LIVRE HUITIÈME
DÉSARQUEMENT DES ANGLAIS À Lonc-Is- LAND. Baraïzie ne RBrooktyn. FeRMuaTR DU CONGRÈS, ACCROISSEMENT ET ORGA- NISATION DES TROUPES DÆ TERRE, ÂR- MEMENTS MARITIMES. ENVOI D'UNE m1s- SION EN FRANCE. DISPOS(TIONS QU'EILE Y TROUVE ENVERS LES AMÉRICAINS. SUiTR DES UPÉRATIONS DE LA GUERRE SUR LES DEUX RIVES D& L'HUDSON, VERS LE LAC CHAMPLAIN ET SUR LES BORDS DE LA Decawane. Compas De T'RENTON ET Ds PRINCETON, FIN DE LA CAMPAGNE DANS Le NEew-JeRsey.
Quoique l'indépendance américaine eût été, dès l’origine du congrès, le but auquel tendaient la plupart de ses membres, cependant cette grande mesure avait été longtemps pere avant d’être mise à exécuticn. Deux années d'épreuve avaient mûri le projet qu’on avait conçu : en suspendant a décision on l’avait fait désirer plus vivement ; et lorsqu’elle fut enfin adoptée par le congrès, elle sembla lui étre dictée par l'opinion publique.
La gravité des périls dont les États- Unis étaient alors menacés exigeait de leur part une nouvelle énergie : la Grande-Bretagne avait assemblé ses forces pour les soumettre; elle allait fondre sur un pays où elle pouvait être
amée, et CES puw-York, js les augades de ‘ent avec illerie de ‘honneur it la conent d’une L répétées les points us les ane éclatait s énergises levées aratifs de u’en prele, ilen s périls.
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secondée par de nombreux partisans, et, en opposant des troupes aguerries à des corps de milices et de volontaires levés à la hâte, elle espérait de faciles avantages. L'évacuation de Boston par les troupes britanniques ne les avait pas affaiblies, elle n’avait fait que déplacer le théâtre de la guerre. Ces troupes, longtemps sur la défensive, avaient à venger une récente disgrâce :
elles allaient attaquer à leur tour, et les puissants renforts qu’elles avaient
us, les escadres mises à leur disposition, leur permettaient de se montrer partout avec la supériorité des armes, de la discipline et du nombre.
Une attaque vers le centre des colonies anglaises fut regardée comme le moyen le plus propre à désunir les forces des Américains, à rallier autour de soi les amis de la cause royale, qu'on pouvait y attirer de différents points, et à mettre l’armée en communication, soit avec les troupes du Canada, soit avec les nations indiennes, dont on se promettait la coo-
ération. Ce fut vers l’État de New-
ork que l’expédition des Anglais fut dirigée (voy: pl. 52).
La ville de New-York est située à l'extrémité méridionale d’une île de ce nom , qui se prolonge du nord au sud, entre l’Hudson et la rivière de l'Est.
On pénètre par les eaux de l’Hudson, dans les parties septentrionales de la colonie. L’embouchure de la rivière de l'Est sépare New-York du bourg de Brooklvn, et comme elle est assez étroite pour que l'artillerie puisse battre en brèche d’une rive à l’autre, l’occupation de ce poste avancé devientutile à la défense de la pieces Washington fit passer à Brooklyn un corps de douze mille hommes, commandé par le général Putnam; et cette position fut couverte par une ligne de retranchements, qui s’étendaient depuis la baie de Wallabond jusqu’à de profonds marais voisins de l’anse de Gowan.
L'île du Gouverneur, située au midi de New-York, dont elle couvre les approches, était occupée par un corps de deux milie hommes, et un autre détachement fut placé sur la rive occi-
dentale de l’Hudson, à Powles Hock, qui domine l’entrée de ce fleuve.
H n’était pas alors au pouvoir des Américains de fortifier des positions plus avancées vers la mer. Une escadre aceunise mouillée dans la baie, était maîtresse des Narrows, ou du détroit qui en forme l’entrée:: elle pouvait, sur l’une et l’autre rive de ce passage, entretenir de libres communications, d’un côté avec Staten-Island , de l’autre avec Long-Island; et d’autres flottes amenaient sur le même point différents corps d'armée , qui s'élevèrent enfin jusqu'à vingt-cinq mille hommes; les troupes de Hesse et de Brunswick en formaient la moitié.
Il y eut, le 28 juin 1776, un premier débarquement à Sandy-Hook, pointe de terre avancée qui appartient au New-Jersey, et que l’on reconnaît en approchant de la baie de New-York.
Le 2 juillet, les troupes descendirent à Staten-Island; la flotte était commandée par l’amiral Howe, l’armée l'était par le général son frère, et les opérations de terre et de mer se combinaient avec un parfait accord. Les Anglais trouvèrent dans les lieux où ils descendirent un grand nombre de secours en vivres et en approvisionnements : les habitants leur paraissaient animés des dispositions les plus favorables , et le général Howese persuada
ue cette opinion était générale, que l'imposant appareil de ses forces intimiderait les insurgés, que si on leur faisait espérer de rentrer en grâce, ils pourraient encore être disposés à la soumission. Le gouvernement britannique l'avait autorisé à offrir des amnisties, et à promettre la paix du roi aux provinces et aux villes qui abandonneraient la cause des rebelles.
Cette promesse fut publiée partout, et l’on exagérait en même temps les forces qu’allait déployer l’Angleterre.
Les esprits timides étaient ébranlés :
ils craignaient Gaggaver par la guerre les malheurs de leur patrie; ct le général Howe, voyant cette opinion s'étendre, désira correspondre avec Washington lui-même sur les moyens d'amener un rapprochement entre les
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deux pays. Mais en lui écrivant il évitait: de faire mention de son capublie, et la lettre n'était adressée qu'à M. George Washington.
Le américain refusa de la recevoir : il n'avait à suivre, comme ier, aucune correspondance avec le chef de l’armée ennemie; et dans ses relations officielles, il avait à réclamer le titre que le congrès des États-Unis lui avait conféré. Sa mission ne pa être équivoque, et il ne voulait point qu'on parût méconnaftre l'autorité de qui émanaient ses pouvoirs : ce n’était pas s’attacher let susceptibilité à une pointillerie d’étiette, c'était soutenir par sentiment e devoir et de convenance une question de droit et de dignité. Un aide de camp du général anglais fut alors envoyé à Washington, pour lui offrir quelques explications insuffisantes, et pour lui exprimer le désir de conclure un arrangement: mais cette entrevue w’eut aucun résultat. Washington fit entendre qu’il n’était pas autorisé à négocier. Il s’étonnait d’ailleurs qu’on voulût traiter en coupables les Américains, en leur offrant une amnistie, qui ne convenait point à des hommes irréprochables et dévoués à la défense de leur patrie. Ces premières démarches du général Howe ayant échoué, il ne plus qu’à décider, les armes à la main, cette grande querelle, et à recourir à la dernière raison des nations et des rois.
L'intention du général Howe était de commencer dans Long-Island ses opérations militaires. Cette Île lui offrait toutes les ressources nécessaires
ur la subsistance de son armée : elle e mettait à portée du Connecticut, de New-York et du New-Jersey, et lui donnait la facilité de choisir tous ses pee d'agression. Le 22 août 1776, ‘armée britannique débarqua sur la rive occidentale de Long-Island, entre les bourgs de Gravesend et d'Utrecht, et prolongea sa marche sur le versant méridional des hauteurs de Guant, qui {nh séparaient de l’armée américaine.
Les principaux passages de cette chaîne
étaient gardés au centre par le général
Sullivan, à droite par les généraux Parsons et Stirling, et à gauche par le colonel Miles.
Les Anglais ayant résolu d'attaquer ces trois points, afin de se porter ensuite sur le camp retranché que le général Putnam occupait à Brooklyn,
rtagèrent également leur armée en
ois divisions : celle du centre était sous les ordres du: général Heister; celle de puce était commandée par le général Grant, et l'aile droite, qui était la plus nombreuse, se composait de trois corps, conduits par Clinton, Percy et Cornwallis. La principale attaque lui était réservée; le général Howe qui la dirigeait eut soin de mas er ses mouvements, et tandis que eister, à la tête des Hessois, et Grant,
à la tête d’un corps britannique, engaeaient l’action contre les troupes qui eur étaient er l'aile droite, formée en colonne, poursuivait sa marche le long des hauteurs, pour se porter plus au loin vers les passages les moins difficiles et les plus faiblement gardés. Elle M en éprouvant très-peu de résistance, sur le revers septentrional de la chaîne élevée qu’elle avait franchie, et, après avoir tourné l'aile gauche américaine , qui futpromptement dispersée, elle vint attaquer en flanc les troupes du centre, commandées Sullivan, et déjà vivement pressles .par le général Heister. Les Américains, accablés par le nombre, voulurent se replier vers le camp de Brooklyn; mais la retraite leur était coupée par d’autres troupes anglaises que Clinton avait fait rapidement porter dans l'intervalle : ils se trouvèrent ere de toutes parts, et en cherchant à s'ouvrir un passage ils éprouvèrent une perte considérable. L'aile droite des Américains gardait encore avec vaillance ses positions contre le général Grant; mais elle fut ensuite investie par les troupes britanniques qui avaient tourné le centre : elle était aussi battue en flanc par l'artillerie de quelques vaisseaux anglais, stationnés près du littoral; et ne pouvant plus se défendre, elle nerdit un grand nombre d'hommes, soit par le feu de l'ennemi,
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soit en traversant les marais qui la séparaient du camp.
