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Le capitaine Smith hésitait d'accepter ce titre . il semblait craindre que, sous le gouvernement ombrageux de Jacques [°*, on n'interprétät avec un sentiment de défiance cette espèce d'adoption; car la fille d’un cacique était devenue l’objet d’une sorte de vénération; on lui rendait hommage comme au noble sang d’un souverain.
Mais elle reprit d’un ton ferme ét sévère : « Vous n’avez pas craint de ve- « nir dans le pays de nos ancêtres, et d'y frapper d’effroi tout lé monde, excepté moi : craignez-vous aujourd’hui que je ne vous appelle mon père? Vous le devenez pour moi, et je veux que vous me nommiez votre fille. Ne vous suis-je plus rien, et n’avez-vous dans votre famille aucune place à me donner? Pourquoi m'’ont-ils dit que vous étiez mort? pourquoi ne m'ont-ils jamais « détrompée? »
Pocahontas cédait aux premières impressions de son cœur : elle avait grandi au milieu des sauvages, elle ne savait voiler aucune de ses émotions, et l’aspect inattendu de celui qu’elle avait aimé la plongeait dans un trouble et un attendrissement involontaire. Mais son changement de situation, ses derniers liens, les lois du monde qui l'avait ps , la rappelèrent à elle-même : elle n’eut plus pour Smith qu’une tendre arnitié :
elle était digne de ses respects :; et ce capitaine, qui lui devait la vie, lui rendit à son tour les services qui pouvaient lui être les plus chers, en intéressant le gouvernement britannique au sort des Indiens de sa tribu, et au maintien des relations d’amitié formées avec son père. Smith avait même prévenu le moment de $ôn arrivée à Londres, pour disposer la reine à l’accueillir favorablement : il rappelait dans une supplique adressée à cette l'abri que Pocahontas avait exposé sa vie pour le sauver. « Nous « lui devons aussi, disait-il, le salut de notre colonie, dans un temps « où trente-huit hommes étaient char- « gés de l'occupation de ce vaste ter- « ritoire : elle venait elle-même nous
2ARRARLARERAER
« apporter des secours; elle pacifiait < nos différends avec les Indiens, soit « ges fût l’organe des intentions « dé son père, soit qu’elle fût atta- « chée à notre nation, ou que la Pro- « vidence nous eût réservé son appui.
« Dieu se servit d’elle pour nous pré- « server pendant trois ans de la fa- « mine, des troubles, de la ruine dont « nous étions menacés; et quand la « guerre eut ensuite éclaté entre son « père et les colons que j'avais laissés « en Virginie, ce fut encore à son « intervention que l’on dut le retour « de la paix. » La reine eut égard à des services rendus avec un si généreux dévouement : Pocahontas lui fut présentée; elle RE à toutes les fêtes; elle y fut même assez honorée pour exciter la jalousie, et l’on alla jusqu’à reprocher à John Rolfe d’avoir épousé une princesse royale sans le consentement du roi; mais c'était un orage passager, et quelques explications le dissipérent.
Cette jeune Indienne allait retourner en Virginie, où son influence aurait continué d’être utile au rapprochement des deux nations, lorsqu'elle mourut à Gravesende, en 1617, dans la vingt-deuxième année de son âge; elle laissait un fils; et la famille des anciens maîtres de la Virginie eut par lui de nombreux descendants.
Lorsque Pocahontas vint en Angleterre, un des premiers chefs indiens faisait partie de son cortége. Powhatan l'avait chargé de recueillir quelques informations sur le pays de ses nouveaux alliés, et sur les motifs qui les avaient déterminés à venir former un établissement si loin de leur pays. 1l avait d’abord supposé que les Anglais matñiquaient de bois, de subsistances, de fourrires pour se garantir du froid, puisqu'ils traversaient les mers pour chercher des arbres, du maïs et des pelleteries : sans doute leur pays était stérile, et la population peu nombreuse. Mais à so arrivée à Plymouth, l’Indien fut étonné de Paffluence des habitants : il le fut bien pius à Londres; et voulant un jour compter les passants dans un des quar-
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disait dans la suite aux hommes de sa tribu : « Comptez les étoiles du ciel, « les feuilles des arbres, le sable des « rives de la mer : telest en Angleterre « le nombre des hommes. » Cet Indien priait un jour le capitaine Smith de lui montrer le Dieu des Anglais, leur roi et les princes de sa famille :
Smith s’excusa de ne pouvoir lui montrer la Divinité ; ses autres vœux furent faciles à satisfaire.
