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de Montgomery , et ce général y arriva lui-même le 1°" décembre avec un corps de trois cents hommes. On n’en comptait que douze cents dans les deux : troupes réunies; mais le courage avec lequel ils avaient bravé tant d'obstacles augmentait leur ardeur, et cette petite armée se porta vers Québec pour en faire le siége. Cependant Carleton, gouverneur du Canada, avait eu le temps de rentrer dans la placé et d’en organiser la défense. Retenu d’abord dans ja partie supérieure du fleuve, entre Montréal, qu’il n’avait pu secourir, et la flottilie anéricaine, arrivée à l’embouchure du Sorel, il était parvenu à échapper à la surveillance des navires ennemis, en s’aventurant, au milieu de la nuit, dans une légère embarcation qui traversa leur ligne sans être aperçue. Les autres bâtiments anglais que Carleton laissait en arrière tombèrent bientôt au pouvoir des Américains avec les équipages et les détachements qu'ils avaient à bord ; mais Québec allait être secouru par la présence du ae ral, et les Sy rendirent grâce à la fortune qui l'avait sauvé.
Montgomery, après avoir inutilement adressé au gouverneur la sommation de rendre la place , essaya d’en fatiguer la garnison par de fréquentes attaques , et d’en arrêter les approvisionnements en la privant de toute communication avec le dehors; mais la faiblesse de son artillerie ne lui permettait pas d'ouvrir des brèches praticables, et il avait trop peu de troupes pour fermer tous les passages. Ses soldats, exposés à toutes les rigueurs de l'hiver , éprouvèrent aussi les ravages de la petite vérole ; et le général, prévoyant l’impossibilité de continuer le siège, voulut décider le sort de la camagne pa! un dernier effort. Deux ausses attaques devaient être dirigées contre la ville haute par les majors Brown et Livingston, tandis que Montges et Arnold pénétreraient dans a ville basse par deux routes opposées, dont l’une se prolonge le long du fleuve Saint-Laurent, et dont l’autre suit les bords de la rivière Saint - Charles.
Toutes ces attaques devaient commen:
cer le 31 décembre 1775, quelqués heures avant la pointe du jour : la neige tombait en abondance; la rigueur du temps pouvait favoriser une surgrue , en rendant moins active la vigiance de l’ennemi; et Montgomery, à la tête de sa colonne, s’avança le long du fleuve, en suivant l’Anse-des-Mers et le Cap-au-Diamant. 11 s’empara sans résistance d’un fort qui couvrait les approches de la ville basse; mais une barrière et une batterie avaient été dressées au delà: on n’avançait que Dés dans un chemin encomré par la neige; et lorsque le général, bravant tous les obstacles , excitait par son exemple l’ardeur de ses soldats, il-fut tué d’un coup de canon chargé à mitraille, au moment où la barrière et la batterie allaient être emportées par sa valeur (voy. pl. 49).
La mort de Montgomery entraîna la ruine de cette nel t(on : la troupe qui le suivait en fut consternée ; elle se replia en désordre : le colonel Campbell fit de vains efforts pour la ramener ; et les assiégés purent réunir toutes leurs forces contre le colonel Arnold, qui s’avançait par la route Saint-Roch.
Ce passage était également couvert par une barrière et une batterie; et Arnold , au moment où il était près de le forcer , fut blessé à la jambe d'un coup de feu, et dut être emporté malgré lui loin de la sanglante mêlée qu'il venait d'engager. Le capitaine Morgan se mit alors à la tête des troupes, qui s’em-
arèrent dela batterie avec une extrême
ravoure : il pénétra dans la ville, avec l'avant-garde, et sans même attendre le corps principal; il repoussa l’ennemi, lui fit des prisonniers , et poursuivit ses avantages. Nlais à mesure qu’il avançait, ses périls étaient plus grands et sa marche devait se ralentir : quelques renforts l’ayant asia il voulut attaquer une seconde batterie; mais ses troupes ne purent forcer ce nouvel obstacle; et lorsque épuisées de fatigue, ayant consommé leurs munitions, et ne pouvant plus résister à un feu continu de mousqueterie, elles voulurent se replier , les passa-
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ourné leur position, et recouvré les quartiers de la place momentanément envahis. Le bruit de la mort de Montgomery, celui de la retraite des troupes qu'il conduisait, s’étaient rapidement répandus. Le jour était venu éclairer tous ces revers; et l’intrépide Morganet son avant-garde, affaiblie par un long combat, furent réduits à se rendre prisonniers. Les colonnes qui s’étaient repliées ou qui n'étaient pas engagées, n'avaient aucun moyen de se maintenir devant la place; mais Arnold, devenu leur chef, se montra supérieur à la mauvaise fortune, et, gardant encore l’espérance de réparer un tel désastre, il ordonna la retraite des troupes qui lui restaient, s’oublia pour veiller sur elles, pourvut à leurs besoins et ranima leur confiance.
Ayant choisi, à trois milles de distance, une nouvelle position qu'il fit retrancher, il continua d’embarrasser, par de fréquentes battues dans la
laine, les communications de Quéec avec l’intérieur des terres, jusqu’au moment où l’arrivée des renforts qu’il demandait au congrès d'Amérique lui permettrait de se rapprocher de la iéce et de reprendre les travaux du siége.
Le gouverneur de Québec se bornait lui-même à attendre d’Angleterre les nombreux secours qui lui avaient été promis : l'extrême rigueur de l’hiver força de part et d’autre à suspendre les hostilités, qui allaient se ranimer au retour du printemps.
L’Angleterre faisait en effet de nouveaux préparatifs pour amener la réduction de ses colonies. Le gouvernement britannique avait déclaré aux délégués du, congrès qu’il ne serait fait aucune réponse à leurs représentations; il avait poursuivi ses enrôlements pour la guerre d'Amérique ; et après s'être inutilement adressé à la Russie, à la Hollande, pour en obtenir des troupes auxiliaires, il avait déterminé la maison de Hesse à lui fournir un corps de treize mille hommes, et celle de Brunswick à lui en fournir quatre mille trois cents. Une armée anglaise
de vingt-cinq miile hommes devait se joindre aux troupes étrangères que le gouvernement prenait à sa sole: ; et une flotte considérable et chargée de munitions de toute espèce allait transporter dans les colonies cet armement formidable.
