LIVRE CINQUIÈME
ÉvéNaMentTs DE LA GUERRE DE 1745; TRAITÉ D'Arx-LA- CHAPELLE. SOULÈVEMENT Des CABEKS CONTRE LES COLONIES ANGLAISES.
HOosTILITÉS QUI PRÉCÉDENT EN A MÉRIQUE LA DÉCLARATION DK GUERRE DE 1756.
SutT= DES OPÉRATIONS MILITAIRES. Rur- TURE ENTRE LES ANGLAIS &T Les Cuero- REES, INVASION pu CANADA. TRAITÉS DE paix DE 1763, Cession ba LA Louistanz A L'EspaGne.
L’acquisition de l’Acadie, dont l’Anleterre avait joui paisiblement depuis a pacification d’Utrecht, ne remplissait pas encore toutes ses vues d’agrandissement colonial. Les avantages de cette cession se trouvaient limités, d’un côté, par les établissements que la France avait conservés au nord de Ja baie de Fundi, de l’autre, par la possession de l’île de Cap-Breton, qui semble n’être
u’un poste avancé de cette colonie,
ont elle est séparée par un faible détroit.
La France avait long-temps négligé l’île de Cap-Breton; maïs elle reconnut ensuite l'importance de ce territoire, qui a cinquante lieues de longueur sur trente de largeur. L'intérieur en est coupé par de grands lacs qui favorisent les communications : les plages orientales et méridionales sont accessibles sur un grand nombre de points ; elles offrent de bons mouillages, ei l’une des baies les plus grandes et les plus sûres est celle de Louisbourg.
La position de cette île à l’entrée du golfe Saint-Laurent la fit regarder comme un entrepôt commode, où les Canadiens pouvaient apporter leurs pelleteries et les produits de leur sol; ils y prenaient une partie des marrhandises qu’ils attendaient de France, et le fret de la navigation se trouvait ainsi partagé entre eux et la métropoie. Cet entrepôt paraissait, d'autant plus utile, que la navigation de l'Océan et celle du golfe et du fleuve Saint-.
9° Livraison. (ÉTATS-UNIS D'AMERIQUE. ) 9
Laurent exigent des vaisseaux dé différente portée : les uns prennent trop d’eau pour pouvoir remonter le fleuve, les autres sont trop faibles pour une longue traversée maritime : une station intermédiaire permet de transborder d’un navire à l’autre les chargements de Québec et des ports de France.
Une exploitation particulière au Cap- Breton était celle de la pêche : on pouvait également l'exercer dans les parages de l'Océan, dans eeux du golfe, et dans toute la partie inférieure du fleuve. La préparation du poisson, celle des huiles devenaient l’objet d’un commerce important, auquel on avait à joindre celui des bois de construction, des résines, des charbons de terre, des autres productions territoriales qu’un système de culture bien dirigé pouvait multiplier davantage.
Les excellents ports de cette île étaient aussi des lieux de relâche commodes et bien situés pour les escadres qui, en temps de guerre, avaient à protéger les pécheries de la France et les avenues du Canada.
La réunion des avantages commerciaux, des ressources maritimes, et des moyens d’agression que la France pouvait trouver dans l’île de Cap-Breton, n’échappa pus à la vigilance du gouvernement britannique, et lorsque la ‘guerre eut enfin éclaté entre les deux puissances, la Nouvelle-Angleterre fit en 1745 des préparatifs pour attaquer cette colonie : elle leva un corps de quatre mille hommes qui furent armés et entretenus par les habitants : le commerce fournit les bâtiments de transport, etle gouvernement britannique, approuvant cette entreprise, envoya pour la soutenir quatre vaisseaux de guerre, sous les ordres de l'amiral Waren.
. La place de Louisbourg, attaquée par terre et par mer, soutint un lon siége : elle avait, aussitôt après la d claration'de guerre, demandé des secours au gouvernement français ; mais le vaisseau qui les lui apportait n’arriva ge pendant le siége- !l fut capturé par
escadre pu ter et Louisbourg, se trouvant réduite À l'extrémité, après
une résistance de cinquante jours, qui avait épuisé ses vivres, ses munitions, et qui avait mis en ruine ses retranchements, fut contrainte à capituler. La population de la colonie était de deux mille ames ; on la déporta tout entière, ét les habitants furent embarqués sur la flotte, qui les conduisit à Brest, où le gouvernement français pourvut à leurs besoins. Les usages de la guerre, et le droit des gens, que les hostilités ne doivent pas interrompre, ont toujours prescrit de laisser aux habitants des villes dont on s’est emparé, la liberté d’y rester, en se soumettant aux lois : expatrier la population c'était excéder toutes les prérogatives de la victoire.
