‹ États-Unis d'Amérique [microforme]Chapitre 18 sur 56 · TIMES · texte numérisé non relu

TIMES

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des plus habiles officiers : il avait fait la guerre en Amérique; il y avait servi l'année précédente vers le lac Champlain, et il croyait que l’armée anglaise aurait pu. porter plus loin ses avantages, et surtout ne pas abandonner la position de Crown-Point, qui serait devenue son point de départ dans une nouvelle expédition. Burgoyne, s'étant rendu er Angleterre vers la fin: de 1776, proposa au gouvernement un plan de campagne qui fut adopté, et dont l'exécution lui fut remise. I demandait huit r ‘lle hom mes de troupes régulières, cc: ix mille Canadiens et un corps de sauvages. Les régiments devaient partir d'Europe au printemps : on pensait que la navigation du Saint-Laurent et des lacs voisins serait libre vers la fin de mai.

et que les opérations pourraient alors commencer. La campagne s’ouvrirait par l'attaque de Ticondéroga, principal boulevard des Américains ; et Burgoyne, après s'être emparé de cette lace, continuerait sa marche vers ‘Hudson. On pouvait se rapprocher de ue fleuve par deux lignes différentes , sort en suivant du nord au midi la navigation du lac George, soit en remontant les bords du South-River ou Wood-vreek, pour s'emparer de Skénesborough : cette dernière route laissait plus d'obstacles à vaincre, plus de positions à forcer : il faudrait y établir une chaîne de postes pour la sûreté des communications, et ces divers détachements affaibliraient l’armée; mais le choix à faire entre l’une et l’autre ligne ne pouvait pas être déterminé d’avance ;.il dépendrait surfaut «le la direction que suivrait l’ennemi..

Cette expédition, dont le. principal but était de fagner Albany, et d’y rejoindre l’armée de Howe, commandant en chef des forces britanniques, devait être secondée par une diversion du colonel Saint-Léger, qui partirait du lac Ontario pour s’avancer jusqu'aux rives du Mohawk. Cet officier aurait sous ses ordres sept cents chasseurs

anglais et autant de guerriers indiens, :

ani lui seraient amenés par le colonel.

Johnson; il attaquerait le fort Stanwix ou Schuyler, situé près du fleuve ; il en descendrait ensuite le cours, ct se mess à ct jet, B

En proposant ce projet, Burgoyne désiralt Pre être Entôrisé à 2 ane autre direction, si la première éprouvait trop de difficultés. Il se pren alors vers les provinces de a Nouvelle-Angleterre, où la guerre avait pris naissance, et où il espérait en étouffer le germe; mais cette seconde proposition n'ayant pas été agréée par le gouvernement, il dut exclusivement s'attacher aux moyens de franchir le passage entre les lacs et l’Hudson.

Les préparatifs de l’expédition se firent avec activité. On se hâta de transporter à Chambly, au fort Saint-Jean :

et sur la flotte du lac Champlain tous les approvisionnements nécessaires ; et :

quelque déplaisir qu’éprouvât le général Carleton de ne pas être chargé de cette expédition , il la seconda avec un zèle sans réserve. Burgoyne arriva à Québec le 6 mai 1777 : plus de sept mike hommes de troupes régulières étaient sous ses ordres; mais on ne put pas réunir plus de trois cents Canadiens : cette nation ne cherchait pas à.se jeter dans une guerre d’invasion qui: pouvait exposer à des représailles son propre territoire. Y.aréunion des troupes fut complétée par larrivée des guerriers indiens, qui rejoignirent l’armée sur la rive occidentale du lae Champlain, et le général Burgoyne leur offrit, le 21 juin, le banquet de guerre, qu’il commença par une allocution.

« Chefs. et guerriers! le grand roi, notre père commun, et. le patron de tous ceux qui cherchent et méritent sa protection, applaudit à la conduite que les tribus indiennes ont suivie

epuis le commencement des troubles d'Amérique. Trop pénétrants et trop fidèles pour être trompés et corrompus, .

vous brüûlez de venger l’injure faite

au pouvoir paternel : quelques :hommes, rebut d’une peuplade dégénérée, ont seuls servi les rebelles ; tous les autres sont restés du rôté de la justice.

« Vous avez contenu votre ressentiment jusqu’à ce que le roi votre père vous appelât aux armes. Guerriers !

le signal est donné; marchez au gré de votre valeur : frappez les ennenis communs de la Grande-Bretagne et de l'Amérique; les perturbateurs de l’ordre, de la paix et du bonheur public, les destructeurs du commerce, les parricides de l’État.

« Nous vous estimons comme frères d'armes. Émules de gloire et d'amitié, nous avons à vous donnér et à recevoir de vous des exemples ; nous nous efforceronsd’imiter votre persévérancédans les entreprises, votre constance à résister à la faim , à la fatigue, à la douleur ; mais il est de notre devoir , il est conforme à nos mœurs, à notre religion, à nos lois, de régler vos passions quand elles passent les bornes, et de marquer les circonstances où il est plus généreux de faire grâce que de se venger et de détruire.

« Cette guerre ne ressemble point à celles où vous trouviez partout des ennemis à combattre; Île roi votre pus a un grand nombre de sujets fidèes, qui sont dispersés dans ces provinces : ces hommes sont vos frères, et ils sont dignes de votre affection.

« Soyez attentifs aux règles que j vais proclamer, pour qu’elles soient observées durant la guerre. Je défends l’effusion du sang, lorsqu'on ne s’oppose point à vous à main armée. Les vieillards, les femmes, les enfants, les prisonniers doivent étre épargnés, et vous recevrez une indemnité pour les prisonniers que vous aurez faits.

« Par indulgence pour vos coutumes qui permettent d’enlever des chevelures, et qui attachent une idée d’honneur à de tels gages de victoire, vous

urrez scalper, après la mort, les

mmes tués en combattant contre vous; meis vous ne pourrez point scalpér les blessés, sous prétexte qu’en les épargnant vous favoriseriez leur évasion.

« Si vos ennemis osaient commettre des actes de barbarie envers ceux d’enire vous qui tomberaient entre leurs nxins, vous pouvez user de représail-

les; mais, à moins qu’ils ne vous

ortent à cette rigueur, soyez invaria-

lement fidèles aux règles que je vous ai tracées ; et pour témoigner votre zèle au roi votre père et votre protecteur, suivez les ordres et les conseils de ceux auxquels il a confié la direction et l’honneur de ses arines. »

Les Indiens présents à cette conférence étaient les Iroquois, les Abénaquis, les Algonquins et les Ottowais ; le discours du général Burgoyne leur fut traduit par des interprètes, et un vieux chef des Iroquois y répondit en ces termes :

« Je me lève, au nom de toutes les nations présentes, pour assurer à notre père que nous avons attentivement écouté son discours. Nous nous réjouissons de l'approbation que vous

avez donnée à notre conduite : vos |

ennemis ont voulu nous séduire; mais nous vous aimons, et nos haches se sont aiguisées pour défendre nos amis et nos frères. Tous nos hommes en état d'aller à la guerre sont partis :

les vieillards, les infirmes, les femmes, les enfants sont seuls restés. Nous promettons tous d’obéir à vos ordres, et nous demandons au père des jours qu'il vous accorde longtemps sa lumière, et qu’il vous rende heureux. »

L'armée de Burgoyne, étant comlétement réunie, quitta son camp de a rivière Bouquet pour s’avancer vers Ticondéroga, et, le 1°" juillet, elle arriva sous les murs de la place, située près du canal naturel qui unit entre eux les lacs George et Champlain.

L'ancienne garnison de cette forteresse avait été affaiblie pendant l'hiver, par les détachements qui s'étaient rendus sur les bords de la Délaware : il n’y restait pius que trois mille hommes, et la nécessité de concentrer leur défense les obligea d’abanaonner les postes avancés. Comme on n'avait pas même assez de troupes pour vccuper les hauteurs qui dominatent cette position, les Anglais purent s'emparer sans résistance du mont Hope et du Sugor-Hill ; ils s’y fortitièrent et y dressèrent des batteries prêtes à foudroser la place.

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Ee colonel Saint-Clair, qui commandait la garnison américaine, se voyant alors investi vers l'occident, ne po.

vant plus communiquer qu’avec l’autre rive du canal, et n’espérant pas pouvoir se défendre contre des forces très-supérieures, assembla un conseil de guerre pour délibérer sur sa situation. L'avis qu’il fallait évacuer la forteresse fut généralement adopté. La garnison sortit dans la nuit du 6 juillet, sans emmener son artillerie et ses effets de siége ; elle abandonna, sur la rive droite, le fort Indépendance, où il devenait également impossible de se défendre, et se replia, en remontant le South-River, jusqu'aux chutes de Skénesborough. Une autre colonne s'était retirée par la route d’Huberton et de Castel-Town; l’un et l’autre corps furent vivement poursuivis. Le fort Anne, où ils se rendirent , fut évacué à son tour, et ces troupes parvinrent enfin au fort Édouard, situé vers la rivière d'Hudson.

La prise de Ticondéroga avait ouvert à l'armée britannique la navigation du lac George. Le général Burgoyne y fit passer des barques canonnières et des bâtiments de transport, sur lesquels une partie de ses: troupes fut embarquée, pour reniratéoquer le fort George, situé au midi de ce lac, et pour rejoindre ensuite le principal corps d’armée (voy. pl. 57).

pendant tous les passages de Skéaesborough au fort Édouard. étaient devenus très-difficiles. Les Américains, en se retirant, avaient coupé les routes et les ponts; ils avaient barré toutes les communications. Le cours du Wood-Creek, nécessaire au transport des munitions , était d’ailleurs embarrassé par la chute des arbres et par des rochers : il fallait du temps pour aplanir ces obstacles. Les y de l’armée étaient nombreux : onemploya près d’un mois pour traverser cette contrée sauvage, et Burgoyne n’arriva que le 30 juillet au fort Édouard.

