthousiasme qu’il serait réellement impossible de décrire. On sait que, pendant la nuit qui précéda le combat , Napoléon , en parcourant le front de bandière, le trouva illuminé.
Les soldats avaient mis la paille de leurs bivacs au bout de leurs fusils , et toute la ligne des faisceaux offrait une longue suite de feux de joie. On connaît aussi cette promesse d’un grenadier à l'empereur: «Demain, l’ar- « mée t’amènera les drapeaux et « l’artillerie de l’armée russe, pour « célébrer l'anniversaire de ton cou- « ronnement. •
Dans la nuit du 1" au 2 décembre, l’armée française était ainsi placée :
le corps de Bernadotte était au centre, derrière le village de Jirzokowitz. Le corps de Soult formait la droite; placé entre Sokelnitz et Puntowitz, il se
trouvait ainsi en face du centre de l’ennemi. Murat, avec sa cavalerie, était à la gauche avec Lannes. Ce dernier avait son extrême gauche appuvée sur une hauteur appelée le Santon , que Napoléon avait fait fortifier et garnir de dix-huit pièces de canon. Les réserves, composées de dix bataillons de la garde et de dix bataillons de grenadiers d'Oudinot, avec quaraute pièces de canon, étaient établies, prés de Turas, en arrière de Soult et de Bernadotte. La force totale des troupes françaises en ligne était de soixante à soixa'nteet dix mille hommes; les alliés en avaient près de cent mille. Dès le matin du 2 décembre, les manoeuvres de l’ennemi annonçaient que son plan était toujours d’opérer un effort par leur gauche sur la droite de Napoléon, de "couper la route de Vienne, et de refouler l’armée française sur la route de Briinn. Les ennemis manœuvrèrent par les deux ailes en dégarnissant leur centre et les hauteurs de Pratzen , clef de tout le champ de bataille. Aussitôt qu’ils eurent commencé leur mouvement. Napoléon s’écria , en s’adressant aux soldats qui l’entouraient: « Soldats, l’ennemi vient « se livrer imprudemment à vos coups:
« souvenez-vous que cette bataille doit « être un combat de géants. Il faut « finir cette campagne par un coup de « tonnerre qui confonde l’orgueil de «nos ennemis, et apprenne enfin au « monde que nous n’avons pas de ri- « vaux ! «
Le maréchal Soult partit comme l’éclair du ravin de Kobelnitz , gravit les hauteurs de Pratzen , culbuta l’ennemi; et bientôt le corps de Kolowrath , où se trouvait l’empereur Alexandre, est entouré, mis en déroute, et obligédes’enfuir, en abandonnant toute son artillerie. A la gauche, l’ennem; fut également pris en flanc, et les réserves se trouvèrent assaillies les premières. Le combat fut partout soutenu avec acharnement, mais partout aussi l’ennemi plia. Sa gauche fut culbutée et obligée de s’enfuir du côte d’Augezd. L’armée russe opéra sa retraite à travers les lacs geles , qui k
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trouvent au-dessous de ce bourg; mais le poids des canons et les boulets français enfoncèrent la glace ; hommes et artillerie furent engloutis; et, sans la nuit et le brouillard , toute l’armée était détruite en cet endroit.
Au centre, un combat furieux s’était engagé entre la division d’Erlon et la garde russe. Un bataillon du 4* de ligne fut enfoncé et perdit son aigle dans la mélée; mais bientôt la cavalerie de la garde, commandée par Ilessières, soutenue par l'infanterie de Bernadette, enfonça la ligne russe; l'infanterie de la garde russe se replia sur Krzenowitz. Le régiment des chevaliers-gardes essaya de rétablir les affaires; il fut détruit par les grenadiers à rhevat que Rapp dirigeait. Pendant ce temps, Murat et Larmes mettaient en déroute le corps de Bagration et la cavalerie d’Ouwaroffqui défendaient la droite de l’armée russe.
