‹ États de la confédération germaniqueChapitre 72 sur 261 · BATAILLE DE W AG RAM · texte numérisé non relu

BATAILLE DE W AG RAM

L’archiduc Charles, placé à la tête de l’armée autrichienne, passa l'Inn le 10 avril 1809, et se dirigea sur Munich et Ratisbonne, où il devait réunir près de cent quatre-vingt mille combattants: mais il perdit un temps précieux dans ses marches. A peine, la nouvelledu passage dcl'lnn fut-elle parvenue à Paris (le 12), par dépêche télégraphique, que Napoléon quitta cette ville et arriva a son quartier général , à Donawerth, le 17, où il repara les nombreuses fautes rie lîerthier. Le combat de Thann permit aux divers corps de l’armée française de se réunir, d’isoler la gauche' des Autrichiens

à Abensberg, d’achever de la mettre hors de combat à Landshut, et de présenter la bataille auprèsd’F.rkmiihl , au centre de l’archiduc isole de ses ailes. Le 22 , au matin , le combat s’engagea; et, après des prodiges de valeur de l’armée française, les cuirussiersdeNansouty, par leur impétuosité, décidèrent la victoire. L’archiduc Charles perdit dix mille hommes et battit en retraite sur la Bohême. Napoléon , en dix jours , était venu de Paris à Ratisbonne , et avait décidé de la campagne après quatre victoires.

Aussitôt que l’archiduc eut abandonné la rive droite du Danube, Napoléon marcha survienne. Le général autrichien Miller défendit le passage de la Traun, retranché à Ebersberg.

Le général Cohorn passa un pont de cent toises sous le feu de quatre-vingts pièces de canon , s’empara du château et mit en pleine déroute, après un horrible combat dans les rues étroites de la ville, les trente mille hommes chargés de la défendre. L’archiduc Charles perdit, à Rudweis, un temps précieux, au lieu de s’avancer à marches forcées pour couvrir la capitale de l’empire.

Napoléon arriva, le 10 mai, sous les murs de Vienne , vingt-sept jours après son départ de Paris !

Le gouvernement essaya de défendre cette ville, en invoquant le souvenir de la résistance f rite jadis aux Turcs, et l’héroïque défense de Saragosse; «mais, comme le dit Jomini, nous « n’étions pas des Turcs, et les bons « Viennois ne sont pas des Arago- « nais. » L’archiduc Maximilien se retira dans l’ancienne enceinte avec quinze mille hommes; mais, voyant les Français marcher sur le pont de Tabor pour lui couper la retraite, il se hâta, pour nôtre pas fait prisonnier, de briller le pont et d’évacuer la ville qui se rendit le 13 mai.

Aussitôt Napoléon, prolitant de l’abattenn lit de l’ennemi , résolut de passer le Danube. Certes, à tout autre général ce projet eût paru impraticable : il s'agissait, en effet, de franchir un (leuve de trois cents toises de largeur en présence de cent mille hoio-

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mes, soutenus par une artillerie formidable, et retranchés dans d’inexpugnables positions.

Napoléon choisit, pour passer le fleuve, l’endroit où son cours est divisé par plusieurs îles, entre autres par nie de Lobau. Les ponts furent jetés le 19 et le 20, maigre l’ennemi et une erue subite du Danube. Le 21 au matin, Masséna s’établit à Aspern, et la division Boudet à Essling, la cavalerie de Bessières entre ies deux bastions. Bientôt après l’archiduc Charles fait attaquer Aspern par quatre-vingt mille hommes et trois cents pièces de canon.

A la suite d’un combat acharné, les cuirassiers , lancés contre les artilleurs autrichiens, les forcent à retirer leurs pièces en toute h:\le; mais la cavalerie française ne put entamer l’infanterie autrichienne. A Essling, Lannes soutenait le choc de Rosenberg au milieu d’un village en flammes; les Français restèrent dans toutes leurs positions, mais rien n’etait encore décidé. Le 22, le combat recommença; deux ruptures partielles des ponts n’avaient pas permis à Napoléon d’avoir sur la rive gauche plus de cinquante-cinq mille nommes et cent pièces de canon. Malré cette infériorité du nombre , la ataille s’engagea. La direction de la ligne concave de l’archiduc indiquait à Napoléon le point qu'il devait surtout atiaquer.

