‹ États-Unis d'Amérique [microforme]Chapitre 30 sur 56 · ÉTATS-L \1$ D'AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

ÉTATS-L \1$ D'AMÉRIQUE

le rival haineux, ni le courtisan d’une autre puissance. La prudence prescrivait d'étendre ses relations de commerce et de borner ses relations politiques ; de ne pee s'engager dans les intérêts, les débats, les passions des ouvernements d'Europe ; de prendre es mesures pour faire respecter sa neutralité ; de ne demander et de n’accorder aucune préférence dans ses traités de commerce; de n’en conclure que de temporaires, afin de pouvoir les modifier quand les circonstances viendraient à changer; de vivre en bonne intelligence avec toutes les nations , et de tenir la balance égale dans tous les rapports établis avec elles.

Les sentiments que Washington venait d'exprimer furent accueillis avec d'autant plus de faveur qu’ils étaient le fruit de son expérience, et qu’ils avaient habituellement servi de règle à son administration. ses À le président se réunit au congrès pour la dernière fois , il rappela les différentes mesures qu’il recommandait à son attention, la nécessité d’avoir une marine qui fit respecter la neutralité des États - Unis, une académie militaire, où l'on formât, dans les différentes parties de l’art de la guerre, les élèves destinés à la défense de la at une université nationale qui donnât plus d'ensemble et d’étendue à l’enseignement public. Washington rendit grâce au engrès de tout ce que cette assemble. avait fait pour organiser et régulariser le gouvernement fédéral : il compara les temps orageux où l’administration avait pris naissance avec l'état de prospérité où l'Amérique était déjà parvenue. La paix avec les Indiens se trouvait protégée par les principes humains et généreux que l’on suivait alors envers leurs tribus : un traité avec l'Angleterre avait procuré aux États-Unis la restitution de leurs frontières, un traité avec l'Espagne leur avait assuré la libre navigation du Mississipi : le commerce de la Méditerranée ne serait plus exposé aux atcg des corsaires d'Alger et de Tripoli; et l'on avait ouvert avec Tunis d’autres négociations de paix.

Si la bonne harmonie entre les États- Unis et la France était alors troublée, Washington espérait encore qu’elle pourrait se rétablir, Ce soin allait passer à John Adams, son successeur, qui entra en fonctions le 4 mars 1797; et le nouveau président fit ouvrir à Paris d’autres négociations par le général Pinckney, auquel furent adjoints Elbridge Gerry et John Marshall. Mais leurs démarches n’eurent aucun succès ; et, après d’inutiles conférences, ces envoyés reçurent l’ordre de partir.

La découverte d’une trame imprévue attirait en ce moment l'attention des

tats - Unis. Le projet de livrer aux Anglais la Louisiane avait été formé par Blount , gouverneur du Tennessée et membre du sénat américain. Il entrait dans son plan | des trou britanniques, parties du Canada, fussent embarquées sur les grands lacs, et dirigées vers la pointe méridionale du lac Michigan ; elles gagneraient ensuite la rivière d’Ilinois dont elles descendraient le cours. Arrivées sur le Mississipi, elles y trouveraient de nombreux approvisionnements qui leur seraient envoyés par les États voisins :

elles descendraient le grand fleuve jus- *

u’à la Nouvelle -Orléans ; et après s'en étreemparées , elles se porteraient vers l’est, et poursuivraient dans les Florides leur expédition.

Le mémoire et les documents que Blount adressait au Late britannique , pour lui développer ce projet, et pour lui en proposer l'exécution, allaient être expédiés en Angleterre, lorsqu'ils tombèrent entre les mains d’un Américain fidèle qui les remit à John Adams. Le président les communiqua au congrès; et l& sénat, indigné de la conduite &s Blount, l’expulsa de son sein, Le compiot devait éclater vers la fin de 1797; mais il n'était plus à craindre dès qu’il était découvert : on fit surveiller avec soin toutes les intrigues qui pourraient troubler la tranquillité des États-Unis, et qui tendraient à y faire renaître des dissensions , soit avec l'Angleterre, soit

avec l'Espagne.