Depuis que le capitaine Smith avait uitté la Virginie, on avait entrepris e l’administrer par d’autres principes,
et l’on voulait surtout changer la manière d'assurer les subsistances. La terre avait été cultivée en commun peuins les cinq premières années de ’établissement; on en déposait les récoltes dans un même magasin, et nous avons vu qu’on y plaçait aussi toutes les marchandises importées dans la colonie et nécessaires à ses besoins, ou destinées à un commerce d'échange avec les Indiens; mais on reconnut bientôt que des terres, ainsi cultivées, ne rendaient que de faibles roduits : les hommes laborieux por-
ient le poids entier d’un travail dont se dispensaient tous les autres; la eine était pour le petit nombre, et e profit pour tous. Quand la durée de cinq ans, assignée par la charte à ce mode d’exploitation, fut expirée, on voulut, pour mieux assurer les subsistances de la colonie, s'appuyer sur le principe de la propriété individuelle. Des terres furent divisées enire les habitants ; et, pour en attirer de nouveaux, on promit d’égales concessions à tous ceux qui viendraient s’y établir : chacun d’eux reçut cent acres de terre; mais quand le sol eut acquis plus de valeur, on réduisit à cinquante acres toutes les concessions nouvelles. Tout propriétaire cultiva son propre sol : on lui fournit d’abord les instruments aratoires, et l’on ourvut aux subsistances qui lui étaient nécessaires pour attendre une première récolte. Dès ce moment la colonie cessa d’être à la merci des In-
diens pour ses approvisionnements journaliers ; l’Angleterre n’eut plus à y faire transporter des grains qui s’avariaient souvent dans la traversée, et le commerce avec les naturels du pays devint plus lucratif, à mesure que leurs secours en vivres étaient moins indispensables. Les Anglais varièrent les récoltes de la Virginie, pour les Ce à leurs différents goûts, et l’on reconnut que toutes les graines du midi de l’Europe pouvaient Y prsapirer: Mais la principale culture aquelle on donna ses soins fut celle du tabac, dont nous avons déja remarqué que la plante était indigène ; cette culture devint même si générale, elle fut tellement préférée à toute autre, qu’il fallut quelquefois la restreindre, afin de ne pas sacrifier à un goût de fantaisie l'obligation d’assurer à la colonie ses moyens de subsistance.
Walter Ralegh, celui sl avait créé et soutenu les premiers établissements formés en Virginie, était alors à la veille de terminer sa carrière sur un échafaud, après s’être illustré dans les négociations, dans les lettres, dans les armes, et dans les entreprises maritimes les plus mémorables. On vit, en 1618, Jacques I° sacrifier aux ressentiments de l'Espagne ce grand capitaine, condamné à mort depuis douze ans, comme accusé d’un complot sans preuve contre le gouvernement. Sa longue captivité avait été pour lui une épreuve salutaire; elle ayait développé la force de son ame, ramené son esprit vers les études les plus graves, accru par un grand ouvrage historique sa renommée littéraire. Ralegh était ensuite sorti de la Tour de Londres, sans que sa condamnation eût été révoquée:; mais il se retrouvait dans une position bien supérieure à celle de l’homme qui attend et recoit sa grace : on le plaçait à la tête des armées navales: il es-
lui furent imputés comme un crime.
Sa vie portait ombrage à une puissance qu’on voulait alors ménager ; on Condesendit par faiblesse à d’impérieuses exigences; et comme on n'osait point le punir d’avoir voulu rendre son pays plus riche et plus grand, on fit revivre contre lui une
sentence qui paraissait oubliée : sa .
tête, promise à ses ennemis, tomba sous les coups de l’exécuteur. S’il était vrai qu’une ambition , long-temps satisfaite, et trompée ensuite €Ans ses espérances, eût attaché Ralugh au parti des mécontents, à une époque où l’autorité de Jacques 1°° paraissait ébranlée, les torts qu’il put avoir étaient expiés par les services qu’il avait si long-temps rendus à son pays, et la postérité ne remarque plus que sa gloire et ses malheurs.
n chercha bientôt à perfectionner par de nouveaux réglements l’administration de la colonie, dont on devait les premiers plans à ce grand homme d'état, et la Virginie eut, en 1620, sa première assemblée générale, à James-town : tous les bourgs formés en corporation eurent le droit d'y envoyer leurs représentants. Une cour suprême et des tribunaux inférieurs furent ensuite organisés : la forme du gouvernement anglais était introduite en Virginie, et les colons purens jouir des mêmes libertés que es habitants de la métropole. Un collége pour l'éducation des enfants indiens et pour leur instruction religieuse fut établi à Henrico; les relatiors avec les chefs de tribus furent paisibles, et l’on continua d’encourager par l’exemption temporaire des impôts le système de la colonisation.
ais le gouvernement britannique Fe alors la dangereuse résolution de aire transporter en Amérique cent personnes des deux sexes, condamnées pour dissolution et vagabondage.