Mais on éprouva souvent dans le cours de cette guerre les contrariétés que la distance et le temps apportent aux opérations militaires. La ville de Boston, où l’Angleterre allait diriger une partie de ses forces, continuait d’être étroitement bloquée par les Américains : toutes ses communications avec la terre étaient fermées; les secours qu’elle pouvait attendre par mer étaient habituellement interceptés par les croisières américaines, et une attaque plus décisive allait enfin être dirigée contre la place.
Aussitôt que le congrès fut informé des envois de troupes qu'’allait faire le gouvernement britannique, il désira que les opérations du siége de Boston fussent pressées avec une nouvelle vigueur, et que l’on fit tous ses efforts pour s’en emparer, soit afin d’ôter à l’ennemi une place d'armes où ses nouvelles troupes pouvaient aborder sans coup férir, soit afin de disposer de l’armée américaine, qui allait devenir nécessaire sur d’autres points. Le projet de Washington était d'attaquer la place de vive force en traversant la partie de la baie qui la sépare de Cambridge et de Roxbury; mais le conseil de guerre, où différents plans furent discutés, s'arrêta à celui de faire d’abord occuper et retrancher les hauteurs de la presqu'île de Dorchester qui commandent Boston, et d’où l’on pouvait écraser la garnison et la forcer à capituler. Pour couvrir ce dessein, et attirer ailleurs l’attention du général Howe, qui avait rem-
lacé Gage dans le commandement de a place, on ouvrit un feu très-vif sur tous les points du littoral où l’on avait établi des batteries; et dans la nuit du 4 mars 1776 une avant-barde américaine de huit cents hommes, suivie de douze cents travailleurs, et favorisée par une obscurité profonde, tra-
versa l’isthme de Dorchester, et se porta rapidement sur les hauteurs, sans être découverte par l’ennemi. Un convoi d'artillerie, de gabions, de munitions de guerre, et de tous les ustensiles et matériaux nécessaires à cette expédition, suivait le même mouvement, et les travaux furent poussés avec une telle ardeur, que les hauteurs prpuss étaient déjà fortifiées avant inte du jour.
général anglais n'avait pas fait occuper jusqu'alors la presqu'ile de Dorchester. troupes qu’il avait dans Boston étaient à peu nombreuses pour qu’il voulût dégarnir la place, et cette insuffisance de forces était encore plus sensible depuis qu'il avait été obligé, après le combat de Bunker’s- Hill, de laisser un corps de troupes dans la presqu'île de Charles-Town :
mais voyant les Américains maîtres de plusieurs positions, d'où ils pouvaient détruire ses vaisseaux, ruiner les fortifications de la place, et couper les communications de son enceinte avec ses ouvrages avancés, il sentit la nécessité de les déloger, et chargea lord Percy de débarquer dans la pnie de Dorchester avec un corps de troupes qui devait commencer l’attaque vers la pointe orientale. La contrariété des vents et de la marée l’empécha d’exécuter son projet dans la nuit suivante, et ce délai permit aux Américains de compléter leurs travaux et de rendre leurs positions inexpugnables.
Washington assemblait en même temps vers l'embouchure du Charles- River l'élite de son armée et tous ses moyens d’embarcation, afin de tenter ua assaut contre la place, au moment où une partie des Es anglaises serait aux prises avec celles qui s'étaient emparées des hauteurs. Le général Howe reconnut alors tous les périls de sa situation : il vit qu’une garnison, fatiguée d’un si long blocus, privée d’approvisionnements, ravagée par les maladies qui naissent de la fatigue, du besoin, et de tous les fléaux attachés à la guerre, ne pouvait plus défendre la place contre des forces qui s’accroissaient journellement. L’évacuation de
Boston fut résolue, et le gouverneur en prévint les principaux habitants : il était prêt à se retirer paisiblement si les Américains ne s’opposaient point à son départ; mais si l’on voulait inquié-
ter sa retraite, lui-même traiterait la.
ville sans ménagement avant de la quitter. La députation qui se rendit Fe de Washington le trouva disposé
laisser partir sans obstacle les troupes britanniques : le général était trop vivement touché de la déplorable situation de cette place pour l'exposer à une calamité nouvelle; il désirait la recouvrer et la sauver, et il consentit aux demandes du gouverneur. Le départ de la garnison auglaise eut lieu le 17 mars; elle était au nombre de dix mille hommes : il se joignit à eux
uinzé cents habitants, qui craignaient
’être persécutés pour le zèle avec lequel ils avaient servi la cause royale; et les vaisseaux chargés de ce convoi se dirigèrent vers Halifax. Le départ des troupes fut précédé des plus graves désordres, malgré les promesses de leur chef et sans doute contre ses intentions. On ne put arrêter les excès de ces hommes aigris par la haine et par leurs revers; ils cherchaient une dernière occasion de se venger : des magasins furent abandonnés au pillage, et les fugitifs enlevèrent à la hâte les dépouilles de la ville qu’ils abandonnaient (ay: l, 50).
Lorsque Washington, à la tête de son armée, fit son entrée dans la place, il y fut reçu comme un libérateur. Les maux qu’avaient éprouvés les habitants sous la domination anglaise et pendant un blocus de treize mois avaient accru leur ardeur pour la cause nationale : ils avaient vu toutes les: autres colonies embrasser leurs intérêts, et ils désiraient leur rendre les services qu'ils en avaient reçus. La nouvelle de la reprise de Boston fut accueillie parut avec des transports de joie : elle ins-
ira aux Américains une nouvelle con-
ance dans le courage de leurs milices, dans l’habileté de leurs généraux, et les disposa à poursuivre avec la même constance la lutte où ils s’étaient engagés.
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Lapérilleuseexpéditionqu’ilsavaient dirigee contre le Canada rencontrait de nouveaux obstacles. Les renforts attendus par Arnold n’arrivaient qu’en petit nombre et avec lenteur; les privations que ses troupes éprouvaient les avaient rendues turbulentes et indisciplinées, et les Canadiens se plaignaient vivement de cet état de licence. Arnold, luttant avec énergie contre les diffcultés, avait néanmoins rouvert la campagne et repris l'offensive : il avait appelé à lui une grande partie de la garnison de Montréal pour réparer les pertes de son corps d'armée, et il se rapprocha de Québec lorsqu’il eut porté ses troupes à dix-sept cents hommes.
Son activité semblait multiplier ses forces : il fatigua les assiégés par de fausses attaques sur différents points; il soutint avec valeur leurs sorties, saisit plusieurs convois qui leur étaient destinés, et causa par le feu de son artillerie de nombreux ravages. Il espérait que les dommages et les maux du siége pourraient déterminer les habitants à demander une capitulation.