Le général américain Schuyler avait d'abord occupé cette forteresse, mais H ne chercha point à s’ÿ maintenir. Ii fit également évacuer le fort George,

et concentrant sur la rive oecidentale de l’Hudson les troupes dont il pouvait disposer, il alla prendre positior près de Still- Water, à quelques milles au sud de Saratoga. Là il était plus à portée de recevoir les renforts qui lui étaient promis ; il pouvait lier ses opérations avec celles qui seraient tentées sur les rives du Mohawk ; il couvrait les aproches d’Albany, et protégeait toutes es parties supérieures de l’État de New-York. Ces nouvelles combinai:

sons n'étaient, il est vrai, que le résultat d’une retraite ; mais le parti que Schuyler sut tirer de sa situation parvint du moins à embarrasser et à ralentir la marche de l'ennemi.

Burgoyne avait eu jusqu'alors à ursuivre péniblement son expédition à travers un pays stérile. Ses troupes étaient fatiguées, les provisions devenaient plus rares, et l’on avait à se “' Ne au loin pour trouver des subsistances. Il fallait successivement.

enlever les différents postes occupés par les Ainéricains ; les troupes envoyées au fort George étaient encore séparées de l’Hudson par une distance:

de dix-huit milles, et le terrain pouvait être disputé pied à pied. La navigation du fleuve qui baigne oette contrée n’était pas libre; elle était interrompue par les chutes, par les rapides de Gleens, de Luzerre, d’Adley (voy.

pl. 58, 59 et 60) ; il fallait, pour passer du bassin des lacs dans celui de l’Hudson , lutter contre de nombreux obstacles, et l’on était alors bien loin de prévoir qu’un jour la culture dompterait ces terres rebelles, que la main des hommes y ouvrirait un nouveau cours à la navigation, et que ces déserts étaient destinés à recevoir une population active, industrieuse, infatigable, qui viendrait y demander à la nature de nouvelles richesses, éclaircir les antiques forêts, chercher dans les entrailles du sol ces mines de fer, de cuivre, de charbon, qui, sans doute, ne seront pas épuisées par plusieurs siècles d'exploitation.

A mesure que les troupes anglaises énétraient dans ia contrée, leur posi-.

Éon devenait plus diflicile. Quarante

jours de marche, de combats ou de atigues s'étaient écoulés depuis l’ouverture de la campagne : l'armée, que tous ses convois n’avaient pu suivre, ne pouvait trouver de ressources que dans le Connecticut; et Burgoyne, croyant que l'invasion de cette province lui serait plus facile que celle des rives droites de l’Hudson, regrettait que ses instructions ne lui permissent pas de diriger de ce côté les opéraions de la guerre. Il se réduisit à faire quelques incursions pour se saisir des dépôts de munitions et de subsistances que les Américains y avaient rassemblés.

Sur ces entrefaites il apprit que le colonel Saint-Léger, charg d’une expédition sur le Mohawk , s'était avancé vers ce fleuve le 1° août, et avait mis le siége devant le fort Stanwix, qu’il serrait étroitement, et dont il avait coupé toutes les communications avec le dehors. Saint-Léger espérait la

prop reddition de cette forteresse :

* Ja garnison paraissait trop faible pour pro tue sa résistance, et un corps de mille hommes de troupes américaines, que le général Herkimer cherchait à jeter dans la place, éprouva une sanglante défaite, et 12 put y pénétrer. Cependant les assiégés continuaient leur défense : le canon n’abattait point leurs fortifications en bois, et les boulets venaient s’y loger sans les détruire. Le mécontentement se répandit alors parmi les troupes assiégeantes : les éclaireurs qu’elles avaient aux environs rapportèrent bientôt qu’un nouveau corps américain s’avan-

it au secours de Stanwix, et qu'il était commandé par l’intrépide Arnold.

Ce nom était devenu la terreur des Indiens, et tel était alors leur découragement, qu’on ne pouvait plus compter sur leur secours. La plupart désertèrent sur-le-champ; on prévoyait la défection de tous les autres, et Saint- Léger, dont les troupes régulières étaient peu nombreuses et avaient déjà beaucoup souffert, prit le parti de lever le siége, de regagner le lac Onéida, et de se replier sur Os-

wégo.

Les sauvages, qui avaient espéré le pillage de la forteresse, se dédommagèrent par celui du camp dont ils avaient fait partie : ils le saccagèrent, et partirent chargés des dépouilles de leurs alliés. On cpoure plus d’une fois le péril d'employer leur secours.

L'armée de Burgoyne eut également à souffrir de leur indiscipline et de leur barbarie, et, parmi les malheurs de leurs nombreuses victimes, la fin

tragique de Mac-Rea acquit bientôt .

une triste célébrité. Cette jeune personne, douée de toutes les grâces de son âge, était aimée d’un ofliciér anlais qui avait connu sa famille à New- York. Le désir de s’éloigner du théâtre de la guerre avait porté son père à remonter les rives de l’Hudson , et à seretireraux environs du fort Édouard ; mais l'expédition de Burgoyne étant] venue menacer le repos du pays où il s'était réfugié, il fut bientôt assailli dans son asile par un parti de sauvaes indiens qui précédaient les troupes e ce général, et miss Mac-Rea fut la seule de sa famille qui apprit sans effroi la prochaine arrivée de l’armée anglaise. Celui qu’elle devait épouser en faisait partie ; elle * 2 chercha point à fuir; et devenue prisonnière de deux erriers sauvages, elle se mit sous eur protection, leur confia ses jours, et marcha sans trouble au milieu d’eux vers le camp où devait s’accomplir son hyménée. Mac-Rea était si belle ge les Indiens se promettaient une orte rançon pour sa délivrance ; chacun d’eux prétendait également à ce prix : ils se le nl ai et, après un combat acharné, le plus faible des deux, n’espérant plus jouir de cette récompense, voulut en priver aussi son rival : il recueillit ses forces défaillantes, leva son tomahac pour la dernière fois, frappa la malheureuse fille, et l’étendit noyée dans son sang.

On ne put la rappeler à la vie, et amant qui devait bientôt poser sur son front la couronne nuptiale ue reçut que sa dépouille inanimée.

ne fin si déplorable répandit duns toute la contrée une vive afiliction. On reconnut combien étaient vaines toutes

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pandit dans ffliction. On aines toutes

les précautions que le général Burgoyne avait prises pour contenir la barbarie des sauvages : les excès qu'il n’avait pu arrêter faisaient déserter sa cause, et ses partisans s’éloignaient de lui.

Privé de leurs subsides volontaires, il r'eut plus qu’à chercher des ressources à main armée; et lorsqu'il apprit qu’on avait rassemblé à ps des des magasins considérables, il résolut de s’en emparer. Le colonel Baum était chargé de cette expédition, avec un détachement de quatre cents hommes de troupes européennes et de cent guerriers indiens ; mais il s’avança imprudemment dans un pays qu’il ne connaissait point : sa marche, dont il espérait dérober la connaissance à l'ennemi, fut promptement découverte; les Américains l’enveloppèrent de toutes parts, et il fut accablé par le nombre. La plupart de ses hommes furent pris ou tués, et lui-même devint prisonnier. Le lieutenant-colonel Breyman avait été envoyé pour le seconder ; mais les obstacles et la lenteur de sa marche l’empéchèrent d'arriver à temps; il füt isolément attaqué, et lui-même fut complétement battu. Cet échec priva l’armée de Burgoyne des approvisionnements qu’elle espérait ; on ne pouvait plus s’en procurer dans les pays voisins, et les habitants du New-Hampshire et du Connecticut emmenaient au loin leurs troupeaux et leurs récoltes. Burgoyne restait sans communications avec le général Howe, dont tous les messages étaient interceptés par les Américains; il avait seulement appris, vers la fin du mois de juillet, que l'intention de Howe était alors de se rendre en Pensylvanie, dans la vue d’y attirer la plus gente partie des forces de Washingon.

Ce nouveau + ne s’accordait plus avec le projet hi xt près d’Albany, la jonction des deux armées britanniques , et il rendait la marche ultérieure de Burgoyne d'autant plus difficile , que le général américain Sullivan venait d'arriver à Albany avec deux mille cinq cents hommes; que Putnam occupait, avec quatre mille hommes,

les hauteurs voisines de l’Hudson ; et que de nouveaux renforts avaient été envoyés au géréral Gates, successeur de Schuyler, et chargé du commandement des troupes rassemblées à Still- Water. Le général Burgoyne, dont l’armée était moins nombreuse, hésitait de passer l’Hudson , et de prendre l'offensive contre l’ennemi , avant l’arrivée des secours qu’il attendait du Canada : cependant l'ordre qu’il avait recu de poursuivre sa marche vers Albany lui paraissait si péremptoire, qu’il ne crut pas devoir s’en écarter , quoiqu'il reconnût que les périls de cette expédition s’accroissaient de jour en jour, qu’en pénétrant dans le pays il épuisait ses dernières ressources, w'il n'avait plus à compter sur de aciles avantages, et qu’un nouveau revers pouvait détruire toutes ses espérances.