En voulant faire de cette contrée un réceptacle de bannis, on fit craindre à un grand nombre d'hommes d'aller y former un établissement; et une mesure que l’on avait regardée comme favorable à l'accroissement de la po-
ulation lui devint nuisible, en écar-
nt l’émigration d’un plus grand nombre. Les hommes qui désiraient se rendre dans les colonies préférèrent celles que l’on commençait à fonder dans la Nontelse AUEAIENE, et la Virginie perdit momentanément la faveur dont elle avait joui.
Pour ramener l'attention publique vers cette dernière contrée, le capitaine Smith fut chargé d’en écrire l’histoire. Aucun homme ne la connaissait mieux; il avait bâti deux fois James-town, avait étendu la colonie
ar ses découvertes, s’était consacré son bien-être, et avait épuisé pour elle toute la fortune que quelques cam-
| pagnes de guerre lui avaient procurée.
compagnie de Londres prit ensuite des arrangements avec quelques marchands aventuriers, pour subvenir d’une manière plus efficace aux travaux et à la conservation de la colonie. On y fit passer des cargaisons d’ustensiles, d’instruments aratoires et d’autres meubles; et comme on avait ouvert les yeux sur le danger dy transporter la lie de la population!, on ne renouvela plus cette épreuve, et l’on envoya en Virginie plus de
cent jeunes ei belles filles, recomman-
dées à la compagnie par leurs mœurs et leur éducation vertueuse. Leur bonne conduite, et la nature de leurs talents, de leurs qualités, de leur caractère, étaient attestées par des certificats individuels, afin d’éclairer le choix des acheteurs qui voudraient en faire leurs compagnes. Le prix de chacune était réglé à cent vingt livres de tabac : il le fut ensuite à cent cinquante ; et les ravages de la mortalité le firent même porter au-delà de cette valeur, afin que les aventuriers pus-
sent rentrer dans les fonds qu’ils,
avaient avancés. Pour les encourager à faire de nouvelles importations, on leur accorda même des terres, d’une étendue proportionnée au nombre de jeunes filles qu’ils enverraient : ces terres devaient être contiguës et former le territoire d’une ville qui recut le nom de Maids-town (ville des vierges). On organisa aussi à la même
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époque un commerce de fourrures avec les Indiens, parce qu’on apprit que les Français et les Hollandais tiraient un grand bénéfice de leurs relations avec les peuples chasseurs dispersés dans le voisinage de leurs colonies. ,
Toutes les mesures étaiént prises pour assurer à la Virginie une situation plus prospère, quand tout à coup les Anglais y furent menacés d’une complète extermination. La mort d’un guerrier indien devint la cause ou le prétexte de cet in.ritoyabls projet. Ce sauvage, auquel :.s Anglais avaient donné le nom de Jacques l’Emplumé, parce qu’il affectait de se parer de plumages, était remarquable par son adresse et son intrépidité. Les Indiens le regardaient comme leur premier chef de guerre. Il avait soutenu un
rand nombre de combats ; et n’ayant ot été blessé, il passait, aux yeux de ces hommes simples, pour invuinérable et immortel. Enfin, les serviteurs d’un Anglais que ce guerrier avait tué parvinrent à se saisir de lui, et en voulant leur résister, il fut blessé mortellement. 11 n’implora, pour toute grace, que d’être enterré secrètement, et de ne laisser après lui aucune trace, aucun indice qui fit soupçonner sa mort : mais elle n’était que trop avérée par sa disparition ; elle fut pour les Indiens un sujet de deuil ; et Opechancanough, devenu chef de leur confédération, prit soin d’aigrir encore leurs ressentiments. Il était ennemi des Anglais, quoiqu'il vint de leur renouveler solennellement ses promesses, et il forma, avec sa nation, le comlot de les massacrer tous. Ce projet ut enveloppé d’une profonde dissimulation : on continua de commercer, de se méler avec eux, de leur montrer les mêmes semblants d'amitié. Les sauvages entraient librement dans les habitations ; la plupart des colons étaient sans armes et n'avaient aucune défiance.