Le général Howe dut sa victoire à l'habileté de ses manœuvres : il ne perdit que quatre cents hommes dans ce combat, qui en coûta plus de trois mille aux Américains. Toutes les mesures que Sullivan avait prises pour disputer le passage des hauteurs n’avaient pas été observées, et l’inexécution d’une partie de ses ordres avait nui à l’ensemble de sa défense. Les deux ailes n’entretinrent pas de communications avec le corps principal, et les Américains s'étant réduits à combattre isolément sur différents points, sans connaître les véritables périls les uns des autres ,se privèrent des moyens de s’entre-secourir. Aussitôt que leur droite eut été forcée, l’ennemi put attaquer avec ses forces réunies chacun des deux autres corps. Sullivan, qui s'était défendu avec courage, ne put pas trouver la mort : il fut au nombre des prisonniers.
Après un avantage si décisif, le général Howe se porta rapidement vers le camp retranché de Brooklyn; mais il trouva cette position gardée par d’autres troupes américaines qui n’avaient eu à prendre aucune part à l’action. Washington venait d’yarriver luimême, et si la défaite eût été moins complète, il aurait essayé de rétablir le corabat; mais les progrès de l’ennemi étaient déjà si rapides qu’on ne pouvait plus espérer de changer le sort de la journée. Le général américain ne voulut pas exposer à une ruine inévitable les corps qui pouvaient un jour l'aider à réparer ses pertes : il reconnut même qu'après cette défaite la position de Brooklyn ne pouvait plus étre gardée : un conseil de guerre, dont il voulut prendre l'avis, partagea cette opinion, et deux jours après le combat la retraite fut effectuée avec ordre, dans la nuit du 29 août. Washington fit transporter à New-York l'artillerie, les bagages, les munitions, les troupes, et après avoir veillé au salut de tous, il s’emborqua le dernier.
L'ile du Gouverneur fut évacuée plusieurs jours après : il devenait inu-
tile de la garder, et ce poste militaire ne pouvait plus défendre les approches du port, depuis qu’on avait perdu ses positions sur le rivage de Long-Island.
Le commandant des forces britanniques crut alors pouvoir renouveler avec plus de confiance la proposition d’un arrangement : il fit témoigner au congrès le désir d'avoir une entrevue avec quelques-uns de ses membres, et le message et la réponse furent portés par le général Sullivan : honorable mission d'un prisonnier de guerre, qui, momentanément affranchi sur sa parole, était assez estimé de ses amis et de ses ennemis pour devenir, dans une circonstance si grave, leur mutuel interprète. Trois députés du congrès furent envoyés au seal Hovwe :
c’étaient Franklin, John Adams et Rutledge. Leur conférence avec lui eut lieu le 11 septembre, sur la rive méridionale de Staten-Island:; mais elle n’eut aucun succès. Les bases proposées de part et d’autre étaient trop différentes : le général anglais ne promettait la révocation des actes de son gouvernement que lorsque les colonies rentreraient dans la soumission; et les députés américains lui ayant déclaré que les États-Unis ne retourneraient plus sous la domination de l’Angleterre, les conférences furent rompues.
Le congrès approuva la conduite de ses envoyés.
Quel était le principe de sa confiance et de son énergie, et quelles étaient les ressources dont il pouvait disposer? Ces questions méritent sans doute d’être éclaircies : leur examen nous conduit à reconnaître cet esprit de vie et de force qui anima dès l’origine Ja confédération américaine, qui la soutint au milieu des crises les plus difficiles, et qui put enfin assurer son triomphe.
Il se rencontre, parmi les hommes constamment occupés du sort de leur pays, un petit nombre d’esprits supérieurs qui sont appelés à influer sur sa destinée : ils observent les mouvements progressifs de l'opinion cessent, quand il le faut, de suivre les routes battues et creusées pendant plu-
sieurs siècles , et regardent le perfectionnement des institutions humaines comme le plus digne sujet de leurs méditations. On vit briller dans le congrès des États-Unis quelques-uns de ces hommes remarquables : embrassant dans leur vaste intelligence les intérêts de tout un peuple, ils mesurèrent la portée de ses forces, voulurent l’affranchir de ses entraves, et appelèrent une nation à l’existence. Ces hommes devaient jouir de la faveur d’une assemblée qui se dévouait à la cause publique :
on accueillit à l'unanimité les vues et les espérances que leur génie avait conçues ; on ne fut intimidé par aucune menace, ni arrêté par aucun obstacle ; et le congrès ayant juré l’indépendance resta constamment fidèle à sa promesse. Il avait tout à créer pour le soutien d’une si grande cause. Les milices coloniales ne suffisaient plus à la défense d’un pays attaqué par des troupes régulières et disciplinées : elles avaient souvent à se pourvoir ellesmêmes de leur équipement et de leurs armes ; les fusils étaient de différents calibres : un grand nombre d'hommes n’en avaient pas ; on manquait de munitions, d’uniformes , d'effets de camement ; l’artillerie était mal servie ; es convois, les administrations de subsistances n'étaient pas organisés, et leur service ne pouvait pas être supr des entreprises particulières.
Aussi Pon était constamment exposé aux plus pénibles privations ; et lorsqu’une campagne était terminée , ces hommes aspiraient à reprendre les pe sibles occupations de la vie privée :
ils regardarent leurs devoirs militaires comme accomplis.
Pour avoir des troupes habituellement disponibles , on leva des corps de volontaires qui s’engageaient pour un plus long temps ; on rendit leur armement plus régulier, et une solde fixe leur fut assurée; mais si les expéditions pour lesquelles ces hommes s'étaient enrôlés trafnaient en longueur et devaient employer plusieurs campagnes , ils menaçaient d'abandonner eur service. On eut de nombreux exempies de ces retraites imprévues, pen-
dant la longue durée du siége de Bos-
ton, et pendant la guerre d’invasion dirigée contre le Canada. Les généraux eurent souvent à craindre la dissolution de leurs armées, soit par l'effet de cette indiscipline, soit à l'expiration légale des enrôlements.
e si difficiles épreuves , et des périls sans cesse renaissants firent enfin reconnaître qu’il ne suffisait pas d’engager des volontaires pour une seule expédition. Les hostilités n’étaient plus locales et temporaires ;la guerre devenait générale et continue : il fallait pouvoir compter sur des hommes obligés de servir jusqu’au retour de la paix; mais l’époque en était trop indécise et trop éloignée pour que l’on fût disposé à l’attendre. L'esprit et l'intérét de localité avaient d’ailleurs continué de nuire à la formation d’une armée nationale. Les habitants d’une province étaient prêts à la secourir si elle était directement menacée, mais ils n'étaient pas assez convaincus qu’ils devaient aux pays voisins un appui semblable, qu'ils n'étaient forts que par leur concours, et qu’en isolant
eur défense ils mettaient en péril la confédération entière.
Le congrès résolut de remédier à de semblables causes de désorganisation et de faiblesse , en ordonnant la formation d’une armée de troupes de ligne, à laquelle chaque État fournirait son contingent, et qui serait composée de quatre-vingt-huit bataillons, et en décidant que les enrôlements seraient contractés jusqu’à fin la de læ guerre. On assura des récompenses aux hommes qui auraient défendu leur
ays, et chacun d’eux put s’attendre à recevoir, après la conclusion de la paix, une concession de terre proportionnée à son grade.
La situation de la marine avait aussi éveillé les sollicitudes du congrès, et dès le commencement des hostilités on avait encouragé les armements. La colonie du Massachusett s’en était occupée la première : les obstacles opposés par l'Angleterre à son commerce et à ses pécheries avaient enlevé aux équipages des navires leurs premières
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ressources , et ils en cherchèrent de nouvelles en attaquant les navires an-
lais dans les parages de l’Acadie, de Ferre-Neuve, es Antilles, et jusque dans les eaux de la Grande-Bretagne.
Les bénéfices de la course succédèrent ainsi à ceux du commerce : l’activité, l’audace des marins les disposaient à cette profession périlleuse: et si les uns étaient excités par l'attrait et les faveurs de la fortune, d’autres, plus vivement animés du désir deservir leur pays, s’attachaient à intercepter les convois d'armes et de munitions destinées à l'ennemi. Ils cherchèrent, pen-
* dant toute la durée du blocus de Bos-
ton, à isoler dans ce port la garnison anglaise, à s'emparer de tous les secours qu’elle pouvait recevoir par l'Océan, et à la réduire à la famine, tandis que les troupes de terre la privaient des ressources du continent, et poursuivaient contre elle les travaux du siége. Se:
Ces armements en course se multiplièrent dans tous les ports, à mesure
’on eut à souffrir de l'interruption
u commerce. On y trouvait une occasion de se signaler : il s’y mélait une noble émulation, un sentiment national et patriotique, et le désir de chercher la gloire en vengeant les injures de son pays. On vit souvent les corsaires américains attaquer des vaisseaux d’une force supérieure, et les enlever à l’abordage ; souvent stationnés en embuscade, et mis à couvert dans leurs aguets par quelques replis du littoral , ils s’élançaient à l’improviste et comme des oiseaux de proie sur l'ennemi qui passait à leur portée ; ils évitaient la rencontre de ses grandes escadres, mais ils surprenaient les vaisseaux de convoi, que les vents ou les courants avaient écartés; et lorsqu'ils avaient à fuir un DEAN trop inégal, ils cherchaïent l’abri des côtes, et trouvaient de faciles refuges, soit à travers les archipels qui bordent une partie du rivage, soit dans les anses et les criques qui n’avaient pas assez d’eau pour que les vaisseaux de guerre pussent les y poursuivre.