Plus ses opérations devenaient hasardeuses , plus les Américains cherchaient à multiplier leurs forces contre lui. Les principaux corps de leur armée se trouvaient réunis vers le nord : on voulait, à tout prix, empéclier la jonction de Burgoyne avec les autres forces britanniques : il fallait arrêter sa marche, ruiner son expédition ; et, si l'on parvenait à ce but, en faisant sur d’autres points quelques sacrifices momentanés, on espérait y reprendre bientôt ses avantages. On avait donc dégarni les États du centre pour accroître l'armée du général Gates, lorsque Burgoyne, traversant l’Hudson le 13 nt arr vint camper, à quelques milles de distance des Américains, sur les hauteurs et dans la plaine de Saratoga. Il espérait imposer à l’enneuii , par l'audace et la rapicité des mouvements; et, s’avançant vers l°s lignes que Gates occupait àStill-Wat:r, il les attaqua avec vigueur le 19 septemmbre. Les Américains, sortis de leurs retranchements, soutinrent le combat jusqu’au soir : ils y rentrèrent en bon ordre; et Burgoyne, n’espérant pas les forcer dans cette position, quoiqu'il eût obtenu, pendant la jouruée , quelques avantages, resagna son camp, s’appliqua lui-même à se forti-

lier , et se tint sur la défensive. Il avait invité le général Clinton, qui commandait alors à New-York, à opérer une diversion; et ce général fit effectivement attaquer le fort Montgomer situé à a milles au midi de West-Point; mais cette entreprise était trop peu importante pour influer sur les opérations de la campagne : les forces du général Gates s’accroissaient de jour en jour ; et Burgoyne, dont la position devenait plus périlleuse, à mesure qu’elle se prolongeait , essaya, le 7 octobre , de forcer l'aile gauche de l'ennemi, à la tête d’un corps de quinze cents honimes; mais il fut bientôt enveloppé par des troupes beaucoup plus nombreuses qui le repoussérent rs une vive résistance. Le camp britannique fut ensuite attaqué avec furie : les Américains étaient animés par Arnold : ils emportèrent une partie des retranchements, et tournèrent les positions de Burgoyne qui, après avoir combattu jusqu'à la nuit, parvint, à la faveur des ténèbres, à se replier sur les hauteurs voisines : le lendemain , il continua péniblement sa retraite vers Saratoga. Son intention était de regagner la rive gauche de l’Hudson, et de s'ouvrir un passage vers le fort Édouard; mais le détachement qu'il avait churgé de en les ie ut dispersé par les Américains :

es bateaux qui lui restaient encore furent attaqués ct détruits ; il n'avait plus à compter sur l’arrivée d’aucun secours ; ses munitions et ses vivres étaient épuisées ; et, duns cette situation funeste, il assembla un conseil de guerre, pour aviser aux derniers moyens de salut.

fleuve était guéable sur quelques points, et l’on espérait pouvoir le passer avec les troupes, portant ellesmêmes leurs provisions . et sans artillerie ni convois; mais on apprit que les Américains étaient retranchés sur l'autre rive; qu’ils avaient établi un camp entre le fort George et le fort Édouard , et que leurs détachements surveillaient tous les mouvements des troupes britanniques. De nouveaux corps de milices et de volontaires s’é-

taient joints à leur armée : ils avaient plus de seize mille hommes ; leurs positions étaient inattaquables ; ils for.

maient un cercle autour du camp, et l'investissaient de toutes parts.

Le 12 octobre, on tint un nouveau conseil de guerre, où entrèr , ; tous les officiers d'état-major et tous les capitaines commandants. Burgoyne leur ex la situation des deux armées : les Américains avaient autour de lui, sur la rive droite de l’'Hudson, plus de quatorze mille hommes et une artillerie nombreuse; ils avaient quinze cents hommes sur la rive gauche; et l'un et l’autre corps pouvaient communiquer entre eux par un pont placé au-dessous de Saratoga. Le conseil jugea que la seule ressource était de ganer pendant la nuit, sans aucun

agage, un gué qui paraissait encore | a

libre dans partie supérieure du fleuve ; mais on acquit bientôt la certitude que l’ennemi s’en était emparé, et qu’il était maître de tous les passages. Un autre conseil de guerre fut assemblé le lendemain : on avait à décider du sort de l’armée; et Burgoyne leur exprima qu’il était prêt à entreprendre à leur tête toute opération difâcile ou hasardeuse que leur force ou leur courage pourrait exécuter; cependant, il avait quelque raison de croire qu'une capitulation entrait dans les vues de tous ceux qui connaissaient la véritable situation des choses ; et, dans une circonstänce qui touchait de si près l'honneur national et personnel , il regardait comme un devoir de recueillir l'opinion de toute l’armée, en consultant les officiers qui la re-

présentaient, Il posa d’abord cette.

question: si une armée, réduite à trois mille cinq cents combattants, pouvait capituler sans blesser les principes de la dignité nationale et de l'honneur militaire. Le conseil ayant décidé que sa situation actuelle justifiait une capitulation, pourvu as les termes en fussent honorables, le major Kingston fut envoyé, le 14 octobre, au camp du général Gates, pour ouvrir cette négociation, et pour obtenir un armistice pendant s durée.

ils avaient

in nouveau èr, > tous et tous les Burgoyne es deux arjent autour l'Hudson, 1mes et une aient quinze gauche; et vaient com- \ pont placé ; conseil juétait de gasans aucun sait encore | érieure du ntôt la cerait emparé, jus les pass guerre fut \ avait à dé-

e opération e leur force exécuter ; | raison de

qui la reord cette:

réduite à

La discussion d’un seul article fit suspendre cet arrangement. Les Américains demandaient que les troupes britanniques missent bas les armes avant de sortir de leur camp ; mais ces troupes ne voulaient les déposer qu'arès l'avoir quitté, et en jouissant es honneurs accordés aux garnisons des places qui s'étaient vaillamment défendues. GCetic satisfaction leur fut donnée : Burgoyne signa la capitulation, et l'armée qu’il commandait se rendit prisonniere (og. pl. 61et 62).

La campagne que les Américains venaient de terminer si heureusement vers le nord n’avait pas été suivie des mêmes avantages sur les bords de la Délaware, où le général Howe avait porté ses principales forces. Nous avons vu que, vers la fin du mois de juillet, il avait quitté New-York et

embouchure de l'Hudson pour diriger sur un autre point ses opérations militaires. Sans doute il s’était persuadé, en apprenant alors les premiers succès de Burgoyne, et la prompte réduction de Ticondéroga et des forts Anne

douard et George, que ce général pourrait aisément poursuivre seul son expédition : lui-même se croyait assez fort pour tenter une entreprise qui fût encore plus décisive; et, désirant attaquer les Américains au @entre même de leur puissance, il mit à la voile avec LS + hr de troupes européennes , € es autres ri de volontaires ar en Amérique. On laissait dans l'état de New- York six mille hommes sous les ordres du général Clinton ; un même nombre avait été envoyé dans le Rhode-Island, et sir William Howe pensa que ces deux corps suffiraient pour occuper et retenir sur les rives de l’Hudson et dans la Nouvelle-Angleterre les trou-

s américaines destinées à leur déense.

Pendant longtemps on ignora sur quel rivage il désirait descendre , et la contrariété des vents le retint en mer un mois entier. Ce fut seulement lorsqu'il eut doublé le cæp May, situé à l'entrée de la Délaware, qu’on eut les premiers indices de la direction

qu’il avait prise. Washington alors se hôta de qu tter les hauteurs du New- Jersey, où il s'était maintenu avec son armée ; il gagna l’intérieur de la Pensylvanie, traversa le Schuylkill, et s'avança jusqu'aux bords du Brandywine, au dela duquel l'armée anglaise avait déjà pris position. Elle avait débarqué, le 25 août, au fond de la baie de la Chésapeake, avait traversé le lit du Christiana, et n'était plus séparée des Américains que par une rivière pubs sur plusieurs points. On s’atendait à une prochaine bataille, qui fut en effet engagée le 11 septembre dès la pointe du jour. Les troupes britanniques étaient partagées en deux colonnes ; celle de droite, commandée par le général Knyphausen, devait tenter le passage du Brandywine; et celle de gauche, sous les ordres de Cornwallis, était chargée de remonter par un long détour vers les différentes rivières qui se jettent dans le lit prinopel. Le passage de chacun de ces aflluents n'offrait aucun obstacle, et Cornwallis devait tourner les positiens de l’armée américaine; tandis que Knyphausen, continuant contre elle une fausse attaque, attirerait sur lui ses forces principales, et la mettrait hors d’état de résister sur d'autres points.

Ce stratagème eut un plein succès, et l'aile droite de l’armée américaine fut bientôt enveloppée par les troupes de Cornwallis, sans pouvoir se dégager de cette périlleuse position. Les avantages obtenus par l'aile gauche contre Knyphausen ne pouvaient ni balancer ni réparer ce dommage ; ils se bornaient à contenir l'ennemi, et à lui disputer le passage du fleuve. pren qu avait d’abord employé sur ce point des forces nombreuses, changea ensuite l’ordre du combat, et vola au secours de son aile droite, dont les différentes brigades, commandées par Stephens, Sterling et Sullivan, étaient aux prises avec l'ennemi; mais les mouvements de Cornwallis étaient si rapides que chacun de ces trois corpsavait été forcé avant qu’on pût arriver à son aide. Ces premiers revers devinrent irréparables,

et en portant sur ce point de nouvelles troupes pour y rétablir le combat, on affaiblit le reste de l’armée. La division du général Waine ne suffisait plus pose contenir au delà du Brandywine es troupes de Knyphausen : elles passèrent le fleuve, et prirent part à la victoire. L'action avait duré jusqu’au soir, et le général Greene, qui commandait un corps de réserve, ne se retira qu’à l'entrée de la nuit. Les troupes américaines se replièrent précipitamment sur Chester, d’où elles gagaèrent Philadelphie. L'armée avait erdu quatorze cents hommes, tués, blessés ou faits prisonniers. La perte des Anglais fut moindre; ils avaient eu sur tous les points la supériorité du nombre.