Les Anglais, alors maîtres de la mer, étaient moins heureux sur le continent d'Europe, et dans la même année où ils s’emparaïent d’une place d'Amérique, bornée à de si faibles moyens de défense, la France remportait sur eux à Fontenoy, le 12 mai 1745, une de ces victoires décisives qui fixent le sort d’une campagne et qui la terminent. Les deux années suivances furent également favorables à ses armes : elles furent signalées par la bataille de Rocoux , par celle de Laufeld, par la prise mémorable de Berg-op-Zoom; et Louis XV, arrivant aux négociations par une brillante suite de triomphes, conclut en 1748 le traité de paix d’Aix-la-Chapelle, qui, parmi un grand nombre de clauses honorables pour la France, stipula la restitution de l’île de Cap- Breton et ordonna que les possessions coloniales fussent rétablies sur le même pal qu'avant la guerre. L’Angleterre aissa en France deux otages Susque> la restitution de cette Île; des commissaires furent ensuite nommés de part et d'autre pour fixer les limites de l’Acadie et prévenir de nouvelles contestations. Ces commissaires ne s’accordèrent point : on soutint de part et d'autre toutes ses prétentions anciennes, et les mêmes sujets de litige furent réservés nour la première occasion où l’on aurait à reprendre les armes,
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" Pendant la durée de ses sanglants débats avec la France, l’Angleterre avait aussi éprouvé les malheurs d’une guerre. civile : le prince Charles- Edouard, petit-fils de Jacques I, avait fait une dernière tentative pour remonter au trône de ses pères. Il s'était embarqué à Nantes, le 12 juin 1745, et son apparition subite au nord de l'Écosse y ranima le zèle des anciens serviteurs de sa famille. Les chefs des clans écossais, ces intrépides monta- Ée si souvent arinés pour défen-
re ou pour recouvrer FMÉpEN ane nationale, vinrent se dévouer à la cause du jeune prince. Il n'avait que des armes à leur offrir et un drapeau pour les rallier : bientôt trois mille hommes s’assemblèrent autour de lui; il s’empara de Perth, d’Édimbourg et de quelques autres places, obtint, le 2 octobre, une victoire à Preston, passa les frontières d'Écosse, et pénétra dans le comté de Lancastre, où il remporta près de Falkirk une seconde victoire le 8 janvier 1746; mais ce fut le terme de ses avantages, et il fut complétement battu à Culloden, près d’Inverness , le 27 avril suivant, Le prince avait alors neuf millehommes sous les armes : il en paris la dixième partie, et le reste se dispersa dans les montagnes après la défaite, Charles-Edouard avait été blessé; aeux serviteurs, qui ne le quittèrent point, Shéridan et Sullivan, lui aidèrent à chercher un asile. Poursuivi jusqu'aux extrémités de l’Écosse, errant ensuite d’une île à l’autre dans les archipels voisins, il fut enfin sauvé, après cinq mois d’infortunes et de périls; deux bâtiments français, qui vinrent le joindre, le 29 septembre, sur la côte occidentale d'Écosse, le ramenèrent en France avec un petit nombre de ses partisans. :
La défaite du Prétendant fut suivie en Angleterre des mesures les plus rigoureuses. Les officiers étaient punis comme coupables de haute trahison, et l’on condamna plusieurs pairs d'É-
cosse à d’ignominieux supplices. Les principaux artisans de la rébellion, car
on nommait ainsi l’attachement aux
D'AMERIQUE: 13t
Stuarts, furent exécutés à Londres, à Carlile, et dans les autres villes où ce part s'était déclaré. Après avoir trappé es plus hauts rangs des rebelles, on mit au sort la peine ou la grace des soldats qui avaient combattu : la vingtième partie fut destinée au gibet; tous les autres furent embarqués pour les colonies anglaises d'Amérique : on les répartit sur différents points du continent; et ces fiers Calédoniens, accoutumés aux fatigues et à tous les genres de périls, devinrent des cultivateurs laborieux. L'Angleterre , qui avait puni leur fidélité à d’anciens maîtres, eut du moins, en les expatriant, la prudente politique de profiter encore de leurs services : elle ne les exila que dans les possessions coloniales qui lui appartenaient. Ce système, dont elle avait tant de fois reconnu les avantages, ne faisait que déplacer la population de ses domaines; il n’affaiblissait pas le nombre de leurs habitants.