Aucune contrée maritime n’est plus
propre que celle des États-Unis d'Amérique à développer les inclinations et les habitudes maritimes. Une population accoutumée dès l'enfance au spectacle de l'Océan, et distribuée sur un littoral immense que traversent un grand nombre de fleuves navigables, regarde également la mer et la terre comme son domaine. Ses constructions navales font partie de ses habitations : elle se partage en familles sédentaires et voyageuses, dont les unes cultivent le sol, élèvent et font frosperee les manufactures, tandis que es autres, égarant leur vie aventureuse sur le lit des grands fleuves, dans de profondes baies et sur l'Océan, circulent d’un parage à l’autre, développent au milieu de la paix les relations du commerce entre les nations, et agrandissent pendant la guerre le théâtre de leurs hostilités.
Ce génie entreprenant et courageux se retrouvait dans toutes les colonies :
le congrès en profita pour commencer l'établissement d’une marine, devenue nécessaire à la défense des côtes. Une escadre américaine de deux frégates, trois corvettes, treize chaloupes canonnières, partit de la Delaware, sous les ordres de Hopkins, au mois de février 1776, pour tenter une expédition dans l'archipel des Lucayes :
elle s’empara d’un dépôt considérable d'artillerie, de boulets et de poudre, que les Anglais avaient dans l’île
e Providence, et après avoir eu en mer quelques engagements avec l’ennemi, elle ramena heureusement ses prises à New-London dans le Connecticut. D’autres combats honorables eurent lieu vers les côtes du Massachusett; il y eut souvent des rencontres particulières entre des vaisseaux armés , et dans ces luttes corps à corps l’intrépidité américaine fut habituellement remarquée.
Jusqu’alors les armements en course n'avaient été encouragés que par les gouvernements de chaque État. Ils reçurent tout à coup l’impulsion d’une autorité supérieure ; ce service fut réguülarisé par le congrès, et une instruction qu'il adressa , le 10 avril de
la même onnée, à tous les commandants de vaisseaux de guerre et de bâtiments armés en course, les autorisa à capturer tous les vaisseaux britonuiques, à l’exception de ceux qui transporteraient aux colonies des armos et des munitions destinées à leur défense, ou des passagers dont l'intention serait de s’y établir. On ordonna également la capture de tous les transports d’armes , de soldats, de contrebande de guerre, expédiés, sous un pavillon quelconque, aux armées anglaises qui se trouvaient en Amériue, et des cours de justice furent argées de prononcer sur la légitimité des prises.
Ces mesures étaient les représailles de celles qu'avait prises le gouvernement britannique, lorsque, après avoir prohibé toute relation de commerce avec les colonies d'Amérique pendant toute la durée de l'insurrection, il avait déclaré que tout vaisseau appartenant aux habitants de ces colonies, et employé à leur commerce, serait regardé Comme ennemi, pourrait étre capturé, et serait condamné comme prise par les cours de l’amirauté.
Chacun des deux pays opposait ainsi l'un à l’autre ses forces navales; mais elles ne se balançaient point, et quels que fussent les dommages mutuels, l'empire de la mer restait aux flottes britanniques. Une marine naissante ne pouvait entraver leurs opérations principales et prévenir les débarquements de troupes qu’elles pouvaient successivement tenter sur différents points.
Cette supériorité maritime exposait à des périls imprévus toutes les parties d’un littoral immense, et l’ennemi avait l’avantage de se porter avec ses forces réunies sur les points les ur faibles et les plus accessibles ; il fallait pour les défendre désarmer subitement d’autres provinces, et fatiguer par de
nibles marches les troupes de terre
estinées à repousser ces agressions ; le sh des opérations militaires venait tout à coup à changer, et l’habileté des manœuvres ne fut jamais plus nécessaire que dans une longue suite d’ex-
péditions où l’on eut à parcourir de si vastes contrées.
Après la bataille de Brooklyn et la retraite des troupes américaines qui occupaient ce camp retranché, le but principal du général Howe fut de s’emparer de New-York, dont il n’était séparé que par la rivière de l’Est. Pour assurer le succès de son entreprise, il voulut d’abord s'établir au nord de la place, et vers le centre de l’île où elle est située. Les mouvements de la flotte et de l’armée anglaise furent dirigés vers ce point : quelques vaisseaux remontèrent l’Hudson, d’autres la rivière del’Est; plusieurs AI dans le canal qui joint cette rivière au détroit de Long-Island, et un débarquement fut effectué le 15 septembre sur la côte orientale de l’île de New-York.
Washington avait pénétré les desseins du général Howe; mais il n'avait point assez de forces pour prévenir cette invasion; et comme elle devait entraîner le blocus de la place, il crut nécessaired’en retirer la garnison, afin de ne pas affaiblir gar un détachement trop considérable le qu 1 de troupes avec lequel il allait tenir la campagne.
Un conseil de guerre, qui fut assemblé par ses ordres, ayant résolu l'évacuation de New-York, la garnison se replia vers le nord; etcetteretraite, conduite par le général Putnam, fut heureusement accomplie, au moment même où les troupes anglaises débarquées à quelques milles de distance commençaient à se répandre au centre de l’île, et allaient couper toutes les communications. New-York fut bientôt occupé par les Anglais, et les troupes américaines et britanniques se trouvèrent cantonnées dans les autres paris de l'île. Leur rapprochement onna lieu pendant un mois à de nombreuses escarmouches , genre d'attaque plus convenable que des batailles rangées à des corps de tirailleurs, peu accoutumés aux grandes évolutions, mais exercés au maniement des armes à feu, et habiles à profiter des accidents du terrain. Ces combats, où les Américains obtinrent quelques avantages, dissipaient les impressions causées par
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un premier revers. Cependant d’autres causes contribuaient à l’affaiblissement et à la dislocation de leur armée :
elles tenaient au vice primitif de son organisation, au peu de durée des en-
agements contractés, à l’impatience Le travail et de la fatigue, une saison qui allait devenir d’autant plus rigoureuse, que les opérations journaligres de la guerre tendaient à se diriger vers le nord.
L'intention du général Howe était en effet de se porter avec ses principales forces vers les terres élevées qui séparent du nord au midi les bassins de l’Hudson et du Connecticut. Il voulait, par cette manœuvre, couper les communications des Américains avec les différentes contrées de la Nouvelle- Angleterre, d’où ils pouvaient recevoir des secours en hommes, en munitions et en subsistances : il espérait d’ailleurs les décider à évacuer en entier l’île de New-York ; son but était de les attirer vers le point qu'il occupait lui-même, et de les entraîner dans un engagement en rase campagne.
Tous les mouvements des troupes britanniques étaient observés avecsoin, et Washington sut constamment déconcerter les plans de son adversaire.
Pendant un mois, les opérations de l'un et de l’autre se bornèrent à des marches savantes, où l’on chercha de
et d’autre à choisir ses positions, a se préserver d’une surprise, et à ne rien abandonner aux caprices de la fortune. Washington occupa successivement différents postes retranchés ; et quoique le général Howe le rencontrât toujours devant lui, il ne put le forcer à une bataille décisive, contre une armée qui était alors beaucoup plus nombreuse que celle des Américains.
A misure que la défense des territoires envahis offrait plus de difficultés, et que la guerre prenait plus d’extension, le congrès reconnaissait davantage la nécessité d’unir par des liens
lus forts tous les membres de la conédération américaine ; et tel fut l’ob-
jet d’une résolution qu’il adopta le 4
octobre 1776, et qu’il soumit à l’appro-
bation de tous les gouvernements particuliers. Les clauses‘en furent observées pendanttoute laduréede la guerre, et l’on n’en modifia: es-unes que plusieurs années après le retour de la
paix.
Les treize États unis s’engageaient par cet acte à repousser en commun utes les attaques dirigées contreeux, Éd 6 souveraineté, e commerce, ou sous quelque autre rétexte. Chacun d’eux se réservait le roit de régler sa législation et son administration particulière ; nul ne pouvait conclure de traités, sans le consentement du congrès, soit avec d’autres membres de la confédération, soit avec les puissances étrangères.
C'était au Pa à déterminer le nombre de troupes et de vaisseaux de guerre que chaque État pouvait avoir en temps e paix. Chacun d’eux devait concourir à la formation d’un trésor commun, destiné à payer les dépenses générales. Aucun ne pouvait s'engager dans une guerre sans le consentement du PRE à moins que son territoire ne fût envahi, ou qu’il ne fût menacé par les Indiens d’une attaque prochaine. Le congrès avait seul le droit de décider de la paix et de la guerre, de donner des lettres de marque, d’établir des tribunaux pour juger les prises, d’envoyer et de recevoir des ambassadeurs, de conclure des traités d'alliance, de déterminer les limites, de battre monnaie, de fixer les poids et mesures, de régler le commerce et toutes les relations avec les Indiens, de nommer aux À ms offices civils et militaires, d'organiser l’administration et les différents services de l’armée. Il avait le droit de nommer un conseil d'État pour l'expédition des affaires, celui de contracter des emprunts, de créer des billets de crédit, de demander à chaque État un contingent de troupes proportionné à sa population blanche. Si le Canada désirait se joindre à la confédération, il y serait admis; aucune autre colonie ne urrait y être reçue sans le consenement de neuf États.
Les Américains, en délibérant sur
les moyens de défense qu’ils avaient à puiser dans leurs propres ressources, et dans le concours de tous les confépan otage 24 les yeux es es puissances étrangères qui pouvaien intro à leur dass, et dont ils avai espérer quelques secours.
