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cinquante passagers : ils firent voile en 1629, arrivèrent au cap Anne, et fondèrent un premier établissement auquel ils donnèrent le nom de Salem.
La colonie perdit cent hommes dans les rigueurs du premier hiver; mais l’année suivante il en arriva quinze cents autres, et la plupart des colons voulurent choisir un cena plus favorable : ils se dirigèrent vers le Charles-river, et fondèrent sur ses bords la ville de Charlestown; d’autres allèrent vers le Mystic-river; et une partie des habitants de Charlestown se rendirent dans la presqu'île de Schawmut, située au fond de la baie de Massachusett : ils y fondèrent la ville de Boston, qui devint bientôt la principale ville de la Nouvelle-Angleterre, et qui donna un prompt essor à son commerce, à son industrie, à sa navigation.
es colonies de cette partie de l'Amérique durent leurs rapides progrès aux principes de gouvernement qui leurfurent appliqués dès l’origine. Elles cessèrent d'être dans la dépendance de la compagnie, sous les auspices de laquelle on les avait fondées; elles acquirent lexercice du pouvoir législatif; et à mesure que d’autres villes se formèrent, chaque lieu put concourir par ses représentants à la formation de la loi.
Dans un siècle où les idées religieuses avaient tant de part à la fondation
des colonies, ces mêmes opinions de-
vaient y conserver un grand empire.
On chercha d’abord à classer et à distinguer les croyances. Chaque homme qui arrivait dans la Nouvelle-Angleterre était tenu de s'attacher à une église : c'était à ce prix qu’il acquérait le droit de cité. Par là, on donnait une commune bannière aux hommes qui se rapprochaient les uns des autres, et l’on mettait en présence différents partis; mais ce dernier inconvénient parut moins grave que celui de la confusion des doctrines : on crainait que l'anarchie religieuse ne reâchât davantage tous les liens de l’ordre social; et les nouveaux essaims qui allaient se répandre dans cette
contrée purent se reconnaître et se choisir , avant de se rassembler dans
une même cité. Ce fut ainsi que d’au-
tres établissements se formèrent autour de ces premières colonies : Cambridge, Water-town, Rocksbury, Dorchester doivent être cités au nombre de *es fondations.
La difficulté de se procurer des su9sistances détermina les colons à s’appliquer davantage à l’agriculture : ils eurent une grande abondance de maïs.
On publia des lois pour régler le prix de la main-d'œuvre, pour punir la fainéantise et encourager l’industrie.
Comme on était entouré de nations sauvages beaucoup plus nombreuses, il fallait être habituellement sur ses gardes : chacun était tenu au service et aux exercices militaires, et l’on resserrait les limites de ses plantations pour être pis en état de les défendre.
Le conseil de Boston résolut d’avoir quelques points fortifiés du côté de l'Acadie, qui était occupée par les Français : le fort d’Ipswik y fut achevé; et l’on adopta également un système de défense contre les Hollandais établis sur la rivière d'Hudson, en plaçant des colonies sur cell: du Connecticut.
Ce dernier projet fut formé par Henri Vane, puritain exalté, qui revint ensuite en Angleterre embrasser avec ardeur la cause des indépendants, et il fut mis à exécution par Hooker, ministre du culte à Cambridge, qui, à la tête de cent aventuriers, vint fonder la villede Hartfort. Un second essaim partit de Dorchester pour fonder Windsor; d’autres dissidents, encouragés par leur exemple , gagnèrent les vallées et les rivages du Connecticut :
les villes de Litchfeld , de Fairfield et de Newhaven devinrent les postes avancés de cette nouvelle colonie.
Dans le temps des querelles religieuses qui troublèrent l’état du Massachusett, les mécontentsrésolurentde se séparer : ils cherchèrent de nouveaux établissements dans les contrées du nord, et ils y commencèrent ceux du Newhampshire et du Maine, dont on fit deux gouvernements distincts.
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istinets.
Ces premiers démembrements eurent lieu dans l’espace de dix-sept ans ; il y eut bientôt après d’autres colonisations, et l’on se dispersa dans les contrées voisines, pour y suivre paisiblement ses doctrines. st
Quelques remarques sur l'origine de toutes ces dissensions religieuses pourront en faire mieux saisir les rapports et les caractères distinctifs :
elles tenaient à une même tige, d’où partirent différentes branches qui ont ensuite continué de se ramifier.
Deux partis religieux s'étaient formés en Angleterre dès le temps de la réformation. L’un, en se séparant de l’église romaine, avait conservé la pompe extérieure du culte et la hiérarchie du clergé; l’autre s'était déclaré contre les cérémonies religieuses et l’épiscopat : il voulait à la fois la liberté du culteet le gouvernement républicain. Ce dernier parti avait été persécuté sous le règne de Marie, et ses principaux chefs avaient passé sur le continent : ils revinrent en Angleterre sous le règne d’Élisabeth.
Leur simplicité, la gravité de leurs mœurs, lattachement qu’ils montraient pour le texte de l’Écriture, qui était souvent dans leur bouche, et dont ils cherchaient à faire passer les maximes dans la législation et dans la conduite de la vie, rendaient leur parti plus populaire : leur zèle était emporté: ils s’élevèrent avec chaleur con.
tre l’éclise anglicane; et Jacques I°* ne sut point apaiser ces disputes , que les décisions du synode de Hamptoncourt aigrirent encore davantage. Il persécuta les puritains sans pouvoir les détruire, et ne fit qu'accroftre leur haine contre l’église anglicane. Les puritains en condamnaient les cérémonies comme superstitieuses :
ils désiraient un culte plus simple, cherchaient à remonter à l’origine de la religion, et s’attachaient à toutes les paroles de Dieu dans l’ancien et le nouveau Testament. Ils plaçaient au même rang tous les ministres chargés de la conservation de la doctrine; et leurs assemblées, en presbytères ou consistoires, étaient ia seule autorité
ecclésiastique dont ils eussent à relever. Leurs. magistrats exerçaient un pouvoir discrétionnaire, afin de su pléer à l'insuffisance des lois, et ils avaient le droit de punir les actions regardées comme blâmables sans être criminelles, les atteintes à l’autorité, les actes contraires au bien de la famille. C'était la nature respectable mais arbitraire du gouvernement patriarcal, où le pouvoir était remis aux mains des anciens.