Le gouvernement britannique voulut aussi accroître dans ses colonies le concours des hommes sur lesquels il pouvait compter ; et, après la réduction de l’Écosse et la conclusion de la paix continentale, il offrit un établissement et des récompenses en Amérique à un grand nombre de militaires qui l’avaient servi en Europe, etque le licenciement d’une partie de ses armées allait laisser sans emploi. L’étendue des concessions qu’on leur faisait était proportionnée à leurs grades : on accordait cinquante acres de terre à chaque soldat et à chaque matelot; la proportion augmentait pour les enscignes, pour les lieutenants, pour les capitaines, et l’on donnait six cents acres à chaque officier supérieur.
Parmi les troupes que la Grande- Bretagne avait employées pendant la guerre, et qui eurent ensuite part à ses concessions, on remarquait plusieurs régiments hessois. Ces. corps n'avaient servi qu’en Europe, et la ptpars des hommes rentrèrent dans eurs foyers après le retour de As mais un certain nombre acceptérent des terres en Acadie. L'Allemagne
continuait ainsi à contribuer à la poae des colonies anglaises, et de outes parts on les regardait comme une terre promise, où la fortune appelaît indistinctement tous les peuples.
Cependant les Européens qui se rendaient dans les colonies anglaises continuaient de préférer des régions plus méridionales : le sol y était plus fertile, le climat moins rigoureux: et comme on encourageait à la même époque, et par des moyens semblables, de nouveaux établissements dans les Carolines et la Géorgie, ces pays, plus favorisés de la nature, attiraient un plus grand nombre de cultivateurs. Les premiers temps de la ulation de ces contrées avaient été difficiles ; on avait alors à vaincre de puissants obstacles : il fallait triompher d’une nature sauvage, de l’intempérie des lieux marécageux, des agressions souvent tentées par les indigènes. Mais un premier établissement rendait plus faciles tous les autres : le travail avait assaini la terre; la sécurité des habitants s'était augmentée avec le nombre; les Indiens se trouvaient déja reqe loin des habitations européennes ; es colonies s’étaient développées, et
la possession de
uelques points du littoral avait conduit à l'occupation de plusieurs vastes provinces. L’exemple de quelques rapides fortunes attirait d’autres kabitants, et la population, favorisée par un bien-être toujours croissant, se maintenait dans un
état progressif. La sécurité dont elle jouissait était due aux arrangements ue les fondateurs des colonies avaient aits avec les Indiens, et cette prudente conduite avait été imitée en Géorgie, lorsque né était venu y former un établissement. Tomochichi était alors le principal chef de guerre de la nation des Creeks; il accueillit les Anglais, il traita avec eux, et leur offrit, en signe de paix, une au de buffalo, sur laquelle on avait uré avec les plumes d’un aigle sa
, Son corps, et ses ailes éployées.
« L’aigle, dit ce guerrier, est l’em- « bième de ia vitesse; ie buffaio est « celui dela force. Légers comme l'un,
« vous avez franchi les grandes eaux « pour venir aux extrémités de la « terre; forts comme l’autre, vous « briseriez tous les obstacles : soyez « doux envers nous comme le duvet « de l'aigle; soyez notre abri, notre « vêtement, comme la dépouille du « buffalo. »
Après la conclusion de ce traité, cute continua des relations amicales avec les Creeks. I1se servait pour interprète d’une femme indienne, qui avait épousé John Musgrove, négociant de la Caroline, et qui entendait également les deux langues. Mais les fonctions qu’elle remplissait lui firent insensiblement acquérir au milieu des tribus sauvages une influence dont elle fit ensuite un usage funeste à la colonie.
Cette femme, étant devenue veuve, épousa en secondes noces Thomas Bosomworth, aumônier d'un régiment anglais, homme qui avait d’abord servi avec zèle, mais qui s'était bientôt livré à de ruineuses spéculations, et que le délabrement de sa fortune et le désir de la réparer jetèrent dans des intrigues. Son épouse, connue sous le nom de Marie, se préta à ses vues ambitieuses , et fat portée parses instigations à prétendre qu’elle descendait en ligne maternelle d’un roi indien auquel appartenait tout le territoire des Creeks. Les chefs de cette nation s’assemblèrent, et Marie sutlesintéresser à son projet en flattant leur esprit d'indépendance; elle leur exposa ses droits, leur représenta l'injustice que l’on avait commise en s’emparant de leur ancien territoire, et les excita à courir aux armes pour défendre leur propriété. Ces chefs, enflammés par ses discours, lui promirent leur assistance. Un grand nombre de sauvages la suivirent vers Savannah, et Marie, s’arrétant à quelque distance de la place , envoya un messager au gouverneur, pour le prévenir qu’elle avait repris ses droits de souveraineté sur tous les territoires appartenant aux Creeks, et pour demander que les colons anglais s’éloignassent incessam-
ent.