Tant-qu'ils avaient gardé l'espérance d'un D pret avec la métropole, ils a’avaient cherché aucun appui étraner; et, retenus par leurs liens avec ancienne patrie, ils ne voulaient pas être les artisans d’une guerre entre elle et les autres nations. Mais lorsque l’Angleterre vint à prohiber toute expédi on d'armes, de munitions, d’efets militaires destinés aux colonies insurgées, celles-ci recoururent aux approvisionnements qui pouvaient leur fournis par le commerce étranger : les ports d'Amérique furent ouverts à tous lespavillons ; onencouragea spécialement toutes les importations utiles à la guerre ou à la marine; et un agent américain, Silas Deane, fut envoyé en France pour y chercher ce genre de secours. 11 y trouva des négociants disposés à favoriser ses projets : le commerce, invité à paraître dans une vaste contrée, que le système colonial de l’Angleterre lui avait longtemps interdite, préparases expéditions. L’esprit d’émulation qui présidait alors à ses entreprises lui faisait embrasser de plus grandes spéculations, et il brava souvent les risques auxquels les armements maritimes de l’Angleterre exposaient les navires envoyés en Amérique. Si quelques-unes de ses cargaisons étaient capturées, les bénéfices des autres arrivagesledédommageaient de ses pertes.
Une grande carrière venait de s’ouvrir au courage, de même qu’à l’esprit du commerce; et l'Amérique, après avoir longtemps appelé des cultivateurs européens, était intéressée à accueillir favorablement tous les hommes dévoués qui pouvaient concourir à sa défense. Le désir d’y prendre part animait un grand nombre de Français; l'esprit militaire de cette nation y trouvait un nouvel aliment à sa passion pour la gloire; douze années de paix
s'étaient écoulées, et l’on n’était point accoutumé à de si longues trèves. Des réformes considérables avaient été faites dans l’armée : le zèle et la valeur de ces guerricrs restaient sans emploi; et plusieurs officiers français vinrent, en 1775, offrir leurs services au congrès pendant le siége de Boston; d’autres es suivirent immédiatement. On doit citer, au nombre des hommes qui se présentèrent dès l’origine même de la
uerre, la Roche de Fermoy, qui fut levé au grade de brigadier général, du Portail et du Plessis-Mauduit, officiers distingués dans l'arme du génie, dans cette école de mérite et de savoir qui a constamment joui en France d’une si haute et si juste renommée.
Les Français qui s’attachèrent les premiers au service de l'Amérique ne suivaient qu’un mouvement spontané et le gouvernement n’avait pas influ
‘sur leur résolution; il se bornait à lais-
ser à des hommes sensibles à l'honneur militaire la liberté de chercher hors de leur pays les occasions de s’illustrer par quelques faits d'armes. C'était ainsi que des volontaires français étaient allés servir, en 1770, dans les rangs des confédérés polonais qui combattaient pour l’indépendance de leur patrie. A toutes les époques de la monarchie, les Français avaient joui de la méme liberté : elle convenait à leurs habitudes, elle se liait à leurs institutions; et le gouvernement n’imposait à ces braves , qui allaient servir l’étranger, que l'obligation de ne pas porter es armes contre leur patrie.
Tandis per certain nombre de Français allaient chercher an loin du service militaire, et choisissaient euxmêmes les drapeaux qu'ils désiraient suivre, le gouvernement, qui laissait un libre cours à leurs inclinations, continuait cependant d’être neutre :
aucune rupture n'avait éclaté entre l'Angleterre et lui, et cette situation lui imposait une réserve où il avait la prudence de se maintenir; mais il suivait des yeux la pente des événements :
il voyait rompre les liens de l’Angleterre avec les États-Unis: sans discuter leurs droits à l'indépendance, il L
tait point èves, Dés nt été faila valeur s emploi ; y vinrent,
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regardait comme proclamée, et peutêtre comme irrévocable. Les Américains devenaient une nation; et lorsque le congrès eut publiquement avoué le dessein d'ouvrir une négociation avec la France, et qu’il eut chargé de cette mission Franklin, Henri Lee et Silas Deane, les dispositions de la France lui étaient assez connues pour qu’il es-
rât l’intéresser au succès de sa cause.
Franklin, parti de Philadelphie le 28 octobre 1776, arriva un mois après dans la rade de Quiberon, d’où il se rendit à Nantes et ensuite à Paris; le vénérable septuagénaire était accompagné de ses deux petits-fils. L'accueil
’ reçut partout était à la fois un Éommese à son mérite personnel et un témoignage d'intérêt en faveur des Américains. Franklin, renfermé dans ses habitudes simples, ne rechercha
int les bruyantes acclamations : il se retira à Passy avec sa famille dès les premiers jours de son arrivée dans la capitale; 1l évita de déployer un caractère public, avant de savoir si le gouvernement français était disposé à reconnaître les commissaires américains et à traiter avec eux; et quoique les bienveillants égards qu'il reçut du comte de Vergennes, alors ministre des affaires étrangères, ne parussent que lui être personnels , il trouva dans ses entretiens particuliers l’occasion de remplir avec habileté et avec succès l'importante mission qui lui était confiée. Tout semblait concourir à cette réussite: la cause des Américains était devenue populaire en France ; on faisait de toutes parts des vœux en leur faveur, et cette direction donnée à l'opinion publique tenait à des causes trop puissantes pour qu’on pût la détourner et l’affaiblir. C'était l’époque où l’on aimait à s’occuper des questions d'ordre social et d'économie politique, des devoirs des gouvernements et des intérêts des peuples. L'Esprit des lois avait paru vers le milieu du siècle : on avait analysé les principes de la richesse des nations, ceux du Contrat social, ceux de la législation civile et criminelle; de plus grandes leçons se mélaient à l’histoire, et la liberté de
penser s’emparait des discuss es
lus graves. Chaque homme, accou-
umé à l'exercice de son intelligence, était entraîné par ce mouvement général : quelques génies privilégiés contribuaient à l’accroître; et un immense ouvrage, devenu le dépôt des connaissances humaines, vint fixer le d d’élévation où elles étaient alors parvenues.
Le goût des lettres et des sciences avait porté les hommes qui les cultivent à former de nombreuses associations, dont l'effet naturel est de mettre en commun les pensées de plusieurs, et de donner ainsi du corps aux opinions. Celles-ci se répandent ensuite au dehors; elles se propagent dans les diverses classes de la société; et telle est l'influence des progrès intellectuels, qu’il leur suffit d’avoir été commencés et dirigés par quelques esprits supérieurs, pour vaincre enfin toutes lesrésistances. Le gouvernement lui-même obéit à cette puissance de l’opinion :
il se familiarise avec les innovations qu’elle exige, et il ne veut pas heurter une autorité si supérieure à la sienne.
Cependant il a souvent besoin de lui faire subir l’épreuve du temps : il doit calculer ce que sa position lui permet de faire, et consulter avant tout les intérêts de l’État dont la destinée lui fut remise.
Le gouvernement français s’était attaché, depuis la conclusion du traité de paix de 1763, à améliorer ses rapports de bon voisinage et d’intimité avec l'Espagne, en donnant plus de latitude aux clauses commerciales du pacte de famille, en les protégeant par une convention consulaire, et en assurant d’une manière légale la répression de la contrebande; il avait étendu ses relations de commerce avec le Nord et dans la Méditerranée par des traités avec Hambourg, avec Raguse, avec les principaux États barbaresques : différentes conventions avaient été faites pour régler les limites des Pays-Bas et des autres contrées voisines, pour faire abolir le droit d’aubaine et assurer la transmission des héritages entre les habitants du royaume et d’une grande
partie de l'Allemagne. Le traité le plus important était celui que la France avait conclu en 1768 avec la république de Gênes, pour obtenir la cession de l’île de Corse.
Depuis cette époque, de graves intérêts avaient été agités dans le centre e l’Europe et en Orient; mais la rance, occupée de réparer ses pertes, de relever son commerce et de régler ses rapports immédiats avec ses voisins, avait évité de prendre part à ces querelles éloignées ; et de grandes puissances commençaient à démembrer des tats plus faibles, sans qu’elle intervint d’une manière efficace pour pERTeALe ces invasions. Le sort de la Pologne était réglé par l’Autriche, la Prusse, la Russie, et les trois cours s'étaient liguées pour en accomplir, en 1773, le premier partage : usurpation funeste qui, en affaiblissant ce royaume, devait en amener un jour la dissolution.
La Porte ottomane n’eut aucun auxiliaire dans sa malheureuse guerre avec la Russie; et la perte qu’elle fit de la Crimée et du Cuban, dont l’indépendance fut proclamée en 1774 par la paix de Kaynardgi, devint un acheminement aux conquêtes ultérieures de la Russie. Le maintien de la Porte et de la Pologne devait néanmoins intéresser la France : il faisait partie du système que l’on s'était alors formé sur l'équilibre politique de l’Europe; mais cette balance était variable de sa nature, et sur la fin du règne de Louis XV la France n'y conservait pas le même poids. Ce monarque descendait lentement au tombeau, plus affaibli encore par les infirmités que par l’âge ; le gouvernement dépérissait avec lui; tous les services languissaient ; le trésor public se dissipait en prodigalités ; et quand le roi eut fermé les yeux, Louis XVI, son successeur, se trouvant entouré des ruines de l’administration , eut à la relever de toutes parts.
Le bonheur de l'État était sa première pensée , et il s’empressa d'appeler dans ses conseils quelques hommes vertucux et capables qui lui étaient désignés par la voix publique : Turgot, qui signala son passage au ministère par l'aboli-
tion de la corvée, par la liberté du commerce des grains, et par d’autres andes vues d'économie politique; ergennes, qui conduisit avec habileté d'importantes négociations, appartiennent tous deux à cette époque.