Mais le gouverneur de Québec veillait lui-même avec un zèle infatigable à la défense de la place : il n’ignorait pas les nombreuses privations des assiégeants, et cherchait à combiner ses operations avec celles des troupes qui occupaient d’autres parties de la province, atin d’intercepter les secours en hommes et en munitions qu’Arnold attendait des colonies insurgées. Un détachement que ce gouverneur fit passer sur la rive droite du Saint-Laurent se joignit à quelques compagnies de volentaires canadiens, commandés par Beaujeu, et leur active vigilance surprit en effet plusieurs convois américains. Quoique Arnold parvint ensuite à defaire et à disperser ce corps de troupes, sa situation üe s’améliorait point : il cansumait ses ressources sans pouvoir les renouveler dans le ns même; et les combats qu'il avait à livrer entraînaient, quelle qu’en fût l’issue, des pertes d'hommes et de munitions qui devenaient irréparables.
Le général Wooster vint, le 1°" avril, prendre le commandement des troupes
américaincs, et Arnold, dont les blessures avaient empiré, fut transporté à Montréal. Il renonçait à regret à une expédition mêlée de tant de périls, et les travaux qu’il avait commencés furent encore poursuivis après son départ, soit par Wooster, soit par le général Thomas qui vint le remplacer un mois après. Celui-ci venait de se distinguer au siége de Boston : c'était lui qui, à la tête d’un corps de troupes américaines, avait enlevé les hauteurs de Dorchester, et cet exploit honorait son habileté et son courage. Ayant reconnu dès les prenuees moments qu’il était impossible de prolonger avec si peu de forces le siège d’une ville où.
se rendaient de nouveaux convois maritimes dont on avait déjà signalé l’apparition dans le lit inférieur du fleuve, il voulut du moins prévenir leur arrivée et faire une nouvelle tentative pour s'emparer de la place, avant que les chances devinssent encore plus contraires. Le projet d’incendier les vaisseaux du port et de donner aussitôt l'escalade, en profitant du désordre et de la confusion qu’un premier désastre aurait occasionnés, devait s’exécuter dans la nuit du 8 mai; mais le brûlot dirigé contre les vaisseaux anglais ayant été lui-même mis en feu et consumé avant d’avoir pu les atteindre, la flotte fut préservée, l’assaut et la surprise de la place ne purent avoir lieu, et les troupes américaines se retirèrent dans leur camp; elles furent même forcées de l’abandonner deux jours après. On voyait arriver l’escadre britannique,
rête à jeter des troupes dans la ville
asse ; dlle allait devenir maîtresse de la navigation du Saint-Laurent; dejà elle en remontait le cours, et les débarquements qu’elle pouvait faire sur la rive gauche du fleuve auraient coupé les communications des Américains avec le haut Canada : alors ils évacuèrent leur position; et une sortie que le général Carleton fit le 5 mai, avec l’élite de sa garnison, les surprit au milieu de ce mouvement et précipita leur retraite. Ils laissaient en arrière leurs munitions et leurs bagages : ce dénûment rendait leur marche plus pénible; :
on se dispersait pour trouver des subsistances, et parmi les hommes qui s'étaient égarés les uns restèrent prisonniers de guerre, les autres furent secourus par l’humanité des Canadiens.
Le lieu de ralliement des troupes était situé vis-à-vis du confluent de la rivière Sorel : on L parvint après une marche pénible; les maladies firent éprouver de nouvelles pertes, et le général Thomas fut du nombre de ceux qui succombèrent. La fortune parut #lors vouloir réparer les disgrâces de ce corps d'armée, et le général Sullivan, destiné à en devenir le chef, arriva avec un renfort de quatre mille hommes, dont la levée avait été faite dans les provinces de Pensylvanie, de New-Jersey, de New-York, de Connecticut; mais la difliculté de pourvoir à toutes les parties de cet armement avait entraîné des délais : ces troupes arrivaient trop tard pour qu’on pût aller reprendre devant Québec les opérations du siége, et leur nombre était très-inférieur à celui que les Anglais venaient eux-mêmes de recevoir.
Les troupes britanniques, redevenues entièrement maîtresses du bas Canada, occupaient aussi dans ses régions supérieures plusieurs forts, voisins des grands lacs. Ces positions leur permettaient d’entretenir des relations nombreuses avec les peuplades indiennes qu’elles avaient attirées dans leur partis et les sauvages concoururent à quelques-unes de leurs expéditions contre les troupes coloniales qui s'étaient emparées de différents postes dans le haut Canada. Ils aidèrent les Anglais à reprendre le fort de la Pointeaux-Cèdres, dont ils firent la garnison prisonnière; ils investirent un autre détachement américain qui eut le même sort; ils firent inhumainement périr quelques-uns de ces malheureux, et désirant ensuite échapper à la vengeance du général Arno , qui avait quitté Montréal pour s’avancer contre eux avec des forces très-supérieures, ils lui déclarèrent que, si un seul Indien était tué, tous les prisonniers de guerre qu’ils avaient faits auparavant seraient
massacrés. Arnold, pour ne pas exposer à leur fureur tant de victimes, n’attaqua point les sauvages, et consentit à un échange de prisonniers.
D’autres événements plus décisifs allaient se passer vers la partie du fleuve Saint-Laurent, connue sous le nom de lac de Saint-Pierre, vaste réservoir où vont se rendre les eaux de la rivière Sorel et des lacs qu'elle a traversés. L'armée anglaise, partie de Québec avec le général Carleton, n’avait pas encore remonté jusque-là : elle était échelonnée sur les bords inférieurs du fleuve, et son. corps le plus avancé était parvenu au poste des Trois-Rivières. Comme il était séparé des autres divisions, les Américains espérèrent l’attaquer avec avantage, et Sullivan, dont les positions étaient voisines de l'embouchure du Sorel, fit subitement embarquer sur le lac Saint-Pierre un détachement chargé de cette expédition; mais les forces britanniques étaient plus nombreuses, et les Américains, après avoir soutenu un combat meurtrier, se retirèrent péniblement à travers les plaines marécageusessituées au nord de ce lac : ils avaient été séparés de leurs navires, et les troupes
anglaises harcelèrent vivement leur re- .
traite; bientôt même il fallut abandonner toutes ses positions à une armée qui concentrait ses forces en accélérant la marche de tous les corps moins avancés : elle se composait de treize mille hommes, et Sullivan n’en avait pas alors cinq mille qui fussent en état de porter les armes. Ce général remonta la rivière Sorel, et gagna successivement le fort Chambly et le fort Saint-Jean, où il fut rejoint par le général Arnold, qui ramenait avec lui la arnison de Montréal. L'un et l’autre ort n'étaient retranchés que par des palissades et des constructions'en charpente; les Ainéricains y mirent le feu en les quittant, afin de les rendre inutiles à l'ennemi qui continuait de suivre leurs mouvements; et Sullivan, après avoir occupé momentanément l’Île-aux- Noix, traversa du nord au midi le lac Champlain, et se replia sur les forts de Crown-Point et de Ticonderoga,
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d’où l'expédition américaine était partie huit mois auparavant.