Les brownistes, plus rigides encore que les puritains, pensaient que Dieu ne devait être honoré qu’en esprit, et
u’il fallait retrancher toute formule
e prière, même l’oraison dominicale. Cependant ils s’assemblaient, et ils préchaient dans leurs réunions; mais le droit de prédication appartenait à tous, et ils n’avaient pas besoin de mission pastorale comme les puritains.
Robert Brown, leur chef, avait pris le titre de Patriarche de la religion réformée. On les avait persécutés en Angleterre, et ils y avaient eu des A CR en Amérique , on essaya de concilier leurs doctrines avec celles des autres églises protestantes, et le culte des Congréganistes fut établi par Cotton, en 1633, comme un moyen terme entre les brownistes et les presbytériens. Ils évitèrent de prendre le nom d’indépendants, qui aurait pu les discréditer; mais leur doctrine était la même. Quoiqu’ils ne crussent pas qu’une église pût dépendre d’une autre, et lui être assujettie, cependant ils admettaient des relations de fraternité entre les églises unies par les mêmes règles, et celles qui voulaient s’en séparer cessaient d’étre considérées comme appartenant à la même communion.
On cessa, par scrupule, de nommer le dimanche jour du soleil (sun day) ; ce nom avait une origine idolâtre , et celui des autres jours de la semaine fut changé par le même motif : on eut dès lors le jour du Seigneur, et l'on se borna à compter ies jours suivants depuis le second jusqu’au septième. Quelqnes noms naïens furent également changés dans les mois ; mais
4° Livraison. (ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.) 4
ces innovations furent passagères, et l’on en revint aux désignations généralement adoptées. Il est des noms senctionnés par un ancien usage, par l'autorité de l’histoire, par les fastes de la chronologie : leur changement obscurcirait les dates qu’un système universellement rend plus évidentes et fixe mieux dans la mémoire.
Comme on n’accordait point au pa le droit de canonisation, on dépouilla du titre de saints les apôtres et les
es de l’église. On ne crut pas que
s saints pussent être invoqués comme intercesseurs auprès de Dieu. La vénération pos les images et les reliques fut abolie. Le célibat de l’église romaine fut regardé comme nuisible à l'ordre et aux intérêts de Ja société.
Différents articles de croyance furent successivement proposés : ils étaient ju s par les synodes, et ces assem-
lées religieuses admettaient ou condamnaient les différents points de Pr ou de doctrine qui leur avaient été déférés. Cette diversité d'opinions donna lieu à l'établissement de plusieurs sectes : les unes devinrent des corporations distinctes et durables ; les autres n’eurent qu’une existence éphémère, et leur courte apparition fut signalée par de violents débats. On peut reurquer dans la foule de ces opinions, celles des antinomiens, dont la secte avait été fondée par Agricola, disciple de Luther, et devenu ensuitz sonennemi. Ils pensaient que la foi suffit aux hommes pour se diriger, qu’elle justifie toutes leurs œuvres , et que les préceptes de la loi leur sont nutiles.
Toutes jes questions religieuses étaient alors mises en discussion ; et l’on revenait même à celles qui avaient déja été débattues dans Îles premiers siècles du christianisme. Aucune opinion sur le culte ou sur le dogme n’avait de stabilité, et chacun était réformateur, jusqu’à ce que des honmes plus influents, par la force du caractère ou par l’art de la persuasion, eussent fait sortir de ce chaos quelques associations religieuses qui dominèrent toutes les autres.
Unsynode, composé des ministres de toutes les églises , fut assemblé à Cambridge, en 1637, et l’on y condamna les principes des antinomiens , comme contraires à la parole de Dieu et à l'autorité de la loi évangélique. Un grand nombre de partisans de cette
octrine furent bannis ou jrs de
leurs emplois ; d’autres s’exilèrent volontairement : ils obtinrent des sachems indiens l'occupation d’une île, qui reçutalors le nom de Rhode-Island, achetèrent de la compagnie de Plymouth d’autres terres sur le continent voisin, et y fondèrent les villes de Providence et de Warwick.
Un des systèmes religieux qui excitaient alors dans les colonies anglaises le plus de fermentation était celui des anabaptistes. Ils avaient paru en Allemagne vers le temps de la réformation :
leur nom vient de la manière de conferer le baptême comme saint Jean- Baptiste, par immersion et non par aspersion (voy. pl. 12) ; ils ne le donnent qu'aux adultes, et ils le refusent aux enfants; parce que, à leur âge, on n’est pas capable de former des actes de foi sur ce qu’il faut, croire.
Les anabaptistes soutenaient que le Christ n’était pas Dieu , mais prophète; qu'il n’y pas de péché originel, et que nous ne tenons nos droits que
e nos propres mérites : ils rejetèrent la messe, le purgatoire, l’invocation des saints, la présence du Christ dans l’eucharistie , et n’eurent de cérémonie que la cène, qu’ils faisaient en commémoration de son dernier repas avec ses apôtres. Ils pensaient que les chrétiens ne devaient reconnaître comme magistrats que leurs chefs religieux, quetous les biens devaient étrecoramuns , que la conscience est libre dans toutes les questions qui tiennent à la croyance, axe tout homme peut prêcher et annoncer la parole de Dieu.
Ces religionnaires , dont les principes étaient particulièrement propagés dans la classe des prolétaires, y cherchaient aussi leurs ministres; car, outre leurs prédicateurs inspirés, ils avaient aussi des hommes chargés de la publication de la morale. Mais
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comme ils n’avaient à suivre, pour le dogme et pour la foi, que les avertissements de l'esprit saint, chaque nomme qui croyait les avoir reçus uvait s’arroger le droit de modifier a ductrine et d'introduire des règles nouvelles. Il en résulta différentes sectes dont les membres n’avaient pour principe commun que l'obligation de conférer de nouveau le baptême aux adultes : c'était le signe dont tout homme devait être marqué pour entrer dans l’église nouvelle. Les uns fétaient le jour du sabbat en mémoire du septième jour de la création du monde; d’autres fétaient le dimanche , en souvenir de la résurrection : ceux-ci admettaient lechant dansleurscérémonies religieuses ; ceux-là lerejetaientcomme profane et comme contraire à la sincérité et au recueillement de la prière.