Davoust et la jeune garde déboucheront par Essling, prendront en flanc la gauche des Autrichiens, et l’acculeront au Danube; Masséna restera à Aspern et contiendra la droite de l’ennemi ; Oudinot et Lannes , formés au centre avec la cavalerie , enfonceront celui de l’ennemi. Oudinot et ses grenadiers commencent l'attaque malgré le feu de l'artillerie de l’ennemi; l’archiduc s’avance avec toutes ses réserves pour soutenir ses coionnes ébranlées; Lannes et Bessières marchent à sa rencontre. Les bataillons autrichiens pliaient, lorsqu’à sept heures du matin , au moment où la victoire allait se décider, on annonça à Napoléon que le pont venait d'être détruit en entier par des brû-

lots et des bateaux amarrés que l’ennemi avait lancés ; Napoléon , voyant scs communications interceptées avec ses réserves, ordonna aussitôt à Lannes de se replier sur Essling; mais, au moment où ce maréchal allait commencer son mouvement de retraite, l'archiduc exécuta une attaque générale sur Essling pour s’emparer des ponts. Pendant six heures (de dix heures a quatre), l’archiduc entra cinq fois dans Essling, et en fut toujours repoussé; enfin il venait de s’en emparer pour la sixième fois, lorsque la brigade des fusiliers de la garde, commandée par l’intrépide comte Lobau , se précipite avec fureur, reprend enfin ce poste important, et assure ainsi notre retraite. Il y avait trente heures que les troupes " françaises combattaient. La bataille était terminée quand un boulet perdu cassa les genoux au généreux Lannes. L’armée française se retira dans lîlc de Lobau et se prépara à recommencer l'attaque. Le 25, ies ponts étaient réparés; l’armée d’Italie, commandée par le prince Eugène, opéra sa jonction avec Napoléon.

Mannont arriva aussi avec le corps d’armée de Dalmatie. Enfin , après cinq semaines passées dans File de Lobau , Napoléon se prépara à repasser le Danube. Il avait cent cinquante mille hommes et quatre cents bouches à feu. L’archiduc Charles, trompé par les constructions gigantesques que Napoléon faisait élever, crut que l’empereur déboucherait de nouveau entre Essling et Aspern ; en conséquence , il avait fortement retranché ces positions défendues par une formidable artillerie. Dans la nuit du 4 au 5 juillet, l’armée entière passa dans l’île de Lobau. Aussitôt l’archiduc, trompé par une fausse démonstration contre Aspern , fait tirer toutes ses pièces contre l’ile de Lobau. L’artillerie française, en répondant, incendia le village d’Enzersdorf; un orage violent augmenta la majesté de cette scène terrible. Pendant ce temps, Napoléor faisait placer un pont construit a l'avance entre i’fle Alexandre et la rive gauche; cinq autres furent aussitôt

AUTRICHE

jetés, et le défilé se Gt toute la nuit. Le lendemain , l’archiduc trouva l'armée française, qu’il croyait écrasée, en bataillé sur sa gauche, au delà de ses retranchements. Le général autrichien , stupéfait de tant d’habileté et d'audace, se retira sur Wagram, et reforma ses lignes sur ce plateau qu’il étudiait depuis cinq mois. La journée du 5 se passa en reconnaissances et en escarmouches? Mais , le 6 , la bataille s’engagea.

« L’archiduc Jean était sur la Mardi , à la tête de trente mille hommes; et, dans la soirée du 5, on avait reconnu ue la droite du généralissime s’étenait jusqu'à Neusiedel , à une lieue et demie de Wagram. On devait en conjecturer qu’il manœuvrait pour rallier son frère; et, selon toute apparence, Neusiedel était la clef du enamp de bataille. Au point du jour, on se disposait à l’enlever, lorsque les Autrichiens en sortirent, passèrent le Russbacli, et firent reculer l’aile droite du vice-roi. Mais on était sous les armes; on leur eut bientôt opposé Eugène, Davoust, la garde, la cavalerie; ils furent culbutés et rejetés en désordre au delà du ruisseau.