La ville fut mise en état de défense,
olonie.
veuve,
nas Bo-
giment d servi ôt livré et que Le et le ans des le sous es vues ses insdesceni indien rritoire b nation intéresr esprit osa ses ice que rant de excita à re leur és par eur asauvages Marie, e de la gouvere avait eté sur ant aux que les Cessam-
éfense,
et la milice prit les armes : elle n’était alors composée que de cent cinquante hommes. On voulait éviter une lutte qui paraissait disproportionnée, et l’on essaya d'amener les Indiens à de paisibles explications. Le capitaine John, qui les reçut aux portes de la ville, leur emanda s'ils arrivaient comme amis ou comme ennemis; sa fermeté leur imposa, et il obtint d’eux qu'ils se présenteraient sans armes. Bosomworth et la prétendue reine exposèrent devant le gouverneur et son conseil les droits qu’ils venaient défendre.
La conjoncture était difficile; on essaya de temporiser, et, pour dissoudre cette ligue on s’efforça de discréditer Marie dans l'esprit des sauvages, en leur pr à ’obscurité de son origine et de tous les hommes de sa famille, où aucun chef de guerre ne s'était signalé. Enfin, après avoir inutilement tenté tous les moyens de calmer la sédition, on fit arrêter Bosomworth, qui en était le principal artisan. Marie ne put alors contenir sa fureur : elle menaça de sa vennee toute la colonie; elle maudit glethorpe et ses frauduleux traités, et jura, en frappant du pied la terre, u’elle en était seule la souveraine.
glethorpe la fit arrêter à son tour, et il parvint ensuite à ramener, par la persuasion et par des présents, les dispositions des principaux Indiens.
Ces événements se passaient en 1751, près de vingt ans après les premiers établissements de la Géorgie.
Malatchée, vaillant chef de guerre, que les sauvages comparaient au vent, à cause de la mobilité et de l’incertitude de ses affections, cherchait encore à relever un parti en faveur de Marie. « Elle avait permis, disait-il, « que les Anglais missent Îe pied sur « son territoire, mais elle n’avait pas « voulu s’imposerdes maîtres. La terre « lui appartenait; et lorsqu'elle ré- « clamait son bien, sa voix était celle « de toute une nation, qui pouvait « armer trois mille guerriers, et qui «a était prête à combattre pour sa dé- « fense. » Les discours de Malatchée ÿroduisaient une vive impression sur
l'esprit des Indiens; mais comme il est facile de mettre en mouvement ces hommes passionnés, on les ramène comme on les égare, en s'adressant à leurs cœurs, et en excitant des émotions contraires. Oglethorpe leur fit entendre que les droits usurpés par Marie devenaient pour eux une injure.
« Ce n’est pas d’elle, mais c’est de vos « sages vieillards et de vos guerriers « que les Européens ont acquis leurs « terres. Vous les avez admis au par- « tage d’une vaste contrée, dont l’oc- « cupation entière vous était inutile :
« ils sont venus comme amis, ils vous « ont offert leur alliance, et vous l’avez « acceptée. Continuez de les traiter « en frères, puisqu'ils pourvoient à « vos besoins, et qu'ils vous offrent « des moyens de défense contre vos « ennemis. »
Ces paroles furent accueillies par un grand nombre; les moments de po étaient passés, et l’ascendant de
arie sur les sauvages commençait à s’affaiblir. Quelques chefs s’éloignèrent : cet exemple fut imité; la foule se dispersa , et le calme revint dans la colonie. Bosomworth se repentit luimême d’avoir excité cet orage; on eut égard à ses remords, à ses anciens services, et cet homme que l’ambition avait égaré redevint paisible et fidèle.
Cette sédition, qui fut apaisée par un prudent mélange de sagesse et de fermeté, montra néanmoins que les hommes turbulents et disposés à exciter des soulèvements dans les colonies pouvaient aisément trouver des auxiliaires parmi les Indiens. L’inquiétude de toutes oes tribus sauvages.