Le marquis de la Fayette, arrivé aux États-Unis depuis plusieurs mois, se trouvait à cette journée, et portait pour les Américains ses premières armes. Agé de vingt ans, et animé de sentiments généreux, il n’avait pu voir sons émotion la carrière qui s’ouvrait en Amérique au courage et à la gloire militaire. La pensée d’associer son nom à celui des défenseurs de l’indépendance avait enflammé son zèle, et

our chercher ce genre d'illustration, il avait traversé l'Océan, et s'était présenté comme volontaire. La bataille de Brandywine fit remarquer sa valeur : il y fut blessé; mais il persista encore à combattre, et il arréta autant qu’il le put le désordre de la retraite.

On remarqua parmi les étrangers qui prirent part à ce combat Casimir Pulawski, cet .intrépide défenseur de la confédération de Bar. Il était le seul de sa famille qui eût survécu aux revers de la Pologne, affaiblie en 1772 par un premier partage, Pulawski disparus à cette époque, et son exil voontaire le sauva du supplice qui lui était destiné ; maïs, à la nouvelle de l'insurrection américaine, il passa dans le nouveau monde. Les services d’un guerrier si habile et si brave le firent rechercher : il obtint le commandement d’un corps de cavalerie , et justifia la haute confiance qu’il avait

k inspirée.

La perte de là bataille de Brandÿwine ne découragea point les Américains. Le congrès soutint ce rever.

avec constance; il ordonna de nouveaux renforts pour l’armée, et Washington fut autorisé à requérir tous les approvisionnements nécessaires.

Ce général, ayant ranimé l’ardeur de ses soldats, seretrouvait, cinq jours plus tard, en présence de l’ennemi, et il était prét à lui livrer un nouveau combat. L'occasion qu’il cherchait lui ayant manqué, il se retira dans les vallées supérieures du Schuylkill; et 1e général Howe put alors: se diriger vers Philadelphie, où l’armée anglaise fit son entrée le 26 septembre. Le congrès venait d’en sortir : il s'était transporté à Lancastre, où il continuait de veiller avec le même zèle a besoins et à la défense de la patrie.

Les Anglais fixèrent ensuite leur ques énéral à Germantown, à

ouze milles au nord de Philadelphie ; mais en pénétrant dans cette contrée, ils avaient à diviser leurs forces. Quatre bataillons restèrent dans la capitale sous les ordres de Cornwallis; trois autres furent détachés pour ‘’em

arer des forteresses qui interceptaient es communications de cette place avec la partie inférieure de la Délaware, et qui empéchaient la flotte britannique

e porter à l’armée de terre des approvisionnements et des secours.

Le moment cù le général Howe était affaibli par ces détachements parut favorable à Washington pour former une nouvelle entreprise. Etant venu preurs position sur les rives du

chippach, à dix-huit milles de Germantown, il quitta son camp le 3 octobre, à l’entrée de la nuit, et le lendemain , il attaqua les lignes anglaises.

Ce fut sur le centre que se dirigèrent ses principaux efforts ; mais on devait en même temps engager les deux ailes, pour qu’elles ne vinssent point au secours des corps intermédiaires. Les premières charges réussirent, et les troupes américaines pénétrèrent dans Germantown; mais elles ne purent parvenir à déloger le colonel Musgrave d’un édifice où il s'était retranché avec

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Là il travailla de nouveau à réparer ses pertes, à relever la confiance de ses troupes, à les remettre en état de tenir la campagne, et de ressaisir la fortune qui leur avait échappé deux fois. Le congrès ne lui imputa point sa disgrâce : il honora la vertu malheureuse, loua l’habileté du plan que le

énéral avait conçu, et ne fit porter le Flâme que sur quelques hommes qui ne l’avaient pas secondé.

Si nous rapprochons les dates des principaux événements militaires qui se passèrent dans les régions voisines de l’Hudson et de la Délaware , nous voyons que la victoire balançait alors ses faveurs entre les deux partis. Le général Howe avait gagné, le 11 septembre, la bataille de Brandywine, et il avait remporté à Germantown un second avantage le 4 octobre; tandis que Burgoyne, aux prises avec les Américains depuis le 19 septembre, éprouvait à Saratoga, le 7 octobre, une défaite sanglante et décisive, et setrouvait réduit, quelques jours après, à se rendre par capitulation avec son corps d'armée.

Les nouvelles de ces revers et de ces succès parvinrent en Europe vers la même époque, et les négociations que les caro des États-Unis suivaient avec la France prirent une nouvelle activité. Si les revers faisaient attacher une haute importance à obtenir les secours d’un puissant allié, les succès montraient tout ce que les Américains pouvaient faire pour leur propre défense : iis honoraient leur dévouement, leur courage ; ils faisaient

DAMÉRIQUE. 237

dignement apprécier leur amitié, et les deux nations se sentaient disposées par une estime mutuelle à marcher sous les mêmes drapeaux. Nous pour-

-rions même ajouter que les pénibles

épreuves à travers lesquelles l’illustre général Américain avait passé faisaient prendre un intérêt plus vif à la cause dont il était l’inébranlable et vertueux défenseur. On ne pouvait voir qu’avec une profonde vénération pour lui, cet homme, toujours grand dans l’infortune , faire constamment face au victorieux, relever par l’ascendant de son caractère les âmes qui se découra-

eaient, et ravir aux ennemis le fruit

e leurs avantages. On louait en France l’habileté du général Gates et la valeur de ses troupes, triomphant du général Burgoyne; mais le nom révéré de Washington, supérieur même dans ses disgrâces, recevait d’autres hommages ; et la politique d’un gouvernement éclairé, les penchants d’une nation sensible à tout ce qui est grand et beau, se laissaient influencer par de telles impressions. Louis XVI fit déclarer, le 16 décembre 1777, aux envoyés américains, que la France conclurait avec eux un traité, et qu’elle soutiendrait de toutes ses forces la cause des États-Unis. Dès ce moment on suivit avec un intérêt encore plus vif tous les événements d’une guerre à pelle on allait prendre part, et que l’on s’accoutumait à considérer comme nationale.

Les Anglais quittèrent Germantown quelques jours après le combat qu'ils y avaient livré, et ils se replièrent sur Philadelphie. Leur intention était de s'emparer des forts que les Américains occupaient encore sur le cours inférieur de la Délaware. Le fort Mercer, situé à la pointe de Red-Bank, fut attaqué par les Hessois, le 22 octobre; mais ils furent repoussés, et le colonel Donop, qui les commandait, mourut de ses blessures. Une attaque, dirigée en même temps contre le fort Mifilin, n’eut pas plus de succès ; mais les Anglais la renouvelèrent, le 15 novembre, avec des troupes et une artillerie plus nombreuses : leurs batteries

eurent bientôt ruiné les retranchements; les fossés furent comblés; on se préparait à donner l’assaut le lendemain, quand la garnison américaine, trop faible contre le corps qui l’assiégeait, se retira pendant la nuit, et gagna le fort Mercer. Ce dernier poste ut ensuite évacué par les Américains, à l'approche de lord Cornwallis, qui avait passé sur la rive gauche de la Délaware pour l’emporter de vive force : une diversion, tentée par le général Greene pour pro cette ft resse, n’eut aucun succés.

La prise de ces deux postes n’assurait pas encore aux Anglais la libre navigation du fleuve, où les Américains conservaient une flottille de dix-sept bâtiments; mais les Anglais parvinrent à la bloquer étroitement ; ils la rejetèrent dans les eaux supérieures, et, lorsqu'on w’espéra plus pouvoir la défendre, on y mit le feu, pour qu’elle ne tombât pas aux mains de l'ennemi, dont elle aurait accru les forces navales.

Les avantages que le général Howe avait successivement obtenus ne le rendaient cependant pas maître de la campagne; ils avaient été assez longtem disputés pour donner à Washington temps de recevoir des renforts ; quatre mille hommes de l'armée du nord lui étaient amenés par ‘e général Gates :

ils le rejoignirent sur les rives du pates pt qu’il occupait encore, et quand ses troupes furent réunies , elles s’élevèrent à quinze mille hommes.

Washington porta son camp à White- March, et le général Howe, qui se rapprocha de lui le 4 décembre, ne pouvant ni le forcer dans ses lignes, oi l'uttirer hors de cette position, résolut, après s'être inutilement fatigué par des marches et des contre-marches, de prendre ses quartiers d'hiver a Pliladelphic; Washington établitlui-même ses cantonnements à Walley-Forge, située sur la rive droite du Shuyikill.