L’ennemi, battu sur tous les points, fut rejeté sur la route de Hongrie, où il pouvait être pris en tête par Davoust, pendant que Napoléon le pressait en queue. L’armée austro-russe avait perdu vingt -cinq mille hommes et cent vingt pièces de canon.
L'empereur d’Autriche demanda une entrevue, elle lui fut accordée et elle eut lieu près du village de Nnzedlowitz, dans un bivac , sur le bord d’un fossé. Napoléon, alors maître des destinées de l’Europe, manqua à sa fortunée*). Un armistice fut conclu; les
(*) Après les victoires d’Eleliingen et d’t'lm, M. de Talleyrand envoya de Strasbourg à Napoléon un plan de traité avec l'Autriche, qui modifiait entièrement le système de la politique européenne. Selon lui, il y avait en Europe quatre grandes puissances , la France , l’Autriche , l’Angleterre, la Russie. 11 faisait remarquer à l'empereur , « Que l’Autriche et l’Angleterre étaient alors les ennemies naturelles de la France, et la Russie son ennemie indirecte par la sollicitation des deux antres et par ses projets sur l’empire ottoman; que l’Autriche, tant qu’elle ne serait pas en rivalité avec la Russie, et la Russie tant qu’elle resterait eu contact avec la Porte, seraient facilement unies par l’Angleterre dans une
troupes russes, que Napoléon pouvait détruireentièrement, durent retourner
alliance commune; que du maintien d’un tel système de rapports entre les grands États de l’Europe naîtraient des eatiscs permanentes de guerre; que les paix ne seraient que des trêves, et que l’effusion du sang humain ne serait jamais que suspendue.
• Il se demandait dés lors quel était te nouveau système de rapporis qui, supprimant tout principe de mésintelligence entre la France et l'Autriche, séparerait les intérêts de l’Autriche de reux de l’Angleterre, les incllrait en opposition avec ceux de la Russie, et par cette opposition garantirait t'empire ottoman et fonderait un nouvel équilibre européen. Telle était la position du problème. Yoiri quelle en était la solution. Il proposait d’éloigner l’Autrielic de l’Italie en lui ôtant l'État vénitien, de la Suisse en lui ôtant le Tyrol, de I Allemagne méridionale en lui ôtant ses possessions en Soualie. De cette manière, elle cessait d'être en contact avec les États fondés ou protégés par la France, et elle ne restait plus en hostilité naturelle avec elle. Pour surcroît de précaution, l'État vénitien ne devait pas être incorporé au royaume d’Italie, mais être interposé comine État républicain et indépendant entre ce royaume et l'Autriche.
Après avoir dépouillé celle-ci sur un point, il l'agrandissait sur un autre, et lui donnuil des compensations territoriales proportionnées à ses pertes, afin que, n’éprouvant aucun regret, elle ne fit aueiinc tentative pour recouvrer ce qui lui aurait été enlevé. Où étaient placées res compensations? Dans la vallée même du Danube, qui est le grand fleuve autrichien. Elles consistaient dans la Talachie, la Moldavie, la Bessarabie et la partie la plus septentrionale de la Rttlgarie.
■ Par là, disait-il en concluant, les Allemands seraient pour toujours exclus de l'Italie, et les guerres, que leurs prétentions sur ce beau pays avaient entretenues pendant tant de siècles, se trouveraient à jamais éteintes; l’Autriche, possédant tout le cours du Danube et eue partie des rôles de la mer Noire, serait voisine de la Russie et dès lors sa rivale, serait éloignée de la France et dés lors son alliée; l'empire ottoman achèterait, par le sacrifiée utile de provinces que les Russes avaient déjà envahies, sa sûreté et un long avenir; l'Angleterre ne trouverait plus d’alliés sur le continent, ou n'eu trouverait que d'inutiles; les Russes, comprimés
L’UNIVERS
immédiatement en Pologne, et des négociateurs devaient se réunir à Pres- Bourg pour traiter de la paix definitive.