était sans cesse excitée par l’accroissement du nombre des Européens, et quand la séduction ou la force les avaient dépossédées d'une partie de.
leur territoire, elles. regrettaient ce sacrifice, et n’attendaient qu’une occasion favorable pour réparer leurs
ertes. Mais le temps trompait toutes.
eurs espérances ; car il diminuait de jour en jour l’étendue de leurs domaines, et en rejetant les unes sur les autres ce: différentes tribus, il les fai«
sait conspirer mutucllement à leur commune ruine.
La guerre se ralluma en 1752 entre
à gl ce nâtions indiennes, voisines
es colonies anglaises, et il'en résulta des invasions de territoire et des actes de violence. dont la Caroline eut à se plaindre. Les Creeks avaient tué plusieurs Chérokées, aux portes mêmes de
Charleston : ils avaient aussi tué dans leurs montagnes un négociant anglais qui se rendait chez les Chikasaws, ét le gouvernement de la Caroline s’adressa à leurs chefs pour obtenir satisfaction de ces griefs. Malatchée vint à Charleston avec plus decentguerriers, et il donna au gouverneur des explications qui le satisfirent. « Une « nation entière n’est pas coupable des «excès de quelques hommes. Les « Chérokées méritaient notre ressen- « timent, puisqu'ils ont donné passage « à une tribu qui venait nous attaquer; « mais leur sang ne devait pas couler « sur votre territoire, et nous avons « puni ceux qui l’ont versé. Vous nous « accusez du meurtre d’un Anglais; « nous avions prévenu vos plaintes :
« le coupable a été condamné à mort « par tous nos anciens; il l’a été par « sa famille elle-même, et la hache « allait se lever sur lui; mais sa vie a « été rachetée par son oncle, qui a « offert de se sacrifier à sa place, et « qui s’est donné volontairement la « mort. »
. Sans doute, un tel échange de victime n’était ue un acte de justice; mais cette forme d’expiation entrait dans les mœurs des sa:vages, et un dévouement si généreux était digne d’admiration. Le traité d'amitié précédemment conclu avec les Creeks fut renouvelé dans cette entrevue, et la médiation du gouverneur de la Caroline amena le rétablissement de la paix entre les tribus indiennes qui étaient alors en guerre. Cette pacification était utile 1u commerce des colonies ; elle l'était à leur sécurité; elle augmentait leur ascendant et leur influence au milieu des peuplades qui s'étaient réconciliées sous ieurs auspices. Cependant ce dernier résultat ne fut nas
de longue durée : il y eut, en 1755, une commotion générale parmi les nations indiennes établies dans les vallées des Apalaches, et dans celles qu’arrose le cours de l’Ohio et de ses affluents.
On peut trouver l’origine de ces mouvements dans les discussions qui s’élevèrent entre la Franceetla Grande- Bretagne, sur la \iges de démartation de leurs colonies. Tandis que les An-
lais, établis sur le littoral de l’Atantique, prolongeaient d’une manière illimitée leurs prétentions vers l'ouest, les Français, qui habitaient les rives du Mississipi, voulaient s'étendre vers lorient jusqu’à la chaîne des monts Apalaches : ils regardaient comme leur domaine toutes les vallées qui portent à ce grand fleuve le tribut de leurs eaux; et les entreprises contraires de ces deux nations amenèrent bientôt le fléau de la guerre dans les vastes régions dont elles se disputaient la souveraineté.
Nous avons fait remarquer précédemment que les Français, en formant dans la Louisiane leurs premiers établissements , avaient cherché à les lier à ceux du Canada par une chaîne de postes intermédiaires. Le fort de Niagara avait été construit entre les lacs Érié et Ontario, et celui de Frédéric ou de la Couronne l’avait été en 1731 au sud-ouest du lac Champlain.