On avait trop compté dans cette entreprise sur la faveur d’une partie des Canadiens et sur leur coopération :
cette fausse espérance fit commencer avec des moyens trop faibles une conquête où l’on ne pouvait s'appuyer que sur ses propres forces. Les secours qui furentenvoyés successivement auraient eu plus d’efficacité si l’on eût pu les réunir et les employer tous à la fois.
Ne faut-il pas aussi remarquer, au nombre des causes qui nuisirent le plus au succès, la fréquente et inévitable mutation des généraux qui commandèrent l’armée américaine? Elle eut tour à tour pour chefs Schuyler, Montgomery, Arnold, Wooster, Thomas, Sullivan. Le même esprit ne pouvait les animer tous : ils différaient dans leurs combinaisons militaires, et chacun d'eux était si rapidement enlevé aux soldats , que des liens, rompus tant de fois, ne donnaient plus aux opérations le même ensemble.
Néanmoins, cette expédition, quoique malheureuse, n'avait pas été sans gloire : elle avait offert aux Américains de nombreuses occasions de celoyee leur courage; elle avait signalé les vertus militaires et civiles de Richard Montgomery, enlevé à la patrie à l’âge de trente-huit ans, et digne d’être proposé pour modéle aux guerriers. Les Canadiens avaient rendu hommage à sa modération au milieu des succès, et lorsqu'il fut tombé sous les murs de Québec, le général ennemi lui fit rendre les honneurs funèbres dus à son grade et à l'éclat de ses actions. Le congrès, en apprenant sa perte, décreta qu'il lui serait érigé un monument pour rappeler la gloire de sa vie et de sa mort, et ce cénotaphe fut placé à l’entrée de l’église de Saint-Paul à New-York.
Les Américains, obligés de renoncer au projet de conquérir le Canada, furent plus heureux dans les expéditions qui eurent pour but leur propre défense. Un succès contre les royalistes fut obtenu dans la Caroline du nord, nar le générai Moore qui commandait
les milices coloniales. Après avoir tenu la campagne sans engager d'action.
usqu’à ce qu'il eût assemblé ses forces
il attaqua les troupes anglaises, commandées par le colonel Macdonald, et les défit près de Wilmington, avant qu’elles eussent recu les renforts don elles attendaient l’arrivée, et qui étaient déjà parvenus au cap Fear.
Les tentatives de lord Dunmore pour rentrer en Virginie furent également vaines : l’escadre sur laquelle il s'était réfugié ne put opérer aucun débarquement; et après avoir croisé sur les côtes pendant quelque temps sans aucun espoir de succès , cet ancien gouverneur se retira en Floride, et ses partisans se dispersèrent.
ne autre expédition des Anglais dans la Caroline du sud n’eut pas plus de succès. Le général Clinton et l'amiral Peter Parker voulurent tenter un débarquement dans cette colonie, où ils croyaient avoir un grand nombre d’adhérents , et ils espérèrent ramener.
aisément tout le pays à l’obéissance, s'ils parvenaient à S’emparer de Charleston ; mais l'autorité coloniale s’était hâtée d’y jeter une garnison de six mille hommes : on avait fortifié cette place , que sa position au confluent du Cooper ct de l’Ashley rendait plus facile à défendre, et pour en couvrir les approches maritimes, on avait occupé l’île Longue et celle de Sullivan, où le colonel Mouitrie était chargé de la garde d’un fort, qui retint ensuite son nom parce qu’il sut le défendre honorablement. L’escadre anglaise, qui se présenta le 28 juin devant Charleston, dirigea d’abord tous ses moyens d’attaque contre le fort Moultrie, et tandis qu’elle le bombardait et qu’elle le battait en brèche, les troupes de terre qu’elle venait de débarquer dans l’île Longue devaient passer dans celle de Sullivan pour donner l'assaut : on avait cru guésble le canal qui sépare les deux Îles; mais il avait trop de profondeur, et le trajet des troupes ne put avoir lieu. La résistance de la forteresse et le dommage que son artillerie fit éprouver à l’escadre anglaise décidèrent Clin-
ton et Parker à renoncer à leur entre--
prise : les équipages et les vaisseaux avaient trop souffert pour renouveler l'attaque le lendemain; et la flotte, remettant à la voile, se dirigea vers New-York, suivant les instructions du général Howe, commandant en chef des forces britanniques. Ce général devait lui-même s’y rendre avec le corps d'armée réuni sous ses ordres à Halifax, et c'était vers l'entrée de la rivière d'Hudson que les principales opérations de la guerre allaient être portées (voy. pl. 48).
Washington avait prévu ce mouvement : il avait voulu prévenir l’arrivée et l'établissement des ennemis dans la
rovince menacée de leur invasion ; et
peine il eut délivré Boston, dont il confia le commandement au courage et à l'expérience du général Ward, qu’il
se porta rapidement sur New-York:
avec les troupes dont il pouvait disposer. Il y arriva le 14 avril, et s’appliqua sans relâche à mettre cette place et toutes les positions voisines dans un bon état de défense. New-York jouissait encore d’un caline apparent; mais tout annonçait l’orage dont ce pays était prochainement menacé. Les troupes américaines occupaient la ville, élevaient des retranchements, rassemblaient des vivres et des munitions, et se disposaient à soutenir un siége : une escadre b:itannique était mouillée dans le port, et ses équipages cherchaient à entretenir de secrètes intelligences avec les habitants. Maîtresse de la baie, elle pouvait intercepter tous les arrivages; elle fermait les communications avec la mer, et attendait, pour atta-
uer le continent, l'arrivée des renforts c''i lui étaient annoncés.
