FABRIQUES , MANUFACTURES ET COMMERCE
Le sol de la Bohême est généralement lertile et propre à toute espèce île culture. Autrefois, on accusait les Bohèmes de négliger la première source de la prospérité d’un pays :
l’agriculture ; mais l’empereur Fran-
çois II a donné à cette industrie une impulsion qui doit les mettre désormais à l’abri d'un tel reproche. Et d'adleurs, il faut le reconnaître, les assertions de plusieurs auteurs à cet égard sont certainement exagérées.
Non-seulement la Bohême n’a pas besoin de recourir aux autres pays pour subvenir aux besoins de ses habitants, mais elle Ihre même une grande quantité de céréales à l’exportation. Il n’y a pas un seul cercle ou canton en Bohême qui ne possède de vastes territoires propres à la culture du blé; mais il faut avouer que les plus fertiles sont ceux de la partie meridionaledu cercle de Saatz. Après lui viennentceuxde Leutmeritz, de Bunzlau, de Uakonitz,de Budweis, de Kaurzim et de Prachin. Au reste , il en est de la Bohême comme des autres pays où la nature se montre rebelle; les efforts de l’homine l’y indemnisent de l’ingratitude du soi , et l'art supplée a la pauvreté de la terre.
Là ne se bornent pas les ressources de la Bohême. Les vins qu’elle récolte sont excellents. Charles IV donna de grands encouragements à la culture de.
la vigne. Il lit venir des plants de la Bourgogne et des bords du Rhin , et aujourd'hui certains vins de la Bohême, tels que ceux de Melnik , sont très-recherchés. Une spéculation plus lucrative encore, c’est la culture des arhres fruitiers, dont on peut faire un objet important d’exjiortation. Le houblon de Bohême est aussi très-renommé.
On conçoit que, dans un pays comme celui dont nous parlons , on ait donné des soins particuliers à la nourriture des bestiaux. Le haras impérial de Kladrub (dans le cercle de Chrudim) contribue puissamment à l’amélioration des chevaux. Mais l'industrie qui a pris le plus d’essor dans ces derniers temps, c'est la multiplication de la race des mérinos (on en comptait 1,245,240 en 1825), qui fournit la plus belle laine aux manufactures du pays.
Parmi les avantages et les agréments que la Bohême offre à ses habitants, on doit mentionner la chasse et
L’UNI V K R s.
la pêche, lin grand nombre de localités abondent en gibier de la meilleure qualité: en cerfs, chevreuils, sangliers, faisans, ortolans, coqs de bruyère et bécassines. Dans les champs, les lièvres et les perdrix ; sur les étangs , les oies et les canards sauvages, présentent à chaque pas une proie facile au chasseur. Mais à côté de ces animaux inolïensifs on en rencontre aussi de dangereux.
J.es montagnes servent de retraite à un grand nombre de lynx , de renards et de loups. Des ours même se montrent souvent dans la seigneurie de Krununau , appartenant à la famille princièrc de Schwarz.enberg.
Les fleuves, les rivières, les étangs, fournissent des poissons de toute espèce, entre autres, des brochets , des carpes, des truites, d'une grandeur remarquable et d'une saveur exquise. On pêche le saumon dans l’Elbe et dans la Moldau.Ce dernier fleuve, ainsi que la Wattava, l’Elsteret quelques autres rivières, roulent des perles et des paillettes d’or.
Une des richesses de la Bohême, les forêts , sont loin de rapporter tout ce qu’on en pourrait attendre.
Cela tient à la difficulté des communications et des transports, difficulté telle, que dans certaines contrées, le
Iiroduit de la vente ne couvrirait pas es frais d'abattage des arbres.
Autrefois on tirait des montagnes de. la Bohême de l’or et de l’argent en abondance. Une seule mine, celle de Tobaiki , près de la ville d’Eule, dans le cercle de Kaurzim, fournit, en 1200, environ 100,000 mares d'or. Les traces de ces riches filons , s’il faut en croire certains historiens, se sont perdues pendant la terrible guerre des Hussitcs, parce qu’alors, tout travail ayant été abandonné, les mines devinrent désertes faute de bras. D’autres, et cette assertion est plus vraisemblable, prétendent qu’elles sont épuisées. Cependant on a récemment entrepris des travaux de sondage qui n'ont pas été sans résultat; mais les produits ne compensant pas les dépenses de l’exploitation, on y a renoncé. En revanche, les mines d’argent donnent des
bénéfices assez honnêtes. En 1823, or évaluait le métal extrait à 13,873 marre dans les mines de Przibram , de Joachimsthal et d’Anialienzecke, près de Tepl. Outre ces richesses, les monta-
nes de Bohême renferment de l’étain,
u plomb, du euivre, du fer, du soufre (*). On y trouve des pierres précieuses, telles que la topaze, le jaspe, l’hyacinthe, le rubis, la chalcédoine.