Lorsqu'un péril si grave eut été heu-

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reusement écarté, on s'occupa davantage des différends qui se prolongeaient entre les États-Unis et la France. La plupart des Américains voyaient avec un vif regret l’ancienne intimité des deux nations s’affaiblir de jour en jour :

ils gardaient religieusement le souvenir de cette communauté de fatigues , de périls et de gloire qui les avait réunis: ils se demandaient si tous les griefs de la France étaient fondés ; si eile pouvait leur contester le droit de terminer avec l'Angleterre de violents débats qui avaient mis en péril leurs frontières , leur navigation, leur commerce, èt qui prolongeaient d’anciens dénis de justice envers des créanciers encore privés de leurs indemnités.

Quand les États-Unis avaient négocié le traité de Londres, il n’avait pas été en leur pouvoir d'en déterminer seuls les conditions : on avait eu à balancer les avantages et les sacrifices ; et ce traité était une transaction , où il avait fallu se faire des concessions de part et d’autre.

Mais des explications de cette nature ne pouvaient pas satisfaire le Directoire exécutif. Il avait déclaré, par un arrêté du 2 mars 1797, qu’il suivrait les mêmes règles que l’Angleterre envers les bâtiments américains chargés de marchandises ennernies : celles - ci devaient être confisquées ; les navires seuls seraient relâchés, et l’on saisiraitaussicomme contrebande de guerre tous les articles que l’administration anglaise considérait comme tels. Tant que les mesures du Directoire envers le commerce des États-Unis n'étaient pas plus rigoureuses que celles du gouvernement britannique, elles ne laissaient aucune prise à des réclamations légitimes : il était naturel que la France ne voulût pas se placer dans une situation inférieure à celle de ses ennemis. Mais le gouvernement français ne se borna point à ces premières restrictions ; et une loi du 18 janvier 1798 vint rendre beaucoup plus pénible la condition des neutres, en déclarant que l’état d’un navire, en ce qui concernait la qualité de neutre ou d’en-

héini , était détérininé par là Cargai-

son; que tout bâtiment, chargé en tout ou en partie de marchandises an.

glaises , serait jugé de bonne prise, quel que fût le propriétaire des marchandises , et que tout bâtiment étranger qui aurait relâché en Angleterre ne pourrait point entrer en France, our reconnaître les marchandises réellement ennemies, on avait mis d'abord quelque soin à en vérifier la DURS et l'origine, en consültant es factures et tous les autres docu:

ments de bord , et l'on pouvait ainsi les distinguer des chargements neutres:

mais lorsqu'on en vint à douter de la sincérité des factures, on chercha d'autres moyens d'appréciation qui furent beaucoup plus incertains : on pré.

tendit constater, par la nature même des marchandises , et sans avoir égard aux certiticats d'expédition , celles qi devaient être réputées ennemies.

loi du 31 octobre 1796, qui défendait l'importation et la vente des marchan:

dises anglaises, avait fait une longue énumération de celles qui devaient être considérées comme provenant des fabriques anglaises, quelle qu’en ft l'origine : on n’était pas méme auto.

risé ve en pe “re celles qu’ov

avait déjà reçues ; elles devaient étre mises sous le sceau de l’administration

ur être ensuite réexportées. Cette oi ne s’appliqua pas seulement aux marchandises réputées anglaises qu’on aurait cherché à introduire en France:

on suivit les mêmes règles à l'égard de celles qui pouvaient être capturées en pleine mer; et cette extension donnée aux droits de prise devint un nouvel encouragement pour les ar:

mateurs. Aussi les expéditions en course se multiplièrent ; et comme les A rés exercées par une puissance belligérante étaient bientôt imitées par ses adversaires , le commerce des neu-

nan:

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expéditions en ent; et comme les ar une puissance ientôt imitées par ommerce des neué de part et d’auessions. Il s'était isances en guerre hostilités, qu’elles noyens de se nuire craindre d’enveeur commun les leurs démélés.