Au milieu des embarras de cette situation, qui devenait de jour en jour plus périlieuse, et qui faisait prévoir ’immineuce des hostilités, tous les liens de la colonie avec l'Angleterre n’avaient pas été entièrement rompus, et Tryon résidait toujours à New-York comme gouverneur de la province. Dangereux représentant d’une autorité déchue, il cherchait, à l’aide d’un titre que l’on reconnaissait encore , à recouvrer un pouvoir qui lui était disputé : mais quoi-
que le nombre des partisans de la métropole fût plus considérable dans cette contrée que dans les autres colonies, l'attachement à la cause populaire y faisait cependant des progrès journaliers : ses adhérents À devenaient plus confiants dans leurs forces et plus entreprenants, parce qu'ils pouvaient s'appuyer sur la coopération des autres colonies, sur l'autorité toujours croissante du congrès, et sur les moyens de protection dont cette assemblée centrale avait à disposer.
L’inégalité toujours croissante de cette lutte entre les partis, et la pré- Er age que devait enfin obtenir ’opinion du plus grand nombre, se remarquaient, non-seulement à New- York, mais dans toutes les autres colonies : deux autorités s’y étaient d'abord trouvées en présence; mais
leurs forces étaient différentes, et l’on |
s'expKque aisément comment l’une d'elles, usurpant par degrés les attributions de sa rivale, arrivait à lui succéder après l'avoir démembrée pièce à pièce. Les assemblées coloniales substituaient ainsi leur pouvoir à celui des hp britanniques ; elles avaient eurs agents et leurs délégués; elles pouvaient compter sur les milices, qui appartenaient à la masse même
u peuple, et qui en étaient les défenseurs naturels, et les gouverneurs n'avaient plus pour retenir dans leurs mains un pouvoir près de leur échapper, que l'appui des troupes anglaises envoyées à leur secours, et l'assistance incertaine et précaire des partisans qui se ralliaient à leur banniere. Ils pouvaient avec ces muyens, et avec ces éléments de trouble, entamer et prolonger la guerre civile; mais la véritable orce était dans l’intérét colonial ; elle se fondait sur les opinions qui avaient jeté dans le pays de profondes racines.
Le congres en était devenu l'organe ; il les dirigeait, il les tenait à sa uisposition, et, après avoir paru hésiter sur l'espèce de rapports qui pourraient encore unir les Colunes à la metropoie, il préparait leur émancipation , et arrivait par degrés à rendre inévitable leur trdépendanté
engage diflicile lus h:
avoris écrits, qua cel Le Sen aux pri!
cet ou delphie remarq contre narchie sait êtr lémen:
il fallai la sûret référe ‘autre ne était r dans ko dité du minorit cités m n'avait
de la mélans cette.
colonies, pulaire y S journaaient plus ; plus enuvaient es autres urs croismoyens assemblée
sante de et la préna obtenir mbre, se it à Newautres coy étaient ice; mais | es.et l’on | ent l’une les attri- , à lui suc- Jrée pièce jales subscelui des esavaient és; elles milices, se même les déverneurs ans leurs échapper, aises enssistance isans qui Ils pouc ces élét prolonvéritable ial; elle i avaient racines, organe ; A sa uis- 1 hésiter urraient tropoie, et arriné vitable
Depuis les premières commotions de ces provinces leur situation avait effectivement changé. Un rapprochement semblait facile, tant que l'on se bornait d’un côté à des prétentions et de l'autre à des remontrances. La voie des Lu ag er était alors ouverte, et les deux partis pouvaient se concilier. Cette tendance vers la paix s'était fait remarquer dans les premières démarches des Américains; mais le gouvernement britannique parutse méprendre sur la cause de leurs dispositions :
il imputa la condescendance à la faiblesse , crut, en insistant sur ses prétentions, pouvoir les faire reconnaître, et fit quelques démonstrations de forces, dans l'espérance d’être obéi.
Ce recours à la voie des armes entraîna un premier SssEnOnt, qui aigrit et aliena bientôt tous les esprits.
La cause de l’Amérique eut de toutes parts des défenseurs dès que le sang eut coulé pour elle; le congrès changea lui-même de dispositions, et les esprits ardents ou généreux dont les efforts hâtaient l'indépendance des colonies, firent triompher une opinion qui allait ces leur pays dans une guerre diflicile, mais qui lui promettait de
lus hautes destinées. Cet élan fut avorisé par la publication de divers écrits, au nombre desquels on remarqua celui de Thomas Payne, intitulé Le Sens commun. L'auteur remontait aux principes mêmes de la société, dans cet ouvrage, qui fut publié à Philadelphie au mois de février 1776 , et ses remarques étaient à la fois dirigées contre l’Angleterre et contre la monarchie. Le gouvernement lui paraissait être un nial nécessaire et un suplément à l'insuffisance de la morale :
il fallait qu'il eût pour but la liberté et la sûreté des citoyens, et l’on devait pese celui qui garantissait l’une et ‘autre avec le moins de frais et le plus d'avantages. Le pouvoir de la couronne était regardé comme trop prédominant dans la constitution anglaise : l’hérédité du trône exposait au péril des minorités, des régences, des incapacités morales ou intellectuelles; elle n'avait pas préservé l’Angieterre des
Leg mg V> malheurs de la guerre civile, et la dépendance où elle tenait les.
Américains avait souvent été pour eux une source de calamités. L'auteur sait que les colonies, abandonnées elles-mêmes, auraient beaucoup plus pro «L’Angleterre, en les exploint, n’a eu en vue que de favoriser son propre commerce ; elle les a entralnées dans toutes ses guerres, et n’a eu à les protéger que contre les ennemis qu’elle s'était faits. L’Angleterre n'est pas leur mère patrie, car elles ont reçu de toutes les parties de l’Europe leurs habitants, et si elles avaient des liens de pr avec l’Angleterre, elles en ont été dégagées dès le moment où cette puissance s’est déclarée leur ennemnie; elles ont reçu d’elle trop de mal pour qu'une réconciliation soit possible, et cet accord ne serait ni sincère ni durable : il n’est pas dans la nature humaine de redevenir ami de ceux auxquels on doit ses souffrances, sa misère et ses sanglantes pertes.