le grenat, et des diamants, auxquels il ne manque que la dureté pour égaler les plus estimés. On en tire du marbre, du porphyre, de l’albâtre, et les mines de houille sont tellement productives qu’on en a extrait, en 1823, plus de deux millions de quintaux. Enfin, comme si la nature n’avait voulu refuser à ces montagnes aucun de ses dons, elle en fait découler des eaux minérales et thermales en si grande profusion, qu’on ne les remarque même pas dans le pays. On en compte plus de cent cinquante. Les plus célébrés ( Carlsbad Toeptitz , Kgra, Marienbad) attirent chaque printemps une foule d’étrangers de tous les pays, et assurent aux habitants des lieux que ces étrangers visitent un bénéfice de plus d’uu million de florias.
On faisait jadis aux Bohèmes ce reproche assez fondé , que leur industrie n’était pjs en rapport avec la fécondité de leur sol. Toutefois, ils pouvaient donner pour excuse les longues agitations auxquelles leur pays fut en proie: la révolté de Ziska, fa guerre de trente ans, celle de sept ans , et les campagnes de Na|>oléon. Mais depuis vingt-cinq ans de paix , l’industrie a fait en Bohême les progrès les plus sensibles. La laine et le coton subissent, dans les manufactures, toutes les transformations dont ces matières sont susceptibles; et tandis que les verres et les cristaux de la Bohême (*’) ont pris le premier rang
(*) Oïl a retiré, en i8»3, uoo quintaux d’étain, des mines de Schlackenwalde et de C.raupen , 19,000 quintaux de plomb,
400,000 quintaux de fer, 6,000 quintaux de soufre , etc.
(") lais fabrique! les plus importantes en
BOHÊME
en Europe, elle rivalise déjà avec le Brabant pour la fabrication des dentelles.
Il n'est donc pas étonnant qu'un pays qui renferme dans son sein toutes les richesses de la nature, dont la fécondité pourvoit , et au delà , aux besoins de sa population, et dont l’industrie prend un essor inaccoutumé, trouve dans son commerce avec l’étranger des avantages qui ne feront que s’accroître , lorsque l'industrie aura acquis de nouveaux développements, que l’agriculture se sera encore perfectionnée, que les entrailles des montagnes seront mieux explorées, que des communications se seront ouvertes, enfin, lorsque les chemins de fer. sillonnant les provinces , accéléreront l’écoulement de leurs produits.
lVjà on évalue à quinze millions de florins l’excédant de l'exportation sur l'importation. Que sera-ce donc dans un siècle?
DIVISIOS ADMINISTRATIVE. STATISTIQUE.
La Bohême est divisée en seize cercles : ce sont celui d’EMbogen, avec les districts d’Êgra et d'Ascher; ceux deSaatz, de Leitmcritz, de Bunzlau, de Biczow. de Kocnigraetz, de Clirudiin , de Czaslau , de' Tabor, de Budweis , de Prachim , de Klattau , de Pilsen, de Rakonitz, de Kaurzim et de Beraun. La capitale n'appartient à aucun cercle. I)e plus , le royaume compte deux principautés médiates:
celle de Krummau, propriété des princes de Schwarzenberg , et celle de Raudnitz, appartenant aux princes de Lobkowitz. Le fils de .Napoléon était prince de Reichstadt.
D’après le dernier recensement , fait en 1834, la population de ces seize cercles, y compris la capitale, s'élevait à 4,009,546 âmes. Elle avait donc eu un mouvement de progression remarquable depuis 1831 , où elle ne dépassait pas le chiffre de
ce genre sont celles du comte l'.uequoi , dans la seigneurie de Gratzen, et colle du comte llarracli , d.ms celle de Neuwald.
3,888,828 , dont 2,854,632 Tchokkcs ou Czecks, peuple slave, 972,207 Allemands, et 62,000 juifs. On comptait alors 287 villes, 277 bourgs, et lf, 951 villages.
Depuis vingt ans, le gouvernement et le peuple se sont réunis dans de communs efforts pour l’amélioration des voies de communication. Ils ont senti que c’était Tunique moyen d’assurer la prospérité de l’industrie et de l’agriculture. Déjà deux chemins de fer ont été construits , l’un entre Pilsen et Prague , l’autre entre Budweis et Lintz.