Le 22 mars 1622, jour de funeste mémoire, toutes les plantations dispersées furent envahies à la fois. Des meurtriers avaient été envoyés de tou-
D'AMÉRIQUE. at
tes parts ; ils pénétrèrent subitement partout où l’on n’était point sur ses ardes ; et, en moins d’une heure, rois cent quarante-sept victimes tombèrent sous les coups des assassins. Le massacre aurait été plus général, si la pitié d’un Indien, nommé Chanco, pour Richard Pace, qui l’élevait chez lui, et qui le traitait comme un fils, ne l’eût porté à lui révéler ce complot, la veille du jour de l’exécution. Pace court en avertir le gouverneur de James-town :
la ville est mise à l'abri d’une attaque, et l’on fait précipitamment parvenir le même avis aux plus voisines habitations.
Les malheurs de la colonie et la férocité des hommes qui venaient de la baigner de sang répandirent en Angleterre la consternation. Le capitaine Smith s’y trouvait alors : on dl libéra sur les moycns de mettre les sauvages dans l’impuissance de nuire, et il offrit encore ses services. Il demandsit un navire, trente matelots, un corps de cent soldats, des munitions de que et les moyens de construire que ues chaloupes, à l’aide desquelles il pût rapidement changer de lieu et attaquer les peuplades indiennes , généralement placées vers la rive des fleuves. Il se proposait de les harceler tellement, qu’il les forcerait de quitterle pays, ou de les réduire à un tel état de crainte et de soumission, que la sécurité de la colonie ne pourrait plus être troublée. Ni les services, ni les propos de Smith ne furent agréés, et la vengeance qu’on voulut exercer contre l’ennemi fut encore plus terrible. On fit passer de nouvelles forces dans la Virginie, et Francis Wiat, qui en était alors gouverneur, résolut une attaque générale contre les Indiens. Il partagea ses troupes en plusieurs détachements qui devaient agir au même instant contre différentes tribus. Toutes furent assaillies le 23 juillet 1623 :
elles perdirent un grand nombre d’hommes, et leurschamps, leurs habitations, furent dévastés.
Ces terribles représailles, cetéchang de mesures destructives, pouvaient rendre impuissante la haine du parti
vaincu, mais elles ne l’éteignaient oint : le péril n'avait fait que s’éoigner, et il fallait en prévenir le retour. On prit le parti de renoncer aux plantations trop isolées, de réunir en lusieurs groupes les habitations pour es défendre mieux, et d’ensemencer les campagnes voisines destinées à nourrir leurs cultivateurs.
Au moment où la colonie prend plus de consistance, où d’autres établissements anglais vont se former, où l’invasion progressive de tous les rivages peut faire prévoir une lutte prolongée entre les habitants de l’Ancien et du Nouveau-Monde, il nous paraît utile d'entrer dans quelques détails sur le caractère des indigènes, sur leurs mœurs, sur la situation où ils se trouvaient quand leur pays fut découvert par les Européens.
Les premiers hommes aperçus sur le continent étaient nus, à la réserve d’une ceinture formée de plumages ou de peau légère, ou de quelque tissu vé-
étal ; leur couleur était d’un rouge
run ; et cette teinte, plus ou moins foncée, variait selon la différence des températures. L'opération du tatouage n’était pratiquée nulle part ; mais ils se peignaient une partie du visage, de la poitrine et des membres; ils y traçaient, en couleurs vives et brillantes, des figures grossières et sans art; les unes, simples effets du caprice; les autres, destinées à rappeler quelques exploits guerriers. Les vieillards ou les habitants des contrées plus froides se couvraient de la fourrure des animaux :
rien n’était uniforme dans la manière de s’en revêtir. Si la nation à laquelle ils appartenaient portait le nom d’un animal sauvage , d’un ours, d’un castor, d’un serpent , d’un oiseau de proie, souvent ilsse paraient de quelque partie de sa dépouille : on reconnaissait ainsi leur tribu, et quelquefois c’était le signe de leur force ou de leur adresse.