L'insurrection des colonies anglaises devint bientôt le ps grand événement polie qui pt occuper la France.
n n’y voyait d’abord qu’une lutte animée entre des colonies et leur métropole, et l’on supposait encore qu'elle porte se terminer par une conciliaion; mais quand cette querelle parut cest sans retour a déclaration de l'indépendance, et lorsqu'on eut à décider s’il était utile ou nuisible aux intérêts de la France que l’Angleterre rentrât en possession de ces vaftes provinces, et qu’elle dominât sur toutes les contrées qui s’étendent ent:'« le Labrador et le golfe du Mexique, le gouvernement français n’hésita plus, et l'accueil que reçurent de lui les députés américains fut un premier témoignage de l'intérêt qu'il prenait à leur cause. Quels que fussent les motifs politiques qui lui suggéraient cette détermination, il s’y mélait un noble sentiment de générosité; les États-Unis étaient alors dans une rosition peu favorable :
on apprenait en Lurope la perte de la bataille de Brooklyn, l’occupation de New-York par l’armée anglaise, ses succès entre l’Hudson et le Connecticut, la retraite de l’armée fédérale dans le New-Jersey, et la défection d'un grand nombre d'hommes découragés par cette suite de revers. Accueiilir les Américains dans cette situation, c'était aller au-devant du malheur : le ministère français ne se montra que plus disposé à les favoriser, en admettant leurs navires dansles portsduroyaume, en laissant un libre cours à toutes les exportations d’armes et de munitions destinées à leur défense, en facilitant leurs emprunts, en recevant leurs prises, en permettant même la construction et l'équipement d’un certain nombre de vaisseaux destinés à leur service.
Chaque mesure du gouvernement français faisait espérer aux Américains une assistance plus directe et plus positive;
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mais pour qu’elle devint plus efficace, il fallait la différer encore, assembler des munitions navales, construire des vaisseaux, relever enfin la marine franaise, et lui rendre des officiers et des $ uipages qui en fissent encore la oire.
. Tandis que les négociateurs américains préparaient en France un rapprochement plus intime entre les deux pays, la guerre poursuivait ses ravages, et après avoir parcouru l’État de New- York elle allait se rapprocher des pays du centre. Nous avons vu que les premières opérations du général Howe lui avaient été favorables. Il avait eu plusieurs engagements partiels avec les Américains, depuis les #’hite-Plains jusqu'aux hauteurs de North-Castle :
devenu maître de toute la rive orientale de l’Hudson, il s’était ensuite emparé, dans l’île de New-York, de la forteresse de Washington, la seule que les Américains y occupassent encore; et s’attachant à suivre leur retraite sur la rive occidentale, il avait traversé le Hackensack et la Passaik, et il avait transporté le théâtre de la guerre dans je New-Jersey.
Cette arm gl se repliait devant lui était alors réduite à quelques milliers d'hommes accablés de fatigues, exposés, sans abri et sans effets de campement, à toutes les rigueurs de la saison, n'ayant que de faibles détachements de cavalerie pour recueillir leurs moyens de subsistance, abandonnés de la plupart des habitants, et n’étant plus retenus par les liens de la discipline, que le malheur et le besoin tendent à relâcher sans cesse. Un petit nombre d'hommes, distingués de la foule, accoutumés à lutter contre les vicissitudes de la fortune, et mettant leur gloire à secourir et à faire revivre la patrie expirante, soutinrent seuls avec une inébranlable fermeté cette cruelle épreuve : ils ne désespérèrent pas de la cause publique, et redevinrent un centre de ralliement pour ses défenseurs.
Ce n’étaient plus que les débris d’une armée; mais ils en portaient encore le nom; ils gardaient les drapeaux ; l’honneur de chaque régiment leur était
confié : trésor et dépôt précieux dont les âmes nobles et élevées savent estimer la valeur. C’est à l’aide de cette opinion magique et toute-puissante, c’est au nom de la patrie, au nom des congere publics , que cette armée américaine, réduite plusieurs fois à un petit nombre d'hommes, ré successivement ses pertes, appri à triompher de la mauvaise fortune, et vit couronner par des victoires décisives ses premiers travaux.
Cependant, autour de ce camp fidèle et courrreux qui devenait le boulevard de la patrie, l'opinion de la multitude flottait incertaine et se laissait aller au cours des événements. Ébranlée par les proclamations du général Howe, elle
nchait vers lui avec la fortune : on
ournissait des vivres à son armée; on acceptait ses offres d'amnistie; la défense de la cause nationale était de nouveau érigée en rébellion, et les hommes qui avaient le courage de la soutenir n’inspiraient au petit nombre de leurs secrets partisans qu’un stérile intérêt et une muette admiration. Les circonstances étaient en effet devenues assez désastreuses pour accroître le découragement des hommes timides :
l'invasion des troupes anglaises ne se bornait plus aux États de New-York et de New-Jersey; l’escadre de Peter- Parker s'était présentée sur les côtes du Rhode-Island; le général Clinton y avait débarqué, le 8 décembre, avec cinq mille hommes; il s'était emparé deNew-Port, où les Américains avaient une grande quantité de munitions navales; et comme il À se porter dans le Massachusett ou le Connecticut, il forçait ces deux États à retenir pour leur propre sûreté les troupes qe Washington avait appelées à la
éfense du New-Jersey. Cette occupation de New-Port par une escadre britannique allait aussi priver de leur mn habituel les corsaires américains qui fréquentaient ces parages. Le commodore Hopkins s’y trouvait avec sa flottille, lorsque les Anglais se présentèrent à la vue du port; mais il eut le temps de se retirer au fond de la baie pour aiier mouilier à Providence, et
les batteries du rivage, les embarras de la bn proue empéchèrent de le poursuivre à travers les difficiles du golfe et de la rivière de ce nom.
La gue i se pro it ainsi dans "+ tats du no per pris vers les frontières de l’ouest un autre caractère. Les Anglais avaient renouvelé re des Indiens les tentatives déjà aites précédemment pour les attirer dans leur parti, et ils avaient surtout en vue d’armer les Creeks et les Chérokées placés dans le voisinage des États du sud, afin que les habitants, menacés sur leur propre territoire, ne pussent porter aucun secours aux États du nord. On promit à ces deux nations indiennes qu'elles seraient soutenues dans leurs agressions par un corps de troupes britanniques, prêt à débarquer dans la Floride occidentale et à remonter vers la chaîne des Alléghanys; et les Creeks, séduits par l'amour du pillage, se décidèrent les premiers à ra- Mr les possessions voisines. Aucune habitation européenne n’était épargnée:
les amis, les ennemis de + grd furent indistinctement dépouillés , et le caractère féroce de cette guerre souleva bientôt contre les sauvages la population entière. Les Creeks, trompés dans leur attente, et ne voyant pas arriver les troupes auxiliaires qui leur étaient annon , se décidèrent promptement à demander la paix : elle leur fut accordée; mais les Chérokées, plus nombreux, plus aguerris, plus difficiles à forcer dans leurs montagnes, continuèrent les hostilités, et soutinrent tout le poids de la guerre qu’ils avaient commencée. Redoutables par leurs brusques attaques et leurs déprédations imdire ils portèrent le fer et la amme dans un grand nombre de plantations; ils détruisirent les bestiaux et les moissons, et n’épargnèrent d’abord leurs prisonniers que pour les réserver à la mort la Lg cruelle. Mais enfin ils furent accablés par les milices de la Virginie et des Carolines : poursuivis dans leurs montagnes, ils y éprouvèrent à leur tour les fléaux dont ils avaient afiligé les contrées voisines.
Leurs villages ou twigwams furent con.
sumés par la flamme; ils perdirent la sgh de leurs guerriers; et cette na.
ion, ne pouvant plus prolonger sa ré.
sistance, se détermina à implorer la
EPiusieurs chefs des Chérokéesavaient pu reconnaître, dans le cours de cette uerre, combien leurs ressources taient inférieures à celles des Euro pren : ils pensaient que pour apprendre résister aux étrangers il ne suffisait s d'emprunter leurs armes, et qu'il allait aussi renoncer aux habitudes de leur vie errante et sauvage. Cette idée n'était point nouvelle dans la nation des Chérokées, et, en observant ses relations antérieures avec les colonies européennes, nous l'avons déjà vue tenter, en 1736, de premiers essais de civilisation. Quoiqu’ils eussent été promptement interrompus, cependant quelques hommes n’y renonçaient point : ils désiraient attacher les Chérokées à l’agriculture, et un de leurs chefs, #hite-Eyes, l'homme aux yeux blancs, voulut, dans une de leurs assemblées, les convaincre des avantages d’une vie plus sédentaire, et des faciles moyens de subsistance que pourraient leur offrir les récoltes de la terre et l'éducation des troupeaux; mais pour changer les habitudes immémoriales d’une nation entière, il eût fallu y préparer lentement les esprits; cette proposition vint échouer contre la puissance des coutumes et des traditions :
elle ne parut propre qu’à efféminer la race des aborigènes qui avaient autrefois régné sur tout le continent; on la FANS comme inspirée par la faiblesse et la langueur d’un vieillard , et Lackawané, vaillant homme de guerre, repoussa avec chaleur un tel projet.
« Celui qui veut nous exciter à imiter « les hommes pâles et à remuer la terre « est l'ennemi de notre pays : il veut le « sacrifier et le livrer aux blancs, Ne « les a-t-on pas vus expulser tous les « peopes de nos contrées, depuis les «bords de la grande eau jusqu'aux « sources des fleuves? Les nations qui « couvraient ces pays sont parties pour « l’ouest ; elles ont disparu sans retour;
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« tout est mort, elles, leurs enfants et « les fils de leurs enfants : on n'y voit « plus que les hommes du point du « jour. Îl ne nous reste que nos forêts : «c'est là qu’il faut vivre. La chasse «nousre erriers ; elle protége seule «notre indépendance : restons chas- « seurs pour nous défendre, pour sou- « tenir, comme il convient À des hom- « mes, la fatigue, la faim, la soif, les « maladies, pour savoir souffrir et mou- «rir. On ne veut nous attacher à la « terre que pour nous énerver et nous « subjuguer. » Ces mots exprimaient l'opinion du plus grand nombre : ils s’accordaient avec cet esprit d’indé-
ndance qui porte les Indiens à pré-
rer à toute autre qualité le courage et la force, et qui érige en faiblesse l’amour du travail et de la paix. Les Chérokées gardèrent encore les habitudes de leurs ancêtres. Cependant ces tentatives, faites à différents intervalles, pour leur nue d’autres mœurs, laissaient quelques traces dans leurs esprits : ce souvenir se mélait à leurs autres traditions, et il pouvait diminuer insensiblement leurs préventions contre la vie sociale. De nouvelles épreuves de ce genre leur étaient un jour réservées, et nous reconnaissons dans ces entreprises imparfaites cette tendance de la raison et de l’intelligence humaine vers les progrès de la civilisation.