Un gouvernement si éloigné de nous pourrait-il prévoir tous nos besoins, et voudrait-il nous assurer une prospérité qui éveillerait sa jalousie et sa méfiance? L'Amérique ne doit appartenir qu'à elle-même ; elle doit s’aftranchir de son tuteur. La séparation aura lieu tôt ou tard , et il faut choisir pour l’effectuer le moment le plus opportun : aucun autre ne serait plus favorable. L'expérience de nos soldats s’est formée pendant la dernière guerre; n'attendons pas que cette génération s’anéantisse. Nous avons aujourd’hui assez d'hommes pour nous défendre; nous n’avons pas de dette; nos moyens de construction navale sont abondants ; notre union nous rend plus forts, plus confiants, plus assurés uu succès ; elle nous permet de nous donner un gouvernement national, et tout nous porte à déclarer notre indépendance.
N’espérons jusque-là aucun secours .
étranger. Taut que nous nous regarderons comme sujets de l’Angieterre, les autres puissances nous traiteront de rebelles : il n’en sera pas ainsi,
uand nous nous serons mis au rang es nations. »
Pour émouvoir d'une manière plus
vive l’enthousiasme de tout un peuple !
rillan
Thomas Payne lui peignait le avenir us ui était réservé. « Jamais, disait-il, le soleil n’éclaira une cause glus importante. Ce n'est pas l'affaire ’une ville , d’une province, d’un royaume; c’est celle d’un continent, d’un huitième de la terre habitable; ce n’est pas l'intérêt d’un jour, c’est celui de la postérité, dont les destinées, jusqu’à la fin des âges, vont dépendre de nos résolutions actuelles. »
Cet écrit dont nous venons de signaler le caractère eut une influence entraînante : il rendit national le sentiment de l'indépendance ; et le congrès, devenu l'organe de l'opinion publique,
répara bientôt l'adoption de ce sysme, en adressant à chaque colonie, ar une résolution du 6 mai, l’invitaion de faire cesser toute autorité qui émanerait de la couronne britannique, et d'établir la forme de gouvernement qui lui paraîtrait la plus conforme à ses intérêts particuliers et à ceux de toute la confédération.
Cetteimpulsion donnée à chacunedes assemblées provinciales les détermina toutes à organiser de nouveaux gouvernements. Tous étaient représentatifs, et l'autorité royale y fut remplacée par celle du peuple, de qui dérivérent
ous les pouvoirs ; il les exerça d’une manière plus ou moins immédiate.
L'application de ce principe ne fut pas la même dans toutes les provinces : chacune d'elles eut égard aux coutumes locales, et fit entrer dans l’organisation de son gouvernement tout ce qu’on pouvait conserver des lois et des institutions précédentes, sans nuire aux libertés des habitants et aux nouveaux rapports qui devaient unir entre elles toutes les colonies.
Rhode- Island etle Connecticut n’eu-
rent que peu de changements à faire’
dans leurs constitutions, où tous les grue émanaient déjà du peuple, où
us les magistrats tenaiént leur nomipation de lui. La Virginie et la Caroline du sud avaient prévenu les intentions du congrès, en cessant de reconnaître et en remplaçant toutes les
adininistrations qui tenaient leur autorité de la couronne. Le même ei s fut généralement suivi, et le Maryland, la Pensylvanie, le New- York, qui hésitaient encore de rompre tous Îeurs anciens liens avec l’Angleterre, se laissèrent enfin entraîner par le mouvement de l'opinion.
Quelques remarques générales sur ces changements d'institutions peuvent suffire pour en faire apprécier lé caractère et les principaux résultats.
Vouloir décrire en détail le gouvernement de chaque colonie , ce serait substituer à l’histoire d'un grand peuple des tableaux de législation locale à doivent sans doute étre consul } mais dont l’analyse appartient à d’autres ouvrages. L'histoire a son domaine; et si elle se permet quelques excursions passagères au delà de ses| limites, c'est uniquement pe y chercher de nouveaux rayons de lumière :
en éclairant sa marche, elle évite de s'engager dans des routes nouvelles, et ne s'attache avec persévérance qu’à son propre but.
ous nous bornerons ainsi à faire observer que, dans presque toutes les constitutions coloniales, le pouvoir lépee fut concurremment exercé par eux chambres, appelées tour à tour
à discuter les mêmes bills , et que la sanction du pouvoir exécutif } sa a
nécessaire au complément de la loi. Le pouvoir judiciaire était indépendant des deux autres, et l’on prit soin de l’environner de toutes les garanties qui pouvaient en assurer le libre exercice. La justice était regardée comme la principale force de l’état; elle y régnait en souveraine ; elle y devenait la lus sûre gardienne des droits et des intérêts de la société, et l’on voyait sans inquiétude grandir une autorité secourable pour le faible et pour l’accusé: mais le pouvoir exécutif était pépére Pen considéré d'un œil jaoux; on cherchait à limiter les fonctions des gouverneurs, et comme ils les avaient précédemment exercées au nom de la couronne, on voulait se réserver des sauvegardes contre le retour de la royauté. Les institutions
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monarchiques avaient habituellement inspiré aux Américains un sentiment de défiance : cette opinion remontait au temps de leurs ancêtres, à l'époque où les réformes religieuses et politiques se prétaient une assistance mutuelle, où le système de la république était favorisé par le protestantisme, où Cromwell avait lui-même abattu la monarchie, où les persécutions, renouvelées avant et après lui contre les puritains et contre les autres dissidents, avaient fait passer en Amérique un grand nombre d'hommes imbus des mêmes doctrines et cherchant un refuge contre les rigueurs du pouvoir.
Les émigrants que les colonies ange avaient reçus des autres parties e l’Europe étaient animés de dispositions semblables : ils avaient emporté dans leurs lieux d’exil la même liberté d'opinions ; et l'empreinte de ces sentiments originels s'était transmise d'âge en âge à leurs descendants. Cette tradition des maux anciennement soufferts entretenait dans la plupart des familles un ressentiment heréditaire : le temps et d’autres habitudes de gouvernement avaient pu l’assoupir, et l’on s'était façonné à l'obéissance, tant qu'elle avait paru nécessaire à la sécurité; mais la flatteuse idée de réhabiliter les opinions paternelles , et de faire régner un système pour lequel on avait été ri hoas persécuté, vint remettre en it la cause de l'émancipation, et fit adopter tous les principes de gouvernement propres à la favoriser. Les lois mêmes de E Augleterre se prétaient à cs principes; aussi elles continuèrent d'être en vigueur sous les nouveaux gouvernements qu’on adopta, et la révolution qui s’opérait devint plus facile, parce qu’elle n’ébranlait pas à la fois toutes les anciennes bases de la société.