Cet état de choses fut conservé en 1748 par le traité d’Aix-la-Chapelle ; et les Français, voulant assurer davantage les communications des grands lacs avec le Mississipi, érigèrent promptement de nouveaux forts sur le cours de l'Ohio, afin de prévenir les entreprises que d’autres colonies européennes pourraient y former. Les planteurs de Virginie commençaient à jeter Les yeux sur ces contrées; et comme la culture du tabac épuisait promptement la terre, ils avaient contracté l’habitude d’étendre de proche en proche leurs défrichements, pour avoir à exploiter un sol plus neuf et plus fertile. La richesse de leurs nouvelles récoltes les encourageait à poursuivre leurs travaux; et lorsque nlusieurs
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d'entre eux furent arrivés au pied des Apalaches , ils essayèrent de les franchir, et de s'étendre sur leur versant occidental. 11 se forma à Londres, en 1749, une association qui fut instituée par une charte sous le nom de com-
agnie de l'Ohio : le gouvernement
ritannique lui accorda six cent mille acres de terre, et un intendant fut envoyé, en 1751, pour choisir l’emplacement de cette concession, et pour y organiser des relations de commerce avec les Indiens. Mais lorsque le gouverneur du Canada en fut informé, il invita ceux des colonies anglaises à rappeler les marchan::s etles p! nteurs qui s'étaient introduits sur ce territoire, et il déclara que l’on se saisirait de la personne de ceux qui refuseraient de se retirer.
Les Anglais n’accédèrent point à la demande qui leur était faite, et le gouverneur de Virginie adressa même en 1753 un message au commandant français des fortsde l'Ohio, pour lesommer deseretirer, et pour seplaindre vivement de quelques arrestations ; mais le commandant répondit qu’il n’avait d'ordre à recevoir que de Sa Majesté très-chrétienne ou du gouverneur du Canada, que ce pays appartenait à la France, et qu'aucun Anglais n'avait le droit de s’y établir. Une déclaration si positive faisait prévoir qu’on la soutiendrait avec énergie, et le fort du Quesne fut incessamment construit, au ‘confluent de l’Alléghany et du Monongahela, dont les eaux réunies forment le ours de l'Ohio. L’aigreur s’accrut bientôt de part et d'autre; les plaintes se multiplièrent, et l’on en vint à des hostilités qui devaient enfin changer la situation politique de cette partie du Nouveau-Monde.
La population des colonies anglaises leur donnait dans cette lutte une trèsgrande sa : elle était vingt fois plus nombreuse que celle du Canada et de la Louisiane. Pour suppléer à cet avantage, la France avait recours aux nations indiennes; son influence sur leurs esprits était habilement entretenue par le zèle de ses missionnaires ; elle avait acquis sur quelques tribus
de la Louisiane le même ascendant que sur celles du Canada, et elle s’en était fait d’utiles auxiliaires : mais avec des nations si mobiles dans leurs penchants, si faibles par leurs ressources, et si souvent divisées d'intérêts, on ne devait pas compter sur une longue et vigoureuse assistance. Les Indiens pouvaient faire de sanglantes incursions et multiplier les maux de la guerre, mais ils ne donnaient pas les moyens de la terminer, et c'était entre les Européens que le sort des armes devait être fixé.
Aussitôt après les premières hostilités, les colonies anglaises s’adressèrent au gouvernement britannique pour obtenir des secours. 11 régnait alors peu d’intelligenceentre elles : toutes étaient indépendantes les unes des autres ; et comme la métropole ne s’était pas réservé les mêmes droits sur toutes, elle ne pouvait pas jouir d’une égale influence dans leurs délibérations , ni les obliger à répartir entre elles, d’une manière proportionnée à leurs ressources, toutes les charges de la défense commune. Les colonies les plus rapprochées des territoires dont on se disputait la possession, furent engagées les premières dans une querelle qui devait bientôt devenir générale.
Une expédition était préparée contre le fort du Quesne, et les Anglais, remontant les vallées supérieures du Potomack, pour traverser les Apalaches et gagner le cours du Monongahela, voulurent d’abord établir un poste retranché à quelques lieues de cette forteresse; mais au mois d’avril 1754, le commandant français vint, à la tête d’un détachement, les sommer de se retirer, et comme ils étaient très-inférieurs en nombre, ils cédèrent à cette sommation, et abandonnèrent leurs travaux qui furent incessamment détruits.
Cette retraite ne fut que momentanée, et les Anglais se replièrent sur les nouvelles troupes qu’ils attendaient.