CARACTÈRE DES HABITANTS. — I.ANl.t'AS TAR- LÉ ES Elf BOHÊME.
Il n’y a pas d'idée plus fausse que celle qu’on se fait communément de la physionomie du peuple slave, en lui prêtant une laideur plus ou moins prononcée. Il est vrai qu’on rencontre assez souvent chez les Tchekkes la pommette très-saillante, les yeux petits, mais bien fendus, la grande bouche et l’énergie musculaire qui caractérisait leurs ancêtres. Mais les Bohèmes s’étant trouvés , plus souvent que les Russes , en contact avec les autres nations de l’Europe , les traits caractéristiques de leur race ont subi, dans le cours des siècles, de notables modifications. Aussi voit-on de nos jours , dans la classe des paysans, les plus nobles physionomies. La cavalerie autrichienne, formée en grande partie de Bohèmes, est remarquable par sa beauté. La fusion des Bohèmes et des Allemands imprime à ccs troupes tantôt la mobilité capricieuse des premiers, tantôt le bouillant courage des seconds. De là cet esprit tantôt pieux et libéral, tantôt inconstant et opiniâtre, qui dirigeait leur conduite dans toutes les questions religieuses ou politiques, et qui, après les avoir rendus si longtemps redoutables aux nations voisines, causa l’anéantissement de leur nationalité.
Le célèbre écrivain allemand J. G.
Herder dépeint en ces termes le caractère et les moeurs des Slaves : « Les
L’UNIVERS
peuples slaves occupent plus de place sur le globe que dans l’histoire. Cela tient, entre autres causes, à ce qu'ils vécurent trop éloignés des Romains.
Nous les rencontrons d'abord sur les rives du Don , et plus tard sur celles du Danube. On les retrouve mélangés aux Goths. aux Huns et aux Bulgares, qu’ils secondèrent dans leurs fréquentes attaques contre la domination romaine. Ils ne prenaient les armes qu’en qualité d’auxiliaires , et malgré leurs exploits dans diitérents pays, ils n'avaient pas le caractère belliqueux, entreprenant et aventurier des Germains. Ils ne firent même d’abord que suivre en silence les traces de ceux-ci, s’établissant dans les contrées qu’ils abandonnaient, jusqu’au moment où ils s’étendirent depuis le Don jusqu’à l’Elbe et depuis la Baltique jusqu'à l’Adriatique. Partout ils se fixaient sur les terres que les autres avaient quittées; ils les occupaient à titre de colons, de bergers ou de cultivateurs. Loin d’être un fléau pour les pays dont ils prenaient possession , leur présence était un bienfait, après les ravages qui avaient signale le passage des hordes barbares.
Portés a l’agriculture , à l’entretien des troupeaux et aux arts domestiques, ils créèrent le commerce au moyen des productions qu’ils tiraient du sol.
Ils avaient fondé , le long de la Raltique, à portée de Lu l>eck, des cités maritimes. De ce nombre était Veneta, sur l’lle Wollin , leur Amsterdam. Ils exploitèrent les montagnes en Allemagne : ils connaissaient l’art de fondre les métaux , la préparation du sel , la fabrication de la toile et celle de l’hydromel, etc., la p'antation des arbres fruitiers; enfin , ils se livraient avec enthousiasme aux charmes de la musique. Us étaient bienfaisants, hospitaliers jusqu'à l'abandon.
Quoique soumis et obéissants , ils aimaient la liberté des champs , et avaient horreur du pillage. Ce qui aurait dû les garantir de l’oppression, fut précisément ce qui les y entraîna.
Gomme ils ne cherchaient à asservir personne, qu’ils étaient gouvernés par
des princes pacifiques, et qu’ils se soumettaient volontiers à payer tribut, pourvu qu’on les laissât en paix cultiver leurs terres , ils s’exposèrent ainsi aux invasions, et ils furent en effet envahis par plusieurs peuples, notamment par les Germains. Ces guerres commencèrent dès le règne de Charlemagne.