Quelle espérance pouvait-il encore rester. aux neutres , au milieu de ces législations Hi met injustes. vacillantes, qui les atteignaient partout dans leur navigation et leur commerce?

Trop d’appâts de bénéfice, trop de prétextes d'arrestation étaient laissés aux corsaires des belligérants : leurs croisières s’étendaient vers toutes les régions où pouvait pénétrer le commerce; et lorsqu'on eut établi qu’il suffisait de trouver à bord quelque marchandise ennemie, pour s'emparer d’une car-

aison tout entière et pour confisquer e bâtiment lui-même, les occasions de saisie devinrent innombrables : on voulait voir sur chaque bâtiment PE turé quelque propriété ennemie, et de fausses déclarations pouvaient venir colorer l'injustice et fournir à la violence des prétextes plausibles.

Aucune nation ne souffrit autant que les Américains de ces atteintes violemment portées aux droits des neutres. La navigation des Etats-Unis avait pris une grande extension : la

uerre qui embrasait l’Europe avait ait rechercher au commerce l'abri de leur neutralité; et les belligérants euxmêmes pouvaient recourir au pavillon américain dans quelques expéditions commerciales ; mais quand le traité de Londres eut mis desentraves aux droits maritimes des États-Unis, et: quand ils éprouvèrent de la part de la France, non-seulement les mêmes restrictions, mais des attaques vives, continues et qui ne laissaient plus aucune sécurité à leur navigation , alors leurs relations avec cette puissance furent profondément altérées : d'autres temps avaient fait naître d’autres intérêts : l'autorité n’était plus aux mains de Washington qui avait constamment cherché à prévenir un éclat : on attribuait à son successeur d’autres dispositions, et l'on ne voyait plus opposer de digue aux progrès de cette mésintelligence.

On semblait toucher au moment d’une rupture ; et le congrès. voyant que tous ses efforts pour négocer à l’amiable unetransaction sur ses différents griefs avaient été rejetés par le gouvernement français, et que l'on poursuivait en-

core lemême système d’hostilité contre les droits d'une nation libre et indépente À déclara le 7 juillet 1798, que les États-Unis étaient exonérés des stipulations de leurs traités avec la France. |

Au moment où le congrès faisait cette déclaration, il renouvelait son traité d'amitié et de commerce avec la Prusse ; et cette convention, conclue pour dix années, laissait en suspens, durant la guerre actuelle, la reconnaissance du principe que le pavillon couvre la marchandise. On désirait sans doute ne pas renoncer à cette règle; mais on voulait éviter une collision avec l'Angleterre qui ne l’avait point admise dans son dernier traité, et l'on attendrait le retour de la paix, pour se concerter avec les grandes

uissances maritimes, sur la conduite suivre envers les neutres, pendant les guerres à venir.

Le congrès voulut appuyer de quelques préparatifs militaires sa délibération relative à la France : il ne se proposait point d'engager la guerre et de prendre l'offensive ; mais il voulait assurer, en cas d'agression, la défense du territoire américain : il ordonna la levée de douze régiments d'infanterie, d’un corps de cavalerie, d’un régiment d'artillerie et de génie, et de quelques troupes de volontaires : on jeta les

eux sur l’homme que l'opinion pu-

lique appelait au commandement de l’armée; et Washington, retiré dans ses terres de Mont-Vernon, Pr la fin de sa présidence, fut invité par John Adams à se dévouer encore au servioe de la patrie. Washington, quoique son âge lui fit désirer le repos, ne pouvait refuser aucune in pour défendre son pays; et quoiqu'il espérât encore une réconciliation entre deux poses qui n’avaient aucun intérêt

se traiter en ennemies, il ne voulut négliger aucun moyen pour soutenir, en cas de rupture, la cause nationale qui lui était confiée. Attaché dès ce moment à l’organisation de tous les

corps et de tous les services de l’armée, :

occupé de plans militaires qui embrassaient un pays immense, Washington

— a FR

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