TAIX DE PRESDOUHG. DISSOLU TIOS DF. l'eM-
rmi d'am.lmagne. coufédératiot du
RHirr.
Le traité fut signé à Presbourg le 26.
L’empereur d'Autriche pava les fautes de sa conduite et de. l'iitnabileté de ses généraux , par la cession de plusieurs provinces: il fut obligé d’abandonner au royaume d’Italie les Etats vénitiens et la Dalmatie; à la Bavière, le Tyrol, le Vorarlberg, les évéchés de Trente et de Rrixen, avec plusieurs seigneuries, Passau, etc.; au duc de Bade, l'Autriche antérieure , le Brisgau et Constance; au Wurtemberg, les cinq villes du Danube. Ce traité détruisait la monarchie autrichienne.
L’année suivante. Napoléon (1er août 1800) renversait l’empire d’Allemagne et le remplaçait par la confédération du Rhin. Dans le Mémorial de Sainte- Hélène, Napoléon indique le but qu’il se proposait alors , c’était l’unité , l'agglomération des peuples allemands; il voulait simplifier la monstrueuse organisation de l’Allemagne, détruire le long mensonge de l’empire germanique, et, eu se déclarant protecteur du nouvel État, annihiler la puissance de la Prusse et de l’Autriche, et attacher l’Allemagne au sort de la France.
Dès lors, François II abdiqua le titre d’empereur d’Allemagne et prit celui de François Ier, empereur d’Autriche; il semblait se resigner à sa mauvaise fortune, mais, fidèle au caractère autrichien, il se préparait secrètement à laver la honte de la capi-
dans leurs déserts , porteraient leur inquiétude et leurs efforts vers le midi de l'Asie, et le cours des événements les mettrait en présence des Anglais, transformant eu futurs adversaires ces confédérés d’aujourd’hui. »
) Napoléon rejeta ce plan.
Miguel, Notice historique sur le prince de Tale/raod.
tulation d'Ulm et de la paix de Presbourg.
Quant à l’empereur Alexandre, ne voulant pas accepter l'humiliation de ses alliés, il refusa la paix que Napoléon lui offrit.
KOUVELLR COALITION DE l'aBI ItlCUZ COSTA E LA FRAKCF. BATAILLE DE WACEtE.
La paix de Presbourg ne pouvait pas être de longue durée. François I" s’occupa aussitôt des moyens ‘de recommencer les hostilités; profitant des embarras que la guerre d’Espagne donnait à Napoléon, François Ier lui déclara la guerre (15 avril 1808). Bien que cet acte dût être regardé comme injuste par tous les Français, Napoléon, pour achever d’irrite’r la France contre l’Autriche, et rendre ainsi la guerre aussi populaire que possible, fit publier toutes les pièces diplomatiques relatives à cette affaire, et ordonna qu’on remît au sénat la pièce suivante :
Le prince de Metternich, ambassadeur d'Autriche , étant venu au ministère des relations extérieures le a mars 1809, l’entretien suivant s'établit entre lui et M. le cointe de Champagne :
L’ambassadeur. — M. le comte, je viens vous annoncer i’arriiée du comte dr Mier; il a mis neuf jours à se rendre de Vienne s Paris; il a trouvé la roule encombrée de neiges et de troupes. Je suis autorisé à sous prévenir que le courrier prochain m'apportera la réponse de ma cour à différentes notes que vous m’avez adressées au sujet de cet officier italien insulté à Trieste, et de l'aele de violence exercé contre un homme d'Udine. Sa Majesté l'empereur mon maitre a ordonné à cet égard des recherches dont 011 n’avait pas encore reçu a Vieuue le résultat.
Le ministre. — J'espère alors, M. l'ambassadeur, que votre courrier aura à m’annoncer la répression de ces attentats dont j’ai regretté d'avoir si souvent de justes plaintes à porter.