Les quakers, qui parurent , en 1654, dans les colonies anglaises, s’écartèent encore davantage des opinions ‘es plus accréditées. Ils ne faisaient usage ni du baptême, ni de la cène :
lun n'était qu'une figure du baptême d'esprit qui nous est donné par la purification du cœur et par le témoignage d’une bonne conscience; l’autre n’est que l’image de la communion intérieure dont se nourrit l’homme qui a recu dans son cœur l'esprit du Christ. Cet esprit se manifeste par des partons, es songes, des illuminations secrètes ; et tous ceux qui l'ont = peuvent prêcher sans avoir besoin du savoir des hommes. « Dieu « n’appelle pas, disent-ils, les sages « selon la chair, les nobles et les puis- « sants; mais il a choisi les insensés «pour confondre les sages. » Les quakers, dans leurs lieux d’adoration, attendent en silence l'esprit de Dieu, et ils croient avoir au fond de leur cœur une voix divine qui les instruit. « La conscience, disent-ils, est un domaine qui n’appartient qu’à Dieu et ne peut être gouverné que par lui.
Il n’est permis à aucune autorité du monde de prétendre y pénétrer. Vouloir forcer la conscience d'autrui, c’est ir contre Dieu, qui peut seul l’éairer. On ne peut persécuter aucune
ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. st
opinion religieuse, et les délits contre la société doivent seuls étre punis.
Tout simulacre d’humilité envers un autre homme n’est propre qu’à l’entretenir dans un vain orgueil. Les jeux, les recréations ne font que distraire notre ame des pensées qui tendent à l’élever vers le Créateur. Il faut bannir toute superfluité' dans les vétements. C'est profaner le nom de Dieu que de le prendre à témoin de la sincérité des paroles de l’homme, et il n’est pas permis de prêter serment. Le chrétien doit se résigner aux souffrances ; il ne peut ni se venger, ni verser le sang : ses armes sont spirituelles. C’est en socs de charrue qu’il faut façonner le fer des épées. La morale du Christ doit seule nous conduire : il a voulu substituer un culte spirituel aux cérérm.onies extérieures ; il exige le sacrifice de nos passions; tout autre doit être aboli. La liturgie, la pompe du culte, les grades du clergé ne constituent pas la religion ; il ne lui faut que la
ureté du cœur et la pi des
nnes œuvres : c’est là ce qui la constitue, et ce qui fait le véritable chrétien. »
Une autre religion, celle des unitaires, avait de nombreux partisans : elle n’était pas l’œuvre d’un enthousiasme exalté, qui s’abandonne en aveugle à toutes ses inspirations ; elle avait eu pour fondateurs des hommes qui se proposaient d'appliquer aux principes de la croyance les lumières de la raison. Les unitaires n’admettaient qu’un seul Dieu. On n’avait voulu distinguer que ses attributs, en le partaont en trois personnes. Le fils que
ieu avait envoyé sur la terre était un homme inspiré par lui, et destiné à apprendre aux autres hommes ce qu’il fallait croire pour honorer Dieu, et pour étre récompensé dans une autre vie des vertus qu’on aurait pratiquées dans celle-ci. Jésus-Christ nous a donné l’exemple de ces vertus: chaque homme peut s’y conformer, car il a reçu du ciel ia liberté et la raison. Il n’y a pas de prédestination; nous sommes tous élus de Dieu, et nous
avons pour guide les inspirations qu’il nous envoie. Le Nouveau-Testament renferme la doctrine entière de Jésus- Christ : c’est à notre raison à déduire toutes les conséq ‘ences des principes qui y sont expc #s. L'autorité des hommes ne peut rien prescrire à notre gave : aucun d'eux n’est juge infaillible en matière de foi. }
Cette religion, dont les principes remontaient à l’arianisme, avait été réduite en corps de doctrine par Lélie et Fauste Socin, qui s'étaient élevés peu de temps après la réformation, et qui, ne la croyant pas encvre assez complète, en avaient changé les fondements.
Des dogmes si contraires à la croyance des presbytériens, avec lesquels les brownistes étaient alors confondus, leur portèrent ombrage et les irritèrent. Îls avaient alors le pouvoir; et loin de se borner à sévir contre les délits et les offenses, ils voulurent punir les opinions. Ils avaient fui l'Angleterre pour échapper aux persécutions ,et, devenus intolérants à leur tour, ils publièrent de rigoureuses lois contre les non-conformistes. La première loi les priva du droit de concourir à ”’élection des magistrats ; la seconde fut portée contre les anabaptistes ; elle condamna au bannissement tous ceux qui niaient la validité du baptême des enfants, et qui refusaient de reconnaître l’autorité dès magistrats. Les quakers, également persécutés, furent bannis par la troisième lai : il leur était interdit de rentrer sous peine de mort. La même peine, la même interdiction furent prononcées par une quatrième loi, contre les juifs et contre les prêtres catholiques romains. Une cinquième loi prohiba, sous peine de mort, le culte des images.
Ces dispositions pénales furent exécutées avec une extrême rigueur. Plusieurs quakers furent mis aux fers, exposés au pilori, battus de verges, envoyés juridiquement en exil. Cette proscription ies fit plaindre, et l’estime qu’inspirait leur constance augmenta le nombre de leurs prosélvtes.
On crut vainement les intimider par le supplice de ceux qui avaient rompu leur ban ; ces cruautés ne firent que soulever l’indignation publique contre les hommes qui les poursuivaient.