La chasse a touiours été leur occupation principale : ils la commencent aux approches de l’hiver. Alors plusieurs familles partent ensemble; elles se dispersent, et chacune se répand dans un canton séparé. Les sauvages
s’éloignent jusqu’à cinquante lieues de distance : plus ils s’isolent, plus ils espèrent une chasse abondante. Ils savent, au milieu de leurs forêts immenses, s’aider du moindre signe pour se diriger : le soleil est leur premier guide, et si le ciel se couvre, la couleur de l’écorce leur indique le côté du nord; la nature des plantes les avertit des animaux qui s’en nourrissent. Ceux-ci fréquentent les vastes prairies, dont les joncs et les herbages s'élèvent à la hauteur des arbrisseaux d'Europe ; ceux-là se répandent dans les plaines découvertes, dont la terre imprégnée de sel ne se couvre que d’un faible gazon : ailleurs on peut attendre l’antilope près de la source où elle va se désaltérer ; on épie sa marche; on est averti de son approche par le frémissement des feuilles ; et les sens de l’ouie et de la vue sont si exercés dans l’état sauvage, qu’ils acquièrent une extrême subtilité. Souvent du haut d’une montagne on reconnaît au loin les divers accidents du sol, par les teintes de la végétation, par ses formes générales, par les zones e brouillards qui en voilent une partie, et l’on devine ainsi la direction des vallées, la situation des plaines, le cours des rivières. Les contrées que le sauvage aperçoit sont rapidement parcourues ; il suffit que la terre ne lui manque point, pour qu'il arrive au but qu’il a signalé. Son agilité lui fait gravir les hauteurs les pus escarées ; il se laisse dévaler le long de eur rapide pente, s'ouvre un passage au travers des forêts, cherche le gué des rivières , ou les traverse à la nage, avec ses armes qu’il ne quitte jamais, et qui lui sont indispensables pour se nourrir ou pour se défendre (voy.
pl. 18). Les animaux qu’il poursuit sont atteints à la course, ou pris dans des piéges , ou tués à coups de flèche.
Pour s’approcher d’eux et les surprendre sans être aperçu, quelquefois il se couvre d’une dépouille semblable ; et l'animal trompé, croyant reconnaître son espèce, s'expose sans défiance au trait qui va le percer (voy. pi. 14).
L’'ours, le renard, le castor sont at-
ee
tirés dan profondes quée par lage qui leurs pied qui fréque on vient l’on plong long épie dans son La pêc de subsis près des € dans le li palissades ouvrant u en se pro indiens p:
font une de l’entré sons, qui mité, vont leur a te dont ils
(voy. pl.
Ta cha abondante ques apprc l'hiver pet mais une exige d’au fumée du leur du fe cette vape les afferm Si la ch puiser , les tion : ils sur les hat race nom:
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donné à ; urraien PEotsqu' était rega
lieues de plus ils nte. Ils rêts imre signe leur preuvre, la dique le DR y plantes EX en nour- 1 es vastes il s herbasarbris- f* épandent !
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boursuit is dans > flèche.
urprenis il se hble ; et nnaître ance au pi. 14).
ont at-
tirés dans des trappes ou des fosses profondes dont l'ouverture est masquée par un lit de gazor ‘ de feuillage qui manque tout a dr à sous leurs pieds. Pour attaquer l’alligator, qui Mquente quelques grands fleuves, on vient l’attendre sur le rivage, et l’on plonge dans sa gueule béante un long épieu qui lé déchire et le noie dans son sang (voy. pl. 13).
La pêche offre un plus facile moyen de subsistance aux sauvages placés près des eaux. Quelquefois on dispose dans le lit d’un fleuve deux rangs de palissades, opposés l’un à l’autre, et ouvrant un large défilé qui se rétrécit en se prolongeant. Plusieurs canots indiens parcourent la rivière; ils y font une battue, en se rapprochant de l'entrée du passage, et les poissons, qui s’enfuient vers l’autre extrémité, vont s'engager dans les rets qu’on leur a tendus, ou dans des clôtures dont ils ne peuvent plus s’échapper {voy. pl. 20).
Ta chasse et la pêche sont-elles abondantes , on met en réserve quelques approvisionnements. La gélée de l'hiver peut en conserver une partie; mais une température plus douce exige d’autres soins : on expose à la fumée du foyer les chairs que la chaleur du feu a légèrement saisies, et cette vapeur onctueuse les pénètre et les affermit (voy. pl. 15).
Si la chasse d’un pays venait à s’épuiser , les Indiens changeaient de station : ils avaient besoin de se régler sur les habitudes des animaux, dont la race nomade et indépendante allait chercher ailleurs sa subsistance. Alors ce n’étaient plus seulement les chasseurs qui se livraient à ces longues excursions ; leurs familles changeaient aussi de résidence et les huttes étaient abandonnées. Si on avait l’espérance de les revoir , on n’emportait que les meubles les plus nécessaires : les au-
méres , les sœurs, les femmes charges de leurs enfants, s’attachaient la destinée des chasseurs (voy. pr 8); les vieillards même reprenaient l'arc et les flèches. Si quelque membre de la famille venait à périr dans ces pénibles voyages, loin du pays natal et de la nouvelle habitation qu'il allait chercher , on ne confiait pas toujours son corps à la terre, dans la crainte qu’il ne fût exhumé et dévoré par les bêtes féroces; on le plaçait sur un brancard que soutenaient des pieux plantés dans la terre, et sa dépouille était abandonnée aux oiseaux du ciel.