La saison était trop rigoureuse pour qu'on pût tenir l’armée sous la tente :

elle se constriisit des baraques, des huttes, qui fureu élevées en quelques jours; et, après une pénible campagne de quatre mois, l’armée américaine

ré ne oûter quelque repos sous ces i voue. pr La telle fut exposée à

de nouvelles privations. Les magasins de vivres furent bientôt épuisés; la contrée voisine ne pouvait plus fournir d’approvisionnements, et les habitants plus éloignés n’en apportaient euxmêmes aucun, soit qu'ils fussent déjà appauvris par la rre, soit que l’appât du gain décidât un grand nombre d’entre eux à conduire leurs denrées à Philadelphie, où ils étaient sûrs d’en recevoir immédiatement le prix, plutôt qu’à Walley-Forge, où on n'avait à leur donner que des promesses de rar

armée américa'ne se trouvait ainsi menacée d’une disette absolue : elle manquait de magasins d’armes et d’habillements, et, pour subvenir à ses besoins, il fallut recourir à des réquisitions; mais plus elles s’exerçaient avec rigueur, plus les habitants mettaient de soin à cacner leurs dernières res.

sources, afin de les réserver pour euxmêmes. On cherchait à tout prix à se procurer des effets d'équipement et des subsistances, et le congrès multiplia, pour s'acquitter, les émissions de papier-monnaie; mais à mesure qu’on en augmentait la quantité, on en voyait décroître la valeur, et bientôt cette dépréciation fut sans bornes. Le congrès crut remédier au mal, en fixant un maximum pour le prix de toutes les choses nécessaires : cette dernière mesure acheva d’éloigner les vendeurs , et ne fit qu’augmenter le dénâment; les articles soumis à la taxe devinrent d’une extrême rareté, et, pour les faire reparaître dans les marchés, il fallut permettre de nouveau la libre fixation de leur prix.

La difficulté de conduire au camp le peu de provisions qu’on avait obtenues par des achats ou des réquisitions exigeait d’autres efforts : on manquait de charrois et d’attelages, et souvent les soldats étaient réduits à faire eux:

mêmes ces transports pénibles. La plupart étaient privés de chaussures, leurs vêtements tombaient en lambeaux; on n'eût pas cru que ces hommes à demiaus, exténués par es privations et les

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celui de la gloire, ne les eussent sou-

tenus au milieu des adversités, et ne

leur eussent montré en perspective la

palme qui devait couronner leurs tra-

vaux.

Cependant les misères de l’armée écaient si grandes qu'il y éclatait quelquefois de violents murmures contre le général; les mutins s’en prenaient à lui des calamités qu’on avait éprouvées, soit par les vicissitudes de la guerre, soit par le manque absolu des approvisionnements : 11 s’était formé, en faveur du général Gates, un parti puissant; et l’habileté, la prévoyance de Washington, étaient mises en doute, parce qu’il n’avait pas touiours pu vaincre la supériorité du nombre de ses ennemis, et tous les fléaux que la rigueur de: ‘: ::ison, l’épuisement de la terre et: :: ais vouloir des factions, avaient ::: ‘aés contre lui.

Ce fut à la même époque qu’un comité inilitaire proposa au congrès d’envoyer un corps d'armée dans ie Canada:

on voulait en confier le commandement à la Fayette, dans la persuasion qu’un nom français pourrait redevenir populaire dans cette contrée et Ë soulever un parti puissant; mais lorsque ce nouveau général se rendit à Albany, pour se mettre à la tête des troupes qui devaient y être rassemblées, il ne les y trouva point, et fut bientôt rap-

lé au camp d’où il était parti. Was-

ington n'avait pas été consulté sur ce

rojet d'expédition, et les premières invasions du Canado avaient été si infructueuses, qu’il pouvait regarder comme intempestif de renouveler alors une telle entreprise.

Tandis que l’on formait sans lui un plan militaire, si promptement conçu et abandonné, tandis que l’on cherchait à lui donner pour successeur le vainqueur de Saratoga, et que des lettres anonyines, de faux rapports, de sourdes intrigues, étaient habituellement dirigées contre Washington, ce grand

citoyen constant dans ses devoirs, s’attachait à soulager l’armée, à retenir sous les drapeaux les hommes dont l'engagement était expiré, à faire obtenir fe nouvelles récompenses à ceux qui serviraient jusqu’à la fin de la guerre, à concerter tous les moyens de reprendre, au retour du printemps, le cours de ses opérations militaires. 1l n'avait été déterminé par aucune vue ambitieuse à accepter le commande.

ment de l’armée, et il était prêt à le résigner, aussitôt qu’il ne serait plus soutenu dans cet honorable et difficile emploi par les vœux qui l'y avaient porté; mais les plaintes de ses ennemis ne furent point accueillies par le congrès; une vertu si pure en triompha, et les destinées de son pays, qui étaient alors étroitement liées aux opérations de la guerre, lui furent encore confiées.

Pendant ces moments de crise, les négociations commencées avec le gouvernement français, par Benjamin Franklin, Silas Deane et Henri Lee, faisaient journellement des progrès.

La France se préparait en même temps à la guerre : il fallait que ses forces fussent prêtes au moment où elle se déclarerait alliée; toute proclamation prématurée compromettrait sa dignité, sa puissance, et pourrait rendre moins efficace sa coopération.

La France avait d’ailleurs un autre écueil à éviter : elle savait que le gouvernement britannique cherchait alors à se rapprocher des Américains, et que, s’il pouvait parvenir à une réconciliation, son but était de réunir les forces des deux peuples et de les tourner contre la France. Les faveurs accordées aux États-Unis par le gouvernement français, les approvisionnements qu’ils s'étaient procurés dans ce royaume, les envois d'armes et de munitions que le commerce leur avait faits, annonÇaient une prochaine alliance entre les deux pays : l’Angleterre voulait la prévenir, et sachant que les envoyés du congrès étaient autorisés à ouvrir à Londres, comme à Paris, une négociation, et à consentir à un traité de paix qui réservât et assurât leur indépendance, elle se montrait disposée à

faire en leur faveur les plus grands sac’ifices, si elle pouvait compter sur leur coopération dans la guerre qui allait éclater entre les deux couronnes.

Dans une situation si délicate, le gouvernement français voulait avoir la certitude que, s’il s’engag’ ait à soutenir pr les armes la cause es États- Unis, congrès ne ferai, point la paix sans lui. prudence le portait à temporiser jusqu’à ce qu’il eût mis à couvert les intérêts de la France, et qu’il eût affermi ses relations amicales avec les autres puissances du continent.

Ses vues n’avaient rien de provocateur contre elles, et son intervention en faveur des Américains était justifié:

par des exemples analogues. L’Angleterre n’avait-elle pas encouragé et soutenu en Corse les efforts de Paoli, quand cet homme célèbre avait voulu rendre l'indépendance à son pays? La Grèce n’avait-elle pas été excitée plusieurs fois à secouer le joug de la Porte ottomane? Si l'émancipation de quelques peuples européens avait trouvé

es protecteurs, était-il étrange de favoriser celle d’un grand pays, séparé de ses anciens maîtres par l'Océan, et déjà entièrement détaché d’eux par plusieurs années de guerre, et par une diversité d'intérêts qui ne permettait plus le retour de la sujétion? L’appui donné à l'indépendance des Américains, quelque temps après le premier démembrement de ia Pologne, était une sorte de satisfaction accordée à la grande famille de l'humanité. Un nouveau peuple allait s’élever, brillant de jeunesse et de force, et la France attachait quelque gloire à seconder de si grandes destinées : le rang qu’elle occupait dans la civilisation , et l'habitude qu’elle avait prise d'en favoriser les progrès, devaient gouverner sa politique, et contribuaient à la rendre plus généreuse.

On vit bientôt un témoignage de res nobles dispositions de la France dans les ciauses des traités qu’elle couclut avec les États-Unis, et qui furent signés le 6 février 1778. Ces traités consacrèrent les principes de droit des gens et de liberté commerciale, que ce

gouvernement avait hautement procha més, et pour le maintien desquels il devait encore combattre. Les Américains, en introduisant ces. maximes dans leurs premiers traités, en firent eux-mêmes la. base de leurs transactions ultérieures avec d’autres États.

et la France doit s’honorer de linfluence qu put exercer à cette époque sur le caractère de leur législation maritime.

Ces traités hissèrent à chacune des deux puissances la liberté de modifier à son gré ses règlements relatifs au commerce et à la navigation, et celle de faire participer les autres États aux avantages qu'elles s’accordaient l’une à l’autre. On ne voulait fonder les relations du commerce que sur son utilité réciproque et sur les lois d’une juste concurrence, et le gouvernement français avait formellement déclaré qu’il ne prétendait à aucune concession exclusive : il désira même faciliter davantage le commerce des États- Unis, soit en leur accordant en Europe et dans les Antilles plusieurs ports francs, soit en employani ses bons oftices près des régences barbaresques, pour qu’elles n’exerçassent aucune vioence contre les navigateurs américains.

Les deux peuples s’accordèrent toutes les faveurs, toutes les libertés qui er multiplier leurs relations.

e droit d’aubaiue et de détraction fut supprins entre eux : ils devaient mutuellement jouir, dans les États l'un de l’autre, de tous les avantages accordés à la nation la plus favorisée :

on promettait réciproquement asile et secours à tous les navires placés dans un péril imminent : toute marchandise, Rares sur les pirates, devait étre rendue à son propriétaire; les prises

faites sur l'ennemi pouvaient librement

entrer dans les ports de l’un ou de l'autre allié : aucun habitant de l’un des deux pays ne pouvait prendre de lettres de marque pour armer contre l’autre puissance.

On admettait, comme principe de droit maritime, que le pavillon couvrait ia marchandise; que si le navire

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Les navires de commerce de l’une et de l’autre partie pouvaient librement naviguer avec toutes les marchandises chargées à leur bord , quel qu’en fût le propriétaire, et de quelque part qu’ils vinssent. Ils pouvaient fréquenter les ports et les havres des puissances ennemies, se rendre d’un port ennemi dans un port neutre, et même d’un port ennemi dans un autre port ennemi : le transport de la contrebande était excepté, et il était permis de la saisir ; mais toutes les autres marchandises pouvaient être librement conduites à leur destination. On désignait sousle nom de contrebande les ärines, les munitions, les ustensiles de guerre, et l’on n’y comprenait point les provisions qui servent à la nourriture de l'homme et au maintien de la vie, les métaux, les bois, les autres articles qui w’ont pas la forme d’un instrument préparé pour la guerre de terre ou de mer. Des passe-ports et des certificats de chargement devaient être donnés aux navires, quand l’une des deux parties était en guerre, afin de constater la nature de leur expédition :

on dégageait de toute forme vexatoire la visite de ces bâtiments : elle n’avait pour but que de vérifier leurs passeports et de constater leur propriété.