Si nous cherchons à nous rendre compte des motifs d'une persécution si violemment déclarée à plusieurs religions à la fois, nous remarquons différentes causes d’inimitié. Les anabaptistes, dont l’existence avait plus d’un siècle, n’avaient été dans l’origine qrune société religieuse fondée par
tork, un des disciples de Luther. Elle fut bientôt turhulente, et profita du fanatisme des premiers sectateurs pour abattre les images dans les temples, et pour détruire toute la pompe du culte. Ils regardaient le catholicisme comme chargé de pratiques idolâtres ; le luthéranisme comme une religion trop relâchée dans ses principes: et sous prétexte de réformer la société
civile, ils en attaquèrent les premières :
bases. Stork et Muncer, aigrissant la haine que les naysans portaient aux seigneurs et aux magistrats, parvinrent à les soulever contre les rangs et les lois, en publiant qu’ils avaient droit, comme hommes ei comme chrétiens, à l'égalité de tous les avantages; qu'on ne pouvait les en priver sans injustice ; qu’ils ne devaient aux princes aucun tribut, aucune soumission à ceux qui prétendaient enchaîner leur croyance, et que le Christ lui-même les avait affranchis de cette servi-
Mulhausen fut le premier théâtre de ce soulèvement, qui se propagea bientôt dans l’Allemagne occidentale. Une armée de paysans s’était tumultuairement assemblée autour de Muncer ; elle livra au landgrave de Hesse un combat où elle perdit sept mille hommes; et l'exécution sanglante de son chef, qui fut fait prisonnier dans cette bataille, ne fit qu'accroître Ja haine et l'esprit de vengeance de ses sectateurs.
La ville de Munster devint le lieu de leur réunion : ils s’en rendirent bie:tôt maîtres, la firent évacuer par les habitants, piliérent lies maisons, les églises, et s'apprétèrent à soutenir un
siége.
Bokels roi de des jug ses ap et sa par lé terme à fut liv Les nouve les red excité dans tl grande essuyè cution.
ligieux les mé vint à avaient sur les surviva avaient homme restait trine.
eux ; il:
courage étaient | ne. Lap rent da Moravie dateur « vers la | l'amour eux une leur pré attira di furent :
sous dif parties et en A de fair l’austéri ferveur vers leu des soci art, C a colon changen faire es cendant était pr
siége. Ce fut dans cette ville que Jean Bokelson de Leyde s'annonça comme roi de Sion, se fit proclamer, établit des juges sur Israël, et envoya au loin ses apôtres pour étendre ses principes et sa monarchie. La prise de Munster par l’évêque qui l’assiégeait mit un terme à cette royauté, et Jean de Leyde fut livré aux plus cruels supplices.
Les anabaptistes avaient perdu leur nouveau chef; mais on continuait de les redouter. Leur fanatisme avait excité de tels désordres à Ainsterdam, dans toute la Hollande et dans une grande partie de ÉAARRE qu'ils essuyèrent partout une violente persécution. Cependant, si les principes religieux des anabaptistes étaient encore les mêmes, leur conduite politique vint à changer. Le pouvoir qu'ils avaient combattu s'était enfin relevé sur les ruines de leur parti, et il ne survivait à tous ces fanatiques qui avaient effrayé le monde que des hommes plus résignés, auxquels il ne restait que l'enthousiasme de la doctrine. La guerre avait prononcé contre eux ; ils ne déployèrent plus que le courage du martyre. Ces hommes étaient redevenus une société chrétienne. La plupart d’entre eux se rassemblèrent dans une contrée inculte de la Moravie, et les disciples de leur fondateur cherchèrent alors à les diriger vers la perfection de la morale et vers l'amour du travail. Ils formaient entre eux une rustique particulière ; mais leur prétention à l'indépendance leur attira de nouvelles persécutions, et ils furent réduits à se disperser ensuite sous différents noms dans les autres parties de l'Allemagne, en Hollande et en Angleterre. Là ils continuèrent de faire des Rronélrtes à autant par l’austérité de leurs mœurs que par la ferveur de leur zèle : ils attirèrent vers leur doctrine différents membres des sociétés chrétiennes, et ils prirent
art, comme les autres dissidents, à a colonisation du nouveau monde. Ce changement de situation devait leur faire espérer de reprendre quelque ascendant ; ia liberté de conscience leur était promise comme aux autres habi-
ss
tants : l'égalité des droits politiques devait en être le résultat ; et si l’église presbytérienne, qui dominait alors toutes les autres, eut assez de force
ur sbaisser et poursuivre momenanément ses rivales, elle fut ensuite contrainte à les recevoir pour alliées, et à partager avec elles l'empire de l'opinion. En 1651, on permit aux anabaptistes de former une église séparée. Le souvenir des troubies qu’ils avaient excités en naissant les avait fait regarder comme redoutables ; on ne vit plus en eux que des citoyens paisibles.
Aucun acte de violence semblable n'avait pu attirer sur les quakers la persécution qu'ils essuyèrent en Amérique. Ils n'avaient jamais pris les armes ; ils ne voulaient se signaler que par des vertus chrétiennes ; mais ils s'étaient déclarés contre les rites, les sacrements, les liturgies. Fox, leur fondateur, préchait partout ses doctrines avec un zèle, une véhémence qu’il attribuaît à l'inspiration divine.
Son imegination exaltée avait acquis sur les nommes simples un invincible ascendant. Il eut bientôt de nombreux disciples, enthousiastes comme lui, et se croyant comme lui animés de l’esprit saint. Éclairés par la. lumière céleste au milieu de leurs méditations
rofondes, its étaient avertis par un remblement général du moment de l'inspiration. Alors ils pouvaient dévoiler ce que l’œil n’avait point vu, ce que l'oreille n’avait poire entendu; ils exposaicnt surtout les plus hautes vérités de la morale. Toutes les vanités du monde disparaissaient à leurs yeux ; ils se regardaient comme les temples de l'esprit saint, comme ininistres de sa parole, comme appelés à réformer la société chrétienne. C'était par cette tendance et cet enthousiasme qu’ils inspiraient de la défiance aux autorités établies.