« Comme Napoléon allait suivre ce succès, aborder les collines, se jeter entre les deux archiducs , il apprit que Rosenberg seul était devant lui. Il aperçut dans le lointain les masses du généralissime , que ce prince avait formées de Stammersdorf an Danube , et qui s’avancaient perpendiculairement au fleuve’. Les officiers d’ordonnance se succédaient d’instant en instant ; on sut bientôt que le centre des Autrichiens occupait Aderklna, évacué par Bernndotte, et que leur droite marchait aux ponts. Comme dans la journée du 21 mai , ils prenaient à revers les lignes françaises et mettaient toute, l’armée en péril. Un coup d’œil sullît à Napoléon pour mesurer le mal et pour y porter remède. Il laissa à Davoust le soin de déborder Rosenberg , de le rejeter sur Wagram ; il courut à Masséna, lui donna le commandement de toute la gauche, lui prescrivit de rentrer dans Aderklaa;

y* Livraison. (Altbiche.)

enfin il prit Eugène, Marmont, Oudinot , les Bavarois et les réserves pour former le centre , et leur fit faire un changement de front , l’aile gauche en arrière, de manière à les ranger de Bauinersdorf à Rasehdorf.

» Ce mouvement , qui s’exécuta sous les ordres d’Eugène, avec une admirable précision , fut protégé par l’attaque d’Aderklaa. Masséna enleva d’emblée le village ; puis , en s’y maintenant pendant trois heures , il s'opposa au déploiement du centre de l’archiduc. Enfin , assailli par le prince en personne , débordé par sa droite , il dut céder la position ; mais le viceroi était en mesure, et l’on pouvait reculer sans rien compromettre.

L'infanterie se forma par bataillons serrés en niasse, et sc replia en obliquant à gauche en arrière , et en repoussant avec vigueur les charges de la cavalerie ennemie. Lorsqu’elle eut repris l’alignement du centre à la hauteur de Rasehdorf, elle fit halte.

« Il était dix heures : à ce moment, l’archiduc , ayant déblayé le débouché de son centre, s’avançait dans la plaine. Napoléon , qui ne voulait ni se porter au-devant de lui , ni engager la mêlée, l’attendait de pied ferme , couvert sur une demi-lieue de front par soixante pièces d’artillerie do la garde. A l’approche des Autrichiens, toute la batterie vomit un feu terrible et les força de suspendre leur marche. La canonnade s’ouvrit de part et d’autre , portant dans les rangs opposés le ravage et la mort ; elle se termina à l’avantage des Français; l’ennemi fut réduit au silence.

« Cependant la gauche du généralissime pénétrait dans l’intervalle que Masséna avait laissé vide entre le Danube et lui. Le maréchal expédiait ses aides de camp pour annoncer les progrès de l’ennemi , pour demander des ordres. Le canon tonnait déjà sur ses derrières; la division Boudet, qu’on avait laissée à la garde des ponts, était refoulée dans l’ïle ; la retraite était menacée.

« Napoléon semblait indifférent à ces nouvelles ; il les écoutait en silence

L’UNIVERS

et portait ses regards , non du côté du tau de viirhe. kapoléo!» épouse l'ar- Danube , mais vers sa droite. Enfin , chiduchesse marie-louise.

à midi , il aperçut Dovoust, qui depuis

le matin cherchait à tourner Rosen-, Les négociations s’ouvrirent nussiberg, dépasser Neusiedel. Il vit le tôt, et l’empereur François I,r fut

corps autrichien plier; il vit qu’il n’a- obligé d’accepter la paix de Vienne ou

voit plus de diversion à craindre de de Schucnhrunn (10 octobre tsofi;. l’armée de Hongrie, et il s’écria vive- Par ce traité, l’Autriche céda à la ment: « Courez dire à Masséna qu’il France toutes les provinces illyriennes, «reprenne l'attaque, la bataille est le cercle de Villacli, le comté de Gôrtz, « gagnée. » le territoire de Trieste, la moitié de la