S’il avait été distingué dans sa tribu, on se réservait de venir visiter encore la place où il avait succombé, et l’on s’attachait , pour la retrouver , à quelques signaux faciles à reconnaître. Ces signaux étaient toujours pris dans la nature : c'était un rocher, une cascade, un ruisseau, un arbre qui dominait la contrée, et dont l'aspect avait quelque chose de remarquable.
Les sauvages étaient d’autant plus exposés à ces migrations que les animaux les plus utiles à leur nourriture ou à leurs vêtements devenaient aussi les plus rares; la reproduction était inférieure aux pertes ; et cette diminution fut encore plus sensible, quand la traite des fourrures recherchées par les Européens vint donner à ce genre de guerre une nouvelle activité.
La traite fit dépeupler les forêts : elle y rendit la chasse moins productive et plus pénible; et les Indiens n’avaient pour suppléer à ce moyen de subsistance que les fruits spontanés de la terre, les graines, les racines que la nature avait mises à leur portée, en semant au hasard ses richesses. La culture du maïs paraissait étre la seule qu’ils connussent : ils en avaient quelques champs autour de leurs habitations , et les femmes étaient chargées de ce travail. Les vases que l’on employait pour la préparation des aliments étaient souvent en bois; et comme ils n’auraient pas souffert l’action du feu, on y portait la chaleur de l'eau jusqu’à l’ébuilition, en y jetant des cailloux brülants. On attendris-
sait les mets par la cuisson; mais on n'avait pas toujours ce moyen à sa portée , et la famille prenant ses repas, assise sur la terre, se partageait les membres encore sanglants du cerf que le chasseur avait abattu (voy.
pl. 16). Rien n’était réglé dans leur nourriture. Souvent ils en étaient privés pendant plusieurs jours, et s'ils étaient dansl’abondance ils mangeaient à l'excès. L’eau était leur breuvage; mais ils obtenaient aussi des liqueurs fermentées, par l’infusion ou la macération de quelques plantes, et les vapeurs du tabac fumé leur procuraient une sorte d'ivresse, pendant les jours de repos qui succédaient à leurs pénibles chasses.
Ce repos est absolu. Le sauvage, étendu sur sa natte de jonc ou sur la peau d’une bête fauve, passe souvent dans le silence des jours entiers; il fume, il cherche le sommeil; ses jours se succèdent dans une extrême incurie, jusqu’à ce que l'épuisement de ses provisions l’oblige d’en chercher de nouvelles, ou que la voix du chef de guerre se soit fait entendre.
haque nation a des espèces de cantonnement: où l'exercice de sa chasse est circonscrit, et l’usage, qui tient lieu de droit, lui en conserve habituellement la possession. Cette proriété commune n’est jamais violée impunément par d’autres tribus, et l’usurpation des lieux destinés à la chasse ou à la pêche devient le signal d’une guerre entre les Indiens. Ils saisissent alors le tomahac, espèce de massue ou de casse-tête en bois dur, dont le manche est terminé par une boule pesante, qu’ils arment quelquefois de cailloux tranchants, et ils attendent en frémissant de joie le signal du départ.
Lorsque les anciens, assemblés sous les arbres du conseil , ont résolu d’attaquer une autre nation, on met sur le feu la chaudière de guerre, on envoie le calumet à toutes les tribus qui doivent se réunir : le temps et le lieu du rendez-vous sont fixés; le chant de guerre est entonné par celui qui doit conduire l'expédition , et il cher-
che à se rendre favorables les esprits qu’il invoque. « Vous tous qui êtes « dans le ciel, sur la terre ou sous « la terre! détruisez nos ennemis, « livrez-nous leurs dépouilles , ornez « nos cabanes de leurs sanglantes « chevelures. » A ces vœux succède la danse guerrière. Tous les hommes suivent leur chef, et s'engagent avec lui dans des expéditions où ils ont souvent à franchir des rochers, des déserts , de vastes forêts, avant d’arriver à l'ennemi qu’ils veulent surprendre. La vigilance, la patience, la ruse, la force, leur sont également nécessaires : les moindres indices leur font découvrir l’ennemi; ils aperçoivent la fumée de ses feux , distinguent ses traces dans les lieux où il a passé, marchent la nuit pour ne pas étre reconnus, passent les rivières au gué ou à la nage, et profitent du temps où les hameaux ne sont pas gardés, pour en dévaster les plantations et
ur enlever les femmes et les enfants.