En signant avec les Américains ce traité d'amitié et de commerce, ie gouvernement francais ne déclarait point la guerre à l’Angieterre, mais ses nouveaux liens lui faisaient prévoir que la p&ix pouvait être incessamment rompue entre les deux couronnes : un traité d’alliance fut conclu pour ce cas éventuel , et la France et les Etats-Unis résolurent de concerter leurs projets et leurs efforts contre toute agression ennemie, Le but essentiel de ce traité était de maintenir la liberté , la souveraineté, l’indépendance absolue et illimntée des États-Unis. Si l’une des deux parties formait quelque entrecrise, dans laquelle elle eût besoin du ce. rours de l’autre puissance, celle-ci

se joinarait à elle, pour agir de concert, autant que sa propre situation le lui permettrait. Dans le cas où les États-Unis tenteraient de réduire la puissance britannique, soit dans les régions de l'Amérique septentrionale qui lui restaient encore, soit dans les Bermudes, les conquêtes qui seraient faites leur appartiendraïent; sila France jugeait à propos d’attaquer les îles anlaises des Antilles, elle garderait égaement ses acquisitions. Aucune des deux puissances ne conclurait la paix avec, la Grande-Bretagne, sans avoir obtenu le consentement de lautre partie; et toutes deux s’engageaient à ne pas déposer les armes, avant que l'indépendance des Etats-Unis fût assurée par les traités qui termineraient la guerre.

La nouvelle des engagements qui venaient d’être contractés transpira promptement en Angleterre. Le gouvernement français lui-même n’attendit point, pour avouer officiellement ses transactions, qu’elles eussent été ratifiées par le congrès. Le marquis de Noailles , ambassadeur de France à Londres, déclara le 18 mars qu’un traité d’amitié et de commerce avait été signé entre Sa Majesté très-chrétienne et les États-Unis; que les deux parties contractantes avaient eu l’atvention de nc stipuler aucun avantage exclusif en faveur de la nation franaise, et que les Américains avaient la faculté de traiter avec toutes les nations, sur le même pied d'égalité et de réciprocité. Gette déclaration faisait aussi connaître que ia France était déterminée à protéger efficacement la liberté légitime de son commerce et l'honneur de son paviilon, et qu’elle avait pris en conséquence des mesures éventuelles avec les États- Unis.

Jamais aucune résolution n’avait été accueillie en France avec plus de faveur. L'occasion de réparer de grandes pertes venait à s’offrir; mais on ne songeait point à reconquérir sur le continent d'Amérique d’anciennes possessions abandonnées; on avait même formellement déclaré que l’on y renon-

16° Livraison. (ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. ) 16

çait. Une politique plus éclairée fai sait Pa les armes, ét la France voyaït dans le démembrement des possessions de l’Angleterre la fondation d’une nouvelle puissance.

Un des hommes qui avaient le plus contribué à l’ailiance des États-Unis avec la France, Franklin vit alors Voltaire, qui venait jouir à Paris de ses derniers triomphes. L’entrevue de ces hommes célèbres eut lieu au mois de mars 1778, et après l'entretien qu’ils eurent ensemble sur de si grands intérêts, Franklin, présentant sor netitfils au vieillard de Ferney, lui demanda de le bénir : « Dieu et la liberté! dit « Voltaire, voilà la seule bénédiction « qui ronvienne au petit-fils de M.

« Franklin. » Ces derniers vœux d’un homme dont les écrits eurent une si grande influence sur la marche de son siècle, nous ont paru dignes d’être consecré:; dans l’histoire.

Aussit$t après avoir reçu la notification du gouvernement français, le roi d’Angleterre rappela de Paris son ambassadeur, et il adressa, le 17 mars, un message au parlement, pour obtenir lies moyens de soutenir avec vigueur la guerre qui allait s’engager.

On mit en délibération dans la chambre des communes s’il fallait chercher à se réconcilier avec les États-Unis en reconnaissant leur indépendance, ou s’il fallait à la fois soutenir la guerre contre la France et contre les insurgés : ce dernier avis l’emporta. La même discussion fut ouverte ensuite dans la chambre des pairs, et ve fut dans cette circonstance solennelle que le comte de Chatam prit la parole pour la dernière fois. Ce grand ministre avait souvent proposé des moyens de rapprochement entre l'Angleterre et ses colonies, et il s'était prononcé contre les mesures impolitiques qui avaient amené leur séparation; mais il espérait encore que cette désunion ne serait pas irrévocable ; il s’indignait gron voulût faire renoncer son pays

‘a souveraineté de l’Amérique , et il rassembla le peu de forces qui lui restaient pour élever sa voix contre le démembrement de cette untique et

noble monarchie. Il ne voulait point que l’Angleterretombât prosternée aux pieds de la maison de Bourbon, et, si la paix ne pouvait se maintenir, il demandait que l’on commençât la guerre sans hésiter. L’agitation et le trouble de cette discussion épuisèrent ses forces défaillantes ; il s’évanouit au milieu du parlement, et transporté chez lui säns connaissance , il rendit, quelques jours après, le dernier soupir. Sa mort futen Angleterre un snjet de deuil. L'homme d'État, l’orateur était également illustre : il fut inhumé à côté des rois dans l’abbaye de Westminster.

Pendant les préparatifs de guerre .

qui se faisaient en Europe, les traités conclus entre la France et l'Amérique étaient ratifiés par le congrès , qui les reçut le 5 mai, avec de viv”s démonstrations de reconnaissance. Louis XV fut honoré comme le bienfaiteur des Étts-Unis, et l’on espéra avec une co. äance nouvelle le succès d’une cause qui venait d'obtenir un si puissant et si pénéreux protecteur. L'alliance des deux pays fut également proclamée au milieu des camps, et cette heureuse nouvelle y fut accueillie avec les mêmes sentiments d'affection.

L'union des deux puissances était assurée, quand plusieurs commissaires britanniques arrivèrent le 9 juin à Philadelphie, avec la mission de négocier une réconciliation entre l’Angleterre etles Américains. Ils proposaient la cessation des hostilités, la reprise du commerce, la libération des dettes de l'Amérique, l'établissement d’un autre mode d'administration. Les colonies auraient des députés dans le parlement britannique; elles établiraient elles-mêmes les bases de leur législation et de leur administration intérieure; leurs ressources et leurs forces seraient unies à celles du royaume, dans la paix comme dans la guerre, et enfin elles jouiraient de tous les press compatibles avec la liberté

ritannique.

Quelque étendues que fussent ces concessions, le congrès n’y voyait point une reconnaissance formelle de

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l'indépendance des États-Unis. Il déclara que cette reconnaissance seule pourrait devenir la base d’une négociation , et toutes les propositions des commissaires anglais furent rejetées.

La décision de cette grande querelle continua donc d’être abandonnée à la fortune des armes.

Les troupes américaines semblaient alors devoir être accablées d’une si pes charge, et la constance de

ashington avait à soutenir les plus difficiles épreuves. Les progrès de la disette, et l’insuffisance des fournitures faites par les administrations obligèrent souvent ce général à faire enlever des vivres et des fourrages par des détachements armés. Les généraux Wayne et Greene, le colonel Tilgman, le capitaine Lee furent envoyés dans les contrées voisines pour y chercher des approvisionnements. La désertion devint une autre calamité : un grand nombre d’hommes quittèrent leurs drapeaux. Les milices dont les engagements venaient d’expirer ne furent pas complétement remp acées, et le camp de Valley-Forge n'était plus que de cinq mille hommes au premier février, LE eût été d’abord de quatorze inille.

La situation du général anglais était plus favorable : il hivernait dans un pays riche; l’abondauce régnait dans ses cantonnements, ct ses troupes étaient plus nombreuses. Néanmoins, malgré sa supériorité, il ne tenta rien d’important pendant l'hiver; on se borna de part et d’autre à quelques incursions et à des affaires de postes. Washington faisait garder avec soin les approches de son camp; et deux milie hommes d'élite furent mis sous les ordres de la Fayette, qui devait changer souvent de position, pour harceler l’ennemi et l'empêcher de se répandre dans l’intérieur.

La Fayette s’avança jusqu’à huit milles de Valley-Forge, et il occupait la position de Baren-Hill, lorsque le général Howe conçut le projet de le surprendre. Un corps de cinq mille Anglais. placés sous les ordres du généra! Grant, fut chargé de iui couper

la retraite, et ce corps, expédié dans la nuit du 19 mai, vint en effet se placer entre lui et l’armée américaine; mais la Fayette, ayant ‘u l’éveil sur ce mouvement avant : : ‘il fût terminé, se hâta de gagner le schuylkill. Ses manœuvres continrent les troupes ennemies ; il passa le fleuve au gué de Matson, sarrs éprouver de résistance, et il rejoignit heureusement le camp de Valléy-Forge.

Bientôt après , le genel Hovwe quitta le commandement de l’armée britanniue, et eut pour successeur Henri linton, qui venait d'arriver à Philadelphie. Le projet d'évacuer cette place et de diriger sur un autre point les opérations militaires avait été résolu, et le général Clinton fit tous ses préparatifs de départ. Son intention était de se rendre à New-York, en traversant le New-Jersey ; et comme cette province, déjà épuisée par la guerre, ne lui aurait pas fourni d’approvisionnements, il voulut s’en pourvoir, et il les prit sou: son escôrte. L'armée anglaise quitta Philadelphie, qu’elle avait occupée pendant neuf mois; elle passa la elaware le 22 juin, prit terre à Glocester, et, remontant la rive gauche du fleuve, se dirigea ensuite vers Allen- Town, d’où elle pouvait se rendre également à Brunswick ou à Monmouth.