V ambassadeur. — J’ai aussi reçu l’ordre de ma coeir de prévenir Votre Excellence, qu’ainsi que je l’avais prévu, le retour de l’empereur Napoléon à Paris , l’ordre dorme aux princes de la confédération du Rhiu de
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tenir prêts leurs contingents, et enfin quelques articles insérés dans les journaux français et allemands , ont donné à ma cour de justes inquiétudes, et qu'elle a cru devoir faire sortir ses troupes du pied de paix où elles ont étc jusqu'à présent; mais que l’empereur mon maître, toujours animé des mêmes sentiments, ne prend cette mesure que parce qu’il s'y voit forcé, et qu’il conserve toujours, à l'égard de la France, les dispositions les plus pacifiques.
Le ministre. — Est-ce que vous voulez nous faire la guerre, M. l’ambassadeur?
I.’ ambassadeur. — Si nous avions voulu vous faire la guerre, nous n'aurions pas attendu ce moment ; avant le mois de janvier, nos troupes auraient été sur le Rhin.
Le ministre. — Cela n'iûl pas été si facile, M.deMellernich; les moyens que nous avons à vous opposer en ce moment existaient au mois de janvier.
/.’ ambassadeur. — Mais l'empereur Napoléon était en Espagne
Le ministre. — Oui . mais en 1 8o5, vous étiez à l’Ini qu’il était encore a Roulogue,
et il n’est pas arrivé trop tari Soyez
vrai. Si vous faites marrher des troupes, c’est que la faction anglaise a pris le dessus à Vienne. On affecte des alarmes pour séduire et entraîner l'empereur: ceux qui sont au fait et qui dirigent ce qui se passe chez vous n’en ont pas. D'ailleurs, ils ne peuvent en avoir. Comment seriez-vous alarmés dans ce moment, lorsque vous ne l'étiez pas au mois d'août dernier? Alors l'empereur n’était pas en Espagne, alors il couvrait toute l’Allemagne de ses troupes; il occupait sur vos derrières la Silésie et le grand-duché de Varsovie; les troupes delà confédération du Rhin étaient campées, et cependant vous restiez tranquilles. Vous vouliez attendre les événements. Actuellement, vous feignez des inquiétudes; vous vous alarmez du retour de l’empereur, comme s’il avait dû res’er toujours en Espagne; vous vous plaignez d’un avis donné aux princes de la confédération, comme si ces avis, qu'a rendus nécessaires la continuation de vos armements, étaient autre chose que l’avis de se tenir prêts, et vous m’annoncez que vous faites marrher vos troupes! Pas un homme n'a bougé de la part de la confédération ni de la France. Si vous n'avez pas fait la guerre à l’empereur, vous lui avez olé la sécurité de la paix; vous avez précipité son retour; vous l'avez empêché de poursuivre les Anglais en personne, et de leur fermer le chemin de la
mer; vous avez arrêté des expéditions projetées contre l'Angleterre; des troupes qui se rendaient à Toulon et à Houlogne ont suspendu leur marche à Lyon et à Metz par les menaces que vous avez faites Vous avez servi l'Angleterre. Parlerai-je de celle fermentation dont on agiteles Etats autrichiens? de cette opinion qu'on a dirigée contre la France? des insultes faites à Trieste à des officiers français et italiens? de l’assassinat de nos courriers si longtemps impuni? des articles de la Gazette de Presbourg ? des fausses nouvelles répandues sur l’Espagne? de l'accueil fait à Trieste aux officiers de la frégate espagnole envoyée par les insurgés? du libelle de M. Cevallos répandu à Vienne avec profusion?
L'ambassadeur. — Monsieur, celte brochure m’est venue de Munich.