Un régiment levé en Virginie, et placé sous Îles ordres du colonel Frye, se portait, à la même époques vers les rives du Monongahela : Georges Was-
hington, alors âgé de vingt-deux ans, était lieutenant-colonel de ce régiment, auquel s’étaient fines quelques troupes d’Indiens. Il n’attendit pas la for- Imation complète de ce corps pour se rendre sur le théâtre des Grstions militaires : il conduisit les premières levées jusque dans les grandes prairies, où l’on commença la construction du fort Necessity ; et, continuant de servir à l’avant-garde, il se rapprocha du fort du Quesne avec deux compagnies anglaises et une troupe de sauvages, afin d'éclairer, par une plus exacte connaissance du paye , la marche du corps qui devait le suivre. Arrivé à quelques lieues du fort du uesne, il rencontra dans la nuit un étachement français de vingt à trente hommes, qui essuyèrent d’abord de la part des Anglais deux décharges de mousqueterie. Jumonville commandait ce détachement : il chercha à faire entendre qu’il était chargé d’une sommation pour le commandant anglais; mais 1l n’eut pas le temps de la faire connaître en entier, et il fut tué d’un coup de feu dans cette funeste rencontre, dont les ténèbres devaient encore augmenter la confusion. La troupe franaise, enveloppée de toutes parts, fut aite prisonuière de guerre : un seul bomme parvint à s’échapper, et il regagna le fort du Quesne, où le récit e la perte qu’on venait de faire excita la plus vive irritation.
t événement fut diversement jugé par les deux partis. Les Français le regardèrent comme une flagrante violation du droit des gens : ils voyaient dans Jumonville un officier envoyé en
rlementaire, et dont le caractère et a mission devaient être respectés. Les Anglais pensaient, au contraire, que ia mission d’un officier cesse d’être pacifique lorsqu'il s’avance à la tête d’une troupe armée; ils ne virent dar cette escarte qu’un détachement militaire envoyé en reconnaissance, et la collision fortuite de deux forces opposées l’une à l’autre leur parut être un de ces engagemsnts qui se décident par le sort des armes. Néanmoins, si Jumonville était déja entre
les mains de ses ennemis lorsqu'il fut frappé à mort, leur commandant avait un cœur trop noble, trop généreux, ur ne pas s’affliger de sa destinée.
| ramena au fort Necessity ses prisonniers de guerre, qui furent ensuite dirigés vers la Virginie ; et tandis que lon continuait les travaux de ce poste retranché, où les Anglais recevaient de nouvelles troupes, la garnison du fort du Quesne attendit elle-même des renforts pour aller les attaquer. Un cos de cinq cents hommes de troupes réglées, et d’une nombreuse escorte de guerriers sauvages , fut chargé de cette expédition, et partit le 28 juin, sous les ordres du capitaine de Villiers, frère de Jumonville.
Les Français n'étaient séparés que par quelques jours de marche du fort ecessity ; ils arrivèrent le 3 juillet au pied de ses retranchements, et ils les
‘attaquêrent avec vigueur. Un feu très-
vif fut engagé de part et d’autre; il dura jean soir : les Anglais avaient déja perdu cent cinquante hommes ; et Villiers, voulant épargner une plus longue effusion de sang, fit proposer aux assiégés de prévenir l'attaque qu’il devait renouveler le lendemain, et de rendre la que par capitulation, afin de ne pas l’exposer à étre emportée de vive force. Les conditions furent siques dans la nuit, et Washington, evenu commandant de la forteresse, après la mort du colonel Frye, obtint de se retirer dans son pays, avec la ganipons une pièce d'artillerie et les 1onneurs de la guerre. Les Angiais s’engagèrent de leur côté à renvoyer incessamment au fort du Quesne les prisonniers qu’ils avaient faits précédemment.
Ces premières actions faisaient pressentir que les rives de l'Ohio seraient bientôt exposées à d’autres hostilités, La Grande-Bretagne allait y porter des forces plus nombreuses; elle fit passer en Virginie plusieurs régiments anglais auxquels on devait joindre les troupes de la colonie, et le général Braddock y arriva le 1°° février 1755 pour en prendre le commandement. II établit son quartier général à Alexan:
drie, où conv Pa diffé certer ay d'opérati la campa serait fo ditions, die, une et la tro tandis qu cherait lu parer du ses ordres pes régul qu’un peti vança d’at ries, où l’o Braddock huit cents colonel D avec ses p milles de 4 Cet officie d'Europe, habileté et pas servi € ont une m:
connaissait Le capit.
dant du fo juillet que place ; il ne son, fit sor ilpouvait di dres du cap uittèrent u matin; vers le mil quèrent av Ep leu ’enveloppe et à EM ui les abri 'y envoye avec toutes s qu’il av.
rd plier.