Washington avait quitté, le même jour, son camp de Valley-Forge, et il allait observer les mouvement: de cette armée, afin de saisir, durant sa marche, l’occasion de l’attaquer avec avantage. Déjà il avait envoyé dans le New-Jersey les généraux Dic&enson et Maxwell, pour couper les routes et les onts, et embarrasser la marche de e::214i. Un conseil de guerre eut ensuiie à délibérer si l’on se bornerait à inquiéter la retraite des troupes anglaise:, ou si l’on en viendrait à une action générale. Vernon était de ce dernier avis ; mais la plupart des généraux avaient une opinion contraire; et le généra: Lee surtout croyait qu’il serait imp-udent de remettre aux hasar0s d’r.ae bataille le sort d’une campagn° qui était près de se terminer par la retraite de l’ennemi.

D'abord on évita une bataille rangée; mais Washington ayant fait vivement presser l’arriére-garde britanni-

ue, celle-ci se trouva aux prises avec l'avant-garde américaine, le 28 juin, près de Monmouth, dans le New-Jersey. Clinton, pour ne pas exposer les nombreux bagages de son armée, venait de les faire rapidement filer vers Middletown; il prit, avec Cornwallis, le commandement de l’arrière-rarde, qui commençait à étre engagée, :t ses premières charges rompirent l’avantgurse américaine, placée sous les or-

res du général Lee : cette retraite, qui se fit avec beaucoup de désordre,

evint très-dificile à réparer. Washington s’avarçait avec son corps d’armée, et il parvint, par ses efforts courageux et persévérants, à rar mer le combat , à le soutenir avec av.ntage, et à repousser l’ennemi. La nuit survint, et Washington la passa sur le champ de bataille : il se proposait de renouveler l’action le lendemain; mais Clinton, continuant sa marche à la faveur de l’obscurité, s'était rapidement dirigé sur Middletown, où ses nombreux convois étaient parvenus. L’escadre anglaise, partie de la Delaware, arrivait en même temps à Sandy-Hook :

Clinton et son armée allèrent s’y embarquer pour New-York, où les principales forces britanniques se trouvèrent alors réunies.

La guerre allait recevoir de nouveaux développements, et ses opérations, qui s'étaient bornées jusqu'alors au continent et aux parages de l’Amérique, devaient rapidement envahir différentes régions de l'Océan. Les hostilités entre la France et l’Angleterre commencèrent le 17 juin 1778, par l’attaque de deux frégates françaises, la Licorne et la Belle Poule, que rencontra la flotte de l'amiral Keppel. La guerre n'était pas déclarée, et le commandant de la Licurne, ayant cédé à la sommation qui lui était faite de se rendre sous la poupe de l’amiral anglais, fut retenu prisonnier avec son navire; le capitaine de la Belle Poule ne se rendit point. à cette sommation : il soutint un glorieux combat contre la frégate an-

glaise l’Aréthuse, et, après l’avorr forcée de s'éloigner, il vint jeter l'ancre sur les côtes de France, près de Plouescat.

D'autres hostilités succédèrent au signal de guerre qui venait d’être donné : une flotte française de trentedeux vaisseaux sortit de Brest le 8 juillet; elle était commandée par le comte d’Orvilliers; et l’amiral Keppel, qui était allé renforcer ses armements ans les ports d’Angleter-2, remit à la voile le 9, et parut avec d’égales forces sur les côtes de France. Les deux flottes étaient en vue l’une de l’autre, le 23 juillet, à trente lieues des îles d’Ouessant, et les amiraux manœu-

vrèrent pendant plusieurs jours pour :

se disputer l'avantage du vent et combiner mutuellement leurs évolutions.

Dans leurs mouvements, les flottes se rapprochaient : un engagement devenait :.évitable, et il eut lieu le 27 juillet. Le vent soufflait de l’ouest; la flotte française arrivait en étendant sa ligne du nord au sud; la flotte anglaise étendait la sienne du svd au nord :

toutes deux défilaient ainsi en présence l'une de l’autre, et le combat ayant commencé entre leurs bâtiments les plus avancés, se prolongea successive.

ment sur toute la ligne, à mesure que les vaisseaux se trouvèrent à portée d’y prendre part. Les diverses manœuvres qui furent ordonnées pont l’action changèrent plusieurs fois l’ordre d’attaque, sans rendre cette journée glas décisive; chacune des deux esca-

res fut très-maltraitée : celle d’Ansions le fut dans sa mâture, celle

e France dans le corps même des navires; l’une et l’autre avaient besoin de réparer promptement leurs avaries :

l'une regagna le port de Plymouth, l'autre revint à Brest, et toutes deux furent mises en état de reprendre la mer un mois après; mais, pendant cette campagne, il n’y eut entre elles aucun nouvel engagement.

Le commerce de France avait déjà éprouvé de nombreuses pertes depuis le commencement des hostilités : ses navires, qui n'étaient pas encore convoyés par des vaisseaux de guerre.

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restaient exposés sans défense à la rencontre de l’ennemi, et un grand nombre furent capturés. Ceux du commerce anglais recevaient de la marine royale une protection plus efficace : plusieurs convois qu’elle avait pris sous son escorte arrivèrent heureusement à leur destination; et la France reconnut la nécessité de dou:ner à ses navires marchands une même sauve garde. Elle chercha en même temps à organiser les armements en course contre l’ennemi, et plusieurs ordonnances furent. publiées dans ce dessein : celle du 24 juin 1778 avait pour but d'encourager les capteurs par des gratifications et des parts de prise plus considérables; celle du 26 juillet établit les principes de la course, et détermina les règles qu’on aurait à suivre, soit envers l’ennemi, soit envers la navigation et le commerce des bâtiments neutres. Ces règles étaient conformes à celles du traité conclu entre la France et les États- Unis, où les droits des neutres avaient été formellement réservés. Il était défendu à tout armateur français d’arrêter et de conduire dans les ports du royaume les navires neutres, lors même qu'ils sortiraient des ports ennemis, ou qu’ils y seraient destinés, à l'exception toutefois de ceux qui porteraient des secours à des places bloquées, investies ou assiégées. Si des navires neutres étaient chargés de marchandises de contrebande destinées à l'ennemi, ils pourraient être arrétés, et ces marchandises seraient saisies et confisquées; mais les bâtiments et le surplus de la cargaison seraient relàchés. Les autres articles s’appliquaient aux navires qui devaient être considérés comme ennemis, d’après le lieu de leur fabrication, la nationalité de leurs propriétaires. de leurs commandants ou de leurs équipages ; l’irrégularité de leurs pièces de bord, ou le jet de quelques papiers à la mer.

Ces différentes règles maritimes se trouvaient consacrées depuis longtemps par une puissante autorité, par celle des traités d’Utrecht, qui, en établissant en 1713 les bases de la politique européenne, perfectionnèrent alors le

droit public et le droit des gens, firent faire de nuuveaux pas à la civilisation, et eurent pour résultat d'améliorer la condition des neutres, et de circonscrire dans de plus étroites limites les malheurs inséparables de la guerre.

Ces traités avaient formellement déclaré que les navires marchands pouvaient se rendre d'un port neutre ou ennemi dans un autre port ennemi, et que la liberté de commerce et de navi-

ation s’étendait à toutes les marchan-

ises, excepté à la contrebande de guerre : on avait ég«lement reconnu qu’il fallait considérer comme neutres toutes les raarchandises trouvées à bord d’un bâtiment neutre.

La France était restée fidèle à ces principes, qui tendaient à favoriser la circulation générale du commerce; mäis l’Angléterre, se croyant alors plus intéressée à restreindre les libres communications des neutres, cherchait à faire revivre d’anciens princi-

es du consulat de mer, tombés depuis ongtemps en désuétude, et contraires au droit du pavillon; elle prétendait arrêter les marchandises ennemies trouvées sur bâtiment neutre. On la vit même, dans plusieurs déclarations , appliquer e droit de blocus à des lieux dont ses escadres étaient encore éloignées, et comprendre dans la contrebande de guerre les articles nécessaires à la subsistance.

Cette divergence d’opinion sur les principes du droit maritime amena de nouveaux conflits entre les puissances, et nous aurons à en suivre plus tard le développement.

Avant que les hostilités éclatassent en Europe, une flotte française, commandée par le comte d'Estaing, et composée de douze vaisseaux de ligne et de quatre frégates, se rendait dans les mers d'Amérique : elle avait appareillé de Toulon le 13 avril; mais sa traversée dura près de trois mois, elle fut successivement contrariée par des calmes et des tempêtes. L’amiral, désirant que ses vaisseaux fussent constamment ralliés, mettait en panne toutes les nuits, afin que leur marche au milieu de l’obscurité ne les séparât

er eee mine See pabemmteent-—.—

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point, et qu'aucun d’eux ne fût rencontré isolément par l’ennemi. Il prévoyait qu’au bruit de son départ, l’Angleterre aurait mis en mer une escadre pour le chercher; et, en effet, une flotte de treize vaisseaux et de quelques frégates, commandée par l’amiral Byron, avait été détachée à sa poursuite; mais elle ne partit d’Angleterre qu’au milieu du mois de juin, et, avant de gagner les côtes des Étate-Unis, elle se dirigea vers Haifax.