Tandis que les Anglais armaient les tribus sauvages contre les habitants de l’ouest , attaquaient le Rhode-Island, et poursuivaient leur marche à travers le New-Jersey, leurs opérations vers le lac Champlain étaient conduites avec la même activité par le général Carleton, gouverneur du Canada. Il voulait, avant de porter la guerre plus au midi, s'emparer de la navigation de ce bassin intérieur : on se hâta de faire les préparatifs de cette entreprise, et pour en dérober plus longtemps la connaissance aux Américains, on fit venir d'Angleterre les aneres, les agrès, les bois même des navires qui devaient être équipés sur le lac Champlain.
Tous ces matériaux, traversant pêlemêle l'Océan, furent transportés par
le Saint-Laurent et la rivière Sorel jusqu'aux chantiers de construction où il ne restait plus qu’à les assembler ; les ouvriers néoesss res faisaient partie du convoi, et ce nouveau travail fut proptement accompli; mais il avait fallu ar de temps pour le préparer; et les Anglais ne purent avoir qu’au mois d'octobre une escadre composée de plusieurs vaisseaux à trois mâts, de vingt barques canonnières et d’un grand nombre de chaloupes et de bâtiments de transport : le capitaine Pringle la commandait; il pe de l'embouchure du lac pour le traverser du nord au midi dans toute sa lon-
ueur.
Jusqu’alors les Américains avaient été maîtres de cette navigation, et pour la conserver ils étaient parvenus
équiper une flottille composée de deux bricks, d’une corvette et de douze bâtiments de moindre grandeur; le commandement en fut confié au général Arnold ; et quoique ces ressources fussent très-inférieures à celles de l’ennemi, Arnold vit sans s'étonner les difficultés de sa situation. Sa flottille fut rencontrée, le 11 octobre, près de l’île de Valicourt, par l’escadre anglaise, qui avait déjà traversé la moitié du lac sans découvrir aucune voile américaine, et il y eut pendant quatre heures un engagement très-vif entre plusieurs navires ; mais comme les Anglais, ayant le vent contraire, ne pouvaient employer qu’une partie de leurs forces le capitaine Pringle donna le signal de la retraite, pour remettre l'attaque au lendemain. Les Américains avaient
erdu deux navires, l’un mis en feu, ’autre coulé bas; et Arnold, voyant la disproportion du nombre, ne voulut pas attendre dans la même station un nouveau combat ; il fit voile dans la nuit pour gagner le mouillage de Crown-Point, mettre la flottille à couvert sous le canon de cette place, et profiter du feu de ses batteries, afin de rendre ses moyens de défense moins disproportionnés. Mais avant d'arriver à l’extrémité du lac, il fut atteint par l’escadre anglaise qui suivait avec ardeur ses mouvements; une nouvelle
action s’engagea, et quatre bâtiments, qui formaient lavant-garde américaine, parvinrent seuls à gagner Crown-Point.
Arnold , après un combat de quelques heures, n’espéra plus pouvoir défendre les autres navires, et ne voulant pas les laisser à l'ennemi, il manœuvra pour les faire échouer, il y mit le feu et sauva tous les équipages. Cet échec ne nuisit point à sa réputation militaire : Arnold n’avait pu triompher de la supériorité du nombre; mais il avait donné de nouveiles preuves d’intrépidité, et il n'avait quitté son navire qu’à travers la flamme.
La position de Crown-Point n’était pas assez forte pour que la garnison pût s’y défendre contre l’armée anglaise qui allait l’attaquer par terre et
ar eau; les Américains en ruinèrent es retranchements, et ils se replièrent sur Ticondéroga, où leurs troupes réunies s’élevaient à neuf mille hommes.
On était arrivé au 3 novembre, et la saison était Ra si rigoureuse, que Carleton ne voulut pas entreprendre alors le siége d’une place défendue par une garnison nombreuse, et bien pourvuedemunitions. Commeil n’avait pas l’intention de prendre dans le pays même ses quartiers d'hiver, il regagna le nord du lac Champlain, fit garder comme postes avancés le fort Saint- Jean, l’île aux Noix, descendit le Sorel avant que la navigation fût interceptée par les glaces, et remit au printemps de l’année suivante la suite de ses opérations militaires. La place de Ticondéroga se trouva ainsi momentanément dégagée : les troupes destinées à sa défense devinrent disponibles; et Washington put en rappeler une partie, pour renforcer celles qu’il ramenait avec lui vers les bords de la Delaware.
Ce général, qui se trouvait alors placé sur la ligne d'opérations la plus importante, se rendit d’abord à Trenton, sur la rive gauche de ce fleuve :
l’armée anglaise le suivait de près; elle s'élevait à vingt mille hommes; et Washington, dont les forces étaient très-inférieures, ne crut pas devoir
l'attendre dans cette position : il passa la Delaware le 8 décembre, et se fortifia derrière cette ligne, où il était également à pre de secourir Philadelphie et de rentrer dans le New- Jersey. En traversant le fleuve , il'avait eu la prévoyance de retirer de la rive gauche tous les yes d’embarcation.
Les Anglais occupèrent les postes qu'il venait d'abandonner; mais ils ne purent effectuer leur passage, et ce délai permit à Washington de recevoir quelques renforts. Le général Mifflin s’oc- CA avec activité de la levée des milices de Pensylvanie, et son autorité était d’autant plus grande, qu’attaché à la paisible religion des quakers, qui sont nombreux dans cette contrée, il avait néanmoins couru aux armes dès qu’il avait reconnu la justice de la| uerre et l’imminence des dangers pulics : son zèle entraîna beaucou d'hommes irrésolus. On s’attendait la prochaine arrivée du général Lee, qui revenait des rives de l’Hudson avec les troupes placées sous ses ordres; mais avant d'entrer dans le New- Jersey, il eut l’imprudence de s’écarter momentanément du corps qu’il commandait, et s’étant arrêté uelques heures dans une maison isolée, il y fut subitement investi, le 13 décembre, par un détachement anglais que conduisait le colonel Harcourt : on le fit prisonnier, et Sullivan, qui commandait après lui, continua sa marche vers la Delaware. Un autre corps y fut bientôt amené de Ticondéroga par le général Gates, l’un des nieilleurs officiers de l’armée américaine. C'était là les seuls secours sur lesquels Washington pût alors compter, et ses troupes réunies ne s’élevaient encore qu’à sept mille hommes : nombre peu considérable, si on le compare à celui des ennemis, à l'importance de la cause et à l'étendue des pays qu'il fallait défendre.
Les opérations de la guerre étaient trop rapprochées de Philadelphie pour ue le cu pât y résider en sûreté :
il fut invité par les généraux Putnam et Mifflin à transférer sa session à Baitimore. Là il reprit avec la même fer-
on : il passa e, et se for- , OÙ il était ourir Philaans le Newuve, ilavait er de la rive mbarcation.
s postes qu'il is ils ne pue, et ce delai ecevoir quel- Mifflin s’ocla levée des son autorité e, qu’attaché quakers , qui le contrée, il ux armes dès justice de la| s dangers puna beaucou s'attendait général Lee,
Hudson avec
isolée, il y e 13 décemanglais que ourt : on le n, qui coma sa marche
e. C'était là ls Washingses troupes pre qu’à sept beu considéelui des enla cause et
x Putnam et sion à Baitimême fer:
meté ses délibérations sur les mesures qu'exigeait le salut de l'État; et, se confiant à l'honneur, au patriotisme, à l’habileté de Washington, il lui remit les pouvoirs les plus étendus sur la levée des troupes, leur organisation, leur entretien, leur emploi, et sur tous les moyens de maintenir l’ordre et la sûreté publique. L'exercice de cette espèce de dictature, qui lui était conférée pour six mois, fit encore mieux éclater sa modération et ses vertus.
Les efforts qe fit le généralissime our accroître l’armée, subvenir à ses soins et la mettre en état de reprendre l'offensive, rencontrèrent moins d'obstacles lorsqu'on vit qu’iln’exerçait son autorité suprême que pour sauver la patrie. Le dévouement n’avait jamais été plus nécessaire : l’ennemi était aux portes de la Pensylvanie; les habitants avaient à combattre pour leurs foyers ; tout acte de faiblesse les eût livrés à la servitude ; et le désir d’écarterles maux dont ils étaient menacés fit revivre dans leurs âmes plus de patriotisme et d'énergie. Chaque jour amenait au camp américain de nouveaux soldats :
les troupes se formaient aux manœuvres, à la discipline, et leur confiance dans Washington était sans limites.