Les autres classes de non-conformistes excitaient d’autres genres d’inquiétude, parce qu’elles mettaient en péril différents dogmes fondés eur la révélation. Les uns admettaient la résurrection, sans s’expliquer sur la
forme que l'on revétirait; il. croyaient qu'il y avait un sors pour la terre, un autre pour le ciel, et que celui-ci étant incorruptible pourrait seul hériter du royaume de Dieu. Les autres accusaient de polythéisme les Goctrines du concile de Nicée ; ils ne reconnaissaient point l’incarnation du Christ, Se des deux patine dans sa personne, et ne croyaient pas que sa mort eût pu racheter les péchés des bommes. Eeux-ci ne reconnaissaient d’autre esprit que la lumière intérieure qui nous éclaire, pen ue Dieu ne peut pas étre divisé. Ceux-là excluaient toute révélatinn, et tout principe de foi ; ils ne formaient aucun acte d’es-
rance, et bornaient leur religion à a charité ; ils ne composaient qu’une seule famille : s’aimer mutuellement était la première règle de leur association, qui fut connue sous le nom de famiile ou maison d'amour.
Quelque étendue que nous ‘vons donnée à nos observations sur les différentes sociétés religieuses qui s’étaient d’abord rendues en Amér.que, nous aurons lieu de reconnaître dans la suite qu’elles ne comprennent pas encore toutes les nuances d'opinion dont ces nouvelles contrées devaient un jour offrir le spectacle, lorsque la tolérance y aurait ouvert une plus vaste carrière à l’activité de l'esprit humain, et aux différentes formes d’un culte qui, à travers toutes ses variations , ne cesse pas de se rapporter à un être suprême.
La pePennon qui s'était élevée contre les Juifs n’était point une innovation. Il ny avait jamais eu entre eux et les différentes branches du christianisme que des trèves passagères : les Israélites étaient repoussés de toutes les sociétés, et, citoyens du monde, ils ne trouvaient de patrie nulle part.
Le catholicisme, toujours invariable dans ses dogmes, et luttant avec constance contre tant d'opinions, nées dans son sein et dirigées contre lui, avait alors les premiers titres à la proscription. L'église anglicane, séparée de Rome depuis un siècié, n'était
rentrée dans sa communion que sous le règne de Marie : elle s’était démembrée de nouveau sous celui d’Élisabeth, et sa confession de foi avait été fixée et proclamée dans un synode.
L’Angleterre avait ainsi une église distincte, et les dissensions qu'elle éprouva et qui la èrent en plusieurs as -oclations religieuses ne rapprochèrent cependant de la cour romaiae aucun de ces nouveaux dissidents : ils restèrent ligués contre la suprém=iie du saint-sièége; et comme ils portèrent en Amérique les préventions et les animosités qui leur avaient été inspirées, ils persécutèrent le catholicisme , avant de l’admettre à jouir des mêmes droits.
En déplorant les funestes effets des haines religieuses, ne soyons pas surpris de leur emportement, dans un siècle où l'enthousiasme exaltait tous les esprits, où l’on se perdait dans les théories d’un monde invisible, où ces opinions dirigeaient la politique et devenaient une puissance. Ce fut un torrent, il passa, et fit place à un cours d'événements plus tranquilles. On fut graduellement conduit à reconnaître que l’autorité civile et l’autorité religieuse sont essentiellement distinctes, quoique les lois sociales et les pieuses croyances puissent se prêter un mutuel appui : on aperçut une même morale sous l'enveloppe de ces différents dogmes entre lesquels la terre était divisée. La doctrine était divergente , mais les inspirations de la conscience étaient semblables. Tous les hommes pouvaient donc vivre ensemble; et l’on retrouvait partout ces communs éléments de la société, qui dérivent des affections du cœur humain : partout on reconnaissait l'amour de la famille, le besoin de se rapprocher des autres hommes, de s’entre-secourir, de se soumettre au frein des lois, de leur donner une sanction supérieure à la puissance humaine, et d’ériger au sommet de l'édifice social un autel à ia Providence qui le protége et le perpétue. Mais un si favorable résultat ne fut obtenu qu'après c'e longues hésitations : ii fallut acheter la prudence et
le bien
voir civi adversai avaient classe in
jouissaie norabre dès l’an cette cor res et x dont un les arm lusieur érentes des hosf Ils avaie magasin tes pub ments.
Middles Mais Anglete
Charies
le bien-être par de tristes épreuves Th et de ra nt
L'église presbytérienne, plus nombreuse alors que toutes les Armh dans lescolonies anglaises d’Amérique, avait encore reçu de nouveaux auxiliaires pendant le règne de Charles 1°. Ce prince avait continué de persécuter en Angleterre -les puritains : il s’abandonna aux chefs de l’église anglicane,
.et remit le soin des affaires civiles et
religieuses au docteur Lrwd, qui ne voulait qu’augmenter l’ascendant de l’église dominante. Le culte fut chargé de cérémonies nouvelles , qui lui enlevèrent un plus grand nombre de partisans; on crut pouvoir soutenir ces pratiques religieuses par des persécutions; et ce dernier moyen ne fit que susciter à l’église anglicane et au pouvoir civil de puissants et redoutables adversaires. Les nouvelles doctrines avaient trouvé ‘{es prosélytes dans la classe inférieure; de grandes familles y adhérèrent ensuite, soit par principes, soit par esprit de popularité : on mit un certain courage à soutenir des opinions qui étaient proscrites par le pourais et, pour ne pas fléchir, on prit e parti de s’exiler.
et esprit d'indépendance religieuse devint favorable aux colonies de la Nouvelle - Angleterre : on y cherchait une sécurité dont les dissidents ne jouissaient plus dans la métropole; le norabre des réfugiés augmentait; et dès l’année 1640 on comptait dans cette contrée quatre mille propriétaires et vingt et un mille passagers, dont un tiers était en état de porter les armes. Les colons avaient fondé pures villes, des temples pour diférentes communions, des fortrre:ses, des hospices, des prisons , un collége.
Ils avaient des ports , des navi:es, des magasins , et avaient ouvert de: routes publiques entre leurs établissements. La colonie de Moassachusett était la plus florissante; elle fut divisée en quatrecomtés , ceux d’Essex , de Middlesex, de Suffolk et de Norfolk.