ls attendent même, pes attaquer une troupe armée, qu’elle ne soit pas sur ses gares, ou qu’ils aient sur elle l'avantage du nombre; et dans le fort du combat ils s’abandonnent à toute leur férocité : ils arrachent la chevelure des guerriers qu’ils ont tués, et entraînent dans leur pays ceux qu'ils ont faits prisonniers. Là le grand conseil décide quel doit étre leur sort :
l'usage est de remplacer par des hommes pris à la guerre les pertes que chaque famille a faites; mais ceux ui ne sont pas adoptés comme enants de la tribu doivent s’attendre aux supplices les plus douloureux :
on les déchire pièce à pièce, et pour prolonger leurs tourments on commence par les extrémités. Chacun veut concourir à cette torture : l’un arrache les ongles, l’autre brûle les doigts ou les écrase : les membres se couvrent de plaies; les dents, les yeux sont arrachés : la douleur est partout; mais le siége de la vie est encore épargné, et l’on cherche à multiplier les souffrances. Cependant aucune plainte, aucun gémissement n'échappe à la victime ; elle supporte
héroïque la mort ; soupir, € vincible à reaux. So ue par à n hoid que sa vi sang, Ou moins ba mortel, agonie.
Les fe plices de t à venger ces priso les fils lèbrent le vainqueu vent delet qui devie et qui aide Ces récon il n’est a l: gloire à lité devie mière ver Souvent succèdent Le hamea est plonge leur inhu d’eux leur ont le mi visions de dans leur conseil de 1eS époque manière morts : or commune dispersées sont rend Jange de sements, res, et lc les noms « De no rits funér les différ Monde. I tout comr liques des vénératio
esprits ui êtes u sous nemis, , Ornez glantes uccède ommes it avec ils ont rs, des t d’art surnce, la lement es leur perçoinguent passé, tre relu gué temps ardés , ons et nfants.
taquer oit pas ur elle le fort toute cheveés, et qu’ils d consort :
s homes que S ceux e entendre reux :
t pour comhacun : l'un ile les pres se s, les r est ie est che à endant ement
pporte
héroïquement toutes les angoisses de la mort ; elle l’attend sans pousser un soupir, et oppose une constance invincible à toute la rage de ses bourreaux. Souvent même elle la provoque par d’insultantes railleries et par un froid mépris de la mort , jusqu’à ce que sa vie vienne à s’écouler avec son sang, ou que la pitié d’un ennemi moins barbare la frappe d’un coup mortel, pour mettre un terme à son agonie.
Les femmes elles-mêmes sont complices de tant de fureur , et cherchent à venger, par leurs cruautés envers ces prisonniers , les pères, les époux, les fils qu’elles ont perdus. Elles célèbrent le nom des guerriers revenus vainqueurs, et ceux-ci reçoivent souvent de leur tribu des noms nouveaux, qui deviennent leurs titres d'honneur, et qui aident à rappeler leurs exploits.
Ces récompenses leur sont chères; car il n’est aucun peuple qui n’attache de l: gloire à la vaillance, et cette qua-
lité devient pour un sauvage la pre-
mière vertu.
Souvent des cérémonies funèbres succèdent à ces barbares spectacles.
Le hameau qui a perdu ses guerriers est plongé dans le deuil ; on assiste à leur inhumation; on dépose à côté d’eux leur arc, leurs flèches, ce qu’ils ont le mieux aimé, et quelques provisions de vivres, pour les soutenir dans leur dernier voyage. Le grand conseil de la tribu désigne lui-même es époques où l’on doit célébrer d’une manière plus solennellé la fête des morts : on réunit alors dans une tombe commune les dépouilles qui étaient dispersées; de nouveaux honner...s leur sont rendus : ces fêtes sont un mé- Jlange de chants guerriers, de gémissements, de danses et de jeux barbares, et l’on y rappelle honorablement les uoms des guerriers les plus braves.
De nombreux monuments de ces rits funéraires se sont retrouvés dans les différentes parties du Nouveau- Monde. La tombe est considérée partout comme un asile sacré, où les reliques des ancêtres attirent encore la vénération et doivent reposer en paix.