La rigueur de la saison retenait alors dans leurs quartiers les deux armées, et les opérations militaires se trouvaient suspendues. Les Anglais s’étaient distribués en plusieurs cantonnements, et les principaux points qu’ils occupaient sur la rive gauche de Ja Delaware étaient Trenton, Bordenton, Burlington et quelques postes intermédiaires; d’autres corps étaient placés lus en arrière à Princeton et ik ew-Brunswick, où le général Grant avait établi son quartier général. Washington, habile À saisir les avantages que la fortune pouvait lui offrir, sut profiter de la dispersion de tous les auRP AE des troupes parcours ; il forma le projet de surprendre et d'attaquer brusquement les postes ennemis qui se trouvaient trop éloignés les uns des autres pour s’entre-secourir, etil divisa son armée en trois corps qui devaient traverser la Delaware dans
la nuit du 25 décembre. Le corps principal, qu’il conduisait lui-même avec les généraux Green-et Sullivan, passa le fleuve à neuf inilles au-dessus de Trenton, et se dirigea en deux colonnes, et par deux routes différentes, sur ce bourg, où trois régiments hessois, commandés par le colonel Raill, furent attaqués, défaits et réduits à mettre bas les armes. Le deuxième corps, commandé par le général Irwing, et destiné à couper la retraite des troupes ennemies qui auraient pu s'échapper de Trenton, ne put pas effectuer son passage à travers les glaces qui obstruaient cette partie du fleuve; et le troisième corps, conduit par le général Cadwallader, et chargé de l'attaque de Burlington, ne put faire passer d’une rive à l'autre son artillerie. Mais quoique ces obstacles rendissent moins complète la victoire, elle eut néanmoins pour les Américains les que favorables résultats : elle rassura les esprits, elle rendit plus unanime le désir de la résistance; et lorsque lon conduisit à Philadelphie les nombreux prisonniers de guerre faits dans cette journée, les habitants, se portant en foule sur leur passage, reconinurent avec un juste orgueil que ces troupes, redoutables par leur courage et leur discipline, n'étaient pas invincibles.
Au bruit de cette victoire, des corps de milices plus considérables se dirigérent vers l’armée, et Washington, animant encore la confiance que leur inspiraient de premiers avantages, conçut le projet d'une nouvelle expédition.
Il avait regagné la rive droite du fleuve, afin de ne pas être enveloppé à Trenton par toutes les forces que l’ennemi allaït sans doute diriger vers ce point; mais tout à coup il passe de nouveau sur la rive gauche de la Delaware, avec toutes ses troupes, son artillerie, ses bagages, vient se former et se retrancher derrière le lit de l’Assumpink, et s’y trouve bientôt en présence de l’armée ennemie, dont il n’est séparé que par le cours de la rivière.
Cette armée était alors commandée par lord Cornwallis, qui avait quitté pré:
cipitamment New-York pour venir au
secours du général Grant avec un nouveau etroupes; toutes ses forces
étaient en mouvement pour se réunir :
trois régiments se trouvaient encore à Princeton, d’autres étaient à New- Brunswick, d’autres à À setces troupes, échelonnées sur différents points, allaient se joindre et agir en masse. Washington, scns s’affaiblir par un premier combat contre Cornwallis, résolut de se porter rapidement sur Princeton, pour enlever le corps de troupes anglaises qui s’y trouvait encore isolé; et quittant, dans la nuit du 2 janvier 1777, ses lignes de l’Assumpink, il se dirigea sur Princeton par la route la plus Dos mais la plus faiblement gardée. I désirait ne pas avoir à rencontrer d’avant-postes ennemis, afin que la nouvelle de son appiache ne fût pas trop promptement divulguée.
Cornwallis ne soma ’au point du jour du d es Américains, et il reprit lui-même la route de Princeton, où il espérait arriver en même temps; mais Washington avait une marche sur lui, et ses troupes étaient fraîches : les routes, les lieux lui étaient connus, et, redoublant d’ardeur, il put attaquer les trois régiments an-
lais, avant qu’ils fussent secourus par e gros de l’armée, et avant même qu’ils fassent tous réunis. Une partie de ces corps était déjà en marche pour se rendre à Trenton; elle fut défaite à Maiden-Head , après une vigoureuse résistance. Une autre le fut à Princeton:
on fit un grand nombre de prisonniers, et les hommes qui s’échappèrent de la mélée se retirèrent précipitamment à New-Brunswick. <
L'armée de Cornwallis, entamée par ces pertes successives, et néanmoins plus nombreuse que celle des Américains, continua de suivre leurs mouvements, et les opérations de la guerre se trouvèrent ramenées dans le New- Jersey, comme elles l'avaient été l’année précédente ; mais, dans l’intervalle, l'opinion de cette province avait entièrement changé. On n’y remarquait plus la même indifférence pour la cause
nationale : le premier séjour des An-
glais et des Hessois, leurs exigences, et tous les désordres occasionnés par l'avidité et la licence d’une trou
vivant à discrétion en pays conquis, avaient eliéné tous les esprits des habitants. Le parti qui avait appelé à son aide les étrangers, s'était bientôt senti accablé de leurs secours, et il maudissait de si onéreux auxiliaires :
tous les vœux se reportaient vers Washington ; on voyait en lui un libérateur, et l’on rejoignait son armée. Il avait, par une proclamation solennelle, pardonné, au nom du congrès, toutes les défections antérieures : on voulut les faire oublier, et la fierté nationale, venant de nouveau à se relever, conçut de nouvelles espérances, et valut à la patrie de plus nombreux défenseurs.
Mais tous les avantages de ce mou: | vement de l'opinion ne pouvaient sé développer que par degrés. Des levées tumultuairement faites ne constituaient point encore une véritable force. Washington s’attacha d’abord à les former, à les exercer ; il évita d'engager en rase campagne les deux armées , et gagna les parties supérieures du New- Jersey, où l’on pouvait se retrancher plus aisément.
De ces positions élevées, il observait avec vigilance les mouvements des ennemis; il arrétait leurs convois, il faisait attaquer leurs détacheménts isolés; et les nouvelles es qu’il aguerrissait ainsi par de fréquentes escarmouches, se préparaient, au milieu de leurs épreuves journalières, à de plus grands périls et à des actions plus décisives. Les Américains reprirent successivement, au nord du Rariton, les différentes parties du New- Jersey, depuis les hauteurs jusqu’au détroit qui s’étend le long de Staten- Island. Il né restaitaux troupes britanniques que les positions de New-Brunswick et d’Amboy ; elles y prirent leurs quartiers d’hiver.
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de la petite vérole, dont les progrès étaient alarmants : il fit inoculer tous les soldats qui ne l’avaient pas eue, et le camp offrit momentanément l’image d’un vaste établissement de quarantaine et d’hospices, où les guerriers reçurent tous les soins de l'humanité.
Les hommes valides étaient réservés pour la protection et la défense des malades confiés à leur garde : ils ressemblaient, dans le généreux exercice de leurs fonctions, à ces pieux hospitaliers de Saint-Jean , du Sépulcre et du Temple, qui, au temps des croisades, s'étaient illustrés par leur valeur et leur charité. Cette active vigilance, ces soins pour le salut de son armée, honorèrent Washington , et donnèrent un nouveau lustre à sa gloire. Ses ennemis apprirent, avec un étonnement mêlé d'admiration, l'expérience hardie qu’il tentait en leur présence, et la sécurité qu'il gardait au milieu de cette crise gr Le général américain usa de a même prévoyance dans les contrées voisines, et on y soumit à l’inoculatron les recrues qui lui étaient destinées.
Il fit aussi établir sur différents points des approvisionnements de vivres, chercha tous les moyens d’accroître ses troupes de ligne, et profita de ‘’autorisation du congrès, pour faire prélever sur chaque corps de milices un certain nombre d'hommes désignés par le sort.
On regardait ce dernier parti comme le mode de recrutement le plus assuré :
le service des troupes réglées entrait moins dans les habitudes de cette nation, et des enrôlements volontaires n'auraient pas suffi pour tenir les régiments au complet.
L’hiver fut ainsi employé à renforcer l'armée américaine, à pourvoir à ses nombreux besoins, à exercer au maniement des armes et aux évolutions les nouvelles levées, et à mettre toutes les troupes en état d'ouvrir avec avantage la campagne suivante. Washington continuait d’occuper le camp de Morris- Town, dans le New-Jersey : de là il envoyait des Done jusqu'au littoral; ces différents corps s’y trouvaient souvent aux prises avec l’ennemi, et la contrée qui séparait ieurs postes avan-
cés, étant exposée aux incursions alternatives des deux partis , avait encore plus à souffrir dans une saison rigou-
reuse, où les privations étaient plus .
grandes. L'armée du général Howe, qui était resté maître d’Amboy, conservait ses communications avec la mer : elle avait la liberté de se porter sur d’autres points; elle pouvait recevoir du dehorsses approvisionnements; mais elle s'était accoutumnée à les chercher dans le pays même; et les ressources qu’elle y trouvait devenant plus rares de jour en jour, ces tape éparèrent moins les habitants, les accalèrent de charges de toute nature, et passèrent par degrés à une extrême licence. Les excès qu’elles commirent étaient principalement imputés aux auxiliaires hessois, qui, n'étant liés aux Américains par aucun rapport de patrie, de langage, de mœurs, ne voyaient en eux que des ennemis à détruire.
Le gouvernement britannique avait souvent employé à son service des troupes étrangères : il y trouvait l’avantage d’épargner le sans anglais, et d’enlever moins de bras à l’industrie et au commerce de la métropole. Les subsides qu’exigeait l'entretien de ces corps stipendiés étaient un sacrifice beaucoup moins sensible; on pouvait y subvenir par des emprunts, que l’accroissement du crédit national rendait faciles à contracter, et qui semblaient imposer une charge moins onéreuse que celle d’un nouvel impôt, parce qu’on en rejetait sur l'avenir la plus grande partie. Mais les Américains s’indignaient qu’on achetât des mercenaires pour les remettre eux-mêmes sous le joug. Ces troupes n’étaient-elles pas étrangères à la querelle de la Grande-Bretagne et de l'Amérique? Et pourquoi faire intervenir dans la discussion des plus graves intérêts de l'humanité d’aveugles artisans de servitude et de destruction? Les Anglais, avec lesquels l’Amérique était en güerre, pouvaient du moins mettre des bornes à leur inimitié contre elle : ils ne voudraient pas lui ravir toutes les libertés, toutes les prérogatives dont
15° Zivraison. (ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE.) 15
Le
ils jouissaient eux-mêmes, et pour lesquelles ils avaient si longtemps combattu; press ménagements pouvoir attendre d'hommes qui n’attachaient aucun prix à de si grands biens?