Mais la guerre civile qui éclata e1 Angleterre, vers la fin du règrs de Charles 1°", vint arréter le couïs de
ces progrès. On fut ensuite exposé au fléau d'une guerre étrangère; et les dangers communs aux différentes colonies de la Nouvelle-Angleterre leur firent : tir Pavantage de se confédérer, à , eu près sur le modèle des sept Provinces-Unies. Ces colonies étaient le Massachusett , le Connecticut, le Newhampshire et le Maine. Rhode- Island ne fut pas admis dans cette première confédération, dont les Loue g
s étaient qu'il y aurait entre les re contractants une ligue d’amitié offensive et défensive; que les charges en seraient À Qu) tape es au nombre des habitants mâles; qu’à la nouvelle de l'invasion d’une colonie, les trois autres lui porteraient assistance ; que les affaires de la paix et de la guerre seraient examinées par des commissaires, et que ceux-ci s’assembleraient tour à tour à Boston, Harfort, New- Haven et Plymouth.
Cette confédération fut reconnue et autorisée par l'Angleterre. Elle avait à la fois pour but de se défendre et de chercher à s’agrandir en occupant les régions plus occidentales.
A cette époque toutes les colonies de la Grande-Bretagne dans cette partie de l'Amérique n'étaient pas contiguës, et d’autres é‘ablissements européens s'étaient formés entre ceux de la Virginie et du Cnnecticut : un célèbre navigateur angiiis les avait commencés; mais il était alors au service d’une autre puis: ince.
Henri Hudson s'était déja signalé qar une premièr 2 et a ut le lo
es côtes orient.1les du Groënland; i avait visité d’autres parties de la mer Boréale , et avait reconnu les îles du Spitzberg. Dans un second voyage entrepris en 1608, Hudson s’éleva encore vers cet archipel : il voulait narcourir d’occident en orient la mer Boréale, pour chercher dans cette direetion un passage entre l’Atlar.tique et le Grand-Océan; mais les vents contraires l’empêchèrent de pénétrer entre le Spitzberg et la Nouvelle-Zemble : il ne put pas même entrer dans le détroit de Waigatz; et la compagnie de Londres, qui avait fait les frais de
ces deux premières expéditions, susendit le cours de ses recherches dans es mers glaciales. Hudson se rendit alors en Hollande ; il d entra au service de la compagnie des Indes orientales, et lui proposa de renouveler ses recherches pour trouver un nouveau passage vers les Indes. La compagnie ayant accepté ses offres, il partit d'Amsterdam le 4 avril 1609, sur le navire le Croissant, monté par vingt hommes d'équipage. D'abord il navigua le long des côtes de Norvège jusqu'au cap Nord; il visita ensuite la mer Blanche, les côtes de la Nouvelle- Zemble, l’entrée du détroit de Waigatz; et la présence des glaces lui ayant fermé le passage, il alla faire d’autres tentative vers l’ouest : il gngna les côtes du sroënland, se porta sur celles de Terre-Neuve, reconnut l’Acadie, arriva dans la baie d> Penobscot, doubla le cap Cod, que Gosnold avait découvert en 1602, et se dirigeant au sud-ouest , atteignit l’entrée de la Chésapeake : ce fut le point extrême de sa navigation vers le midi.
Hudson remonta ensuite le long du rivage sans y débarquer, visita l’entrée de la Delaware, et fit sur la côte voisine du cap Mai son premier acte de prie de possession au nom de la Hollande. En continuant sa navigation le long du littoral, il atteignit les parages de Sandy - hook, d’où il pénétra dans la baie de Manhattan, et dans le grand fleuve qui a pris ensuite le nom de ce navigateur.
L'aspect majestueux de la rivière d'Hudson , la beauté, la variété de ses rivages et le développement de son cours lui firent reconnaître l’importance et l’étendue de sa découverte. Sa vue se prolongeait à l’orient sur les terres légèrement ondulées de l’île de Manhattan, où résidait une tribu d’Indiens; à l'occident il voyait s’élever une longue barrière de roches tra péennes, dont les colonnes irréguiieres avaient la forme d’une palissade, et en ont même retenu le nom ( voy.
pl. 26). Le fleuve, qu’il remonta pendant trente milles anglais , le long de cette puissante digue, s'élargissait en-
suite, et formait un vaste bassin, connu sous le nom de mer de Tappan.
Plus au nord, on pénétra entre une double chaîne de montagn:s , dont les contre-forts projetaient sur le lit du fleuve plusieurs caps avancés, qui variaient la direction de son cours : audelà de cette contrée des montagnes, où la nature est sauvage et pittoresque, où la navigation s'ouvre un pas sage entre deux boulevards de rochers, dont la pente rapide est dépouillée de végétation, les eaux agrandissaient leur lit, et coulaient à travers des campagnes que la nature avait couvertes de forêts immenses. Nous avons déja remarqué le luxe et le désordre de ses richesses dans toutes ;::s terres fécondes qui n’ont pas été soumises à la culture : le même spectacle devait souvent se reproduire dans une contrée où les peuples ne tenaient point encore au sol, et où la puissance du travail était ignorée. La ville d’Hudson fut fondée dans la suite, au milieu des plaines fertiles qui avaient attiré l'attention de ce navigateur. Il continua la reconnaissance du fleuve, à travers une belle contrée que l’industrie humsine devait viifier un ‘our.
et il signalu l'emplacement où le fort Orange devait être érigé. Il avait parcouru du sud au nord cent soixante milles, et il remarqua que le flux de la mer y élevait encore de quelques pieds : volume des eaux. Ce mouvement se prolonge même au-delà : il n’expire que vers l’embouchure du Mohawks, principal affluent de l’Hudson; et la rencontre des deux courants réunis lui oppose un dernier obstacle.
orsque l’illustre voyageur eut ter.
miné son importante découverte, qu’il eut ouvert des relations amicales avec les Indiens du rivage, qu’il eut choisi les différents points où l’on pouvait former d’utiles établissements, il quitta cette contrée et reprit la route d'Europe. Son intention était de retourner en Hollande pour y rendre compte de son expédition; mais la mutinerie de son équipage, lorsqu'il approchait des côtes d'Angleterre, le forca de débarquer à Darmouth, d’où il enveya son
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rapport au directeur de la compagnie d'Amsterdam. Ce fut à la suite de ce voyage, et en vertu des droits qui en résultaient, que le gouvernement de Hollande fonda ses premiers établissements dans les territoires qui venaient d’être découverts, depuis l’entrév de la baie de la Delaware jusque vers l'embouchure du Mohawks.