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prit alors ll secondé par chargèrent qu’ils enfon nie, et la
u’il fut it avait éreux , stinée.
es priensuite dis que e poste evaient son du me des er. Un troupes escorte r'gé de 8 juin, Jilliers,
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t preseraient stilités, ter des fit pasriments dre les énéral er 1755 ent. Il Alexans
drie, où il assembla ses troupes, et il y convoqua pour le 18 avril wii congrès des différentes colonies, afin de roncerter avec leurs envoyés le s” ne d'opérations qui serait suivi pendant la campagne. Alors on convint qu’il serait formé vers le nord trois expéditions, une sur les limites de l’Acadie, une autre vers le lac Champlain, et la troisième près du lac Ontario, tandis que le général Braddock marcherait lui-même vers l’Ohio pour s’emparer du fort du Quesne. Il avait sous ses ordres trois mille hommes de troupes régulières et de milices, ainsi qu’un petit nombre d’Indiens, et il s’avança d’abord jusqu'aux grandes prairies, où l’on établit un camp retranché.
Braddock y laissa un détachement de huit cents hommes sous les ordres du colonel Dunbar, et il se porta lui-même avec ses principales forces jusqu’à sept milles de distance du fort du Quesne.
Cet officier, accoutumé aux guerres d'Europe, s’y était signalé par son habileté et son courage ; mais il n’avait pas servi en Amérique, et les Indiens ont une manière de combattre qu’il ne connaissait pas.
Le capitaine Contrecœur, commandant du fort du Quesne, apprit le 8 juillet que l’ennemi s’approchait de la place ; il ne garda qu’une faible garnison, fit sortir toutes les troupes dont ilpouvait disposer, et les mit sous les ordres du capitaine Beaujeu. Les Français
uittèrent la forteresse à huit heures u matin; ils rencontrèrent l’ennemi vers le milieu du jour, et ils l’attaquèrent avec vivacité, tandis que les Indiens leurs auxiliaires cherchaient à l’envelopper, en se répandant à droite et à gauche dans de profondes forêts ui les abritaient. Braddock, au lieu ’y envoyer des éclaireurs, se porta avec toutes ses forces contre les trou-
s qu’il avait devant lui, et les fit d’a-
rd plier. Beaujeu fut tué à la troisième décharge ; et le capitaine Dumas prit alors le commandement : il était secondé par Ligneris, et ces officiers chargèrent avec tant d’impétuosité qu’ils enfoncèrent l'avant-garde ennemie, et la rejetèrent sur le corps de
bataille , où l’action fut bientôt engaée. Les Indiens cachés dans les bois arcelaient en tirailleurs les flancs de l'armée auglaise qui après une inélée sanglante, cessa de résister : ses rangs se débandèrent; la plupart de ses officiers furent tués ou blessés en cherchant à rétablir le combat. Braddock fut .ui-même blessé à mort, et on l’emporta du champ de bataille, où il venait de laisser son artillerie, ses équipages et le tiers de ses soldats.
Ceux qui survécurent à ce désastre , et ui auraient pu se rallier aux troupes e réserve placées sous les ordres du colonel Dunbar, ne les rejoignirent que pour y porter la confusion et les entraîner dans leur fuite. La déroute devint générale, et les hommes échappés à cette expédition se retirèrent précipitamment en Virginie; ils gagnèrent les villes du littoral, et laissèrent les établissements intérieurs à la merci des Indiens qui purent y continuer leurs incursions.
Un mois avant cette époque, d’autres hostilités avaient été commises sur l’Océan, et deux vaisseaux français, l’Alcide et le Lys, avaient été attaqués dans les parages de Terre-Neuve, à dix lieues au sud-est du cap Raze. Ces bâtiments formaient l'arrière - garde d’une flotte partie de Brest sous les ordres de Dubois de la Mothe, et ils s’en trouvaient alors séparés par les chances de la navigation. Le capitaine Hocquart, commandant de l’Alcide, ayant aperçu, le 8 juin, un groupe de vaisseaux vers lhorizon, cru avoir retrouvé l’escadre française, et il chercha à s’en rapprocher; mais la flotte qu’il avait signalée était celle de l’amiral anglais Boscaven, qui, l'ayant également aperçu, arrivait sur lui à toutes voiles. Un engagement devenait inévitable, et le capitaine français s’y prépara résolument, quelle que fût la disproportion de ses forces. Après avoir soutenu le combat contre plusieurs vaisseaux anglais, il fut bientôt enveloppé par tous les autres : ses manœuvres étaient coupées, ses mâts près de tomber, et la plupart de ses Canons démontés; il se rendit enfin à
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