L'établissement de ces diverses administrations, qui ne relevaient plus de la couronne, était un premier acte de séparation : il ne restait plus que de proclamer d’une manière solennelle l'indépendance des colonies ; Henry Lee en fit la proposition, et John Adams la soutint avec chaleur dans la
‘séance du 8 juin. L’éloquence de la
raison et du sentiment se retrouvait dans son discours : il montra que de cette délibération allait dépendre nonseulement la destinée d’un peuple, mais celle de toutes les autres nations attentives à une lutte si mémorable.« Les Américains veulent jouir de la liberté que leurs pères étaient venus chercher sur ce rivage, et puisque l'Angleterre la leur refuse, ils doivent rompre avec elle. N'ont-ils pas épuisé inutilement les représentations et les prières? La métropole a-t-elle voulu notre bonheur? A-t-elle tenu ses promessesenvers nous? Et qui pourra nous assurer qu’elle y serait plus fidèle si nous rentrionsdansses fers? Nous pouvons redevenir amis de l'Angleterre; mais nous ne voulons. pas retomber dans la classe de ses sujets : la nature ne permet pas qu’un pays peupié, fertile, étendu, industrieux, reste souinis à une autre puissance. Renonçons désormais aux demi-mesures; et puisque nous n'avons pas craint de désobéir, osons nous défendre. 11 faut ue la ligne de notre conduite cesse ’être indécise, que les citoyens, les étrangers sachent si nous sommes une véritable nation. En nous élevant à l'indépendance, nous accroissons nos forces sans augmenter nos périls , et nous embrassons le seul parti qui convienne à notre situation, à notre dinité. D’autres peuples ont conquis la iberté avant nous, et pour l'obtenir nous avons les mêmes forces, lemême courage.v L’orateur rappelait ensuite les succès déjà obtenus à Lexington, à Boston, en Virginie et dans les Carolines; il y voyait l’augure des triomes qui devaient couronner cette enreprise. Il montrait quel serait le prix de tant d'efforts : un continent affranchi , un asile ouvert aux opprimés de toutes les nations, une immortelle renommée pour les hommes qui auraient fondé le bonheur de leur patrie.
Une si belle perspective était propre à séduire des hommes généreux, et les opinions de l’orateur furent partagées par le congrès; mais cette assemblée ne voulut précipiter aucune
«1: UR ., j lui eg A. digeuit un M Amen; Ë ant du jrs essentiel d'obtenir un vote unie } quelques opinions étaient encore divergentes, et la discussion fut renvoyée aux premiers jours du mois suivant.
Dans l'intervalle, les députés de chaque colonie avaient pu recevoir les instructions de leurs cominettants :
fou tous étaient chargés de votér ’indéyændance; les autres étaient autorisés à se ranger à l'opinion de la mu cp
commission qui eut à présenter un rapport sur cette grande question était composée de Jefferson, John Adams, Franklin, Shermann et Philippe Livingston. Les vues qu'elle soumit a l'assemblée éprouvèrent dans le cours des débuts quelques modiltications, et la déclaration d'indépendance fut unanimement adoptée par le conrès, dans sa séance du 4 juillet 1776.
ous croyons devoir ns er ici textuellement un acte si mémorable et qui devint la base de l'existence politique des États-Unis (voy. pl. 51).
« Lorsque, dans le cours des événements humains, il devient nécessaire à un peuple de rompre les liens politiques qui l’attachaient à un autre peuple, et de prendre, parmi les puissances de la terre, le rang égal et distinct auquel les lois de la nature et le Dieu de l’univers lui donnent des droits, les égards qu'il doit avoir pour l'opinion des hommes exigent qu'il déclare les causes qui le forcent à cette séparation.
« Nous tenons pour évidentes ces vérités : que tous les hommes sont vtr és égaux ; cu’ils sont doués par leur Créateur decertainsdroits inaliénables, au nombre desquels sont la vie, la propriété, la recherche du bonheur:
que, pour assurer ces droits, des gouvernements sont institués parmi les hommes, et qu'ils tirent leur légitime pouvoir du consentement des gouvernés; que partout où une forme de ouvertement est contraire à ce but, e dron. ‘es peuples est de la changer ou dla ”.:t d'irstituer un nou-
“ti x La mesure
veau gouvernement, dont les principes
soient fondés et les pouvoirs organi-
sés de la manière qui leur paraît la plus
propre à garuntir leur sûreté et leur ur.
« La prudence nous dit en effet que des gouvernements établis depuis long.
temps ne devraient pas étre chan pour des causes frivoles et passagères ; et l'expérience nous a montré que les hommes sont plus. disposés à souffrir quand les maux sont tolérables, qu'à se faire eux-mêmes justice, en abolissant les formes auxquelles Îis sont accoutumés ; mais quand une longue suite d'abus et d'usurpations, qui tendent invariablement au même but , prouve le dessein de les soumettre à un despotisime absolu, leur droit et leur devoir sont de rejeter un tel gouverncment, et de pourvoir à de nouvelles
garanties pour leur sécurité à venir. | « Telle a été la patiente tolérance de!
ces colonies, et telle est à présent la nécessité qui les oblige à changer leur anciensystème de gouvernement. L'histoire du roi actuel de la Grande-Bretagne est une suite d'injures et d’usurpations répétées, ayant toutes pour objet direct d'établir sur ces états une tyrannie absolue. Pour le prouver, il suffit que les faits soient soumis au jugement impartial du monde.
« Il a refusé son assentiment aux lois les me salutaires et les plus nécessaires au bien public. Il a défendu à ses gouverneurs de passer des lois importantes, dont la nécessité était urgente et immédiate, à moins qu’on n’en suspendit l'effet jusqu’à ce qu’on eût obtenu son assentiment ; et quand eHes étaient ainsi suspendues, il a entièrement négligé de s’en occuper. Il a refusé de sanctionner d'autres lois avantageuses à plusieurs grandes jrovinces , à moins
ue les habitants ne ;:11c15<ent au droit de représen*.? 01 4.1. à législature, droit inesti:.:5l« pour eux, et
formidak!e aux tyrans seuls. Il a convoqué des corps législatifs dans des lieux inusités, incommodes, éloignés des dépôts de leurs archives publiques, dans l'unique dessein de les fatiguer , et de les plier à ses mesures. 11 a dis-
lation parmi armée dure puniti raient états; avec d’imp
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sous plusieurs fois les chambres représentatives, parce qu'elles s'opposaient avec une mâle fermeté à ses invasions sur les droits du peuple, et après les avoir dissoutes, il a refusé pendant longtemps d'en laisser non:
mer d’autres. Par là les pouvoirs législatifs, qui ne peuvent s'anéantir, sont revenus aux mains du peuple, pour être exercés dans toute leur plénitude, et l'État est resté, pendant leur suspension , exposé à tous les périls de l'in sion étrangère et des convulsions tirieures,
ii à cherché à entraver la population de ces états, en s’opposant dans cette vue aux lois sur la naturalisation des étrangers, en refusant de sanotionner d'autres lois pour encourager leur migration dans ce pays, en rendent plus onéreuses les conditions mises à l'acquisition des terres. Il a nui à l'administration de la justice, en refusant son assentiment aux lois qui établissaient des pouvoirs judiciaires.