Le ministre. — Ne pouvait elle pas y être venue de Vienne? Au reste, le livre s’est vendu à Vienne; il s’est vendu avec la permission de la police. J’en ai vu l'annonce publique, cl je sais qu'on n'anuoure ainsi que les livres dont elle permet la vente. Je continue—.. Partout vos agents se sont montrés les ennemis de la France? je vous mettrai sous les yeux des extraits de correspondance qui vous feront ronnaitrr la conduite de votre iuternonce à Constantinople, et celle de votre consul en Bosnie.
l.'ambassadeur. — Mais n'avons-nous pas à nous plaindre aussi de M. de Latour-Maubourg, qui a, pour ainsi dire, déclaré la guerre entre la France et l'Autriche, eu rompant toute communication entre les Français et leurs alliés, et les Autrichiens?
Le ministre. — Que devait donc faire M. de Latour-Maubourg? assister au triomphe des Anglais? Vraiment, cela eût été trop complaisant.
Voilà donc les griefs que nous pourrions alléguer contre vous; et cependant vous savez si notre conduite a été pacifique. A-t-on fait a votre cour une demande qui pût blesser le pins faible de ses intérêts ? Vous a-t-on dit un mot dont vous puissiez vous plaindre? Vous avez répandu le bruit qu’on vous demandait Trieste, Fiumc, la Croatie.
L‘ ambassadeur. — ('.'est dans la Gazette d' Allemagne qu’on a imprimé cela.
Le ministre. — Mais |>ar ordre de votre cabinet, et par les lettres veoues de Vienne et de Presbourg; mais c’est en Autriche aussi qu’on l’a imprimé, et il vous était si facile de désabuser votre peuple : avez-vous dit un mol pour cela ?
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V ambassadeur . — Mais, ici, me parle-t-on davantage? Si l'empereur avait réellement des inquiétudes sur ce qu’on a appelé nos armements , pourquoi, au lieu de se taire avec moi, et d’appeler les troupes de la confédération, ne m'a t on pas parlé ? Ou se serait expliqué, et probablement entendu.
Le ministre. — A quoi cela aurait-il servi ? à quoi ont servi des démarches semblables faites il y a cinq mois? L’emperrur ne vous parle plus, monsieur, parce qu’alors il vous a parlé en vaiu; parce que vous avez perdu auprès de lui, par des promesses trompeuses, le crédit qu’on accorde au titre d’ambassadeur. Rappelez-vous qu'alors vous promites qu'il ne serait plus donné suite à vos mesures militaires, que les exercices de la milice discontinueraient avec la belle saison, que la reconnaissance du roi Joseph ne souffrirait aucune difficulté; et sur tous ces points vous vous disiez autorisé par votre cour. D’ailleurs, je répondrai en un seul mol : l'empereur a pu être réservé avec un ambassadeur que sa cour avait , pour ainsi dire, désavoué, et qu'il a aussi considéré comme auteur de démarches hasardées que les faits ont démenties; mais il ni pas appelé un seul homme de la confédération : de l’avis de se tenir prêt à celui de marcher que vous avez donne, il y a loin. Les troupes qui étaient sur la Saône et la Meurlbe y sont encore, et n’ont pas 1 rongé.
L'ambassadeur. — Mais une partie de ces promesses a été effectuée; ou u’a rien ajouté à l'organisation militaire.
Le ministre. — Un a tout fait pour inquiéter.
L‘ ambassadeur. — Je lie crois pas que les exercices aient été continués pendant l’hiver.
Le ministre. — A Trieste, pendant l’hiver, les milices ont été exercées dans le vieux théâtre.
L'ambassadeur. — Enfin , si le roi Joseph n'a no être reconnu, il faut l'attribuer à la conférence d’Erfurlh. Cortès, si l'empereur avait voulu admettre à cette ronlérence l’empereur mon maître, ou seulement s'il m’avait été permis d’y aller, ainsi que je l’avais pioposé, la reconnaissance aurait été prononcée. Elle ne l’a pas été |«»rcc que cette couférenre a donné des soupçons, parce que la Russie est inti-rvenue, parce que son langage, furt peu amiral, a offensé, parce que cette réunion de deux granJes puissances, dont on ignorait les vues et le* résolutions, a fait juger que celle affaire de
la reconnaissance se trouvait liée à d’autres arrangements dont on a cru devoir exiger 1> connaissance.