Cette haine contre les étrangers devint bientôt générale, et plus on leur montrait d’éloignement et d’aversion, plus on fut exposé à leur brutale fureur et à leurs outrages. La difficulté de se comprendre rendait encore un FU chement plus difficile; les refus à des demandes que l’on ne concevait point se multipliaient, et l'étranger enlevait r la force ce qu’il n’avait pu volonairement obtenir. | L’animosité des factions éclatait en même temps sur différents points de l'État de New-York, du Maryland, de la Pensylvanie. Les indifférents se laissaient aller aux chances des événements, et s’apprétaient à suivre le parti qui serait vainqueur; les ennemis secrets fomentaient le mécontentement causé par la prolongation de la guerre, et ils cherchaient à soulever l'opinion; mais le congrès surveillait leurs démarches, et faisait contenir les agitateurs par quelques exemples de sévérité.
Quoique le général Howe différât la reprise des grandes opérations mililaires, jusqu’à l’arrivée des équipages de campagne et des renforts qu'il attendait d'Angleterre, il voulut, dans l'intervalle, tenter quelques expéditions particulières pour enlever des magasins à l'ennemi. Un détachement anglais de cinq cents hommes partit de New-York le 23 mars 1777, et remonta la rivière d'Hudson, pour s'emparer des approvisionnements que les Américains avaient rassemblés à Peeks-Hill : l’officier qui commandait ce poste, n’ayant pas assez de forces pour le défenüre, pri le parti de l’évacuer, après en avoir ülé une partie, et les Anglais détruisirent le reste. Les Ainéricains avaient formé à Danbury, dans le Connecticut, un dépôt de munitions de guerre :
deux mille Anglais, débarqués sur la côte le 25 avril, parvinrent à ce bourg, où ils mirent le feu, et, vivement harcelés dans leur retraite. ils obtinrent,
Pa. de Ridge-Field, quelques avanes sur les milices que Wooster, Arnold et Silliman, avaient rassemblées à la hâte. Wooster fut mortellement blessé dans une de ces rencontres, et, à l’âge de soixante-dix ans, il termina, au service de son pays, son honorable carrière.
Les Américains furent plus heureux dans une expédition dont le but était de s'emparer d’un magasin de vivres et de LL ad formé par les Anglais à Sagg-Harbourg, dans Long-Island: le lieutenant-colonel Meigs s'embarqua à Guilfort, aborda dans l'île, détruisit les magasins, et regagna sans perte les côtes du Connecticut.
Un coup de main qui fut tenté le 10 juin, par le lieutenant-colonel Barton, obtint un égal succès. Le général
anglais Prescott commandait dans le,
Rhode-Island : on forma le projet de l'enlever dans les quartiers qu’il occupait à quelque distance de New-Port, et Barton fut chargé de cette audacieuse entreprise. Cet officier s’embarque, avec quarante hommes, sur quelques bateaux baleiniers; il prend terre à un mille de distance de l’habitation du général , y parvient sans être apercu, surprend la sentinelle qui veillait à l’entrée, enlève, au milieu de la nuit, le général, et le fait prisonnier de guerre.
Le congrès, pour honorer le courage de Barton, lui fit présent d’une épée :
on ne négligeait aucune occasion d’accorder aux braves ces flatteuses récompenses, qui restent ensuite déposées dans les familles comme de glorieux trophées, et qui excitent les enfants à imiter les exemple paternels, et à se dévouer à la défense de la patrie.
Tout le printemps s'était écoulé, avant que le général Howe se fût mis en marche avec ses principales forces.
La flotte commandée par l'amiral son frère le rendait maître de tous ses mouvements; un profondsecret enveloppait ses desseins , et l’on ignorait s’il chercherait à remonter l’'Hudson, pour unir ses opérations à celles des troupes qui devaient partir des bords du Saint- Laurent, ou s’il pénétrerait en Pensylvanie. Washington, voulant lier
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entre eux tous ses moyens de défense, avait ainsi rangé, du nord au sud, ses principaux corps d'armée : l’un était
lacé à Ticondéroga, et il devait résiser aux troupes anglaises qui seraient expédiées du Canada : un autre vint occuper, sur la rivegauchede l’Hudson, le camp retranché de Peeks-Hill; ses mouvements allaient être favorisés par la navigation du fleuve, et il était chargé de seconder, en cas de besoin, les opérations du pare corps, ou de se rendre dans le New-Jersey, si l'ennemi s’y montrait en force. Le corps d’armée qui gardait cette dernière province était le plus nombreux; il ‘se trouvait sous les ordres immédiats de Washington. Un quatrième camp avait été formé sur la rive gauche de la Délaware, pour couvrir Philadelphie, où le congrès était revenu ; il était commandé par Arnold, et devait protéger les contrées voisines. La see ne paraissait pas alors menacer la Caroline du Sud et la Géorgie; cependant on y laissa, pour leur propre défense, les levées qu’elles pouvaient faire : cette mesure avait pour but de maintenir leur sécurité, et de les préserver des agitations intérieures .
Le général Howe ouvrit enfin la campagne dans le New-Jersey, où son armée se trouvait réunie : 1l désirait une bataille rangée, et, n’espérant pas pouvoir forcer les positions retranchées que Washington était venu occuper vers la fin de l’hiver sur les hauteurs de Middle-Brook, voisines du Rariton, il chercha à l’en faire sortir, et à l’attirer vers la Délaware, en se portant lui-même dans cette direction, Washington, ne se laissa point tromper par cette marche simulée : il ne crut pas que les ennemis voulussent imprudemment s’engager dans une province où ils se trouveraient placés entre deux armées américaines; et le
énéral Howe, n’ayant pu ébranler ashington par ce mouvement, feinit ensuite de vouloir abandonner le ew-Jersey, et de se retirer dans Staten-Island. Un pont volant fut jeté sur le détroit qui ie séparait de cette Île on y fit passer une partie des
bagages, et l’embarquement des tronpes fut commencé. Le général américain crut que les ennemis voulaient en effet porter ailleurs le théâtre de la guerre : leur mouvernent de retraite, qui commença le 19 juin, lui offrait l’occasion de les attaquer avec avantage :
il espéra jeter gene désordre dans leurs rangs, et, quittant enfin ses hauteurs, il s’avança jusqu'à la position de Quibble-Town, et fit occuper celle de Métuckin par le général Stirling.
Jusque-là les manœuvres du général Howe lui avaient réussi : cet officier avait fait perdre aux Américains l’avantage de leur camp retranché ; et pour empêcher qu’ils n'y rentrassent, il résolut de les tourner, et de couper toutes leurs communications avec les hauteurs, tandis que le gros de son armée , qui paraissait se replier devant eux, ferait tout à coup volte-face et les chargerait avec vigueur. Pour exécuter l’un et l’autre mouvement, les Anglais se partagèrent en deux colonnes : la première était commandée par le général Howe, et devait commencer l'attaque; la seconde, sous les ordres de Cornwallis, allait prendre à revers les positions des Américains. Mais elle rencontra dans sa marche un détachement ennemi; et le bruit de la fusillade qui s’engagea sur ce point, ayant averti Washington du piége qui lui était tendu, il rétrograda promptement vers les hauteurs de Middle- Brook, et fit occuper, avant que les Anglais y parvinssent, les défilés dont ils avaient eu le dessein de s'emparer.
La division américaine conduite par le général Stirling éprouva seule quelques
rtes. Les Anglais, n’espérant plus orcer une position devenue inexpugnable, renoncèrent à continuer la guerre dans le New-Jersey; ils se retirèrent dans Stateu-Island, d’où ils avaient l’intention de se porter sur un autre rivage, et toute la flotte britannique fut bientôt réunie dans les parages de cette île et dans la baie de New-York, pour recevoir à bord l’armée du général Howe.
Washington rbservait avec sollici tude tous les mouveinents des ennemis
afin de se porter lui-même sur les ints qu'il fallait défendre; il forifia et garnit de troupes les principaux tes des rives de l’'Hudson, lorsque es Anglais parurent eux-mêmes vouloir s’avancer dans cette direction ; et aussitôt que les manœuvres des ennemis lui firent supposer que la Pensylvanie était menacée, il invita le congrès à rassembler à Chester et à Wilmington sur la Délaware, les milices des pays voisins, et à faire surveiller ‘entrée de cette baie par des vigies placées au cap May et au cap Henlopen.
Les milices du New-Jersey furent également réunies, et l’on se tint prêt à repousser l’ennemi, sur quelque point qu’il voulût débarquer.
Les forces britanniques se trouvaient partagées à cette époque en trois corps d'armée ; celui de Rhode-Island, composé de cinq rñille hommes, tenait en échec:les milices américaines du nordest, .et empéchait qu’on ne les portât sur d’autres points ; les troupes anglaises qui s’assemblaient sur les frontières du Canada menaçaient d’une prochaine invasion tous les pays que traverse le cours de l’Hudson; et l’armée du général Howe, qui était la plus considérable de toutes, pouvait combiner ses opérations avec celles des deux autres corps, ou se diriger en masse vers le centre des États-Unis, et les attaquer dans la contrée qui réunissait alors leurs principales forces, et dont il importait le plus de dompter la résistance.