Il a rendu les juges dépendants de sa wlonté seule, pour la jouissance de teurs offices et pour la quotité et le payement de leurs honoraires. Il a érigé un grand nombre de nouveaux emplois, et il a envoyé une foule d’officiers pour harasser notre peuple, et pour en dévorer la substance. Il a maintenu parmi nous, en temps de
aix, des armées permanentes, sans e consentement de nos législatures. Il a affecté de rendre le pouvoir militaire indépendant du pouvoir civil, et supérieur à lui.
« Il a combiné avec d’autres autorités les moyens de nous assujettir à une juridiction qui est étrangère à notre constitution et que mes lois ne reconnaissent point, en donnant son adhésion à leurs actes de prétendue législation; afin de tenir en quartiers parmi nous de grands corps de troupes armées ; de les inettre, par une procédure dérisoire, à couvert de toute punition , pour les meurtres qu'ils auraient commis sur es habitants de ces états; d'interrompre notre commerce avec toutes les parties du monde; d'imposer des axes sur nous sans
notre consentement; de nous priver, en plusieurs cas, des bénéfices du jugement par jury ; de nous transporter au delà des mers, pour y être Pot sur de prétendues offenses ; d'abolir le libre système des lois anglaises dans uné province voisine, en y établissant un £ouvernement arbitraire, et en prolongeant ses limites, de manière à s’en servir à Ja fois d'instrument et d'exemple, poùr introduire les mêmes règles absolues dans ces colonies; de supprimer nos chartes, d’abolir nos plus précieuses lois , et d'altérer dans ses bases le système de nos gouvernements ; de suspendre nos propres législatures, et de se déclarer lui-même investi du droit de nous donner des lois dans tous les cas.
« 11 a abdiqué ici le gouvernement , en nous déclarant privés de saprotection, et en commençant la guerre contre nous : ila es nos mers, ravagé nos côtes, brûlé nos villes, massacré nos habitants. En ce moment il transporte de grandes armées d'étrangers mercenaires, our compléter l’œuvre de mort, de désolation et de tyranmie, déjà commencée avec des circonstances de cruauté et de Pr pl à peine égalées dans les siècles les plus barbares, et entièrement indignes du chef d’une nation civilisée. Îl a contraint nos concitoyens, faits prisonniers en haute mer, à porter les armes contre leur pays, à devenir les bourreaux de leurs amis et de leurs frères, ou à tomber eux-mêmes sous leurs coups. Il a excité parmi nous des insurrections domestiques , et a cherché à déchaîner contre les habitants de nos frontières d'impitoyables sauvages indiens, dont on sait que le principe de guerre est de tout détruire, sans distinction d'âge, de sexe ni de condition.
« À chaque redoublement d’oppression, nous avons fait des remontrances dons les plus humbles termes, afin de n’en être plus accablés : nos pétitions réitérées n’ont été répondues ge par le renouvellement des injures.
n prince, dont le caractère est ainsi marqué par tous les actes qui n’appar-
tiennent qu’à un tyran, ‘est incapable de gouverner un peuple libre.
« Nous n'avons pas manqué d’égards envers les Anglais nos frères ; nous les avons avertis plusieurs fois des tentatives faites par leur législature pour étendre sur nous un pouvoir que rien ne pustiqes nous leur avons représenté les circonstances de notre émigration et de notre établissement dans ce pays; ous en avons appelé à leur justice et à leur magnanhnité naturelle, et nous les avons conjurés, par les nœuds de parenté, formés entre nous, de désavouer ces usurpations , qui interrompraient inévitablement nos liaisons et notre correspondance avec eux. Ils ont été sourds à la voix de la justice et du sang. Nous devons donc céder à la nécessité qui ordonne notreséparation, et les tenir, comme nous tenons le reste des hommes, pour ennemis dans la guerre et amis dans la paix.
« En conséquence, Nous les Représentants des Etats-Unis d’ Amérique, assemblés en congrès général, protestant au Juge suprême du monde de la rectitude de nos intentions, au nom et par l'autorité du bon peuple de ces colonies, publions et déclarons solennellement : que ces colonies unies sont et doivent être de droit des états libres et indépendants; qu’elles sont affranchies de toute allégeance envers la couronne britannique; que tout lien politique entre elles et la Grande- Bretagne est et doit être totalement dissous, et que, comme états libres et indépendants , elles ont plein pouvoir de déclarer la guerre, de conclure la paix , de contracter des alliances, de régler leur commerce, et d'accomplir tous les autres actes que des états indépendants ont le droit d'exercer.
« À l'appui de cette déclaration, et avec une ferme confiance dans la protection de la Providence divine, nous engageons mutuellement les uns envers les autres notre vie, nos fortunes et notre honneur sacré. »
La déclaration d'indépendance que nous venons de rapporter fut signée par tous les membres du congrès :
elle fut solennellement proclamée, et consacrée par des réjouissances publiques à Philadelphie, à New-York, à Boston, à Baltimore, et dans les autres capitales. Toutes les brigades de l'armée américaine la reçurent avec acclamation; des salves d'artillerie de treize coups de canon, en l'honneur des treize états qui formaient la confédération nouvelle, retentirent d’une forteresse à l’autre , -et furent répétées par chaque batterie sur tous les points du littoral. La rupture de tous les anciens liens avec l'Angleterre éclatait ainsi de toutes parts, et les énergiues résolutions du congrès, ses levées e troupes, et tous ses préparatifs de défense témoignèrent assez qu’en prenant cette mesure irrévocable, il en avait prévu et accepté tous les périls.