Hudson ne fit que cette campagne au service de la compagnie hollandaise ; il fut ensuite employé de nouveau par celle de Londres , et il entreprit pour elle, en 1610 , une dernière expédition. Le navire la Découverte avait été mis sous ses ordres avec vingt-trois hommes d'équipage : on voulait tenter encore la recherche d’un passage entre les deux Océans, recherche déja si féconde en grandes découvertes. Le navigateur se dirigea vers les Orcades, les îles Féroë, l'Islande , d’où il gagna successivement la pointe méridionale du Groënland , le détroit €e Davis, et celui qui porte aujourd’hui son nom.
En cinglant encore vers l’ouest, il pénétra dans une vaste baie, dont il explora les rivages, et il hiverna dans une anse de la côte occidentale où il fut retenu par les glaces. Sa périlleuse et pénible expédition durait depuis quatorze mois, quand son équipage se révolta et résolut de l’abandonner :
on le jeta dans une barque avec son fils et quelques hommes enveloppés dans sa disgrace, et ils errèrent à la merci des vagues. La compagnie de Londres, aussitôt qu’elle fut instruite de son infortune, envoya un navire à sa recherche; mais on ne put le découvrir. Il ne restait plus que d’honorer sa mémoire : la baie qu’Hudson avait découverte fut consacrée par son nom; elle devint pour lui un monument impérissable, et jamais homme sensible à la renommée, et victime de son noble zèle, n’eut un plus magnifique tombeau.
Les États-Généraux de Hollande accordèrent d’abord à une compagnie de négociants le commerce exclusif des contrées que ce navigateur avait découvertes en 1609. Le fort d’Amsterdam v fut élevé vers l'embouchure de
la rivière d'Hudson : il allait être le oint central des établissements holandais. On construisit le fort Orange vers la région supérieure du même fleuve, le fort de Bonne-Espérance sur la rivière de Conecticut, et le fort Nassau sur celle de la Delaware. Un ouverneur fut envoyé, en 1629, dans a Nouveile-Belgique, par la companie des Indes orientales, à laquelle es premières concessions se trouvaient alors transférées.
Une autre nation européenne s'était établie depuis quelques années au midi de la Nouvelle - Belgique. Gustavesoon: ce roi qui se montra digne de l’illustre auteur de sa dynastie , et qui fit pencher la baiance politique de l'Europe en faveur des .lliés que servirent ses victoires, forma, en 1626, le projet de fonder une colonie en Amérique, et une expédition de Suédois et de Finlandais traversa l’Océan et se rendit dans la baie de la Delaware. Ils y fondèrent la ville de Christina, ainsi nommée en l’honneur de la fille de Gustave-Adolphe, parcoururent la baie, remontèrent le fleuve jusqu’à ses premières chutes, et commencèrent sur ses bords les villes de Hoarkill, Gothenbourg, Hupland, Elsenbourg. La Hollande avait aussi des établissements dans cette contrée. Les Suédois étaient attachés à la culture, comme les Hollandais l’étaient au commerce; et tant que les étahlissements furent peu nombreux de part et d’autre, les deux nations vécurent paisiblement; mais dès que leurs colonies se multiplièrent et se rapprochèrent, les rivalités survinrent. Le fort Casimir, l’un de ceux que les Hollandais avaient érigés sur les rives de la Delaware, leur fut enlevé par les Suédois, en 1655; mais bientôt après , Stuyvesand, gouverneur de la Nouvelle-Belgique, arma une flottille, montée de sept cents hommes . et se porta à l’improviste dans la baie occupée par l’ennemi. Les Suédois, qui n’avaient pas assez de forces pour résister, furent réduits à se rendre par capitulation.
Les forts qu'ils avaient construits ieur furent enlevés, et l’on reprit ceux dont
ils s'étaient momentanément em Stuyvesand laissa la faculté de résider dans la colonie aux Suédois qui voudraient y rester, en prétant serment de fidélité aux États - Généraux : les autres furent renvoyés dans leur pays, ou retenus comme prisonniers de erre s'ils faisaient partie de l’armée.
concorde s'établit dans les colonies de la Delaware entre les habitants des deux nations : ils mélèrent leurs intérêts, ils concoururent dans l’occasion à la commune défense, et s’unirent plusieurs fois pour repousser quel-
es partis anglais qui cherchaient à s'établir dans la même contrée. Ce pays, quoiqu'il fût annexé à la Nouvelle-Belgique, avait néanmoins une organisation séparée : on dis‘inguait les états des rivières du nord et du sud, car l’Hudson et la Delaware étaient aussi connus sous ces deux désignations ; et l’une et l’autre contrée ayant des intérêts très-divers, il en résulta bientôt un démembrement territorial encore plus complet.
Tandis que les Hollandais et les Suédois occupaient les deux rives de la Delaware, les Anglais fondaient sur celles de la Chésapeake la belle colonie du Maryland, séparée de la Virginie par le cours du Potomac. Charles I*" avait fait, en 1632, la concession de ce territoire à Cécilius lord Baltimore; et l'expédition que Léonard Calvert, son frère, y conduisit, arriva l’année suivante À l'embouchure du fleuve qui servait de limite. Elle était composée de deux cents hommes ; ils s’établirent, avec le consentement des Indiens, à Yamaco, qui reçut le nom de Sainte-Marie.
Tous les premiers habitants étaient catholiques : leur religion, persécutée en Angleterre, allait régner dans cette nouvelle colonie, et un grand nombre de familles, appartenant à la même église, vinrent y chercher un refuge.