Le comte d'Estaing arriva le 8 juillet à l’entrée de la Delaware : il apprit que l'escadre anglaise de l'amiral Howe en était partie le 18 juin, pour se rendre dans la baie de New-York; et, prenant lui-même cette direction, il parut le 11 juillet à la hauteur de Sandy-Hook.

Mais il restait en dehors de la baie:

les rapports des pilotes lui faisaient craindre qu’il n’y eût pas assez d’eau pour ses grands navires, sur le banc de sable qui s’étend entre cette pointe et lextrémité de Long-Island ; il ne crut pas pouvoir franchir cette passe avec sa flotte entière, et, ne pouvant attirer l’ennemi hors de la baie, il alla tenter une autre entreprise.

Sur ces entrefaites le congrès était rentré à Philadelphie, et il reçut avec solennité, dans sa séance du 6 août, Conrad Gérard, arrivé comme ministre plénipotentiaire de France. Cet habile négociateur des traités conclus avec les Américains était digne de leur amitié : eux-mêmes firent bientôt un semblable choix, et Franklin continua de représenter en France avec une noble simplicité la grandeur naissante de son pays.

Les relations d'alliance des deux peuples s’ouvrirent par une expédition à laquelle l’un et l’autre devaient concourir; elle était dirigée contre les troupes britanniques qui occupaient le Rhode- Island; l’escadre du comte d'Estaing, ayant gagné ces parages, pénétra le 8 août dans la baie profonde qu se prolonge entre cette île et celle

e Conannicut. La place de New-Port devait étre attaquée ra mer et par terre; et l’amiral se disrosait à y faire

À ane ne D RL D ONE API VE D OT RON OPEL ITA SANTE LT SU PE RE

une descente, tandis qu’un corps de troupes américaines , commandées par Sullivan, s'assemblait à Providence , et allait gagner le nordde l’île où New-Port est situé. Les Anglais avaient quelques frégates dans les différents canaux de cet archipel : ils mirent le feu à celles qu’ils n’espéraient pas pouvoir défendre ; ils coulèrent bas plusieurs navires, afin de barrer les passes les plus accessibles; et, pendant qu'ils préparaient leur résistance, ils reçurent Pr pa un puissant secours.

L’amiral Howe parut à la vue de la baie : la flotte qu’il avait à Sandy-Hook s'était accrue de plusieurs vaisseaux de ligne, récemment arrivés dans le même port; et pouvant alors tenir tête à la flotte française, il venait la chercher et la combattre. Le comte d’Estaing avait espéré deux fois se rencontrer avec l’amiral anglais : il n’hésita pas d’accepter l’occasion qui venait s'offrir, et au lieu de tenter un débarquement dont le succès paraissait assuré, il coupa ses câbles le 10 août, pour se porter au-devant de la flotte ennemie. L’une et l’autre escadre furent en présence pendant deux jours, et après s’être disputé l'avantage du vent et de la position, elles étaient à la veille de combattre, lorsqu'une tourmente, survenue dans la nuit du 11 au 12, les dispersa et leur causa des nr si considérables qu’elles furent hors d'état d'engager une action. La flotte de l'amiral Howe regagna la baie de New-York, et celle u comte d'Estaing rentra dans la baie de Rhode-Island. Les Américains espéraient que sa coopération pourrait encore assurer la reddition de New- Port, dont leurs troupes de terre venaient déjà de s’approcher; mais ce général avait pris la résolution de s'éloigner , et d’aller réparer dans le port de Boston les avaries de son escadre : il partit en effet le 22 août; et le général Sullivan fut alors forcé de renoncer à son expédition. Les Américains s'étaient rendus maîtres des hauteurs voisines de New-Port, et ils avaient établi leurs batteries contre la place; mais la garnison, ne crai-

l’un corps de amandées par rovidence , et » où New-Port avaient queldifférents camirent le feu t pas pouvoir bas plusieurs les passes les endant qu'ils ice, ils reçussant secours.

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gnant plus un débarquement, pouvait réunir contre eux tous ses efforts : elle reprit dans plusieurs combats les positions dont Sullivan s’était emparé; et ce général, se repliant en bon ordre vers le nord de l’île, regagna le continent par les passes de Bristol et de Howland , et revint à Providence, qui continua d'être occupé par les trou américanes. Lorsqu'il abandonna l'attaque de New-Port, un renfort de

atre mille hommes, commandés par le général Clinton, était près d'arriver au secours des assiégés : les Anglais apprirent , à leur débarquement sur les bles , que cette place était délivrée, et ils retournèrent à New-York qui était devenu le point central de leurs opérations.

La baie de Buzzard, située à l’est du Rhode-Island, servait alors de refuge aux corsaires américans , et ils y conduisaient une partie de leurs prises ; quelques troupes sous les ordres du

énéral Grey & furent envoyées par

inton : elles détruisirent soixante-dix navires, des chantiers de construction, des magasins de marchandises, 1 firent une semblable Et ete dans «le de Marthas-Wineyard qui donnait égaitincut asile aux corsaires.

Une escadre anglaise, commandée par l'amiral Montaigu, croisait à cette époque dans les parages de Terre-

euve : le commodore Évans en fut détaché avec quelques frégates, et il s'empara, le 14 septembre, des îles de Saint-Pierre et de Miquelon, où les Français avaient alors le dépôt de leurs pécheries. Ces Îles n’ayant aucun moyen de défense, se rendirent par capitulation, et les habitants en furent transportés en Europe. ue

D'autres armements britanniques partirent de New-York, pour faire des incursions sur les côtes du New-Jersey :

le capitaine Ferguson descendit à Egg- Harbourg , brûla les navires et les mapuits qui s’y trouvaient, et détruisit

es salines situées dans le voisinage.

Plusieurs compagnies de la légion de Pulawski étaient cantonnées à quelque distance : l'ennemi, averti de leur position par un transfuge, les surprit et

les tailla en pis: mais Pulaswki, survenant tout à coup avec le reste de sa légion, sauva les débris de ce détachement, et força les Anglais à La retraite.

A l’époque de ces sanglants ravages, les commissaires britanniques chargés d'ouvrir une négociation avec le congrès se trouvaient encore en Amérique.

urs conférences publiques étaient terminées; mais ils avaieut cherché à conserver des relations avec quelques personnages influents : ils fomentaient es partis, poussaient à la paix les hommes timides, EP per es forces que l'Angleterre allait déployer, et faisaient espérer des récompenses à ceux qui l’auraient secondée. Cette correspondance fut dénoncée au congrès, et les commissaires durent cesser leurs obscures démarches : alors ils gardèrent moins de mesures, et avant de quitter l'Amérique ils publièrent un manifeste, où ils firent entendre que leur gouvernement, après avoir inutilement offert la paix aux Américains, allait faire

eser sur eux toutes les calamités de a guerre.

réponse que le con fit à ce manifeste prouva qu’il attendait des citoyens la plus énergique résistance.

« Si vos cités sont menacées, disait-il, « envoyez au loin vos femmes, vos «enfants, vos effets les plus précieux, «et ne gardez que vos armes pour « vous défendre : si on brûle vos ha- « bitations , si on dévaste vos champs, « usez de représailles envers vos en- «nemis, et que tous les maux de la « guerre retombent sur ceux qui l'ont « provoquée. »

Ces menaces, faites de part et d’autre, ne furent pas vaines. L’animosité des partis était déjà si grande que leurs hostilités mutuelles avaient souvent pris un caractère d’extermination, surtout dans les circonstances où l’on avait fait intervenir les nations sauvages. Les désastres que nous allons rapporter en offrent un déplorable exemple.

La colonie de Wyoming avait été fondée dans les vallées supérieures de la Susquéhanna, et près de la branche

orientale de ce fleuve, par dix-sept fainilles du Connecticut, qui avaient acheté ce territoire des nations indiennes. Leur acquisition était antérieure à la guerre de l'indépendance ; et le

ouvernement du Connecticut, celui

e la Pensylvanie se disputaient alors la possession de cette contrée, l’un parce qu'il s’attribuait, d’après sa charte primitive, toutes les régions comprises sous la méme latitude que le Connecticut, entre le 41° et le 42° degré; l’autre parce pi regardait comme faisant partie de la Pensylvanie toutes les terres situées à l'occident du New-York et du New-Jersey. Ces discussivns s’assoupirent, se réveillèrent par intervalles : elles n’empéchèrent point la colonie de prospérer ; et telles étaient la fécondité de la terre, la beauté de la situation, la douceur du climat, qu’un grand nombre d’émigrants du Connecticut vinrent successivement s'établir à Wyoming et dans les autres vallées. On y comptait plus de douze cents familles, à l'époque où la guerre commença : elles occupaient huit arrondissements ou {ownships, dont chacun avait cinq milles carrés d’étendue, et leurs établissements étaient distribués dans les cantons les plus fertiles.

La rupture entre l’Angleterre et l'Amérique livra bientôt cetté colonie à des commotions plus funestes, et fit éclater de vives querelles entre les partisans de la métropole et les amis de l'indépendance. Les premiers étaient les moins nombreux; ils furent persécutés : plusieurs furent dépouillés de leurs possessions ; et ceux qui étaient établis à Wyolucing, Wissack et Standing - Stone, prirent le parti de se réfugier chez les Indiens shawanèses qui occupaient la contrée voisine, et qui étaient au nombre de ceux dont l’Angieterre employait alors les services. Ces Indiens étaient ceux auxquels avait originairement spparen le territoire ; ils donnèrent l'hospitalité aux réfugiés qui leur demandaient asile ; ils envoyérent même des députés aux chefs du bourg de Wyoming qui était le lieu principal de la colonie, afin de

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