Le ministre. — Votre promesse était absolue; elle a été faite dans un temps où la conférence d’Erfurth était prévue; elle était faite en retour d'une promesse du gouvernement français d'évacuer la Silésie, promesse qu’il a effectuée. Au surplus, ce résultat de la conférence d’Erfurlh vous a été connu; vous savez bien qu’elle n'était pas dirigée contre vous. Pourquoi donc n'avez-vous pas fait celte reconnaissance?
L’ambassadeur. — Mais le général Andréossy a rejeté la reconnaissance conditionnelle que nous avions offerte. D'ailleurs, si nous n'avons pas fait la reconnaissance, nous avons parlé de conserver des relations amicales avec le roi Joseph, comme roi d’Espagne.
Le ministre. — M. l'ambassadeur, je crains que vous ne vous trompiez; ces ternies ne sont point dans la réponse de votre cour. Est-re en faisant imprimer avec affectation les libelles des insurgés? est-ce en quittant Madrid et en suivant les insmgés, que votre chargé d’affaires à Madrid a prouvé qu'il avait ordre d'ètre l’ami du roi Joseph ? Au surplus, que prétendaient la France et U Russie en vous demandant celle reconnaissance? Faciliter la paix avec l'Angleterre, ne laisser à cette puissance aucune chance de troubler le rontiuenl, et ]>ar là porter à la paix dont tout le monde a besoin. Vous êtes venu à la traverse, vous avez pris le langage et embrassé la défense de l'Angleterre ; vous avez dit au public que vous armiez. Vos gazettes, qui sont d'une si grande circonspection, ont été pires que les plus mauvais libelles de Londres. La paix avec l’Angleterre n’a pas eu lieu. L’Angleterre triomphe à Constantinople de vous voir courir à la guerre. Qu’en espérez- vous?
L‘ ambassadeur. — Actuellement que nos troupes vout sortir de létal de paix où elles riaient, on verra la differente entre cet étal et celui où elles vont se placer.
Le ministre. — On verra les résultats de neuf mois de préparatifs. Croyez-vous de bonne foi qu'ils puissent faire peur et imposer à personne? Au surplus, je le répète : l'empereur qui ne vous demande rien , que de le faire jouir de la sécurité de la paix, ne veut pas la guerre; il la fera si virus l'y contraignez. Il ne vous en a pas donne te plus léger prétexte. Je lui rendrai compte de la communication que vous venez de me
AUTRICHE
faire. Je ne sait où vos mesures vous enirainernnt; mais si la guerre a lieu, c'est parce que vous l'aurez voulu.
L'ambassadeur [en s’en allant ). — Je ne parle jamais Je moi , mais vous savez comme je suis traité dans les ferries de In rour. On m'a dit que l'empereur se plaignait du traitement fait à son ambassadeur à Vienne. Je proteste que le général Andréossy a, jusqu'à ce dernier moment, été parfaitement traité par l’empereur mon maître.
Le ministre. — Vous savez, M. l’ambassadeur, qu’il n'y a pas de rang établi à la rôtir. L'empereur ne se plaint pas de M. de Metternicb; mais il ne peut plus accorder la même confiance à l'ambass deur qui a été, pour ainsi dire , démenti par sa propre cour. Votre cour, en n'exécutant pas vos promesses, a seule blessé la dignité de votre caractère.
Tous les reproches adressés à l’Autriche étaient fondés, et la guerre ne tarda pas à éclater. L’Autriche leva trois cent cinquante mille hommes , jaloux de venger la honte de la capitulation d’Ulm , et lança dans toute l'Allemagne un appel aux peuples, pour les exciter à se soulever contre la domination de ta France; on mit en mouvement les sociétés secrète» , les fédérés de la Vertu , dont l’un des chefs résidait à Vienne; et on choisit la Westphalie , la vieille terre des tribunaux vehmiques, pour le théâtre de l'explosion.