Dans une contrée où la force avait tant d’empire, les actes de violence étaient punis par des actes semblables, et ia vengeance appartenait à l'offensé ou à sa famille. ki un homme en tuait un autre, le plus proche parent de la victime devait tuer le meurtrier ; il était poursuivi et tué à son tour , et la mort d’un homme entraînait celle de plusieurs autres. Aussi lorsqu'un Indien était coupable d’homicide, il changeait souvent de tribu et se condamnait à un exil olontaire; mais si la haine que ses ennemis lui avaient jurée était implacable, ni le temps, ni l'éloignement ne le mettaient à l’abri de leurs poursuites : on bravait les fatigues, les périls et les plus pénibles privations, pour épier et surprendre ceux qu’on avait voués à la mort.
Cependant les parents de la victime faisaient quelquefois un arrangement avec l’agresseur , et consentaient à recevoir de lui divers présents, dont chacun était destiné à effacer une partie de l’offense. On offrait pièce à pièce cette espèce de rançon, en disant : « J’arrache par ce premier présent la hache de la plaie, et je la fais tomber des mains de celui qui était prêt à venger l’injure; le second présent doit essuyer le sang de cette plaie; j'offre tous les autres pour la cicatriser , la faire ou- « blier, et vaincre un dernier sentiment d’inimitié. »
Les Indiens portaient souvent jusqu’à la frénésie toutes leurs passions, excepté celle qui dans l’état social est devenue la plus impérieuse de toutes :
les droits de l’hospitalité leur étaient sacrés; leur amitié s'élevait au plus héroïque dévouement; à pitié pour l’opprimé qu'ils voulaient secourir les conduisait jusqu’à la vengeance. Et pourtant la fougue de leurs penchants était souvent calmée par la voix des anciens. Ceux-ci étaient respectés :
ils instruisaient les jeunes gens des faits qui intéressaient leur nation; ils änimaient où modéraient leur courage, leur apprenaient les chants de guerre.
et conservaient la tradition des ex-
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loits de leurs ancêtres. On les accounmait surtout à braver la cruauté de l’ennemi, et à ne témoigner aucune émotion au milieu des plus cruelles souffrances. Déja préparés à cette constance par les peines habituelles de la vie sauvage, ils recueillaient encore leurs forces dans les moments d'épreuves; et l’exaltation de leur ame, devenue supérieure à l’infirmité des sens, les roidissait contre la douleur.
D’autres encouragements les soutenaient peut-être dans ce dernier passage. L'homme se refuse à l’idée de mourir tout entier : dans quelque situation que la nature l'ait placé, un secret sentiment d’espérance l’emporte vers l’avenir : il en a la perspective pendant la vie; il l’aperçoit même au-delà du tombeau; il y trouve la consolation du présent; il y transporte les biens qui lui échappent et que ses derniers vœux poursuivent encore. ;
Les Indiens avaient quelques notions d’une vie future : ils imaginaient un lieu de récompense, où se trouvaient des champs fertiles, de riantes prairies, de limpides ruisseaux, et des chasses et des pêches inépuisables. Un monstre défendait l'entrée de ce séjour; les braves seuls pouvaient y pénétrer; et ils s’ouvraient un libre passage, à l’aide des arcs et des flèches qu'on avait placés dans leur tombeau.
Mais à quelle idée plus grande se rattachaient les opinions sur une autre vie? Tout ce qui était trop supérieur à l’homme, tout ce qui paraissait inaccessible à sa conception, était plus abandonné à l'arbitraire. S'il se croyait soumis à une puissance supérieure, quelle était cette autorité souveraine que disposait de sa destinée comme e celle des autres hommes, et qui avait commencé avant lui pour lui survivre encore? Pouvait - elle être aperçue et tomber sous nos sens ? Ne la voyait-on pas se manifester dans les phénomènes de la nature, dans les bienfaits qu’elle nous accorde, dans les fléaux même dont nous sommes
frappés? L'homme crédule divinisait tout : il adorait les astres, les éléments, les arbres qui lui donnaient l'ombrage et les fruits, les rochers ui laissaient , sapper les sources 'eau vive, ou qui s'ouvraient au passage des torrents. Le monde se euplait d’invisibles pouvoirs qui méaient leur action à celle des hommes.
Les événements étaient quelquefois annoncés par des présages ou des songes : ils étaient prédits par la saesse de quelques vieillards auxquels e grand esprit se communiquait; et ces ministres, accomplissant leurs rits sous la hutte sauvage qui lui était consacrée , établissaient sur les hommes leur empire.