■> Masséna tomba impétueusement Croatie et le littoral de la Hongrie et

sur les colonnes nui avaient osé le dé- Fiume; au roi deSaxe, comme due de

border; il leur enleva Essling, où elles Varsovie, la Gallicie occidentale; à la

cherchaient un appui ; il rallia Iioudet, Russie, un district de quatre cent mille

et, culbutant tout sur son passage, il Ames dans la Gallicie orientale; et aux

seconda puissamment, en se portant princes de la confédération, Salzbourg,

jusqu’à Léopoldau, le mouvement que l’Innvierthel , l’Hausruckrierthel. faisait le centre. « La paix de Vienne fit perdre à la

•< Napoléon s'était assuré que Da- monarchie autrichienne environ trois

. voust avait pris l’ascendant et devait millions et demi de sujets; mais l'in-

perecr jusqu'à Wagram ; il le fit cô- vfolable attachement que lui avaient

toyer par Oudinot; puis, flanqué de témoigné ses peuples en était le pre-

l’autre côté par Masséna, il n’hésita mier dédommagement; et ce qui se

plus à former le reste de son centre en perdait comme le Tyrol , n’était pas colonne, et à le pousser en avant. perdu. Cependant tout semblait présa-

« Macdonald se mit en première ger qu’après une pause, il s’élèverait

ligne avec huit bataillons déployés et un nouvel orage qui lui enlèverait treize bataillons en masse sur les ailes; encore d’autres États. Maintenant, en seconde ligne, le vice-roi suivit totalement séparée de la mer, privée de avec, deux divisions , les cuirassiers et son rempart des Alpes et avec des la cavalerie légère de la garde aux ailes; frontières ouvertes, politiquement et enfin, en troisième ligne, Napoléon, militairement investie au sud , à

la vieille et la jeune garde , et les gre- l’ouest et au nord, et sans finances,

nadiers à cheval. quel espoir pouvait-il lui rester, sinon

« Rien ne put arrêter l’élan de cette dans les erreurs de la politique (*) ? » masse formidable; les lignes de l’en- En effet, méditant de grands pronenii se rompirent devant elle. En la - jets contre la Russie, et poussé par chargeant en flanc, elles lui firent le désir insensé de s’allier avec la

éprouver de cruelles pertes, mais elle fille d'un empereur de vieille race,

traversa, sans s’arrêter, toute la plaine ; Napoléon demanda à François I*r

et lorsque, en saisissant enfin Sussen- la main de l’archiduchesse Marie-

brunn , Macdonald eut enfin trouvé Louise , et contracta avec ce prince,

un point d’appui , qui jusqu’alors lui dirigé par le cauteleux prince de Met-

avait manqué, l'archiduc, dont les ternich, une alliance qui lui laissait le

ailes avaient déjà perdu Wagram et champ libre pour se jeter en Russie et

Léopoldau, renonça au champ de ba- servir ainsi les intérêts de l’Autriche,

taille, et ne combattit plus que pour En effet, dans le cas d’une victoire ou

assurer sa retraite (*). « d’une défaite, François rr n’avait qu’a

gagner; pressé entre deux redoutables (*) Histoire des guerres de ln révoluiion voisins, I affaiblissement de I un Oll de par un ancien élève de l'École pol) technique. (*) Hecren , Manuel d'histoire moderne,

Dit

AUTRICHE

l’autre ne pouvait être qu’utile à l’Autriche. Comment Napoléon ne vit-il pas que ce mariage ne pouvait faire oublier à l'Autriche la perte de ses frontières et le souvenir de ses défaites? Comment a-t-il pu croire à l’amitié d’un ennemi vaincu si souvent?

Quels qu’aient été les motifs secrets qui ont fait agir l’empereur français, il comprit lui-même , mais trop tard , les funestes résultats de sa conduite, et disait à Sainte- Hélène : «Je n’hésite « pas à prononcer que mon assassinat « a Schœnbrunn eût été moins funeste « pour la France que ne l’a été mon «union avec l’Autriche.» En effet, pour ne pas mécontenter son nouvel allié, auquel il avait assuré la possession de la Gallicie, Napoléon abandonna encore une fois son véritable appui, la cause des peuples, et refusa aux Polonais de proclamer solennellement le rétablissement de leur nationalité.

i/aUTRICHE ABANDONNE LA FRANCE APRES

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