Les Francs trouvaient commode de.
donner des chaînes à un peuple ami du travail , de l’agriculture et du commerce , au lieu d’apprendre euxmêmes les arts que la paix fait fleurir. Les Saxons continuèrent l’œuvre commencée par les Francs. Dans des contrées entières , les Slaves furent exterminés ou réduits à l'état de serfs. Ce qui en resta en Allemagne fut traité comme le furent les Péruviens par les Espagnols. Est-il donc étonnant maintenant qu’après des siècles d’oppression, et sous le sentiment de haine qu’ils ont vouée à leurs tyrans, leur caractère soit devenu apathique et cruel? Ce qui a fait le malheur du peuple, ce fut son trop grand amour pour la paix et son trop grand attachement à ses occupations domestiques, qui ont affaibli ses forces, quoiqu'il ne manquât pas d’énergie dans la résistance (*). *
« L'habitant de la Bohême , dit Malte- Brun (**), est robuste, laborieux , d'une taille généralement moyenne et rarement gros. Sous le rapport moral , l’Allemand et le Tchekke différent autant que par leur langage : ils ne se ressemblent que par leur fidelité à remplir les devoirs de la religion, par leur dévouement pour le souverain , et l’espèce d’inimitié qu'ils portent à la noblesse seigneuriale. Ce qui distingue le Slave de l'Allemand, c'est le soin qu’il prend de ses propriétés et le désir constant qu'il montre d'en acquérir. Il est moins laborieux, moins susceptible d’attachement et de fidélité dans ses affections, plus disposé à rechercher la société et les sujets de dissipation.
(*) Voyez la Bohême de Gerle, 3 vol.
(**) Voyez Mélanges scientifiques el littéraires, t. I.
BOHÈME. 7
Il se pique d’une grande prudence, et se montre ordinairement méfiant, surtout dans ses affaires avec l'Allemand, qu’il regarde toujours comine une sorte d’ennemi. Mais dans le service des armes , l’Allemand et le Slave rivalisent de zèle et de courage. L’habitant des montagnes a pour caractère distinctif une sorte d aptitude aux arts, une noblesse, une fierté dans les sentiments qu’on observe rarement dans les habitants des plaines. Il règne parmi ces montagnards un mélange bizarre d'usages antiques et d’idees introduites par le commerce et l’aisance. Les noces se célèbrent avec des solennités singulières. Le hautbois et le cor de chasse annoncent au loin la marche d’un nombreux cortège, conduit par un maître de cérémonies chamarré de galons. Ordinairement ce grand personnage est en même temps chargé du rôle d’orateur et de celui de bouffon. Tantôt il harangue le couple heureux avec une gravité boursouflée , tantôt il excite de longs éclats de rire par des lazzi et des contes grivois. On l’appelle en bohémien I tplemplatisch, c’est-à-dire, le bavard. « Le jour des Cendres, les jeunes gens des villages vont masqués, de maison en maison, et demandent l'aumône à toutes les demoiselles. Le soir , celle qui s’est montrée la plus charitable , est conduite par eux au bal rustique, dont elle est proclamée la reine. Ces montagnes conservaient encore, il y a un demisiècle, quelques restes des super-titions païennes. L'Esprit des monta gnes , ou le Rubezahl , est encore redouté des enfants et des femmes.
Cet esprit a , dit-on , parmi d’autres caprices, celui de retenir par le pied tout paysan qui passe par les montagnes en souliers garnis de clous de ter. »
La nourriture du peuple est trèssimple et flatterait peu le palais raffiné de nos gastronomes. Les légumes, mais de préférence les navets et les concombres , composent le menu de leurs frugals repas. La viande est une rareté qu’on ne voit guère que
sur la table des paysans aisés. Comme tous les peuples slaves , les Bohèmes ont du goilt pour les spiritueux. Toutefois, aux liqueurs fortes ils préfèrent aujourd'hui le punch. Le nombre des établissements où se vend cette préparation alcoolique s'est accru d’une manière effrayante.
Le costume , en Bohême , marque moins les degrés de condition et de fortune que dans d'autres pays où il distingue les différentes peuplades slaves de l’Allemand et de l’Israélite.
L’habillement slave ressemble beaucoup à celui des Polonais. Dans la classe moyenne, les personnes aisées ont adopté les modes françaises. La plupart des juifs sont reconnaissables a leur malpropreté.
Les Tchekkes parlent un idiome slavon qui se retrouve chez les Slawaks de Hongrie et de Moravie.
Cette langue est pittoresque et précise, mâle et énergique. De tous les Slaves, les Bohèmes sont ceux qui possèdent la littérature la plus ancienne et la plus riche. Elle était déjà florissante , lorsqu'à peine l’art allemand était à son début Malheureusement, les orages des guerres du qrmzieme siècle retardèrent le développement de la civilisation en Bohême. 1a langue éprouva une sorte de persécution , car celui qui parlait purement le bohème était soupçonné d’appartenir à une secte de hussites.
A peu d’exceptions près, tous les Bohèmes aiment la musique , le chant et la danse. Ils ont une foule de chants originaux, dont ils unissent les sons h ceux de la cornemuse, du fifre , de la harpe et du tyinpanon.
RELIGIOIC. ARMES. OOSSTITOTIOlf .