Les sages principes de tolérance professés par lord Calvert firent aussi arriver dans le Maryland différentes classes de religionnaires qu'on avait exilés des autres colonies, ou qui les avaient voiontsrement quittées pour
échapper aux persécutions. Cette politique éclairée accrut rapidement la pan du pays. La baie de la
hésapeake, le cours du Potomac, l'entrée de la Susquehana, lui ouvraient de grandes lignes de navigation. Le commerce allait trouver dans le Patapsco un nouvel abri, et la cité de Baltimore commença bientôt à s'élever sur les rives de ce fleuve , et au pied des collines qu’elle devait couvrir un jour de ses édifices et de ses glorieux monuments.
En rappelant l’origine des colonies européennes formées le long des côtes d'Amérique, nous les avons vues s’établir dans le voisinage les unes des autres sous plusieurs pavillons différents. Les colonies anglaises étajent les plus nombreuses, et celles de Hollande étaient menacées par leur voisinage et leurs forces; mais il s'était formé vers le nord d’autres grands établissements européens. La France et l'Angleterre, si long-temps rivales, allaient se retrouver aux prises dans le Nouveau-Monde.
Se nous n’ayons à nous occuper du Canada et de l’Acadie qu’autant que leur histoire se lie à celle des possessions voisines, quelques développements sur l’origine et la situation de ces deux colonies françaises sont nécessaires à l’intelligence des événements.
Les titres de la France sur une partie du continent d'Amérique remontaient à l'expédition de Verazzani, qui, en 1524, fut chargé par François 1°" de faire un voyage de découvertes. Les vicissitudes du règne de ce prince, et les guerres qui loccupèrent en Europe, suspendirent l’exécution de ses projets en Amérique ; mais ils furent repris en 1534. Jacques Cartier, de Saint-Malo, aborda au cap de Bonavista, dans lîle de Terre- Neuve; il en reconnut les côtes septentrionales, se rendit dans le golfe de Saint-Laurent, et prit possession de ses rivages au nom de la France. L’année suivante, il visita l’île d’Anticosti, qui partage en deux bras l'immense embouchure du fleuves il poursuivit
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vers l'ouest sa navigation, entra dans Ja rivière de Saguenay, où des tribus d'Algonquins eurent avec lui des relations, et remonta le fleuve Saint- Laurent jusqu’à l’île de Hochelaga.
Les Hurons y avaient un grand village, dont l'enceinte circulaire était fortifiée par un rang de palissades, formées de longues solives plantées profondément en terre et liées les unes aux autres. Leurs cabanes étaient construites de la même manière. On
employait des tiges plus faibles, dont Les extrémités amincies se rapprochaient vers le haut en forme de ruche, ou se courbaient en berceau,
ur couvrir l'habitation (voy. pl. 21).
ne montagne située au milieu de l’île dominait toute la contrée. Cartier lui donna le nom de Mont-Royal, nom qui fut légèrement altéré dans le siècle suivant.
Ce voyage n'était encore qu’une reconnaissance ; mais il prépara la colonie qu’on devait fonder dans la suite. Roberval de Picardie obtint de François I‘ une commission qui l’autorisait à s'établir, avec le titre de lieutenant-général et de vice-roi, dans toutes les contrées qui environnaient le golfe Saint-Laurent. Il y fit un voyage en 1541. Les côtes orientales du Labrador furent reconnues, dans la même année, par Alphonse, un de ses pilotes; et Roberval, qui fit encore en Canada d’autres expéditions, périt dans celle de 1549 avec son frere, qui avait pris part comme lui aux guerres d'Italie, et que François I°° avait surnommé le gendarme d’Annibal.
On arrivait au règne de Henri II, et la France eut à soutenir sur toutes ses frontières de sanglantes guerres, qui firent renoncer à d’autres entreprises. François II, successeur de ce prince, ne fit que passer sur le trône, et Charles IX ne l’occupa que trop Lis denmerrh Nous avons suivi, dans l'introduction de notre ouvrage, la série des entreprises qui furent tentées en Amérique sous ce funeste règne. Henri III, qui hérita des troubles et des malheurs du royaume, accorda, en 1588, le commerce exclusif du golfe
Saint-Laurent à Chaton et à Noël, neveux de Jacques Cartier ; mais cette commission fut bientôt révoquée. Les ur expéditions pour le Canada taient suspendues depuis pe Mere 1 lorsque Ravillon s’y rendit en 1591, moins pour s’y occuper de découvertes que pour exploiter la pêche des phoques, qui abondaient alors dans ces parages. ; uand la France, fatiguée de discordes, se repoua enfin sous l’autorité paternelle de Henri IV, ce prince reprit des projets de colonisation si souvent abandonnés. 11 nomma le marquis de la Roche son lieutenantpue dans les pays de Canada, ochelaga, Labrador, Norimbègue et Terre-Neuve ; l’autorisa à équiper des navires, à lever des troupes, à emmener toutes les personnes utiles à l'établissement d’une colonie, à bâtir des forts et des villes, à concéder des terres, des fiefs, d’autres seigneuries sous différents titres, et à faire pour le gouvernement de ces contrées tous les réglements qui lui paraîtraient utiles. Mais l’entreprise de la Roche ne réussit point. En cherchant à ganer le continent d'Amérique, il ateignit d’abord l’île de Sable, où il laissa quarante hommes pour y essayer un établissement ; il alla ensuite reconnaître les côtes d’Acadie, et après y avoir recueilli les notions qu’il désirait, il revint en France pour achever les préparatifs d’une seconde expédition. Là, il fut retenu prisonnier de guerre par le duc de Bretagne, qui s'était soulevé contre l’autorité du roi, et il mourut avant d’avoir pu reprendre l'exécution de ses desseins.
Lorsque Henri IV, informé de la triste situation où se trouvait la colonie de l’île de Sable, voulut la faire ramener en France, la famine en avait enlevé le plus grand nombre : douze hommes seulement avaient survécu.
Après la mort de la Roche, la concession qu’il avait obtenue fut successivement accordée à Chauvin, caitaine de vaisseau ; au commandeur e Chatte, gouverneur de Dieppe; et enfin, à Pierre de Monts, qui obtint,
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